Money & Cars & Clothes & Hoes & Electronica
Tout peut partir d’un simple email, bouteille à la mer 2.0. Car des mecs comme Clams Casino, qui font de la MAO dans leur chambre histoire de combler l’ennui des années d’université, coincé entre deux soirées étudiantes et un partiel sur le droit social, il y en a des tonnes. Mais le bonhomme a choisi de miser sur le bon cheval. Un cheval éclopé, drogué, qui semblait perdu d’avance, que personne n‘attendait au top de youtube et dans toutes les conversations : Lil B.
Clams Casino, qui semble avoir le don de cisailler de petites merveilles electronica-abstract, a envoyé quelques instrues au Based God en 2008 par email, juste pour voir. Lil B, au départ personne ne connait vraiment, à part les amateurs de Vans (les pompes). Mais le Mc qui “look like Jesus”, en deux ans, balance plus de 700 morceaux sur le net, et une centaine de clips ( ?!!), rien que ça. La première fois, au détour d’un lien, il m’avait bien fait marrer avec son “Like a Martian“, aka le morceau tentant de briser le record de “bitch” et “suck my dick” dans un texte de 3 minutes. Sauf que dans ce clip, le Lil B avait l’air tellement allumé, tellement psychopathe, tellement branlos, avec des rimes ubuesques, des bruitages flippants et un texte aussi naze, qu’il en deviennait presque hallucinant. Il fallait vérifier, aller plus voir, voir qui était ce grand taré semblant rapper en mode “écriture automatique sous dope”. Et au milieu de tous les morceaux franchement douteux que le mec crache, quelques tracks aux instrues superbes surnagent.
Apres avoir arpenté youtube, le mec s’est mis à me parasiter méchamment, à cause d’un seul morceau, I’ m God, et son instrue géniale (le titre ayant été l’un des plus écouté dans mon compteur itunes, c’est dit, j’assume). Vu qu’il est impossible de voir clair dans la galaxie de Lil B, qui semble tout faire lui-même (ses clips soit disant réalisés par lui-même… come-on mec, il y a bien quelqu’un pour tenir la camera non ?), il n’y avait aucune info sur le producteur. Et au milieu de 600 immondices ultra mal produits (la qualité sonore est dégueulasse, sans déconner, le mixage de la voix file la gerbe), quelques morceaux de l’américain ont malgré tout provoqué une fascination totale sur moi, à m’obliger à aller sur youtube régulièrement, ou a télécharger la 35eme tape du bonhomme juste pour trouver un morceau, et jeter les autres dans la corbeille. A dire vrai, on en vient presque à se demander si Lil B se rend compte qu’il rappe sur des petits diamants, vu la qualité douteuse de ses “vrais” albums et certains choix difficilement compréhensibles. (il te balance un texte sur du Plaid ou des tracks comme B.O.R ou Realist Alive, puis va chier des horreurs comme “Im justin bieber” ou “Hellen Degeneres”). Bref, à force de naviguer sur les videos de Lil B, on se gausse, puis on tombe sur une instrue folle, puis deux, puis trois, et l’on se prend au jeu de la “chasse au tresor de la bonne chanson dans un océan de swag hystérico lo-fi”
Alors donc, le Clams Casino, qui sample sans connaître les sources, au grès des moteurs de recherche peer to peer, il envoie des instrues un peu au hasard, il se retrouve sur le Web avec plusieurs millions d’écoutes cumulées. Puis c’est carrément la megastar Soulja Boy qui se met à lui demander des instrues pour ses freestyles de soirées défonce, (se permettant d’ailleurs de reprendre I’m God d’une façon immonde sur 2milli) et voila que l’étudiant se retrouve sur toutes les lèvres.
Pour les oreilles intolérantes aux flows nasillards, Clams Casino balance en debut de mois sur le web un album gratuit, fait d’instrues utilisées par ses correspondants blunt & swag. Les adorateurs d’Abstract lunaire sont aux anges.

Il faut savoir que le disque existe sans exister. Je veux dire, il semble bien que le truc ait été balancé qualité dosée sans frais par l’artiste lui-même, mais sans plateforme officielle, avec pleins de liens megaupload and co désormais caducs. La recherche de ce Lp n’est donc pas difficile, mais néanmoins brumeuse.
