DJ Krush / Killofer – Oumupo 6

Kamisama



Si l’on devait être adepte d’une secte, ce serait sûrement d’une hypothétique organisation créée par le grand monsieur Krush.
Pour agrandir son influence avant de régner sur la terre sur le simple rayonnement de son génie, le japonais a eu la bonne idée de se plier au jeu de l’Oumupo.


L’Oumupo? Sorte de Mix organisé par les labels “Ici d’ailleurs” et “0101”, où contraintes et règles drastiques régissent le travail du musicien sélectionné pour l’occasion. La charte de l’Oumupo est postée en fin d’article pour les curieux. Comparable au “Dogme” pour le cinéma en simplifiant le concept… Kid Loco, Rubin Steiner, Dj Hide ou Rob Swift, entre autre, sont passés par cet exercice, sûrement tout aussi intéressant à réaliser qu’à écouter. Ecoute qui doit bien sur se faire en ayant pleinement conscience de la charte des contraintes pour comprendre tous les rouages de la galette.

Cette dernière étant toujours couplée avec l’Oubapo, transfert de l’exercice musical dans l’univers de la BD.







A projet non conventionnel packaging exceptionnel, on a donc, comme pour tout disques de la série, droit à un fourreau en carton contenant la BD, le disque et la charte, avec dessins s’imbriquant dans les “trous” des couches supérieures… On sait ou va notre argent, plutôt appréciable.



Dj Krush, se doit donc de remixer tout le catalogue du label en un flux ininterrompu. Mais il se doit aussi de se rajouter des contraintes personnelles, tel que “To be “a live drummer without drumsticks” throughout the whole mix”, “To take the mix CD to a next level, maintaining the KRUSHness to the max” ou “To maintain a vibe that makes even my own head knodding without knowing it” (mission plus que remplie pour cette dernière d’ailleurs…)

Bon ok on a vu plus Fun comme règles, comme celles de Rob Swift “ne jamais mixer avant minuit, la mère de l’artiste choisit les titres” ou de Rubin Steiner “je n’utiliserai pas un seul titre dans sa version originale. Je devrai forcément faire quelque chose à chacun d’entre eux”.




Pour tirer encore plus dans l’inconnu, Dj Krush va complètement délaisser certaines figures de proues du Label, pour ne s’attaquer qu’aux sons les plus mystérieux, surtout dans leur résultat final.
Pas de “Gravité Zero” de sieur James Delleck donc, ni de Yann Tiersen, ni Spade and Archer, ni Professeur Inlassable ou les géniaux nihilisto-dépressifs “Programme”. (Enfin si pour ces derniers, mais impossible à reconnaître)
The Married Monk et Dominique Petitgand sont quand même présents, mais entendre un Progeria Solaire malmené par Krush aurait pu être vraiment terrible…



Alors Dj Krush a choisi des titres aux sonorités bien orientales ou world pour la plupart. Mais il va les dépouiller le plus possible pour littéralement s’approprier les morceaux. La plupart sont méconnaissables sous sa main, rehaussés par des percussions sèches et claquantes aux possibles.
Mais la “patte” Krush est là. Il est extrêmement rare que l’on reconnaisse immédiatement un artiste grâce à ses “sons”, et le japonais fait parti de ce cercle restreint la tête haute. Mais ses beats et percussions sont bien plus décharnées qu’à l’habitude. On croirait entendre l’artiste s’amuser à faire de la musique en entrechoquant avec ferveurs os et clavicules, le tout avec un sens de la rythmique inénarrable…





Difficile de faire du “Tracks par tracks” pour parler de cet Oumupo 6, tant l’ensemble est homogène, à mille lieux des joyeux bordels maîtrisés des précédents Oumupo…

Mais l’on peut clairement tirer quelques morceaux de bravoures de ce disque, à commencer par la superbe introduction et premier titre 1/ Eric Aldéa : O1 violatus ouvrant le bal avec une calme ambiance orientale, subtilement habillée âpre les attaques de Dj krush. On plane, et l’ambiance va gagner en intensité tout au long du développement du disque, prenant lentement son envol sans que l’on se rende compte.
On tendra volontiers l’oreille sur 6/ Thomas Belhom : Who’s Big oscillant constamment entre rythmique saccadée et ambiance extatiques voir contemplatives, avant de déboucher sur un beats lourd et crade vrillant la nuque de l’auditeur.
On sera presque abasourdi par l’alarmant 8/ Dominique Petitgand : Etat liquide – Programme : Mon geste, complètement ahurissant, surtout de la part de Krush. Les deux morceaux cités sont ici absolument méconnaissables, noyés dans une cavalcade frénétique d’ossements rythmiques. La bande son parfaite pour représenter une fusillade mitraillettes dans un cimetière d’éléphant.
On s’essaiera même au Dub cadavérique sur les deux titres présents de “Bästard”, Travelgum et Locate Radiation.





