Panda Bear – Person Pitch



Pedo Bear Seal of Drugs and Sea Approval







?Ne pisse pas là!? est la dernière phrase concrète et entière que j’ai pu entendre de la soirée. Trop d’alcool, trop de drogue, on bascule rapidement dans les ténèbres. Je me rappel d’avoir fait l’amour avec quelqu’un, mais impossible de me rappeler de son nom. En espérant dans mon délire ne pas avoir choppé le chien de Xavier, le mec qui nous accueille sympathiquement. J’ai écrasé une tête aussi, qui gisait dans son vomi, mais rien d’autre ne semble m’avoir marqué. Car mon but, mon st Graal, que dis-je, ma raison de vivre sur le moment, c’était ce canapé. Cet amas moelleux encore plus attirant que toutes les paires de seins au monde réunis dans un tupperware. Ce truc de couleur verte, vide d’intrus pour le moment, un vrai miracle. Je dois y arriver, l’attendre, m’y affaler avant qu’un connard complètement bourré me vole la place. Oui, qu’une envie, sauter dedans, m’enfoncer et me laisser aller. Pas dormir, pas décuver. Juste partir, bien haut, tutoyer les nuages. Alex et un autre pote sont partis en boite voir le Dj Jean Aï Nipon. On m’a proposé de venir, en prétextant que voir Alex tenter de mettre son sperme autre part que dans un mouchoir allait être drôle. Mais rien à foutre. Déjà je voulais conclure avec…euh… enfin j’en ai parlé plus haut. Et surtout, j’avais acheté un cd dans l’après midi que je voulais absolument passer ce soir. Dans cet état precisemment. Pas dans le métro, pas en faisant la vaisselle. Non justement, attendre d’être à la limite de l’abrutissement, à la limite de la douce folie. Ce disque, c’est le projet solo de Noah Lennox, le percu du groupe bien dérangé « Animal Collective »…













A peine le cul posé sur le canapé que les abîmes me frôlent, m’achève. Au loin, j’entends une voix, clamer, chanter, avec des gens tapant des mains. Comfy In Nautica. Je ne suis pas sur un canapé puant la gerbe en fait, mais sur une plage, autour d’un feu, avec des filles chantant, en rythme. Mon collier de fleurs sent drôlement bon. Un shaman, au milieu du feu, fredonne comme le ferait Brian Wilson. Mais bizarrement, la plage semble coller à une autoroute. Comment expliquer alors ces Formule 1 semblant passer à toute vitesse près de mon oreille. C’est beau, les tahitiennes m’éblouissent avec leur sourire, et je me mets à les accompagner en m’égosillant. Etonnant, ma voix se dédouble, se superpose, comme les images s’imprimant dans ma rétine. Mais je prends peur, quelque chose m’étrangle, me gène, emplie mes tympans. Un bourdonnement, lourd, gras, persistant qui ronge toute ma boite crânienne. J’ouvre les yeux, et je ne distingue qu’un trou noir. Panique. Avant de comprendre que le seul gouffre sans fond que emplissant ma cornée n’est que la narine d’un connard d’anglais, qui de sa voix nasillarde me répète inlassablement des “Take Pills ! Take Pills”… Un coup de talon plus tard, je reprends le voyage. Quelqu’un semble s’amuser avec une cassette. A l’arrêter, la redémarrer, et ainsi de suite, pour obtenir un rythme bien spécial. La plage, encore elle. Enfin. Je croyais l’avoir perdue à jamais. Le mec se remet à nous bercer de sa voix. Une berceuse, rien d’autre. Il me semble entendre les Beach Boys ou les Beatles, noyés dans un magma de bruits en tout genre. Fracassés par une vague qui va et vient au grés des interstices sablonneux… Puis la guitare s’emballe, tout le monde saute, se marre, patauge dans la mer en se tenant la main. Des fusées sont tirées dans le ciel, on sourit à pleine dent, c’est juste trop bon. Des rondes se forment, la lune brille et se reflète sous nos pieds, des paréos volent, on se pousse pour mieux se toucher, pour mieux se caresser, succomber à je ne sais quoi. Tout se terminerai presque trop prématurément, me voila balancé dans le métro, comme un clochard, avachi sur un strapontin jaune de merde.








