Woob – Have Landed


Something wicked this way lands



Qu’est devenu Woob depuis une bonne dizaine d’années ? A dire vrai, je ne me souvenais même plus de ce type jusqu’ à ce qu’un pote m’en parle avec des yeux brillants. Pourtant Woob faisait parti, il y a plus de 15 ans ( !!) des incontournables de l’electronica/ambiant. Mais n’avait quasiment rien sorti entre 1995 et 2010. Un retour en catimini il y a deux ans, avec un album et une BO presque coup sur coup. Que je n’avais pas écouté évidemment, tant ces sorties s’étaient faites discrètes. Bref, mon pote me somme d’écouter Woob, et je me rend compte avoir un très vieux LP du bonhomme, Woob 1194, que j’avais du chopper je-ne-sais-comment, pour l’écouter dans ma période de boulimie musicale, avant de l’oublier complètement. Pourtant l’anglais faisait parti des figures incontournables de l’electronica, en ayant sorti deux albums sur le label de legende em:t, spécialisé dans l’ambiant bardé d’artworks animaliers. Mais il était peut être plus connu pour les oreilles actuelles via son projet Max & Harvey, et ses (trop) rares morceaux sortis il y a quelques années, qui nous donnaient vraiment envie d’en entendre plus… avant d’oublier doucement cela aussi.

Woob revient donc en cette fin d’année avec un nouvel album, Have Landed, au concept se rapprochant d’une compilation de morceaux déjà existants (Les morceaux de Max & Harvey notamment) et de nouveaux titres. Que reste t’il de l’ambiant-electronica-world-classical-psyché de Woob, après presque deux décennies ? Beaucoup de choses.








Woob a toujours fait un ambiant extrêmement mélodique, étonnamment basé sur de vrais instruments et samples vocaux plutôt que de simples nappes discrètes. Cette habitude n’est pas perdue, et si le terme “d’ambiant” correspond parfaitement pour définir Mr Woob, on est loin d’un Ametsub dans les sonorités proposées. L’anglais étant un multi-instrumentiste, il nous fait profiter de ses talents.  Ici, les teintes sont chaudes, et l’on n’hésite pas à sortir les cordes et les guitares. Même si tout se fait de façon doucereuse, avec une précision hors norme. If I don’t make it home débute le LP de la plus belle des façons, avec cordes qui chialent une mélodie crève cœur, à peine bousculée par quelques bugs électroniques. Une voix d’ange s’élève, sur symphonie au point mort. Elle balance un chorus à filer la frousse, les notes de musiques se déplient à n’en plus finir, et roulent dans nos tympans façon pluie de minuit. The Great Divide en prend presque directement la suite, avec ses violons sublimes, ces nappes discrètes et sourdes donnant l’impression de marcher au bord d’une abime, et surtout ces bugs electro-glitch beaucoup plus présents, qui salissent sérieusement le tout. Quand le rythme industriel se met à gronder, avec cette bassline fracassant le calme de la première moitié du disque, tu chavires, et tu te fais casser la colonne vertébrale sans demander ton reste. C’est presque tubesque, crade et fragile comme la mort. La longue fin façon champ de bataille d’après conflit, où seuls voix fantomatiques et violons ombrageux se faufilent dans nos oreilles, tabassera même les plus sensibles. Le petit chef d’œuvre de ce disque.

Toujours aussi naturellement, Have Landed continue avec le superbe Sleep (sorti sous le blaze Max & Harvey), lui aussi ballottant entre violon tire-larmes et mélodie cristalline belle comme le jour. C’est émouvant en diable, presque funeste, mais dieu comme c’est puissant. Rien de spécial hein. Des cordes, une litanie, une basse discrète, et c’est tout. Mais ça te crève le cœur. Parce que c’est parfait. Parce que c’est hallucinant de maitrise, de richesse, de préciosité. Pas si loin de certains exercices écoutés sur l’indispensable He has left us alone… de A Silver Mt Zion. Ne pas lancer cela dans un moment de cafard, ou c’est l’envie de pleurer en position fœtale qui va poindre. Et putain, je me répète, mais c’est vraiment beau.

Sèche tes yeux, Finale débarque et laisse entrer le soleil. Après une intro de 2min qui me fait fortement penser à un morceau sans que je puisse me remémorer lequel (sample déjà utilisé où ?), cette fresque toute aussi jolie que les précédentes va se parer de teintes discrètement latines, à base de guitare acoustique et percussions rythmées. Tu as envie de claquer des doigts, de foutre ta trogne sur la plage, et de te laisser glisser sur un matelas gonflable en contemplant les nuages. Ouai. Sauf que tu as toujours envie de chialer quand la mélodie reprend ses aises dans le dernier tiers, parce que là aussi, c’est tellement fou que ça t’en briserait presque la nuque : ces nappes dingues, ces cuivres qui violent l’âme, cette montée tout en douceur en mode ascenseur émotionnel…





