Starkey – Ephemeral Exhibits



Let the beat build







En se posant comme l’une des principales têtes du Dubstep, le label Planet Mu s’est offert une visibilité non négligeable, s’offrant un prisme radicalement différent de ses (presque) ex-excavations electronica ou des sauvageries d’ Aaron Funk. Le mini problème, c’est qu’à force de multiplier les sorties et d’axer sa politique sur les wobble-direct-from-london-basement, on commence à lever un sourcils en voyant les sorties sortant de ce cadre se réduire comme peau de chagrin. Le dubstep à la Planet-Mu, à majorité sombre, âpre et industriel, commence à se généraliser, sans etre toujours foufou (Le nouveau Distance, un peu monotone, alors que le premier était un bijou) et l’on se plait à rêver de trouver un Pinch, un Scuba ou un Burial au sein de la team du boss µ-ziq.


Et en se détachant un petit peu du catalogue, en ne prenant pas la peine de jeter une oreille à chaque sortie, on passe justement à coté de ces aliens tirant leurs écrins de base vers des territoires inexplorés, angéliques ou fantaisistes. Neil Landstrumm a fait parti de ces joyeux larrons, dynamitant les codes du genre avec son excellent Lord for £39.
L’autre semi-alien du panel est incarné par Starkey, artisan de Ephemeral Exhibit, americain déroulant un programme concassant electronica mélancolique, dubstep rageur, beats façon mandales, d’envolées de synthés simili-rave et d’excavations 8bits pas piquée des hannetons. Rien que ça.



















On passera sur les habituels minimalistes livrets estampillés µ pour s’engouffrer sur Gutter Music, cristallisant plutôt bien ce que l’on peut trouver sur ce premier Lp de Starkey. Ca bastonne dur, ça vrombi méchant, ça tressaute pas mal. Les enceintes font la danse de saint-guy sous l’effet des graves, on se dit que l’on va en prendre plein la poire. Et c’est là que le boulot du type se fait sentir, le titre bascule brièvement sur une petite mélodie à la teinte jolie, guillerette et fragile, avant de se faire submerger par les grincements dubstep. Ce dernier hésiterait entre coup de talon et échappée vers les étoiles ? Oui. Mais pas que, le dernier tiers du morceau partant dans un énorme trip Techno, avec un simple rythme binaire pour accompagner la belle mélopée synthétique. On lève les bras, sublime conclusion, un bonheur.

Le Dubstep-bassline-baltimore-trucmachin de Starkey, c’est hésiter constamment entre le rentre dedans d’une bonne grosse saturation poisseuse et la mélancolie-ravissement de mélodies electronica. Ou Dance. Mais un peu triste la Dance. Alors le mec doute. Bousille ses divagations avec des agressions sonores. Ou fracasse un semblant de tube bourrin pour le plonger dans un coffret chimérique. Comme Pictures qui démarre sur les chapeaux de roues avec son clavier épileptique et ses basses mutantes, à retourner n’importe quel clubber en manque de sensation. Ça tabasse, balançant un rythme crade et bien frontal mais la chute arrive, le titre déboule sur une mélodie 8bits en apesanteur, les beats se sont espacés, on plane au dessus des nuages, c’est plutôt beau. Et au lieu de repartir dans la bronca du départ, le titre va se lover sur une drum & bass décharnée, qui se débattra avant de se faire ensevelir par l’attentat final.

Et comment escamoter le schizophrène Marsh, qui part sur un dub ombrageux et sombre après une intro mystérieuse. La terre tremble mais ne se soulève plus, c’est l’earthquake des bas fonds, proche de pas mal d’exercices croisés chez Planet-µ ou Jarring Effect. Le tout est écrasé, ralenti, habité de voix fantomatiques glaçantes. On pense assister au pépère déroulement du morceau écrasé, âpre mais habité, qu’une rupture opère encore, majestueuse : des synthés analordiens s’infiltrent dans la séquence, partant dans une longue ascension que n’aurait pas renié un Aphex Twin période The Tuss. Cathédrale toute fragile, le casque audio se glace, expirations transformées en fumé, il neige, flocons et tout plein d’autres trucs. Superbe.









