Nisennenmondai – Nisennenmondai live



Dance / Floor



A chaque fois que je vais à un concert, j’ai en tête, depuis très longtemps maintenant, une déclaration de Stupeflip, disant que cela ne servait pas à grand-chose de voir ses groupes “favoris” en live, car on est forcément déçu par rapport aux disques. Et c’est vrai à 99% (surtout depuis que mes oreilles sont flinguées). De toute façon, rares sont les groupes arrivant à sublimer le matériel de base posé sur disque (Ez3kiel peut être, Boredoms aussi). Une bonne façon de contourner le problème ? Aller voir des groupes que l’on ne connait pas. Découvrir sur scène, sans référence, sans attente, sans préjugé. Souvent, on se prend de belles petites claques, et l’on se tourne le lendemain vers les disques avec une excitation assez enivrante. Des musiciens découverts sur scène qui m’ont littéralement flingués, il y en a eu peu, mais ils ont toujours fait leur petit effet.

Nissennenmondai, c’est un peu la même. Tombé dessus un peu par hasard, après des mois de prosélytisme d’une connaissance. En plus dans le but d’aller voir un autre groupe programmé sur la même soirée (qui a fini par vomir sur le public, je ne me lasse pas de cette anecdote) Je me glisse donc dans la salle peu motivé, en pensant tomber devant le sempiternel groupe de Math Rock un peu lourd, partant dans des constructions échevelées à coup de guitares et batterie, qui saoulent au bout de 10 minutes. Ce fut tout le contraire. Car si le groupe japonais (et féminin) se la joue trio guitare / basse / batterie (avec un synthé bienvenu qui remplace la guitare sur quelques morceaux), ce n’est pas du math-post-rock que nous servent ces demoiselles. Mais de la Techno.








Alors certains vont trouver étonnante la phrase du dessus. Mais comme je disais lors de l’article sur mon premier live vu de Nisennenmondai (il y a environ un an), le groupe m’avait balancé le meilleur concert de Techno depuis des lustres. Je disais d’ailleurs que sur disque, la recette marchait moins bien, car manquant de fric dans la production, pas assez balaise. Alors quand le groupe balance un LP de captations lives, dans un beau digipack de deux disques (pour 8 morceaux, c’est étranges, mais vu que les tracks oscillent entre 8 et 15 minutes, il fallait bien deux galettes) plus un dvd gratos filé lors des concerts, on est intéressé. Et évidemment c’est dans ce disque live que l’on retrouve la mixture parfaite, oscillant entre post-rock et métronome lapidaire


Pourquoi Techno? parceque le groupe, malgré ses racines rock, construit sa musique en mode légo, d’une façon extrêmement progressive, avec un kick régulier pour métronome : La batteuse sonne comme un sampler. Vraiment. C’est hypnotique, à se demander comment cette dernière tiens la cadence en concert ; pendant 15 minutes sans dérailler une seconde, en répétant l’un seul motif minimaliste ad nauseam. Il faut fixer la batterie pendant tout le concert pour y croire. Même ta MPC ne peut pas faire mieux. On ne voit pas souvent de batteurs de cette trempe. Sur ce matraquage de fûts assez incroyable, la bassiste peut s’arracher d’un motif de trois notes, et la guitariste/synth se fend de quelques boucles mélodiques. Attention quand je parle de Techno faite par un groupe de rock, je parle de la vraie, de la belle, massive, mélodique et cristalline. Celles de Carl Craig ou de Technasia. Pas les trucs de gros bourrins façon Rafale and co.




On peut parler parfois de “morceau presque Detroit balancé par un trio rock”. Ou d’une electro fortement inspirée par Lcd Soundsystem, possédant le même groove, le même agencement progressif, ne trouvant son climax qu’après une bonne dizaine de minute d’ascension sonore

Ce parallèle avec James Murphy, il ne sort pas de nul part. Nisennenmondai avait justement partagé l’affiche avec la formation New-yorkaise il y a quelques mois à Tokyo. Mais surtout, le parallèle est naturel sur Appointment où le synthé accompagne basse/batterie.  On n’attend plus qu’une chose : que James Murphy vienne se trémousser en chantant des histoires de fêtards alcoolisées à 4h’ du mat.

Puis, comme pour les concerts, le groupe abandonne le synthé, et repasse sur une classique formation guitare/basse/batterie, sans pour laisser de coté leurs ambitions Techno de coté. Au contraire, avec Mirror Ball, c’est un marathon lapidaire qui commence, avec une simple litanie de gratte mise en boucle, quelques soutiens en bassline, pour une bonne demi douzaine de minute, avant de faire pleuvoir une guitare plus cristalline pour la véritable envolée du morceau. Mirror Ball ? ouai il porte bien son nom ce ptit loup. Tu as aussi Fan, banger fou, de 35 minutes sur disques, ici résumée en 14 minutes pas moins intenses.

Suivant encore la logique de leurs performances, Nisennenmondai va repartir vers ses premiers amours dans ce LP live, en partant vers des territoires plus abstraits, moins techno, clairement math-post-rock, avec une batterie qui sort de sa cadence hypnotique pour balancer quelques rythmes hystériques, rafales soutenue par l’opération de déconstruction opérée par la guitare. On frole le rock noisy avec Ikkyokume, tempête hallucinante, où le groupe qui balançait de la techno hypnotique se transforme en jumeau de Boredoms remixé par une usine. Affolant.

