Mount Kimbie – Cold Spring Fault Less Youth


White lie



Il fut un temps que les moins de 12 ans ne peuvent pas connaitre. Une ère où Mount Kimbie était le groupe le plus porteur d’espoirs pour le futur de la bass-music-uk-garage-émo, grillant presque la priorité à leur pote James Blake. Les deux premiers Ep de Mount Kimbie furent gravés dans la roche, le groupe avait la dalle et rien dans le bide, ça se sentait dans chaque note, en proposant une alternative plus pop et joyeuse à un Burial qui dominait sans pitié le game de l’époque. Longues montées mélodiques, fractures inattendues, rythmes imparables, mélancolie joyeuse… il y avait tout dans les Ep de MK pour que ces derniers frôlent la perfection, et se placent dans les sorties indispensables du mouvement.

Alors forcement, le premier album du groupe, et sa pochette désormais légendaire, était espéré. Pour être, au final, un semi-disque ultra frustrant, avec ses moments de bravoure incroyables (Carbonated, Blind Night ErrandField, le classique parmi les classiques Before I Move Off…) mais aussi son lot de casseroles, couplées à une durée d’écoute famélique. On sentait vraiment que le groupe était à deux doigts de balancer le disque culte absolu, sans jamais réellement y parvenir, ni combler totalement nos attentes (là où Seekae déboulait sans crier gare pour filer une tatane à tout le monde).

Autant dire que le deuxième LP était attendu au tournant, d’autant plus quand ce dernier fut annoncé sur Warp. Longue tournée, mutation annoncée, on ne pouvait pas accepter être déçu par cette deuxième plâtrée.








Et autant l’annoncer tout de suite, le groupe a encore fait illusion, en balançant les meilleurs morceaux de ce deuxième LP pour l’introduire. Alors comme pour Crooks & Lovers, je me suis un peu laissé berné. Oui, j’y ais cru. Oui, en entendant les premiers singles, j’ai eu envie de courir nu dans la ville en hurlant mon amour pour le groupe. Car tomber sur Made To Stray la première fois, c’est comprendre que ta vie va être belle, c’est tomber amoureux, c’est conduire à 30km à l’heure dans une ford mustang avec des lunettes de soleil sur le nez, en claquant des doigts au ralenti. Ce morceau, c’est peut-être la fresque la plus aboutie de Mount Kimbie. Celle où ils ne choisissent pas. Où ils font convoler leur tendresse pour la pop adolescente avec leurs penchants techno drogués, sans jamais oublier leurs racines Uk-garage émo. Qui continue à perpétuer la tradition du revirement soudain, si cher au duo. Balancer un rythme techno ultra puissant, à faire trembler les murs, pendant plus de 3 minutes. Un truc qui casse les jambes, qui brutalise les bassins, qui traumatise les culs. Le twerk à coté, c’est pour les nonnes. Cette mélodie qui s’immisce, tu flaires le tube. Que dis-je, tu le sens, dans ton échine, dans tes poils de bras qui, sous l’émotion, se hérissent comme une forêt de vits devant la cambrure d’Elodie Frégé.

Et voilà qu’après 3 minutes en mode rouleau compresseur, Mount Kimbie ne veut plus parler à tes hanches, mais à ton cœur. Se dit que te foutre des papillons dans le ventre après t’avoir fait danser comme un drogué, c’est une bonne idée. Alors le duo chante. Une mélodie imparable, un chorus qui te rappelle tes plus belles années. Un mélange d’adolescence et de mélancolie aérienne. Un mélange entre American Pie et Philadelphia. Tu ne comprends pas trop les lyrics, mais tu le murmure sous la douche ce putain de titre. Tu le chantes dans le métro, quand il fait beau, à ton bureau. Il te parasite la tronche, le cerveau, à n’en plus finir. Un des morceaux de l’année ? Evidemment. D’autres bombes comme ça sur le disque ? Tu te fourres le doigt dans l’œil tellement profond que tu pourrais te chatouiller les glandes surrénales sans forcer.

Mais les Mount Kimbie ne sont pas cons. Ils savaient que l’on attendait ce Cold Spring Fault Less Youth au tournant. Alors ils ont balancé une deuxième bombe en amont. Avec le phénomène King Krule en featuring, aka le mc-crooner anglais le plus alcoolo de l’angleterre depuis Jamie T. Oh putain, qu’il est beau ce You Took Your Time. L’instrue sublime, la mélodie folle, qui te donne envie de chialer à grosses larmes en éventrant des lapins. Le truc nauséeux, candide, absolu. Avec King Krule qui déblatère, qui dégueule littéralement ses paroles, avec une entrée en matière trop folle pour être oubliée “Now did you see me, I killed a man / they all stay down but he choosed to stand” et cette invective pleine de poison “you trsust these snakes to die ?!”. On imagine le gars te gueuler dessus avec une pluie de postillons, à divaguer aléatoirement une bouteille à la main, la rage au ventre, une boule dans la gorge. Et la gorge, toi, tu la sens se serrer à mesure que le morceau se déroule. Quand la voix déraille. Quand le simili-accordéon chiale sa crasse. Quand la guitare égrène une litanie trop émo pour le commun des mortels. Il faudrait le clipper ce morceau. Ca puerait la liqueur, le sexe et le désespoir. Ca serait beau. On le passerait aux enterrements. Les tristement joyeux, ceux où l’on dit adieu à un marin breton qui a partagé nos vies en les remplissant de sourire, et ayant succombé à une lutte déséquilibrée avec la maladie.

