Top Albums 2021 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 16th, 2022 by Dat'


> Top albums / Rétrospective 2021



L’année 2021 étant quasi similaire à 2020 en terme de confinement et temps passé à rien foutre la nuit, ce fut encore l’opportunité de convertir ses journées de télétaff en heures supp Soundcloud et Bandcamp. Comme pour 2020, j’ai la confirmation que d’écouter de la musique pendant 8 heures, c’est en fait bon pour la santé.

Ce top est à nouveau fortement influencé par le fait de rester chez soi à rien branler, avec pas mal d’albums qui annihilent la notion du temps qui passe. Il y a eu pourtant de sacrés bons albums en 2021

Comme d’habitude, ce top ne reflète que mes écoutes personnelles, n’a aucune ambition à prôner le bon goût, et vous aidera simplement à dépenser l’argent cadeau de mémé sur bandcamp (A nouveau, veuillez excuser la prose hésitante, voir un peu dégueulasse, de ce top, je n’écris en français une fois tous les six mois).

Il y a donc ci dessous: un top 12 albums 2021 sans distinction de genre, les Best Tracks 2021, les LP de r’n’b-hiphop chelous qui ont dominés 2021, les meilleurs à venir en 2022/2023 et le reste des tracks en feu de 2021.






> TOP ALBUMS 2021




– Floating Points & Pharoah Sanders & London Symphonic Orchestra – Promises

Cet album est tout en haut de mon top, pour une raison simple: l’énorme explosion qu’il a créé dans mon cerveau à la première écoute. Lancé dans mes enceintes de façon mi-sceptique mi-indifférente, Promises a complètement désintégré en quelque secondes ce qui se passait autour de moi, fixant mon âme sur ces petites notes cristallines que l’on entend dès l’entame. Plus rien d’autre n’existe quand tu écoutes ce disque. Il y a juste cette mélodie fragile qui nous servira de guide, que l’on entendra (quasiment) tout le long de cette fresque de 45 min, et qui nous tiendra la main façon ICO, sans jamais nous lâcher, pour nous accompagner dans une aventure peuplée de caractères forts (le saxophone de Sanders, les cordes du London S. Orchestra, les nappes à la blade runner de Floating Points), et de personnages annexes (les babillements vocaux, les silences, les crissements, les hululements de synthés).
Ce disque m’a fasciné (“Mouvement 1/2″), fait sourire (“Movement 4″), pleurer (“Movement 6″), planer (“Movement 7/8″), il m’a émerveillé tout du long, et semble à chaque écoute me téléporter dans une pièce coupée de tout, où seule la musique compte. Cet album est aussi tellement bien produit, à la qualité de son tellement aboutie, qu’il est aussi clair et impactant de l’écouter sur des enceintes massives que via le haut parleur d’un pauvre iphone laissé sur un coin de table. Surement la plus belle fresque electro-émotionnelle de 45 minutes depuis le Melancholie de B.Fleischmann. Hallucinant.


– Fred Again.. – Actual Life 1 (April 14 – December 17 2020)

Depuis deux années improbables à être forcé à ne quasiment rien faire, il a eu de nombreux moments où, entre quarantaines et soirées sur le balcon à regarder les étoiles, une envie irrépressible d’écouter un album lumineux, enjoué et pourtant sacrément mélancolique pointait le bout du nez. Un disque bourré de voix tristes, de mélodies émo, de claviers cristallins, un truc presque trop nostalgique pour être honnête, qui te donne envie d’écarter les bras et sourire en dansant comme un con sous les réverbères à 3h du mat, en rentrant d’une soirée quasi-clandestine chez des potes.
Ce Actual Life, couvrant musicalement une première année de pandémie (Fred Again.. en sortira un deuxième pour 2022, légèrement moins fort), serait presque le grand écart parfait entre l’isolement / spleen d’un Burial frôlant avec la pop, et la candeur lumineuse des vieux albums de Moby. Certains brocarderont ce disque comme étant trop facile, trop direct (un peu comme Moderat à l’époque), d’autres tomberont directement amoureux d’un LP aussi beau et pur que l’ivresse d’une soirée tristoune post-rupture. Actual Life pue la solitude, la ville la nuit, les rencontres entre amis de longue date, c’est limpide, souvent naïf, et au final indispensable.
Comme dit en boucle sur le morceau “Julia”, “I’m deep diving in your emotions, and I fucking love it”.


– Walt McClemens – Hole in the fence

L’autre claque quasi-mystique de 2021. Le concept est simple: tout est une histoire de mélodie. Walt McClements prend son accordéon, empile des effets chelous et des synthés (?) à n’en plus finir, pour te balancer des fresques electronica-ambiant-droguées hallucinantes, belles comme la nuit, ultra émotionnelles, qui n’en finissent plus de monter, jusqu’à te prendre à la gorge et te laisser pour mort.
Walt McClemens semble avoir dessiné ces compositions en ayant en tête les voyages vagabonds et le spleen des brèves rencontres charnelles sur lieux de cruising, mais je vois surtout cet album comme une sorte de remix émo d’une BO de film spatial contemplatif à la Ad Astra. Se laisser porter dans le noir infini de l’espace, à planer entre astres et planètes sur des notes d’accordéon va devenir mon nouvel objectif de vie. Certains morceaux, comme “Tresholds” ou “Climb” sont tellement parfaits qu’ils devraient être utilisés comme hymnes officiels de la discipline “je laisse mes pensées mélancoliques vagabonder, en regardant le paysage assis dans un train”. Certes, je suis un grand fan d’accordéon triste, donc je ne suis pas objectif
Hole in the Fence est sûrement l’album que j’ai le plus écouté la nuit en 2021, et il risque de très probablement rester bien calé dans mes playlists nocturnes pendant de nombreuses années.





– Blawan – Woke up right handed

A l’instar de mon top 2020, un EP se glisse dans le top album. Petite filouterie de ma part, mais au vu de la baffe administrée par Blawan, ce disque se devait d’être placé bien haut dans cet article. Encore une fois avec l’anglais, pas de fioriture, on est dans le pur terrorisme musical, balançant 5 tubes aussi rudes et âpres qu’une redescente de drogue après s’être fait encorné par un taureau. Légèrement moins techno que son album de 2018, mais tout aussi jouissif, Blawan crache une espèce de UK bass cancéreuse, faisant le grand écart entre l’ultra violence d’un Clark des beaux jours, les vrombissements sous crack d’un Mr Oizo et le côté mélodico-cool des collègues de label Overmono. “Under Belly”, tube absolu de l’Ep, semble célébrer le règne de la techno 4D, un truc qui te secoue les tripes autant qu’il te masse les tympans. Presque dangereux à écouter dans une bagnole sur l’autoroute, tant l’habitacle du véhicule se met à vibrer violemment si le volume dépasse un certain niveau (vraie histoire).
Écouter ce Woke Up Right Handed, c’est se masturber avec du papier de verre tout en écoutant de la musique club, la peau en lambeaux, douché par son propre sang, et aimer ça. Un nouvel album est demandé d’urgence.


– TREN – The rising and setting of the heavenly bodies

J’avais placé dans le fond de mon top de l’année dernière une bizarre video youtube, uploadé en 2019 sans aucun crédit avec quelques milliers de vues seulement, balançant 50 min de techno-émo-mélodique magistrale, d’une beauté absolue, entre club de cathédrale et dancefloor dépressif. Depuis, rien de spécial, à part une deuxième vidéo similaire.
Et boum, sans prévenir cet automne, TREN ouvre un bandcamp et propose à la vente une version officielle de l’album uploadé sur youtube, en haute qualité + version vinyle pour ceux qui veulent chialer pépouze devant leurs turntables. Pourquoi le mettre dans le top si le tout existait déjà sous une forme non officielle depuis 1 an et demi? Parce que ce disque reste toujours aussi dingue, qu’il est qualifié d’album avec une date de sortie en 2021 sur discogs, que l’on peut enfin naviguer entre les morceaux comme bon nous semble et que l’on a plus à se connecter sur youtube ou écouter un vieux rip mp3 pour prendre son shot de techno mélancolique.
J’ai pourtant du écouter des morceaux comme “Funeral Canticle”, “Trembling”, “Positivism” ou le quasi religieux “Sonnet29″ (putain!) des centaines de fois depuis 2019 (si l’on cumule le youtube et l’album). Et je continue de m’émerveiller sur les mélodies de ces synthés et orgues d’outre-monde. Comme déjà dit l’année dernière, ce disque devient un indispensable pour habiller mes écoutes nocturnes, aux côtés d’un This is Not de Metatron ou d’un Self Titled de Burial. Ça veut dire beaucoup.


Ross From Friends – Tread

Ce disque m’a vraiment pris de court. Pas vraiment fan de Ross From Friends jusqu’ici (tout en saluant l’audace d’un nom d’artiste quasi introuvable sur Google), écoutant la plupart de ses projets d’une oreille distraite, j’ai abordé ce nouvel album de façon désintéressé, faute de mieux ce jour-la. La claque fut immédiate: Tread semble se poser comme le disque parfait d’electronica-emo de 2021, bourré de morceaux fous, de cavalcades épiques, de voix pitchées, de synthés trance à chialer… (“Revellers”, c’est la rave pour hypersensibles dansant toute la nuit, les rétines brûlées par des néons roses et bleus. 7 minutes à tuer sur place tout amoureux d’IDM trance-ish).
Si l’album reste majoritairement sur une couleur UK bass, il s’autorise quelques dérapages incongrus mais au combien maîtrisés, entre l’electronica très Warp de “XXX Olympiad”, les samples soul de “Brand New Start” ou la tirade presque BOC de “Morning Sun in a Dusty Room”.
En point d’orgue, un morceau hallucinant, un truc qui m’a arraché la colonne vertébrale à la première écoute, un diamant que j’avais mis en avant sur ma chro sur les algo: “Run”, glissé au milieu du disque, fresque beatless aux claviers mirifiques, qui m’a rappelé mes amours musicaux adolescents, quand j’écoutais à fond du Tepr sur le chemin de l’université. Une pure folie.
Est-ce que Tread est un album révolutionnaire qui va changer le monde? Pas une seconde. Va t’il tranquillement se caler dans les must-have albums de tout amoureux d’electronica-émo aux synthés tristes et puputes? C’est bien possible.





– LOW – Hey What

LOW, groupe le plus consistant de ces 20 dernières années? Très probablement. “Hey What” ne m’a pourtant pas filé une claque aussi gigantesque que son Double Negative d’il y a quelques années, et l’on peut sans trop de risque classer ce nouvel album en deçà des oeuvres absolues du groupe (pas besoin de les citer ici, vu que faire un top sur LOW créé des guerres encore plus intenses que des forums Reddit sur la vaccination).
Hey What est d’ailleurs pas si surprenant/unique que ça, quand on a déjà poncé le dernier album une centaine de fois. Alors pourquoi le claquer dans le top de l’année?
Parce que LOW est seul à faire cette musique complètement folle, cette destruction effarante d’une musique pop lumineuse passée au napalm, de choeurs quasi religieux désintégrés par des saturations inhumaines, terrassantes, encore plus violentes (!) que sur leur précédent opus. Parce que la plupart des morceaux de ce disque font autant chialer que suffoquer (“Disappearing”, “The Price You Pay”, “I Can’t Wait”, “All Night” etc…). Parce que le disque atteint un équilibre étonnant, bizarrement calme sur sa globalité malgré l’apparente sauvagerie, car calant de longues plages ambient entre ses pics de violence extrême. Une expérience qui, comme pour chaque album de LOW, ne laissera pas grand monde indifférent.


– Sameer Ahmad – Effendi

L’avantage de faire son fainéant et de publier son top de l’année écoulée mi-janvier, c’est que l’on a bien le temps d’écouter les excellents disques qui sortent en Décembre. Et le Effendi de Sameer Ahmad en fait partie (ainsi que le LP de La Fève), sorti en catimini en cette fin d’année, avec cette pochette/artwork magnifique, et qui s’est tranquillement glissé dans le podium de mes écoutes 2021. Pour résumer, j’ai passé mon décembre entier avec ce disque en boucle, à en explorer chaque recoins, à en devenir presque soûlé d’entendre le gars me susurrer ses métaphores dans les oreilles. La recette marche toujours, Sameer continue de te balancer ses rimes d’un ton désintéressé en te fumant ses clopes à la gueule, glissant sur les instrues avec la nonchalance d’un vieux skater. En gros, pas de grosse révolution par rapport aux précédents LP.
Mais alors, si Sameer est toujours aussi balaise, pourquoi ce Effendi dans le top, et pas les récents albums des années précédentes? Simplement pour les instrus, ultra-belles ici, bizarrement plus impactantes (pour moi) que celles des LP de 2019/2020. Effendi te claque des prods magnifiques, des boucles lumineuses qui filent des papillons dans le ventre et m’obligent à prendre une bagnole pour conduire sur une autoroute avec le soleil couchant dans le dos. Un morceau comme “Vera Cruz” peut aisément placer son cul sur le trône du meilleur morceau rap fr de l’année.
Sameer Ahmad prouve aussi que l’on n’a pas besoin de sortir un album de 85 minutes et 27 morceaux pour branler les algorithmes.
Ah, et enfin, sortez des posters ou vyniles de cette pochette!


