Andrew Bayer – It’s Artificial


English Breakfast



Alors certes, cet album était déjà placé dans le Top 2011. J’en avais parlé un peu, vite fait, car ce disque avait marqué mon année, mais n’avait pas fait l’objet d’une chronique dans ces pages, comme des tonnes d’autres sorties oubliées. La flemme, le manque de temps, le manque d’envie, Fukushima ou les oreilles rayées, je ne me souviens plus de la cause.  Mais ça arrive, et bien trop souvent. Vu que mes Tops sont un peu trop fleuves, ce disque, dont pas grand monde n’avait parlé l’année dernière d’ailleurs, pouvait passer inaperçu entre les bombes balancées par Seekae, The Weeknd ou Kuedo. Mais depuis quelques semaines, je ne sais pas pourquoi, je me replonge dans ce It’s Artificial que je n’ai pas quitté sur la deuxième partie de l’année dernière, à cause de certaines tracks proprement hallucinantes. Plus j’écoute ce disque, plus je me dis qu’il fallait cracher une petite chronique, juste pour le plaisir.

Et pour qu’Andrew Bayer, après m’avoir démoli l’échine en 2011, puisse continuer à distribuer des claques en 2012.








L’album assure musicalement un grand écart étonnant, mais loin d’être désagréable, imprimant une progression dans les styles musicaux, pour un produit final varié mais gardant une réelle identité sur tout le LP. On commence tranquillement sur Nexus 6, et sa longue intro ambiant. Piano clair, nappes discrètes, mélodie presque émo, on flotte au ralenti en tentant de se frotter aux nuages. On pourrait presque entendre une voix shoegaze à l’horizon. Mais au lieu de teintes éthérées, c’est un abstract glitch’hop d’enfoiré qui déboule et raye de la carte toute velléité de rêves ouatés. Le beat tabasse dur, les synthés s’enroulent, Nosaj Thing et edIT ne sont pas loin. Jolie tuerie pour toutes les nuques. Pourtant, Andrew Bayer n’oublie pas la légèreté de son intro, et ferra taire les beats pour un long break lunaire émo, laissant les synthés chialer dans les échos, avant de les tabasser une dernière fois par une rythmique qui n’en fini plus de se cabrer dans toutes les directions.

Très bon titre donc. Mais ce n’est rien à coté du phénoménal Dedicated To Boston’s Waste Management System, l’une des deux merveilles du disque. Putain, ce morceau… Tu sais déjà que tu vas chavirer avec ces violons émo, ces petites clochettes candides, cette mélodie qui te donne envie de courir dans les champs bretons une paille dans la bouche, comme quand tu avais 12 ans. La grosse baffe ?  C’est le rythme hiphop nickel, ultra massif. Il te brise la colonne vertébrale en une seconde, en un coup, comme une punition divine, le coup de fouet que tu redemandes encore et encore sur tes petites fesses rougies. Non mais sérieux, ce rythme n’est pas parfait ? Le truc qui te donne envie de headbanger, de lever les mains en l’air, de taper du poing, et de chialer ta mère dans le même mouvement. Ce beat, c’est allez relever les compteurs dans les rues de Miami avec ton lowrider rose fluo et tes chaines en or, tout en pleurant sur les lettres de ruptures de toutes tes ex réunies. Ah oui, tu as noté ces chœurs religieux qui filent la chair de poule ? Et bien il va se retrouver seul pour un break cristallin tout en retenu, avant que le rythme de folie revienne te tabasser jusqu’à la mort, te fasse pisser le sang directement via l’aorte. Et le pire, c’est que tu aimes ça. La fin est juste épique : c’est comme manger un Kebab avec Booba sur la muraille de Chine, c’est voir ton chat se faire écraser alors que tu es dans la piscine du manoir de Hugh Hefner, c’est genre aussi agréable que de te faire caresser les couilles par les battements de cils d’un ange à la tête bien placée.


Bon, c’est logique, à l’écoute de ces deux morceaux, tu te dis “putain, ça c’est un sacré album d’abstract hiphop / bass music, ce Lp d’Andrew Bayer est émotionnellement mouvant”. Ouai. Tu t’attends à une troisième saillie  déstructurée et pas piquée des hannetons. Et bien, rien de tout ça. Counting The Points te balance la meilleure intro de 2011, pour l’un des meilleurs morceaux de 2011. Une intro qui dure… 2min30, sur un total de 8 minutes.

