Issugi & Budamunk – II Barret / 5lack – 5 Sence


World Domination



Ce n’est pas parce que j’ai sorti cette bien belle mixtape de Hiphop Japonais (pub déguisée) que je n’ai pas suivi ce qui s’est fait en cette belle année 2013. Entre un inespéré et concluant retour de l’énigme Hakuchumu, le rap glauque d’Ideal, la superbe divagation droguée de Nickelman ou les galettes d’Olive Oil, il y avait de quoi faire en ces temps merdiques. Mais l’on regarderait évidemment avec attention le moindre mouvement d’Issugi et SLACK, les trublions les plus dangereux du rap game nippon. Les mecs ont sorti une demi douzaine de plaques à eux deux, et si l’on intègre les performances de Budamunk, le beatmaker japonais préféré de mes oreilles, on a presque envie de lâcher l’affaire, les disques arrivant plus régulièrement dans les bacs que ma putain de paie sur mon compte en banque.

Vu que je suis un être flemmard, prêtre du toujours remettre au lendemain, il était inconcevable, et valablement con, d’espérer couvrir chaque sortie du trio. Mais les zozos me facilitent la tache, en sortant coup sur coup deux albums importants, de vrais LP qui tabassent, qui se rejoignent parfaitement sur une même philosophie, tout en arpentant des chemins assez différents.







Issugi déboule donc sans prévenir avec un LP entièrement produit par Budamunk, et dieu sait comme les deux s’entendent bien, avec en point d’orgue l’exceptionnel album de Sick Team d’il y a deux ans (une des meilleures plaques du hiphop japonais, il faut le dire). Et ce IIBarret est exactement le disque que j’attendais de la paire. Un flow lymphatique et branleur. Et des productions ultra ciselées, tellement précises qu’elles en seraient presque orgasmiques.

Budamunk est un fou, un magicien, un mec qui transporte le hiphop, street, dans des territoires secs, chauds, ahurissants de dextérités. Ici, pas de débauche de synthés, pas de beat pachydermique. Mais pas non plus de production old-school faisandée pour zulu nostalgique de la station nation. Budamunk a cette propension folle de sonner innovant, tout en se refusant tout gimmick actuel. Les samples sont omniprésents, les boucles sont répétitives, mais ne sonnent pourtant jamais comme un hommage, un regard vers l’arrière. C’est bien la force de Budamunk : être complètement intemporel.

Si le hiphop d’aujourd’hui a la vocation première de faire bouger les culs et provoquer les twerk en rafale, Budamunk vise la nuque. La bonne vieille nuque, celle qui balance d’avant en arrière, de façon inconsciente, sous l’effet de ces beats incisifs, très brefs, quasi atones face aux productions actuelles, et complètement déstructuré de la mouvance old-school. Difficile à décrire, mais tout de suite compréhensible à la première écoute.

Les sommets ? II Barret, résumé limpide de tout ce que je viens de dire au dessus, avec cette mélodie tire larme à peine bousculée par ces beats minimalistes. Ou Get Ready, jolie instrue qui semble perler des murs, te claquer la tronche, pour repartir s’enfouir sous le béton sans prévenir, supplantée par un Issugi en pilotage automatique, la clope au bec. Rize Again, qui nous confirme que Budamunk doit pas mal fumer de dope en matant des vieux films, ou We Know feat OYG, qui claque comme un marteau sur un bloc de glace. Bizarrement, le seul morceau qui ne convainc pas vraiment, c’est celui qui sort du moule pour flirter avec l’instrue saturée (月ノ眼), un peu gênante, alors que Slack et Issugi n’ont plus à prouver leur osmose sur du Budamunk.





Du coté de chez Slack justement, ou 5lack pour les intimes, on ouvre beaucoup plus la recette avec son dernier gros LP, 5-Sence. Ici, c’est une ribambelle de producteurs qui s’invitent, évidemment tous plus ou moins affiliés au bordel Down North Camp / Jazzy Sports / Dog Ear / Skate Board Bridge / 高田音楽制作事務所. Budamunk, 16flip, Watter ou Ces2 sont dans le coin donc.

Le hiphop de 5lack est désormais plus aéré donc, moins autiste qu’à ses débuts, où le Mc produisait une bonne partie de son bordel, avant de rapper dessus à moitié défoncé. Car ce qui permet à Slack de se démarquer de tous ces autres congénères, c’est ce coté, émo, un peu écorché vif, ces passages chantés tout fragile après un couplet de feu. Et le bonhomme semble cultiver ça de plus en plus.

