Her Space Holiday – Manic Expressive



I figured out a way to twist reality : just take a ton of drugs and never go to sleep.






Je suis un peu coincé pour cette introduction : J’ai déjà abordé le cas Her Space Holiday dans ces pages, déjà écris un laïus sur les voyages en train, sur les disques auquel on se raccroche constamment, des galette vecteurs de mélancolie, des disques électroniques parlant directement à notre palpitant et compagnie. Difficile donc d’embrayer sur une presentation.

Ce qui est sur, c’est qu’autour de The Young Machines, disque qui (pour moi) frôle le chef d’oeuvre, gravite deux autres albums, pour former une sorte de trilogie non officielle, cisaillée par la neurasthénie de Marc Bianchi. Renfrogné au coeur mou, ou mélancolique bouffé par le cynisme, l’americain officie depuis une demi-douzaine d’album dans un genre batard, quasi-inédit : la “Drill’n pop electronica orchestral dépressive et nihiliste”, constamment habité par un chant léthargique et abattu, faisant presque passer 3D de Massive Attack pour une Yasuko sous Lsd.
Cette trilogie, elle, est établie dans ma tête : Manic Expressive / The Young Machines / The Past presents the Future. Les albums précédant ce trio étant encore trop jeunes, avec des sonorités pas encore assez forgées, versant dans une electro-pop un peu claudicante et désargentée. Apres cette trilogie, est sorti l’album Xoxo panda and the new kid revival, tentative entièrement acoustique un peu ratée (et accessoirement une de mes grosses déceptions de 2008), laissant de coté toute sonorité électronique, forgeant pourtant l’identité du projet de Bianchi.


Non, impossible de s’en dépêtrer, Her Space Holiday est sublimé dans les trois disques cités au dessus, complètement liés les uns aux autres, et représentant presque un cheminement logique dans l’âme torturée de Bianchi, 3 phases distinctes d’une semi-depression : Manic Expressive étant le versant mélancolique et brumeux de Bianchi, qui file dans une dépression sourde, violemment bilieuse avec le magnifique The Young Machines, pour enfin finir par accepter son état, prendre du recul, et se poser en cynique désabusé pince sans rire sur le très électronique et froid The Past Presents the Future. (Que j’ai réellement appris à adorer au fil du temps, la plupart des titres, sous leur aspect clinique et Warp-ien, se révèlent être des pépites imparables)

Manic Expressive, dans se trio, se retrouve pourtant être l’album d’ Her Space Holiday le moins médiatisé (deja que le groupe ne l’est pas du tout), passant quasi-tout le temps inaperçu, et surtout mal distribué, écrasé par son imposant successeur.














Sous ce bel artwork se cachent arbres coupés et formes abstraites, pour un petit livret filé en double ( ??) qui ne contient malheureusement aucun lyrics. On se consolera rapidement en écoutant la voix monocorde de Bianchi, facile à comprendre. Ce dernier se dérobe d’ailleurs le temps du titre d’introduction, Manic Expressive (enter), superbe (je pèse mes mots) divagation orchestrale, avec un Marc Bianchi qui re-sample et copie/colle des violons (parfois électroniques), pour se créer sa petite musique de chambre, belle à pleurer. Cette track est simple, sans fioriture, ni rythme, de simples violons qui montent et se tiennent la main, avec quelques cuivres qui flirtent avec les cordes, mais ça défonce, superbe, tout en retenue. Certes, ce n’est pas au niveau de l’incroyable morceau éponyme et introductif de The Young Machines (qui est pour moi l’un des plus beaux morceaux qui puisse exister sur notre planète, avec cette deuxième partie tellement belle qu’elle m’arrache la colonne à chaque fois), mais cette rêverie d’intro entame parfaitement l’album, en imprimant une mélancolie qui sera indéboulonnable.


Première incursion vocale, et retours en terrains balisés “Her Space Holiday” avec Lydia, et grande surprise : Une demoiselle accompagne Bianchi au chant, sur une poignée de morceaux. Car sur ce Manic Expressive, l’américain invite sa copine Keely à fredonner, avant que cette dernière ne le quitte (la raison des textes ultra sombres de The Young Machines ?). Reste qu’il n’y rien d’affolant sur cette chanson, qui passe tout de même bien avec ses beats franchement explosés. Mais la mélodie ne m’a jamais réellement accroché les oreilles.