– Joy Orbison – Still Slipping vol.1

On y croyait plus. Après 10 ans d’EP sortis sporadiquement, et un tube absolu en 2011 (!), Joy Orbison déboule sans prévenir avec l’album le mieux branlé du game UK garage/bass de 2021, bourré de petites mandales infectieuses, de boucles mélancoliques et beats claudicants.
La vraie force de l’album (ou de la mixtape, comme indiqué par l’artiste lui même) est qu’il est pensé non pas comme une collection de tracks taillées pour le streaming en mode shuffle, mais comme un vrai LP avec structure narrative, transitions nickel chrome et surtout pleins de petits enregistrements des parents et famille de Joy Orbibi, qui s’incrustent sur la plupart des titres.
Ce qui aurait pu être un concept branlant parasitant le disque magnifie au final le tout, donnant un caractère super chaleureux et personnel à l’album. LP qui peut se targuer d’avoir un dernier tiers absolument fou, avec 4 morceaux imparables, s’enchainant parfaitement et finissant sur un tube UK garage d’une beauté folle, “Still Slipping”, qui donne autant envie de chialer que de danser.





Deadbeat meets The Mole – Deadbeat meets The Mole

Dans ma chambre encore noire, le soleil semble faiblement perler entre les rideaux. Pas certain de l’heure exacte, je me demande si je n’ai pas simplement passé la nuit entière dans mon lit, sans bouger, à attendre le sommeil sans succès. A flotter mentalement, les somnifères paralysent mon corps, mais sans jamais atteindre mon cerveau, cadenassé par l’angoisse, en roue libre complète, torpillé par des images mentales ingérables, qui ne cessent de me tomber sur la tronche comme une pluie d’étoiles. Trop épuisé pour dormir, je décide de me lever et de marcher vers le salon, tenant à peine debout, les jambes raides et engourdis hurlant intérieurement pour un peu de repos.
Stressé par la journée de boulot à venir, me disant que me connecter à cette heure-ci me permettra de trier quelques emails et gagner du temps, j’ouvre mon ordi, qui m’éblouit de sa lumière blanche. Je n’ai rien à faire d’autre de toute façon. Après avoir passé en revue mon outlook, je commence à traîner sur le web au hasard, sans but, comme un mec coincé pendant une heure devant son menu Netflix, ne sachant quel film choisir, malgré les recommandations taillées sur mesure.
Appart trop silencieux, yeux qui brûlent légèrement, je décide de lancer Deadbeat meets The Mole. Cette musique electronica chelou, joyeuse mais mélancolique, me berce doucement. Certains morceaux sont parfaits pour cette heure de transition, fin de nuit, aube aux teintes bleutées. La musique s’étire, j’en perds la notion du temps, et le fait d’être explosé par le sommeil renforce ce côté hypnotisant du tout. C’est beau, enjoué, un peu drogué. Parfait. Puis “Farfisa Hoser Hymnal” commence, et au moment où ce morceau absolument magnifique résonne dans mon appartement vide, je me mets un peu à pleurer. Je suis éreinté, rongé par l’épuisement, à bout de force. Mais je me sens bien. En paix. Presque heureux.


– Baby Keem – Melodic Blue

Ce disque n’a aucun sens. Au vu de la pochette, tu t’attends presque à un disque hiphop-hippy-émo. Raté, Melodic Blue est un disque schizophrène, avec en acteur principal le fils caché de Kendrick Lamar et Koba LaD (sisi) débitant sur une quinzaine de morceaux son amour de la baise et des odeurs corporelles post-coïtales. L’autre spécificité du disque, c’est de pousser l’idéologie du beat switch, en vogue depuis quelque temps, à son paroxysme absolu: un bon tiers des morceaux contenant 2-3 différentes instrues, minimum. Tu te retrouves au final avec un album de 16 titres, mais 40+ beats, ça n’en finit plus de bifurquer, de muter, de passer d’une tirade autotunée pépère à une charge épique en un claquement de doigt. Le tout majoritairement produit par Keem lui-même.
Alors tu te retrouve devant l’un des albums les plus jouissifs de l’année, blindé de morceaux bangers complètement cons (“Pink Panties”, “South Africa”, “Range Brothers”…), de brûlots tubesques fous (“Trademark USA”, “Booman”, “Vent” et évidemment “Family Ties”, l’un des morceaux napalm de 2021) et de petites perles cheloues (“Spacegoats”, “First order of business”, “Lost Souls”). On flirte même avec le Kanye de 808 heartbreak sur certains tirades plus ou moins réussies (“Gorgeous”, “Scars”, “Issues”).
Baby Keem est en roue libre complet pendant tout le disque, avec son flow élastique de mec “bourré à la bourre”, empilant les métaphores de bite et de squirting jusqu’à en être à bout de souffle.
On étudiera sûrement pas Melodic Blue sur les bancs de Sciences Po dans 20 ans, mais d’ici là, le disque aura fracassé bien des auto-radios.


– Ochre – An Eye To Windward

Ce top regorge de musiques à écouter seul la nuit, quand le reste de ton monde dort, vu que les concerts et clubs sont presque devenus des denrées rares (ou interdites). Ochre n’a pas attendu la pandémie pour faire voyager les gens insomniaques à coup de musique electro-éthérée, aux mélodies cristallines et synthés beaux comme la mort, et cela depuis plus de 15 ans. L’un des rares rescapées de la période IDM émo du début des années 2000 à encore balancer des albums de façon régulière, souvent excellents.
An Eye To Windward pousse la recette de l’electronica émo-contemplative de façon encore plus poussée: fini les morceaux épiques space-opera de Project Caelus, ou les rythmiques claudicantes un peu glitch de ses anciennes galettes. Ce nouveau disque est fait pour l’amour de la mélodie, et seulement la mélodie.
Amoureux de petites fresques electronica belles à chialer? Et bien voilà un vrai album te racontant une histoire pendant 10 titres, aux facettes multiples, à l’émotion poussée au max, avec certaines lignes de synthés qui filent la chair de poule en deux secondes chrono (sublimes “First Builders”, “Rising Tides”, “Fata Morgana”, “Diapause”…). Avec en point d’orgue “A Current Under The Sea”, gros choc, qui peut se targuer de balancer la plus belle mélopée idm de 2021, à rendre des mecs comme Plaid gravement jaloux. Ce disque me fait presque penser à un DLC musical de Outer Wilds (magnifique jeu -diamant?- indé qui me marquera à vie), c’est dire le compliment, vu la BO parfaite du jeu.
En bref, Ochre te fournit une cargaison luxueuse de morceaux à écouter la nuit en regardant les étoiles, laissant tes pensées divaguer sur le paradoxe de Fermi.




> – Contenders 2021: Ils auraient du être dans le top mais y’avait pas la place.



La Fève – ERRR – la trap mélancolique fr dans toute sa splendeur, court et efficace, avec en prime de biens belles prods.

U-ziq and Mrs Jynx – Secret Garden – excellent disque d’electronica façon age d’or Warp/Rephlex, c’est simple, c’est beau.

King Gizzard & the Lizard Wizard – Butterfly3000 – J’ai eu du mal à le garder hors du top celui là, génial album pop électro d’un groupe qui n’en finit plus de surprendre, et surement leur meilleure sortie depuis quelques temps.

Duke Deuce – Duke Nukem – l’album rap de 2021 pour se défouler jusqu’à en perdre connaissance.

AGT RaveCru – Advanced Ganymede Tech – disque complètement débile et jouissif, en mode sale rave qui tabasse dans les caves clandestines.

Koreless – Agor – j’ai cru au début à un album de Blanck Mass en plus mélodique et éthéré. Un sacré bon disque pour de longues balades en ville la nuit.

Feral – The End – un excellent album d’abstract hiphop émo glitché, avec un morceau absolument magnifique au milieu, God’s Country.




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> TOP SONGS 2021:




LIL MARIKO – CATBOYS: C’est bon, on a le morceau du futur. La musique de 2028. Le vrai Cyberpunk. Celui où il n’y a plus de préférence sexuelle, où tout le monde baisera avec tout le monde directement dans la rue avec des toys mécaniques, où des néons géants proposent des services sexuels non-binaire & tarifés dans le métro. Le monde de bientôt où, sur une prod trap phénoménale (ici de Full Tac), des petites nanas asiatiques de 42 kilos hurleront des insanités, parlant de défoncer à coup de godes ceintures des anus de mecs déguisés en chat, avant que le gars, en chialant, demande de lecher les impuretés maculant le sol. Le tout sur des adlibs d’un autre monde, entre “miao miao”, “birth control !” ou “fuck up his butt / maybe I could clear my schedule?”.
Le tube vicié de 2021, oui, mais surtout blueprint/modèle des gros succès mainstream pour les années à venir.

DINOS & BENJAMIN EPPS – WALTHER PP: Niveau prod, on tient la plus grosse claque du rap fr cette année, avec ce beat affolant, instrue cancéreuse semblant sortir directement d’un Duntisbourne Abbot Soulmate, plutôt que d’un type-beat trap trouvé par millier sur youtube. Benjamin Epps et Dinos sont en feu pendant 3 minutes, filent mandales sur mandales sans te laisser une seconde pour respirer, ça switch entre les deux bonhommes toutes les trois phrases, les mecs te prennent en otage, te jette de l’essence sur la tronche et te laissent pour mort à la fin de la track. Mettre du “pe-ra fort tard la night”, c’est quand tu veux avec un morceau pareil.

DE SCHUURMAN – NU GA JENSEN: L’attentat sonore de 2021, le morceau qui à calciné les cerveaux en manque d’ivresse club, le coup de genoux dans la tronche des dancefloors. Rave ou zumba, De Schuurman, il ne choisit pas: il te hurle sa musique à la gueule et t’oblige à te jeter contre tes murs en guise de chorégraphie. Faire un TikTok sur ce morceau, c’est simplement balancer ton iphone par terre et le piétiner en rythme jusqu’à explosion.

HYACINTHE & Brö – FLUIDE: Le spleen en soirées est une notion qui n’existe quasiment plus depuis 2 ans, vu que l’on est triste partout, et qu’il n’y a plus de club nul part. Alors Hyacinthe, accompagné de Brö, te rappelle au bon souvenir des néons rouges et danses nonchalantes, des corps qui s’emmêlent, des basses qui flinguent les tripes, des envies d’un soir noyées dans l’alcool. “Le monde s’effondre, alors on se venge en vivant”, qu’ils disent. Fluide, c’est le club de strip à 3h du mat’, un peu bourré, la larme à l’œil.

ATEYABA – SEKHMET:: on ne sait plus trop ce que fait Joke/Ateyaba, il nous a un peu perdu, ça sort des EP random sans prévenir, ça annonce des albums en anglais, ça crache sur tout le rap fr en mode nihiliste. Alors histoire de rappeler qu’il est sérieux, il te balance de façon inattendue un brûlot hors de contrôle, une intro façon Ghengis Khan qui déboule sur ta ville et tabasse tout ce qui bouge. L’instrue donne l’impression d’écouter de l’electro-cloud à l’arrière d’une Subaru tunée en plein drift. Le mec a tellement la rage que l’on hésite à appeler la police après chaque punchline. Le tout fait autant de dégâts dans nos tympans que le laser géant des aliens dans Independence Day. Chaud.

BARKER – POLYTELY:: Polytely, c’est quand un névrosé veut faire une track club, mais écrémée au maximum, réduisant tout, et ne garde que l’émotion. Barker balance au détour d’un mini Ep l’une des plus belles tracks de l’année, une longue fresque cristalline qui n’en finit plus de grandir, d’enfler sa mélodie première, belle comme la nuit. Il n’y a pourtant pas grand chose dans ce morceau, un simple synthé qui claque ses notes à n’en plus finir, et ça fait pourtant un effet bœuf. Barker, scientifique romantique. J’ai écouté ce morceau plus de 100 fois cette année, mon compteur d’écoutes est au bout du rouleau, donc un nouvel album est demandé dès que possible, s’il vous plaît.





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> 2021, l’année du r’n’b-electronica-experimental-hiphop-chelou top niveau (certains auraient pu se glisser dans le top plus haut):




La charge épique: Dawn Richard – Second Line – sans cette catégorie supplémentaire, ce disque de Dawn Richard aurait pu se caler tranquille dans le top plus haut. Complètement fou, aux visages multiples, cet album traverse mille émotions, de la house glossy du début aux teintes depressivo-synthétiques de la deuxième partie du disque, en passant par quelques sons plus guerriers ou tubesques, Dawn Richards balance sans fléchir l’un des meilleurs albums de r’n’b-electro de ces dernières années.

Le jeune et jolie: Pinkpantheress – To hell with it – très bref bonbon musical de 10 morceaux (et seulement 19 minutes), To hell with it coche pourtant toutes les cases de mes plaisirs coupables: Uk Garage/2step sautillant et voix pop mélancoliques. C’est trop concis pour broyer les colonnes, mais surtout trop court pour se lasser. Alors on écoute le disque ad nauseam, encore et encore, dès que l’on a 20 minutes à tuer.

