Adrian Sherwood – Never Trust a Hippy



In Adrian we trust…







Difficile de résumer la carrière d’Adrian Sherwood. Tout du moins en ne se limitant pas qu’à ses propres releases, car il n’y en a que deux. Mais d’un point de vu producteur et remixeur, le Londonien a de quoi rendre fou n’importe quel squatteur de Studio.
Surtout que le monsieur a officié dans deux genres presque antinomiques, participant à l’essor de la musique Industrielle, qu’elle soit Rock, electro ou hip-hop, tout en se faisant un nom dans le reggae et le dub.
Membre du groupe Tackhead, qui influencera une majeure partie du courant Indus, soul et electro, Adrian Sherwood est peut être familier à ceux qui ont étrillés leurs oreilles sur Nine Inch Nails, Ministry ou Cabaret Voltaire pour avoir assuré la productions de certains morceaux, et remixé une brochette folle d’artistes, de Primal Scream à Einstürzende Neubauten’s, en passant par Queen Of the Stone Age.


Mais c’est dans sa cave, à triturer des bases Dub jusqu’à l’excès qu’est né son envie de jouer crissements et saturations. Car c’est bien dans le Dub que le monsieur à un Cv hallucinant, en tant que producteur, étant même à l’origine du Time Boom X De Devil Dead de Lee Perry et Dub Syndicate, pour beaucoup considéré comme l’un des meilleurs disque de sieur Perry.

Bon pour le coup, quand j’avais acheté, à sa sortie, Never Trust a Hippy, je n’étais que très vaguement au courant de tout ça, même en ayant écouté certains groupes du dessus, étant plus attiré par l’étiquette electro-dub-barrée du disque que par l’histoire formelle du musicien. A l’instar du The Avalanches, retour sur un disque qui m’a profondément marqué.

Donnée étonnante, c’est que ce disque est seulement le premier album solo du musicien, après plus de 20 ans de carrière. Impossible de résumer ou condenser cette dernière en une galette, tout en sachant pertinent qu’Adrian ne pourra pas faire un banal disque d’indus ou de Dub vu les bagages bien garnis qu’il trimballe derrière lui. Il va prendre la tangente, en filant un énorme coup de pied au cul à tous les disques de Dub électro sortant sur la première moitié des années 2000, avec un son foncièrement électro et des samples sortis de rites drogués et extatiques.






















Apres avoir découvert un étrange packaging où les initiales du slogan de la galette sont apposées sur une brochette d’objets, on se lance sur No Dog Jazz. Basses dub rebondies, sample d’un gimmick roots qui tourne jusqu’à overdose, on pourrait se croire en terrain conquis, déboulant sur une galette comme il en sortait des tonnes il y a quelques années. Mais un élément déterminant raye l’oreille, accroche le tympans, donne des papillons dans le ventre : Cette rythmique, brute, rapide, qui claque. Là où le dub habituel se retrouvait cintré dans une base mouillée et pleine de reverb, ou noyé sous des basslines pachydermiques, la musique de Sherwood se retrouve étonnement aéré et sèche, tout en étant bien soutenue. Le mec préfère la MPC aux peaux de chèvres.
On est presque dans une drum and bass décharnée, où seul la moitié des beats survivraient, tout en étant cinglants comme des coups de marteau sur la porte d’une cabane. La rythmique n’est pas moite et grasse comme de la jungle classique, on n’est pas dans une cave suintant la transpi, mais sur une étendue d’herbe, en haut d’une montagne, à respirer un vent glacial, écrasé par un soleil radieux. Ce morceau, c’est un peu comme si un zozo un peu allumé et bien joyeux tentait de faire de la Drum en tapant avec des barres de fer sur une planche de bois et une plaque en métal. Parfait.