Sans me douter que j’allais vivre l’un des plus grand panard de ma frêle existence avec Bros. La guitare revient, se pose dès le début. Le chant du maître de cérémonie se fait obsédant, un semblant de clavier se pose, et tout monte petit à petit. Difficile à dire si c’est à cause de mon cerveau ou le disque lui-même, mais les échos semblent répondre aux échos, la voix se répercute sur elle-même. Cette sérénade est juste sublime. Le choeur qui survient me grise, me broie la colonne vertébrale. Même pas capable de porte ma bière jusqu’à la commissure de mes lèvres. Mon corps est paralysé, ma raison divague. Et tout continu. L’ascension est loin d’être finie, prenant de plus en plus d’ampleur. Je fredonne moi-même, sans savoir si des bribes de mots sortent de ma bouche, mais je m’oblige à l’accompagner. Bordel je plane. La mort ou les anges, ce que vous voulez, mais là je ne redescendrai pas. Ces choeurs merde, ces choeurs ! Je ne suis plus sur un canapé, mais un putain d’avion, un coucou qui me prend, fait des loopings pour mieux brûler ses ailes à la lisière du soleil. Conscience / inconscience, je ne suis plus maître de rien quand l’instrumentation semble prendre le contrôle, reléguant Noah Lennox en tant que pantin d’horizon. La gratte me file des fourmis dans les jambes. Et là, point de retour possible, la deuxième partie du titre vire dans le grand psychédélisme, tout est dédoublé, triplé, saccadé, reprit en boucle et cela à l’infini. Une phrase se termine qu’une autre est déjà commencée. Et l’on rentre en transe. Panda Bear nous greffe des ailes de force, nous obligeant à le suivre dans son aurore boréale. On survole tout. La misère du monde, les merveilles de l’univers, en souriant, en pleurant, en criant de bonheur, en bénissant le fait de pouvoir voler. C’est beau à en chialer. Ok je suis complètement dans un état second, rogné par les substances illicites, mais il en serait de même pour n’importe qui. La fin est en diamant, tout tourne, un tourbillon de drogues, de surf, de plages, de guitares, de colliers de fleurs, de filles bronzées, de nature, de drogues, de drogues et de drogues. Sur 13 minutes. TREIZE ! Comment peut on pondre un miracle pareil ? Comment ? le mec a pris une marmite, pour y plonger la discographie des Beatles, celle de Brian Wilson, un sampleur rempli de bruits non identifiés, et de la drogue, à fumer, à manger, à priser, à injecter. A moins que cela ne soit tout simplement de la folie. Pure.






?I’m Not completely fucked up man ! » surenchéri l’anglais, remis de son coup dans l’estomac. Il se trompe de cible, étranglant la petite soeur du proprio, venu simplement prendre un Pigloo glacé au chocolat, réveillée par le vacarne. Tant mieux, le morceau suivant me permet de m’envelopper dans un voile d’une douceur sans égale. Les voix sont encore sublimes, tout résonnant, se baladant, s’entrechoquant dans ma tête, simplement soutenues par une percussion sourde. La chose que je fume finie de construire cette drôle de couette autour de moi. Superbe.

Mais les tambours résonnent. Good Girls / Carrot me parachute en pleine jungle, attaché à un poteau à la con, mes pieds grillant juste au dessous d’une potion bouillonnante. Un fou avec un masque flippant tourne autour de moi, balançant ses incantations, qui ne me rassurent pas une seule seconde. La tribu l’accompagne dans la transe et des digressions bizarres, sorties d’une Noise ravagée par du tribal me parasite les oreilles. J’ai beau me secouer dans tout les sens, je suis submergé par ce flot de chants superbes et de percussions battantes, vrillées par ces sonorités industrielles, expérimentales… La marmite tombe, la corde lâche, me voila en train de courir, m’échappant de ses mangeurs d’hommes. La structure change. Le chant se fait rassurant alors que le rythme lui, devient oppressant. On se complait presque dans un Hip-hop lent, mutant, sublimé par les choeurs de la tribu s’accrochant à vos oreilles, continuant à faire la fête malgré votre fuite. La transpiration inonde mon visage, ma respiration est coupée, des feuilles me fouettent la gueule. Je trébuche, je repars. Mon pied se prend une racine exhumée de son terreau. Du sable plein les naseaux, je me relève pour prendre conscience que la foret n’est plus, que j’ai échoué au grés de mes divagation sur une plage où des gens à moitié à poil se trémoussent au son des xylophones frappées avec grâce. Le temps n’est même plus l’ombre d’une notion concrète. Le tout à durée 10 minutes. 15 minutes peut être, je ne sais pas.








