Her Space Holiday – The Young Machines



I’ve got a Girl Problem… I’ve got a Drug problem… And I don’t Want to solve them…






C’est sur cette diatribe un brin résignée que s’égrène la voix de Marc Bianchi et qui représente plutôt bien la teneur du discours de ce disque. Mais remettons les choses dans leur contexte. Marc Bianchi, sous le nom de Her Space Holiday, a cinq albums à son actif. Mais il a commencé à apparaître sous nos latitudes que depuis la sortie de son 4eme opus, le bien nommé « The Young Machines ». Compréhensible, vu la qualité extrême de ce disque. Dommageable, quand on sait que les précédents sont aussi de bons crus, comme son premier disque au titre évocateur : « Home is Where You Hang Yourself » (la maison est l’endroit ou l’on se pend)
Du haut de ses cheveux broussailleux et de ses grosses lunettes, le monsieur a tout d’un Nerd, impression renforcée par des textes puant les déceptions et désillusions en tout genre. Pourtant, rien ne sera lourd, oppressant, dégoulinant de misérabilisme. Car Marc Bianchi est un orfèvre, un vrai. Et surtout, il aime la musique électronique, la belle, lumineuse, celle qui crache des mélodies à briser tous les petits coeurs fragiles que nous sommes…















Rare sont les Cd qui vous prennent le coeur des leur ouverture. A vous scotcher des les premières secondes. The Young Machines est de ceux là, avec son titre éponyme débutant les hostilités. Apres un son d’ordinateur en phase de démarrage, on bascule dans un enchevêtrement de clochettes, de samples semblant tout droit sortis d’une boite à musique. Autour, un semblant de Drill and Bass classieuse, discrète, tout en retenue, taillée à l’or fin, rebondie, saute, esquisse un paysage dérangé mais au combien plaisant… C’est juste beau. Mais des que des cordes venant de nulle part viennent se poser sur le tout, on bascule en plein songe, en plein voyage entre deux nuages. La structure de beats se désagrège, part dans tout les sens, sans jamais nous agresser, pour nous porter aux nues. Les violons intensifient leurs attaques, tout s’envole. Claque. En fait, ce titre, c’est le parfait mélange entre les chansons « Girl / Boy song » et « Nannou » d’Aphex Twin. C’est dit. A vous broyer la colonne vertébrale comme peu de titres peuvent le faire, à l’instar du Night Knuckles de Chris Clark.



Reste que ce titre est le seul « instrumental » du disque. Cela ne veut pas dire que cet aspect sera délaissé pendant le reste de la galette, loin s’en faut. Car l’on vogue de ravissements en ravissements dans ce « Young Machine ». Mais Marc Bianchi chante. Comme tout le monde, d’une voix sobre, assez commune. Et parle de choses banales, que n’importe qui pourrait plus ou moins vivre : Doutes, déceptions amoureuses, solitudes, baise d’un soir, rancoeurs et problèmes de dépendance. D’une voix presque monocorde, il égraine ses litanies poissardes sur des enchantements de mélodies. Pour se donner une idée, la voix de Marc Bianchi est à rapprocher de celle de 3D, l’une des têtes de Massive Attack…









Something To Do With My Hand ouvre parfaitement le bal des pistes à voix. Rythme empli de bleeps distillés dans tous les coins, scintillant aux grés des divagations de notre compagnon du jour, qui assène de la façon la plus lymphatique qui soit un cinglant « My problem with me / Is my problem with you / It doesn’t take much / For me to come unglued… / I don’t care where you move / I don’t care if it’s far / All that I ask is that I know where you are?. A parier que le refrain restera longtemps dans la tête de celui qui prendra le risque d’écouter le tout avec sérieux. Reste que ce titre presque trop sage va se retrouver cassé en ses deux tiers par un tintement semblable à celui du premier titre, pour déboucher sur un rythme House, avec des basses bien appuyées, finissant de vous pilonner la tête avec un refrain presque parasitant.

