Erik Truffaz – The Dawn



Shawn Of The Dawn







Je suis une trompette. Bon ok, ça fait con annoncé comme cela, mais je suis une trompette. Même LA trompette. Celle d’Erik Truffaz. Des dizaines d’années que ce mec me souffle dans le cul et me broie la colonne vertébrale de ses doigts pour me faire gémir. Erik Truffaz ? L’un des meilleurs Jazzman / producteur français. Son jeu de trompette est tel qui est bien souvent comparé, excusez du peu, à Miles Davis. Et pour enfoncer le clou, ce petit gars est signé sur le mythique (pas d’autre mot) label « Blue Note », qui abrite des grands comme Sidney Bechett, John Coltrane, Herbie Hancock ou Horace Silver. Il a même accueilli le schizophrène Madlib pour quelques digressions sonores.
Revenons à nos moutons : Erik Truffaz, bien qu’acclamé de part le monde entier, n’officie pas dans un Jazz « traditionnel ». Chaque album de mon despote musical n’est pas un dialogue neurasthénique entre lui, moi, et un habillage sonore réduit comme peau de chagrin. Il a le génie de tirer le Jazz sur des territoires qui lui sont franchement éloigné, comme le rock avec The Walk Of The Giant Turtle, la World Music avec Saloua ou la Pop avec son tout dernier sorti, Arkhangelsk. Mais aussi, et surtout, le Hip-Hop et la Drum and Bass avec Bending New Corners et donc The Dawn. (À ce titre n’hésitez pas non plus à jeter une oreille sur sa collaboration avec Kaly Live dub, sur la dernière sortie de ces derniers…)
TRES importante précision, toute la discographie de Truffaz est à 9 Euros ces temps-ci, une bonne excuse pour se lancer dans l’aventure.

Erik Truffaz s’ouvre à tout style de musique, et ouvre les oreilles ses auditeurs dans le même mouvement, du Jazz aux musiques les plus diverses, et vice versa. En attendant, il ne manque pas de me faire virevolter dans tout les méandres de ces musiques composées par lui-même, Patrick Muller, Giuliani et Erbetta, le tout chapeauté par le Flow de Nya…










Le propriétaire de la page où je m’exprime aujourd’hui m’a pour la première fois entendue il y a presque dix ans. Le clip de Yuri’s Choice tournait sur M6, et il fut en un instant captivé, oubliant même d’en finir sa tartine. Enfin quand je dis qu’il m’a entendu pour la première fois lors de ce moment est un peu erroné. Car il fut, en premier lieu, littéralement happé par ce piano courant sur le long du titre, le hip-hop sombre déclamé par Nya, et surtout la rythmique Drum and Bass, omniprésente, ultra efficace et classieuse au possible, le tout distillé avec une précision forçant le respect. Mes incursions trompetisantes, tout aussi superbes, en passeraient presque au second plan, tant elles s’intègrent bien à l’ensemble. C’est aussi le talent et la grande humilité émanant d’Erik Truffaz. Les albums pourtant toujours crédités son nom, il n’écrasera ni n’envahira jamais le travail de ses confrères en voulant absolument me caser à tout coin de notes. Mais en approfondissant l’écoute, on se rend compte de l’importance de notre rôle, donnant une réelle ossature au tout, tirant le Jazz sur cette composition électrique comme un gamin le ferait avec sa couette en hiver. Son jeu de trompette s’immisce partout, donnant au morceau une allure, une stature flirtant avec la grande noblesse et une derniere minute à filer des frissons. Ok j’ai du mal à décrire ça, mais je n’ai pas le dictionnaire de métaphores carambars de Dat’333, excusez donc les imprécisions. Reste que ce titre est absolument ultime, et a permis à ce dernier de devenir boulimique des productions de ?sieur Truffaz en 3 petites minutes.








Mais il n’y a pas que ce diamant qui vaut le détour dans cette galette : le court Bukowsky chapter 1 a fier allure, entre ce Nya assenant toujours ses phrases avec un aplomb rassurant, cette contrebasse qui claque sa maman et mes petits borborygmes discrets.


Le Hip-Hop vous plait ? Vous allez en avoir pour votre argent, si vous n’avez évidemment pas peur que ce dernier soit mêlé au Jazz. Wet in Paris, à l’ambiance posée, presque menaçante, ravira les amateurs de sombres bars enfumés. Free Stylin’ officiera dans le même domaine, me laissant un peu plus de liberté pour m’exprimer. On pourra rapidement passer sur Slim Pickings ou tout instrument va se taire, pour laisser Nya déclamer une longue tirade, seul comme la mort.