Sur les morceaux Math-rock moins déchainés, Nisennenmondai se la joue savant, mais moins jouissif, Mr groove-fou est oublié. On peut penser à ou Battles sur 44 ou Destination Tokyo. C’est dans cet exercice, maintenant minoritaire, que le trio japonais, sans bousiller sa qualité, perd clairement en originalité et en impact.




Alors certes, je parle d’un LP live, mais je prends comme référence les performances scéniques du groupe Car ce Lp reste une captation de concert, et si elle rend parfaitement compte de la qualité de ces derniers, le tout manque là aussi d’un peu de flouze pour ravir nos tympans jusqu’ à satiété. L’enregistrement manque légèrement de punch, mais ne dessert pas les longues compositions du groupe. Pour prendre un référent moins abstrait, certains morceaux de Nisennenmondai peut ressembler à la reprise de Carl Craig par Lcd Soundsystem, sur This Is Happening. (Throw) où Murphy et ses potes tentaient la retranscription exacte d’une fresque electro grâce à leurs gimmicks new-yorkais.

Les disques de ces Japonaises sont difficiles à trouver, mais ce n’est pas très grave. D’une part, les cd officiels qui étaient sorti jusqu’à lors ne reflétaient pas vraiment cette facette plus “techno” du groupe (Même si quelques missives de Destination Tokyo Lp valent franchement le coup d’oreille). D’autre part, parce que Nisennenmondai est bien plus plaisant en live qu’en disque (pour le moment). Et cela tombe bien, vu que les Japonaises (outre un live à Paris et Tours début juin) sont dans le Line up des Nuits Sonores 2011. Si vous habitez donc à Lyon, ou que vous trainez dans le coin du beaujolais, n’hésitez pas à jeter un œil à leur concert. Et peut être alors que l’envie d’écouter leur live sur disque déboulera sans crier gare de part-dieu.







Nisennenmondai – Mirror Ball






8 Tracks – Bijin Record

Dat’



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  1. me patate Says:

    j’adore ce morceau ! merci pour la découverte, et belle chonique :)

  2. cardiattack Says:

    Ca a l’air énorme ce truc ! Le morceau est superbe, et je me permets de mettre un lien de leur Bandcamp pour ceux qui voudraient écouter un des disques live en entier légalement : http://nisennenmondai.bandcamp.com/

    Effectivement elles passent à Tours le 3 juin, je sais désormais quoi faire ce soir-là ^^ Au Temps Machine en plus, c’est une bonne salle (y’a Mondkopf qui y passe le 21 mai, faut pas que je rate ça aussi).

    “De toute façon, rares sont les groupes arrivant à sublimer le matériel de base posé sur disque (Ez3kiel peut être, Boredoms aussi).” –> tellement vrai… et je ne compte pas le nombre de bons groupes que j’ai découvert avec leurs albums live ou en live (High Tone, X-Makeena…). Et à propos d”EZ3kiel, ils réservent à leurs amis tourangeaux une jolie surprise : une version orchestrale live de leur album “Naphtaline”, pour trois représentations fin juin (et leur expo des Mécaniques Poétiques pendant le mois de juin également).

    Y’a pas à dire, ça a du bon d’être tourangeau ^^

  3. Dat' Says:

    Ah ben carrément, si tu habites à Tours et que tu ne sais pas quoi faire le 3 juin, fonce les voir ! Tu m’en diras des nouvelles. (En espérant que le temps de concert ne soit pas trop court…)

    Les lives d’Ezekiel, j’ai du en voir 4 (ou 5?), à chaque fois c’était une claque monstrueuse. La bonne époque.

    Dat’

  4. staphi Says:

    boh y’en a quand même pas mal des groupes qui tuent tout en live. A mon humble avis je dirais qu’ils ne sont pas si rares que ça. Dans le dub notamment, mais aussi le funk le rock énervé (Melt Banana, miam miam), certains trucs de rap (svinkels, et vus plus récemment zone libre Casey et bjames)…

    Faut dire que j’ai tendance à pas être difficile pour les concerts, si c’est péchu y’a de grandes chances que ça me plaise.

  5. Dat' Says:

    ah oui non, je parlais de “groupes dont tu adores les disques, que tu vas voir en live”

    Effectivement, énormément de groupes démontent en live, mais quand tu as retourné un album 500 fois, et que tu vas voir un concert après tu es souvent déçu… (bizarrement, pas mal de mes formations “cultes” m’ont un peu déçu en live, genre Massive Attack and co…. tu ne peux pas t’empêcher d’aller voir ça en concert, tout en sachant clairement que tu n’auras pas cette “magie” émanant des disques…)

    Dat’

  6. staphi Says:

    dat > ah oui d’accord. c’est vrai que j’ai parfois ressenti un espèce de sentiment d’imperfection dans ces cas là.

    cardiattack > demain je vais voir un concert avec des mecs d’Ezekiel et de Fumuj qui vont reprendre du Queens of the stone age. C’est chouette que ta ville s’exporte dans la mienne!

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