Tha Blue Herb – Life Story



Night Stories





On avait déjà parlé de ces Japonais avec le sublime et complètement unique Sell Our Soul:

Tha Blue Herb est pour moi le meilleur groupe que le pays du soleil levant ait pu enfanter, et de loin. (avec Dj Krush et Cornelius à coté, évidemment) Partant d’une base Hiphop presque commune, mais ultra-maitrisée avec leur premier album, Stilling. Still Dreaming, les trois larrons se sont peu à peu écartés du genre pour offrir un disque majeur, hybride, expérimental, tout simplement hors du temps avec Sell Our Soul. Tha Blue Herb, c’est aussi une appartenance forte et constamment revendiquée à Sapporo, leur ville d’origine, au Nord du Japon, bien souvent effacé par la neige, mais souffrant surtout de l’omniprésence musicale des artistes de Tokyo, ces derniers pensant que la capitale étant l’étape obligatoire pour connaître un minimum le succés. Ill-Bosstino, le MC et chef de file du groupe, se bat pour prouver le contraire, en créant son propre label, et en devenant petit à petit l’une des formation Hiphop les plus respectées au Japon, dans l’ombre constante d’un Dj Krush inébranlable. Le label, Tha Blue Herb Recordings, abrite des artistes atypiques et inclassables (Shuren the Fire, Jun-gold…), tout en martelant une vision de l’underground bien personnelle :
?My idea of “underground” is not just about being unknown, broken and only wishing for a chance that never comes. That’s only the first stage of your career. We were at that stage six years ago, but you are just a loser if you end there. We understood it. To me, being underground is about producing your own stuff without being enslaved to record companies; Not to get exploited by TV or radio but to exploit THEM; Make money with your own ideas and be responsible for what you do; Play some maddening music loud as you can with the like-minded heads in various regions. From that perspective, I can say that what we are doing now is the best example of the most powerful underground in Japan.?


Sell Our Soul, leur dernier album, était tellement unique, le son du groupe tellement indescriptible, foisonnant, sombre et riche comme très peu de disques peuvent se targuer de l’être, qu’il était impossible de continuer dans la même voie sans risquer la redite, ou la pale copie. La perfection n’arrive qu’une fois. Un tournant était obligatoire. Qu’on l’appelle retour aux sources, virage, nouvel horizon, une chose est sure, Tha Blue Herb continue de défricher des chemins à des kilomètres des autres groupes Japonais. Un retour au Hiphop plus traditionnel ? Possible. Mais « Life Story », c’est surtout et avant tout une déclaration d’amour du groupe à l’electronica, dans ce qu’elle est de plus précieuse et majestueuse.













La première chose qui va marquer, c’est la qualité extrême du digipack. Loin du carton « habituel » des packaging du genre, Tha Blue Herb nous sert de superbes photos sur un papier glacé du plus bel effet, brillant et bien épais, comme si le boîtier venait de sortir de chez le photographe. Comme pour l’essai précédent, un livret est inclus avec les textes du disque en Kanji mais aussi en Anglais. On salue évidemment l’initiative. Car le Hiphop de Tha Blue Herb est integralement en Japonais, ne cédant pas au nombre grandissant des groupes de l’archipel voulant sonner à tout pris « americains ».








