Animal Collective – Strawberry Jam



Animal Marmalade






Revoilà l’arche complètement cinglée des Animal Collective. Pour parler confiture cette fois. Pourtant ce groupe ne nous a pas réellement quitté cette année. Tout d’abord, l’un de ses membres, Panda Bear, nous a gratifié d’un petit chef d’oeuvre en solo, « Person Pitch ». De deux, parce que Avey Tare, autre tête pensante, a testé les joies du Seppuku commercial, sortant son album solo (accompagné de la chanteuse de Mùm) en mettant toutes les chansons à l’envers. Suicide artistique, simulateur de mal de tête, deal avec la société Doliprane ou génial coup expérimental, la question reste posée.

Reste que les drôles de zigues ne se débattent que mieux lorsque qu’ils remettent en branle, presque chaque année, leur formation initiale Animal Collective, au visage plus accessible peut être, mais surtout plus halluciné, aventureux et profond que leurs divagations solos.













Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on va se souvenir de cette pochette pendant longtemps. Frappant toute personne à l’estomac sensible dans les rayons de disques, ces fraises mi-pourries mi-écrasées cachent de superbes photos intérieures aussi peu ragoûtantes, où l’on verra les fruits pour femmes enceintes se faire asperger de différents liquides colorés. Le tout contenant un livret permettant de mieux comprendre les lyrics complètement barges de nos quatre camarades du jour.







Même si Animal Collective nous a habitué à des sonorités sorties de nulle part sur leurs précédentes galettes, avec leur Folk shamanique psyché, le gimmick électro persistant sur la totalité de Peacebone étonne au premier abord. Agresse presque. Mais on vire rapidement dans une ambiance de fête foraine, entre un texte frisant l’art abstrait ( A peacebone got found in the dinausor wing / I’ve been jumping all over but my views are slowly shrinking / I was a juggular vein in a juggler’s girl / I was supposedly leaking the most interesting colors ) et un refrain détonant avec cette petite voix candide, avant que le tout parte dans un concert de cris hystériques. Comme titre d’ouverture, on a le mérite d’être prévenu : ce qui va suivre n’aura rien de normal.
Sauf qu’Unsolved Mysteries pourrait presque affirmer le contraire, avec sa petite guitare folk et sa structure à peu prés acceptable pour le commun des mortels. Le refrain est planant au possible, et l’on se plait à rêvasser d’un Brian Wilson en plus crade.









La première vraie claque du disque viendra presque naturellement avec Chores. Autant l’annoncer, ce titre est un vrai bijou. Commençant comme pourrait le faire un titre du dernier Panda Bear, on est directement pris dans l’ambiance des plages des îles désertes, où seuls une bande de fous libérés danseraient autour du feu. Le rythme parle à votre corps, on est en plein trip : les échos, les percussions tribales, les choeurs en fond, c’est superbe. Mais tout freine en quelques secondes. Comme si l’on vous avait flanqué la tête sous l’eau après la transe salvatrice. L’univers est ralentit, il s’étire, il stagne, vous laissant flotter, la bouche ronde comme un cul sous l’émerveillement du tout. Avant d’entendre un rythme presque House se pointer, habillant les choeurs de Panda Bear, reconnaissables entre mille, vous propulsant littéralement dans les plus hautes sphères du paradis.

Apres une telle claque, on accueillerait presque For Reverend Green avec circonspection, mais la guitare moins douce que d’habitude attrape de nouveau notre attention. Une mélodie belle comme le jour se profile, laissant Avey Tare chanter comme un damné sous anti-épileptiques, zébrant son chant cristallin de hurlements plus ou moins contrôlés. Et le refrain se pointe comme une révélation : ce titre, c’est un peu la vision du Shoegaze par Animal Collective. Un truc bizarre, planant, cassé, hésitant entre rage et plénitude absolue avec une fin frisant l’hystérie complète. On est littéralement dans un autre monde.









Fireworks, ou comment s’envoler sans avoir besoin d’attacher sa ceinture. Extrêmement calme par rapport au reste des compositions du disque, cette piste se construit comme une longue montée vers les cieux. Guitare, cymbales « à la Panda Bear », et un chant qui se mêle à lui-même, s’autorisant des petites digressions qui s’imprimeront directement dans votre cerveau. Difficilement descriptible, très simple dans sa composition, presque linéaire, parsemé de petits onomatopées venant de nos amis les bêtes, on monte on monte pour ne plus redescendre sur 7 minutes… Le genre de titre qui transformera votre canapé en zinc à réaction des la première écoute.

