Lee Bannon – Alternate/Endings


Retour à l’anormal



Lee Bannon semble bien insaisissable. Beatmaker attitré de Joey Badass et de la clique ProEra, le bonhomme a sorti en parallèle, depuis 2 ans, sur son bandcamp, des albums énigmatiques, entre dark-ambiant burialisé, et electronica-trap fantomatique. De ces releases incongrues, quelques diamants pointent, comme l’excellent EP Never/mind/the/darkness/of/it. Ninja Tune flairant le talent, se met en tête en sortir un deuxième LP du bonhomme de façon officielle. Et en connaissant le terreau Hiphop oldschool de Joey Badass et ses potes, la musique de Alternate/Endings semble aussi incongrue qu’un Hologram Lo qui rendrait hommage à Aphex Twin. Parce que sur cet album, les fondations sont dynamitées. Tu t’attendais à du cloud rap, de l’instrue trap, voire de l’ambiant obscure ? On peut se brosser, car le LP partir sur de la jungle assez violente, axe étonnant en cette époque passionné par la drogue tranquille.






Pourtant, il est certain que la drum’n bass & affilié fait un retour remarqué depuis peu, galvanisée par un footwork qui n’en finit plus de s’envoler dans le cosmos. On a pu croiser des rythmes jungle sur les derniers Burial, Ital Tek ou Machinedrum, qui a fait muter sa juke malade décharnée sur son dernier disque.

Le problème, c’est que la jungle, la vraie, j’en peux plus. Cela fait parti des musiques trop ancrées dans une époque révolue, celle  d’une adolescence à écrémer les MJC de province, ou guetter les premiers concerts d’Interlope (meilleur groupe français dans le genre), à croiser des mecs défoncés dans les chiottes, des nanas taper des crises d’épilepsie à moitié nues ou voir un gars perdre un doigt avec un pétard (true story). C’est en parti pour cela que j’ai grincé des dents à l’écoute de Rival Dealer, malgré les beaux apparats malaxés par le métronome déchainé de l’anglais.

Et ici, en écoutant l’entame du disque, on flippe un peu, avec son toaster défouraillé par un rythme déchainé à la Amon Tobin première époque. Mais Resorectah, après cette intro bestiale, part dans une sublime cavalcade bien nerveuse, avec des synthés à te filer le vertige. Car ce sont bien ces synthés qui donnent le tournis. Le morceau se trouve être une belle tirade ambiant-spatiale, loin du saccage d’introduction, lente dérivation dans les étoiles, avec une légère pluie de météorite en fond sonore. Resorectah donne aussi cette impression d’évoluer dans un Out From Out Where en 3D, assez impressionnant en terme de sound-design. On serait presque rassuré, en ce disant que Lee Bannon va peut-être réussir le tour de force de nous fasciner avec un genre quelque peu galvaudé.

Pourtant, le bonhomme ne va pas se censurer, et les accès de violence sont bien présents. Certains morceaux sont de purs assassinats, comme NW/WB, pas forcément profond mais bien défoulant, un Cold/Melt sensible et mélodique malgré les écarts de nervosité, ou la fresque Readly/Available, rebutante au départ, mais sauvée par sa superbe seconde partie avec son piano d’outre-tombe. Mais c’est aussi dans ces exercices énervés que Lee Bannon ne convainc pas forcément, avec des morceaux un peu trop linéaires ou désertiques (Eternal Attack dont on ne se souviendra pas, Shout Out The Stars And Win, qui ne semble pas terminé, malgré une longue descente du plus bel effet, ou Prime/Decent qui m’en touche une sans faire bouger l’autre)





Mais c’est dans l’émotion que Lee Bannon excelle. Dans cette facette chaos x cosmos qui sublime bien souvent des compositions secouées. Bent/Sequence pourrait sonner décharnée, mais elle fournira pourtant, après le maelstrom de rigueur, une deuxième partie de folie, avec synthés à chialer et conclusion en apesanteur.

