Mount Kimbie – Maybes / Sketch On Glasses



Dressed In Polyester






Difficile de gérer le flot d’Ep déboulant tous les mois en musique électronique. Des tonnes de vinyles sans infos, des cd avec trois titres qui coutent aussi cher qu’un album, des jolies pochettes que l’on accrocherait sur un mur mais que l’on n’écoutera qu’une fois (voir jamais), des fichiers mp3 qui tournent gratuitement, d’autres qui se perdent dans Itunes. De toute façon, même quand on a une platine, des EP, on en n’achète pas des masses, parce que ça coute trop cher, ça ne s’écoute pas dans le métro, et c’est pas pratique de changer de face toutes les deux chansons alors que l’on est en train de saisir un steak dans sa cuisine.

Le pire, c’est quand un Ep s’avère d’une qualité extrême, vous emporte, vous envoie au ciel, promet un incroyable album, mais reste sans suite. Et devient un vinyle parmi tant d’autres, deux-trois morceaux écrasés sous le poids des ans. ( The MFA, j’attends toujours) Zero que dalle, t’as aimé, tu as pris ton pied comme rarement, mais désolé mon pote, en fait on a arrête la musique et on te laisse en plan, toi et tes cons de tympans, tu peux toujours espérer, comme la fois où tu attendais Marise devant le lycée avec deux glaces au chocolats parce qu’il faisait chaud et que tu voulais être gentil. Les glaces ont fondu, elle n’est jamais venue.


Les bonhommes Mount Kimbie sont sympa, et semblent aimer le chocolat. Car ils balancent deux Ep en l’espace de quelques mois. Ca permet déjà de ne pas les oublier de sitôt, même si on savait que cela ne serait pas le cas, vu comment la musique de ces mecs est belle. Ca permet en plus de mettre les deux Ep à la suite, façon mini-album, et de les écouter en allant au taff, coincé entre deux culs dans un wagon. Ca laisse surtout espérer que les mecs ont bien envie de balancer dur dans les mois à venir, ouvrant la porte à des releases pas trop espacées, voir à un album si le patron du label est gentil, ce serait bien, s’il vous plait messieurs de chez Hotflush.



















Bon, les pochettes ne sont pas affolantes, les Ep ne feront pas parti de ceux qui seront accrochés aux murs. Deux Ep en quelque mois, une même ligne directrice, des chemins arpentés différents. Maybes, qui ouvre l’ep du même nom, nous perd directement dans une brume ambiant, éthérée, exclusivement construite, pendant plus d’une minute trente, sur quelques notes crasseuses. Qui se répètent à l’infini. Guitare vaguement saturée ou synthé crachant la poussière, difficile à dire. Ce qui est sur, c’est que l’on plane, que l’on se laisse envelopper par ces teintes minimalistes. Le tout monte, se perd dans les échos, mais reste sur cette même boucle, hypnotique, sédatif sonore. Et vlan, sans crier gare, un rythme claudiquant, superbement placé, sorte de 2step déviant et dépressif tressautant sur la mélodie du départ, qui, au lieu de s’enliser, part directement vers les cieux. Sans compter que des bouts de voix se retrouvent hachés dans le tout, donnant un aspect encore plus céleste et abscons au tout. Rien de plus : Une mélodie toute simple, un rythme éclopé, un sample vocal un peu pute passé à la moulinette. Et pourtant, ça marche parfaitement. Ca va directement dans la colonne vertébrale, et ça ne vous lâche plus. Le dernier tiers est superbe dans cet espèce d’electro désertico-mélancolique.

Et Mount Kimbie semblent apprécier cette structure du “on-plante-une-moitié-de-morceau-tres-calme-pour-lui-greffer-un-rythme-implosé-sur-la-suite”. La mélodie aérienne et vaporeuse du premier tiers de William ramènera directement à certains élucubrations de Boards Of Canada, sans hésiter. Volutes timides, grésillantes et fragiles, coeur mou noyé dans le brouillard. Un pied techno, sourd mais très éloigné, va alors se faire entendre, partant des catacombes, pour accompagner un chant folky-soul bizarre, perdu dans les reverbs, semblant débarqué un peu de nul part, comparable à l’exercice d’ Abstrackt Keal Agram sur Bad Thriller. Bruits de skateboards, bugs noisy, le mec semble chanter à la lueur d’une bougie, les yeux creusés par d’énormes cernes. Il se tait, il ne reste plus qu’une minute, on sent que le tout va s’éteindre gentiment, dans la grâce et la pudeur, mais un sublime rythme drogué va débouler sur le tout, rayonnant d’une classe évidente, marchant sur le morceau en claquant des doigts, les chaines en or sur le torse mais des chagrins plein la tête. A écouter en pleine nuit, le vertige d’un sommeil manquant étreignant la caboche. Enorme.

