Setsubun Bean Unit – Setsubun Bean Unit



Strange Music For Strange People






Des gens bizarres, il y en a partout. Les gens bizarres, ils aiment bien les gens bizarres. Alors ils se retrouvent, et font de la musique bizarre. C’est un peu ce qu’on fait les zozos de Setsubun Bean Unit. Cette formation, c’est la rencontre entre 4 anglais bizarres et 6 Japonais(es) bizarres. Le plus drôle, c’est que c’est un autre mec très bizarre qui a repéré le groupe, et qui les signe sur son label. Vous devez peut être le connaître, il a fait un album entièrement composé de sons enregistrés dans sa cuisine, ou un autre avec des bruits “corporels”, tout en produisant les albums de la chanteuse de Moloko ou de Dani Siciliano… Oui, le grand Matthew Herbert, pour ne pas le citer. Alors comme ce dernier, ils aiment le mélange, le télescopage de genre, la folie douce d’une musique enfumée, guillerette et étrange.

Bienvenu dans le premier disque de d’Electro-Funk-Traditionnel-Japonais-Jazzy-Expé-sous-acid.













En passant sur le packaging cartonné remplit d’exclamations japo-anglaises, tout démarre par Gujo Ondo et son trombone bien grave, ronchonnant sur une rythmique sautillante, inondée de tintements cristallins. Boum, le chant Japonais, très traditionnel dans l’âme, donc voix féminine chevrotante, un peu crécelle, va en gêner plus d’un : “Ouai c’est quoi ta compile bizarre que tu viens de voler dans un resto jap underground là ?”. Certes, on peut penser cela. Mais avez-vous l’habitude de lécher votre soupe Miso accompagné d’une fanfare claudicante, noyant le chant d’intro dans un déluge de sons bordéliques, fusant de toute part, sorte de Jazz de dessins animé puant la cocaïne. Le tout zébrés de bruits non identifiés, comme si cette fanfare était parsemée de petits bugs incontrôlés.

Ces petites digressions électroniques vont être au coeur de l’excellent Rettsu Hissu, proposant un Dub acoustique, lorgnant du coté de Lazarperry ou DAAU et donc sautillant, joyeux et beau comme la nuit. Sauf que dans le commandos des haricots, on aime la débauche et la perte de repères, ici traduites par une composition lacérée d’effets Noisy et de réverbérations dubesques, poussant certaines échappés acoustiques dans l’expérimental, plongeant le titre dans une structure imprévisible et fracassée, alors que le tout s’annonçait aussi gentil et bondissant qu’une trottinette bovine. C’est plaisant, entêtant, mignon, et surtout complètement flingué. Ce morceau, c’est un peu Christine 23 Onna qui tient la main à High Tone pour danser autour d’une Fanfare d’alcoolos.








Et même si ce titre est un incontournable du disque, LE morceau de ce Setsubun Bean Unit se cache juste après : du haut de ses 8 minutes, Fire Festival impressionne. Pire, il glace le sang dans ses prémices. Car pendant trois minutes, c’est la tête plongée dans une ambiance de temple, là où l’on tape sur des disques avec des diamètres qui se comptent en mètre, là où des moines hululent à la grâce des esprits, vous niquant la cornée pour au moins deux mois en vous balançant de la fumée corrosive afin de former le plus imperméable des brouillards autour de votre enveloppe corporelle. Bref, c’est beau, planant et mystique. Mais les maigres percussions qui se faisaient entendre jusqu’à vont s’intensifier, se regrouper, se réunir après une longue recherche des troupes dans le noir le plus total. Battements de tambours, break, on se retrouve dans une Drum and Bass de toute beauté, accélérant jusqu’à plus soif, propulsant le titre dans les plus hautes stratosphères extatiques que l’on puissent imaginer. Une Drum and Bass pure, de grande classe, forcément acoustique, composées de battements ultra-rapides de baguettes et percus boisées en tout genre. Quand les incantations féminines reprennent de plus belle, tentant de dompter ce rythme fou, c’est pour mieux nous arracher le peu qui nous sert d’échine, avec un final fleurtant avec la Transe incontrôlée. Sublime. On n’était point autant tombé en pamoisons devant un tel exercice depuis le « Sonic Traveler » de Dj Krush.