Mais si il y a bien quelque chose qui va prédominer dans ce Never Trust a Hippy, ce sont les chants et teintes ethniques omniprésentes. Attention, ne vous y méprenez pas, l’album reste instrumental. Je parle juste d’incursions malaxées et tiraillées par les machines de Sherwood, comme si des tribus amazoniennes passaient dans un mixeur Moulinex d’avant dépôt de bilan. Des fantômes completement habités, qui scandent, hurlent ou chantent des dialectes plus ou moins indentifiables, comme si Sherwood était allé tâter du crocodile et des moustiques pour chopper quelques vocaux exotiques sur bande.
Le premier morceau à cristalliser cela (et ils sont nombreux) pointe juste après le ptit loup du dessus : Hari Up Hari, qui laisse des voix plaintives ( créditées Hari Haran, chanteur parait-il assez connu en Inde), implorant je ne sais quel dieu, se faire secouer par des beats toujours aussi secs, qui se télescopent et s’enroulent à n’en plus finir, le tout plombé par des claviers dub massifs. Imaginez une cérémonie de sacrifice avec votre cul plongé dans la marmite, le tout placé en Slow motion, et vous y êtes.

Le superbe Haunted By Your Love pourra faire flipper sur les premières mesures, avec ce chant céleste et ce piano un peu cheap, qui fait très chillout de seconde zone. Sauf qu’un pied bien sourd débarque, qu’une enfilade de rythmes bien secs et de scratchs tordus foncent dessus, soulèvent le morceau, on claque des doigts, on est bien, ça part dans tous les coins, et en plus c’est Sly & Robbie qui s’occupent des percus. Rien que ça. Et vlan, break, une tribu hallucinée vient casser le tout en criant, ça soulève les tripes, ils reviennent à la chasse, ils dansent autour du feu en gueulant, exorcisme, c’est cool. Quand la voix indienne repointe son nez, ce n’est plus dans une compile Buddha bar que l’on est, mais au dessus de la planète, à prendre en levrette un gros cumulonimbus.
Quand à X-planation, il convie un chant étrange, spectral, placé en mille feuille, qui semble petit à petit se muer en accordéon, chapeauté de percus chaudes vite balayées par une grosse ligne de basse bien crado. Le jeu de rythme est énorme, on voyage, on danse, on se met à se rouler la bite à l’air dans la peinture multicolore, énorme.









Et quand Sherwood est à court de Sample ou de chanteurs énigmatiques, il va carrément aller chercher ses filles pour faire quelques choeurs, comme sur Processed World, préau d’école primaire qui va petit à petit se transformer en rave, les éclats dub du départ et la candeur des voix des petites demoiselles se faisant zébré par de grosses nappes électro, qui tiennent plus de la réunion trance-club que du repas familial chez oncle fumette. Ignorant Version fera une partie Technoïde entre un Hiphop beatboxé, moines qui hurlent des prières, spectres incantatoires et petite litanie de filles se baladant dans la foret pour cueillir des champignons. Alien imparable. Mais gros alien quand même.

Sherwood va même se permette quelques fusions flirtant avec le grand écart, mais accouchant d’un des sommets du disque, Dead Man Smoking. Le début est bien dub, presque roots, c’est le bonheur tranquille, super joyeux, tu tournes en rond avec tes potes, un chien débarque, parasite la chanson en aboyant, ça rebondi, sourire en banane. Des guitares entrent dans la danse, en travers, en diagonale, passent dans tes oreilles, s’envolent, le son est magnifiquement traité, ça fourmille, on se croirait presque chez Cornelius. Et paf Ghetto Priest débarquent sans prévenir pour lâcher un couplet super bref, on tombe dans de la pop divine, les violons perlent, les cordent continuent de faire l’amour, on se noie dans les reverbs, et la fin arrive bien trop tôt. Super court, le titre flirte néanmoins avec le petit chef d’oeuvre.