Le flegme froid: John Glacier – Shiloh – disque bien bizarre de vignettes mi-r’n’b mi-hiphop, où John Glacier (anglaise inconnue au bataillon avant ce disque) débite ses textes désabusés avec un sacré aplomb pour un premier album. La spécificité du LP, c’est que l’émotion ne vient pas vraiment de la voix mais des prods de Vegyn, tortueuses et salement glitchées, sans jamais être opaques. Seul regret, de taille, le magnifique “On Formulation”, meilleure track du disque, ne dure qu’une minute…

La dépression sourde: Chynna – Drug Opera – premier album posthume ultra sombre, qui tabasse aussi violemment qu’un coup de coude en slow motion. Entre le débit implacable, malgré voix cassée, de Chynna, et les productions qui vrombissent hardcore, comme une armée de motos en bas de chez toi. C’est énervé, sépulcral, sans espoir. Avec au milieu un interlude franchement dur à écouter. Ca pue la drogue, la haine et la dépression, ici malheureusement jusqu’au point de non-retour.

Le neurasthénique coincé chez lui: Dawuna – Glass Lit Dream – album de r’n’b décharné, quasi susurré, ou la seule lumière du disque doit provenir de l’écran d’ordi utilisé par Dawuna pour enregistrer le tout. Au vu du disque, qui s’emboite parfaitement de titres en titres, on pense voir un mec dans un sous sol, prostré sur son micro, à crooner de façon désespérée sur des boucles électroniques sous codéine. C’est pourtant sacrément beau, et m’a rappelé le meilleur de Super-Collider (en moins expé) ou de la première tape de The Weeknd (en moins pop). Un album qui aurait pu se caller dans le top du dessus sans forcer.





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> Les années 2022/2023 seront pour: Snorunt, Eartheater et Arca




Snorunt & dj33needler: : Soyons clair, le morceau Postbad de Snorunt & 33needler est le tube français caché de l’année. Le boss de fin après “le boss de fin”, la forme finale, le level bourré d’embûches en “new game+”. Comme si AG Cook avait décidé de créer son label pc musik dans cette belle ville qu’est Le Mans, et enregistrait tous ses sons enfermé dans son appart rue Paul Ligneul, après s’être fait largué méchamment la semaine précédente. Suivant la découverte de ce morceau, j’ai poncé les soundcloud et les EP, ça m’a fait frôler la crise d’épilepsie, la bave aux lèvres, les larmes sur la gueule. Snorunt c’est la prochaine reusta française underground au cœur brisé, bientôt sur The Voice, Stromae en PLS jaloux de voir ce nouveau génie débouler de nul part. Je ne sais pas pourquoi sa musique m’attire, c’est devenu maladif.

Eartheater:: Quelle année pour la New-Yorkaise. Après un album hallucinant en 2020 (Pheonix: Flames) qui, je pense, restera dans mes disques préférés de cette décade, et une version “screwed and caretakerisée” du même disque en début 2021, Eartheater n’a sorti que quelques morceaux, présageant un futur album du tonnerre. Entre un “Scripture” magnifique, façon trance-trap triste, un “Joyride” en mode hiphop vicié experimental, et un “Sugar Spice” avec le dément Ize qui traumatisera tout voisin sur un paté de maison entier, Eartheater semble nous preparer pour un 2022 toujours aussi covidé, mais foutrement épique. Et que la star de ma life nous balance un Trinity 2.0, en mode trap émo synthétique, ou un nouvel album perché au concept inattendu/inexplicable, j’attends le cœur battant, plein d’espoir.

Arca:: Oui, c’est étonnant de mettre dans une rubrique “ca va défoncer l’année prochaine” une artiste qui vient de sortir 4 albums il y a deux mois (!) et qui est apparue sur mille prods différentes. Mais c’est justement pour ça que j’ai sacrément hâte de voir Arca en 2022. Après ce roll out de folie de 4 albums qui ressemblait autant à un coup de génie qu’un simple “data dump”, je ne peux qu’attendre avec avidité la suite que cela soit via un possible album concept fou, un truc qui casse le mur du son et nous révèle le sens de la vie, ou simplement une réinvention complète du Reggaeton qui la propulsera au même niveau qu’un Bad Bunny.





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> Best video 2021: Injury Reserve – Knees


Morceau magnifique d’un album un peu bordélique, Knees m’a percuté violemment le bide à la première écoute. Pour l’instrue post-apocalyptique unique, pour les flows quasi désespérés des deux MCs, et pour le mood désenchanté du tout. Parce qu’il était probable que ce morceau représente pour une dernière fois Injury Reserve tel que l’on connaît le groupe, après la mort de Groggs.
Alors comment faire de ce morceau un single et un hommage sans tomber dans le pathos? Avec une vidéo toute en retenue, qui semble quasi statique et inintéressante pour les distraits, mais bourré d’émotions et avec un détail crève-cœur pour les regards attentifs. Ce clip fera un effet bœuf aux fans du groupe, évidemment, mais pourra être tout aussi touchante pour ceux qui se lèvent le matin, secrètement rongés par le deuil et suivis quotidiennement par l’ombre d’un proche parti trop tôt.




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> Whao, j’ai écris une vraie chronique en 2021!!!!

Autobiographie Chroniques Auto, ça parle de ma vie et d’algorithmes. Ma vie penche.
TU PEUX CLIQUER ICI POUR LA LIRE OU RELIRE.




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> Les autres super morceaux de 2021, juke box incohérent pour ton premier trimestre 2022


FeralGod’s Country (il aurait du être dans les tracks de l’année lui aussi)
ArcaLuna LLena (mais aussi Prada & Rakata)
Chromedealeraiia (tu reprendras bien un peu d’idm cristalline façon squarepusher?)
Skee MaskCZ3000 dub
GavsborgDomestic Termites Love Rock Music

Kelman DuranAEON II (superbe morceau d’un album légèrement décevant)
Arthrn & BitsuOpuscule
ZelooperzDon’t Leave
Lala&CeToxic (ya pas mieux qu’un banger de Lala &ce)
Baby SmooveTiny Gun

EartheaterScripture (en boucle all winter)
Meridian Brothers & Conjunto Media LunaLa Secta (l’accordeon+cumbia en camisole de force)
Meridian Brothers & Conjunto Media LunaEl Profesionalismo es importante
Logic1000I Wont Forget
YeatGet Busy (le rap par le meme, sur instrue game-boy)

DJ LycoxMomentos Unicos
Casey MQTears Left (meilleur remix émo de 2021)
Kyari Pamyu Pamyuキャンディーレーサー (toujours princesse, Pamyu)
Vince StaplesLaw of averages (incroyable morceau et instrue)
LeatherphaceFall (phall)

Space Afrika feat Black ChainB£E (l’émotion, forte)
J BalvinYonaguni
KorelessBlack Rainbow (les frissons à chaque écoute)
La FèveSaoulé

MoussaHembebek
Bogdan RaczinskiNowhere Stair (how cute?)

Caroline PolachekBunny is a rider
Kanye WestJesus Lord
SCHLoup Noir
BushiQatari (un poison ce son, on veut l’album)
Quit LifeReverie (chialer sur de la trance émo)

Andrew PrahlowThe First Seekers
SouffrancePériphérique (court métrage audio, pas besoin de VR pour s’y croire)
FrenetikInfrarouge
HalseyBells in Santa Fe (boum, merci Trent)
Partiboi69Freaking you out

Moonshine, Sarah Kalume, Uproot AndyLelo
L-Gante x Damas GratisPistola Remix
ZiakBadman Trip
Snoruntpostbad (ノ◕ヮ◕)ノ*:・゚✧
Magdalena BayChiari (morceau sponso par la nasa, qui file au grès des planètes avant de s’écraser sur le soleil)

RenslinkCuriosity is a type of youth
ZooMovement
Nil HartmanNonymous
RXKNephewSquabble
Princess Diana of WalesExhaust



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Ma vie penche: Eartheater, Ross from Friends, Deadbeat & The Mole

Posted in Chroniques on December 5th, 2021 by Dat'


> Ma vie penche



Eartheater Pheonix Ross from Friends Deadbeat the mole



Le réveil sonne exactement à 7:34am. L’application Home a calculée, en fonction de mes respirations et cycles du sommeil, que ce moment était le plus optimal pour un début de journée plein d’énergie. Je suis pourtant explosé, la sensation de ne pas avoir dormi, bouche sèche, yeux torves. Le somnifère n’a pas été complètement éliminé par l’organisme, encore lové dans mon cerveau, tel un parasite. Je passe dans ma salle de bain, un bouton poussé du doigt et le bain se remplit automatiquement. L’algorithme fixe la température à 36, pour graduellement augmenter jusqu’à 41 degrés, moyenne calculée sur mes bains des 6 derniers mois.
La musique commence en même temps que la toilette, l’algo décide de mettre une compile de PC Music, décidant de lui même qu’avec mes écoutes répétées d’Aphex Twin et de Charli XCX ce mois ci, cette sélection siéra au mieux à mon mood pré-boulot du lundi matin.
Affalé dans la baignoire, assommé à l’idée de devoir aller bosser, je regarde mollement mon fil Instagram: un mélange de photos d’astronomie et de mannequins tatouées semi-dénudées. L’algorithme décide pour le moment d’éviter les news de mes amis/familles, ceci basé sur mon engagement quasi inexistant le matin avec mon cercle proche. Ces updates seront savamment distillées plus tard dans la journée, quand je serai plus amène à répondre à leur messages.



Une nouvelle alarme sonne à 8:28, me sommant de prendre la route pour aller bosser, l’application Subway décidant que maintenant est l’heure optimale pour quitter la maison, vu les changements de métros à venir. J’enfile mon costume, ma cravate, mets mon masque, et sors dans la rue, les écouteurs enfoncés dans les oreilles.

Au vu de la température du jour (23 degrés), du ciel sans nuage, et de mes statistiques d’écoutes de ces 3 dernières semaines sur le trajet du boulot, l’algorithme musical décide de me passer le nouvel album de Future, en commençant directement par le troisième morceau, le plus amène de me plaire (rating 92% positif). Je tente de changer d’album pour une musique plus calme, mais l’algorithme me propose plutôt de rester sur le même disque et d’écouter la track (rating 89% positif) avec Young Thug en featuring, alors je laisse couler. C’est pas mal ce morceau. Ça va, sans plus.

Brouillant la musique, l’algorithme de Google Maps me propose de tourner à gauche, puis à droite, calculant une alternative optimale jusqu’à la station de métro, vu que mon trajet journalier est aujourd’hui impacté par des travaux sur l’axe principal. Arrivé dans la station, l’algorithme m’envoie une notification, me conseillant de me mettre devant le wagon 4, plus probable à être vide à ce moment de la matinée, et meilleure façon de réguler le trafic voyageur en évitant les voitures bondées.
Je m’assois dans un coin, toujours à moitié endormi. Au vu du bruit environnant, l’algorithme décide de passer à un album de Grimes, pour couvrir le barouf du métro, mais aussi séant mieux à l’aspect mélancolique d’être convaincu de gâcher sa vie pendant une semaine de plus. Je ne suis pas trop fan des derniers morceaux de Grimes pour être honnête, mais bon, j’ai pas d’autre idée, certains sont pas trop mal, alors je laisse encore couler.
L’algorithme me tire soudainement de mes rêveries via une notification collective, sommant tous les passagers de la rame à mettre leur masque chirurgical sur le visage, car quelqu’un non testé est entré dans la rame des vaccinés par erreur.
Grimes me stresse un peu, alors j’ouvre mon app musicale, et clique sur la playlist “Daily Mix – Made for you” basées sur mes écoutes loggées ces 6 derniers mois. C’est rassurant, réconfortant, que des morceaux que je connais par coeur défilent dans mes oreilles, pas de surprise, donc pas de déception, je me sens mieux à l’aise.



Arrivé à ma station, mon Phone m’envoie une notification push sur les promotions 50% à la boulangerie face à mon boulot, geste désespéré lorsqu’un business pense qu’il perd un client, vu que je n’y suis pas allé depuis plus de deux semaines.
Petite sonnerie dans mes oreilles, congratulations, l’algorithme me félicite pour avoir fait 2500 pas marchés aujourd’hui. A la réception du taff, après la prise de température, l’application Work me demande d’emprunter l’ascenseur 6, pour éviter la congestion et les files d’attente.

Dans mon alcôve, devant mon poste de travail, ordi allumé, je fais grise mine au vu de la centaine d’emails à traiter, moisissant dans ma mailbox. L’algorithme de MySchedule a décidé d’un emploi du temps assez chargé aujourd’hui, et me conseille fortement d’organiser des meetings visio avec mes supérieurs, au vu du manque de contact “corporate” sur ces trois dernières semaines. Je traite mes emails un par un, de façon quasi robotique, suivant l’ordre d’importance et de criticalité calculé par l’Application Outlook Pro.

12:47, une nouvelle notification me tire de mes limbes, l’algorithme de Work, basé sur le contact tracing de tous les employés, atteste qu’il est fortement recommandé d’aller prendre ma pause déjeuner maintenant, ceci pour réduire au maximum le risque de contaminations dans les restaurants aux alentours de l’entreprise. Au vu des légers écarts caloriques de ces derniers jours, l’app Healthy de l’algorithme me propose trois choix de restaurants, et j’opte pour une commande en ligne au salad bar. Pas de surprise, tout est déjà décidé sur les ingrédients et la sauce, basée sur les préférences alimentaires de ces 6 derniers mois, et pour le coup, de ce côté là, ils ne se trompent jamais.
Je descends peu motivé au niveau B1 pour chopper ma laitue, et me rend compte en chemin que les restaurants numéro 4 et 5 sont fermés car un client positif a été identifié hier. Bâches plastiques partout, bouffe nulle part.
Ding ding, nouvelle sonnerie, super, 5000 pas déjà atteints aujourd’hui! Je reçois un émoji happy, car l’objectif de marche quotidienne pour réduire de 50% les risques de crise cardiaque dans les 5 ans est déjà complété.