On retrouvera la demoiselle, qui chantera en même temps que Bianchi tout le long de Polar Opposite, bien plus réussi. La mélodie est limpide, les violons sont vraiment affolants, les cordes de guitares discrètes mais cristallines, un beat qui claque dur, et ce chant complètement désabusé, vaguement dépressif, qui aligne des images abstraites sur le premier tiers. Premier tiers seulement, car des la deuxième minute, le couple se tait et le morceau part dans une montée géniale, à base de claviers qui s’enroulent sur cordes continuant de chialer. On est déjà sous le charme, mais après un break presque Hiphop, le morceau va devenir mirifique, partir directement vers le ciel, avec une attaque de violons à écraser le coeur, le tout pilonné par un beat devenu franchement plus agressif. On peine d’ailleurs à croire que les cordes ne sortent que de Plug-in et samples, tant le tout est parfaitement mené. Superbe.

Mais la progression/montée/explosion de l’album, c’est sur The ringing in my ears qu’on la trouve, typique morceau à la Her Space Holiday, quasi parfait, à la nostalgie appuyée. La boucle de violon est parfaite, le rythme électronique bien crade et saccadé tape la gueule, des petites clochettes finissent le boulot mélodique et le chant de Bianchi se traine, décochant 6 phrases, pas une de plus. Le morceau va alors partir en roue libre, progression apaisée vers le paradis, avec une litanie tranquille, mais surtout un rythme Drill’n bass déboulant avec violence, accompagnant une superbe mélodie qui te crame l’échine à la broche. C’est un petit diamant timide, un truc superbe, qui monte pour ne plus jamais redescendre, clairement un de mes morceaux favoris du bonhomme. Quand la deuxième section du titre s’amorce, avec ces bleeps qui giclent de partout, lames acérées sur violons élégiaques, sans jamais être violent, ça me casse la mâchoire. Un parfait équilibre entre tressautement electronica et pop orchestrale de home studio. Tu le passes à ton enterrement que tout le monde chiale, avec le sourire nostalgique collé sur la gueule.
On se laissera tout aussi séduire par l’optimisme mélancolique de Hassle Free Harmony, limpide morceau pop, utilisant toujours parfaitement les cordes peut être le plus accessible du disque, malgré son rythme vicié (et un break surprenant). La fin invitant choeurs tire-larmes ramonera les plus sensibles.








Mais que les gros durs se rassurent, certaines pistes de Manic Expressive sont un peu plus expérimentales, versant moins directement dans le pathos de Bianchi (même si superbement maitrisé). Avec Perfect On Paper, on se trouve dans un versant plus abstract, avec un rythme très Idm, sorte de pulsation mutante qui implose, roule et craque, laissant de longs silences entre ses dégorgements. Une guitare cristalline s’occupera de filer un peu de lumière à un essai que CircleSquare a du pas mal écouter avant de sortir son premier disque. Les lyrics sont assez cinglants, et comme d’hab désenchantés, à base de “There are so many reasons why I should say I’m sorry / Should I start with the cheating and end with the lying / And I tried to chalk it up to low self esteem / I guess my selfishness got the best of me”. C’est bien sombre, ça craque de partout, une radio cassée parasite l’horizon, le tout est un peu déstructuré et loin de la pop émo servie au dessus. Pourtant, cela marche tout aussi bien, le tout forcement magnifié par la conclusion, cassant le titre en invitant synthés planants et un petit violon.

Spectator Sport n’hésitera pas lui aussi à pencher vers l’hermétisme, en laissant guitare lancinante et voix étranges se complaire sur un beat Hiphop bien sec. Encore une fois, la fin marquera les coeurs avec ce sample façon vieux film, venant illuminer le tout.
Le morceau surprise de ce disque, c’est l’absolu Key Stroke, bien different de ce que fait Her Space Holiday habituellement. La voix de Bianchi est complètement transformée dans un vocodeur, se baladant sur une instrue electro éthérée, dominée par un piano pépère. Les synthés s’envolent, Keely rajoute une touche blasée et féminine sur des refrains superbement branlés. C’est simple, on est obliger de penser à Air, ce morceau aurait clairement pu se glisser sur Moon Safari sans problème. Seule la conclusion, grosse boucherie Idm bien saturée, nous fera sortir de notre torpeur, les rythmes dérouillés te sectionnant l’artere, apres la rêvasserie précédant cette mutation. Un très joli exercice, calme et apaisé, qui me décroche l’âme à chaque écoute.

L’album se dérobera sur le long et épique Manic Expressive (Exit), à l’intro suprenante, electronica minimale habitée par une (encore une fois) bien belle mélodie, et un chant toujours aussi laconique, mais avec le sourire. La première moitié du titre est donc encore dans la retenue, avec des petits bleeps taquins et un refrain candides. Et vlan, on se croyait à l’abri, le morceau vire à 180 degrés, et fait tonner les violons, pour filer dans une deuxième moitié épique, avec rythme indus saccadé, sample de voix bizarres, et cordes qui pleuvent de partout. La litanie entonnée au dernier tiers est terrible, c’est maitrisé à mort, conclusion en or.










