Lindstrom – Where You Go I Go Too



Royal Astronomy






Il y a des choses que l’on attend comme un damné, sans trop savoir, ni expliquer pourquoi. Une annonce, un rapide descriptif, et l’on commence à harceler un pauvre revendeur qui ne peut malheureusement rien faire face aux retards des fournisseurs. Tenez, par exemple, quand j’étais tout petit, j’attendais à fond un jouet abêtissant, où des pingouins montaient une structure, avant de glisser sur un toboggan, pour directement remonter la montagne ensuite, avec un ingénieux système d’escaliers, formant un mouvement perpétuel hypnotisant pour le gamin ne sachant pas encore aligner 3 phrases. Pourtant je n’aimais pas des masses les pingouins, ni les escaliers. Allez savoir. (Annonce : Si quelqu’un retrouve le nom de ce “jouet” d’ailleurs, qu’il n’hésite pas à m’en faire part.)

Donc bon, les pingouins, c’étaient pas foncierement mon truc, mais après avoir vu la boite de cette drole de structure polaire, j’en pouvais plus d’attendre noël pour enfin voir les manchots tourner en rond pendant des heures, sacrifiant la facture EDF sur l’hôtel du ludisme.




Et bien à l’annonce de l’album de Lindstrom, la situation fut similaire. Pas foncièrement adorateur de son premier disque It’s a feedelity affair (qui était une compile cd de ces morceaux sortis en Ep vynile), qui oscillait pour moi entre le très très bon, et le un peu monotone…
Mais la magie des annonces a encore frappé :

On attendait un album “normal”, près à asseoir la supériorité d’un bonhomme déjà sur toutes les bouches, et voila que le premier vrai disque du scandinave, Where you go i go too, ne sera seulement constitué que de 3 titres ( ?!?) dont un de 30 minutes, portant la durée du disque à 55 minutes environ.

De quoi voir le Space-drug-disco-electro du bonhomme en version panoramique.



















Ah oui, en plus du Tracklisting étrange de l’album, la pochette a pas mal joué sur le capital sympathie d’avant match. Je ne sais pas pour vous, mais je trouve la pochette cool. Rien de spécial hein, mais rarement une photo de musicien a dégagé autant de sympathie sur un disque de musique électronique. Là où Squarepusher, sur son Ultravisitor, te faisait peur en laissant croire qu’il allait éventrer ton chien sans jamais décrocher un sourire, le Lindstrom ressemble plus à ton meilleur pote pris en flag, un peu joyeux, un peu timide, un peu mélancolique. Même le titre de l’album est sympa.
Limite on se balade dans une Fnac, tu tombes nez à nez sur ce disque que tu entends trotter dans ta tête “hey, salut, je m’appelle Lindstrom (c’est écrit au dessus de ma tête hihi) ! Achète mon disque, tu verras, je suis un type bien, fais moi confiance”. Le pire, c’est que ça marche. Le livret virera de bord en présentant une demi douzaine de pages aux photos énigmatiques.