Même son de cloche pour Vertical, qui utilisera justement ces dernières pour danser sur les cadavres de synthés ultra crades, se trimballant d’une oreille à l’autre avec une fausse nonchalance. Ces cloches marquent un métronome cristallin qui intervient plus tôt que prévu dans le morceau (au regard de ses petits copains), mais c’est un piège, car le tout va rebreaker au milieu, pour filer vers un vrai petit bijou, entre mélodie à chialer, structure plus abstract 2step, et voix gospel-soul charcutées, surpitchées, renversées. Vraiment joli, rien à dire, la progression est naturelle, taillée à la serpe, presque parfaite. D’une élégance et d’une préciosité rare, qui côtoie le coté salopé d’une électronica énigmatique. Tu planes dans les nuages, tout en regardant les rues crades de Londres, où une file semble pleurer toutes les larmes de son corps, écrasée par la solitude.
Taps, plus opaque, n’en sera (presque) pas moins réussie, avec son atmosphère plus sombre, seul titre de l’Ep au déroulement rectiligne, malgré un break épileptique faisant partir le rythme dans une cavalcade expérimentale. Electronica caverneuse jouant avec les échos et les sonorités bouffées par les effets. Les synthés se chargeront de nous faire vibrer l’échine.










Et si l’Ep Maybes est largement tourné vers une electronica vaporeuse, caressée par des rythmes Uk garage, le deuxieme, Sketch On Glasses, se permet d’accelerer sensiblement les Bpm, pour une galette largement noyée dans le bain du Nu-abstract, dignement représenté par Nosaj Thing ou Flying Lotus. Tout en gardant cette importance mélodique à fleur de peau, se focalisant autant sur les mélopées que sur des beats imparables. Et cela fait ici la différence.
Enfin je dis ça, mais le titre éponyme, Sketch On Glasses, lorgne sur une facette plus Dancefloor, avec des bleeps vrillants de partout, des synthés moins évasifs, et plus enjoués et ondoyants. Des voix pitchées donnerait un coté presque Dance au tout, étonnant quand on s’est enfilé les sérieuses petites perles décrites ci dessus. T’as envie de remuer ton popotin au bord de la piscine un verre de cocktail à la main ? C’est possible.

Apéritif. Car dès Serged, les ambiances narcotiques reviennent : Synthé bien grave, petit bruit blanc qui voyage dans les tympans, pointes 8bits qui perlent sur ces vagues sombres, on s’asphyxie avec le sourire dans ce marécage électro, qui va se faire secouer par une basse sourde, et des voix cutées au max. Syllabes inintelligibles, jetées en pâture sur ce lit hiphop chiptune, ça avance tranquille, se dodelinant sans fléchir, épousant les mouvement de nos nuques, obligatoirement entrainées par ce battement de coeur technoïde. Dernier quart de morceau, seules les basses sourdes et des halètements susurrées persistent, ça pue le sexe et la dépression, la grande classe Nestor.

Et encore, dans le genre, le point culminant de l’Ep est sûrement représenté par 50 Mile View. Encore bien mystérieux sur son entame, le morceau va vite partir dans un joli trip électro, avec une mélodie à foutre le coeur en vrac, zebré de grosses paraboles synthétiques bizarres, Blade Runner étouffé par les échos. Milieu de morceau, le rythme se pose, se glace, et re-vrille dans un abstract Hiphop énorme, tellement cool et imparable que tu laisses ta tête partir en arrière en souriant, et en te disant que putain, ça y est, tu l’as ton instrue du moment. J’écoute les pontes de ce Nu-abstract ultra synthétique que sont Flying Lotus, Dorian Concept, Nosaj Thing, Lone et consort, et je me dis que certains pièces de Mount Kimbie, et ce morceau en particulier, sont au moins aussi bien foutues que les trucs sortis par les boss précités. Comme eux, le rythme claque, il tue, il génère une espèce de satisfaction bizarre et personnelle que seul ce genre de musique refile. Mais en plus c’est beau. Vraiment. Les mélodies sont belles. Pas d’autre mot. Ca ne révolutionne rien, ça rentre dans le rang, mais ça se démarque pourtant étonnamment du reste.

