Pigeon Funk – The largest bird in the history of the planet… ever !



On pige






Si l’année 2008 fut assez extraordinaire en terme de surprises, de sorties de qualité et de découvertes, on peut clairement dire que la situation du disque (je ne parle pas des ventes), dans sa distribution comme dans sa présence en magasin, fut catastrophique. Disques qui débarquent avec un mois de retards, impossibilité de commander une galette précise, références inexistantes…
C’est bien simple, cette année a introduit un nouveau concept dans le marché du disque cette année : l’inutilité des dates de sorties. Tu attendais le dernier Popnoname en octobre ? Grattes toi les roubignoles, il ne sortira que mi-novembre dans la Fnac du coin. Le Gang Gang Dance ? oui, mais que en import islandais, le jour de sa sortie. Les disques estampillés Planet-Mu ? Oula il ne faut pas trop pousser non plus, mieux vaut se tourner vers le net cher monsieur…

Ce disque de Pigeon Funk, je ne pensais sincèrement ne jamais le croiser dans mes magasins préférés. D’ailleurs, il était officiellement disponible depuis Octobre, sans être référencé dans aucun magasin. J’avais fais une crois dessus inconsciemment, étouffé par la myriade de bonnes sorties déboulant de partout dans nos oreilles. Et voila que cet album débarque dans les rayons, la bouche en coeur, sa pochette jurant méchamment avec les artworks bien léchés des enclaves électroniques de nos supermarchés à décibels. La distribution, prise en charge par Kompakt, a du aider un minimum.

Alors, qu’est-ce que Pigeon Funk ? Difficile de tartiner des tonnes sur le sujet. Impossible de mettre la main sur leur premier disque sorti il y a quatre ans. Duo direct from San francisco, composé de Kit Clayton et Sutehk, qui ont sorti, séparément, pas mal de trucs sur des maisons bien respectées. C’est Musique Risquée, label Montréalais créé par Akufen et Deadbeat (excusez du peu) entre autre, et subdivision de Mutek, qui s’occupe de sortir ce premier Lp officiel.






















Il est évident qu’un petit paragraphe devait être mis de coté pour le packaging. Pour faire simple, c’est sûrement la pochette la plus débile qui m’a été donné de voir depuis un bail. Conçue comme un dépliant de télé-achat, ce The Largest bird in the history of the planet… ever ! multiplie les slogans bidons à faire bander un Pierre Bellemard, (“Safe for kids ! compatible with most cd players ! Exclusive offer ! “ j’en passe et des meilleurs…) et les dissémine un peu partout dans le digipack, pour que la fête soit plus folle. Impossible de ne pas passer quelques minutes à scruter le boîtier pour se délecter de toutes ses conneries et badineries. Un bon point. D’autant plus que le délire ne s’arrête pas là, le duo s’étant fendu de clips déglingués pour vanter les mérites du piaf en toc qu’il tente de nous refourguer. On se retrouve avec 6 vidéos parlant de l’oiseau en long, large et travers… sans nous faire entendre une minute de leur musique. La palme revient au site officiel du groupe, juste indescriptible . Bref, la drogue, c’est mal.

En attendant, si l’on excepte la réputation du groupe et de ses deux têtes, toujours pas de réelle idée sur le son de ce volatile funky. En schématisant, la mission des deux zozos serait de lacérer, exploser, détourner ou rendre absurde des boucles au groove affolant. Comme un certain Mr Oizo vous allez me dire, mais nous y reviendrons. (À croire que toutes les volailles s’y engouffrent avec plaisir)







Mess Call, premier titre du lot, est parfait pour se donner une idée de ce que l’on va trouver dans la galette. Du moins partiellement, vu que les ambiances changent parfois du tout au tout, n’ayant que pour point commun ce groove salace imparable. Le morceau démarre sur une boucle faite de bruits plus ou moins identifiables, entre cris de gallinacés, machins en fer pas huilés qui tournent et cochons égorgés, le tout soutenu par quelques beats sourds de rigueur. On se demande où l’on vient de tomber, quand le tout se déplie sur une mélodie bordélique, puis sur un superbe break accordéon + handclap. Comme si les deux américains avaient voulu faire une cover du Logan Rock Witch d’Aphex après avoir descendu une bouteille de vodka.