Le disque s’ouvre d’ailleurs sur la longue épopée d’une Demi-heure, Where You Go I Go Too. Comment dire… Ce titre, c’est un peu comme se laisser porter par l’espace, au fond d’une vieille carcasse de ferraille. C’est être le cosmonaute un peu couillon qui est sorti tout seul au milieu des étoiles réparer la fusée, alors que tes potes se marrent avec du jus d’orange transformé en blob grace à l’apesanteur. Manque de pot, tu te prends un météorite dans la tronche, tu lâches prises, ta navette s’éloigne, et tu te résous à profiter de tes dernières réserves d’oxygène pour contempler, une dernière fois, les merveilles de l’espace. De toute façon, personne ne t?entendra te lamenter, alors autant profiter du voyage.
Les premières minutes ne seront que volutes sombres et aériennes, perlant dans des échos discrets. Petit à petit, très lentement, des éléments se greffent au trou noir, une mélodie se fait entendre à des kilomètres, un rythme cavale sur un autre système solaire. Ca monte, ça monte, tout commence à s’enrouler autour de toi, tu divagues, tu te laisses aller. 5 minutes, le processus est lancé, cette réverbération de clavier t’enveloppe, se love contre tes oreilles, et le beat poignant te tapant directement dans le bide.
Et c’est au moment où la conscience se fait chimère qu’un synthé assez kitsch débarque sans prévenir, zébrant le trip spatial d’un geste parabolique, invitant des aliens à nous tenir les mains pour le grand saut. Les bleeps accompagnant cette digression ne trompent pas, c’est bien un morceau de Disco que l’on nous présente ici, étiré comme la mort, planant et foncièrement électronique.
Lindstrom, l’une des grandes têtes du “Space-disco”, ne se contente plus de cette étiquette. Il fait même du Space-Opera-Disco pour le coup. Alors on continue à tournoyer, à planer, tout en ayant une irrépressible envie de secouer les hanches. Littéralement happé par l’édifice, on se rend pourtant compte que le chemin n’est qu’à moitié parcouru. Et c’est pile ici que le scandinave va choisir de stopper les machines, de replonger le morceau dans le trou noir du début, habité cette fois de respirations saccadés, de pchiit pchiiiit et de cris d’enfants presque imperceptibles. Brusque retour dans la réalité.
Le cosmonaute, voyant sa jauge d’air diminuer de moitié, serait il en train de paniquer ? De penser à ses gosses, tout en tentant de rationner l’oxygène ? Ce qui est sur, c’est que l’homme du ciel commence sérieusement à perdre la boule, vu que le morceau répare dans ses belles frises stratosphérique que l’on avait quitté il y a peu. Montée de synthé, étoiles filantes, l’errance reprend, s’étire, s’étale… Mais n’ira pas réellement plus loin dans le trip. Pas d’attaque alien, pas de planète qui explosent, pas de super héros en collants roses, pas de comètes, pas de brouillard de météorite.
Juste une fin qui fout la chair de poule, entre la 20éme et la 25éme minute, sublime moment. Les synthés deviennent anges, des handclaps se perdent dans leurs propres résonances, on perd la vie, on perd la vue, tout s’embrouille.

Mais on attendait quelque chose d’épique, de dingue, de foisonnant, une petite folie, et on aura simplement quelque chose de beau, point barre. C’est déjà pas mal, avant une mort dans le calme, dans la sérénité d’un berceau étoilé. Le Cosmonaute s’éloigne, ne devient qu’un point, avant de se fondre à jamais dans l’infini.


Cette histoire, cette representation musicale d’un pauvre homme dérivant sans but dans l’espace avant de s’éteindre ne terminera pas par un baroud d’honneur, par un soulèvement électronique. On aurait aimé que notre pote le spationaute échoue sur une planete pleine de drogue, avec des extraterrestres verts et roses. Selon son humeur, on se dira que c’est un tout petit peu dommage. Que notre petite bataille spatiale, on aurait bien aimé l’avoir. Que les poils de bras dressés, c’est cool, mais que l’on n’aurait pas été contre une colonne vertébrale broyée.










Mais après cette longue divagation cosmique, Lindstrom veut secouer les troupes, et balance avec Grand Ideas un morceau bien plus appuyé, de 10 minutes, plus techno dans l’âme, parfait pour les afters des petits matins. Une pulsation sourde remplie son office, et accompagne une mélodie saccadé et hypnotique. Encore une fois la montée est graduelle, prenant son temps pour donner de l’importance à chaque petit bout de chanson, avant qu’un clavier un peu Dance vienne secouer le tout à base de tudu dudududu et de piou pioupiou
Re-break, le clavier devient fou, et part dans un trip cosmique rétro à se décrocher la gueule. On lève, et on bouge comme des zombies en tentant de suivre ses synthés semblant être tirés d’un Phaser. Le final, ambiant, étonne avec ces paraboles très Blade Runner.