Mais là où le Mix de Dj Krush s’envole, c’est sur ses deux derniers titres. Avec 12/ The Married Monk : Love Commander, Il nous sert un petit chef d’oeuvre tout en finesse, avec ses nappes de synthés habillant le tout. Enfin, la conclusion, haute de ses dix minutes, 13/ The Digital Intervention : The Last Writes / Coma Idyllique est le vrai diamant de cette galette. On quitte le bal des ossements pour se replonger dans du HipHop Instrumental de grande classe, sans délaisser le coté oriental courant sur la majeur partie du Mix.
C’est bien simple, prenez le meilleur des morceaux de “Kakusei” du japonais, et vous aurez une idée de la qualité de ce dernier titre.





La BD, par le dessinateur Killofer, est elle encore plus conceptuelle, car représentant une partie d’échec sous acide. Sûrement bien plus intéressante pour les férus de ce sport cérébral que pour les novices, la BD est quand même bien loin des délires d’un Luz sur L’Oumupo de Rubin Steiner, même si le style graphique vaut franchement le détour…






On a au final un mix extrêmement compacte et décharné de DJ krush, qui est ici loin de ses exubérances sur “Zen” ou son dernier “Jaku”, la démarche se rapprochant de son grand “Kakusei” en bien plus sec, âpre et tranchant…
Certains seront justement rebutés par cet aspect, même si la maîtrise du souverain jaillit à chaque instant.
Clairement pas LA meilleure production de Dj Krush, mais à posséder, pour les fans comme pour les amateurs d’aventures musicales peu communes. Mais c’est aussi l’Oumupo le plus personnel de la serie, pouvant aisement passer pour un album de Krush, tant sa “patte” est presente et les titres originaux sont méconnaissables… (Alors que les anciens Oumupo restent tres “mix” dans la démarche…)


Le concept de L’Oumupo est surtout à connaitre, et à encourager, dans un monde musical ou poser des contraintes et des cadres extrêmement précis peut se révéler être une véritable prise de risque quand elle évite le sempiternel formatage.
Dans la série, je vous conseille particulièrement celui de Dj Hide (compère de Krush dans le groupe “Ryu“), Kid Loco ou celui de Rubin Steiner…



EXTRAIT ICI



La charte des contraintes :


1. Le réservoir musical potentiel est la collection Ici d’ailleurs… et O1O1 sa division électronique. Le catalogue Ici d’ailleurs / O1O1 doit donc servir de trame de fond pour chaque titre. A l’artiste de se l’approprier, le détourner et d’y ajouter ce que bon lui semble, cependant tout ajout de sample doit être libre de droit ou indiqué au label pour clearance.


2. Une itération d’un minimum de trente secondes doit intervenir 2 fois dans l’album. Elle doit faire office de thème ou de slogan, mixée ou non et doit être cohérente à l’ensemble de l’album.


3. La durée de l’exercice doit être égale à quarante deux minutes (42′).


4. L’album doit pouvoir s’écouter en boucle continue, la fin de celui-ci doit s’enchaîner avec le début.


5. Il est impossible de choisir plus de deux titres par album. Une fois le premier titre d’un album choisit, si l’artiste souhaite en utiliser un second, celui-ci doit obligatoirement se trouver à deux plages de distance.


6. L’artiste doit utiliser les oeuvres de plus de cinq artistes du label.


7. L’artiste doit s’imposer sa propre contrainte et la rendre publique.


8. L’artiste s’interdit d’utiliser les paroles issues des compositions de Dominique Petitgand hors de leur contexte musical, il ne tombera pas dans la facilité de s’en servir comme jingle ou gimmick. Leur durée d’utilisation ne doit pas être inférieure à 20 secondes.





13 titres
  • Share/Bookmark
  1. kermalex Says:

    Je trouve ça excellent ce principe de contraintes, notamment les règles 4 et 5.
    Je ne connais aucun des artistes qui se trouve sur cette galette, mais tu m’a bien donné envie d’essayer, maintenant que je connais DJ Krush.

  2. Dat' Says:

    Yes j’aime beaucoup aussi ce principe des contraintes.

    Pour l’achat cela depend. Si tu veux un “Dj Krush” faut faire gaffe celui là est extrement “sec” et austere. Il vaut mieu se tourner vers un “vrai” album de ce gars.
    Si tu as tous les DJ krush, ou que tu adhere vraiment à ce type celui là est par contre immanquable…

    Si tu veux decouvrir les Oumupo, celui de Dj Hide et Rubin Steiner sont peut etre meilleurs dans leur genre, car plus bordeliques.