Pigeon funk sait manier le rythme, celui qui s’immisce dans votre cortex, qui vous fait remuer comme un épileptique, et qui rend cool tout petit mouvement de tête cadencé. Car Pigeon Funk, c’est avant tout une électronique craspec, comme l’hypnotique Tufa, Techno rageuse, zébrée de bugs et autres cochoncetés s’incrustant sans cartons d’invitation. Le beat kilométrique, bien parti pour retourner un Dancefloor, se retrouve soulevé par des saturations bruitistes et expé, qui déboulent juste pour foutre le bordel, le sourire aux lèvres. Comme si le Dj, fatigué de faire remuer des clubbeurs en goguette, trouvait marrant de taper sur ses platines toutes les 30 secondes tout en hurlant dans un micro cassé. Le final surpitché et halluciné finira d’achever les plus instables.
Toujours dans le remuage de bassin imparable, on validera le dingue Brukim Lo qui commence dans un bordel noise pas possible, avant de filer sur une 8 bits galopante. C’est marrant, cool, on sirote sa grenadine avec une paille. Mais voila que des beats pachydermiques violent le morceau, qui se transforme en tornade furax. Et quand on repart sur la structure sympatoche du début, une saturation persistante s’agrippe coûte que coûte, pour se transformer en synthé bontempi super con, vite balayé par la bastonnade rythmique.

Même combat pour Bacchanal, imparable ritournelle funk électro dérouillé, au groove affolant, toujours parasité par des incursions cradingues. Le tout fait très Moustache d’Oizo, dans le son comme dans la démarche de flinguer des boucles énorme, de les piétiner, de les rendre malsaine, genre Funk pour Zombie en haillon. Débile mais génial, imparable mais completement fracassé. Parados cassera autant de bassin aliénés que le titre précédant, dans le genre électro Hiphop latino cramé, assortie d’un Mc cracheur de feu.










Mais ce disque Pigeon Funk, c’est aussi pas mal d’aliens, qui jurent, hurlent leur mauvais goût ou leur crétinerie, si on les sort du contexte de l’album. Mais plongés au milieu de pépites électro et dérouillés, ils upgradent le coté frappé du disque, et justifient tout l’apparat drogué qui entoure la galette. Surtout que ces divagations gardent, pour la plupart, gardent ce groove brûlant dont on parlait plus haut. Ce dernier est simplement noyé dans des digressions à peine excusables, mais très souvent bien jouissives.

Dans le lot, The Blue Bus s’ouvre sur une horrible musique d’ascenseur, à s’égorger si ce dernier se coinçait entre deux étages. Mais un free jazz bruitiste et enrayé polira nos tympans à la perceuse, histoire de laver l’affront.
Purple Pigeon se la jouera générique de dessins animés pour gamins dépendants au crack. Bien funky, on claque des doigts en essayant de ne pas éclater de rire à chaque sample façon Hello Kitty sous hélium étranglé par ses propres intestins.
Un peu plus loin, Blues For Raymond nous laissera juste incrédule, avec sa litanie toute guillerette et sa rythmique réglementaire, qui couvre des… euh… des chants ( ??) de personnes soit bourrées, soit mourantes, voir bourrées mourantes. Posez un micro au milieu d’une maison de retraite, et attendez que tous les petits vieux se mettent à chanter en choeurs le générique de Motus, puis lancez une boucle avec votre boite à rythme, et vous y êtes. Cela marche avec des zombies affamés déambulant sans but dans une mégalopole vide et désincarnée, mais la prise de son semble plus périlleuse.

Heureusement, le groupe sait aussi proposer des écrins plus posés, comme Alma Hueco, qui va se la jouer balade latine envoûtante (très beau piano), après une ouverture indus chaotique, ou Not Gonna, et sa boucle assez énorme, chapeautée d’un chant vocodé un peu tristoune, donnant un coté pop au tout. On ne nous épargnera pas les breaks bruitistes dézingués, donnant une impression de “j’ai enregistré le morceau en faisant mes courses chez auchan”


