Two Left Ears – divAAAtion


I own Panem bitch, so call me Buttercup. I can wipe your hips with my cream if ya muthafuckin’ butt is up.



On avait laissé Two Left Ears en 2010, avec un album qui s’était glissé dans mon top de l’année. Superbe galette mi-abstract mi-IDM mi-8bits, avec quelques missives belles à pleurer (18ème ; Six Pack Of Dolls…). Si l’album était un vrai fourre-tout de styles, souvent au sein même d’un morceau, il jouissait d’une maitrise peu commune pour un premier LP. Autant dire que l’on attendait la suite avec impatience, afin de savoir si Two Left Ears allait tirer la couverture vers l’IDM mélodique ou quelque chose de plus direct et percussif. L’ep d’Extra Pekoe n’ayant pas forcément eu la force que l’on attendait après le 1er disque (et malgré un partagé fetishisme pour les filles à talons hauts), les questions restaient ouvertes sur ce *divAAAtion* à la pochette vraiment chelou.








Après une intro qui n’aurait pas fait tache dans un Caretaker, Marshmallow Lento e Largo déboule avec ses voix de diva parasitées, cette musique classique étouffée et une contrebasse nickel. Le morceau, pendant presque deux minutes, va laisser les textures se déplier, les chants perler, la mélodie s’installer. Histoire de bien nous faire comprendre que Two Left Ears ne badine pas avec la production, nous surinant le fait que chez eux, on sait bâtir des putains d’édifices sonores, de toute beauté. Un rythme abstract discret va intervenir et secouer le tout, doucement, sans jamais enlever le coté ouaté et suranné-ethéré du tout. C’est vraiment une petite fresque très belle, organique en diable, impressionnante dans la précision et le travail sur les samples. Organique ? Clairement : Meredith Palpite va offrir un abstract avec pour seul fil rouge des soupirs et expirations. Diablement hiphop et ultra sexuel dans le même mouvement, le morceau va se déplier pendant plus de deux minutes, avant de nous vriller l’échine avec des voix soul qui interviennent à l’horizon, chapeauté par un accordéon, transformant la complainte moite en grandiloquente pièce tire-larme. Ces voix, cette progression, cette apparition presque angélique fait tout le morceau. Entre 2min15 et 3min20, c’est absolument sublime, d’une classe folle, le plus beau passage de l’album. Puis le morceau s’éteint presque, ça sent l’Amérique, les vieilles Cadillac, le goudron et les radios cradingues. Clavier électro massif, nu-abstract qui tord le cœur, on part sur une deuxième partie plus anxiogène, tout aussi maitrisée. Avec ce morceau, Two Left Ears s’illumine, enterre son premier album, et une bonne partie des productions françaises avec.

Jay Divas, hommage à Dilla si l’on en croit le soundcloud du groupe, est le morceau le plus direct du disque, vraie pièce abstract hiphop jouissive, avec beat qui vrille et voix charcutées. Ca bute violemment, plus encore quand le morceau part dans une 8bit de folie, avec un rythme qui va casser plus d’une nuque. Le disque s’enchaine naturellement, et 1.1 optera pour une partition plus expérimentale, plus grésillant et saturée, malaxant toujours des samples de grande classe. Nosaj Thing n’est pas loin. Le shoegaze n’ont plus sur la conclusion, fin d’une jolie progression dans le brouillard.
On regrette que Prisma Im Prisma ne soit pas plus longue, simple interlude pourtant superbe, à la mélodie parfaite. Frustrant. Fuori Totto décollera les tympans, electro-shoegaze fantomatique, sans rythme, au final un peu dispensable même si plaisante. Sa longue mort débouchera sur le très beau Fur Die Isolierung And Goodbye qui reprend un peu la mélodie de l’interlude du dessus pour un abstract racé, ultra émo et imparable, comme si Cyann&Ben se coltinait Abstract Keal Agram le temps d’un morceau.





Cet album trop court et incomplet (décidemment…) impressionne pourtant grâce à un travail sonore et une qualité de production irréprochable (voir mirifique sur certains morceaux). Les mecs ont peut être deux oreilles gauches, mais pas deux mains inhabiles pour ce qui est d’utiliser leurs machines. Les 10 morceaux brillent tous par leur coté cathédrale, matiné d’abstract qui drague directement les nuques. C’est souvent beau, parfois jouissif, et parfaitement branlé dans les diagonales. En creusant ce coté abstract plus que l’IDM du premier Lp, Two Left Ears pourrait à terme se tailler un morceau de choix dans le paysage electro français.

Il aurait juste fallu deux ou trois morceaux de plus à ce très bon *divAAAtion* pour se transformer en grosse claque. Promis, on tendra la joue avec plaisir lors d’un éventuel troisieme album.















9 Titres – Two Left Ears

Dat’

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  1. mr patate Says:

    belle découverte et belle chronique, merci :)

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