Everyone I Went to High School With Is Dead
Je me baladais dans les rayons de disque pour acheter le nouveau Martyn, et voilà que je tombe sur le Radiohead TKOL RMX 1234567. Quelle surprise, je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher un petit cri bien senti, genre un “hiiii” assez coquin pour faire frétiller les soutifs. Car je l’attendais à mort ce TKOL RMX 1234567 (que l’on va appeler juste rmx à partir de maintenant hein, je n’ai pas envie de taper la colonne de chiffres toutes les deux lignes)
Pourquoi être aussi impatient à la sortie d’un LP remixé, alors que 95% des Lp remixés m’emmerdent habituellement ? Parce que Radiohead, (et notamment Thom Yorke) que l’on sent assez proche du Uk et de l’electronica-nu-abstract, avait annoncé une sélection affolante pour ces remix, entre pointures (Caribou, Modeselektor, Four Tet, Mark Pritch, Nathan Fake…) et nouveaux espoirs Uk qui déboitent sévère actuellement (Brokenchord, Jacques Greene, Altrice, Blawan…) mais qui ne sont strictement présent que sur des Ep vynils introuvables ou des rips youtubes. (En plus de bonhommes déjà en ligue 1 comme SBTRKT, Actress, Lone et Jamie xx). Ah oui, sinon, j’attendais pas mal ce TKOL remix aussi, car même si les Ep sortent graduellement depuis 6 mois, vendre chaque Ep 2500 yens (il y en a 7), c’est clairement se foutre de la gueule du FMI.

Le packaging mérite son petit paragraphe, car c’est encore une fois dérouille, avec deux artworks circulaires centraux assez classes, et une frise dépliante exposant les artworks des ep vyniles composant ce TKOL RMX, et un très long texte expliquant et décomposant les remix présent dans la galette. Ce qui semble super intéressant, mais incompréhensible pour ma pomme, pour faute de grosse flemme dans mon apprentissage des kanjis, chose la moins sympa sur terre après les cocktails de verre pilés. On apprend aussi que c’est encore et toujours produit par Mr Godrich, et que 1234567 c’est parce qu’il y a eu 7 ep (j’ai cherché longtemps, oui). Le tracklisting pourra interloquer lui aussi, car pas de réelle cohérence vis à vis du disque original.
the pack
Commençons par le premier disque. Qui déballe des remixeurs moins obscurs que sur la seconde galette. Et il débute méchamment, alignant de sacrés trésors. Caribou s’empare de Little by Little et lui donne une consonance Hiphop pas piquée des hannetons, tout en gardant ce coté émo-cristallin à fleur de peau cher au canadien, grâce à une petite harpe. C’est posé, presque minimaliste, et assez long pour faire de l’effet en plein milieu de la nuit.
Mais c’est Jacques Greene (je ne cache plus mon amour pour ce mec) qui se taille la part du lion sur ce disque, avec un remix absolument superbe de Lotus Flower. Remixer ce dernier, ça a du lui filer des sueurs froides, tant le morceau était l’une des indiscutables reussites du Lp de base. Et bien, le bonhomme s’en est sorti comme un pro. Tu sens déjà, avec l’arrivée des synthés, de la voix de Thom noyée au loin, que cela va être une track démente. Le tout prend de l’importance, tranquillement, sur plus d’une minute. Mr Yorke se met à chanter avec assurance. Toujours des synthés. Des petits bleeps pour seuls métronomes. Et van, voilà que déboule un rythme Uk garage parfait, rond, discret, parfaitement dans la lignée de l’excellent The Look ep du remixeur. C’est toujours assez neurasthénique, on sent que le morceau va craquer à un moment, et c’est un break lunaire, à chialer, avec paraboles de claviers magnifiques, que le morceau prend son envol. L’arrivée du rythme plus appuyé m’a littéralement arraché la colonne vertébrale à la première écoute, et les lyrics sont coupés et callés sur les rythmes pour te broyer la gueule et te rendre minable. Ca n’arrête plus de monter, je veux entendre ça en club à 4heures du mat’, c’est carrément l’un des plus beaux morceaux de 2011. On va me jeter des gros parpaings, mais je trouve que Jacques Greene subjugue même l’originale avec cette refonte. Un putain de diamant.
Mais le petit jeune du dessus n’est pas le seul à faire mal à l’âme avec ses machines, et le maitre Nathan Fake déboule avec ses mélodies en apesanteurs pour un Good Morning Mr Magpie qui ne révolutionne pas l’original en en gardant l’ossature, mais se la joue la aussi electronica mélancolique qui affole par sa mélodie et un final épique à te dresser les cheveux sur la tête tellement que c’est beau et mortel et dingue et absolu. Autant dire que l’âpre et rachitique remix du même morceau par Pearson Sound Scavenger fait franchement la tronche à coté. Un peu plus loin, dans le domaine des bonnes réussîtes, notre bien aimé Lone donne un coup de fouet à un Feral (lone rmx) qui en avait bien besoin, et transforme la digression chelou de The King Of Limbs en énorme piste techno Ibiza qui va vite partir dans les claviers “crise de mélancolie sur serviette de bain à la plage” que Lone maitrise si bien. Le morceau aurait pu se faufiler sans problème sur son dernier Emerald Fantasy Tracks. Du bon boulot.
