Machinedrum – Vapor City


Peines de vit



Deux albums ont contribué à changer le game du Footwork et de l’Idm en Europe, via Planet-mu : Le Severant de Kuedo, et le Room(s) de Machinedrum. Si ma préférence va au premier, le dernier LP de Machinedrum avait remporté tous les suffrages, avec cette Juke-epileptique-émo-pute du plus bel effet, contenant quelques tours de force (l’ovni Come1, She Died Here, le sublime What Did We Go Wrong…). L’artiste s’était même payé le luxe de sortir une réédition avec quelques titres bonus, pratique souvent très proche de l’arnaque, il faut le dire.

Machinedrum semblait comme un poisson dans l’eau chez Planet-Mu, mais Ninja Tune, en pleine furie/cure de jouvence depuis 2 ans, signe l’anglais pour l’intégrer dans le roaster. Le mouvement est intéressant, car le label, qui semblait complètement sclérosé il y a encore peu de temps, commence à s’ouvrir à nouveau, et à regarder vers l’avant, même si les disques ne sont pas toujours exceptionnels (Falty DL a tout du transfert raté par exemple). Malgré tout, la stratégie de Ninja Tune semble moins foireuse que l’actuelle ligne directrice de Warp, comme si le destin de ces deux maisons hystoriques ne faisait que constamment se croiser.







Le concept de ce Vapor City est de nous faire visiter quelques quartiers d’une ville imaginaire. Ses rues coupe-gorge, son Red Light District, ses coins plus posés. Mais à l’écoute du LP, j’ai la forte impression que Vapor City nous raconte surtout l’histoire d’un type défoncé qui déambule dans le voisinage. Images de rues, certes, mais passés par le prisme de l’alcool et des nuits blanches. Autre précision, qui pourrait sembler cauchemardesque sur le papier, mais qui se révèle plutôt bien géré sur disque : Vapor City tient plus de la jungle-drum’n’bass que du Footwork, et je t’avouerai que si tu m’avais dis ça avant que je pose une esgourde sur ce LP, je serai parti en criant me crever les oreilles.

Car sur la (sublime) ouverture du disque, Gunshotta, c’est bien des rythmes puant les caves de province de 98 qui tonnent. Avec en plus un simili toaster qui ambiance le bordel, on y est. Sauf que le tout est sec que la mort, squelettique, ça t’assaille la tronche comme une volée de couteaux. Et que les synthés de folie, ainsi que le traitement des voix, rappelle très fortement Burial & co. On se trouve dans une drum-uk hystérique et hypnotique, filant le vertige, pleine de soubresaut et contre sens. Vous allez me dire “hey, footwork ou jungle c’est un peu la même chose, on bastonne des rythmes à 200bpm jusqu’à ce que tu craques”. Mais non, car sur ce disque Machinedrum perd quasi entièrement sa facette hiphop émo, pour partir sur une cavalcade bien plus sèche et électronique.

Infinite Us fait même franchement revival, avec cette drum classique et racée, mais clairement inoffensive, presque rétrograde. Mais là encore, le morceau est sauvé par cette lente décrépitude, ce coté rongé par l’acide, le coté angélique du morceau, en mode Roni Size bisounours, se laissant lentement pourrir par des sonorités plus agressives, dissonantes, et des voix beaucoup plus plaintives, perdues au milieu du maelstrom. Tout s’embrouille, se mélange, pour finir sur une lente agonie pleine d’échos et de réverbérations. Vraiment, comme si l’on avait en accéléré la balade d’un mec dans la ville, bourré de vodka jusqu’à l’os, dérivant lentement dans les rues, aveuglé par les néons, le cerveau embrouillé. Puis agressif car ayant l’alcool mauvais, avant de finir affalé sur un banc du vomit sur les fringues.

Ce coté “défoncé et perdu dans la ville” se retrouve dans pas mal de titres de ce Vapor City. Le planant Vizion malaxe field recording et ambiant christique, comme si l’on écoutait un concert du mec au milieu du Shibuya Crossing après avoir ingéré 20 gouttes de Rivotril. Rize N Fall sort elle aussi la belle drum’n’bass avec bassline et tout le toutim, pour une belle progression échouant dans un nuage de voix fantomatiques, supplanter dans son dernier tiers par une sacrée belle nappe. Epique et hypnotique, quand tu écoutes ça, tu fais la même tronche que Unicorn Kid dans son clip : les yeux écarquillés par la drogue, à encaisser les lumières fluos par centaines. Du plus bel effet. Vile église, rues embrumées, voilà sa ville.

On a même un extraterrestre dans le disque, plus proche de Boards Of Canada que de Dj Rashad, sur Center Your Love, avec cette drum chantante qui va lentement partir sur des terrains mélancoliques chers aux deux écossais. Même roulement dans les rythmes, même samples ensoleillés et mélancoliques, avec en bonus une gratte acoustique. On savait Machinedrum fan du duo warpien, il balaie les derniers doutes avec ce titre. Un peu mièvre, mais quand même très beau.