Je parlais de Drum and Bass. Quoi de mieux pour une trompette de luxe comme moi de pouvoir sautiller comme un beau diable sur des rythmes bien enlevés ? Excepté le petit chef d’oeuvre Yuri’s Choice exposé si dessus, il sera obligatoire de jeter une oreille sur l’autre incontournable, Round-Trip, Pesante ambiance en son début, entre son piano tellement cristallin qu’on le confondrait presque avec une harpe, et ses percus arides, bien que très rapides, le tout va se délier petit à petit avec une grande tenue, pour nous ravir avec ces nappes de cordes. Personnellement, je n’interviendrai qu’au deux tiers de la chanson, mais pour mieux illuminer l’ensemble. Et comment ne pas parler de The Mask, plus chaleureuse, plus riche, garnie, avec une Drum and Bass acoustique mais bien appuyée, groovant comme rarement, et une intervention de Nya qui va porter le titre dans les cieux, avec son rythme qui s’affole, alors que l’on pensait le morceau dernier terminé. Sublime.








La musique d’Erik Truffaz, c’est un Jazz qui va faire, malheureusement, faire fuir bien des puristes. Mais tant d’autres pourront aussi poser, enfin, un pied dans le Hip-hop et la Drum & Bass. Le contraire est aussi valable, tant les amateurs de ces deux genres précités pourront se faire une autre idée du Jazz avec The Dawn. Les amateurs de Hip-hop ou d’électronique, pourtant complètement réfractaires à l’écoute d’un disque de Jazz, mais qui ont été séduit par ce disque de Truffaz ne se comptent plus tant ils sont nombreux…


Et c’est sûrement ça, le tour de force et la plus grande qualité de ce disque.





Reste une question en suspend. Est-ce moi, trompette d’exception, grâce à mon pedigree, ma plastique, qui fait que mes râles soient si agréables à l’écoute ? Ou tout simplement le talent d’Erik Truffaz, qui sait manier sa bouche comme personne pour réussir à sublimer mon ronronnement naturel ? Que ferais-je sans lui ? Les autres trompettes semblent bien fades à coté de nous.










Yuri’s Choice, ou la classe intégrale, en habillage M6 d’époque…









8 titres – Blue Note
La trompette de Truffaz (et un peu Dat’)





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  1. JoSL5 Says:

    Decidement, j’aime bcp tes goûts musicaux … peut être parce que j’ai les mêmes !

  2. shilom Says:

    Très très chouette billet, madame la trompette!

  3. La trompette d'E.Truffaz, visiteur Says:

    Bonjour shilom.

    C’est avec un plaisir non feint que j’espere avoir ravi vos esgourdes avec cet article. Je laisserai par contre le proprietaire habituel de ce troquet reprendre la main, et cela des le prochain article.

    bisous distingués.

  4. Axelvak Says:

    Truffaz est quand même parti en live à partir de Mantis qui était limite assez médiocre et peu inspiré.

    Peut-on parler de plusieurs albums avant The Dawn sachant qu’il reprends ses morceaux d’un album sur l’autre en les remixant? C’est une qualité comme un reproche, parce que même si les morceaux sont divins, racheter tout les 2/3 un album avec 4/5 morceaux déjà présents sur un voire deux albums ça passe assez mal, tout Blue Note qu’il soit.

    The Walk Of The Giant Turtle m’a peu impressionné, pas à cause du changement de parcours de Truffaz mais parce que l’album mange un peu à tout les rateliers sans jamais trouver son propre style, il en résulte un projet qui touche à tout mais sans sonorité propre…

    Je jetterai une oreille à ce nouvel album, mais bon, il y a certains trompettiste beaucop plus inspirés sur la scène jazz en ce moment.

  5. Dat' Says:

    Je dois t’avouer que je n’ai jamais écouté les albums (2?) avant The Dawn…

    Je suis pas fan de “the Walk of…” non plus, mais Saloua et le dernier sont vraiment agréable à l’ecoute…

    Mais “the Dawn” quoi… Ce disque est bien enorme… (Avec Bending New Corners)

  6. Selm Says:

    Grah, Erik Truffaz, symbole universel du bon goût :napo: (et demain soir en concert à la salle Pleyel, CAN’T WAIT)

  7. Tadada Says:

    Il est suisse non ?

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