Pour mieux déboucher sur le dernier titre, The Long Way Home, se prévalant lui d’une durée d’environ 15 minutes. Et quel titre bordel. Le plus grand des trois. Un vrai diamant. Tout en surprises (la seule chose qui manque un petit peu aux deux autres) et variations.
Ces petites notes qui s’enroulent, sublime accroche, permettent à la mélodie cristalline de résonner de tout son être, avant d’accueillir un rythme sourd et des handclaps encore noyées dans l’immensité. Ca se déroule avec une grâce extrême, une fragilité captivante. On se laisse emporter une nouvelle fois, les pensées vagabondent, les rêves se pointent, on s’imagine traverser à pied, sous la pluie, une mégalopole déshumanisée, triste et vide…
Et vlan gros revirement, le morceau nous balance directement, sans prendre de gants, dans une boite du milieu des années 70, avec la grosse boule à facette et les danseurs qui se dandinent en roulant du cul sur la pointe des pieds. D’un morceau stricto électro planant, on se retrouve dans une embrassade Disco Kitsch superbement amenée, avec violons synthétiques larmoyants, rythmique ronde et tintements cristallins. Attention, c’est pas non plus la grosse déconnade, le Dancefloor reste drôlement dépressif, d’autant plus que le tout ne peut se débarrasser des premières notes du morceau, qui continuent de tournoyer au dessus des têtes, qui te font frémir, ravi d’investir la piste de danse pour étouffer toute âme qui vive.
Le break est sublime, cette circonvolution psyché se retrouvant seule à se nécroser sur elle-même, avant de fondre en masse sur un écrin Disco qui refait surface, dans un coup d’éclat à broyer les mâchoires. Ça y est, on là notre colonne vertébrale brisée.
Il faut imaginer un Saturday Night Fever avec tous les danseurs pendus au bout d’une corde, vomissant leurs derniers anti-dépresseurs sur des cadavres morts en riant aux éclats.
Tout ce beau monde va se retirer avec élégance, préciosité et patience, laissant les éléments s’effacer un à un, afin de laisser cette perverse mélodie finir son office, et déjà prête à infecter ses prochaines victimes.












Lindstrom nous sert un voyage assez impressionant niveau “j’abandonne ma conscience pour partir dans un monde parallèle”. Il fallait le faire pour réussir à flanquer une baffe avec un premier album aussi bizarrement constitué.

Pourtant un mini regret perle : Le premier morceau, cette longue tranche de 30 minutes, aurait mérité une fin épique. Quelque chose qui te matraque la gueule tellement c’est beau, qui te laisse comme une merde sur le carrelage, la tête explosée, avec à peine assez de cervelle répandue devant ton nez pour que tu te dises “Putain, je me suis pris un miracle dans la gueule”. Parce que justement, je l’attendais un peu, ce miracle, avorté. B.fleischmann en avait d’ailleurs pondu un d’une façon sublime. Cette fresque de Lindstrom s’annonçait grandiose sur le papier, elle ne sera au final que belle.


Mais Lindstrom ne voulait pas nous casser la gueule. De toute façon, on aurait du s’en douter, il avait l’air trop sympa sur la photo. Lui, il veut nous balancer dans l’espace, et nous laisser divaguer, en prenant notre pied sur la longueur.
D’autant plus que le disque contient un morceau imparable, et surtout un vrai chef d’oeuvre, The Long Way Home, imprévisible, beau, inventif, kitsch et mélancolique dans le même mouvement, volant carrément la vedette au morceau titre. Il aurait pu servir de simple faire valoir pour la grande odyssée, il en devient finalement pièce maîtresse de l’album.



Difficile d’écouter ce disque en toute situation, vu qu’il s’apparente plus à un long trip sans interruption. Il faut découvrir le bon moment, le bon endroit, la bonne humeur. Alors, si et seulement si toutes ces conditions sont réunies, Where You Go I Go too aura toutes les qualités pour transformer votre canapé en véritable vaisseau intergalactique, histoire de chasser les comètes le sourire aux levres.









MP3 :


LINDSTROM – The Long Way Home (version courte / Prins Thomas ) clic droit, enregistrer sous
Version courte de “the Long Way Home”











3 Titres – Feedelity Recordings
Dat’










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  1. Jaylinx Says:

    Je me suis bien fais chier en l’écoutant en tout cas :sweat:

  2. Dat' Says:

    Ah, c’est sur que le premier titre peut vraiment avoir des vertues anesthesiantes si on accroche pas trop…!

  3. Maximus1er Says:

    Intrigante ta chronique je connaissais pas du tout, j’irai surement y poser une oreille un soir d’errance musicale.

  4. Nexus5 Says:

    Allez hop, dans le balladeur pour rentrer du bureau ce soir ! :) J’espere avoir une bonne surprise. Par ailleurs, c’est toujours aussi agreable de te lire :jap:

  5. Liam, visiteur Says:

    excellent disque ce lindström

    ce mouvement new-disco, ou disco-trek, me laisse un peu de marbre, mais ce disque donne envie de creuser plus.