Je remonte dans mon alcôve avec mon déjeuner dans la main, et clique sur Youtube pour passer le temps. L’algorithme me propose un reportage sur le skate en Russie (89% de pouces verts pour les abonnés au #skateboard), puis le dernier clip de Grimes (97% match pour les #indie-electro), et enfin une intéressante vidéo scientifique sur l’héliosphère de notre système solaire (78% d’avis positifs pour #deepspace).
La vidéo est coupée avant la fin, par une nouvelle notification de l’algorithme MySchedule, me sommant qu’avec le nombre d’emails restant dans ma boite email, il faut que je termine ma pause déjeuner maintenant, surtout si je veux partir à temps et ne pas louper ma session sport à 19:00.
Au vu de la quantité d’emails restant à gérer, l’algorithme décide de claquer une playlist “DailyChill” d’electro-ambiant dans mes oreilles, pour m’aider à me concentrer tout en abattant un travail de dingue. C’est pas génial, mais bon, ça va, ça passe.



Fin de journée, direction le sport-center, ligne Y, rame 6, l’algorithme de SpoRTify me demande de faire 45min de tapis de course à 7 kmh de moyenne pour garder mon taux de calories journalier en positif. Pour la course, l’algorithme décide de me claquer le dernier album de The Weeknd dans les oreilles. Pas forcément ma came, surtout pour du sport, mais vu que l’album a été plébiscité par 93% des listeners de la playlist Run&Sweat by SpoRTify, TheWeeknd s’impose de facto comme le meilleur compagnon d’exercice pour ce mois-ci.

L’app Healthy me demande de boire deux (petit) verres d’eau après la douche au vu de ma température et “heart bpm” sur la durée de l’exercice, et je me dirige vers le vestiaire, serviette sur les hanches. Dans les oreilles, le dernier single de Caroline Polacheck résonne, musique la plus probable pour un moment post-exercice, au vu de toutes mes écoutes enregistrées dans les trente minutes suivant un effort intense en salle, mais un mec m’interrompt pour me demander l’heure, avant d’éternuer dans la pièce sans prévenir. Bizarre, vu qu’il est fortement déconseillé de parler aux autres dans les salles de sport, pendant les pics d’épidémie.

De retour dans le métro, je continue de rager sur la personne qui a tenté d’interagir avec moi, quelques minutes plus tôt. Et si il était positif? A t’il fait exprès, sachant que cela me rendrait mal à l’aise? Fait-il parti de ses fous kiffant interférer avec les inconnus pour le plaisir de faire réagir? Le stress de cette incartade, non prévue, commence à écraser mon cerveau d’hypocondriaque. L’application Subway torpille mon Phone de notifications, indiquant toutes les deux minutes le train à prendre, pour rentrer chez moi. Je ne les vois pas, je pars en vrille, terrifié à l’idée de devenir positif également. Après 5 trains ratés, MySchedule se met aussi à balancer des tonnes d’alertes noyant mon écran principal, indiquant que mon plan de soirée commence à se décaler. Moins de temps pour revenir chez moi, moins de temps pour me laver, la journée se compresse.



J’ai une date ce soir, j’avais bon espoir d’avoir enfin un peu de contact avec quelqu’un, un peu de tension, mais tout semble glisser autour de moi. MySchedule fait imploser mon Phone en me disant que mon rendez-vous est en péril si je ne me grouille pas. Comment aller à une date sans rentrer chez moi au préalable, pour changer de fringues? Et si je rencontre cette personne, mais que je suis déclaré positif à cause de l’autre con de la salle de sport? Je serai blacklisté de toutes app de rencontre pour 6 mois! Ma tête tourne, mes pensées s’embrouillent, je continue de marcher au radar, remarquant à peine que l’app Tinder, couplée à MySchedule, me file une pénalité (pas de date booking pendant 7 jours) et vient d’informer directement mon plan cul du jour que je ne pourrais pas être là à temps. Après quelques messages d’insultes, il semble que Tinder propose à ma date une autre personne en remplacement, puis me fait disparaître dans les limbes de son réseau.

Je continue de marcher au radar, l’air paumé, avec mon Phone qui continue de vibrer sous les notifs, à me filer des avertissements en pagaille, commençant même à recalculer n’importe comment mon planning de demain, vu que ma nuit sera définitivement plus courte que prévu. Comme dans tout moment de stress, je tente d’écouter de la musique pour m’apaiser, mais l’algorithme, sûrement aussi perdu que moi, décide de me rebalancer du Grimes.
De rage, je décide de prendre une mesure drastique, quelque chose que je n’avais pas fait depuis 3 ans, pendant un voyage: passer mon Phone en mode avion. Déconnecté. Après avoir validé 3 fois “are you sure??”, c’est le vide absolu. Pas de vibration, pas de notif, pas de push. Un silence de mort de quelques secondes, vite remplacé par le brouhaha des voitures, des sifflements de feu rouges, des publicités qui beuglent. Ça pue, ça hurle, ça crisse.



Je décide de rentrer à pied, en coupant par le parc, mais le besoin de musique se fait sentir.
Je regarde mon Phone, muet, et me dit que je dois avoir encore quelques fichiers sons en mémoire, quelques albums achetés (?) il y a des années, quelques mixtapes que j’avais consciencieusement sélectionnés à la main il y a un bail. Je vois toute une bibliothèque de disques oubliés, de classiques qui m’avaient bastonné la colonne vertébrale fut un temps.
Comme ces albums avaient été achetés hors de l’application musicale, ils n’étaient pas proposés dans mes écoutes récentes. Une pochette retient mon attention, rouge vive, le dernier album d’Eartheater, acheté par réputation, mais sans avoir eu le temps d’écouter, vu qu’il n’était pas loggé par l’algorithme, à cause de l’achat via application externe.

Trop habitué à faire confiance à l’algo, je presse shuffle machinalement, et tombe directement sur le morceau Faith Consuming Hope. Voix cristalline, harpe chelou, violons tire larme, je ne pige pas trop ce qui se passe. Chœurs élégiaques de messe de fin du monde, mélodie belle à crever, le morceau monte directement vers les cieux au bout de 30 secondes, et tout le reste, autour de moi, semble disparaître. Complètement happé, je ne remarque presque pas qu’après 3 minutes de recueillement, le tout mute soudain vers quelque chose de plus pop, de moins grandiloquent, presque tubesque. Mais le détail sonore qui me fascine, qui me tord la colonne vertébrale, c’est ce vrombissement égratignant calmement le tout, rotation d’hélicoptère émotionnel qui blesse sans discontinuer la structure cristalline du morceau, engouffrant tout, voix et guitare, jusqu’au silence final.
Complètement explosé par la beauté du morceau, je continue d’écouter l’album, et me retrouve désemparé, perdu dans un LP qui semble n’avoir aucun sens: où sont les tubes à streamer? Les structures reconnaissables? Les refrains à chanter sous la douche?

Tous les morceaux se confondent, les mélodies se répètent constamment au gré de l’album, parfois même un refrain qui se multiplie dans plusieurs tracks. Je perds mes repères, le temps se dilate, impossible de savoir depuis combien de temps j’écoute le disque. Sans compter ces craquements bizarres, ces bugs sonores qui parasitent une bonne partie de cette œuvre schizophrène, semblant constamment hésiter entre pureté pop et immolation industrielle.
Ce disque, c’est une grande fresque de fin du monde, album de screwed&chopped religieux, remix du film The Road traversé par une femme nue aux ailes d’anges (les seraphs flippants, pas les chérubins). Une question me frappe: combien d’albums aussi absolus ai-je pu louper ces dernières années?



Encore aveuglé parce que je viens d’écouter, je me dirige chez moi, la boule au ventre, en imaginant l’impact du retard pris sur le planning bien définie de ma vie, et le potentiel effet papillon créé sur les semaines à venir. L’entrée de mon immeuble gris me toise de sa façade sans aspérité. Malgré le fait de ne pas avoir reçu de courrier papier depuis bien des années, regarder ma boîte aux lettres me tord les boyaux de stress, repensant à mes années étudiantes à laisser le courrier déborder pendant des mois, apeuré à tenter d’éviter les factures par tous les moyens. Cette peur de la lettre synonyme de mauvaise nouvelle me poursuivra toute ma vie.

Rentré chez moi, je prends ma tablette pour tenter de chercher un film à regarder, pour ne pas trop ruminer sur la date ratée. Un vieux Columbo fera sûrement l’affaire. Notification de la tablette avant de lancer le film, “Pics of the day: regardez vos photos d’il y a 11 ans”. Mollement, sur une musique guillerette, je vois, choisies par l’algorithme, défiler des photos d’un pote, hilare dans une fête dont je n’ai plus la mémoire. Et soudainement, son contact me manque. Trop peureux de lui envoyer un message (quoi lui dire?), je parcours son profil perso, en recherche des détails sur sa vie actuelle… Deux enfants, une femme, il a l’air pourtant de toujours autant écouter des tonnes de musique, à poster constamment des liens de sons youtube sur son profile, de facon aléatoire, et sans chercher de likes en retour. Tout le monde à l’air de s’en battre les couilles.

Un peu nostalgique de l’époque ou l’on passait des heures en bagnole en écoutant du Chris Clark, je clique sur un lien qu’il a posté il y a quelques heures, un son qui s’appelle Run, de Ross From Friends.
Au départ, pas grand chose à dire: un petit synthé qui hulule timidement, quelques crissements ambiants, c’est joli, un peu tristoune, assez proche de ce que l’on écoutait ensemble en refaisant le monde, sans être forcément renversant. Puis, après deux minutes de minauderie, un clavier un peu trance semble débouler au loin, un truc à la mélodie magnifique + une voix qui te balance un “run” au timing parfait, et la track part dans une longue montée trance émotionnelle, à la litanie déchirante, sans rythme, une cavalcade triste et épique, qui n’en finit plus de grandir, de prendre de l’ampleur, de me déboiter la gueule. Un rythme semble poindre sans jamais vraiment frapper, c’est magnifique, c’est la fête dépressive, c’est comme te faire larguer par l’amour de ta vie en pleine rave.

Complètement étranglé par les synthés qui viennent de briser mes tympans, je repense à tous ces soirées avec mes potes, passées écouter de la musique affalés sur un canapé, à parler de rien en buvant des bières, excités par un nouveau disque Warp sorti la veille. Exaltés sur des morceaux que nous passerons à fond pendant les trajets en bagnole, à graver des CD qui serviront de playlist, à commenter sur la puissance d’un rythme, d’un chant chelou, d’un clavier hors norme. Ça hurlait constamment dans mon appart, ça se charriait dur, ça pleurait un peu aussi, parce que l’un de nous avait perdu son père après une longue maladie.



Alors que je recharge mon Phone, songeant aux dimanches soir de mes années universitaires, à fumer par la fenêtre en écoutant du Deadbeat, je vérifie sur internet si le bougre a sorti quelque chose ces dernières années. Surpris de voir qu’un nouveau disque avec The Mole est sorti il y a peu, je lance les premiers morceaux, qui s’enchaînent de façon agréable, parfaite bande sonore pour regarder la ville, sur mon balcon. Puis, d’un coup, le choc, la baffe, quand Farfisa Hoser Hymnal commence: des piaillements d’oiseaux, un rythme claudiquant façon cumbia suffoquée s’incruste, mais surtout, surtout, surtout cet orgue de la mort, ce synthé d’une fragilité et beauté absolue, lâchant une mélodie en fin de vie magnifique, qui me prend direct la tronche pour me foutre un coup de genoux dans le cerveau.
Grosse question: pourquoi l’app musicale de mon Phone ne m’as jamais recommandé ce morceau, malgré les centaines de playlist de musiques electro mélancoliques que j’écoute quotidiennement?
Rien ne se passe pendant ces trois minutes de Farfisa Hoser Hymnla, certaines oreilles distraites pourraient même penser à un simple interlude, mais de mon côté, je me dis que cette track est l’une des plus belles que j’ai pu écouter ces dernières années, une mini vignette dépressive mais pourtant pleine d’espoir. Un brusque moment de recueillement qui déboule dans ma vie sans prévenir et tabasse mon moral.



Et là, comme un con, seul dans mon appart froid, j’ai soudainement du mal à respirer, écrasé par une vie sur rails, domestiqué par un algorithme aux recommandations bien trop familières et sécurisantes. Je me dis que mes potes me manquent, que la musique me manque, que de divaguer sans rien faire me manque, et ça me rend triste, et ça me tue, et je pourris de l’intérieur.

Le Phone sonne agressivement, m’indiquant que je dois absolument dormir dans les 30 prochaines minutes pour éviter un décalage dévastateur sur mon cycle de sommeil, et balance automatiquement sur les enceintes de l’appart, comme tous les soirs, la playlist “Cloudy Nights, ambiant to sleep”, pour me préparer gentiment au sommeil.

Alors je prends ma dose recommandée de Rivotril, me lave les dents, confirme ma température journalière dans l’app Phone du gouvernement, et je vais me coucher, me sentant extrêmement fatigué, pour la première fois depuis des années.






