Ventura – Ultima Necat


Brace For Impact



Il faut le dire, le dernier album de Ventura, We Recruit, m’avait littéralement explosé le cerveau il y a 3 ans, et se posant, petit à petit, comme un de mes disques cultes. Les classiques, il faut les laisser mariner un peu avant de les porter aux nues, histoire de laisser l’enthousiasme du départ retomber. Et c’est après ces années d’écoutes intensives que je peux affirmer une chose : si tu me demandes mes 15 ou 20 disques préférés de ma vie, ce We Recruit de Ventura sera surement dedans. C’est con à dire, surtout à cette époque de leaks et de downloads effrénés, en plus à l’âge adulte, de se dire qu’un album des années 2010 se fraie un chemin dans mon cœur, à coté de galettes sorties il y a 10 ou 15 ans.

Pourtant, il n’y avait rien d’extraordinaire dans cet album, rien ne révolutionnait la musique ou autre. Mais à l’instar d’un Spanish Breakfast de Rone, si rien n’était inventé, tout y était absolument parfait. Le seul vrai défaut de We Recruit, c’était l’impossibilité de trouver des morceaux sur youtube, histoire de me faciliter la tache quand je voulais faire écouter With Ifs ou Twenty Four Thousand People à mes potes (dieu sait que je les ai fait chier, de Paris à Tokyo, avec ce disque)

Et puis, impossible, en introduction, de ne pas taper un petit laïus sur African Tape, un des meilleurs labels français en ce moment, ayant dans le roaster quelques fous furieux comme les excellents Electric Electric, les énervés Marvin (qui reviennent sous peu) ou les indispensables Papier Tigre. Dire que j’attendais ce nouveau Ventura avec impatience relève de l’euphémisme, et si le disque s’annonçait plus sombre et dépressif (selon les propres dires du groupe), j’étais convaincu que le talent mélodique de ces derniers n’allait pas disparaître en un claquement de doigt.







Il faut le dire, le packaging de ce Ultima Necat tranche avec l’indigence du disque d’Electric Electric. Superbe photo de singes se prélassant dans un Onsen, crédits en pagaille et pack cartonné, on fait les choses bien chez African Tape. Le disque débute sur une intro ombrageuse et somme toute assez commune, posant bien le disque, pour les 8 titres à venir. Oui, le disque contient seulement 9 morceaux, mais s’étend sur plus de 40 minutes, ce qui est largement suffisant.

Et les choses commencent sérieusement avec Little Wolf, où l’on retrouve tout ce que j’aime chez ces Suisses. Guitares lourdes, saturées, effectivement plus pesantes, avec un chant moins enjoué que sur le précédent LP. On avance, de façon quasi guerrière, terrain désolé post conflit. Mais après un “dont you cry little wolf” tout explose, c’est le panard total, le morceau prend des parures pop, Ventura ça te parasite toujours le cerveau avec ses refrains, ça monte, ça hurle à nouveau, orgasme noise-rock de fou, avec des zébrures hystériques qui lacèrent la voix du chanteur et ses “it will be alright”. Bonheur.

Nothing Else Mattered embraille sur les chapeaux de roue, et se pose comme le tube incontestable de Ultima Necat, tout en faisant un pont flagrant avec le précédant Lp : ultra violent mais mélodique comme jamais, à chanter sous sa douche tout en aspergeant sa salle de bain comme un damné. Les couplets émo noyés dans le bordel hystérique me rendent débile, et les refrains implacables, assenés comme des uppercuts, donnent envie de tabasser des gens au hasard dans ton open-space. Mais c’est surtout cette mélodie saturée, dégueulée par les guitares, qui me flinguent le palpitant. Le dernier tiers du morceau, c’est jean déchiré, gel dans les cheveux et lettre de rupture, le panard absolu. Beau, imparable, catchy en diable, et agressif comme la mort. On frise la perfection dans le genre. Et Ventura ne décide pas de lâcher la pédale au niveau des gros tubes, avec un Body Language superbe, au départ très posé, ultra émo, amant épeuré gueulant sa peine en haut d’un building. Puis c’est l’arrivée des grattes, qui tombent dans tous les sens et brisent le silence en mode étoiles filantes, il y en a partout dans tes tympans, c’est tellement massif que ça frise avec le shoegaze. Mur du son impressionnant, noyant quasiment les vocals et grillant tes enceintes, prends ta mandale. Intruder prend la même pose, avec début cristallin, on pense avoir le slow mélancolique du disque, jusqu’à ce que tu prennes un Scud hallucinant de violence, (peut être le  moment le plus lourd du disque, le plus démesuré), avant d’alterner entre calme et hystérie. Moins évidemment d’un point de vue mélodie, mais complètement dingue en terme de passage à tabac sonore, Intruder est surement la charge la plus épique de la galette, un morceau traumatisant qui te colle à terre pour te rouer de coups.




