Andrew Weatherall – Sci-Fi-Lo-Fi



Vieux Con





Marre de tous ces groupes qui déversent leur rage sur les ondes. On entend ça à la télé, à la radio, il suffit de tourner là tête pour se sentir agressé. On me dit que je ne suis plus tout jeune, que je suis vieux jeu, que j’ai fait mon temps en dépassant les 60 ans. Vieux débris moi? Mais Bordel, avant, le rock, ce n’était pas une bande de jeunes aux cheveux hirsutes qui gueulaient dans un micro, en tapant sur des guitares non branchées. Ca fait beaucoup marrer mon fils d’ailleurs, qui peine à me convaincre de la qualité de la musique rock actuelle en tentant de mettre des disques dans ma voiture, ni vu ni connu. Il est loin le temps où l’on dansait le sourire au lèvre, en tentant de draguer la jolie blonde du fond de salle, à faire le tour de la ville pour trouver LE blouson en cuir, pour trouver LE vinyle de Rockabilly, la musique la plus dansante et furieuse du monde, celle qui incarnait le Swing, la transgression, loin des tentatives immondes d’aujourd’hui où le matraquage a remplacé le talent et les acrobaties sur guitare…

Alors quand le fils indigne vient vous offrir la gueule enfarinée un disque de rock, à la couverture bien vulgaire, on se dit qu’il a soit découvert la perle rare, soit qu’il est nostalgique des bonnes raclées suivant les provocations de ce genre.












Que je vous explique le principe : Le cd semble regrouper des morceaux sélectionnés et compilés (A l’instar des compilations Sci-fi-hi-fi du même label) par un certains Andrew Weatherall, qui officie sous le nom de Two Lone Swordsmen avec un autre bougre, en sortant du Rock électronique bien sombre. Mon fils aime bien, donc c’est nul à chier. Mais ce n’est pas le propos du jour. Ce Monsieur donc, veut nous donner sa vision du rock à travers 20 morceaux s’étalant sur un demi siècle de musique, avec des titres dont je n’en soupçonnais même pas l’existence. Une sorte de témoignage de l’évolution du Rock’n’roll, cette musique que j’aime tant. Encore une tentative de récuperations. Laissez les vinyles finir leur vie en paix bordel!








Pourtant, sur les premières plages du disque, le sentiment de me téléporter dans ma jeunesse est assez incroyable. Dingue de pouvoir écouter quelque chose dans sa voiture, alors que tout jeune, il me fallait ruser pour poser les vinyles sur la platine de mes parents, pour qui cette musique représentait le diable en personne, scandalisés par les déhanchés de mecs comme Elvis. Il faut le savoir, dans le Rock des années 50, le Saxo était l’instrument le plus mis en avant. Bien plus que la guitare en elle-même, qui servait plus d’accompagnement. On se demande pourquoi la musique d’aujourd’hui a laissé tombé cet instrument des dieux pour un truc aussi agressif que la guitare, mais passons… « Rock’n’roll Radio », de Joe Boot (1957) je ne m’en souviens même pas. Mais c’était ça la vraie musique. Hey, je ne parle pas de pop vaseuse pour midinettes mais de Rock hein? Ne serait-ce que d’entendre ces petits craquements de vinyle m’emplie de joie.

Mais c’est dès le morceau de Gene Vincent, « Crazy Beat » que les étoiles envahissent ma tête. Vous devez le connaître (malgré vos têtes d’andouilles) il a chanté le fameux « Be-bop-A-lula ». Merde, ça c’était le groove ! ces claquements de doigts, cette contrebasse façon pizzicato, cette guitare sautillante. Everybody snap their fingers. Ca me rappelle le temps des danses enflammées, des sorties cheveux au vent sur ma moto rutilante. Le bon temps, où des voitures ressemblaient encore à de vraies voitures, où la vraie transgression était de faire la bringue entre potes et non de se dynamiter avec de la drogue, où l’on pouvait baiser à tout va sans risquer de chopper le Sida (à la rigueur une bonne chaude pisse pour les malchanceux). Même constat pour les morceaux de The Rebs ou Hipbone Slim. Et comment ne pas avoir des fourmis dans les pieds en écoutant “I Want Candy” des Strangeloves ou “Wampus Cat” de Johnny Burnette ? Excepté si l’on a les oreilles encrassées par la merde que l’on vous sert aujourd’hui évidemment. Le rockabilly… Comment peut on trouver ça dépassé aujourd’hui ? Ringard ? Il n’y avait pas plus entraînant, plus fou à l’époque que ces guitares lâchées à toute vitesse. Le sourire merde. On avait tous le sourire en écoutant ça ! Je n’ai plus vraiment la force et la possibilité de gigoter debout, mais me passer une ou deux galettes au hasard, entre deux verres d’alcool, le soir, me fait réellement le plus grand bien. En ruminant sur de belles années qui disparaissent peu à peu de ma mémoire.