Dat’

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L’idée de l’article a germé à cause d’une note sur le profil insta de Paul L, et d’une courte discussion sur le twitter de Cebe Barnes et Nathan F


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Top 2020 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 17th, 2021 by Dat'


> Top / Rétrospective 2020



Sous couvert de pandémie, virus et confinements, 2020 m’a poussé à écouter beaucoup plus de musique que d’habitude, vu que rester chez soi est devenu la norme. Entre longues journées de télétaff et week-ends passés sur un canapé, cette année de merde a, au moins, été propice à l’avide découverte d’un max de nouvelles sorties musicales (tant que la santé est là, évidemment).
Cela faisait des années que je n’avais pas écouté de la musique pendant 8 à 10 heures quotidiennement, à fouiller les artères les plus sombres de datpiff ou watmm, et avec ce sentiment bizarre parfois de ne plus avoir assez de nouveau disque à écouter (et dire que je plaisantais là-dessus dans l’intro du top de l’année dernière).

Ce top est majoritairement composé de musique étonnamment calme, apaisée et moins fracturée que d’habitude. Parce que l’année ne fut pas forcément joyeuse, mais aussi car rester chez soi la majorité du temps influence forcément les écoutes, beaucoup plus étirées et contemplatives.

Comme d’habitude, ce top ne reflète que mes écoutes personnelles, n’a aucune ambition à prôner le bon goût, et vous aidera simplement à dépenser l’argent cadeau de mémé sur bandcamp (vous excuserez aussi la prose hésitante, voir un peu dégueulasse, de cet article, qui est littéralement le seul truc en français de plus de 5 lignes que j’ai écrit en 2020).

J’espère enfin que vous êtes tous en bonne santé, votre famille aussi, c’est évidemment l’unique priorité.

Il y a donc: un top 12 albums 2020 sans distinction de genre, les Top Tracks 2020, l’oublié de 2019, les best EP et le produit français à exporter pour 2021.






> TOP ALBUMS 2020




– CS+Kreme – Snoopy

Dans une année 2020 lugubre, hors norme, troublante, avec seulement quelques pointes de lumière sous un océan d’inquiétudes, il n’est pas surprenant que mon disque préféré de cette année soit aussi un objet complètement déviant. Impossible à décrire, difficile à conseiller, ce Snoopy de CS+Kreme pue la mort, le renoncement, la dépression, la re-descente de drogue. Mais le duo Australien arrive pourtant à captiver, insufflant dans chaque morceau une mélodie incroyable, un synthé qui enchante, une éclaircie qui redonne espoir: du premier morceau “Saint” et sa litanie imparable, ses orgues chelous et choeurs cristallins (impossible de ne pas tomber amoureux de cette track dès les premières secondes), au hip hop de fin du monde de “Blue Flu”, en passant par l’electronica cheloue et aérienne de “Slug”, ou le cours de Yoga pour zombies cancéreux via “Time is a Bozo”, l’entièreté disque te balance une mixture ambiant-émo visqueuse et viscérale, quasi-repoussante par moment, souvent belle à crever, toujours captivante.
Et après 40 min de sombre mélasse audio à couper au couteau, le duo te balance “Mount Warning”, une conclusion sublime, rayonnante, pleine d’espoir, longue montée de 8 minutes explosant sans sommation sur des synthés cristallins lumineux.
Avec Snoopy, CS+Kreme sort un disque important, unique, métaphore d’une nuit passée sous paralysie du sommeil à regarder la voûte céleste en chialant, espérant qu’une supernova apparaisse pour engloutir le monde.


– Oklou – Galore

Si Oklou était low-key sur mon radar depuis bien des années, via des sorties mi-pop mi-expérimentales, j’étais franchement impatient d’écouter un véritable album, une galette long format qui permettrait de se plonger dans son univers sur plus de 4 morceaux:
Pas de suspense, Galore, sorti au beau milieu de cette année 2020 toute claquée, m’a foutu une mornifle gigantesque. Je m’enflammerai même en soutenant que ce disque est la meilleure chose qui soit arrivée à l’electro/pop depuis des années, humiliant la concurrence, Galore étant un album qui va foutre la mort à un bon nombre de musiciens, forcés de re-taffer dur leur recette pour se remettre à niveau, un peu comme Clark l’avait fait à l’electronica lors de sa sortie de son Body Riddle à l’époque.
Oui, les morceaux sont beaux à pleurer, claquant les synthés les plus séduisants de 2020, entre bedroom pop à chanter sous la douche et mélodies electro lumineuses. Mais il y a un truc en plus, fascinant et troublant, sur ce Galore:
Tout est dans les silences, les respirations. Le disque est extrêmement calme/apaisé, et pourtant gronde hardcore, à en faire trembler vos murs comme une prod de gabber. Pop ultra violente dans son mutisme, calme avant la tempête, Galore est un album rare, à double facette, pouvant aussi bien s’écouter à volume minimum, ou à fond les ballons, donnant deux versions toutes aussi incroyables de lui même: une pop timide à écouter avant de dormir, ou un monolithe émo implacable écrasant tout sur son passage.


– Subheim – ΠΟΛΙΣ

Plus personne ne s’étonne de naviguer en pleine dystopie depuis quelques mois, avec dans la lorgnette une année 2021 qui va sûrement rendre soudainement réaliste bien des livres de science fictions. Damasio doit se régaler. Certains disques se sont naturellement emboîtés à merveille sur le contexte anxiogène et ultra sécuritaire d’une pandémie mondiale.
ΠΟΛΙΣ, de Subheim, pourrait être la soundtrack parfaite d’un “Les Fils de l’homme” réactualisé façon 2020, a coup de contamination rampante dans la ville, cadavres à peine cachés dans des impasses crasses, fêtes underground clandestines, accès aux magasins limités via passports immunitaires, et classes sociales séparées non plus par la richesse mais par la facilité d’accès au suivi médical.
Entre ambiant aérien (“Daughter”, “When” ou l’affolant “Park Inn”…), fresque nocturne Burial-isée (l’exceptionnel “Light” et son dernier-tiers à faire friser les nuques) ou electronica émo-cyberpunk (le limpide “Vertigo”, le sombre “Old Blade”, l’énorme conclusion “Supernova”), l’album ne se débarrassera jamais de cette aura de BO de film futuriste et sale, où humains fracassés par les nouvelles technologies errent sans but dans une mégalopole quasi-sentiente, déshumanisée, bardée d’hologrammes et grouillant de vies sans espoirs. Tu as attendu un album de Lorn pendant tout ton confinement, sans succès? Tu viens d’en trouver le parfait suppléant.
Timide, presque de façon trop discrète, ΠΟΛΙΣ se place sans hésitation dans les albums les plus beaux et émouvants de l’année, indispensable pour toutes oreilles en manque de musique ambiant-cyberpunk.





– Ben Lukas Boysen – Mirage

Parce que s’enfiler du CS+Kreme quotidiennement en matant les news de 2020, c’était presque aussi drôle que de pisser pendant une cystite, j’ai dû vite trouver un album plus positif et lumineux, pour éviter de sucer la dépression et me décapsuler le cerveau avec une balle bien placée. Oh boy, ce Mirage ne m’a pas déçu. Ben Lukas Boysen, sort sous son vrai nom un sublime album d’electronica ambiant aux mélodies à chialer, lorgnant sur des fresques tire-larmes flinguant trop efficacement les coeurs fragiles, à l’opposé de son projet Hecq (indus/IDM/dubstep).
Le disque, à la tracklist ramassée, enfile diamants sur diamants: “Empyrean”, parfait morceau ambiant aux arpèges de synthés et voix angéliques qui s’enroulent à n’en plus finir. “Medela”, grondement sombre et apaisant, finissant sur une longue outro jazz/classique qui donne l’impression de dériver dans l’espace, en s’éloignant peu à peu de toute source de vie. Ou le sublime “Venia”, en mode soundtrack de Blade Runner remixée par une collégienne hypersensible.
Mais c’est la conclusion “Love” qui porte l’album au firmament, pouvant prétendre à la plus belle tirade electronica de l’année, et qui explosera instantanément la colonne vertébrale de tous les amoureux d’IDM mélancolique. Une conclusion d’une beauté infinie, qui m’a complètement déboité la tronche à la première écoute, pour me laisser abasourdi, devant mon ordi, à tenter de calmer des tympans en pleine crise de sanglots.
6 tracks seulement, toutes grandioses, pour un même résultat: à chaque nuit passée chez moi à ne rien faire, à chaque weekend confiné à chercher un truc à écouter, ce Mirage LP était là, à portée de clic, pour me réconforter et me broyer le palpitant.


– Dj Lycox – Kyzas Do Ly

Certes, Kyzas Do Ly n’est qu’un EP de 4 titres. Oui, je place sans pression un EP dans le top album 2020, alors qu’il y a une liste des meilleurs EP plus bas. Pourquoi? Parce que ce mini album est sûrement le disque que j’ai le plus écouté cette année, en boucle, quasiment ad nauseam, jusqu’à en devenir fou. Ces quatre titres ont été poncé mille fois, à en bruler les statistiques de mon itunes.
Ce Kyzas Do Ly, je l’attendais comme le messie, car Dj Lycox avait déjà sorti en 2017 Sonhos & Pesadelos, un de mes albums préférés “all time”, un diamant de kuduro-pop-batida-house-insertnamehere aux mélodies affolantes, un petit chef d’oeuvre que j’écouterai encore en maison de retraite (comment rester insensible devant “Virgin Island” ou “Parabens Mo Baba”?).
Sur cet EP, Lycox s’est débarrassé des rythmes épileptiques et de la violence de ses anciennes prods pour balancer 4 morceaux tout simples, beaux comme la mort, et avec un max de soleil dedans. Presque r’n’b dans sa construction, ultra simple d’accès, Kyzas Do Ly te cajole à n’en plus finir, dépliant ses litanies jusqu’à ce qu’elles se gravent au fer chaud dans ton cortex, et le tout doré à l’or fin. Putain de chef d’oeuvre. DJ Lycox, superman de 2020, tu as sauvé mon moral, stp balance un nouvel LP au plus vite, on en a vraiment besoin là!
En attendant, avec Kyzas Do Ly, juste pour 15 minutes, le poids du monde sur tes épaules, c’est fini.


Ital Tek – Outland

Même en écoutant religieusement chaque nouveau LP, j’avais perdu tout mon intérêt pour Ital Tek, fer de lance de la période post-dubstep de Planet Mu. Ultra fan du mec pendant la période 2007-2013, j’ai complètement décroché avec les deux albums suivants, Hollowed et Bodied, trop sombres et pas assez accrocheurs pour mes oreilles. Il était clair que l’anglais opérait une mutation inattendue, s’éloignant drastiquement de son dubstep/footwork mélodique de ses débuts, pour quelque chose de plus sinistre, gris et industriel.
Outland, sorti pile au moment où tout partait sacrement en couille sur cette année 2020 (Mars-Avril), est au départ arrivé dans mes oreilles presque par dépit, désespérant de trouver assez de musique à écouter pendant mes longues journées de télétravail. Et quelle claque. Ital Tek, avec ce disque, déboule dans le game de l’album cyberpunk avec une insolence et un talent fou, balançant des tracks futuristes absolument mirifiques. Quasiment beatless, apaisée sur la grande-totalité du disque, Outland déploie ses claviers parfaits pour ne cracher que de la mélodies sur 10 titres, et se place directement à côté des références du genre (Severant de Kuedo, Remnant ou Vessel de Lorn etc.) Etonnamment, le seul mini point faible du disque étant les deux morceaux plus cadencés de l’album.
Tu es dégouté d’avoir acheté la version toute pourrie et buggée de CyberPunk 2077 sur PS4? Ital Tek avait la solution avant tout le monde: Outland est la vraie expérience futuriste de 2020, le disque parfait pour se plonger mentalement dans les strip clubs dépressifs, les artères cradingues pleurant la solitude et les avenues bordées de néons d’une mégalopole en fusion.





– Bucky – Foreign Block

Ah, fidèle lecteur, si tu cherchais dans ce top l’inévitable disque de future-garage émo Burial-isé vs voix puputes pitchées, voici l’incontournable du genre pour 2020. Bucky continue son petit bonhomme de chemin, à balancer disque sur disque son spleen Londonien, et sa musique parfaite pour balades en sorties de club a 3am. Bucky sonnait légèrement référencé par le passé, mais il a soudainement passé un cap en sortant deux très bons albums pour encadrer les confinements, “Come Back” et “Foreign Blocks”. Si les deux disques partagent la même atmosphère de future-garage ultra émo (malgré un Come Back partant sur une approche plus ambiant et éthérée), c’est bien Foreign Block qui m’a déboulonné les entrailles avec son UK Garage au coeur brisé, passant avec grace du 2step Grime Noir pour dancefloor (Le morceau titre “Foreign Block”, “Underdog”, “Playing Games”…) aux fresques plus émotionnelles, qui rendraient un Clubroot jaloux (“Dissolution”, “Eclipse”, “Forever”). Mais cet album, c’est surtout trois diamants absolus, trois morceaux qui foutent à genoux les prods les plus mélancoliques de 2020: “Heatwave”, sombre ballade nocturne en mode je-rentre-chez-moi-la-clope-au-bec-apres-m’etre-senti tellement-seul-dans-ce-club-de-merde; “Never The Same”, lente chute UK Garage, prod que n’aurait pas renié Grimes après une sale rupture; mais surtout, “Nobody”, l’un des plus beaux morceaux de 2step émo-décharné tombé dans mes esgourdes depuis un bail.
Le Londonien introduisait l’un de ses anciens LP comme “this album is for anyone who has been living someone else’s life doing that 9-5 job and seeing all your time and energy disappear in front of you”.
Bucky, c’est toujours exactement ça: il n’y a surement pas mieux que ses deux LP cuvée 2020 pour te rappeler que la vie, c’est un peu nul, mais parfois drôlement beau quand même.