En parlant de dub, que l’on rassure les puristes, il y a bien quelques titres qui se révèlent moins soutenus rythmiquement, faisant la part belle aux sonorités rondes et aux échos incontrôlés. Entre le long Paradise Of Nada qui aurait pu s’échapper d’un disque de Truffaz, avec cette trompette virevoltant tout le long du morceau, avant de s’inviter sur le completement psyché Boogaloo qui se présente comme un labyrinthe de reverbs où des prières se seraient paumées, sans compter l’hypnotique Strange Turn, très tribal, qui va se retrouver petit à petit écrasé sous un sublime lit de cordes en tout genre, les amoureux d’un son plus ample seront servis.
Le disque se conclura d’ailleurs sur l’étonnant, massif et pop Majestiv 12 qui va impressionner par son beat bien lourd, et cette trompette presque héroïque, qui crache une très belle mélodie, à raidir la colonne des plus émotifs. Un break de tribus out-of-control va rapidement mettre à sac le tout, avant que les cuivres, accompagnés d’une prêtresse à la voix belle à pleurer et martyrisée par des changements de pitch, vous envoie directement dans un space-farwest. Le coucher de soleil, veuve éplorée, brin d’herbe dans la bouche et pistolet laser sont compris dans la formule. Cette dernière piste me transportera encore pendant longtemps.










D’un avis évidemment personnel, et donc completement subjectif, ce Never Trust a Hippy(?) est pour moi l’un des tout meilleur disque de Dub électro qui m’a été donné d’écouter. Tous les fans d’Ethno-dub devraient être ravis, le disque évitant en plus le syndrome du National Géographique (aka je pioche des sample World un peu n’importe comment parce qu’il faut en mettre) au vu de la pureté des sonorités choisies. Les voix sont à crever, qu’elles soient en choeur ou hululant en solitaire.
Le disque permet en plus de se démarquer de bien de ses camarades grâce aux rythmiques arides, cinglantes et soutenues qui parcourent toutes les pistes, donnant un coup de fouet aux compositions, qui sont toujours hypnotiques, mais jamais ronflantes.

Il est enfin absolument évident, à l’écoute de ce disque, que Adrian Sherwood ne sort pas de nulle part, tant la qualité du son et le travail effectué frise la perfection, le tout étant d’une propreté et d’une profondeur absolue. Ça fuse dans les oreilles, ça claque, ça enveloppe, ça irradie, un vrai bonheur pour les tympans, et presque une leçon de prod qui a du déprimer pas mal de groupes dans le genre, à l’instar d’un Body Riddle pour l’électro.
Dommage que le Londonien n’ait pas réitéré l’exploit avec le disque suivant, Becoming a Cliché, qui, tout en restant plutôt bon, n’a pas cette patte, cette folie dans l’atmosphère, les voix et rythmes.


Reste qu’Adrian Sherwood, avec cet énorme premier album, a bien fait de se centrer sur lui-même et arrêter de produire pour les autres, vu la qualité extrême de l’opus. Qui reste d’ailleurs une de mes galettes de prédilections, toujours en haut de ma pile de disque.











Adrian Sherwood – X-Planation











11 Titres – Realworld
Dat’









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  1. wony, visiteur Says:

    Pas beaucoup de commentaire…
    J’avoue ne pas etre non plus trés emballé malgrés ta trés bonne chronique.

    Je pense que c’est du au fait de ne pas avoir entendu le disque lors de sa sortie.

  2. Dat' Says:

    ahah ouai c’est un vieux disque de dub faut dire (enfin vieux… on se comprends) c’est presque un peu sclérosé, mais cela fait toujours du bien de parler de quelques uns de ses disques de chevet…

  3. Fares Says:

    Date nights are so imaotrpnt but are far and few because no one wants to watch my kids unless I pay them. They’re good kids. My Mom is just pooped from watching kids and I don’t blame her. Between my sister and I, we overuse her services too much. Anyways, I have no yet been able to trust paying a babysitter yet as my 3 year-old is a walking accident waiting to happen.

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