Le plus drôle, c’est que le groupe semble en être conscient, et balance avec At Least une première partie de morceau encore plongée dans la fumée, avec un rythme qui revient au 2step and co, sur une mélopée fragile et aérienne. Quelques bleeps cristallins se faufilent, émerveillent, titillent l’audition. Puis les crépitations Chiptunes reviennent, la Gameboy remet ses pompes et tourne sur elle-même en ouvrant les bras. La chanson s’arrête brutalement sur un “is there other any effects on ?”, et le tout repart sur un synthé super pimp et un beat bien posé, histoire de terminer avec noblesse.











Rien de spécial avec ces morceaux de Mount Kimbie. Pas d’esbroufe, pas d’effets tape-à-l’oeil, pas de construction escarpé. La musique du duo anglais est presque primaire, et se résume souvent à : Un beat, un synthé, des samples de voix. Mais ils compensent le tout en servant des morceaux à tiroir, reposant pour la majorité sur des breaks emmenant le tout dans une tout autre direction. Parfois soudains, toujours naturels, parfaitement intégrés. Des rythmes incroyables, imparables, jouissifs. Couplés à de célestes mélodies. Patience, attendre que la litanie se délie, se dévergonde, s’ouvre, accueille le parfait métronome. Les morceaux hantent, habitent, transportent.

Et l’on peut croire à la musique du groupe sur long format, vu que Mount Kimbie, sur ces deux Ep, offre deux facettes complémentaires et pourtant assez distinctes. L’une très “Boards Of Canada meets Uk Garage”, et une autre plus électro-abstract-hop. Les deux sont maitrisées avec brio, certains morceaux sont vraiment balaises, un album est demandé expressément en salle 3, on veut en entendre plus, balancez le bordel sur Lp. On se consolera en couplant les deux Ep, avant le grand banquet.


En attendant, Mount Kimbie semble bien avoir sorti avec Maybes et Sketch On Glasses se qui se fait de mieux dans le genre cette année, et risque de bousculer le top Ep de cette fin de décade. Petit groupe à grande musique. Le genre de coup de coeur que l’on a que trop peu souvent, et qui vous donne envie de suivre le groupe à la trace sur les années à venir.

Aucune révolution, juste le plaisir d’écouter de belles perles electronica aux rythmes superbement taillés.


Tout est simple, rien n’est anodin. Bonheur.













Mount Kimbie – Maybes














4 titres + 4 Titres – Hotflush Recordings
Dat












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  1. a3, visiteur Says:

    Merci pour la chronique, très bien faite une nouvelle fois!
    Ce sont deux très beaux Eps que nous avons là, je garde une petite préférence pour le premier, Maybes et Vertical m’ont hanté un bon bout de temps. Les beats sont d’une telle richesse c’est impressionnant!

    Et là dessus je vois que tu connais Dorian Concept et Nosaj Thing, aura-t-on bientôt la chance de voir une chronique de “When planets explode” ou de “Drift”??

  2. Dat' Says:

    Petite preference pour le premier aussi, juste pour la beauté des rythmiques effectivement. Mais le deuxieme est vraiment bon aussi, beaucoup Abstract HH, mais les lignes de rythmes sont aussi énormes…

    Vraiment hate qu’ils sortent un long format.

    Yep, j’essaie de me tenir au courant de pas mal de sorties dans le genre Nosaj, Dorian, Lone and co, vu que j’adore le genre. Je ne sais pas trop pour les articles, en général je prévois pas trop, c’est en fonction des écoutes…

    La prod de Nosaj sur le dernier Busdriver est bien méchante aussi… !

  3. K, visiteur Says:

    c est Nosaj thing qui a produit le dernier album de Busdriver? J arrive pas a trouver d info sur ca!

  4. Dat' Says:

    Non, il a juste produit le premier morceau, “Split Seconds”. sur le dernier Bus, il y a aussi Daedelus, Nobody ou Deerhoof !

    hop : http://www.discogs.com/Busdriver-Jhelli-Beam/release/1824946

  5. Dragoonhead, visiteur Says:

    J’adore ces 2 albums mais comme tout les autres ma préférence va au premier que je trouve mieux réussi
    Dans une autre optique,jette un oeil sur le dernier Benn Jordan (The Flashbulb),une petite perle limité à 500 exemplaires,dont une des chansons est disponible ici:
    http://www.youtube.com/watch?v=yD_cLUKgx2o&fmt=18
    Certes c’est assez différent,mais ca vaut le coup

  6. Dat' Says:

    Ah tiens un nouveau The Flashbulb?

    J’aime beaucoup ce que fait ce mec, j’achetais ce qu’il faisait les yeux fermé, mais j’ais pas vraiment accroché à son dernier disque…

    Merci pour le lien, je vais regarder ça…

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