Le titre à écouter, c’est bien “Jungle Fever” de Charlie Feather, qui met à mal 99% des groupes que vous annoncez fièrement créatifs. Ce genre de truc nous rendait fou. Changements de rythmes à tout va, choeurs impromptus, brusque rupture au milieu du morceau pour nous balancer une guitare endiablée. Avec ce bon gros Charlie qui s’amuse à chanter comme s’il était possédé, changeant de ton comme de chemise, passant d’une voix claire à celle d’un petit vieux, de crooner ou d’ingénue. Mon fils me dit qu’en écoutant ce genre de morceaux, on comprend d’où vient la musique de certains groupes, comme Mr Bungle. Je ne connais pas ces derniers, mais cela doit être bien à chier s’ils se contentent de reproduire une recette si parfaite. Tarantino ne s’y est pas trompé en choppant certains des titres du musicien pour accompagner ses Kill Bill.








Mais je vous disais donc, le cd ne s’arrête pas que sur le Rockabilly, puisse qu’il balaye 50 ans de musique. Et devait obligatoirement passer sur le Rock un peu plus psyché de ces tarés d’anglais, qui, s’ils ne savent toujours pas faire la bouffe, arrivaient à accoucher de groupes bien sympathiques, avec les drolements incontournables T Rex. On savait encore utiliser une guitare à l’époque, en s’en servant comme élément percussif et entraînant, et non comme simulateur de vomis. Tant qu’à tirer dans le Rock de fin 1960 début 70, celui qui a sélectionné les morceaux aurait du prendre une composition des Aphrodite’s Child. Dommage.

C’est là que les choses me déplaisent. A partir des années 1980, le rock devient plus dur, plus hargneux, plus violent. Il perd son esprit de fête et de joie qui transpirait des compositions. Et il faut dire qu’avec un mouflard dans les bras, j’avais autre chose à foutre que d’aller sauter de la donzelle dans des concerts. La jeunesse de vos années ne s’amuse plus comme nous le faisions. La musique qui l’accompagne, devient presque morbide, purulente de dégoût et de relents en tout genre. The Fall l’illustre autant dans sa voix geignarde que dans ses guitares taillées au barbelés, quand ce n’est pas Primal Scream qui vire dans la dépression totale, malgré un très beau harmonica étouffé. Killing Joke offrirait une alternative intelligente avec ce synthé rappelant mes grandes heures, s’il n’était pas détruit par une guitare trop crade pour être supportable. Mon fils me martèle que la tristesse et la vision négative de ces groupes portent le rock vers de nouveaux horizons, plus proche de sa génération, désabusée et errant entre les immeubles sales, mais rien à faire.

Mention spéciale à l’insupportable et gueulard « New Kind of Kick » de The Cramps qui cristallise tout ce que les parents droits dans leur pompes détestent : Violent, rentre dedans, avec un chanteur qui se permet de nous hurler dessus sans aucune musicalité, et vulgaire de surcroît, “Like baby needs Mom, like Suzy needs Dick, i need a new kind of kick”, sans oublier l’attentat sonore de la fin avec cette guitare maltraitée. Le tout déballant un texte qui implore un besoin urgent de drogue. Atterrant. Pas étonnant que les jeunes d’aujourd’hui bloquent leurs facs, vu comment leur cerveau doit être liquéfié par ce genre de merde. Pourtant, cette progéniture qui m’est tombé dessus au détour d’un coït hasardeux ne peut s’en passer, parlant de ce titre comme étant un vrai brûlot, juste culte, comme l’album dont il est tiré, « Bad Music For Bad People ». Que c’est une vraie tuerie, incarnant comme jamais la notion de défouloir musical. Il insinue même que le titre est sûrement le meilleur de cette compilation. Je me demande ce que j’ai fais à ce dieu de bordel de pute de borgne pour mériter ça.







Bon il parait que le mec qui a sélectionné tout ça est musicien. Il nous colle donc en fin de disque un morceau de son cru. Les voies du Marketing sont impénétrables. (Tout le contraire de Josianne). Mon fils me dit que justement, Andrew Weatherall clôt ce disque/fresque chronologique Rock, par son morceau, pour bien asséner SA vision du rock. Hey bien on peut dire qu’il se débrouille plutôt bien le minot. Le morceau est très sombre, mais cette guitare, bien claire et dansante, a le Swing qui me plait. Sans compter le clavier lunaire qui se colle au tout. Comme quoi, on peut allier modernité et bon goût. Le genre de morceaux qui tissent un lien entre passé et présent, sans trop en faire, sans tomber dans l’overdose de violence ou de mauvais goût. Une envie de danser, une envie de planer, une envie de réfléchir assis dans son canapé, tout ça en même temps. Une réussite.









