Ametsub – All is Silence


King of the ants



Si la musique électronique japonaise continue de tranquillement se scléroser en magasin et de perdre en qualité à tel point que cela rend les rayons de disques minés par 90% de bouses, il reste néanmoins de sacrés représentants d’une électro belle, racée, et parfois (de plus en plus rarement) radicale.  Si la mort de Rei Harakami a laissé un gros vide, et résulte toujours, 1 an après, d’hommages inamovibles dans les magasins (à l’instar de Nujabes), des mecs comme Aoki Takamasa, Joseph Nothing, Himuro Yoshiteru ou Goth-Trad continuent de bien secouer le pays, tout en trouvant un relatif écho dans les contrées éloignées.

Le nippon Ametsub avait frappé un grand coup en 2009 avec The Nothings of the North, album d’electronica éthérée tirant vers l’ambiant. La recette glitch vs ambiant vs piano pouvant paraitre faisandée, mais l’album tenait plutôt bien la route, avec de superbes titres (66, Off road 264, Peaks Far Afield…) qui contrebalançait quelques fresques profondément chiantes. Ametsub était capable du meilleur comme de l’anodin, mais se posait quand même largement au dessus de la mêlée quand la recette prenait. Cette nouvelle sortie, All Is Silence, ne pouvait que créer l’évènement dans le cœur tendre des adorateurs d’electronica made in Japan.









Le packaging est toujours aussi classe, assez proche dans le design du LP précédant, et nous apprends qu’Ametsub est un sacré globe trotteur, ayant enregistré son album entre Tokyo, Reykjavik et Madrid. Les amateurs du bonhomme reconnaitront directement la patte du japonais sur la majorité du disque. Pourtant, on peut clairement affirmer qu’Ametsub a un peu ouvert sa musique, et ne se limite plus à ses gammes trop bien étudiées.

Après une excellente intro presque abstract, Rufouslow débutera l’album de façon aérienne, entre cliquetis expérimentaux et nappes ambiant, pas loin d’un vieux Autechre. Le Japonais ne s’empêche pas de parasiter ses morceaux avec des complaintes d’androïdes qui hululent aléatoirement sur le morceau. Si le morceau est loin d’un grand huit, le tout est d’une richesse dingue, ça fourmille de détails, et les petits changements mélodiques sont légions. Blotted Out commencera de façon presque éteinte, avec une mini harpe electro fragile et litanie cristalline, pour un morceau presque aquatique. C’est comme écouter un ancien Warp la tête sous l’eau, à se laisser bercer par les synthés et les bugs sonores. Mais au moment de boire la tasse, après un break slow-motion qui étouffe et te laisse lentement couler vers le fond, le morceau se soulève, et part dans un shoegaze de folie, à base de grosses nappes émo et échos qui te prennent la gueule pour te la coller chez les anges. C’est d’une beauté folle, tout en restant extrêmement dosé et subtil. Un tour de force, lumineux.

Muffled Blue n’aurait pas été renié par Plaid, avec sa mélodie mi-cristalline mi-piano, enchevêtrée par les bleeps et glitchs electronica chers à Ametsub. Si le piano un peu convenu du départ fait penser aux anciens exercices du Japonais, le fait que le tout se face bouffer par ces roulements fragiles porte le tout, et vole les cœurs. Cloudfall donnera l’impression de se balader dans les nuages, avec un rythme plus sec collé au cul, d’étranges bleeps qui rongent graduellement la structure du morceau, et une mélodie aérienne superbe. On aura même le droit à du vrai ambiant pur jus avec Sun Of Madrid, où seules des synthés languides guideront les tympans. Reste qu’Ametsub limite cet exercice à quelques rares moments du LP, ce qui n’est pas plus mal. Seul le bien morose Lucent n’arrivera pas raiment à convaincre.



Car le Japonais offre une facette un peu plus dansante et rythmée sur ce nouvel album, offrant une respiration salutaire et une diversité qui manquait peut être un peu à son précédant essai. L’exemple le plus frappant est évidemment Precipice Drive, techno dépouillée mais malgré tout épileptique, avec un rythme binaire qui va tabasser des synthés giclant de toute part. C’est comme se pointer dans une rave la tête encore embouée par une nuit sans sommeil : Le beat est étouffé, et laisse la mélodie se dévoiler, déployer son squelette et vriller sous les bugs et assauts discrets d’Ametsub qui s’amuse à casser la structure du titre. C’est superbe, cela aurait pu se caller sur un Oversteps sans soucis, et la dernière minute qui part dans un shoegaze mélancolique finira d’achever les plus réticents.