Mes jambes, encore dans la course, déconnéctées de mon cerveau, ont continué à pédaler dans l’air. Pas d’arrêt au stand des xylos, je file comme le vent pour me retrouver dans la mer. Search For Delicious me plonge dans l’eau. Mais voila, l’abus de psychotropes m’empêchent de bouger. Je coule, attiré par le fond. La musique se fait faible, étouffée par le cocon liquide s’infiltrant par tous les pores de mon être. On coule, on perçoit des chants, des rythmes, mais ils sont tous filtrés, lointains, semblant à des chants de baleines en plus grave…. Pourtant quelque chose me tabasse. Un rythme. Comme de la House. Qui tape, au loin, dans le fond de ma tête. Ponytail a-t-elle commencé ? Suis-je encore dans la continuité du trip précédent ? Noah Lennox semble toujours être la réincarnation des anges mais le rythme est pourtant bizarre. Planant et familier en même temps. Un battement de coeur ou un type bourré qui a trouvé bon de mettre un disque de house dans une pièce voisine, je ne le saurai jamais.










Plus rien n’a d’importance au final. Impossible de me lever, je suis trop bien. La soirée d’Alexandre et de son pote, dont je parlais au debut s’est, parait-il, plutôt mal passée au final. Moi, j’ai choisi de rester au calme. De voyager. J’ai fais le tour du monde en volant, sans bouger une seule seconde de mon canapé. On aurait pu me chier dessus que je n’aurais pas bronché, trop profondément ancré dans l’hallucination onirique qui m’a été offerte sur cette petite heure.





Je pourrais même affirmer que ce Person Pitch de Panda Bear est mon plus gros trip, mon meilleur voyage, mon plus grand disque de défonce musicale depuis God’s Money de Gang Gang Dance.

Et vu comment je porte ce dernier dans mon coeur, c’est dire comme ce Panda Bear est exceptionnel…












?Bros? de Panda Bear, monument de 13 minutes, ici raccourci pour être un single de 6 minutes. Cette version ne reflète absolument pas toute la beauté de ce titre hallucinant, mais donne une certaine idée de la bête. Au casque. Prenez ça comme un Teaser…








7 titres – Paw Tracks
Dat’







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  1. Popof22 Says:

    Hé bé… ça m’a l’air terrible tout ça.

    Excellente chronique, l’une de tes toutes meilleures, et beaucoup d’imagination 😉

    M’en vais l’écouter direct!

  2. Jaylinx Says:

    L’album qui m’a réconcilié avec Animal Collective. Certainement aussi l’un des plus gros ovnis qui aient balancé mon année musicale. Ca ressemble un peu à tout et à rien de ce qui a pu se faire. En tout cas, écouter enchainés “Bros” et “Im Not” tout en déambulant un rien bourré dans le Paris by Night, c’est à prescrire à absolument tout le monde !

    En tout cas, quand tu vois un peu sa carrière solo, alors que le précédent est quand même super sombre, celui-ci semble être un peu la conséquence de son suicide artistique. Un peu comme le grand tunnel lumineux qu’on aperçoit, parait-il, lorsque l’on est entre la vie et la mort. Ouais, en fait cet album c’est une lumière.

  3. NerdPunkachien Says:

    jenveuxjenveuxjenveuxjenveuxjenveuxjenveuxjenveux…

  4. mr-kite Says:

    Superbe critique, ça donne envie d’écouter ça. Je vais aller voir si je peux le trouver en magasin.

  5. Dat' Says:

    Il se trouve pas super difficilement, avec un peu de chance… C’est quand meme un side project d’Animal Collective, groupe qui a une aura assez importante en indé…

  6. mr-kite Says:

    J’ai réussi à le trouver en import us à la fnac. Et après une nuit d’écoute, je peux juste dire que j’ai rarement pris autant mon pied en écoutant un album, on est plongé dans un univers complètement délirant et reposant à la fois, merveilleux rien d’autres à dire.

    Un grand merci pour cette découverte.

  7. rumi Says:

    OH putain , je ne m’attendais vraiment pas à un truc pareil.

    On m’en a bien parlé , mais je m’imaginais un truc éléctro crado classique comme il en sort un peu chaque mois.

    En fait je suis juste à côté de la plaque … ( à 130 km de la plaque je dirais)

    Là ça me fait un peu penser à du beach boys un peu trop beach boys 😮

    Je vais essayer 😮

  8. Dat' Says:

    Ouai c’est un peu ça. Du Beach Boys coupé avec de l’heroine.

  9. Jaylinx Says:

    Pléonasme.

  10. Dat' Says:

    C’était pas du LSD ?

    Ne fais pas le jaloux depuis qu’un journaleux sur le retour a piqué ta phrase…

  11. pamparachutiste Says:

    Celui-là je vais essayer d’éviter maintenant. Je monte d’un cran dans le trip à chaque fois, et vu ce qu’il m’a fait la dernière fois… ouillouillouille
    Un vrai truc de taré. Merci pour la découverte !

  12. Dat' Says:

    ahah c’es vrai que l’on part bien avec ce disque… vaut mieux eviter de l’ecouter en conduisant, sous peine de rater un virage…

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