Port Royal – Dying In Time



As soon as the door closed, Chet, the huge shaved vampire cat, was upon him…






J’ai déjà pas mal parlé dans ces introductions de voyages en train avec les paysages qui défilent, le casque vissé sur les oreilles. Ou de se caller au fond d’un wagon du dernier métro. Voir de marcher en pleine nuit dans ville crade et déshumanisée, les yeux embués par la fatigue, néons hystériques formant un patchwork lumineux de d’une mégalopole à fantasme. La bière prise en regardant depuis son balcon cette demoiselle bétonnée se mouvoir et hérisser ses buildings, c’est aussi ressorti plusieurs fois. Solitude, paysages, musique, brochette au combien plaisante. Mais en regardant la (superbe) pochette du nouveau Port-Royal, j’ai surtout pensé à ces descentes de ski hors saison, le casque audio vissé sur les oreilles, à dévaler les pentes inconsciemment en se laissant porter par… Oui euh donc Port-Royal est un groupe Italien qui avait sorti un très bel album en 2007, Afraid To Dance, et qui revient en cette excellente fin d’année 09 avec un Dying In Time qui risque de parasiter plus d’un neurone.















Derriere ce bel artwork, monstre de fumée avalant les blancheurs immaculées d’une montagne trop pure pour être honnête (Cela ne veut rien dire), le disque pose problème. C’est un bloc, un ensemble, un géant, une spirale absorbant notion du temps et d’espace. Musique monolithique et faussement linéaire, vous étouffant graduellement, sans que vous ne vous en rendiez compte, alors que les titres défilent. Le tracklisting fait peur, avec ses noms bizarres et ses durées de morceaux souvent gargantuesques (La moitié des pistes font au moins 7/8 minutes…)

Pourtant impossible de ne pas se prendre au jeu à l’orée de ce Dying in Time. Car le premier morceau, embarque directement et pose la fresque : Hva (Failed Revolutions) commence avec un son qui ne partira plus de nos oreilles, un fil rouge courant sur les 80 minutes du disque : Ces nappes aériennes, granulées, shoegaze, gazeuses, qui bouffent l’espace, pervertissent le temps et son écoulement. Qui figent l’instant, éloignent murs et trottoirs, pour nous laisser divaguer seuls, à danser mentalement sur ce signal sonore. Les voix féminines, éparses, apparaissent brièvement, flashes angéliques, sirènes camées tentant de surnager au milieu de cet océan électronique. M83 dépressif, Ulrich Schnauss en roue libre, ce premier titre nous prend la main et nous envoie haut, très haut, sur des petites planètes toutes pourries ou seules lumières aveuglantes et apesanteur font loi.
Et paf, voilà que Port Royal veut nous violer le coeur : on ne sait plus on l’on est, on est prêt à se lover indéfiniment dans ce cotonneux cocon qu’un rythme déstructuré débarque, flirtant avec la Drill, craquant de partout, sautant sur des clochettes cristallinnes et du bruit blanc, sublimant cette longue traversée du désert enneigé qui précédait. Le morceau se cabre, vibre, disjoncte, se rebelle, comme si le démon décidait de faire une dernière attaque avant de sombrer à jamais. Car même pas deux minutes plus tard, le calme revient, nous ré enveloppe, nous susurre des mots doux dans les tympans. Discret synthé qui s’enroule au loin, voix devenant de plus en plus diffuses, ça fait 9 minutes que l’on est plus sur terre, et que l’on a décidé de ne pas chercher à comprendre. D’une beauté incroyable, on aurait bien envie de courir nu pour fêter ça, mais on se retient in extremis, car dans le pays de Port-royal, il a l’air de faire tout de même sacrement froid.

Nights In Kiev, s’il se déroule dans une parfaite continuité avec son pote cumulonimbus du dessus, va upgrader l’ambiance grâce à un pied techno bien appuyé, et des voix masculines tentant de chanter un refrain imparable, sur des synthés qui s’enroulent de partout. On lèverait bien les bras, mais le brouillard ambiant nique les perceptions, tout est enfumé, bouffé par les échos, les nappes en mode immeuble de 10 étages, les choeurs éthérés. Alors on ne comprend pas bien, on danse mentalement en étant avachit sur le canapé, la bave coulant d’une bouche presque inconsciente. Réminiscences d’une soirée trop mouvementée, surement. 3 nuits blanches, beaucoup de cachets, des bribes d’images nous reviennent, mais le tout est noyé dans le maelstrom d’une mémoire déconnectée. Chanson techno-pop tombée dans une piscine géante de slime, le tout passé en slow motion ? Pour sur.