Dès l’ouverture, au lieu du banger habituel, 5lack offre un chant déséquilibré, maladroit, et pourtant parfait avec 上を見る et son “im very stupiiiiid” assez désarmant. On ne sait pas trop si le mec est dans le rythme, parce que l’instrue est mutante, mais c’est exécuté avec une prestance rare. Pareil pour Life a, un des meilleurs morceaux du disque, ballade hiphop parfaite produite par Budamunk, où Slack passe plus de temps à chantonner qu’à poser. Sauf que quand il chante, ça tue. Et quand il pose, ça butte aussi. Genre vraiment, ce morceau, à priori anodin, est une tuerie absolue, l’exemple limpide de ce que peut faire de mieux ce crew quand ils décident de se balader en skate en se réchauffant les miches avec un soleil à peine levé, une bière à la main. Ce morceau, c’est les petits plaisirs simples de la vie mis en musique. Si si, vraiment. -緩- donnera le quota émo nécessaire avec sa mélodie tire larmes, ou Hard Work et sa facette plus sombre, imparable.

Mais 5 Sence contient son lot de tubes qui décroche les mâchoires. Quand je dis tube, je ne parle pas d’exercice putassier ou de débordement electro, mais bien de cet équilibre parfait que l’on connaît chez ces gars là. 乱れ撃ち est une vraie folie, avec son instrue japonisante géniale, symbolisant de façon implacable la domination de Watter sur le game des instrues au japon, ce mec m’impressionnant de plus en plus, à chaque apparition. Même chose pour ING, façonnée par IMG, très Jazzy Sports et tout le bordel, ou un G.A.L qui pourrait être crédité par Nosaj Thing. Le carton du LP reviendra à Bone is white, et ses featurings anglophones. Les Mc, inconnus au bataillon, brulent le track, 5lack y est déchainé, le tout est orgasmique. Et cette instrue de folie, faite par Slack lui même, mes aïeux, comme c’est bon.

Alors forcément, comme le disque est un peu plus ouvert, fait appel à plusieurs producteurs, on évite pas les deux ou trois fautes de gout, comme un Girl If You et son instrue flirtant avec le mauvais porno, ou un Stylz un peu redondant. Mais rien qui ne brise la cohérence et le plaisir pris en écoutant le disque.





Au final, on se retrouve avec deux objets très différents, avec pourtant les mêmes acteurs qui y participent. II barret est extrêmement homogène, court, replié sur une recette absolument parfaite, mais sans concession. Le plaisir de retrouver l’alchimie Issugi x Budamunk est réelle, évidente même. Mais les allergiques au son de ces japonais ne trouvera rien pour lui. Que dalle, t’es laissé sur le bas coté avec des bras d’honneur en guise d’encouragement. Reste que dans le genre, on ne trouvera pas mieux cette année.

Du coté de 5lack, on sent que le bonhomme, avec sa popularité grandissante, se laisse aller à des exercices moins neurasthéniques que ses premiers albums (MySpace notamment) et moins expérimentaux-drogués que son projet délirant PSG. Il ouvre sa recette, chante de plus en plus, à en être parfois touchant. Les ritournelles percent le cerveau, parasitent tes journées, te volent le cœur. Avec la brochette de talents à la production, 5lack balance clairement l’une des galettes de hiphop japonais les plus complètes de cette année 2013.






Issugi x Budamunk – Get Ready






5lack – Tamuro / Weekend






14 + 17 Titres

Dog Ear Records / 高田音楽制作事務所

Dat’

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  1. Manf Says:

    Comme toujours des excellentes tracks. Je suis une pine dans les recherches et tu es au japon mais t’as pas une boutique en ligne ou sur paris à conseiller ? J’aimerais vraiment trouver les ep de nickelman par exemple.

    With regards, Manf.

  2. Dat' Says:

    Pour les cd japonais, ils y a trois sources intestables au niveau du choix.

    Cdjapan, qui a quand même pas mal de cd de hiphop japonais (les 5lack ou Tha Blue herb par ex) http://www.cdjapan.co.jp/

    Tu as amazon.co.jp, le meilleur au niveau du choix, les frais de port tabassent mais si tu fais une commande de plusieurs items, ça passe plutôt bien.

    Et puis Itunes évidemment, même sur le store fr, il y a bcp de HH japonais.

    Pour Nickelman, impossible par contre, le dernier Ep est introuvable, c’est épuisé au Japon. J’ai choppé une édition vinyle avec beaucoup de chance. Mais il va sortir de nouveaux trucs très prochainement, avec un peu plus de diffusion j’espère… !!

    dat’

  3. EveWLysiak Says:

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