    Il faut dire que le tout est tres electro par rapport a d’autres groupes comme Hercule and the love affair, etc etc

  6. FUNKY5, visiteur Says:

    pour ceux que ce style interesse écouté aussi
    kelley pollar entropy reigns(un peu funky)
    diskjokke (proche du style de lindstrom meme label)

    et passer sur le label ITALIENS DO IT BETTER avec chromatics et glass candy pour les plus connus/ évidemment si vous n’aimez pas le disco….PASSEZ VOTRE CHEMIN
    ON AIME OU ON DETESTE

  7. fadeb, visiteur Says:

    +1 pour italians does it better et chromatics, je suis pas du tout un convaincu du new-disco mais franchement je trouve que ceux la en valent la peine.

    Par contre ce lindstrom m’a moi aussi laissé completement froid, meme “long way home”… : on a l’impression qu’un vaisseau traverse tout l’espace pour arriver sur terre et tomber sur un générique de serie americaine… deçu

    Surtout que le I feel space de l’album précédent m’avait laissé esperer des choses…

    tant pis tant pis

    merci pour ta chronique en tt cas

  8. Dat' Says:

    Nexus5 ==} C’est tout a fait le genre de moment pour l’ecouter en plus… Dans le train, dans une baignoire, en sortant du boulot, en pleine nuit… Le genre de moment ou on se laisse aller un peu au vagabondage mental…

    Funky5 & fadeb ==} Ouaip le Chromatics est vraiment cool…

    Mais c’est vraiment Kelley Polar qui m’a scié, son dernier album (je ne connaissais pas avant tu me diras) est vraiment enorme…

    Je ne connais pas diskjokke par contre…

    Sinon c’est vrai que Lindstrom a laché un peu le coté “I feel space” de son precedent, mais il a laché aussi le coté un peu trop “métronomique” qui rendait certains titres un peu monotnes je trouve… le coté “diffus” et tres electronique de ce nouveau disque me plait bien… !

    Par contre, bien joué pour ta phrase du “vaisseau qui echoue dans une serie americaine”, c’est vraiment ça en fait ! Meme si, perso, le dernier morceau me fascine…

  9. funky5, visiteur Says:

    si tu veux écouter diskjokke il y a que myspace pour avoir plus qu un extrait(je sais t aime pas trop myspace)mais si on peut ecouter un morceau entier je crache pas dessus.
    je conseil d’écouter folk i farta sur son myspace passez aussi sur le myspace du label smalltown supersound il y a un morceau de diskjokke et 2 de lindstrom…..

  10. Dat' Says:

    ah ouai, ça passe drolement bien Diskjokke… ça n’a pas l’air d’etre trop compliqué à trouver en magasin en plus, je suis quasimment sur d’avoir deja croisé la pochette en rayon…

  11. Neska, visiteur Says:

    Découverte. Je ne connaissais pas du tout Lindstrom. Pas mal du tout, et d’accord avec toi quand tu dis que ça fait vraiment “kitch”. Je verrais parfaitement ma mère, mon père et John Travolta façon Grease danser en patte d’eph’ sur la version courte de The Long Way Home dans mon salon. Sous une boule à facette bien entendu. lol
    Sinon, je pense que je peux t’aider : “Les pingouins glisseurs” ? Ca ne te dis rien ?

    Peace

  12. Dat' Says:

    mmm malheuresement non, j’ai regardé, ce n’est pas celui là… Surtout que le tien semble etre un “jeux de société” à plusieurs, alors que le mien, c’etait au final un truc contemplatif, qui ne servait à rien, les pinguoins montant et descendant sans “aide” exterieure ^^

    voila, c’etait le commentaire le plus interressant du blog !

  13. Neska, visiteur Says:

    Désolé de ne pas avoir pu réveiller tes souvenirs enfantins alors !
    J’aurai essayé !

  14. Miaw , visiteur Says:

    Je l’ai vu je l’ai vu !
    dans une vidéo sur dailymotion.

    le lien ici http://www.dailymotion.com/related/x2map1_alfred-pingouin_news/video/xd2au_alfred_animals

    à partir de 1.24 min !!!

    (bon hum le gars est trop marrant en plus)
    (par contre pour lire le nom… mais bon je l’ai vu !!!)

    Inspecteur miaw à votre service

  15. Dat' Says:

    ahah putain de merde, énorme d’avoir retrouvé ça comme ça !!! Bon on arrive pas à voir le nom du truc, mais quand même, bien joué…
    J’avais deja vu un reportage sur ce mec en plus…

    Considere toi comme VIP permanent dans ces pages maintenant ! 😀

  16. Miaw, visiteur Says:

    Huhu c’était complêtement par hasard en plus ^^

    Wa c’est trop cool d’être VIP !!

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