Vent soufflant dans vos oreilles, bleeps fourmillant dans toutes les directions, métronome sourd comme base rythmique, nappes qui s’installent peu à peu, Tha Blue Herb plonge résolument avec The Alert son Hiphop dans l’electronica pure, vaporeuse, bien moins accidentée que les précédents exercices du groupe. Ill-bosstino, lui, s’en donne à coeur joie, avec son Flow grave et rapide, se frayant un chemin d’une façon impressionnante entre les différentes digressions du morceau. Mais on est loin des montagnes russes qu’offrait le précédent exercice. Ici le ton est beaucoup plus posé, plus insidieux, et surtout plus profond. Si le groupe décidait de vous corrompre l’âme avec « Sell your Soul », il veut ici se montrer plus pacifique, en s’infiltrant peu à peu dans cette dernière, s’installer, parasiter vos synapses en tissant des compositions d’une beauté imparable, plus inspirées par la Techno de Detroit que le Hiphop de New York. A moins que le son ici ne soit surtout une spécificité bien Japonaise.
Reste que les rythmes syncopés ne sont pas en reste, et Run 2 You nous balance un bon gros rythme fait de pulsations électroniques sombres et zébrées de gimmicks stridents, le tout chapeauté par un clavier grave, permettant au MC de batailler dur dans cet amas de beats expérimentaux. La mélodie, derrière le marasme, est superbe, fragile, tranchant avec le caractère brutal et presque industriel du titre.

Les petits bijoux que sont D.I.S et Supa Stupid replongeront l’album dans la contemplation, la méditation électronique, très proche des exercices d’un groupe comme Plaid. Les Nappes s’installent, se superposent, s’entrelacent, gagnent en importance, striées de bleeps éparses, de spirales numériques, de ritournelles fragiles, sans oublier les petits scratchs bien placés, assurés par Dj Dye. A tomber à genoux. Supa Stupid n’aurait pas fait tache dans un Double Figure du duo Warpiens. Ill-Bosstino égrène ses textes calmement, tel un prophete inflexible flirtant avec le Spoken Word, le titre surprenant avec sa coupure où un Harmonica va résonner au milieu d’une foule, pour replonger dans l’écrin ambiant des premiers instants.

Quand au sublime On The Corner il fera même presque penser aux premiers exercices d’Autechre, albums d’une pureté et d’un confort absolu, bien loin du jusqu’auboutismes de Confield ou Gantz Graf. Mélodie sublime façonnée par un tourbillon de synthés résonnants de toute part, surplombée d’une rythmique sourde, mentale, s’immisçant dans le plus profond de votre être. Les lyrics, toujours distillés avec retenue et avec extrêmement de sérieux, s’impriment dans votre âme comme lors d’un lavage de cerveau. Plus rien ne compte, excepté ce morceau impressionnant de prestance, de maîtrise et de sagesse. Le texte est un reflet des pensées du MC, de sombres divagations sur l’importance de la musique, sur une vie monotone. Je ne parle même pas de la montée de clavier entre les couplets qui vous transperce littéralement la gueule.








Il faut le savoir, Ill-Bosstino, parallement à son groupe Tha Blue Herb, a un side project, Herbest Moon, qu’il a aussi sorti sur son label, disque emplit de Deep House contemplative, s’étalant parfois sur plus d’un quart d’heure. Le disque, contenait quelques pièces excellentes (Le titre « The Dance Alone » est tellement beau qu’il en devient inhumain) mais souffrait d’un son un peu trop brut, presque préfabriqué, donnant un aspect assez rebutant sur un tiers de l’album. Mais attaché à cette direction, Ill-Bosstino a ici profité des talents de son Beatmakers attitré, O.N.O, qui élabore de véritables petites fresques électroniques, rivalisant avec ce que l’on peut trouver de meilleur dans le genre. Il est évident que l’on n’évite pas certains essais un peu trop ternes pour être marquants, comme sur Hip hop 番外地 (seul écueil du disque) qui n’évolue pas vraiment, mais balance de vrais petits tresors, à l’instar de Tenderly, qui se laisse envahir par des instruments acoustiques sur plus de 7 minutes, délaissant le coté froid qui règne sur l’ensemble du disque. On assiste ici au développement d’une vraie petite ballade, emplie de sensibilité, d’une tristesse retenue, avec un flow extrêmement posé, proposant un pamphlet sur la nature égoïste et limité de l’homme, se cantonnant à son petit univers au lieu de regarder et de profiter des richesses qui l’entoure. (Le jeu du jour : Les métaphores japonaises.) L’album n’hésite d’ailleurs jamais à s’appesantir longtemps sur une piste, la majorité des titres oscillant entre 4 et 8 minutes.