Il va s’en dire que le Slow folklo-Nippon d’avant guerre ( ?!? ) proposé par Tora San permettra de reprendre un tantinet son souffle. A danser langoureusement serré contre sa belle, avec la condition sine-qua-non que cette dernière soit vêtue de son plus beau kimono bleu. Ou qu’elle soit raide défoncée (et vous avec). Au choix, et histoire de se préparer avec béatitude au déséquilibre mental menaçant toute personne posant une oreille curieuse sur Akita Ondo :
On tentera de schématiser en parlant de nanas crachant un semblant de Hip-hop sur une effervescence de carnaval composé de gros dragons, cerfs volants multicolores et mecs habillés en jaune poussins qui sautent de partout en faisant la toupie, mais on sera encore bien loin du compte. Surtout que le titre, après s’être agité dans toute votre boite crânienne, va mourir d’une façon bien mystérieuse, presque irréelle, laissant le silence envelopper peu à peu les rares instruments n’ayant pas encore perdu l’équilibre, ces derniers avortants au dernier moment une nouvelle partie de jambe en l’air.

Tsugaru Jinku sonnera alors presque normal après ça, avec son ambiance claudicante et le chant japonais encore bien traditionnel. Sauf que très vite, le titre va basculer dans une simili-drum and bass, un peu plus bordélique pour le coup, mais toujours entraînante, menée par un hautbois déchaîné, pour retomber quelques minutes plus tard dans les élucubrations japonisantes des demoiselles du commando, accompagnées d’une voix grave d’outre tome, implorant les démons à cracher sur votre tombe. Erik Truffaz meet l’art du Kabuki.

Alors quand la conclusion se profile avec le génial Lion Dance, on ne peut qu’être triste de lâcher cette bande de dingues complètement allumés. Ce dernier titre, c’est une construction superbe, ronde et agréable, penchant vers les musiques d’Europe de l’est, qui va peu à peu se muer en petite libellule d’émotion, aidée par ce xylophone caressant la colonne du morceau avec ivresse, pour laisser les instruments à vent instaurer un ton plus grave, plus lourd, s’enfonçant peu à peu dans des saturations électroniques. Mais la fête bat toujours de son plein, et dodeline toujours avec une bonne humeur communicative, pour un dernier baroud d’honneur, une dernière levée rigolarde, la bouffonnade de fin, cachant derrière son grand sourire une petite ride de tristesse, à vous attendrir pile au moment où le silence se fait malheuresement roi.










Oui le Setsubun Bean Unit est un commando de musiciens drôlement dérangés. Oui, il faut être un peu frappé soit même pour accueillir un disque pareil sans avoir envie dans la minute qui suit de plonger sa tête dans une montagne d’éléphants roses. A dire vrai, excepté le trop hermétique et placide Moon River Is A Swanp, tout dans ce disque respire le bon gros délire assumé jusqu’au bout des baguettes.

C’est original, bordélique, complètement à coté de la plaque, et surtout profondément jouissif.

Qu’une envie, se replonger dans cet univers déglingué encore et encore. Il est clair que cet ovni ne plaira pas à tout le monde, et qu’il passera difficilement après une écoute intensive de Portishead. Mais si l’on met toutes considérations rationnelles de coté le temps de ce Hanabi musical unique en son genre, on risque de prendre un pied assez monumental à l’écoutes de ces vignettes taillées à la serpe folle.
Un groupe à suivre, assurément, tant ce premier disque des Setsubun Bean Unit est une étonnante et inattendue reussite.



Bizarre. Mais surtout jouissif et absurde au possible.










8 titres – Accidental
Dat’









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  1. Skorn Says:

    Bonne chronique, ça m’intrigue fortement :nerd:

  2. wony, visiteur Says:

    je rejoins ce que dis Skorn, c est intriguant!

    j ai plus d argent ce moi ci (je peux meme pas m acheter le Ez3kiel!) mais j y réfléchirais pour le mois prochain

  3. LordMarth Says:

    c’est un peu Christine 23 Onna qui tient la main à High Tone pour danser autour d’une Fanfare d’alcoolos.

    Oh my god, j’aimerais bien me retrouver dans la fanfare boudiou, absolument inconnu au bataillon pour ma part.
    Je retiens 😉

  4. Tai game offline Says:

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