Cum On My Selector 26: Nidia, Ascendant Vierge, Arca, Space Afrika, Skinny Sixbool, Ize, Mamman Sani Abdoulaye


This is not a drill


Selector 26, où l’on tente d’écouter de de belles choses pour ne pas devenir fou, chez soi:



Nídia – Capacidades

La musique, ça te rend heureux, ça te donne envie de danser, ça te pousse à balafrer ton visage de larmes. C’est la fête seule, la dépression à plusieurs. Ce Nídia, c’est tout ça, passé au mixeur. Couvée par le label Principe, qui livre des galettes essentielles depuis des années (DJ Lycox “Sonhos & Pesadelos”, album immense), mais parfois trop obscures, légèrement trop expérimentales pour pouvoir voler ton coeur et casser ton cerveau dans le même mouvement.
Pas avec ce Capacidades de Nidia, diamant nostalgique puant la fête et les couchers de soleils, suintant les moments ou tu pouvais gigoter avec tes potes devant des enceintes géantes sans flipper de te taper une pneumonie mortelle. Le reste de l’album est très fort, certes légèrement moins céleste et émotionnel que cette track folle, mais peu avare en grosses claques qui traumatiseront tes voisins englués sur Netflix.
Príncipe est bien parti pour être le label majeur de cette étrange année 2020, esquivant les virus et lockdown à coup d’albums et compilations imparables (on reparle de l’excellent nouvel EP de DJ Lycox bientôt). Imparable.






Arca – Time

Arca est l’exemple typique de l’artiste qui va te fasciner à chaque album, à bousiller ton cerveau à coup de sound-design inouï et trouvailles sonores en 4D plus efficaces q’une seringue de LSD directement plantée dans tes tympans. Sauf qu’ Arca a souvent peiné à réellement hypnotiser sur l’ensemble d’un album, tant la radicalité de sa musique oubliait une donnée simple: le plaisir d’une mélodie, d’un refrain accrocheur. Le dernier LP en date de la vénézuélienne opérait déjà une mue vers un terrain plus lumineux (Desafio, Anoche, Reverie…) mais Kick i semble être le premier disque purement pop de l’artiste, s’ouvrant aux featurings paillettes (Rosalia, Sophie) et gimmicks accrocheurs.
L’album, au choix parfois bizarres (la moitié des morceaux s’arrêtent sans avoir vraiment commencé), abrite pourtant un mini chef d’oeuvre, Time, vignette romantique que l’on aurait aimé entendre se délier pendant 6 minutes. Les plus beaux synthés de l’année s’enroulent dans une slow-motion façon retour de boite de nuit à 5am, éclaté par l’alcool et la drogue, bouffé par la mémoire de tes amours perdus. Le clip est l’oeuvre vidéo la plus sexuelle et bandante de 2020, et je rêve d’un monde où tous les films clichés de merde utiliseraient Time d’Arca pour habiller une scène de cul, au lieu d’une sempiternelle balade piano.
Le morceau est trop court? Fais comme moi, passes le en boucle.






Space Afrika – Oh Baby

Dans un monde qui semble voué à s’autodétruire, entre virus incontrôlé, police en roue libre et frange d’une population décérébrée s’insurgeant encore que des gens demandent à être traité de façon égalitaire, beaucoup ont envie de parler, hurler leurs revendications. La Techno, qui a pourtant des racines éminemment politiques, n’est pas forcément le genre le plus facile pour le faire. Space Afrika, plus habitué à une Techno catacombes à la Echospace, a trouvé la solution, en rangeant les beat sourds pour sortir les samples tire-larmes, à faire frémir les plus insensibles. Le monde est découragé, le monde étouffe, le monde cherche un peu d’espoir. Et c’est exactement ce que l’on ressent en écoutant cette mixtape absolue, parfaite reflet de ces derniers mois, ou l’abattement et la tristesse laisse perler quelques âmes fortes, prête à changer le futur et gérer tout ce bordel.
The Caretaker vs année 2020 BLM, on y pensait pas, et c’est magnifique.






Skinny Sixbool – La Rue

Que tout le monde se mette soudainement à parler de drill, c’est un peu bizarre. Mais que tout le monde se mette à parler de Retro X, Lala &ce et leur entourage, c’est mérité. Le rap violent, c’est beau. Le rap émo, c’est bien. Mais tu entends une compilation de rap francais commencer par un freestyle à moitié défoncé sur l’un des plus beaux morceaux de Boards Of Canada (Amo Bishop Roden) et que le tout est vendu sur Bleep.com, c’est qu’il y a truc spécial. J’aurai pu écrire un paragraphe enflammé sur (au moins) la moitié des morceaux présents sur ce Emodrill, mais je suis d’humeur mélancolico-fénéante, alors on se focus l’un des plus évidents, La Rue:
Skinny Sixbool arrive à te prendre la gorge juste en disant “je vis trop la nuit, depuis des années”, et c’est facile. Mais que le mec te casse le palpitant en disant “j’ai beaucoup de dossiers sur ma clef usb”, c’est balaise. La Rue est un morceau fluide as fuck, pop à mort, documentaire audio sincère d’un gars qui te chiale ses peines sur une instrue parfaite.
En espérant que Skinny Sixbool ait autant de sons aussi émo-balaises que de dossiers sur son DD. Qu’il les devoile, que l’on puisse trop pleurer.