Surtout que la chute sera dure avec le plutôt dispensable #1, superposant une ligne de bleeps électroniques avec des bruits et voix plus ou moins identifiables. Fatiguant. Dommage, on entend perler un chant superbe derrière cette ligne un peu trop abrutissante, mais néanmoins utile pour ceux qui veulent savoir ce que cela fait de passer un Scanner avec trois litres d’alcool dans le nez.
Winter Wonder Land aurait presque une place à se faire sur les bandes FM, tant le tout éclate par sa simplicité et sa mélodie rock pouvant embraser n’importe qui. Evidemment le tout est encore un peu trop crade et dégénéré pour réellement convaincre nos chères têtes [insérer une couleur de cheveux], mais on tiendrait presque le « tube » de Strawberry Jam.









La dernière ligne droite. Et si l’on avait su que les deux derniers titres allaient être aussi hallucinants, on se serait presque privé d’écouter le reste. Les deux titres clôturant ce disque sont juste sublimes, magiques, impressionnants, renversants.

Cuckoo Cuckoo (rien à voir avec le titre de Faith no More) est tout simplement LA meilleure tartine de confiture de fraise. Début calme, avec un piano bien nostalgique. Des voix fantomatiques, un chant fragile, sur le fil, chancelant, vous berçant, enveloppant votre putain d’être jusque dans le plus caché de vos recoins. L’intensité augmente, peu à peu…
Jusqu’à ce qu’une ENORME basse vienne fracasser le tout. Faire voler en éclat tout repère. Vous pilonner littéralement l’échine, vous défoncer la gueule. Avey Tare devient fou, aliéné au micro. Et là, tout s’emballe, s’écrase, se nécrose, milles percussions, cymbales, tambours, se mettent à tonner au même moment. Un roulement incroyable. Silence. Piano. Grésillements. Mélodie. Berceuse. Et l’on repart dans le choc total, dans cette destruction, superbe, sublime, miraculeuse. Qu’une envie, s’arracher la peau, le coeur, les organes en hurlant, en cassant tous les murs nous entourant, en giclant de toute part, comme chaque seconde de cette petite pièce musicale extraordinaire. On en ressort groggy, meurtri, bousculé, ahuri, triste, heureux, harassé. Trop d’émotion en 6 minutes…

Derek ? Il va s’ouvrir sur une minute que l’on aurait juré avoir entendu sur le « Person Pitch » de Panda Bear. Même ritournelle droguée, même chant épuré, mêmes petits bruits de feux d’artifices, de sons chatoyants. Encore une chute. Impressionnante. Un roulement semblable au titre précédent, un enchevêtrement de percussions se déroule, renverse tout sur son passage. Comme si une tribu déclarait la guerre à la morosité musicale. Panda Bear continue ses incantations, imperturbable. Le titre est trop court. On voulait ça pendant un quart d’heure. On voulait voyager. C’est trop bon. Terminer un disque par deux morceaux de la sorte, c’est presque une torture.










Strawberry Jam ne ferait clairement pas l’unanimité. Comme les précédents disques du groupe. Comment apprécier une bande de cinglés crachant un rock folk électro shamanique aussi déconstruit, aussi dingue, aussi singulier ? Certains auront même une réaction de rejet plus ou moins violente des la vue de la pochette, ce qui est un évènement en soi. Evidemment que ceux qui ont déjà posé une oreille sur le groupe (Surtout « Feels » ) fonceront dessus. Car c’est un grand disque. Pour les autres, le risque est grand. Rejet total ou coup de foudre assuré. Ecouter le disque dans sa totalité. Et surtout, poser une oreille sur « Cuckoo Cuckoo » et « Derek »… Ils convaincront les réticents…


Pour le reste, Strawberry Jam, c’est un peu comme si l’on mélangeait « Revolver » et « Sgt Pepper » des Beatles, le tout dans un asile psychiatrique.

Il est évident qu’après une comparaison pareille, l’article n’a plus besoin de conclusion…










Animal Collective – Peacebone. Le réalisateurs semble avoir besoin de deux trois médicaments.




Animal Collective – Fireworks








9 Titres – Domino Records
Dat’







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  1. Jaylinx Says:

    On a pas la même perception de l’album, c’est déjà un bon point pour lui, il se vit différemment. Pour la conclusion c’est à peu près la même chose aussi, c’est un groupe qui fait l’unanimité chez tout le monde, sauf à ceux à qui tu veux le faire écouter ! Comme quoi.