Pour une fois, il ne s’est pas trop trompé, ce petit idiot. Un disque qui permet de faire une peinture d’une si bonne qualité pour un genre si large et casse gueule que le rock, il fallait le faire. Le mieux, c’est que cette galette pourra servir aux vieux bougons comme moi, en ravivant les souvenirs d’une façon jouissive, tout en donnant un aperçu de ce que ces jeunes andouilles peuvent écouter depuis ces 20 dernières années.
Quand à eux, en plus de pouvoir écouter du bon son qui envoie du bois comme ils disent, ils pourront surtout découvrir ce que c’est que le vrai Rock, celui qui Swing, celui qui décimait notre génération à coup de hernies dans les hanches, à force de remuer ces dernières. La vraie musique, celle qui change de vos Hiphop Techno truc, à vous pourrir les esgourdes en moins de deux. Non je ne suis pas un vieux con, je suis réaliste. Bref, cet objet est hautement recommandé pour cette bande de nuls.





En attendant je vais relancer le disque. Et repenser à mon blouson en cuir, ma moto… et surtout au sourire de Suzanne, qui me transporta pour toute une vie en m’accordant cette petite danse.









Tracklisting :

01 – Joe Boot & The Fabulous Winds – Rock n’ Roll Radio
02 – The Rebs – Renegade
03 – Gene Vincent – Crazy Beat
04 – Hipbone Slim & The Kneetremblers – Snake Pit
05 – Tav Falco & The Panther Burns – Jungle Rock
06 – Charlie Feathers – Jungle Fever
07 – Johnny Burnette – Wampus
08 – The Milkshakes – Grim Reaper
09 – Link Wray – 5-10-15-20
10 – The Strangeloves – I Want Candy
11 – T-Rex – Free Angel
12 – The Fall – Big New Prinz
13 – The Flaming Stars – Spilled Your Pint
14 – Primal Scream – Bloods (2 Lone Swordsmen Mix)
15 – The Tropics of Cancer – Upside Down
16 – Shockheaded Peters – I, Bloodbrother Be (?4000 Loveletter)
17 – The Cramps – New Kind of Kick
18 – Killing Joke – Bloodsport
19 – Andrew Weatherall – Feathers









19 Titres – Soma
Dat’








  • Share/Bookmark
  1. Flysmoke Says:

    T’as vraiment 60 piges? :nerd:

  2. Dat' Says:

    XD

    Retourne faire tes devoirs ptit con !

  3. tom, visiteur Says:

    ah, ça fait plaisir, il est vrai que depuis quelques chroniques, je n’adhérais pas à la musique que tu décrivais,(ah, si pardon, le Burial, tu me l’as fait acheter, je regrette pas!) mais là, je suis content de voir que cette compilation (qui dort encore dans son plastique chez moi, trop de choses à écouter en ce moment, trop de choses…)fait les honneurs d’une super chronique comme tu sais les torcher: érudite, évocatrice, visant juste et soupoudrée d’humour.Gloire à ton ouverture d’esprit. Merci,et continue dans cette voie là…

  4. Dat' Says:

    “il est vrai que depuis quelques chroniques, je n’adhérais pas à la musique que tu décrivais”

    Erf c’est sur que cela ne peut pas toujours plaire à tout le monde, vu que les articles débarquent au hasard suivant mes achats, mes envies and co. Mais c’est inherent au fait d’etre tout seul, et de ne parler que de coups de coeur et découvertes… Il n’y a pas trop de plan de conduite…

    M’enfin le principal c’est que cet article te pousse a ouvrir le plastique du disque, il le merite !

  5. Aeneman Says:

    Gene Vincent, T-Rex, The Fall, Primal Scream, The Cramps, Killing Joke (c’est vraiment du rock ça? enfin ouais à son sens large), bah rien que ça il y a déjà le choix…

    Sympa en tout cas. Et la pochette est vraiment terrible 😆

    M’enfin ça reste de la musique pour vieux cons hein :nerd:
    😉

  6. LordMarth Says:

    Tiens je connaissais que Two Lone Swordmen je savais que l’un d’eux tapait la dedans :)
    La jaquette est une pure tuerie :)

  7. Garry Says:

    The latex of Garcinia cambogia features two polyisoprenylated benzophenone derivatives, camboginol (I) and
    cambogin (II).

    Have a look at my page; garcinia cambogia extract gnc philippines –
    Scot

  8. Sony Xperia Says:

    I always spent my half an hour to read this web site’s articles daily along with a mug of coffee.

Leave a Reply