Presque tout l’album va passer sur le même registre… Les morceaux sont à tiroir, laissant perler entre deux manteaux de synthés ambiant-shoegaze des chants pop, des passages plus électroniques et secoués, des mélodies presque tubesques. Qui vont et viennent, flux et reflues dans cet océan nébuleux. Les morceaux s’enchainent, s’imbriquent parfaitement, démolissant le tracklisting imposé par notre système d’écoute. Impossible de savoir si c’est l’on en est à la 3ème ou la 6ème piste, on ne suit plus, et de toute façon, on s’en fout.

Le meilleur exemple pour illustrer ce propos intervient avec le sublime Exhausted Muse/Europe, sublime excavation de 9 minutes, laissant planer guitares pleines de réverbérations, violons perdus, voix sacrées et synthés aériens. Ca s’étire, se déroule, cajole, emporte, fait rêver. On lâche les rênes, on se laisse aller, jusqu’à ce qu’une grosse ligne bien sombre déboule, jette le morceau dans un nouveau soulèvement electronica-drill explosée, avec choeurs magnifiques et effets à tire-larigot qui t’hypnotisent les oreilles, t’arrachent la colonne, te brise la nuque. Mais ce fracas s’éteint petit à petit, repart d’oû il est venu, et refait place à la sérénité du début, ode à la solitude régénératrice. Celle qui te pousse à te balader sur les plages balayées par le vent en plein hiver, Celle qui te donne envie de te laisser tomber au milieu d’une route de campagne pour regarder le ciel et ses lambins de nuages.

Un beat techno (I used to be sad), des voix d’anges fracassées par un dérouillage rythmique presque industriel (Anna Ustinova), electro pop céleste (The Photoshopped Prince) ou teintes presque post rock dans une trilogie ambiant ( Hermitage 1 & 2 & 3, enchainées et formant un vrai grand morceau final), tout est toujours intégré dans un long processus de mise en orbite, de longues plages survolant les steppes glacées, dans ce même moule enfumé. Attention, ne me fait pas dire ce que je n’ai point avancé : Port-Royal place toujours ses soulèvements avec perfection, ces derniers se présentant parfois comme l’évidence même, la mutation évidente d’un morceau.










Mais dans ce monolithe homogène et gazeux, se détachent (en plus du premier morceau) deux bijoux absolus :
Susy (Blue East Fading), c’est comme d’hab l’histoires de choeurs séraphiques, de nappes shogeaze qui progressent lentement, étouffent petit à petit, Your hands around my throat en mode BOC (ask me to let go ! ). Cela fait bien trois minutes que l’on glisse sur les nuages qu’un beat sourd se fait entendre, au loin. La chorale se renforce, les voix masculines se détachent, une mélodie fait surface. Et ça pilonne toujours à l’horizon. Alors les synthés se déplient, occupent l’espace, hypnotisent, tu sens arriver la claque, elle approche, elle te nargue, puis t’en balance une grosse dans la gueule. Mélodie candide, anges qui susurrent, rythme qui fait de la place, ça tue, c’est vraiment beau, M83 est mort ce soir. Et quand seules les cordes vocales subsistent, c’est pour mieux faire réapparaitre le pied techno, et un clavier qui défonce, pour une fin de morceau écrasée, bourrée de psychotropes, mais imparable…