C’est Escape qui réussira sûrement le meilleur grand écart du disque, avec sa belle intro s’étalant sur plus de deux minutes, mêlant des petites clochettes à la Plaid avec un pur synthé 8 bits tire-larmes, le tout scellé par un bon beat bien rond. Ça monte, ça se déroule, c’est drôlement beau. D’autant plus qu’une saturation de folie va débouler sans prévenir, parachutant tout ce beau monde dans un chaos en Slow-motion du plus bel effet. Et malgré les violents griefs noisy, la Gameboy à coeur ouvert continue de lâcher sa tristesse. Le break laisse cette dernière chialer tranquillement, avant que l’insubordination reprenne le dessus, la pauvre console est piétinée, déchirée, explosée, ça hurle de partout, absolument jouissif.

Mais l’album ne se base pas que sur ces ruptures de tons, les morceaux cultivant parfois leurs dualités dans le même mouvement, à l’instar de Bang Bang the Witch is Dead, morceau à la ligne de basse caverneuse, couvrant une belle mélodie au simili-accordeon que l’on croirait sorti d’un Barb4ry du groupe Ez3kiel, ou de Pressure qui détruira une autre échappée “analordienne” par de dantesques coups de burins.
Le meilleur du genre est incarné par le massif Dark Alley, tout en progression, imprimé par des synthés rave-pute affolants, piliers soutenant une vague de saturation énorme, tentant de concasser des voix Dance-r’n’b passées en mode delay, avant de partir dans un trip Drum’n bass excellent, toujours secoué par le rollercoaster cradingue qui part dans tous les sens. C’est Masterboy torturé par une perceuse en roue libre.


Ephemeral Exhibits sait aussi se pencher totalement sur un extrême, livrant des charges bien frontales comme Last Chance, qui se cabre toutes les trois secondes comme un forcené, ou des titres beaucoup plus calmes et electronica, comme le sympa (mais un peu linéaire) Time Traveler. On lui préférera le très beau Miracles, recyclant aussi des vocals Dance sur une mélodie simple mais cristalline, pour un ensemble Hit machine drogué passé au bullet-time, habillé de bulles synthétiques façon labyrinthe de glace.
L’album finira sur le long Spacewalk calme balade dub aux claviers cheesy enfumés, parfait dans un train, à regarder les paysages défiler avec un oeil torve. Le morceau est plutôt deep, tranchant avec les envolées folles que l’on trouve tout au long du disque, marquant obligatoirement les nuques avec son métronome viral, pulsations en mouvement perpétuel. C’est presque un tube, mais c’est en même temps completement neurasthénique, un peu détaché, bouffé par les nuages. Ca donne envie de danser au ralenti en tentant de mater ses pompes au milieu du brouillard tabagique, puis de se laisser tomber dans un canapé super moelleux en battant de la mesure avec sa main. Bien cool.










La pochette illustre finalement pas trop mal le disque, avec ses arbres gris-morts qui se retrouvent supplantés par des couleurs pétaradantes. Car si la musique de Starkey explose, vrille et semble en mesure de retourner pas mal de tympans, il y subsiste un coté mélancolique, semblant traîner ses vieux démons en boite de nuits, noyant ses remords dans sa pinte de bière, avant de gesticuler comme un dément sur la piste.

Sans exploser les barrières d’un genre toujours en explosion, Starkey offre une petite bouffée d’air frais par rapport à d’autres sorties Planet-Mu, en s’amusant à touiller son dubstep avec de beaux échafaudages electronica ou quelques élancements Dance / 8 bits. Mais le mec ne tourne pas le dos aux vrombissements propre au genre, et cultive une dualité assez intéressante, belle ( la fin de March, Miracles ou Spacewalk…) et surtout, jouissive (bordel, les soubresauts d’Escape ou la conclusion de Gutter Music ! ). Et d’un point de vu éminemment subjectif, j’ai toujours aimé les disques reposant sur des ruptures, changeant d’ambiance au sein même d’un morceau, se tirant d’une première moitié saccagée pour se nicher dans une montée planante, ou de partir d’un constat dance-pute pour filer vers un écrin mélancolico-electronica.


Une petite bombe…











Starkey – Escape (short version)









12 titres – Planet Mu
Dat’









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  1. Maximus1er Says:

    Tiens justement je cherchais un peu de dub en attendant le Boxcutter et le Pinch, je prends note de ta chronique :book:

  2. Dat' Says:

    “en attendant le Boxcutter et le Pinch”

    Comment ça, il y a un nouveau Pinch de prévu ??

  3. Maximus1er Says:

    Il me semble que j’avais lu ça sur le topic electro de geka, un post de toi il me semble :nerd:

    Sur ce lien : http://www.dubstepforum.com/viewtopic.php?t=72185&sid=c822702c0fd59b1a4776b4e7c770559c

  4. Dat' Says:

    Ah oui c’est vrai, un Ep de prevu !