– Pa Salieu – Send them to Coventry

Il n’y a pas eu plus balaise en hip-hop pour moi cette année. Fin du débat. Il suffit de lancer l’affolant “Frontline” pour s’en convaincre, brûlot absolu qui a roulé sur tout le rap de 2020, avec sa prod façon sirène de fin du monde toute droit sorti d’un Duntisbourne Abbots Soulmate remixé drill, ses choeurs cancéreux chelous et ce flow au charisme puissance mille.
Inclassable, Send Them to Coventry oscille constamment entre grime sale, drill brute et dancehall aguicheur, sans jamais faire de compromis ni tomber dans la soupe formatée, et aligne sans discontinuer mandales sur mandales pendant 15 morceaux, sans un seul faux pas (ou presque, seul “More Paper” fait légèrement pâle figure).
D’autant plus que l’album déborde de prods abruptes et pourtant affolantes de détails, synthétisant tout ce qui se fait de mieux dans le hip-hop UK (et donc mondial) en ce moment.
Send Them To Coventry se permettra même de surprendre sur toute sa longueur, driftant entre les genres, avec un “Betty” pouvant se targuer d’utiliser la plus belle ligne de synthé de l’année pendant seulement 10 secondes (1min15-25), un “T.T.M” qui prouve que faire de la drill ultra sombre tout en faisant remuer les culs est possible, ou un “My Family” qui fout encore plus la pression que de faire la queue 3 heures pour un test PCR.
Énorme premier album, possible futur classique du rap UK, on place tous nos espoirs sur Pa Salieu pour les années à suivre.


– Aho Ssan – Simulacrum

La guerre des étoiles. La tête dans une machine à laver, cerveau noyé dans la drogue, à regarder ta vie défiler. Androïdes qui déboulent de partout et tabassent tout ce qui bouge. Blockparty sauvage aux enceintes immenses, beats sourds à faire exploser toutes les vitres façon supernova. Ambiant décharné, orgue d’église, éruption solaire et bruit blanc. Ce Simulacrum d’Aho Ssan terrifie, fascine, hallucine et donne envie de chialer, sur à peine 7 morceaux.
Alors par contre, je ne te cache pas que l’on est pas sur de l’écoute facile. Il va falloir rentrer dans ce disque avec les protège dents, les gants cloutés et la rage au ventre. En pressant “play” de façon curieuse, la bouche en coeur, tu vas te faire méchamment bolosser à la première visite, c’est une certitude. Ça va flipper sur les montées noise, vomir sous les déchirures, capituler devant les effets chelous. On est loin de la BO rêvée pour ta dernière story instagram à Cancun.
Mais sous les violentes escarmouches et les envolées stridentes de Simulacrum, il a les mélodies, l’embrasement, la clarté: les paysages désolés et émotionnels de “Intro”. Les basses assourdissantes cassant les mélodies cristallines de “Simulacrum IV”, en mode Lorn gangbangué par Arca. La cavalcade mélancolique de fin du monde sur “Blind Power”. Mais surtout, surtout, oh mon dieu, surtout “Simulacrum II”, claque absolue, tube hiphop mutant complètement maniaque, explosion de verre pilé dans la tronche, pour l’une des fresques expérimentales les plus impressionnantes de l’année.
Aho Ssan, future star de l’electronica, nouveau sponsor de Max/MSP, remixeur officiel d’Ariana Grande, dynamiteur de stades? Une évidence.





– E.M.M.A – Indigo

Il paraît que Saturn et Jupiter vont se chevaucher le temps d’une nuit, pour un événement extraordinaire, potentiellement unique dans une vie. Alors je suis perché sur mon toit, télescope à la main, pour tenter d’avoir un aperçu du phénomène. Mais la ville est bien trop polluée par la lumière pour offrir ne serait-ce qu’un teaser du spectacle, et je cherche en vain, sautant de points lumineux en points lumineux, naviguant entre les nuages, qui semblent absolument vouloir gâcher la fête.
Point de planète dans mes rétines, alors je divague. Il fait doux sur mon toit, pour un mois de décembre. Une bière à la main, je lance le dernier E.M.M.A, histoire de planer sur des synthés en apesanteur. Mars est toujours aussi lumineuse, Polaris aussi, et je rêve d’Andromède. Je tente de relativiser l’immensité du bordel étendu au-dessus de ma tête. La vie est longue, parfois sympa, souvent merdique, mais au final insignifiante comparée à ce vide absolu. Mon existence, un simple blip dont personne ne se souviendra, dans cette timeline gigantesque, cela en filerait presque la gerbe. Le disque d’E.M.M.A, lui, est tout aussi anecdotique, chétif album de 30 min perdu dans un insondable océan de sorties musicales.
Mais pourtant, il habille parfaitement ce moment d’errance mentale, avec ses longues plages de synthés à la blade-runner défoncés par des rythmes trap / drill, boîte à rythmes réglées en mode mitraillette. Pas de surprise, cela rappelle fortement le Severant de Kuedo, en légèrement moins épique, et un peu plus glossy. Mais c’est fait avec tellement de maîtrise, et contenant des morceaux tellement beaux, qu’il est impossible de ne pas lancer cet album lors de longues insomnies, passées à regarder les étoiles.
Indigo Dream ne marquera pas l’histoire, loin de là. Mais il fera sûrement partie de ma vie pendant bien des années, à me tirer gentiment vers le haut lors de mes asthénies nocturnes. Une existence modeste? C’est déjà pas si mal.


– Laylow – Trinity

Si certains disques de rap fr (le Freeze, Ben PLG, Triplego en tête) ont pu percé le marasme de prods interchangeables grevant de plus en plus les “gros” albums, un disque a particulièrement défoncé la norme à coup de pelle: Trinity. A la première écoute très (trop?) inspiré de Kanye et Travis Scott (Megatron, restons sérieux, et seule faute de goût de Trinity), l’album de Laylow dévoile vite un concept assez ahurissant pour un simple projet rap balancé pépouze, oscillant entre réalité virtuelle, dystopie cradingue et effet de l’intelligence artificielle sur les relations humaines.
Même sans s’intéresser au concept, l’album reste sacrément solide, entre morceaux déprimés, trap belliqueuse et complaintes à l’autotune pour villes cyberpunkées (Dehors La Night, quelle track!). On lit peut être trop entre les lignes, mais Trinity est sûrement le seul album fr à se baser sans pression sur des références aussi contradictoires que Matrix et HER.
Mais ce qui fait surtout plaisir, c’est d’avoir un vrai album, avec un objectif à l’opposé du projet simplement construit pour faire kiffer les algorithmes de Spotify: Trinity s’écoute d’une traite, dans l’ordre, interludes compris, pour vraiment se prendre en pleine face l’étendu du bordel.


– Young Nudy – Anyways

Ce Anyways de Young Nudy est loin d’être l’album de l’année. Il n’est pas novateur. Il ne propose rien de spécial. Nudy n’est clairement pas le meilleur MC de sa génération. Alors pourquoi le classer dans un top?
Car Anyways, c’est juste un pur album de street rap, de trap dépouillée, de 808 en roue libre, un truc sale qui tape dur et déroule une unique recette pendant une heure, non-stop. Avec en bonus une légère atmosphère enjouée sur pas mal de titres, pour trancher avec le pessimisme d’une grande partie de la trap actuelle.
Pas de feat interchangeable, pas de morceau pop pour draguer les streams, pas de refrain désespéré, et c’est en cela que l’album est au final ultra original, niché dans son semblant de banalité. Young Nudy déboule avec l’album de Rap US qui a le plus tourné dans mon ordi cette année, à l’écouter en boucle pendant des heures, à vaguement hocher la tête sans vraiment y prêter attention. Il y a eu de biens meilleurs albums (21 Savage, Westside Gunn, Freddie Gibbs, Denzel & Kenny…), mais Anyways fait de ces excellents albums street, jouissifs et attachants, qui passeront inaperçus (comme le Yung Mal ou Stove God Crooks), écrasés sous le poids des grosses sorties US clinquantes (et au final peu surprenantes) de 2020.


Les autres albums qui auraient du être dans le top car parfois objectivement meilleurs que certains au dessus, mais que je n’ai pas forcément écouté autant: Autechre – SIGN /// Roisin Murphy – Roisin Machine /// 21 Savage & Metro Boomin – Savage Mode II /// Space Afrika – hybtwibt?





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> Les meilleurs EP de 2020:




Overmono – Everything U Need: énorme EP d’IDM pour club, en mode Warp pour cœurs brisées. Un morceau titre qui fera chialer les amateurs de musique pour dancefloors tristes, et le reste qui donnera envie aux fans d’Aphex de filer au supermarché du coin pour acheter tonne de glowsticks et foncer dans des raves. Ah les clubs sont fermés pour cause de pandémie? Lance l’EP et danse seul, bourré comme un con dans ta chambre, tu vas aimer. Indispensable (et l’une des meilleures cover de l’année?).

Son Zept – A: Exceptionnel EP electronica-ambiant ultra mélodique, qui fait jeu égal avec les patrons du genre, tout en se permettant de balancer quelques chef d’oeuvres (Level, sublime morceau IDM épique et mélodique) ou des bizarreries electronica à faire frémir les colonnes vertébrales (Some Things Can’t Last façon accordéons vs The Caretaker, ou 1D2D Rise, longue montée émo). Le mec n’a plus qu’à sortir un album long format pour s’asseoir sur le trône, sans pression.

Squarepusher – Lamental EP: Si l’album Be Up a Hello sorti en début d’année était trop fracassé pour mes tympans, déjà laminés par trop d’années de violence sonore, Squarepusher a rapidement corrigé le tir avec un EP ultra mélancolique, quasiment beatless, étonnement tristounet. Et vu que Squarepusher, je l’aime à mourir quand il se veut tire-larmes, ce Lamental EP ne pouvait que m’écraser le palpitant à coup de baseball. IDM parfaite pour lire lettres de rupture.





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> Le produit français à exporter dans les supermarchés du monde entier en 2021: Ascendant Vierge – Vierge



Je vis à l’étranger depuis bien 10 ans. Et l’image de la France, dans mon cercle d’amis, est toujours limitée au vin rouge, au camembert et à l’adultère. Voir les grèves et les congés, pour mes potes américains. Que de clichés. Niveau musique? On ne parlera que des Daft Punk, Guetta, et Zaz.
Il faut changer tout ça. Prendre des mesures drastiques. Redorer notre image!
Que le ministère des affaires étrangères puisse promouvoir de façon agressive la musique d’Ascendant Vierge, partout. Dans les ambassades, dans les instituts culturels, dans les cours de langue, dans les avions Air France (pendant la petite vidéo de sécurité du décollage là).
Que les gens du monde ne nous prennent plus comme de simples figurants pourris dans Emily in Paris (Netflix™), mais nous voient comme des cinglés qui écoutent de la musique ultra violente tout en chantant façon Piaf, à moitié nus, se masturbant dans des tenues fluos. Oui, nous français, nous sommes tous des drogués qui se tapent sur la gueule tout en pleurant comme des madeleines, des tessons de bouteilles plein les mains.
Parce qu’en France, on aime la musique belliqueuse et belle, épique et de mauvais goût. Parce que Vierge, c’est un album complètement fou, qui te file la frousse, qui te casse la colonne et qui te crache au visage. C’est de la gabber et de la pop oui, mais c’est surtout une grenade dégoupillée sur la piste de nos musiques labellisées “club”, lambdas et nécrosées.
Vierge, un disque à caser dans tous les rayons de supermarchés du monde, dans la section “imported products from France”, entre le clacos surgelé et le sel de Guérande.





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> L’objet musical loupé en 2019, qui devrait être tout en haut dans le top:
TREN – The rising and setting of heavenly bodies



Bizarre vidéo uploadée sans prévenir en 2019: ce TREN que personne ne semble connaître, et qui n’a rien posté d’autre depuis (introuvable sur youtube, bandcamp, soundcloud etc.) semble:
1/ associé à Giegling, voir un potentiel nouvel alias de Traumprinz/DJ Healer etc.
2/ un mec dans sa chambre tellement fan de Giegling qu’il se met à produire de la musique frôlant le copier/coller.
Que ce The Rising and Setting of Heavenly Bodies soit une création originale ou le banal ripoff d’autres artistes, TREN te balance 50min de techno-émo-melodique magistrale, d’une beauté absolue, entre club de cathédrale et dancefloor dépressif. Pour dire, cette mixtape est devenue un indispensable pour habiller mes fréquentes errances nocturnes, aux côtés d’un This is Not de Metatron ou un Untrue de Burial. Hallucinant.