Je disais dans l’intro que ce disque était autant album que compilation. Et si ce premier tiers du LP impressionne par sa cohérence (tout coule de source, les morceaux s’imbriquent à la perfection), le bas blesse un peu pendant quelques morceaux, à partir de Spine. Ce dernier, plutôt réussi, entre en rupture avec les mélopées sublimes pour filer vers quelque chose de plus caverneux, moins émotionnel, moins direct, et moins sensible. L’orientalisant Untilted Dialogue est trop cinématographique pour être honnête, et bien que fascinant dans ses textures et sa production (les voix !), il ne file pas les mêmes mandales que les 4 premiers morceaux. Le bel interlude Interval ravi avant de se dérober bien trop rapidement pour laisser place à Bognor Regis Stripper, et son jazz goguenard, embaumant le gros cigare et les bars américains mafieux, plutôt sympa… mais qui, vu son ambiance, n’a rien à faire dans ce LP à part pour en casser l’harmonie. Étonnamment donc, on passe de 4 morceaux qui s’imbriquaient à la perfection à 4 morceaux sans aucune logique ni point commun. Heureusement, Woob semble rectifier le tir, et balance avec La Luna Y El Caballero une bonne progression ambiant-jazz-classical, avec cordes, cuivres et voix d’opéra qui s’élèvent à n’en plus finir et filent la frousse.

Mais c’est avec Thieves que Woob revient vers les émotions à fleur de peaux du début du LP, ce morceau ne sera d’ailleurs pas inconnu aux acheteurs de la gargantuesque compilation You Don’t Know de Ninja Tunes. Thieves lui, nous flingue littéralement la gueule dès le début du morceau, trop beau pour ne pas casser des palpitants. Serieusement, ce violon, ce truc qui te prend l’échine, qui te la tort et te la découpe en petit morceau. Cette mélodie qui te donne envie de pleurer tes morts. Et surtout, ces samples de voix découpés, inintelligibles, et pourtant sublimes, frôlant la perfection en te détruisant la mâchoire à coup de pompe. Sérieusement, à la première écoute de ce titre, en pleine nuit, j’ai littéralement eu les cheveux qui se sont dressés sur ma tête. Un diamant absolu.

Space Therapy portera bien son nom, en te laissant dériver pendant plus de 3 minutes au grès de chœurs fantomatiques qui filent la chair de poule, avant de partir sur une attaque épique (et presque violente) de cordes bien énervées. Même si le coté “film d’action/attaque de l’empire” un peu gênant de la deuxième moitié du morceau pourra en gêner certains, le tout est bien assez varié et impressionnant dans sa progression comme dans ses changements d’ambiances soudains (sur plus de 9minutes), et draguera assez facilement nos tympans. Big Amoeba Sound (nom du label) part lui vers les ambiances du Bayou américain en slow motion (et fait peut être écho à l’interlude Amoeba de Woob sorti sur 1194) en donnant de la place à une gratte sèche, et des voix copulant sur font de cordes. C’est beau, c’est classe, c’est posé, c’est lumineux, et cela aurait pu se glisser sur le Elusive de Pressure Drop sans choquer. Un joli morceau pour clore le disque, qui comporte en plus Departure Deferred, en bonus digital (allez checker les packagings alléchants sur le bandcamp du monsieur avant), ambiant sombre et légèrement électronique tirant gentiment vers les abimes.





Ce Have Landed de Woob pourrait souffrir de son côté compilation/album, le cul entre deux chaises… qui ne se remarque que le temps de quatre morceaux, bons, mais un peu hors sujets, de la 5 à la 8ème piste. Tout comme les un ou deux essais lorgnant un peu trop sur le cinématographique lambda.

Mais l’anglais balance des morceaux synonymes de perfection absolue le reste du temps. C’est bien simple, ce Have Landed semble contenir les plus belles mélodies que j’ai pu entendre sur un LP en 2012, et arrache littéralement les colonnes vertébrales sur certaines fresques (If I don’t Make It Home, Sleep, Finale, The Great Divide ou Thieves en tête). Et moi, quand on me sert des mélodies pareilles, je ne peux qu’éteindre la lumière, m’incliner et écouter ça la gorge nouée.

Prendre le temps de se plonger ce disque, au calme, la nuit, avec le moral en berne. L’effet sera violent. Un indispensable.





Woob – The Great Divide





Woob (Max & Harvey) – Thieves (à écouter fort, les yeux fermés)






14 Titres – Big Amoeba Sounds

Dat’

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  1. Nelerum Says:

    Comment j’ai pu passer à coter de cette chronique !
    Toujours d’aussi bonne découverte.
    Ca fait pas mal de temps que je te lis et je suis pas prés d’arreter. Merci 😀

  2. Dat' Says:

    Ah ! super content de voir que la chro n’est finalement pas passée inaperçue !
    Merci pour ton commentaire,

    dat’

  3. flaitcher Says:

    merci pour cet article, ce dernier album de woob est une nouvelle fois magique, splendide voyage.

  4. Florent Says:

    Voilà pourquoi j’adore ce blog: retomber sur un truc pareil une demie douzaine d’années plus tard et prendre une claque monumentale.

  5. Dat' Says:

    Ahah mortel mec! J’ecoute encore cet album de temps en temps aussi!

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