    Et le ceephax, le Jega (…?), le nouveau Venetian “Filth”, ça m’etais sorti de la tête…

  5. Skowz, visiteur Says:

    Arf… Les synthés de Escape sont affolants…
    Certain titre me donne la bave aux lèvres, j’ai hâte de me le procurer.
    Et puis tu m’annonce un nouveau “Venetian Snares”… :love:

    Sinon en ce moment je suis tombé amoureux du titre “Extrod Erty” du dernier Idem.

  6. Dat' Says:

    Et encore pour Escape, c’est une version courte là, ya une superbe intro 8 bits de plus de deux minutes avant la premiere attaque, et la deuxieme est plus longue, le morceau fait plus de 6 minutes en tout !

    Ouai “Extrod Erty” est mon titre préféré du dernier Idem aussi, assez superbe cette montée Noise bien cradingue, j’etais soufflé la premiere fois…

    Pour le Venetian je crois que c’est pour Mai, je me demande bien la teinte que va prendre ce nouveau disque… !

  7. Cardiattack, visiteur Says:

    Ca fait déjà quelques semaines qu’il tourne chez moi, et je dois avouer que je m’en lasse toujours pas ! Belle chronique au passage.

  8. Neska, visiteur Says:

    Oula ! Mais ca a l’air bon tout ca !
    Je connais pas du tout en plus..va falloir jeter une oreille sérieuse la dessus !
    ++

  9. Skorn Says:

    Une vraie petite perle ce Ephemeral Exhibit. Coup de coeur pour Dark Alley et Escape.

  10. Funky5, visiteur Says:

    un titre du dernier VENETIAN en écoute sur son myspace “deep dicking” bien méchant,radical vivement ça sortie apparement sa va déchirer…
    DATURA ce titre j’suis sur va te plaire de toute de façon venetian ne déçoit jamais

  11. Dat' Says:

    Funky5 ==} ah oui putain, il y va en mode bourrin là… hate d’entendre le truc…

    Pour les curieux j’ai Uploadé la cover de Filth, plus celle de L’ep Horsey Noises qui va suivre quelques jours apres (avec 4 inédits), et qui vaut le coup d’oeil 😀

    hop :

    http://www.gamekult.com/pic/blog/328163_2.JPG

    http://www.gamekult.com/pic/blog/328153_2.JPG

  12. res-o, visiteur Says:

    Ah merci pour cette super chronique, je vais pouvoir me mettre un peu de dubstep dans les oreilles, j’étais un perdu dans les méandres du nouvel album de fever ray et de tim exile, ca va me remettre sur pied !!!! 😉

  13. Dat' Says:

    Raaaah faut que j’ecoute ce Fever Ray !!!!

  14. LordMarth Says:

    Voilà un disque qui allait finir cloué dans les colonnes…qui allait avoir droit à la chronique taillée XL chez le proprio des lieux…

    C’est un peu ce qui m’est venu en tête après avoir goulument écouté le menu bien copieux, desservi par cet Ephemeral Exhibits.

    Mu comme tu l’as dit, a tendance ces derniers temps, à se laisser dériver sur le continent ô combien en expansion qu’est le dubstep.

    Mais les surprises arrivent toujours, et celle-ci, je l’avoue m’a agréablement donné le sourire. On ne reste pas rancardé à un carcan, à une norme, ici ça explose, et même si le fond reste sombre, les libertés fusent, les compositions surprennent.

    Un superbe mélange des genres, qui je l’espère en appellera d’autres. Le dernier Boxcutter est une belle réussite en la matière lui aussi.

    Dark Alley, Gutter ou bien Pressure méritent bien leur caractères en gras…

    Quel plaisir de pouvoir te lire à nouveau…

  15. Dat' Says:

    Ah Lordmarth, cool que tu sois de nouveau dans le coin !

    Merci pour lavis, effectivement, tout a fait d’accord, la musique de Starkey m’épate. Et je l’ecoute toujours régulièrement perso ! Et ces lignes de basse, raaah

  16. LordMarth Says:

    Une nouvelle dimension pour le (mu)step environnant, artiste en suivre…définitivement.

    /// Le temps me fait toujours défaut…mais repasser prendre des nouvelles de ce qui s’écrit autour du son me tient toujours en haleine. ///

  17. Tai game iOnline Says:

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