On change de registre avec Tech Romance qui s’ouvre sur des violons fragiles, instrument samplé ou synthétique que nous retrouverons bien des fois sur ces terres… Tech romance, où l’on va s’appesantir sur le regret de voir une fille désirée s’amouracher de mecs sans considérations pour la belle, tandis que le bon copain suivra le tout la queue entre les jambes. L’instrue s’emballera rapidement, inversant et doublant la structure pour un final un peu plus enlevé, entre cavalcade rythmique et violons aériens

Her Space Holiday sait aussi verser dans le Trip-hop, calmant sa boite à rythme, avec le duo Sleepy California et Japanese Gum. Le premier ravira avec ses percussions sèches et sa guitare lancinante laissant poindre un refrain planant, caressant vos tympans comme jamais avec cette voix féminine ne faisant qu’un avec notre écorché du jour, échouant sur un violon presque country qui finira de vous tabasser l’échine.
Japanese Gum se montrerait presque trop calme dans sa première moitié si le texte n’était pas aussi assassin. Sorte de « Jezebel » de Dizzee Rascal à la sauce pop, Marc Bianchi y décrit le quotidien d’une fille trop volage, et ses répercussions sur le moral bien trop friable de l’eternel suiveur… On se surprendra à chanter le refrain sous la douche, tant l’air s’imprime dans votre cortex des le premier passage, petite ritournelle guillerette, alors que le texte filerai des sueurs froides à toute personne un tant soit peu jalouse. On alterne toujours entre le point de vu de Marc Bianchi « I used to know this girl / Who gave her love away /
To every guy she met / She never got upset / And one by one they came / And one by one they left / I thought that I could fix her / If she would let me in / But all of my advances / Were shut down in the end…?

et de celui (ou celle) dont il parle : ?It’s not like I’m a slut / Or that I really like to fuck / I just want every boy I see / To walk away with part of me / Until there’s nothing left to hold / Until there’s nothing left to hate / I appreciate your help / But even you can’t save me from myself…?

La musique enivrante sera toujours de mise avec My Girlfriend’s Boyfriend et son Beat Hiphop bien appuyé, agrémenté de violons très ?musique de chambre?. Tout sonnerait Trip-hop bien classique si Her Space Holiday ne cassait pas encore sa chanson avec une grosse guitare électrique, qui ferait presque tache dans ce disque, où gratte acoustique et boite à rythme se marient trop bien pour faire un ménage à trois avec leur petite soeur énervée…








Mais la folie des débuts et l’éclatement des structures n’est clairement pas laissé de coté, et Meet the Pressure sera là pour nous le rappeler. Morceau d’IDM flingué qui désarçonne clairement à la première écoute, si le chant n’était pas là pour recadrer un peu le tout. Ligne de guitare bien sombre, beats insidieux partant de tout les cotés, le refrain explose avec des cuivres malsains, comme une fanfare un peu droguée, titubante. Dérangé et dérangeant, le titre flirte pourtant avec le chef d’oeuvre quand des violons se mêlent à cette danse déstructurée, envoyant directement le tout au firmament. A tomber. Marc Bianchi va assener un texte froid comme la mort, critiquant tout les Webzines plombant ses disques et faisant des « Bad reviews », tout en tirant une balle dans la tête des gens à coté de leurs pompes.
« And then you went and said you didn’t understand / How a girl so beautiful could love a guy like him / Now that’s a question you should be saving for your wife / And while you’re on the subject ask her where she was last night / Because she didn’t go to her sister’s for a drink / She was backstage at our show sitting on my knee.? Boum. Marc Bianchi a de la rancoeur à revendre, et il veut que cela se sache. On ne s’en relèvera pas.

Girl Problem sera tout aussi sombre, bien que moins pressée, préférant s’appesantir sur des basses sourdes et des cordes bien fragiles. Etonnant comme son ?I Have a Girl problem… I Have a Drug Problem… And I don’t Want To solve Them? pourra hanter notre journée, même si la montée finale après un temps d’arrêt en laissera quelques-uns sur le carreau.