Mr Four Tet a lui aussi eu du challenge en voyant se faire refiler la transformation de Separator, conclusion parfaite du disque original. Et il s’en sort drôlement bien sur cet exercice, avec un morceau qui ne part pas des kilomètres de l’original. L’anglais renforce le coté gloomy de l’original, plonge le morceau dans les échos. Lenteur, balade dans les fonds marins, on avance à l’étouffée, entre guitares slow-motions, rythme fourmillant et un Yorke encore plus désabusé que de coutume. Mais le pic émotionnel de Separator, c’etait cette coupure magnifique, incroyable, avec cette guitare à écraser le palpitant. Et bien… Four Tet décide de ne pas utiliser cette mélodie. Etonnant. Au lieu de cela, le monsieur plonge le morceau sur un rythme caverneux que n’aurait pas renié le Mezzanine de Massive Attack, (j’ai cru à un sample à la première écoute) pour une longue conclusion hypnotique. C’est superbe, et même si l’on cherche la mélodie originale du Separator un peu partout, (parce que l’on avait revé d’un remix reprenant cette mélodie ultime avec des violons, des gens qui pleurent et autres sonorités qui auraient pu sauver le monde) on ne peut qu’admettre que la refonte s’en sort plutôt bien.
Pour finir sur le premier disque, on ne peut être qu’étonné par Mark Pritchard, présent deux fois d’affilé sur le même morceau Bloom, et son choix d’éradiquer ce qui faisait la beauté de la track, aka sa mélodie cristalline. Sur le premier remix, Pritchard se la joue aquatico-gothique, et c’est pas franchement ma came, et sur le deuxième, on le revoit ben enragé, pour une attaque electro-frontale qui n’a franchement pas grand chose à voir avec le titre original, si l’on excepte les glapissements de Yorke bousillés dans cette charge un peu trop enlevée.
Disque 2 donc, et là aussi, il y a de quoi trouver son bonheur. Thriller Houseghost (jamais entendu parlé de ce type) file un petit coup de fouet techno à Give Up The Ghost. En fait il paraît que c’est Actress & Lukid qui sont derrière cet alias, et là cela me parle déjà plus. Tout en progression là aussi, le morceau fera le bonheur de nuits trop blanches. Mais mais mais, c’est clairement Brokenchord qui va sublimer Give Up The Ghost avec un remix sublime (décidemment), qui, à l’instar du Jacques Greene, m’a complètement ramoné l’âme. Le Thom Yorke est noyé dans une cathédrale de synthés à chialer sa maman, un rythme Uk ultra appuyé qui fait trembler les murs, et un coté grandiloquent-dépressif qui va te donner envie de sauter par la fenêtre parce que voler au dessus d’une ville la nuit, ça a l’air d’être franchement sympa. Et quand, au milieu du morceau, Brokenchord décide enfin à laisser Yorke aligner plus d’une syllabe, c’est à tomber à la renverse. Ne cherche pas la lune, c’est un réverbère. Le final façon gospel saccadé te finira à coup de pompe. Et comme pour Jacques, on ne se lassera pas non plus de dire qu’il faut absolument écouter les deux derniers Ep de Brokenchord, parce que le type est un futur grand.
Illum Sphere (une découverte) s’attaque à un Codex pas assez présent dans cette compil’, et transforme la balade piano tire-larmes originale en longue montée 2-step enfumée, avec du vocodeur, tout en gardant les violons à crever de l’original. La relecture est tellement belle là aussi, le mec s’en sort méchamment bien. Même constat pour Altrice, qui fait du lego, et semble prendre Codex et Give Up The Ghost (voir d’autres morceaux ?) pour filer un remix qui commence d’une façon presque candide, piano house sous lexomil, avant que le tout tombe très progressivement sur un terrain désolé, où plus grand monde ne vit. Le piano s’efface, un “don’t hurt me” cajole avant de presque faire flipper, et les violons te prennent à la gorge.
Au rayons des remix sympas mais pas inoubliables, Shed éjecte un remix tout claudiquant de Little By Little, qui prend du temps pour démarrer, mais qui claque bien au final, et Modeselektor qui déçoit un peu avec le Good Morning (Modeselektor rmx) assez efficace, mais pas aussi beau et profond que pas mal d’élèves cités au dessus. C’est le seul moment “club” de ce TKOL RMX, qui permet de pimenter un peu le tout. Pourquoi pas. Le Separator (Anstam rmx) et sa ligne rythmique complètement craquée sera loin de la magie de celui de Four Tet mais donnera aussi un petit coté déstructuré salvateur à la compile.
