Oust Louba – Décoction



Mixture





On fouille les rayons. Des dizaines et des dizaines de disques, que l’on connaît ni d’Eve ni d’Adam, défilent rapidement sous nos doigts. Le plaisir de les faire gentiment claquer en les parcourant, tout en voyant ces centaines d’images défiler sous nos yeux. Et sentir le moment où l’on va se laisser tenter, prendre le disque dans le creu de nos mains, l’inspecter recto/verso, en tentant de percer le mystère d’un nom et d’un artwork qui n’aide pas souvent pour définir le contenu d’une galette. Plus difficile d’y aller au feeling que pour les vinyles, ces derniers bénéficiant souvent d’une plastique plus attrayante et d’un prix plus accessible. « tiens j’ai reçu cela aujourd’hui, je ne vois pas du tout ce que c’est ». On prend, on regarde ce drôle de disque. Inconnu au bataillon. Difficile de savoir sur quoi l’on va tomber. C’est français en tout cas. Hésitation. Se diriger vers la caisse ou reposer l’objet pour continuer son archéologie musicale ? Mais entre les clinquants Of Montreal, Timbaland, Dj Food & Dk et juste avant le nouveau Nine Inch Nails, il est parfois bon de se laisser aller dans l’inconnu. De faire refleurir ses oreilles grâce à l’affriolant plaisir de la découverte.










On tire toujours une certaine adrénaline à l’ouverture d’un disque acheté à l’intuition. Se demander, avant même d’effleurer la touche lecture, si la galette va rester prendre la poussière sous 300 autres de ses congénères, ou au contraire illuminer notre journée comme par la surprise d’une bonne rencontre. Et la lumière, on va la sentir se poser sur nos oreilles des les premières secondes de Les Hullules. Une chape de violons s’installe avec grâce, rapidement accompagnée d’une rythmique sèche. On s’étonne de l’arrivé d’un chant, en français, suave, accompagnant le tout. Puis tout s’envole. Sans tomber dans la grandiloquence, la démonstration stérile. C’est superbement maîtrisé. L’atmosphère est enivrante. Sans crier gare, on tombe dans une ambiance plus noire. Une guitare menaçante se greffe au tout, surplombée de quelques scratchs incisifs… Sympa de faire basculer le titre de la sorte. Avec étonnement, le disque est pourtant sur Qui Respire ? deuxième titre qui se trouve tout simplement être la continuité naturelle de son petit frère.






Pour le Troisième titre, 15h56 on change bien d’ambiance cette fois, en atteste la coupure presque brutale à la fin du titre précédent. Mais quelle ambiance. On se croirait dans un disque de Truffaz, avec la trompette libertine qui serait troquée contre des saxophones. Le rythme est enlevé, flirtant avec une Drum and bass, et cette ambiance Jazz vous plonge en plein club enfumé. Excellent. Puis le beats se fait plus appuyé, plus sourd, plus electro. La contrebasse claque, le platiniste déroule ses scratchs, s’en donne à coeur joie, sans tomber dans l’esbroufe inutile. Un son crade s’immisce dans l’arène. Tout est dosé à la perfection, un vrai bonheur, surtout dans le « pilonnage » final… Encore une fois, le disque avait glissé sur Maurice 2000 sans prévenir, et la transition en sera presque aussi imperceptible en débouchant sur La Femme Elastique, qu’un Kid Koala bien assagit n’aurait pas renié…







On part dans les hautes sphères de la béatitude avec Where’s ?, qui après une introduction un peu brutale va nous faire planer pendant presque 8 bonnes minutes. Piano qui se lâche petit a petit, triturage de vinyles, sonorités non identifiées qui se mêlent les unes aux autres, cordes qui ne sont la que pour soutenir le tout avec pertinence… on assiste à un long décollage de toute beauté qui nous envoi directement dans les nuages, avant de se laisser mourir sur des percussions presque tribales.

Daar sera beaucoup moins immédiat en nous poussant dans un rock ska lourd et menaçant. Puis le titre bascule dans une ambiance de fanfare déglinguée, matraquée, zébrée par scratchs, nappes âpres et tintements de mauvaise foire. Des chants religieux semblent perler en fond et l’on se perd dans ce maelstrom sonore, pourtant d’une grande cohérence, avec plaisir et méfiance, tant l’ambiance oscille entre teintes oppressantes et accueillantes.