Manic Expressive est surement le plus mélancolique et apaisé des trois albums “accomplis” de Her Space Holiday. Dans les textes, l’heure n’est pas encore à la mise à nue et au grand déballage acerbe de The Young Machines. Bianchi jette des idées, des pensées et rêves abstraits, souvent sur des phases très courtes (la moitié des morceaux ne contiennent qu’un couplet). Sur cet album, le schéma est souvent le même : Bianchi marmonne sur un beat electronica/Idm, avant que le morceau s’envole sur des violons à chialer. Sur ce Manic Expressive, toutes les conclusions de morceaux sont superbes, à violemment écraser le palpitant.

Si The Young Machines est pour moi l’album suprême de Her Space Holiday, ce Manic Expressive en est le parfait penchant apaisé, et se retrouve presque indispensable pour comprendre et piger les deux albums suivants. D’autant plus qu’il est au final bien moins éprouvant niveau lyrics que ces deux petits frères.
Il y a quelque chose dans ce disque (et dans la majorité des prod de Bianchi) qui rend ce dernier presque essentiel. Une espèce de beauté mélancolique et calme traverse ce disque de bout en bout et l’envie de l’écouter revenant constamment, lors d’une nuit un peu trop longue, ou d’un voyage quelque peu longuet. J’aime ce disque, sans trop savoir pourquoi, le repassant dans les oreilles inlassablement la nuit, vibrant à chaque violon, secouant la tête à chaque pulsation rythmique et surtout ramassant ma colonne vertébrale à chaque conclusion de morceaux.

L’envie de s’y perdre, en ayant la conviction que sur le tryptique Manic Expressive / The Young Machines / Past presents the future, Her Space Holiday compose uen pop-electronique frolant la perfection, n’ayant jamais peur de lorgner autant vers les mélodies attrape-coeurs que les exercices electronica déstructurés. Manic Expressive, un grand petit album, bizarrement incontournable dans ma pile de disque.











Her Space Holiday – The Ringing in my Ears












Her Space Holiday – The Young Machines (parce cequ’il le vaut bien)












9 Titres – Wichita
Dat’







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  1. Sone, visiteur Says:

    Magnifique. Merci pour cette découverte.

  2. WeirdLittleMan Says:

    Pareil, énorme découverte pour moi ! Encore merci pour tes articles !

  3. Maximus1er Says:

    Oh j’ai cru à un nouvel album en lisant ta chronique, j’étais un peu déçu sur le coup, au moins autant que pour le xoxo panda xD

    Comme toi je vénère The Young Machines (que j’avais découvert une nuit d’errance grâce à ton blog et une vidéo de My Girlfriend’s Boyfriend; ze claque dans mes dents), album que j’ai écumé en long en large et en travers et qui résiste toujours à l’épreuve du temps pour ma part, enfin le genre d’album qui te suit dans ta vie et qui se greffe à des souvenirs précis.

    Je connaissais bien aussi The Past Presents the Future mais je connaissais pas du tout ce 3e album, tu m’as donné envie de m’y pencher dessus maintenant :book:

  4. Dat' Says:

    Sone & Weird ==> Content que cela vous ayez apprecié !

    Maximus1er ==> ahah effectivement, désolé pour la fausse alerte. Reste que si tu ne connaissais pas ce disque, tu as adorer (vu que tu as aimé The Young Machines), tu peux le prendre comme un nouveau disque ^^
    Ce Manic Expressive est d’ailleurs celui qui ressemble le plus à The Young Machines au final !

    J’espere que le bonhomme va sortir un nouvel album en fin d’année, à teintes électroniques si possible…

  5. funky5, visiteur Says:

    je préfère l’album the young machine(quand il pleut)

    pour en revenir à autechre je me suis fait l’écoute tri repetae/l’album en noir ae/confield/untilted je les trouve tous bien une préférence pour leur côté ambient,quand à confield je récouterais 1 fois mais je suis pas du tout rentré dedans je testerais.Quand à oversteps je le touve très bien comme une syntèse des vieux et plus récents albums ambient/idm clinique destructuré.
    PETIT BONUS http://www.daheardit-records.net/fr/discographie/dhr12/ VICNET electro sympa gratuit……

  6. Chabadaaa, visiteur Says:

    Pareil belle découverte. Pour rester dans les “Machines”, l’album de Wave Machines sort enfin en France. Une pépite pop électro fraîche et légère, venue de Liverpool.
    Pour voir leur nouveau clip « Keep the Lights On », basé sur une chorégraphie étonnante et originale :
    http://www.youtube.com/watch?v=feo3phdlC9Q
    Enjoy !

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