Et là, on change complètement de délire. Tu as déjà pleuré sur de la Trance ? Tu aimerais qu’Aphex Twin fasse bouger les stades et mouiller les petites sœurs ? Tu voudrais que Tiesto se mette à faire de la musique que tu pourrais passer dans une église ? Ne cherche pas plus loin. Alors oui, l’intro donc : au départ, il y a que dalle. Puis une mélodie qui descend du paradis. Une mélodie ? LA mélodie. Un truc avec des synthés beaux comme la vie. Qui s’installent, s’enroulent, copulent, te donne envie de te tirer une balle dans la tête tellement c’est mélancolique. Mais vu que c’est trop beau, tu ne le fais pas, et tu regardes plutôt la ville mourir, la nuit, perché en haut d’un immeuble. Entre dans le Void. Non mais sérieux, c’est quoi cette intro ? Ce truc 50% trance, 50% analord, 100% épique ? 2min30, un petit piano arrive, un synthé plus agressif aussi. Le morceau commence vraiment. Là ce n’est plus une mégalopole et ses lumières que tu contemples, c’est carrément l’espace, les météores, le bigbang. Le rythme Techno déboule, tu te retrouves dans un putain de manga avec des couleurs pétantes, des néons qui explosent, des bagnoles futuristes qui violent les rues.

Ok, tu bouges la tête, tu as rangé le paquet de mouchoir, tu te dis qu’il est l’heure de danser, fini de pleurer. Tu te trompes. La mélodie de l’intro revient, et couplée au rythme d’enfoiré, ça t’arrache littéralement la tête. Ce passage, c’est la fin, c’est la mort, c’est la perfection. C’est un peu comme si le Pwsteal LdpinchD d’Aphex Twin était remixé par Armin Van Buuren. Oui, c’est bizarre énoncé comme ça, mais j’y crois à fond. C’est épique comme une charge spatiale, comme un immeuble qui s’effondre avec tous habitants qui se tiennent la main en pleurant. C’est le futur, c’est la décharge, c’est la pendaison. C’est Tokyo qui s’enroule sur elle même, c’est conduire à 200km/h dans un tunnel bardé de lumières rouges et jaunes, c’est se jeter par la fenêtre après une dernière fois avoir fait l’amour, c’est regarder un porno moldave sur un écran rétina.  Tu penses que la toute fin du morceau est un peu superflue ? Tu n’as pas tort. Mais ce n’est pas grave, il suffit de revenir au début pour te retaper un orgasme.





Alors forcément, après deux morceaux aussi grandioses, la vie va te paraître bien fade. Mais pas le reste de l’album. De toute façon, on va se repasser ses deux titres ad vitam eternam avant de continuer de découvrir le reste. Mais après ? Et bien, il faut compter sur Andrew Bayer pour assurer méchamment. Monolith porte bien son nom, il tape dans les 9min. Intro bien énigmatique là encore, mais on va vite taper dans la Trance progressive. On ne se cache plus. Fini les larmes, on veut bouger son petit corps. Bassline de salopard, qui grogne et gronde comme jamais, et qui te drague les hanches. Ca se cabre, ça vrille, mais ça n’explose pas. Le rythme te pousse les épaules de droite à gauche, les claviers laissent perler une bien belle mélodie. Mais tu attends cette putain d’explosion, au fur et à mesure que le morceau prend de la rondeur, emplie l’espace, grignote les murs. Mélodie fragile, le tout se tasse, prières et souvenirs radieux au programme. Et boum, on part dans le tube vicié, la bombe ravageuse, le truc qui se doit de passer en club à 4 heures du mat’ pour couper des jambes. Et dans le dernier quart, on lâchera les chevaux, à coup de murs du son, de mélodies cradingues et de rythme qui ne faiblit jamais. Ressentir les coups de règle sur les doigts durant les cours de math en CM2 ? Et bien c’est pareil, mais en dansant.

A Drink for Calamity Jane calmera le jeu, et partira dans une tech-house un peu plus deep, rêveuse et cotonneuse, à base de synthés fragiles et bourrés d’échos. On pourrait penser à un The Field sans les bugs de répétition, à un tunnel tout émo, qui part quand même dans un final tout aussi épique que ses potes du dessus. C’est juste plus aérien, plus rêveur, plus irréel. Andrew Bayer pense aux drogués, ce qui est sympa, et à tout ceux qui, sur un dancefloor, aiment avoir la tête plantée dans les nuages. Du beau boulot. On se retrouvera dans un délire similaire avec From The Earth, mais en encore plus émo, presque religieux, avec chœurs céleste, grosses nappes pleines de brouillard, et mélodie enfantine. Là encore, c’est drôlement beau. Tu as joué à Baten Kaitos ? Tu te souviens, la scène dans l’église, quand tu devais sauvegarder ? Bien joué, c’est un peu ça, mais remixé shoegaze-techno.