Ize – This is not a drill

Paranoia Agent version 2020. Tu reviens fourbu du boulot, tu as pris le dernier train, et marche vers chez toi, sur les rotules, dans une rue sombre, avec pour seule compagnie un lampadaire clignotant. Tu n’en peux plus de cette vie loopée à l’infinie, à tapiner dans un open space pour un patron qui te débecte, bouffées de haine te serrant le corps à chaque fois qu’il ouvre sa bouche.
Pas un chat dans la rue, tu es dégouté car tu n’as rien à bouffer dans ton frigo, mais trop crevé pour aller à l’épicier du coin. Un rat qui file sur le béton, une grand-mère flippante fouille les ordures, tu te sens pas super bien et commence à accélérer le pas, clefs de l’appart’ bien serrées dans ta main.
Au loin, tu entends un son perler, rythme bizarre et hypnotique, ça vient de l’impasse noire sur ta droite, alors tu regardes, mi-fasciné mi-apeuré. Le son mute en avalanche drum’n bass ultra agressive, et un mec arrive en courant sur toi en hurlant comme un damné, une batte de baseball à la main, et te percute le front. Métal froid sur la gueule, sang plein la bouche, tu sens le béton froid imprimer ta joue. Le bonhomme continue à te tabasser la gueule en criant plus fort qu’une Morano sous Ritaline, tu ne ressens même plus la douleur, juste des coups sourds, et la nausée qui enveloppe tout ton être. L’oeil torve, bientôt mort, tu constates presque avec amusement qu’une de tes dents est collé à l’arme du mec, via une pâte visqueuse faite de chair et cheveux. L’enculé ne voulait même pas de ton argent, juste t’exploser la tronche.

Ize arrive dans le game avec tellement d’agressivité et de haine qu’il pourrait repousser une pandémie mondiale à coup de batte de baseball.






Ascendant Vierge – Faire et Refaire

Ha, c’est facile de faire une chronique sur un morceau pareil, non? “Cath Ringer qui a mixé ses céréales avec du PCP dans un club de Shibuya”. “Mylène Farmer coulée sous 6 litres de bétons gabber”, ou “concert de chanson française schyzo après trop d’early morning au Berghain”. Mais ce morceau d’Ascendant Vierge, ce n’est pas que des raccourcis pour journalistes un peu flemmards.
C’est surtout un putain de tube ultra beau, une chanteuse folle qui te casse la colonne vertébrale sur un napalm techno hallucinant. Ca va faire fuir tout le monde, à part nous, les tristes, les désaxés et les déments. Car nous, on veut juste chialer et danser, on veut hurler sur une piste de danse en s’arrachant le visage parce qu’on est heureux et triste tout le temps, parce que l’on ne comprends rien à la vie, parce que nos coeurs explosent étouffés par la merde. Alors on tente de se faire dérouiller par une musique belle et moche, par un truc épique improbable qui te donne envie de pogoter en club tout en pensant à ton père mort trop tôt. Par une musique qui te pousse à te battre dans la rue avec n’importe quoi parce que tu as la rage et que tu as envie de vivre mais tu ne sais pas trop comment. C’est de la musique qui te file la frousse, qui te casse la colonne et qui te crache à la gueule.
Ascendant Vierge, c’est de la gabber et de la pop ouai, mais c’est surtout une grenade dégoupillée sur la piste de nos clubs lambdas et nécrosés.






Barry Lynn – Particle Spin

Ce Cum on My Selector est bigarré, oui, mais il fallait bien un petit morceau d’electronica tout beau et fragile, un classique pour draguer tous les coeurs perdus voguant sur les forum WATMM en quête d’un nouvel album excitant de Chris Clark. Barry Lynn, c’est surtout Boxcutter, qui avait bien excité des oreilles entre 2007 et 2011 sur Planet Mu. Le bonhomme a disparu des radars (la dernière fois que j’avais écouté un album de ce gars, c’était avec un discman!), avant d’atterrir dans mon itunes avec un nouvel album en 2020. Mais c’est une autre compile, rassemblant des morceaux créés durant ses années étudiantes, qui a réellement fait mouche. Et si l’on sent le poids des années sur pas mal de morceaux de cette compilation ‘early years’, il y a une vraie magie sur cet aérien Particle Spin, avec sa superbe mélodie tire-larmes et ses rythmes effilés rappelant l’âge d’or de l’IDM warpienne de la fin des 90. Cela ne casse pas des colonnes vertébrales, mais ça réchauffe doucement le coeur.






Mamman Sani Abdoulaye – Five Hundred Miles

Vu que j’ai passé 80% de mes 5 derniers mois coincé à la maison, j’en suis arrivé à foutre mon itunes en total shuffle, laissant l’algorithme décider de mes écoutes, passant à la moulinette du hasard des dizaines de milliers de morceaux. Et l’algo est retombé sur un morceau qui était perdu dans ma machine, un truc sublime, mélancolique, qui m’a fait du bien, et m’a convaincu que dans monde courant vers sa destruction, on pourrait bien tous être sauvé par une simple & belle mélodie.





Dat’


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  1. Comix Says:

    Sympa ce petit selector de l’été. (Rhoo ! Skinny Sixbool, putain dès les premier miaulements vocodés, j’ai déjà envie de jeter mon enceinte par la fenêtre. Mon allergie à l’autotune est visiblement incurable. :)). Le truc d’Abdoulaye, c’est la mélodie de “j’entends siffler le train” non ?

  2. Dat' Says:

    Comix = Yes, exactement, c’est la melodie de 500 Hundred Miles vs Secret Of Mana le truc.
    J’ai deja une liste de morceaux pour un autre selector, que je sorte ça dans moins de mille ans

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