Phoebe Cates en est surement l’éminent représentant. Intro des ténèbres, balade de spéléologue dans une caverne de glace emplit d’anges, qui va vite accueillir un beat imposant, un pied pachydermique façon battements de cœur du monstre tapis au font de la grotte. La mélodie crève cœur (ce clavier !!), timide, est parfaite, accompagnée du chant désabusé d’âmes errantes. On frôle le carton plein, sans jamais en faire trop, sans réellement tomber dans la violence sourde. 216 ressortira presque les velléités hiphop de Lee Banon, avec cette boucle de piano langoureusement caressée par un métronome ralenti. Là encore, une petite sensation de vertige domine, errance nocturne matinée de Rivotril, avec des synthés qui tourbillonnent à n’en plus finir. La cadence mute toutes les 30 secondes, la mélodie se fait menaçante sans être pesante. La conclusion, magnifique, bien que frustrante, finira de nous planter des étoiles dans les yeux.

Un peu plus loin, Value 10 jouera encore plus la carte câlin, avec une track qui aurait pu se glisser dans le dernier Machinedrum, avec cette drum ‘n ‘bass racée, télescopée à des éléments plus actuels, façon voix puputes de Uk Garage. Le rythme est effréné mais hypnotique, on est dans la crise d’épilepsie contrôlée, la bave aux lèvres sur hauts talons, le stroboscope fatigué de fin de soirée. Putain de beau morceau.





Difficile d’escamoter la facette Jungle du disque en écoutant ce Lee Bannon. Mais l’erreur serait de se focaliser sur les rythmes. Car c’est bien sur ses passages beatless et mélodiques qu’Alternate/Endings impressionne. Les morceaux peuvent tout à coup partir dans les étoiles, histoire de fracasser les colonnes vertébrales (le court moment de paix sur Cold/Melt à 1min30, nickel), et cette envie de nous faire dériver en apesanteur en annihilant toute notion de temps est extrêmement présente dans cet LP.

Plus qu’un appel du pied à la jungle, Alternate/Endings semble être un hommage direct, peut être inconscient, au grand disque d’Amon Tobin, indispensable Out From Out Where (déjà sur Ninja Tune à l’époque). Même tirades synthétiques planantes, même attrait pour télescoper ces derniers avec des rythmes déglingués. Ballade spatiale cyberpunk, légèrement plus actuelle chez Lee Bannon avec ces incursions vocales et ces teintes émo. Oh, loin de moi l’idée de comparer un disque culte et indépassable à cette sympathique galette. Mais impossible de ne pas penser à une filiation.

Lee Bannon réussît, avec cet Alternate/Endings de très bonne facture, à me refaire écouter un peu de breakbeat avec un sourire non dissimulé, plaisir surprenant que de bander devant quelque chose qui me révulsait depuis quelques années. C’est beau, c’est propre, c’est extrêmement bien produit, et ça secoue assez pour nous filer une jolie taloche. Du bon boulot.






Lee Bannon – Value 10






Lee Bannon – Phoebe Cates






12 titres – Ninja Tune

Dat’

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  1. PS’Playlist février 2014 Says:

    […] 5) Lee Bannon  – NW/WB (Benjamin Fogel) Extrait de “Alternate/Endings” – 2014 – Drum & bass S’il y avait bien une chose à laquelle je ne m’attendais pas en 2014, c’était de me passionner pour un disque de drum & bass / jungle, et encore moins pour un disque de drum & bass / jungle réalisé par Lee Bannon, producteur hip hop affilié à Joey Badass. Pourtant, sans chercher l’originalité à tout prix, Alternate/Endings m’apparait comme un disque riche, truffé de chouettes idées mélodiques, où les rythmiques syncopées servent tout autant à faire ressortir les passages beatless. L’ami Dat’ en parle plus longuement sur Chroniques Automatiques. […]

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