Et comme pour Sell Our Soul avec « On the Streets », Life Story contient son monolithe, son morceau brisant les carcans, s’étalant sur presque 10 minutes, d’un minimalisme et d’une profondeur saisissante, vous transportant littéralement dans un autre monde. Encore une histoire de nuit noire. Mais si la précédente relatait l’histoire d’un meurtre nocturne, この夜だけは va peindre une nuit passée dans un bar, à ressasser avec de vieilles connaissances les souvenirs d’une vie, celle d’Ill-Bosstino en l’occurrence. Les deux premières minutes du titre s’occupant à nous retranscrire l’ambiance d’un petit bar de Sapporo, à coup de verres entrechoqués et d’alcool versé. L’instrue, sorte de Jazz éthéré, aquatique, parcouru d’ondes régulières et d’un rythme effacé, laisse le texte se dérouler de la façon la plus naturelle et la plus calme possible, comme pour retranscrire avec perfection des moments où l’on est coupé d’un quotidien écrasant, pour se retrouver dans une bulle bienveillante, fraternelle, à se laisser aller dans une pièce alors que la neige recouvre le paysage au dessus de vos têtes. La contrebasse résonne, les trompettes soufflent timidement, et l’on se laisse emporter, doucement, dans une plénitude presque totale par ce petit bout de vie dévoilé par le groupe.

Maintain et Mainline renoueront avec un Hip-hop progressif, proposant encore de longues strates atmosphériques échouant tour à tour dans nos tympans, prenant de plus en plus d’importance en accompagnant un MC beaucoup plus hargneux que sur les précédents titres, n’hésitant pas à nous rentrer dans le lard sur la fin de Mainline
Mais c’est Motivation, clôturant l’album, qui se trouve être le titre le plus directe de l’album. Et quel titre ! Sur une ligne un peu plus crade que d’habitude, Ill-bosstino se lâche complètement, bourré d’amertume, retrouvant la rage de ses premières galettes, balançant un refrain vindicatif et bardé de scratchs incissifs, pour un titre qui se concrétise par une longue montée en puissance, avec des synthés saturant peu à peu, à filer la chair de poule d’une façon radicale. Complètement bousculé par ce titre, le disque se tait, nous laissant groggy par une sortie aussi enlevée après 13 Titres clairement apaisés.











Ce disque de Tha Blue Herb va se heurter au même problème que son grand frère : Life Story est difficile d’accès, voir presque exigeant sur les premières écoutes, tant l’aspect foisonnant et épileptique des précédents opus a disparu, au profit d’un calme apparent, d’une direction electronica bien plus profonde et homogène. L’oreille distraite pourra parler de linéarité si elle ne se plonge pas corps et âme dans le disque. Il faut se laisser envelopper par les sublimes fresques de O.N.O, prospecter, s’effacer au profit de la musique. Se laisser emporter, donner à la moindre parcelle de son esprit la liberté de vagabonder dans ces peintures dorées à l’or fin. (Les amateurs d’electronica ou d’ambiant ne se feront pas prier pour le coup).

Car ce Life Story est avant tout un disque nocturne, bouffé par la mélancolie, un disque parfait pour marcher à 3 heures du matin, le dos courbé sous une pluie fine, à scruter la moindre lumière perlant de nos rues dégueulasses, à perde toute notion d’espace et de temps en voyant défiler inlassablement les immeubles, les rares passants titubants sur les trottoirs, les voitures illuminants pour quelques secondes des artères bouchées par les ténèbres. C’est un disque qui vous pousse à vous fondre dans l’obscurité, à ne faire qu’un avec la musique, à vous pousser à l’introspection infinie. Car il y a peu de disques de Hiphop qui peuvent se targuer d’avoir une telle prestance et une telle profondeur.