Pour Balding Generation (Losing hair as we lose hope) c’est encore moins descriptible. L’intro du morceau, sublime, se déroule sur plus de 3 minutes, tout en paraboles, en claviers qui pleurent, en nappes qui volent. La mélodie tue, on se croirait dans un morceau dance passé en slow motion. Seule la litanie imparable se déroule. Trois minutes. Et l’on se prend une envolée de folie dans la tronche. La fresque mélancolique shoegaze se transforme en tube dancefloor, un rythme binaire arrive et transporte le tout, les voix tournent, le tout te crucifie l’âme. Tu as envie de danser mais t’es crevé, alors tu bouges comme un zombie sans duracell, drogué, au bout du rouleau, qui secoue son corps avec quelques petites saccades bien senties quand le rythme se fait plus fracturé, implose sur lui même, bug, se cabre, chiale tous ses putains de souvenirs. Non mais sérieusement c’est quoi ce morceau de rêve ? Cette simulation de prise de drogue en plein milieu d’un Night club bondé ?
En ses deux tiers, le morceau s’éteint, on croit que c’est la fin, ça fait un peu chier mais c’était déjà superbe. Partez pas les ptits loups, un synthé Trance bien pute arrive progressivement, c’est absolument sublime au casque. Le rythmez revient, mais il est tout lent, tout décalé, on ne peut plus danser, on se sent mal, on se sent seul. Cette solitude dont on parlait tout à l’heure revient au galop. Mais c’est une solitude de club. Celle, inexplicable, que l’on ressent parfois au milieu d’une centaine de gens sautillant sur un même rythme. Tout le monde se marre, se remue, s’enlace, se perd. Et toi tu es au milieu, tu ne bouges plus, tu es perdu, tu as envies de chialer parce que la musique est belle, tu as envie de partir en courant tout en embrassant le monde, tu as envie de rire comme un damné. Ce titre est absolument énorme. C’est la solitude, c’est la fête, c’est des dancefloors passées en slowmotion teintes sépias, c’est les mini jupes roses qui virevoltent au ralenti sur de l’eurodance qui meurt, c’est le souvenir d’un pote qui s’est flingué l’année dernière, c’est l’avant overdose, l’après jouissance. C’est la longue descente anémiante au milieu d’un club, l’équilibre qui se perd, la chute qui dure des jours, l’hédonisme déchu. C’est danser avec 300 personnes sous la pluie. Shoegaze lunaire et synthés putassiers, l’équation parfaite. Qui tranche pas mal avec le reste de l’album de Port Royal dans sa direction, mais pas dans son idée générale : Celle de plonger l’isolement dans l’opium, l’allégresse dans la suspension










Alors à l’instar d’un Burial, (dans un genre évidemment complètement diffèrent… ), on se retrouve devant un disque ultra homogène, presque trop. On se raccroche aux détails, aux teintes qui nous emballent, aux voix qui surnagent. Un disque qui pousse aux balades nocturnes, qui stimule les plaisirs de la chair, qui colmate les trous d’un moral à la dérive. Un disque qui s’écoute aussi bien au coin du feu lové contre une peau douce qu’en cherchant son chemin dans les rues dégueulasses d’une ville éteinte.


C’est l’histoire d’un disque shoegaze-ambiant-electronica-pop-techno-drill qui envoute, embrasse, parasite, hypnotise. Un gros album bien consistant, rempli à rabord, qui en ennuyer certains, mais qui en ravira pas mal d’autres. Il faut juste choisir son moment. Prévoir une heure devant soi. (en faisant du ski par exemple) Puis lancer le tout, et quitter la terre.










Mp3 :


Port Royal – Hva (Failed Revolutions) (Clic droit / enregistrer sous)








Video :



Port-Royal – Balding Generation














11 Titres – N5MD Records
Dat












  • Share/Bookmark
  1. Nelerum, visiteur Says:

    me branche bien cette album, la vidéo post est juste énorme!

  2. Tao, visiteur Says:

    Magnifico! Juste envie de l’avoir là tt de suite et de scotcher sur le canap’ en regardant le plafond… Encore merci pour tte les découvertes musicales que tu nous fais partager.

  3. Dubwisee57, visiteur Says:

    Très bonne chronique !

    Tu parles souvent de tes écoutes au casque, y’a moyen de savoir quel modèle tu as ?

  4. Dat' Says:

    mmm j’ai un casque Roland Rh D20 là, que j’ai acheté il y a peu en cata, apres que mon ancien casque se soit coupé en deux (!!) dans le metro… !

  5. Dionys, visiteur Says:

    Belle chronique ! On est sur la même longueur d’ondes.. Moi, je suis parfois (? oui, ça dépend, m’arrive aussi d’être en avance grâce à notre radio…) en retard. J’ai du mal à suivre le déluge des nouveautés. Mais je vais quand même le chroniquer, cet album. D’autant qu’il y a Louisville sur cet excellent label. Tu trouveras tout cela sur mon site : http://inactuelles.over-blog.com Bien sûr, il faut fouiller.

  6. Jill Says:

    The rhythmic sounds of the industrial city became the inspiration for the continuation of the work. The experts http://onlineclassmentor.com/blog/image-of-typical-american-of-2016 can give some useful advice regarding any areas.

Leave a Reply