KG – Passage Secret


Interstellar Over Dope



On a tous parlé des retours improbables ou inattendus qui ont marqué 2013, avec des formations aphones, disparues ou démantelées depuis des lustres (Mazzy Star, My Bloody Valentine, Deltron…) et cette nouvelle année semble prendre le même chemin, avec l’improbable reformation de Slowdive. Mais il y a un mec qui a disparu il y a douze ans, et que je n’aurai jamais pensé revoir dans un magasin de disque : KG.

Pour faire simple, KG est un mec qui m’a traumatisé à vie avec son album Adieu à l’Electronique, monument de l’électronique française crade et mélancolique, un petit chef d’œuvre hors control, déviant, sensible et ultra violent. Ca hurlait dans tous les sens, avec des synthés qui te tombaient dessus façon colère de dieu, avec des moments absolument épiques. Le tout jamais dénué d’humour, de malice et de sadisme. Spectre 2 fait parti des morceaux les plus beaux entendus dans la musique électronique, Spectre 8 aurait du figurer dans Drive histoire d’assurer une pluie de billet sur l’artiste, et Spectre 1 doit être responsable de tous les excès de vitesse sur les autoroutes de France. Mais outre ce disque charnière, KG c’était aussi ce best-of batard Greatest Hits lui aussi sorti chez Gooom, et un bien bandant Tatami Cissy chez  Antimatière. Oh, il a sorti pleins d’autres trucs le KG, entre 93 et 99, que je n’ai jamais pu écouter, parce que introuvable.

Et donc, voilà que je tombe par hasard sur un trailer cheap où l’on voit un mec gesticuler avec un couteau près d’un vide ordure. Avec de grosses initiales en filagramme, KG. J’ai cru à une blague, voir une coïncidence, avant de me rendre à l’évidence : Remy Bux renaissait de ses flammes pour venir nous trancher la gorge. Et c’est bien la première fois que je laisse, avec un plaisir non dissimulé, quelqu’un s’approcher de ma carotide dénudée.






Et après tant d’années de mystères, KG pose les pieds dans le plat : on fout sa gueule de façon frontale en cover, on donne de vrais titres à ses morceaux et on va même pousser la chansonnette. Par contre, si l’on attendait que le musicien se calme niveau sonorités, on peut toujours se brosser, car Passage Secret a tout de l’attentat terroriste.

Clairement, j’ai un peu flippé en lançant ce nouveau disque. Combien de fois a t’on été déçu en écoutant le nouvel album d’un mec que l’on vénérait il y a dix ans ? L’érection de mon chat à l’écoute de P36 confirma vite que KG n’avait rien perdu de sa superbe : rythmique ultra rapide, bassline dégueu, riffs enregistrés dans une cuisine, on s’en prend plein la tronche dès l’entame hystérique. Mais la mélodie s’envole vite, les synthés perlent, et le brulot garage se transforme en fresque candide et fragile, matraquée par un tabassage ultra violent. C’est cette mélodie, pure et belle, largement étouffée par les saturations, qui viole le cœur. Une mélodie que l’on peut chanter sous la douche, et l’attaque finale tient autant du tube de stade que de la saillie underground dégueulasse. Un pur bonheur, d’autant plus quand l’on comprend que le disque va s’enchainer naturellement, sans pause, et qu’Ubermorgen est le pendant dépressif et dépouillé de l’agression précédente. Synthés fous, cordes émo, facette shoegaze (que l’on va retrouver régulièrement dans le disque), c’est court, mais ça a largement le temps de nous faire chialer.

Des larmes, c’est ce que tu cherches ? KG renoue avec ses amours rock via Auswendig, débutant sans crier gare sur une guitare bien encrassée, pour une comptine chantée en allemand, berceuse naïve passée dans un mixeur. Puis le miracle, les synthés explosent, c’est superbe, ça te prend la gueule et le cœur pour en fait de la bouillie. Je ne parle pas l’allemand, alors je pige rien, et je ne pourrai jamais chanter ce truc en allant au boulot. Mais putain qu’est ce que c’est beau.

C’est d’ailleurs dans ces terrains mélancolico-sublimes que Passage Secret remporte la timbale. Car si l’album est toujours aussi accidenté que les précédents LP de KG, une facette shoegaze et contemplative se fait plus présente. 440, longue fresque faite de bourdonnements et de guitares ténébreuses est un des meilleurs morceaux du disque. C’est beau comme jamais, tundra désertée pour accompagner avec perfection tes longues marches, de nuit, dans la ville. Pain Sec, dans le même délire, finira bien des insomnies, malgré sa courte durée un peu frustrante. Un vieux Bluesman édenté chantant la mort aurait été parfait.  Mein Herz schlägt nur für dich, encore plus aboutie, partira sans hésiter vers des territoires rock-electro-shoegaze drogués chers à Gooom il y a une époque, avec progression épique, riffs contagieux et break mystique avant un baroud d’honneur assez jouissif en mode tube imparable, avec allemand déclamé sur mélodie parfaite. Saute en hurlant contre les murs de ton appart après avoir chialé toutes les larmes de ton cœur : un bon concept.

On parlait de shoegaze, on frôlera presque le mur du son avec Abschiedsspiel et son lit de guitares bigger than life,  clameur froide et électrique, matraquée par un pied métallique et un chant (toujours allemand) noyé dans un bordel sans nom, pourtant hypnotique et rassurant. Se faire cajoler par un typhon, se prendre un immeuble sur la tronche, et aimer ça.





