The Field – Looping State Of Mind


Et de la répétition de certains mots



Malgré ces volutes doucereuses et ses horizons bien loin d’être agressifs, The Field reste pourtant un des musiciens les plus difficiles à écouter pour pas mal de gens, à cause de la surdose de boucles, de samples et saccades tournant ad-vitam eternam, donnant l’impression annihiler le temps et d’écraser les synapses. Dans l’art de rendre fou avec 3 secondes de musique, il y a la Juke (Come on, come on, come on, come on, come on, come on, baby I luv, come on, come on, come on, come on, baby I luv, I luv, I luv, baby I luv…) et The Field. Trop de drogues, crise de panique ouatée ou video de rave youtube regardée avec une connexion 56ko, le premier album du Suédois avait pourtant une aura assez dingue, dose musicale hypnotique similaire à un lavage de cerveau couplé à une balade dans les nuages. (Une overdose médicamenteuse quoi). Difficile d’encaisser tout le disque, mais certains morceaux étaient de vrais diamants, pour former un des Lp qui avait le plus tourné dans mon discman en 2007. Je crois même avoir commencé un article sur le disque à l’époque, mais je ne savais pas par quel bout le prendre : projet avorté. Son successeur ne m’avait par contre pas franchement emballé, passé la superbe reprise de Everybody’s gonna learn sometimes. Pourquoi ? Difficile à dire. Moins touché par le contenu peut-être. Trop succinct niveau tracklist aussi, et ne pas accrocher sur 2 morceaux éliminait d’emblé 30% du disque. Restait une approche de la techno assez fascinante et un coté épique encore plus poussé.

3ème livraison donc, et si le bonhomme semble toujours avoir le pouce bloqué sur la fonction loop, il semble ouvrir un peu plus la recette, et semble d’embler viser les grands espaces.








Et si The Field n’a pas délaissé son amour des boucles, ces dernières semblent moins appuyées, plus doucereuses. This Is Power, on le sait dès la première seconde, ça va être mortel. Parce que le Suédois fait des morceaux de 10 minutes avec 3 secondes de musique, mais il choisi les bonnes. La boucle est mortelle, un peu trance, un peu club, un peu shoegaze, un peu épique. Batterie au semblant techno qui se fait vite plus complexe. Et surtout cette ligne de basse dingo, qui déboule très rapidement dans le morceau, pour le laisser se dérouler sur de longues minutes. Sans changement brutal, avant que le tout glisse sur une partie plus glauque et menaçante, puis que la partie principale revienne à la charge histoire de caresser gentiment la colonne vertébrale.

Et si je parle de Shoegaze, ce n’est pas pour rien. Car notre Suédois s’accoquine de plus en plus avec cet electro-rock-brumeux sur ce nouvel album. Et sur It’s Up There, c’est un peu l’orgasme auditif. Avec cette grosse boucle de gratte qui s’envole, ces chœurs-synthétiques-claviers ( ?) hachés, ce côté Techno qui flingue les hanches. Le truc gagne en puissance, greffe les éléments un par un, lego musical, basse qui déboule, ça devient beau comme tout, avec tous ces lignes planantes à l’horizon, et ce beat putain, qui te donne envie de claquer des doigts en fumant une clope sur une terrasse au 20ème étage d’un immeuble qui surplombe la ville même si tu ne fumes pas et que tu habites au rez-de-chaussée. Ce morceau est magnifique, ça n’en finit pas de monter, c’est super planant mais ça pue le béton et les rues crades dans le même mouvement. Voyager dans un club, se taper un trip sous les néons. C’est la chute sur le matelas après 1 nuit sans pioncer, ce moment avant impact, où te sens voler, béat. Ca pourrait durer des heures, c’est absolument mortel, ça faisait un bail que je n’avais pas entendu un titre aussi planant et bien tenu. Et surprise, le dernier quart du morceau va filer vers une nu-disco terrible, dont on pouvait en entendre les prémices dans la première partie. On oublie le mur de guitare en mouvement perpétuel, place au rythme claudiquant et imparable pour les deux dernières minutes. Du grand art.




Toujours Techno-Shoegaze avec Burned Out, tout aussi brumeux, moins évidente que la piste précédente, mais revêtant un manteau encore plus duveteux. Guitare loopée, quinze couches de synthés différentes, voix fantomatique qui lâche quelques exclamations, petits larsens incontrôlés, et gratte électrique qui va balancer un riff à chialer. Tous les morceaux du dernier The Horrors passés les uns sur les autres après avoir avalé une boite de Donormyl. Le morceau titre, Looping State Of Mind, fera aussi le taff à base d’electro éclopée sur plus de dix minutes, avec des montées à t’arracher l’aorte. Epique mais drogué, tout en circonvolutions mais apaisé. On ne sent presque plus les boucles, ça se déroule et coule dans tes esgourdes avec grâce et prestance. Pour un exercice à la The Field des Lp précédents, Arpeggiated Love en contentera plus d’un, avec des saccades et loops plus appuyées. C’est toujours aussi hypnotique, les petites voix qui ne susurrent qu’une demi-seconde sont tire larmes, la mélodie cristalline et les synthés façon Blade Runner te cassent le moral. Le tout sur presque 11 minutes, avec une fin dingue. Largement le temps de te voir mourir. Et d’apprécier le voyage.