Vestige for Wind Day est un putain de monument, avec une première partie sublime, mélodie à te décrocher la colonne vertébrale, une putain de ligne qui copule avec un rythme nécrosé, bourré de soubresauts. Tu sais que cela va être un grand titre, que cela rivalise avec bien des acteurs historiques de l’electro mondiale, quand le morceau change doucement de direction, et part dans une techno hypnotique, très émo, avec des synthés qui rampent en chialant leur mélancolie. Le tout part dans une course au ralenti, on se demande ce que veut fuir le morceau, ça ne s’arrête plus, les synthés et effets sonores tombent en slow-motion sur nos têtes, les balles ambiants frôlent les oreilles, une réussite absolue. Dimmur ressortira aussi le pied techno, pour une mélodie fragile faite de clochettes et d’arpèges fascinants. Pas de changement brutal, pas de construction échevelée, une simple et belle progression envoutante. Over 6633 balancera la même recette, en plus expérimental, avec des arpèges synthétiques qui n’en finissent plus de s’enrouler autour de chants d’oiseaux, le tout plongé dans une purée de pois, un vrai brouillard sonore qui n’est pas sans rappeler les exercices d’Actress sur son dernier disque. Avec beaucoup plus d’émotion, de détails et de poésie.





Le Japonais Ametsub, sur ce nouveau LP, impressionne par son sens du détail. Chaque morceau recèle de synthés, de mélodies cachées, d’anfractuosités, et surtout de surprises. Et ce sont ces surprises distillées tout au long de l’album qui le portent, qui donnent une richesse impressionnante au LP, et détachent ce dernier de la majorité des disques ronflants du même genre.

En injectant un coté plus direct et plus techno à son disque, Ametsub sublime son All Is Silence, et évite de rendre une copie similaire à son LP d’il y a 3 ans. Car même si l’univers est semblable, il y a un monde entre The Nothings Of The North et ce All Is Silence. Ce nouveau disque est plus beau, plus varié, plus riche, plus mélodique et se pose comme l’un des indispensables de l’électronica 2012. Un petit diamant.







Ametsub – All Is Silence (album sampler)






12 Titres – Nothings66 Records

Dat’

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  1. Neska Says:

    Ahhh mais je déteste les “album sampler” !!! C’est à te dégoûter d’un disque je trouve..

    M’enfin bref, passons. Perso, je connais pas du tout hein (ce qui me donne par ailleurs bien envie de me pencher vers toute cette scène jap’ electro, qui est tout de même assez peu accessible, si ce n’est sur les Chro’ Auto et qq autres sites). Mais ta chronique donne plus envie que ce qu’on peut entendre ici. Le tout m’a l’air quand même plus ambiant qu’électro, surtout que je suis en train d’écouter (sur tes conseils plus hauts) “Peaks Far Afield”, qui pour le coup est complètement torturé-j’écoute-ca-la-nuit-en-pleurant.

    Ca m’a tout l’air d’être (encore) une bien belle découverte hein ^^

    A tchô !

  2. Dat' Says:

    Oui c’est pas génial les album samplers, d’autant plus que là ya max 15 secondes de chaque morceau…
    Mais il n’y avait que ça pour donner une idée du disque, aucun morceau n’est sur youtube ou soundcloud pour le moment, donc bon… Il represente bien l’album en plus. Et j’éditerai le cas échéant. Ca devrait se décanter lors de la sortie en Europe.

    Peaks Far Afeild est très beau, mais vraiment, pour découvrir Ametsub, commence par ce nouveau disque !

    dat’

  3. Ahm Says:

    enfin reçu et écouté ce CD et, effet de l’attente sans doute, jdois dire que jai été un peu déçu. J’ai beaucoup aimé et ptet que quelques écoutes supplémentaires aideront mais au premier abord jtrouve le “progrès” entre son premier et deuxième album plus important qu’entre le 2ème et 3ème (celui-ci). Pour ce qui est de Vestige for Wind Day, c’est une reprise d’un morceau qu’il avait pondu pour une compil de charité pour fukushima (“Wind Day”) et jtrouve l’original franchement au dessus.. plus direct, plus impérial et impérieux.. Bref, merci pour cette belle chronique une fois de plus

  4. Ahm Says:

    http://aus-ametsub-miyauchiyuri.bandcamp.com/
    la webcompil en question

  5. Dat' Says:

    Ahm ==> Effectivement, il n’y a pas une énorme évolution entre le 2eme et le 3eme opus, mais elle reste quand meme assez notable. Je préfère ce 3eme, plus complet, plus abouti, et surtout moins “glitch vs piano vs ambiant”

    Pour Vestige for Wind Day, je ne savais pas, et effectivement, cette premiere version est très belle, merci pour le tuyaux !

    dat’

  6. Tai game quy chien tam quoc Says:

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