Et Clams Casino fait du pur abstract Hiphop. Attention, rien à voir avec la vague Nu-abstract qui a le vent en poupe ces temps ci (à raison). On parle du nébuleux, avec des beats lourds, ronds, chauds, étouffés dans les synthés, dans des mélodies raillées, dans la fumée d’un bar cradingue. Certains morceaux n’auraient pas dépareillés dans un Cluster Ville, emprunts de cette même noirceur, mélancolie et beauté sur une recette pourtant toute simple. La mixtape commence avec l’un des 3 meilleurs beats que Lil B a chevauché, Motivation, qui résume parfaitement le boulot de Clams Casino : Sample de voix fantomatique, mélodie mi-pimp mi-émo. Le rythme qui déboule après l’éthérée intro démonte tout, le truc est pachydermique, affolant les nuques, à te faire souffrir du Bell’s Palsy pour cause de headbanger trop nerveux. Le morceau s’octroie quelques pauses pour repartir à chaque fois de plus belle, avec des synthés épiques et brisures noisy. Du beau boulot, et pour le coup, c’est clairement l’instrue qui peut occuper le terrain sans Mc, pas besoin d’entendre de mec badiner dessus.
All I Need fini déjà de convaincre les derniers réticents, Clams Casino fait de l’excellent boulot. Soulja Boy trucide complètement l’instrue originale, on la retrouve ici sublime, entre rythme balaise et claps jouissifs, avec voix d’anges et coups de talons. Ultra laidback, psychotrope et pourtant trop pure, on est bien plus dans l’electronica mélancolique que dans le Hiphop mainstream. Le beat qui déboule à la 1min10 me rend fou, j’ai envie d’écouter ça dans une bagnole à toute vitesse, transpercer une ville la nuit avec jantes en or et larme à l’œil, lunettes de soleil, lettre de rupture, néons, et mini jupes, slow motion souuuuund.
Tu t’attends à user les suspensions hydrauliques de ton tacot sur Real Shit From a Real Nigga, mais tu tombes sur une electronica religieuse, secouée par un gros kick. Pas si loin des exercices blasphématoires de Salem, mais en mode soleil et course dans l’herbe verte au ralenti. Morceau qui supportait bien Lil B au départ, mais qui se démène parfaitement seul évidemment. Realist Alive continue les incantations émo avec encore une fois un sample parfaitement traité, rythme toujours aussi rond et appuyé, voix mélancolique presque Uk. Le morceau n’en fini pas de se cabrer, breaker puis repartir dans sa course lumineuse. Un petit bijou.
Numb, étrangement listé comme unreleased, car utilisé (version alternative) dans le dernier album de l’excellent groupe G-Side, pour l’un des meilleurs morceaux du collectif d’Huntsville. Numb se pose en abstract ultra mélancolique, avec mélodie à chialer, gros travail sur les textures. Rien de spécial encore une fois, mais tellement bien balancé et construit. Tu te dis que le mec DOIT te faire un Lp dans cette veine, vaguement psyché, un peu hiphop, mais surtout mélodique comme la mort. On continue le sans faute avec une petite vignette ambiant toute belle et sans métronome, The World Needs Change, ramonée en amont par Soulja Boy (si si), et un très bon abstract de fin de soirée avec I’m Official.
Puis l’album/compile/mixtape s’affaisse un peu. Les samples deviennent beaucoup plus évidents, voir carrément grillés, les tracks moins riches, moins fouillis et fouillées, le tout tombant parfois dans un espèce de trip mollement Juke/Jerk, loin d’être affolant, et surtout difficilement légitime en l’absence de Mc. Brainwash By London semble vide, bien moins incisive sans les Jealous Guys dessus. She’s Hot n’a que peu d’intérêt en l’état et 13 fait plus office de blague de cloture. Illest Alive, malgré l’utilisation de Bjork, n’est pas renversante non plus. Seule Cold War remporte les faveurs du jury. Le sublime morceau de Janelle Monae réduit à son strict minimum. Un sample, un beat bien lourd, point barre. Mais ça marche parfaitement, à foutre à fond dans son poste de bagnole en roulant au ralenti, caricature presque jouissive. Même si, contrairement à la majorité des autres morceaux de ce disque, Cold War marche mieux avec Lil B dessus, et ses « Watcha gonna do ? / Coz they comin’ for ya / Speak to me » impossible à séparer de l’instrue d’origine.