Mais après cette enfilade de bombinettes écorchées, le disque va s’autoriser un esclandre encore plus sombre, plus guerrier. Amputee, du haut de ses 11 minutes, symbolise cette fracture en te sortant une fresque désespérée, complètement dingue, commençant sur un rock presque Western, avec des arpèges de guitares hypnotiques, et toujours cette ligne de chant qui parasite la tronche, “I feel like an amputee !!!!”, impossible de ne pas avoir les cheveux qui se dressent sur la caboche. Typhon de guitares, frontman qui gueule sa peine avec des larmes dans la bouche, folie pure. Après 5 minutes, la tempête passe, le morceau devient lugubre, guitares lâchent une mélodie désespérée sans rien d’autre au tour, si ce n’est saturations et effets chelous. Ca fout la frousse, on attend l’explosion comme jamais, et quand la batterie tonne à nouveau, on frôle l’orgasme, et l’on se dit qu’en live, ça doit sacrement secouer les estomacs. La montée finale va courir sur plusieurs minutes avant de partir sur une attaque à décoller le cerveau, d’une beauté folle. Flingué sur place, mon cerveau étalé sur le trottoir.

Corrinne sortira l’artillerie lourde, heavy complètement déchainé, presque bordélique, un peu moins accrocheur que ses potes du dessus, mais au moins aussi choquant. On lui préfèrera le fou Elephant Man a la ligne mélodique géniale, chant en chœur, avec un sacré break émo dans son milieu, comme Ventura sait si bien les faire. La dernière attaque, tu auras envie de la chanter dans le métro en allant au boulot, et c’est bien tout ce que l’on demande à Ventura, qui s’autorisera même quelques notes cramées en fin de morceau.

Exquisite and Subtle terminera le disque de façon celeste, en mettant les bouchées doubles niveau shoegaze, avec mur de guitare et chant éthéré, perdu dans les échos, écrasé par un immeuble noise qui tombe sur le groupe et détruit tout. Après avoir navigué au milieu des cadavres pendant tout le disque, tu te retrouves sur une conclusion lumineuse, à te donner envie de courir dans les champs avec des tournesols qui te fouettent la tronche. Sur nous les étincelles du soleil comme disait l’autre. Meilleur morceau disque, pas foncièrement. Mais morceau indispensable, absolument.





Ultima Necat affirme Ventura dans le paysage rock franco-suisse, comme un groupe d’enfoirés, maîtrisant autant les envolées mélodiques que les bastons violentes, en passant par les murs de grattes shoegazy en mode arrachage de dents. Pas vraiment de raté dans le disque, pas de déception, une violence inouïe sur certains passages, des morceaux bourrés de détails. On ne se fout pas de notre gueule chez Ventura. Clairement, il y a beaucoup moins de respirations dans ce nouvel album, par rapport au précédent, et l’écoute d’Ultima Necat pourra se révéler éreintante pour certains. Mais les mélodies sont toujours là, écrasées, éviscérées par les guitares furibardes du trio. Les refrains accrocheurs sont désormais hurlés dans le marasme, comme un capitaine en pleine tempête sur la proue de son bateau. Ca tangue, ça tonne, ça brutalise les enceintes. J’avouerai que le talent de Ventura pour sortir des refrains imparables est tellement grand, que j’adorerai entendre le groupe balancer un morceau pop, un truc presque commercial, qui abuserait des ondes radios et se chanterait dans toutes les douches (et pas seulement dans la mienne). Peut-être pour le prochain album…

Je ne pense pas qu’Ultima Necat aura le même impact dans mon cœur que We Recruit, mais le contraire aurait été presque flippant. Le disque se pose par contre sans soucis comme l’une des plus grosses sorties rock de l’année, bourré de morceaux jouissifs en diable.

On peut être sur d’une chose : si le gouvernement taxait à 75% la richesse et la beauté de ce Ventura, on sortirait de la crise illico.






Ventura – Nothing Else Mattered






9 Titres – African Tape

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  1. KValium Says:

    Wow ca fesait un moment que je n’étais pas venu traîner mes patins sur ton site et je ne regrette pas, bim, grosse baffe en écoutant cet album d’un groupe inconnu de mes oreilles jusqu’alors ! Du coup j’ai hâte d’écouter We Recruit, vu comment tu nous le vend au début de l’article ! Merci pour cette découverte 😉

  2. Notre TOP Albums 2013, c’est dans les vieux pots… | Le Bazar Says:

    […] A lire : La chronique de l’album sur Les Chroniques Automatiques >>> […]

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