Le morceau Bloom reviendra encore 3 fois sur cette deuxième galette, avec plus ou moins de réussite. Blawan (un mec mortel lui aussi), va sacrement secouer les enceintes avec un Bloom (blawan rmx) qui fera la part belle à un rythme pachydermique, ultra violent. Comme pour Pritchard, difficile de trouver une réelle filiation avec le morceau original (si l’on excepte les voix), mais cette refonte est tellement jouissive que l’on ne pourra pas bouder notre plaisir. Le Bloom (Objeckt rmx) hésitera constamment entre la charge frontale et l’experimental quasi Autechrien, pour un resultat plutôt convaincant. A dire vrai, c’est clairement Jamie xx qui se paie la grosse déception de la galette. Le remix de Bloom par ce mec, ça devait être un truc hallucinant, à sublimer la mélodie folle, à balancer des rythmes dingues. Et bien non, allez voir ailleurs, le Bloom (Jamie XX rmx) n’est qu’une vignette ambiant de 2min30, très belle mais sans intérêt. Prendre le parti de faire un truc beatless accès sur les échos et compagnie, c’est bien, mais il faut faire courir ça sur 6 minutes. Bref, au lieu d’un remix, Jamie refile un interlude, et c’est vraiment dommage. (En gros le radio rip que l’on pensait incomplet qui tournait depuis quelques semaines, c’était bien le morceau complet, et on en est désolé).
Heureusement, le Lotus Flower (SBTRKT rmx) relève franchement la barre, et cette autre tête du nu-uk balance un vrai tube faisant parti des bombes absolues de ce TKOL RMX. Ca commence d’une façon franchement lugubre, mais le morceau va vite partir dans un délire Garage imparable avec des synthés affolants, et un break qui va partir sur un truc beau comme la mort. Excellent.
On s’étonnera de la part des remixeurs de la propension à ne pas prendre les plus belles choses du Lp (guitare de Separator, bleeps de Bloom, break de Morning Mr Magpie…). On s’étonnera des choix de tracklisting un peu déséquilibrés, avec un seul remix de Feral (qui en avait pourtant bien besoin) ou Codex, mais carrément cinq de Bloom. On ne s’étonnera par contre pas du choix des artistes ici presents, fait avec une intelligence rare. Intelligence, car au lieu de faire de TKOL RMX une simple compile de remix partant dans tous les sens en fonction des invités, Radiohead imprime ici une parfaite direction au disque, fortement Uk-garage-abstract-electronica. Un genre qui convient d’ailleurs tout à fait au disque original, déjà bien gloomy et neurasthénique. Mais qui enfin, peut se targuer autour de rythmes lourds et appuyés, sonorité inexistante sur The King Of Limbs.
Alors forcément, ça va gueuler, parce que toucher à Radiohead, c’est pécher. Mais non, ce disque n’est pas de la vulgaire techno (comme on l’entend souvent dire chez les amateurs de groupes affiliés rock qui se voient remixés). C’est du putain de Uk racé, de l’electronica flottante, de la musique avec des mélodies qui t’arrachent la gueule. Evidemment, il y a des hauts et bas, des remixes un peu ratés, un peu décevants, qui loupent le coche. Mais les refontes de Jacques Greene, Nathan Fake ou Brokenchord touchent tellement au sublime qu’elles ont failli me faire chialer. Une presque quinzaine de remixes sont excellents, et c’est inespéré pour ce genre de compil’.
Car en plus de filer une compile de remixes d’une qualité dingue, qui pourrait aisément se classer dans les albums de l’année au vu de certains morceaux, Radiohead balance, indirectement, un des meilleurs disques de Uk Garage et affiliés, car réunissant des remixeurs d’un même mouvement attablés autour d’un projet commun. Et c’est quand même marrant, car même là où l’on a galéré pour trouver un album 2step-Uk décent, long et complet depuis le renouveau du genre, voila que deux bombes sortent de nul part en 2011 : Un disque perdu venu directement d’Australie, Seekae, et une compil’ de remixes pour Radiohead.
Bref, un TKOL RMX 1234567 indispensable pour les amateurs de Uk Garage et affiliés.
Radiohead – Give Up The Ghost (Brokenchord rmx)
Radiohead – Lotus Flower (Jacques Greene rmx)
19 Titres – Hostess Recording
Dat’
This entry was posted on Sunday, September 25th, 2011 at 11:24 pm and is filed under Chroniques. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
Powered by WordPress v 3.0.3. Page in 0.199 seconds.

Need *_*
Tout à fait d’accord avec toi, tu trouves les mots qui me manquaient pour décrire ce merveilleux remix de Green. Et le reste aussi. TU déchires !