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> Best Tracks 2020:



Oklou – Unearth Me: Je n’ai pas l’habitude de mettre en valeur le morceau d’un album déjà dans le top plus haut, mais Unearth Me est simplement la track que j’ai le plus poncé cette année. Et après 94 écoutes (cf compteur itunes), je découvre encore mille détails, myriades de silences loupés, de petites notes qui me surprennent. Unearth Me, c’est un morceau d’un calme absolu, pourtant aussi imposant qu’une montagne. Un mini tube pop traumatisant défoncé par ses basses et synthés démesurés, porté par ce chant tout fragile. La violence silencieuse, nouveau concept by Oklou.

Autechre – R Catz: Dans une année aussi claquée que 2020, rien ne nous prédestinait à être cajolé par Autechre. De c’est pourtant ce que le duo anglais à fait: nous balancer un album sublime, quasi-beatless, fou de détails. Les habituels “où-est Charlie” de la mélodie ont décidé de mettre en pause la révolte des androides le temps d’un court disque, pour nous expliquer ce qu’est la béatitude cybernétique. Et au milieu de tout ça, un trésor absolu, un diamant ultime, sûrement l’un des plus beaux morceaux d’Autechre depuis bien des albums (Untilted?), avec R Catz, magnifique tirade ambiant, instant de recueillement pour religion blade-runnerienne, à te faire partir loin dans les étoiles, à en oublier de respirer, à en perdre conscience. R Catz, c’est plonger dans un trou noir, et ne jamais en ressortir.

Nidia – Capacidades: La musique, ça te rend heureux, ça te donne envie de danser, ça te pousse à balafrer ton visage de larmes. C’est la fête seule, la dépression à plusieurs. Ce Nídia, c’est tout ça, passé au mixeur. Capacidades, track nostalgique puant la fête et les couchers de soleils, suintant les moments ou tu pouvais gigoter avec tes potes devant des enceintes géantes sans flipper de te taper une pneumonie mortelle. Ce morceau est tellement formidable, qu’il desservirait presque le reste de l’album. Une des claques musicales de 2020.





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> Les autres morceaux de 2020, juke box pour ton début d’année


Twinsmatic feat SCHX2
BurialChemz
Playboi CartiOver
Lofty305Goose Game
Burial, Four Tet, Thom YorkeHis Rope

Dominique Aà la même place
13 blockBabi
Future & Lil Uzi VertPlastic
Andrew PrahlowThe Sun Station (les frissons absolus)
Roisin MurphyIncapable

King Gizzard & the lizard wizardStraws in The Winds / Intrasport
Fivio ForeignBig Drip (Duntisbourne Abbots vs Drill, ça donne à peu pres ça)
A.K.AdrixEspuma Nocturna
21 Savage & Metro BoominMany Men (le duo parfait)
GazoActe de Burberry

Blood Orange & 박혜진 Park Hye JinCall Me
Dead Peepol feat Rich KentOtan Hunu
VanyfoxHot Summer
Sebastien ForresterMEH (Afraamix)
UltrademonBKK (footwork sur andromede)

HyacintheFin de Parcours
Lala&CeGargamel
DJ DanifoxDark Hope (c’est beau, la nuit)
BeatkingThen Leave

ArcaTime
TsurudaYacht Haven Grande

AcuteparanoiaI’m in Love
Yung MalStr8 out the pyrex // 100 missed calls
RoneHuman
Sufjan Stevens, Lowell BrahamsThe Runaround
Four TetBaby

Did B feat Afro BPuissant
Baby SmooveAkorn
Regina DeminaCouzin
Yelle Je t’aime encore
Blu & ExileMiles Davis



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Cum On My Selector 26: Nidia, Ascendant Vierge, Arca, Space Afrika, Skinny Sixbool, Ize, Mamman Sani Abdoulaye

Posted in Chroniques on July 26th, 2020 by Dat'


This is not a drill


Selector 26, où l’on tente d’écouter de de belles choses pour ne pas devenir fou, chez soi:



Nídia – Capacidades

La musique, ça te rend heureux, ça te donne envie de danser, ça te pousse à balafrer ton visage de larmes. C’est la fête seule, la dépression à plusieurs. Ce Nídia, c’est tout ça, passé au mixeur. Couvée par le label Principe, qui livre des galettes essentielles depuis des années (DJ Lycox “Sonhos & Pesadelos”, album immense), mais parfois trop obscures, légèrement trop expérimentales pour pouvoir voler ton coeur et casser ton cerveau dans le même mouvement.
Pas avec ce Capacidades de Nidia, diamant nostalgique puant la fête et les couchers de soleils, suintant les moments ou tu pouvais gigoter avec tes potes devant des enceintes géantes sans flipper de te taper une pneumonie mortelle. Le reste de l’album est très fort, certes légèrement moins céleste et émotionnel que cette track folle, mais peu avare en grosses claques qui traumatiseront tes voisins englués sur Netflix.
Príncipe est bien parti pour être le label majeur de cette étrange année 2020, esquivant les virus et lockdown à coup d’albums et compilations imparables (on reparle de l’excellent nouvel EP de DJ Lycox bientôt). Imparable.






Arca – Time

Arca est l’exemple typique de l’artiste qui va te fasciner à chaque album, à bousiller ton cerveau à coup de sound-design inouï et trouvailles sonores en 4D plus efficaces q’une seringue de LSD directement plantée dans tes tympans. Sauf qu’ Arca a souvent peiné à réellement hypnotiser sur l’ensemble d’un album, tant la radicalité de sa musique oubliait une donnée simple: le plaisir d’une mélodie, d’un refrain accrocheur. Le dernier LP en date de la vénézuélienne opérait déjà une mue vers un terrain plus lumineux (Desafio, Anoche, Reverie…) mais Kick i semble être le premier disque purement pop de l’artiste, s’ouvrant aux featurings paillettes (Rosalia, Sophie) et gimmicks accrocheurs.
L’album, au choix parfois bizarres (la moitié des morceaux s’arrêtent sans avoir vraiment commencé), abrite pourtant un mini chef d’oeuvre, Time, vignette romantique que l’on aurait aimé entendre se délier pendant 6 minutes. Les plus beaux synthés de l’année s’enroulent dans une slow-motion façon retour de boite de nuit à 5am, éclaté par l’alcool et la drogue, bouffé par la mémoire de tes amours perdus. Le clip est l’oeuvre vidéo la plus sexuelle et bandante de 2020, et je rêve d’un monde où tous les films clichés de merde utiliseraient Time d’Arca pour habiller une scène de cul, au lieu d’une sempiternelle balade piano.
Le morceau est trop court? Fais comme moi, passes le en boucle.






Space Afrika – Oh Baby

Dans un monde qui semble voué à s’autodétruire, entre virus incontrôlé, police en roue libre et frange d’une population décérébrée s’insurgeant encore que des gens demandent à être traité de façon égalitaire, beaucoup ont envie de parler, hurler leurs revendications. La Techno, qui a pourtant des racines éminemment politiques, n’est pas forcément le genre le plus facile pour le faire. Space Afrika, plus habitué à une Techno catacombes à la Echospace, a trouvé la solution, en rangeant les beat sourds pour sortir les samples tire-larmes, à faire frémir les plus insensibles. Le monde est découragé, le monde étouffe, le monde cherche un peu d’espoir. Et c’est exactement ce que l’on ressent en écoutant cette mixtape absolue, parfaite reflet de ces derniers mois, ou l’abattement et la tristesse laisse perler quelques âmes fortes, prête à changer le futur et gérer tout ce bordel.
The Caretaker vs année 2020 BLM, on y pensait pas, et c’est magnifique.






Skinny Sixbool – La Rue

Que tout le monde se mette soudainement à parler de drill, c’est un peu bizarre. Mais que tout le monde se mette à parler de Retro X, Lala &ce et leur entourage, c’est mérité. Le rap violent, c’est beau. Le rap émo, c’est bien. Mais tu entends une compilation de rap francais commencer par un freestyle à moitié défoncé sur l’un des plus beaux morceaux de Boards Of Canada (Amo Bishop Roden) et que le tout est vendu sur Bleep.com, c’est qu’il y a truc spécial. J’aurai pu écrire un paragraphe enflammé sur (au moins) la moitié des morceaux présents sur ce Emodrill, mais je suis d’humeur mélancolico-fénéante, alors on se focus l’un des plus évidents, La Rue:
Skinny Sixbool arrive à te prendre la gorge juste en disant “je vis trop la nuit, depuis des années”, et c’est facile. Mais que le mec te casse le palpitant en disant “j’ai beaucoup de dossiers sur ma clef usb”, c’est balaise. La Rue est un morceau fluide as fuck, pop à mort, documentaire audio sincère d’un gars qui te chiale ses peines sur une instrue parfaite.
En espérant que Skinny Sixbool ait autant de sons aussi émo-balaises que de dossiers sur son DD. Qu’il les devoile, que l’on puisse trop pleurer.






Ize – This is not a drill

Paranoia Agent version 2020. Tu reviens fourbu du boulot, tu as pris le dernier train, et marche vers chez toi, sur les rotules, dans une rue sombre, avec pour seule compagnie un lampadaire clignotant. Tu n’en peux plus de cette vie loopée à l’infinie, à tapiner dans un open space pour un patron qui te débecte, bouffées de haine te serrant le corps à chaque fois qu’il ouvre sa bouche.
Pas un chat dans la rue, tu es dégouté car tu n’as rien à bouffer dans ton frigo, mais trop crevé pour aller à l’épicier du coin. Un rat qui file sur le béton, une grand-mère flippante fouille les ordures, tu te sens pas super bien et commence à accélérer le pas, clefs de l’appart’ bien serrées dans ta main.
Au loin, tu entends un son perler, rythme bizarre et hypnotique, ça vient de l’impasse noire sur ta droite, alors tu regardes, mi-fasciné mi-apeuré. Le son mute en avalanche drum’n bass ultra agressive, et un mec arrive en courant sur toi en hurlant comme un damné, une batte de baseball à la main, et te percute le front. Métal froid sur la gueule, sang plein la bouche, tu sens le béton froid imprimer ta joue. Le bonhomme continue à te tabasser la gueule en criant plus fort qu’une Morano sous Ritaline, tu ne ressens même plus la douleur, juste des coups sourds, et la nausée qui enveloppe tout ton être. L’oeil torve, bientôt mort, tu constates presque avec amusement qu’une de tes dents est collé à l’arme du mec, via une pâte visqueuse faite de chair et cheveux. L’enculé ne voulait même pas de ton argent, juste t’exploser la tronche.

Ize arrive dans le game avec tellement d’agressivité et de haine qu’il pourrait repousser une pandémie mondiale à coup de batte de baseball.






Ascendant Vierge – Faire et Refaire

Ha, c’est facile de faire une chronique sur un morceau pareil, non? “Cath Ringer qui a mixé ses céréales avec du PCP dans un club de Shibuya”. “Mylène Farmer coulée sous 6 litres de bétons gabber”, ou “concert de chanson française schyzo après trop d’early morning au Berghain”. Mais ce morceau d’Ascendant Vierge, ce n’est pas que des raccourcis pour journalistes un peu flemmards.
C’est surtout un putain de tube ultra beau, une chanteuse folle qui te casse la colonne vertébrale sur un napalm techno hallucinant. Ca va faire fuir tout le monde, à part nous, les tristes, les désaxés et les déments. Car nous, on veut juste chialer et danser, on veut hurler sur une piste de danse en s’arrachant le visage parce qu’on est heureux et triste tout le temps, parce que l’on ne comprends rien à la vie, parce que nos coeurs explosent étouffés par la merde. Alors on tente de se faire dérouiller par une musique belle et moche, par un truc épique improbable qui te donne envie de pogoter en club tout en pensant à ton père mort trop tôt. Par une musique qui te pousse à te battre dans la rue avec n’importe quoi parce que tu as la rage et que tu as envie de vivre mais tu ne sais pas trop comment. C’est de la musique qui te file la frousse, qui te casse la colonne et qui te crache à la gueule.
Ascendant Vierge, c’est de la gabber et de la pop ouai, mais c’est surtout une grenade dégoupillée sur la piste de nos clubs lambdas et nécrosés.






Barry Lynn – Particle Spin

Ce Cum on My Selector est bigarré, oui, mais il fallait bien un petit morceau d’electronica tout beau et fragile, un classique pour draguer tous les coeurs perdus voguant sur les forum WATMM en quête d’un nouvel album excitant de Chris Clark. Barry Lynn, c’est surtout Boxcutter, qui avait bien excité des oreilles entre 2007 et 2011 sur Planet Mu. Le bonhomme a disparu des radars (la dernière fois que j’avais écouté un album de ce gars, c’était avec un discman!), avant d’atterrir dans mon itunes avec un nouvel album en 2020. Mais c’est une autre compile, rassemblant des morceaux créés durant ses années étudiantes, qui a réellement fait mouche. Et si l’on sent le poids des années sur pas mal de morceaux de cette compilation ‘early years’, il y a une vraie magie sur cet aérien Particle Spin, avec sa superbe mélodie tire-larmes et ses rythmes effilés rappelant l’âge d’or de l’IDM warpienne de la fin des 90. Cela ne casse pas des colonnes vertébrales, mais ça réchauffe doucement le coeur.