Il est évident que Life Story n’égale pas le diamant ultime qu’était Sell Our Soul. Mais il n’en reste pas moins un disque indispensable, qui assoit la supériorité indiscutable de Tha Blue Herb sur le Hiphop Japonais, tout se taillant une place de choix dans le Hiphop indépendant mondial, si ce dernier avait enfin la bonne idée d’accorder un peu plus d’importance à cette scène encore injustement ignorée.



Life Story est un grand disque de Hip-hop, un grand disque d’electronica, voir un grand disque tout court. Un long trip intrinsèque, presque intime, d’une qualité rare. Ni plus ni moins.










Tha Blue Herb – この夜だけは









L’excellent clip Tha Blue Herb – Phase 3








Album disponible avec un peu de chance sur Amazon.com, ou sur le très pratique Cdjapan.co.jp









14 titres – Tha Blue Herb Recordings
Dat’








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  1. Nexus5 Says:

    He mais merde quoi, je suis oblige de lire les chroniques automatiques pour decouvrir qu’il y a du hip-hop potable au Japon ! Merci encore msieur Dat’ !

  2. Dat' Says:

    Ah ah, le pire c’est que toi, tu n’as qu’à te baisser pour en trouver là bas… ^^

    Pour ce que j’en ais vu, il est malheuresement pas mis en avant pour un sous, mais si tu traines dans certaines petites échoppes de Shibuya, tu vas avoir la tete qui tourne tellement il y a du bon. Reste que Tha Blue Herb est pour moi l’incontournable du lot.

  3. LordMarth Says:

    Meme si pas du niveau du Sell Our Soul (ma plus grande de la scène hip hop nippone qu’il m’ait été donné d’écouter, et encore se cantonner à un rayon d’action japonais me semble peu approprié), il m’a l’air bien énorme aussi cet opus.

  4. Dat' Says:

    Bon je vois que l’on est plusieurs amoureux de Sell Our Soul, ça me rassure…

  5. wony, visiteur Says:

    J ai toujours pas réussi a me procurer Sell our soul :(. Les 2 seuls disques de Tha Blue Herb que j ‘ai trouvé c’est Stilling still dreaming et un 2 titre (Phase 3). Celui ci est ausi difficile à trouver?

  6. Dat' Says:

    va sur cdjapan.co.jp !

    c’est super simple, tout est en anglais, c’est pas trop cher et cela arrive vite chez toi (1 semaine voir 10 jours max)

    Tu pourras les trouver tout les deux…. Tiens moi au courant.

  7. Liam FROST, visiteur Says:

    Salut,

    Ca fait un moment que je te lis, et j’attendais une critique depuis quelques temps de ce “life story”, critique qui se faisait attendre quand meme quand on voit celle tres élogieuse de “sell our soul” 😉
    Je suis tout a fait d’accord sur l’ambiance de cet album, il me rappelle trop de retour de concert/soiree dans paris,dans la nuit,quand tu croise les derniers fetards,clochards,..quand tu prends ta dernière cigarette dans la fraicheur de la nuit,breff,…
    sinon je viens de tomber sur ca sur youtube
    http://www.youtube.com/watch?v=wDi6kemh8Ao, tout simplement énorme,je t’en laisse la surprise,…;)

  8. Dat' Says:

    Uuuuh je n’avais pas vu ça, excellent excellent merci !

    Sinon oui c’est vraiment ça. C’est un disque pour la nuit, pour les rues noires, pour le Metro vide. encore plus que le Burial je crois…

  9. Babouche, visiteur Says:

    Bonjour !

    J’ai découvert votre blog,en recherchant des infos sur le groupe,les chroniques donnent vraiment envie.
    En plus c’est carrément la saison pour apprécier ce genre d’album. :)

    A priori,ils ont sorti un dvd avec lives,docu et itws : http://www.fakeforreal.net/index.php/2006/02/04/216-tha-blue-herb-that-s-the-way-hope-goes
    Pas mal de chroniques sur ce blog et même un itw (assez banale,par contre).