L’album va se clôturer avec l’imposant En Décoction qui lui aussi se jouer en une longue montée dépassant les 8 minutes. Tous les ingrédients de l’album se lieront une dernière fois, entre ses instruments à vent, la batterie lâchée, les scratchs ultra bien placés, ses voix fantomatiques…







Car, que ce soit dans cette conclusion, comme sur le reste de la galette, Oust Louba brille par la maîtrise, la justesse et la précision de sa musique. TOUS les ingrédients sont placés comme ils devraient être placés, sans débordement, sans démonstration ni fioriture… Les cordes ne seront jamais dégoulinantes, faites pour faire pleurer les chaumières, jamais ne rentrent dans un coté grandiloquent qu’adopte bien des « petits » groupes, tentés d’en mettre plein la vu pour se faire remarquer. Ici, elles soutiendront simplement les incartades des autres éléments, comme tutrices de la bonne marche du collectif. Le Dj lui, ne tombera pas dans le test de la résistance de son tunnel carpien en nous assommant de scratchs toutes les 30 secondes. Il interviendra pile au moment opportun, avec justesse et discretion. Pas de frime, mais une réelle construction sonore ciselée à l’or fin. Seul l’irritant et un peu trop maniéré Ma fleur dévierait un peu du chemin ci dessus.
On pense obligatoirement à Dj Shadow en plus organique en parcourant certaines des titres de ce « Décoction ». On plonge un peu dans le Jazz, dans le Trip-Hop et le Post Rock mais toujours avec une grande tenue. Presque un peu trop même. Mais comment reprocher cela à un groupe qui balance une salve de cette qualité. Et qui n’a pas peur de laisser développer ses morceaux, comme cela est de plus en plus rare, en pointant trois fois sur 8 minutes, nous laissant pleinement le temps de perdre pied en s’abandonnant dans leurs tableaux sonores.







Et encore une fois, la question se pose. Comment des groupes pondant des disques de cette qualité stagnent toujours autant dans l’anonymat ? Je ne parle pas d’une explosion médiatique limousine style mais simplement d’un succès d’estime, et surtout de pouvoir au moins être référencé dans les gros magasins de disques… et cela ne vaut pas que pour Oust Louba, mais aussi Magnolia, Lazarperry, Une Feuille Noire, Guinea Pig and co, pour rester dans les groupes français… Gageons qu’albums après albums, certains gagneront en puissance, j’en suis convaincu.



Pour Oust Louba, il suffit d’écouter les deux splendides « couples » de morceaux : Les Hullules / Qui respire ? et 15h56 / Maurice 2000 pour s’en assurer, sans l’ombre d’un doute…








9 titres – Gazul Records
Dat’




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  1. teng, visiteur Says:

    J m’en vai acheter ça tiens! Si je le trouve.

  2. r.boy, visiteur Says:

    EXCELLENT disque en effet ! Je comprends ton enthousiasme mais je crois qu’on ce genre de son n’est pas évident pour tout le monde : on adhère immédiatement ou pas du tout. Pour ma part, même si je ne suis pas fan ni de jazz, ni de dub, ni d’électro, j’ai immédiatement craqué. À quoi donc tient la magie pour un tel disque ? La décoction dira l’autre…

  3. wony, visiteur Says:

    je me le suis procuré sur priceminister et je dois avoué que cc’est plutôt reussi. même si parfois je ressent comme un manque d’homogénéité entre les différent titres.

    mais trés bon disque quoi qu’il en soit

  4. ffrr, visiteur Says:

    c est de la merde en boite

  5. t., visiteur Says:

    Tres bonne decouverte, merci !

  6. wawa, visiteur Says:

    Mmmmmm,

    En écrivant j’écoute une pré-maquette d’Oust-Louba, la pré-maquette de cet album-ci il me semble, et c’est déjà terrible.

    Can’t wait to get it !

    Pour répondre à l’auteur de cet article, qui s’interroge sur le pourquoi de la non reconnaissance de groupes aussi intéressant…

    Je ne sais pas exactement, mais l’idée de fond, c’est le manque de communication entre les différents acteurs, et peut-être un peu de crispation (parceque la vie de l’industrie culturelle n’est pas un long fleuve tranquille, et a ses contraintes évidemment).

    Exactement le même problème qui mine les sociétés toutes entières.

  7. musicou, visiteur Says:

    c’est vraiment naze , n’achetez pas ça!

  8. Richard Ellenbogen - Beverly Hills Body Says:

    Look this ripoffreport from ripoffreport.com Don Tigert Don Tigert Don Tigert Don Tigert Don Tigert Don Tigert sala rodd sala rodd sala rodd sala rodd sala rodd sala roddBRIAN WILLIS Brockstar,BROCKSTAR BY BRIAN NELSON WILLIS,Richard Ellenbogen – Beverly Hills Body,LuxSauna Alan Symons
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