    Mais Celui là a quelque chose d’assez profond, de personnel. A croire qu’il a brisé les codes de l’oumupo pour se les approprier…. en meme temps j’en attendais pas moins de ce gars, qui est pour moi un artiste flirtant avec le genie.
    L’experience peut etre tentée donc, vraiment, mais en ayant connaissance du risque… ^^

  3. kermalex Says:

    Je suis en train de me refaire le seul Krush que j’ai, Jaku, pour patienter avant d’aller découvrir ces Oumupo à la fnac lundi.
    D’ailleurs j’ai vu sur le site internet qu’il existe un coffret avec les 6 volumes, ça peut être sympa, d’autant que le prix est très sympa aussi comparé au prix à l’unité.
    Après les autres Oumupo faut que je les essaie aussi, car j’étais pas très fan du Drum major de Rubin Steiner.

    De toute façon je n’achèterai pas à l’aveugle, même si je sais que je peux avoir confiance en tes goûts à peu de choses près 😉

  4. Dat' Says:

    Yep effectivement le coffret est tres sympa et plutot “rentable”. surtout qu’il y a les BD aussi… Un beau coffret quoi…
    j’hesite à acheter la box “vide” perso, ils ont la bonne idée de la mettre en vente aussi…

    Je suis pas un inconditionnel du drum major de steiner aussi, mais son Oumupo est vraiment bon…
    apres effectivement mieu vaut tendre une oreille de toute façon avant d’acheter….

  5. Lionel, visiteur Says:

    Roouh, je suis en train de l’écouter : ce Krush est uni, intelligent, suave, technique, profond et cohérent. C’est un chef-d’oeuvre absolu. A quand DJ Spectre, DJ Shadow, DJ Food ?

  6. Skowz Says:

    Yop Dat’

    Je connais seulement ‘Kemuri’ de Dj Krush (juste incroyable) et je pense qu’il est grand temps que je découvre l’artiste.
    tu aurais un petit conseil ? Par quel album commencer ? Y’a t’il plusieurs catégories d’album ?

    Merci d’avance

  7. Dat' Says:

    Hey,

    Alors là tu me lances sur un debat sans fin ahah.
    Bon deja, si tu es à bloc sur Kemuri, fonce sur le disque “Strictly Turntabilised”, qui est du même accabit. (Bien que sec. C’est du Sample, du beat point barre)

    Il y a effectivement plusieurs “categories” d’album, le mec ayant mechammetn évolué dans le temps, et surtout, a sorti quand meme une belle brochette de disque (parfois un peu inegaux)

    Pour moi, 4 indispensables (assez differents, pas d’ordre de préférence) :

    – “Strictly Turntabilized” donc, pur abstract hiphop enfumé plein de chaleur, qui craque de partout, avec en point d’orgue Kemuri et Fucked-up Pendulum, diamants.

    – “Kakusei”, surement le moins attractif des 4 disques, c’est du beat abstract point barre, assez froid, on est loin des vyniles qui craquent de S.Turntabilized. Mais c’est superbe de bout en bout, maitrisé à mort, parfait dans le metro la nuit, au casque.

    – “Code4109″, c’est une mixtape, et pour moi surement le meilleur mix Hiphop abstract qui puisse exister sur cette planete. Je connais le disque par coeur, certains passages me tuent à chaque fois (l’arrivé du Orchestra & Choir Of Bulgarian Radio sur un beat hiphop, mon dieu), ce truc est affolant, ultra riche, jamais trouvé mieux dans le genre.

    – “Shinsou – Message at the depth”, unique dans la disco de Krush. Sur ce disque, il s’est mis aux ordinateurs, c’est un disque tres electro, tres sombre, parfois pas si eloigné (dans l’esprit) d’une demarche à la Autechre.
    Et le disque a deux facettes, car il alterne ces longs morceaux electronica-experimentaux-étouffants, avec des morceaux hiphop de folie (le morceau avec le crew Anticon au complet est dingue, le rap japonais avec Inden massacre les enceintes, ya Antipop Consortium aussi, Sly&Robbie et un superbe morceau pop en 8 position !
    C’est clairement le disque de Krush que j’ai le plus écouté avec “Code4109″ !

    Voila, après il y en a d’autres très bien, mais c’est vraiment ces 4 là qui m’ont marqué à vie. Ca serait bien qu’il en fasse un nouveau d’ailleurs…

    Dat’

  8. Skowz Says:

    Yop,

    Merci pour tes conseils. Tu m’a vraiment donné envie de découvrir sa mixtape et “Shinsou – Message at the depth”.
    J’viens de commandé les deux.
    Je reviens dans quelques semaines pour en dire des nouvelles.

    Au passage, je me suis offert le “Tomboy” de Panda bear, et je dois dire que je suis agréablement conquis.
    C’est juste dommage qu’il revienne sur des formats plus courts. Certaine pistes auraient du/pu s’entendre sur une dizaine de minute

    Skowz

  9. Dat' Says:

    Ah ben tiens moi au courant apres écoute.
    Tu verras le premier morceau de “Shinsou – Message…” est incroyable. Morceau en 3 phases incroyable, claque énorme à l’époque.

    Le Panda Bear n’est pas encore sorti chez moi, mais clairement, je vais pas le louper.

    Dat’

Leave a Reply