Mais niveau alien, c’est vraiment Pom Pom Yom Pom Pom ( et son marchepied Mise en scène ) qui remportera tous les suffrages, en nous catapultant dans un manège dégénéré, empli de larsens, de cris étranges et d’accordions joyeusement malsains. Le tout change de vitesse, on bascule de la fête foraine attardée à l’attraction cahoteuse et déréglée, en passant par le violon tzigane tire larmes. Le break du milieu est glaçant, fantômes qui te tournent autour de la tête, avant de repartir à fond dans une ronde pour psychotiques à la gueule peinturlurée. C’est le film d’horreur avec le clown qui éviscère les gamins en hurlant de rire, c’est les morts vivants qui dansent comme des cons en tenant des sucres d’orges, c’est les trains-fantômes minables emplis de créatures en cartons cachant un vrai boucher à la fin, qui attends patiemment en léchant sa hache. La conclusion du morceau filera la frousse aux plus téméraires. En fait, l’équivalent de ce morceau, c’est le dernier tiers de Carousel de Mr Bungle, sans les gémissements de Patton. Merci pour le lavage de cerveau.











On peut clairement poser ce The largest bird in the history of the planet… ever ! sur le podium des aliens de l’année 2008. En électro tout du moins. Sous couvert d’une musique étiquetée sérieuse (Avoir Kompakt sur le dos de la pochette ou sortir sous la houlette de Deadbeat et Akufen ), on se retrouve avec un disque qui part dans tous les sens, flirtant avec des limites bien rouges, se baladant au bord du gouffre du bon goût, en se gaussant comme jamais. Electro non minimale à la connerie maximale, cette musique est toujours parasitée, dézinguée et buggée de tous les cotés, dans ses morceaux imparables comme dans ses délires de drogués.

On pense parfois aux excavations de Matmos, dans le genre électro mêlée à des samples improbables. Mais c’est surtout à Mr Oizo que Pigeon Funk renvoie (rien que le morceau Bacchanal, très Moustachesque, en moins expé), dans sa propension à torturer des grooves et des boucles énormes, plongeant le tout dans un écrin ridicule completement assumé. C’est crade, saturé, âpre, ça grince de partout, ça vrille, ça bugge. Mais c’est aussi super drôle, un peu débile et toujours varié.

Bon, les conseilleurs n’étant pas les payeurs, il est difficile de soutenir avec insistance un disque pareil, qui risque de faire fuir autant que de fasciner. Il suffira donc d’affirmer que ce Pigeon Funk est le disque parfait pour ceux qui soutiennent haut et fort : “Oui, je vais en Club avec des moufles et une chemise Titi & Gros minet, et je vous emmerde”











Extraits MP3 :


Pigeon Funk – Bacchanal (Clic droit / enregistrer sous)


Pigeon Funk – Tufa (Clic droit / enregistrer sous)










Pigeon Funk – The largest bird in the history of the planet… Ever !











12 Titres – Musique Risquée
Dat’










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  1. ShinobiOfGaming Says:

    Sympa le délire “télé achat” ^^

  2. nil, visiteur Says:

    c’est pas le premier LP Pigeon Funk, il y’en a déjà eu un il y’a qq années sur Onitor (et c’était alors un trio, avec Safety Scissors en plus).
    C’est un chouette disque, avec ses jolis moments… mais c’est surtout un palliatif jusqu’à un nouvel album de maître Sutekh (qui se fait désespérément attendre).

  3. Dat' Says:

    Nil ==} oui effectivement, mais je pensais que le premier disque sur poptronix/onitor était plus un pot pourri / compile vu le titre… Il faudra que j’ecoute cela !

  4. Funky5, visiteur Says:

    Cool encore un alien y en a eu pas mal cette année.gang gang dance,matmos…Je trouve très bien ,qui sort des “sentiers battus”,avant l’ aquisition d’un album “alien”je me pose toujours la question résistera t’il au temps,ou vais je l’écouter puis vite me lassé….
    Un album alien peut il devenir un classique,qu’on y retourne souvent,se grave t’ il dans la tête garde ton une place dans le coeur pour Pigeon funk….
    (oulala je m’emporte sa doit être la période de noël qui a cet effet sur moi)amen alleluia

  5. Deepo Says:

    N’empêche, ça reste un de mes aliens préfères. Il a un bon gout de revienzy!

  6. Dat' Says:

    Ah ben tiens, pas bête… ça fait bien longtemps que je n’ai pas écouté ce disque, ton commentaire me donne envie d’aller y re-jeter une oreille…

    Dat’

  7. Wayne Says:

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