On peut déplorer l’absence d’Im God et B.O.R, excellentes instrues laissées de coté, ce qui est dommageable vu la présence de deux ou trois tracks pas très folichonnes, et un peu hors sujets vu les deux premiers tiers de l’album. Evidemment, la qualité sonore du tout fera grincer des dents, on n’est pas en Flac, mais vu que c’est gratos, difficile d’appeler son avocat.
Le plus fascinant dans ce petit recueil d’instrues, c’est que Clams Casino taille des beats convenant autant aux amateurs d’electronica neurasthénique qu’aux laboureurs de swag. Les 7 premiers morceaux donneront à tout amateur d’abstract de se rouler dans les nuages en bougeant de la nuque. On pourra clairement arguer que même sur les meilleurs morceaux de la tape, rien est spécial, ni révolutionnaire, ni hallucinant, ni renversant. Mais en même temps, c’est le genre qui veut ça. Et bordel, c’est tellement bien fait. Clams Casino devrait sortir un Ep en juin, libéré de tout Mc, et l’on va surveiller ça avec attention.
Un abstract-electronica excellemment bien troussé, qui insiste simplement sur les mélodies et la puissance des rythmes plus que sur l’exercice de style, c’est de plus en plus rare. Du Fan-service pour les amateurs du genre, parfait pour marcher la nuit en ville, entre deux grésillements de néons.
Clams Casino – Motivation
Clams Casino – All I Need
Lil B – I’m God (prod Clams Casino)
13 Titres – Self Released
Dat’
This entry was posted on Tuesday, April 26th, 2011 at 11:38 pm and is filed under Chroniques. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
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Ce lien-là marche sans problème : http://www.mediafire.com/?rj1opi3oa3r8l24
Merci pour la découverte, comme d’habitude ton habileté à défricher les bons sons m’épatera toujours ^^ N’hésite pas à faire tourner les bons morceaux de Lil B, “I’m God” et “B.O.R.” sont effectivement superbes et tournent chez moi depuis ta rétrospective de fin d’année.
Sinon j’écoute pas mal le nouveau Chinese Man ces temps-ci, apparemment il est trop “hype” pour que les extrémistes (mais ayant néanmoins bon goût) des Chroniques électroniques l’apprécient à sa juste valeur, mais pour moi il fera partie du top 10 de 2011. Et Mount Kimbie en live c’est bien cool, malheureusement le son était pas terrible et ils n’ont joué que 45 minutes… faudra que je les revoie en France. En tout cas, mon vinyl arbore désormais une jolie dédicace ^^
Bref, en espérant que la vie quotidienne reprenne son cours au Japon et que tu galères moins pour tout. Courage !
P’tin les instrus sont vraiment divins, merci pour la découverte
Cardiattack ==> Yo !
Alors là, cool de savoir que tu as checké ça apres la petite ligne dans le top 2010 !
Pour les bons morceaux de Lil b, il y en a pas des tonnes comme je disais, mais certains sont vraiment biens.
De tête, deja presque tous ceux présents en instrumental ici ( “motivation” bien sur, “Realist Alive”, “Real Shit From a Real Nigga” et “Cold War”). Il y a les précités “B.O.R” et “I’m God”.
Sinon il y a aussi “Life’s Zombies”, “Enter The Based”, “More Silence More Coffins”…
Apres, il y aussi “like a martian” mais surtout “Pretty Boy”, parceque ce morceau me fait halluciner tellement le truc est complètement Random, on a l’impression que quelqu’un lui a dit “ok mec t’as deux minutes en écriture automatique pour pondre un texte parlant cul”. Le mec est super serieux avec ça c’est assez incroyable ahah, ça n’a tellement aucun sens que cela en devient génial, rien que l’intro est indescriptible, ça me fait marrer à chaque fois.
Le Chinese Man je ne sais pas, pas écouté, mais la pochette est superbe. Ils sont plutôt positifs sur ce disque sur les C.Electroniques non?
ahah bien joué pour Mount Kimbie… Faudrait qu’ils nous sortent quelques inédits ces deux là…
Dat’
J’aime énormément ce qu’il produit, des beats vaporeux entre Odd Nosdam et BoC, parfait!!
Belle chro encore une fois, merci!
J’attends l’Ep de pied ferme, un premier extrait est sorti, “Gorilla”, ça a l’air de tenir toutes ces promesses!
Ah oui tiens, je n’avais pas pensé à faire un parallele avec Odd Nosdam !
Dat’
[...] Pour en savoir plus sur l’artiste, je vous recommande les articles de A la recherche des sons perdus et Chroniques automatiques. [...]