Mais mais mais, j’en vois venir, “ouai KG ce que j’aimais, c’était ses tirades electro, ses délires techno-disco-cancéreux qui me faisait bouger du cul tout en me tranchant les veines”. Ca tombe bien, il y en a une bonne plâtrée sur ce nouvel LP. Avec en point d’orgue Claque Merde, et sa longue intro débilitant tirée d’un super mario sous acides, avant de subitement se fracturer et partir sur une electro de folie, une instrue complètement viciée, dépressive et pleine d’espoir dans le même mouvement. Le bal des mutants, partouze de zombies, synthés en pleurs, c’est le morceau que tu passeras lors de la définitive soirée en club fêtant la fin du monde. Ca ravage les synapses parce que c’est beau, bizarre et implacable. Le mec se permet même de ressortir un gimmick déjà croisé chez Mr Bungle (Pink Cigarette le morceau Mort), ce parasite strident qui va s’intensifier jusqu’à explosion. Alors toi écoutes cette track qui ferrait passer les Chromatics pour des ringards, mais à cause de ce bip bip bip continuel, tu as la paume des mains qui sue, tu n’es pas serein, tu profites de la beauté du paysage en sachant pertinemment que tout va t’exploser à la gueule dans quelques secondes. Apprécier la beauté de la vie puis devenir fou. Perfection.

Tu as Rebonjour l’electronique aussi, qui, s’il casse le slogan implacable et définitif du précédant LP, permet néanmoins de débouler dans nos enceintes pour transformer bassins et hanches en charpies. Tu danses parce que c’est fou, mais c’est au final une lente descente hypnotique, une overdose dans les toilettes d’un club qui passe de la disco. On se rapprocherait presque du trip de Spectre 9, le coté cauchemardesque moins frontal, moins flagrant, mais encore plus présent, de façon pernicieuse, en filigrane.

Steinsuppe se la jouera débonnaire et agréable, qui va lentement se nécroser sur le crépusculaire Telefongeschwindigkeit, lente complainte noyée dans le rivotril. Des claques dans la gueule pour t’extirper de la léthargie ? Lance l’agression totale Nicht ums verrecken pour comprendre ce que c’est que de souffrir d’hyperacousie. Maladie difficilement supportable ? Je compatis.





On pourrait penser que je pèche par fanatisme, que j’exagère la qualité de cet album par aveuglement du vieil adolescent sur le retour. On connaît tous une vieille groupie qui mouille encore 20 ans après, en se remémorant ses nuits avec les Rolling Stones alors que les mecs ne tiennent plus debout la bite droite. C’est peut-être le cas. Sauf que 1/ je n’ai jamais (pour le moment) vu Remy Bux nu. 2/ Son Passage Secret défonce (à défaut de s’être fait). Certes, il n’y a pas de monument aussi ahurissant que S.P.E.C.T.R.E 2, diamant parmi les diamants, ange absolu extirpé de la fange. Certes, les deux trois passades rock pourront en hérisser certains (ils sont dans l’erreur). Mais putain, quel pied à écouter ces explosions de synthés déferler sur ta tronche. Ces bugs sonores te tétaniser les tympans. Ces mélodies émo te réchauffer le palpitant.

Ce n’est pas exempt de défauts, mais c’est ce qui en fait le cachet. Quid d’un disque parfait, quand on peut avoir un album salace, qui pue l’acier et le foutre, qui grince et hurle, qui se nécrose et implose ? Qui fait l’effet d’un paquet de dogmatil avalé à 200km/h sur l’autoroute (P36), d’un concert rock-noise qui se transforme en rupture amoureuse, avec ta nana habillée en mode année 30 qui monte sur scène pour te dire d’aller te faire enculer en essuyant ses larmes (Auswendig), d’une soirée en club passé à vomir tes consommations par le nez, les yeux fixées sur le stroboscope ? (Rebonjour l’electronique, ou Claque merde). Trop de beauté dans cette démence, trop de richesses dans cet LP désaxé, malade, anormal, pouvant déjà concourir au titre d’album de première nécessité.

Ecouter KG, c’est accepter qu’un taré déboule dans ton quotidien pour en dynamiter les fondations. Les sourires, les rencontres, les moments de repos. Il écrase ta vie avec sa saleté et sa violence mélancolique. Ca pourrait faire flipper, mais franchement, quel intérêt de revenir du boulot le soir, s’il n’y a pas la possibilité d’emprunter un Passage Secret permettant de légèrement dérégler ta journée ?

2014 vient à peine de commencer, et je viens pourtant de me prendre ma première grosse claque de l’année.






KG – Passage Secret – Teaser 2014 from hrzfld on Vimeo.






13 Titres – Herzfeld

Dat’

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Bonus : la chronique de “Adieu à l’électronique”, y’en à pas beaucoup sur le web.



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  1. Draught.fr Says:

    Super chronique qui ne devrait pas tarder à sortir n°1 sur google quand tu tape “KG passage secret”. Dat’ toujours en avance.

  2. KG [électro rock] | VERTIGOO Says:

    […] CHRONIQUES AUTOMATIQUES (à consulter ici) On a tous parlé des retours improbables ou inattendus qui ont marqué 2013, avec des formations […]

  3. UndergroundGringo Says:

    Whoa! Je suis tombé sur ce site et sur cet album en même temps.
    Grosse journée du coup! Belle chronique qui m’a donné l’envie d’écouter ce putain d’album.
    J’ai bien fait de rester glander sur internet plutôt que de sortir et d’avoir une vie.
    Merci.

  4. anti wrinkle Says:

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