Mais le Lp pourra aussi présenter une facette plus calme, où la rythmique et les textures mille-feuilles s’effacent presque totalement face à la mélodie. Then It’s White est sublime, belle à chialer, avec cette mélodie au piano qui répond à des voix tournant en boucle dans nos oreilles, lente dégringolade dans le vide entouré d’anges. Allez, il y a bien un beat feutré, qui donne la marche, mais ce n’est pas ça qui flingue, c’est l’arrivée des cordes synthétiques, c’est la mélodie de fond qui siffle timidement, c’est les voix qui se dédoublent, qui t’entraînent vers le fond. Un petit diamant. Sweet Slow Baby porte bien son nom, et l’on restera là aussi tapi dans la caverne de glace, bien qu’un peu plus secouée par un métronome roulant. Ca progresse moins que le reste de l’album, moins entraînant surtout mais c’est tous aussi planant et parfaitement mené.





The Field m’impressionne avec ce nouveau Lp, malgré une recette un peu éculée. Plus qu’impressionné, fasciné conviendra mieux. Car si ce Looping State Of Mind ne semble pas aussi marquant que son premier Lp, il se tient bien mieux dans sa globalité, et n’ayant pas de réel ratage dans le tracklisting. Il s’encaisse mieux aussi, car beaucoup plus riche et détaillé, effaçant complètement l’aspect répétitif que l’on pouvait reprocher au Suédois. L’affinité de l’auditeur envers certains titres et pas les autres sera vraiment subjective, et dépendra de chacun, que l’on accroche plus sur l’exercice mellow de Then It’s White, la techno imparable de This Is Power ou la rampe de lancement brumeuse It’s Up There qui t’envoie directement baiser dans les étoiles. C’est beau, bien construit, ça regorge de détails, peut être trop pour certains, vu que les titres sont de vraies cathédrales, couches sonores empilées jusqu’à overdose. The Field choppe une approche légèrement plus shoeagaze aussi, et ce n’est pas pour me déplaire. C’est parfait la nuit planté devant son ordi, c’est le disque des marches nocturnes, des soupirs post-coïtaux, des divagations sous somnifères, des retours par le dernier métro et surtout des paysages qui défilent, le nez collé contre la vitre d’un train de campagne. Bonheur.






The Field – It’s Up There





7 Titres – Kompakt

Dat’

Facebook



  • Share/Bookmark
  1. Mmarsupilami Says:

    Vraiment très bon! Ca s’apparente par moments à une fusion contre nature entre Klaus Schulze et des sons basiques funk ou tambours du Bronx. Autrement dit, tout est là pour que ça ne passe pas car la porte est ouverte à la vulgarité. Au contraire, c’est plutôt subtil et, surtout, fascinant quand on est pris, il devient difficile d’en sortir! Je partage complétement, le choix du mot “fascinant”, voire peut être même hypnotisant ou envoutant…

  2. Processus Monomaniak Says:

    Très belle chronique, avec en point d’orgue la partie sur “It’s Up There”. Le côté épique de ce morceau me rappelle l’excellent album de Darren Price , “Under The Flightpath”, un bijou mésestimé de 1997. Je vais écouter d’autres titres mais je crois bien que je vais me laisser tenter par l’achat de cet album.

  3. Aeneman Says:

    Vais m’écouter ça…merci de la chro monsieur! 😉
    Ça roule par le Japon j’espère?

  4. Benjamin F (Playlist Society) Says:

    Oui, il est très bien ce nouveau The Field. Joli texte as usual.

  5. Dat' Says:

    Mmarsupilami ==> hey bien je ne connais pas vraiment Klaus Schulze, mais sa disco est impressionante… ! Un disque conseillé pour commencer?

    Processus ==> hey bien je ne connais pas ce Under The Flightpath de Darren Price non plus ahah ! mais ta description donne envie, je vais aller voir ça aussi !

    Aeneman ==> Et bien j’espère que tu vas apprécier ! Le Japon, ça va, beaucoup mieux. Il fait juste ultra-chaud, ce qui est embetant vu que mon Air Cond a rendu l’âme ahah.

    Benjamin F ==> Merci !

    Dat’

  6. Mmarsupilami Says:

    Oh, je disais Klaus Schulze pour parler des planants allemands un peu pompiers et cathédrales.
    Tout ça est tellement vieux!
    J’ai plus écouté ce genre de vieux machins depuis vingt ans, mais les meilleurs sont probablement à chercher dans les premiers : Irrlicht et Moondawn…

  7. Noiz' Says:

    Ayant la première galette du monsieur, je vais essayer de me trouver celui ci… It’s Up There est une parfaite tuerie, en tous les cas !

  8. The Field – Looping State of Mind | Le Classement des blogueurs – CDB 2011 Says:

    […] : Chroniques automatiques, Consequence of […]

  9. m-salami Says:

    Super l’article, et merci encore pour une bonne pioche, album vraiment cool !

Leave a Reply