A dire vrai, la bien calme et sensible The Luxury Of Loneliness pourrait aussi faire l’objet d’un joli paragraphe si elle ne précédait pas le véritable bijou qu’est From South California terminant le disque de la plus belle des manieres. Parce que si « The Young Machines » commence de façon presque miraculeuse, sa conclusion sera au moins du même niveau. Extrêmement mélancolique, avec ses bleeps grésillants dans une multitude de directions et son clavier presque fantomatique, on est directement happé dans ce trésor d’electronica qui se transforme à la perfection en chanson pop de rêve, renvoyant les The Notwist en Maternelle.
Mais tout s’arrête brutalement pour une demi douzaine de seconde. On prend presque peur de ne pas voir la piste évoluer, alors qu’un vrai tourbillon revient dans vos oreilles, d’une plénitude et d’une beauté à couper le souffle, vous fait survoler le plus beau des panoramas. Merde, c’est juste superbe. Toujours cette structure de beats qui giclent de tout les cotés, violons à vous briser, lits de synthés lunaires et instruments à vent pour couronner le tout…










Alors pourquoi parler de Her Space Holiday maintenant, alors que le disque est sorti depuis quelques temps déjà ? Car il est, à l’instar de centaines d’autres de ses congénères, proposé à 7 Euros neuf ces temps ci… et qu’il ne jouit pas de l’aura des disques profitant de cette baisse de prix assez impressionnante, bien dommage, car il passera évidemment inaperçu. Pratiquement inconnu en France, Marc Bianchi accoucha pourtant ici d’un disque absolument sublime, qui se découvre de plus en plus à chaque écoute.
J’en vois certains grogner sur le fait que les considérations de ce petit gars sont parfois bien trop pessimistes, et qu’il est parfois un peu lourd de constamment se replier sur soi quand on veut se targuer de sortir un album intimiste. Certes. On ne pourra que leur donner raison. De plus, l’album peut rapidement virer dans la neurasthénie au sens premier du terme.
Mais contrairement à l’album de Thom Yorke, The Eraser, la musique y est toujours lumineuse, portée au nue, avec pour objectif de vous faire planer bien au dessus des nuages. De plus, la plume acide et désabusée de Marc Bianchi est assez riche et diversifiée pour nous faire prendre autant de plaisir à décortiquer les textes que de déceler chaque rupture de rythme, à l’instar d’un Mike « The Streets » Skinner.
« The Young Machine » détient de plus une introduction et une conclusion en diamant. Un album commençant et se concluant de telle sorte est obligé de toucher la corde sensible de toute personne receptive.
« The Young Machine » est aussi l’album le plus équilibré de la carrière du bonhomme, entre le trop diffus « Home is Where You Hang Yourself » et le très Warp mais plus désincarné « The Past Present The Future ». Certes, il faut aimer les rythmes éclatés et les violons fragiles. Masi si la recette prend, il est difficile d’oublier ce disque, et cela depuis plusieurs années pour ma part.

« The Young Machine » est tout simplement l’un des plus beaux disque de Pop électronique intimiste qui puisse exister sur cette petite planète.






Comme si Marc Bianchi, rongé par ses problèmes relationnels, tentait en vain de poser ses yeux sur son écran d’ordinateur, alors que ces derniers ne peuvent se détacher du soleil perlant à travers sa fenêtre.










Her Space Holiday – My girlfriend’s Boyfriend









10 Titres – Mush / Wichita Recordings
Dat’







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  1. Gee23 Says:

    Purée, à peine je découvre Archive et Londinium chez LordMArth) que tu me balances un autre truc : I NEED TIME ^^

  2. Dat' Says:

    C’est assez éloigné dans la forme, mais dans le fond, le plaisir et l’évasion restent les mêmes…

    Les deux disques, d’extremes qualité, sont à écouter, vraiment… (meme si celui d’Archive beneficie d’une Aura culte que Her Space Holiday n’aura jamais…)

  3. LordMarth Says:

    mais ça m’a l’air tout bon ça :)
    La track The Young Machines me fait déjà saliver :p

  4. Gee23 Says:

    Faut noter plus que ça à faire…

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