Ces deux morceaux surnagent complètement au dessus du disque. Ils écrasent tout, imposent leur force et leur présence, réduisant presque le reste du disque au rang de faire-valoir, de décoration agréable, de subalternes ayant pour mission de faire bonne figure.





Oh, ne vous inquiétez pas, il y a pas mal de morceaux qui méritent bien des attentions, jolies digressions folk-pop-electronica-garage, un peu éloignées de ce que l’on pouvait attendre, mais néanmoins réussies. Home Recording est une jolie entrée en matière, excellent morceau, assez proche des vieux morceaux du groupe, pièce enfumée avec un joli apparat pop, qui évolue graduellement vers une house feutrée en slow motion, tube claudiquant et timide. Si tous les morceaux du disque étaient de cette trempe, on aurait un sacré LP. Break Well, se compose d’une longue montée ambiant, un peu anodine, mais sauvée  par une complainte rock émo belle comme le jour. Un dernier tiers qui te fout la banane, à écouter posé sur ton balcon, en plein été, quand le soleil se lève. Les lépidoptères sont de retours dans tes intestins, sur et certain.  Meter, Pale, Tone feat King Krule à nouveau, est bien foutue, même si loin des sommets atteints avec l’autre morceau accueillant le chanteur anglais.

Sullen Ground fera penser aux premiers James Blake ou à certains délires d’Actress, avec ce uk cafardeux, bouffé par des filtres qui étouffent complètement le morceau, te donnant presque l’impression de l’écouter à travers un mur de béton. Bombinette imparable mais cancéreuse, fantôme bizarre difficilement descriptible, qui fera néanmoins des ravages en club à 4am. Fall Out clôturera le disque d’une façon parfaite, comme si Moby période I Like To Score se retrouvait télescopé à une gratte esseulée, avec une mélodie tire-larmes.

Mais le disque trébuche plusieurs fois, et donne encore l’impression d’avoir un Lp inégal, frustrant, oscillant entre le génial et le stérile. Blood And Form nous fait frémir d’horreur, frôlant la catastrophe avec cette pop tribale trop moche pour être cautionnée, seulement sauvée in extremis par les très beaux synthés du dernier tiers. Problème : on n’a pas le courage d’écouter jusqu’à leur apparition. So Many Times, So Manye Ways nous servira un folk-rock sans intérêt, morceau copié collé que l’on peut entendre dans une douzaine de disques par mois (et souvent chez Warp d’ailleurs, ahem…). Lie Near tente de ressusciter les fantômes des premiers Ep, mais sans aucune émotion, donnant plus l’impression d’écouter un interlude étiré sur 3min30 (c’est bien la première fois que je me plains de la durée d’une track de MK). La même pour Slow, digression chelou, qui ne va nul part, et ne donne rien, sous ses apparats un poil plus bruyants que ses camarades. Voir l’inutile bonus track japonaise Pulse, simple flatulence échouant sur une ligne de guitare.






Au final, la livraison est bonne, très sympathique, plaisante, avec quelques tours de force. On reste néanmoins loin de l’album ultime tant attendu de la part de Kimbie, loin du traumatisme auditif. Ca glisse tranquille, sans marquer au fer rouge les esgourdes. C’est sympathique, parfois anodin, souvent plaisant. Mais comment un groupe capable de morceaux de l’acabit de Made To Stray et You Took Your Time (voir Before I Move Off, Carbonated ou Maybes pour remonter à plus loin) n’arrive pas à pondre un disque qui choquerait à vie ?

L’album souffre du même mal qui ronge le roaster Warp depuis quelques années. Ce petit virus pop-folk-indie conventionnel qui s’immisce dans les galettes de nos artistes favoris pour les vicier gentiment (Clark qui sort un disque mou du gland, Bibio qui oublie son folk émo luxuriant pour de la pop-electro guimauve, Darkstar qui se transforme en Animal Collective, FlyLo qui ronfle..). Signer sur Warp pouvait permettre de sortir un album ambitieux, et au final, ce nouvel LP sonne bien plus policé que Crooks & Lovers. Sans oublier que dans le genre Uk-garage flirtant avec la pop-rock, Seekae a fait bien mieux, il y a deux ans !

Encore une fois, Mount Kimbie sort une moitié de disque, avec des morceaux immenses mais bien trop de divagations sans interet. Déception donc, mais on ne peut pas s’empêcher de piocher dans le disque, le sourire aux lèvres, pour composer, sorties après sorties, le LP ultime du groupe, fait de leurs meilleurs morceaux. Histoire de claquer des doigts, le casque sur les oreilles, en allant au boulot.






Mount Kimbie – Made To Stray






Mount Kimbie – You Took Your Time feat King Krule






13 titres – Warp

Dat’

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  1. d... Says:

    eh oui , warp est dead depuis des années ! ( et des années )

    …devenu le label le plus bobo bling bling ( pour lecteurs d’inrocks qui fricot cot avec l’electro tro ).

    ok , ok , il reste Autechre et B.O.C et … ?

  2. KOIRL Says:

    Je découvre tout juste votre site avec cette critique, je vais voir ce que vous avez d’autres. p:

    Sinon, pour l’instant, je n’ai écouté que trois morceaux de Mount Kimbie : “Made to Stray” est incroyable (j’ai encore du mal à expliquer ce qu’elle produit en moi), au contraire de “You took your Time” que j’ai trouvé immonde très difficile à écouter. Quant à “Before I move off” je l’ai écoutée accompagnée du clip, ce dernier m’a tellement déplu que j’ai coupé.

    Made to Stray! et je ne connaissais pas ce groupe.

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