    Par contre,j’ai bien l’impression que c’est assez impossible,notamment leurs sorties les moins récentes,qui possèdent des pochettes superbes (après,les prix…).

  10. Dat' Says:

    Oui le dvd existe, Je l’avais ramené du japon en bon fan décérébré du groupe à l’epoque. Il est plutot instructif, mais comme souvent avec ce genre d’objets, cela n’a pas le même impact qu’un disque.

    Je ne connaissais pas ce blog, le type a l’air d’etre un bon fondu de Tha Blue Herb lui aussi ^^

    Pour trouver les disques, vraiment, la meilleur solution, c’est cdjapan.co.jp, ou le coup de bol sur amazon.

  11. Babouche Says:

    Le documentaire n’a pas l’air passionnant d’après l’article mais les extraits lives doivent valoir le coup.
    Après,ça peut aider à patienter pour un éventuel concert…;)

    A priori,les disques les plus anciens ne sont pas trouvables facilement (je parles des diverses sorties dont on voit les pochettes sur cette page : http://www.tbhr.co.jp/en/discography/index.html ),mais bon,on peut espérer une distribution future.

    Je tâcherais de me procurer ça,merci pour les infos et pardon pour le dérangement. 😉

    Ps: Si vous aimez les groupes un peu planants (je me suis paermis de faire un tour des articles),je vous conseille Ghost,un groupe japonais de musique folk psychédélique.Ils ont fait un album éponyme quasi-acoustique qui est une vraie réussite (avec surtout 2 morceaux d’ambiance presque mystique avec des harmonies vocales étonnantes (des chants plaintifs,qui se mélangent avec d’autres gutturaux,pour un résultat qui me fait penser à des chants religieux bouddhistes),un violon dissonant,des percussions en tout genre (petit tambour lointain,baguettes de bois qui cognent sur de la pierre,cymbales,rythme sur des barreaux en métal…) et divers bruits (le son du vent,des chants d’oiseaux,du verre qui se brise…)..;)

  12. Dat' Says:

    Ben attention, sur les images que l’on voit il y a pas mal de maxis, et certains d’autres artistes du label.

    Pour Ghost, je ne connaissais pas, je vais m’y pencher, ta description me fait penser au groupe, jap aussi, “Ana-chang & Junray” !

    Et pas de dérangement, repasse quand tu veux.

  13. The_King_Rama Says:

    me fait bien envie ce petit CD…

    si ta des infos sur le beatmaker du groupe je suis preneurs j’aime beaucoup :)

  14. Dat' Says:

    bien sur c’est O.N.O, il est excellent, et Tha Blue Herb a fait la bande originale du film Heat (un film japonais hein, pas celui avec de niro).

    Il y a trois morceaux avec le Mc ill-bosstino, mais le reste est instrumental, et on peut dire que O.N.O crache du HH abstract assez sublime…

    Il a fait deux disques solo je crois aussi, mais je n’ai jamais pu mettre la main dessus…

  15. The_King_Rama Says:

    merci bien l’amis pour ces infos :)

  16. Babouche Says:

    Pardon de venir déranger cette chronique mais ça pourrait en intéresser certains : des mp3s des artistes signés sur le label Tha Blue Herb recordings sont diponibles sur le site du dit label : http://www.tbhr.co.jp/en/artistprofile/index.html dont bien sûr TBH et ONO (ainsi que le projet d’Ill Bosstino “Herbest Moon”).

    D’ailleurs, ils ont mis des liens vers des chroniques dont 4 en français.

    Par contre,toujours aussi introuvable même cdjapan n’a que cet album (après le prix est assez “léger” : 18.78 hors fdp).

    En espérant que ce message ne pose pas de problèmes. 😉

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    the Richelieu River and then ultimately the Saint Lawrence River Four of New York City’s 5 boroughs are situated on 3 islands at the mouth of the
    Hudson River: Manhattan Island Staten Island and
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