Mais Machinedrum n’a pas annihilé toutes ses velléités Juke et Hiphop, bien heureusement, et l’on entend très légèrement ces éléments dans pas mal de morceaux du disque, en nous offrant quelques perles bien vicieuses : Seesea renoue avec ses amours glitch-hop pré Planet-Mu, tout en le malaxant avec un art de la répétition qui ne décevra pas les nouveaux fans de l’anglais. Ca sent le nuage et le driveby, le soleil qui se lève sur les rues sales. C’est beau comme la mort, triste et tubesque.

On frôlera même le bad trip avec Eyes Don’t Lie, tourbillon épileptique qui n’a pas le coté cotonneux et rassurant des autres morceaux, et qui appuie encore plus le coté nauséeux du disque avec des samples de voix n’hésitant pas à glisser sur les mauvaises notes. On n’est plus vraiment en train de déambuler dans les boulevards, mais plutôt séquestré par un psychopathe qui nous susurre des conneries dans l’oreille en chantant comme un taré. Rassurant.

U Still Lie fait carrément dans le cloud-rap, affolant dans le mille feuilles de textures, drogues dures et lettres de rupture, slow-motion et sirop violet. Yung Lean aimerait poser sur ce truc. Toi, tu te laisses attirer par cette mélasse angélique, par ces échos qui n’en finissent plus de disjoncter les synapses. Et au moment où tu penses partir dans un sommeil sous opiacé, un synthé incroyable, sorti des plus beaux U-ziq, se fraie un chemin et t’envoie dans le ciel avec de jolis coups de pied au derche. En 4 minutes, tu passes de la mélasse puant le béton aux envolées lyriques d’un cumulonimbus, c’est beau comme un cul de reine. Un des meilleurs morceaux du disque.

Mais la vraie claque de ce Vapor City, c’est Dont 1 2 Lose U, ahurissante fresque vomissant sa diatance à tout ceux qui osent rentrer dans son périmètre. Sérieux, dès les premières secondes, j’étais éblouie par ce truc, qui te prend de haut en t’assenant un vindicatif “c’est moi le pimp, ferme ta gueule et écoute”. Hiphop flingué et défoncé, sublime dans ses claviers, dans ce rythme claudiquant, dans l’utilisation des voix ultra émo faisant passer Burial pour un PUA sans âme. Si j’étais un rappeur, je poserai sur cette instrue. Ca serait le but de ma vie. Et puis c’est quoi cette fin qui t’aspire pendant plus d’une minute dans son siphon, qui t’étouffe lentement jusqu’à ce que tu n’entendes plus rien ? C’est le sexe puis la mort, c’est le coït et la dépression. Peines de vit.






Si Vapor City n’est pas aussi marquant que son prédécesseur, qui avait une pertinence rare dans son propos comme dans le mouvement dans lequel il s’inscrivait, ce disque reste une jolie réussite. On aurait pu croire à la catastrophe avec son concept faisandé et son orientation bien plus jungle que juke, mais Machinedrum continue de nous sortir de petits diamants émo-mélodico-melancoliques puant le béton et les néons. Si il y a deux trois tracks frôlant le mauvais gout (Infinite Us frôlant le lounge, Baby Its U sans grand intérêt…), Vapor City balance aussi quelques ogives nucléaires qui violeront bien des âmes (le vertige U Still Lie, l’imparable Dont 1 2 Lose U, le furieux Gunshotta…).

Mais c’est surtout cette dualité entre le cul et le mélancolique, ce coté quartier rouge passé sous un filtre salement drogué, qui fascine. Cette balade dans la ville où bas résilles et talons hauts copulent avec amours perdus et remords rongeant le cerveau.


Ce disque, surtout sur certains morceaux, c’est la mise en musique parfaite de la vie d’un maquereau, de ses heures de gloires dans les clubs à cyprine de la ville, paradant devant le monde avec ses plus belles putes… avant de mourir seul dans une impasse, comme une veille merde, assassiné par un jeune concurrent. Cet enculé te regarde, le sourire aux lèvres, et toi tu te dis que putain, même si tu as bien baisé, tu aurais finalement préféré fonder une famille et vivre à la campagne.






Machinedrum – Gunshotta






Machinedrum – Don’t 1 2 Lose U






10 titres – Ninja Tune

Dat’

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  1. la campagne Says:

    putain de bon Lp, ta critique est pas mal non plus.
    Joli namedrop de Yung Lean en passant, allez continuez

  2. Bombo Says:

    Une bombe largement underrated
    Et Ninja Tune qui va probablement chialer d’avoir payé un truc qui a probablement +/- bidé
    Un des artistes de sa génération les plus talentueux. Son taf à UltraMajic est excellent

    L’EP Vapor Park = très très bon

  3. Jimmy Says:

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