    Attention instant pub ! Existe en version Jaylinx ! Lave encore plus blanc ! Ou pas !

    http://www.gamekult.com/blog/jaylinx/65526/Presque+aussi+bon+que+du+Nutella%AE.html

  2. Dat' Says:

    Il est tellement foisonnant qu’il ne peut que se vivre differemment !

    Sinon sponsoring : cliquez sur ce lien, et sur celui ou il decrit le projet solo d’Avey tare ! Je touche un pourcentage du salaire de jaylinx à chaque click partant de mon blog ! Allez y les gens !

  3. Demosth Says:

    Ben à part évidemment 2 ou 3 bombes, je reste sur ma faim avec cette confiture de fraise, la comparaison avec les Beatles n’est pas ridicule malgré tout. Ce groupe a le mérite de chercher, mais je trouve que parfois ils se perdent dans leur foisonnement et en oubli le reste.

    J’ai préféré de loin Person Pitch du solo Panda Bear, qui avais déjà avec Young Prayer conquis mes oreilles, et Sung Tongs pour la formation au complet est de loin mon préf ainsi que l’un des meilleurs albums pop de tous les temps à côté de mes Beatles chéris et des Beach Boys particulièrement.

  4. LordMarth Says:

    Sympa l’update de bannière ^^
    Je note pour l’album connais pas du tout

  5. Dat' Says:

    Demosth ===} Sun tongs et Feels sont vraiment de grands disques (avec une preference pour le dernier) mais je trouve que ce Strawberry Jam a vraiment son charme, avec certains tres grands titres…

    Le seul reproche que je lui ferrai en fait, c’est de n’en avoir que 9 justement… Et que Derek ne soit pas plus longue. Mais je chipote.

    Pour la comparaison avec les Beatles, je trouve qu’elle saute aux oreilles quand on ecoute ce disque, plus que les anciens d’ailleurs…

  6. wony, visiteur Says:

    J’en avais pas mal entendu parler, ta kro m’as décidé à l’acheter. Eh beh je suis vraiment tres tres agrtéablement surpris. un peu perché, instru assez etrange, vraiment super bon. Ca me fait penser un peu a Why? que j’affectionne beaucoup.

  7. Dat' Says:

    Ah pas bete effectivement, c’est vrai que les delires de Why? surtout depuis qu’il a laché le Hiphop, s’en rapprochent pas mal…
    Je n’y aurai jamais pensé tiens…

  8. LordMarth Says:

    J’aime beaucoup #1 & Derek
    Encore un groupe surprenant pas transcendental mais un bien bonne surprise qui va changer un peu de mes trop longues écoutes d’acid, j’essaie de faire un cure de désintox mais tu as relancé encore la sauce avec le moog acid hier soir :no:

  9. Dat' Says:

    XD

    sinon j’adore Derek, mais le #1 m’irrite un peu…

  10. pamparachutiste Says:

    Oulà il est space le clip de Peacebone 😮 Je trouve vraiment bizarre qu’ils aient choisi celle-ci pour faire un clip, c’est loin d’être la plus évidente de l’album… bien qu’elle soit excellente !

  11. Dat' Says:

    Clair, la chanson est surement la plus dégénérée et malsaine du disque…

    Mais bon, la video de Fireworks contrebalance un peu le tout…

  12. Ktin, visiteur Says:

    le dernier Animal Collective, la chronique, la chroniiiiiiiique!!!
    Pas mal de titres terribles, même si certains font retomber l’euphorie je trouve : “Also frightened” m’irrite, “Guys Eyes” me laisse indifférente, et “No more running” m’ennuie carrément… ça manque un peu de gros bordel et de cris barrés à la “Reverend Green” de Strawberry Jam!!
    Par contre, fan de “My Girls” (partie pour être le tube, je suppose), “Brothersport”, et coup de foudre dès l’intro pour “Lion in a coma” qui pour le coup me met en transe— j’imagine le roi de la jungle à moitié shooté, qui ne ferait plus peur à personne et sautillerait comme un kangourou cinglé au son du didgeridoo!!
    Concert demain… je croise les doigts pour la setlist!!

  13. Dat' Says:

    Pas de panique, elle arrive en fin de semaine ! J’ai pas encore trop la tracklist en tête, mais j’aime énormement.

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