Alors forcément, en lisant ces pages, tu te dis que c’est un sans faute. Et bien, pas vraiment. Paper Cranes est sympa, assez tubesque, riche dans sa progression, et plutôt mélodique. Mais elle n’a pas la force des autres morceaux. Le tout semble un peu “forcé”, pas vraiment naturel. On n’est pas horrifié, mais on n’y retournera pas avec le plus grand des sourires non plus. Si on suit bien l’affaire, l’album commence en mode glitch-abstract hiphop, puis part sur de la Trance épique, pour se diriger progressivement vers une techno plus aérienne. Il fallait donc finir cette logique évolution par un morceau ambiant. La mélodie à base de clochette pourra en rebuter certains, il y a un coté “fêtes de noël” indéniable, mais l’ajout de synthés shoegaze et de voix que n’aurait pas renié M83 permettent au tout de clôturer admirablement l’album.






Alors voilà, c’est tout con, mais ce disque est complètement passé inaperçu à sa sortie. Et c’est bien dommage. Parce qu’il contient des titres absolument phénoménaux, avec en tête Dedicated To Boston’s Waste Management System et l’incroyable Counting The Points (le dernier Orbital à coté : pouet-pouet). Parce qu’il te file 50 minutes de musique à tomber, traversant les genres avec une aisance assez folle : Qui pourrait se targuer d’être playlisté par Armin Van Buuren, tout donnant envie aux Mc de poser sur ses tracks, sans oublier de draguer les amateurs d’electronica belle comme la mort ? Qui peut aligner dans le même album un morceau abstract quasi-parfait à faire rougir Clams Casino et une bombe dancefloor belle à pleurer ?

Le mec impressionne, étant pourtant relié par son label et ses connections à la Trance la plus putassière qui soit (ce qui n’est pas un défaut), arrivant à s’extirper de ce carcan pour accoucher de diamants, tout en gardant ce petit coté dance-épique qui fait le sel du mouvement enchainé à Ibiza et consœurs de fiesta. Bref, une chronique désintéressée pour un superbe disque de 2011. C’est peut être hors sujet, mais que voulez-vous, en cette semaine pluvieuse, j’avais besoin, juste un peu, de m’émerveiller.






Les deux mandales :


Andrew Bayer – Counting The Points





Andrew Bayer – Dedicated To Boston’s Waste Management System





8 Titres – Anjunabeats

Dat’

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  1. Choucroot Says:

    Je sais pas ce qui est le meilleur, lire Dat’ puis écouter, écouter puis lire, ou les deux en même temps. J’viens d’opter pour la troisième option, je m’en remets pas. Merci mon gars *clap clap clap*

  2. Jean-Do Says:

    Cet album ne me quitte plus depuis ton top 2011. A se rouler parterre de bonheur.

  3. mahl Says:

    La triplette ‘Dedicated … ‘, ‘Counting the Points’ et ‘Monolith’, cette montee en puissance sur les trois titres, ces basses improbables qui t’explosent a la gueule sur Monolith, c’est jouissif, tout simplement jouissif !

  4. Dat' Says:

    Oui c’est aussi mon top 3 du disque ! L’enchainement est parfait…

  5. SBX Says:

    Je ne ferai certes que paraphraser tout ce que vous dites, mais je suis sur la même exacte longueur d’onde et adule cet album qui prend je pense, de très nombreuses écoutes avant de pouvoir en cerner toute la profondeur, l’émotion.

    Je suis presque triste à l’idée que tant de monde ne puisse ouvrir les yeux, et goûter à cet album.

  6. Bronthor Says:

    le premier extrait m’a foutu une grosse tarte dans la tronche , bien planant et puis soudainement les basses et ce beat qui arrivent sans prévenir

    encore une super découverte , allez go Itunes !

  7. arno arno Says:

    c’est ici que tout a commencé pour moi…merci Dat’ !

  8. Noizanthrope Says:

    Comme Choucrout says, lecture textuelle & lecture musicale en même temps : orgasme.
    T’as un sacré talent, mec ! Merci !
    Encore un skeud à choper…

  9. Chesh Says:

    Bien après la bataille, merci pour la découverte, ça m’a troué le cul.
    Je reviendrais.

  10. Dat' Says:

    Ah yes, il faut toujours écouter cet album, ça me fait plaisir de voir ton commentaire !!

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