Mamman Sani Abdoulaye – Five Hundred Miles

Vu que j’ai passé 80% de mes 5 derniers mois coincé à la maison, j’en suis arrivé à foutre mon itunes en total shuffle, laissant l’algorithme décider de mes écoutes, passant à la moulinette du hasard des dizaines de milliers de morceaux. Et l’algo est retombé sur un morceau qui était perdu dans ma machine, un truc sublime, mélancolique, qui m’a fait du bien, et m’a convaincu que dans monde courant vers sa destruction, on pourrait bien tous être sauvé par une simple & belle mélodie.





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Top 2019 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 26th, 2020 by Dat'


> Rétrospective 2019



Bon, sortir un Top 2019 fin Janvier 2020, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pertinent (meme si j’ai toujours été en retard sur mes tops, et que sortir une retro de l’année mi-Novembre, c’est tout aussi débile) Mais pour une fois, j’ai une bonne excuse: J’ai eu un accident de vélo début Janvier, et je me suis arraché la peau de tous les doigts de la main droite, m’empêchant de taper sur un clavier pendant deux semaines (et de débloquer mon iphone avec les empreintes, par la meme occaz). Ce top a donc été tapé avec amour, mais surtout juste 3 doigts.

Comme à la grande époque, ce top n’est pas foncièrement là pour présenter les disques révolutionnaires de 2019. Simplement ceux que j’ai le plus écouté, que cela soit en pleine nuit devant mon ordi, sous la lumière d’un réverbère, en soirée ou avant d’aller au boulot le matin. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement inconnu au bataillon. Le plaisir de chanter un truc sous la douche, ou de chialer pendant un moment dur. Il y a pas mal de choses à écouter ci dessus, et ça tombe bien, on en aura besoin, vu que l’on sera tous cloitré en quarantaine vs virus chez nous pendant les 6 prochains mois.

Il y a donc: un top 9 albums 2019 sans distinction de genre, les Top Tracks 2019, le label le plus interessant de l’année, et une nouvelle catégorie : les albums à écouter après s’être enfilé 12 heures d’Autechre.






> Top albums 2019




– Datach’i – Bones

Contrairement à l’année dernière, le meilleur disque de 2019 n’est pas une claque immédiate, avec des morceaux provoquant un effet boeuf à la première écoute. Bones est un album sensible, qui demande de la patience, de l’attention, de l’amour aussi. Pourtant, le LP est simple d’accès, ouvert, lumineux. Sur Bones, pas de drill fracturée, ni d’experimentale hermétique. Mais cet album demande de la persévérance, car il nous renvoie aux époques des disques complets, des productions warpiennes de la fin des 90 début 2000, ceux où il fallait passer des heures à déchiffrer chaque synthé, chaque mélodie, et se laisser envelopper par la musique pendant une heure, sans rien faire.
Datach’i ne réinvente clairement pas la roue sur Bones, et certains morceaux renvoient directement au meilleur de Boards of Canada (“Rockledge 3A”) ou Plaid (le superbe “Akemies”). Mais putain, que ce disque est beau, enchaînant les morceaux de bravoure sans discontinuer, avec des mélodies belles à pleurer tout du long: outre les deux précités, comment ne pas tomber amoureux de la progression cristalline de “Motion Through The Living Room”, l’ultra mélancolie de “Undimension” (merveille du disque), ou de l’interlude sublime qu’est “Wand”? Cherchez vous même le background derrière la création de l’album, impacté par un décès familiale, et d’une histoire de guitare acoustique ramenée à l’hôpital, qui fera chialer même les plus insensibles.
Bones est un disque comme l’on en entend plus vraiment depuis quelques années. Une musique vraie, une musique belle, une musique où tout est une histoire de mélodie.


– Thom Yorke – Anima

Ok ok, je vous vois venir. Mettre Thom Yorke en haut de son top de l’année, c’est facile. Tous les sites indies ont fait la même, ca fait du clic, la plèbe est conforté dans son opinion. J’ai longtemps hésité avant de m’y plonger. Parce que tout le monde se branle dessus, parce que promotion avec film de danse sur Netflix, parce que le dernier Radiohead ne m’avait convaincu tant que cela. Quelle erreur! Car comme les disques précédent, ce Anima est un chef d’oeuvre. Et surement le plus abouti de Tom Yorke. Pas un morceau ne déçoit (excepté un premier titre manquant de surprise) et tout se rapproche de la perfection auditive. Les synthés sont absolument incroyables, fous, à filer le vertige (“The Axe”, ces claviers qui tournent à n’en plus finir, c’est chuter sans fin dans un puit de rivotril, j’ai rarement entendu un truc pareil en 30 ans) et le mixage/mastering du disque est en grande partie responsable du succès de cet album, un peu comme un Body Riddle à l’époque, qui avait du dégouter bien des producteurs.
Les morceaux oscillent tous entre le tubesque mélancolique (“Not The News”, claque folle qui m’a fait aimé/comprendre le disque, “Twist”, en mode techno désorientée qui termine en messe élégiaque), ou la neurasthénie dépressive quasi beatless aux mélodies démentielles (“Last I Heard”, “The Axe”, “Dawn Chorus”…), c’est fou, beau, accompli, irréprochable de bout en bout. Certes, tu ne t’enfileras pas le disque au casque le matin en allant au boulot, sous peine de rapidement detester ta vie.
Mais pour une nuit de solitude, en maugréant sur tes amours passés et actes manqués, on tient ici un des disques les plus beaux et aboutis de ces dix dernières années.


– Vacant – Belong

Evidemment, tu ne t’attendais pas à ce que je fasse un top de l’année sans un album de uk garage nocturne et mélancolique, avec voix puputes et rythmes burialisés. Vacant, pouvait sonner légèrement générique au début de sa carrière, mais depuis l’année 2018 et son combo LP + EP, on le prend vachement plus au sérieux. Une vraie musique de Londres, défoncée à la solitude et aux promenades la nuit à 3h du matin.
Vacant a depuis quelques EP/LP une vraie légitimité, un style à part entière, à balancer des morceaux qui arrachent les coeurs tellement violemment que tu en oublies les références direct. Vacant c’est un peu le Yung Lean du 2step / uk garage. Il a commencé en sonnant comme les têtes d’affiches, avant de prendre la tangente et faire mieux que tout le monde.

Et quel disque que ce Beyond: bourré d’émotions, de 2step décharnée, de banlieues tristes sous néons grésillants. Un sans faute sur 8 titres, avec des morceaux beaux à briser d’émotion ta colonnes vertébrales en mille (les voix sur “Tempest” font dresser les poils, les synthés dark sur “Tell Me” cassent le coeur, et la beauté retenue de “Guidance” hantera bien des nuits passées solo). Il y a même un tube absolu sur ce disque, “Apart”, une merveille uk garage dansante, quintessence du morceau créé pour te faire chialer toutes les larmes de ton corps + danser en club. Masterpiece.





– Slowthai – Nothing great about britain

Que l’album hip hop de l’année vienne d’Angleterre, ce n’est pas arrivé depuis un bail. Mais aucune hésitation pour donner la couronne à Slowthai. Tu as ici l’album le plus brut, sincère, et direct de l’année. J’avais brièvement parlé de Slowthai il y a deux ans, car son TN Biscuits était l’un des morceaux les fous de 2018. Le mec avait tout pour réussir: il est beau comme jamais, il a l’air d’un adorable psychopathe, et a eu une vie de fou. Nothing Great About Britain est une réussite totale: disque court (11 titres), fauve, qui enchaîne les tubes viciés et crasseux sans discontinuer. On avait besoin d’un disque aux paroles cliniques, un quasi-documentaire sur la vie d’un jeune anglais qui te vomit ses états d’âme à la gueule (mes excuses pour la comparaison évidente, mais c’est à rapprocher dans la démarche à un Original Pirate Material) sur des prods belles comme un réverbère grésillant au milieu de la nuit. Avec en point d’orgue la conclusion du disque, “Northampton’s Child”, vrai court-métrage musical où Slowthai parle minutieusement de son enfance et de sa mère avec une tristesse et une rage à filer le tournis. Ce mec s’avance comme l’artiste UK le plus intéressant en ce moment, et je tuerai pour avoir la possibilité de prendre des photos de lui en concert un jour.


– Jacques Greene – Dawn Chorus

Pas de surprise: même si j’ai quasiment arrêté d’écrire des articles, je suis toujours la plus grosse putain de groupie de Jacques Greene. Et si il avait perdu un peu de sa superbe au milieu de cette décade, le canadien a sorti en 2017 un incroyable album avec Feel Infinite (si mes parents vous demande, vous pouvez jouer “You See All My Light” à mon enterrement). Après une telle réussite, j’attendais ce Dawn Chorus la bave aux lèvres, mais aussi avec une légère inquiétude. Comment faire suite à un tel miracle?? En faisant un truc légèrement différent: exit les rythmes 2step et les tubes émo aux claviers fragiles.
Dawn Chorus est un album plongé dans le brouillard, plus doux, moins direct, moins nocturne aussi, partant souvent dans l’electronica (“For Love”, génial morceau disco qui vire vers un délire Analord avec synthés qui foutent la frousse, ou “Drop Location”, brouillard émo fou en duo avec Clams Casino), le shoegaze electro dreamy (“Stars”, qui aurait pu se caler dans Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts sans faire tache) ou la techno belle à crever (“Night Service”, tube de l’album, ou “Sibling” partant dans une house lovée chez Rephlex). Le problème, c’est que j’ai maintenant un deuxième morceau à potentiellement passer à mes funérailles: “Distance”, mini fresque beatless aux voix putassières qui virevoltent dans tes oreilles et te calent violemment des papillons dans le bide, pour les dix prochaines années.


Special Request – Vortex

Quand tu sors 4 albums dans l’année, et que la moitié d’entre eux auraient pu se glisser dans un top de l’année sans forcer, c’est que t’es un mec à prendre au sérieux. Mais ce n’est point l’IDM mélancolique (Bedroom Stories), la techno émo spatiale (Offworld) ou le carnage crétin (Zero Fucks) qui a remporté la timbale en 2019. Car Vortex, premier LP du marathon de Special Request, compile un peu tout de cela: c’est beau comme la mort, c’est d’une violence sans nom (ne t’amuse pas à compter les bpm sur certaines tracks), ça renvoie aux plus belles années Rephlex, et ça n’oublie pas de te faire chialer à coup de synthés élégiaques, après t’avoir tabassé en mode chaos incontrôlé pendant 3 minutes (“SP4NN3R3D”, “Memory Lake”, “Ardkore Dolphin”, “Levitation”… affolants). C’est de la rave, de la techno, de la drum’n bass dure, mais sensible, passée à la moulinette d’une déclaration d’amour. C’est même trouver un simili morceau gabber pointant à 180 bpm, qui te pleure une mélodie cristalline en mode niagara d’arpèges (“A Gargantuan Melting Face Floating Effortlessly Through The Stratosphere”). C’est enfin l’artwork le plus classe de 2019. Filez-lui une victoire de la musique.





– Barker – Utility (& Fact Mix)

Difficile de disserter sur ce disque. D’une écoute distraite, pas grand chose ne se passe dans ce LP. Des synthés lumineux oui, des mélodies mélancoliques aussi. Et pas un seul beat à l’horizon. Pourtant, ce Utility est loin d’être un disque d’ambient: les claviers claquent, voltent dans tes oreilles, avec tellement de textures et d’impact que les mélodies créent leurs propre rythmes. Ca t’emmitouffle dans une techno post-conflit, dans une musique de club désossée et lunaire, et certains morceaux comme “Utility” ou “Die-Hards Of The Darwinian Order” continuent de te surprendre après 20 écoutes. C’est beaucoup moins direct et évident que le légendaire Transsektoral LP, dernier disque de Barker (2012!) tombé dans mes oreilles, mais au moins tout aussi marquant.
Le plus drôle, c’est que Barker, un mois avant de sortir son disque, a balancé gratos pour Fact Mag un mix magnifique, blindé de morceau inédits, aux tempos et mélodies plus décidées, sorte de cousin crâneur et effronté de l’obscur et apaisé album à venir. Et c’est en duo que Barker balance deux “albums” prétendant au top de l’année, en visant directement la carotide de l’émotion, couteau à la main.


– Conducta – Kiwi Krush

Ca check les potes à l’entrée du club, ça rigole fort, tout le monde est déjà bourré. On baisse la tête pour passer devant le videur sans encombre, on descend le long escalier rouge, l’endroit pue déjà la pisse et la cigarette, on est bien. Verres descendus en rafale, cul posé sur tabouret miteux encore moite de la bière renversée la vieille, ça glousse, ça ironise sur la gueule de chacun, ça se teste. Romain n’a pas une thune, et va constamment aux chiottes pour remplir d’eau la même bouteille de bière, pour échapper aux staffs forçant à recommander. Chloé est déboitée, elle en est à son troisième parachute. Moi, comme d’hab, j’ai topé mon lemon-sour avec un peu de rivotril. Le son est fou, balancé par Conducta, UK garage joyeux et légèrement mélancolique, parfois tubesque, avec deux trois saillies hip-hop. Lumières dans les yeux, flashs épileptiques, rétines grillées. Alors on danse, on boit, on pousse. Un mec me bouscule, je cogne. Embrouille, je me prend un verre dans la gueule. Romain est mort de rire, s’étouffe, gerbe sur ses chaussures.
Je reviens vers le canapé pour reprendre mes esprits, Chloé est à moitié endormie, elle s’est pissée dessus, l’urine descendant le long de sa jambe droite, gouttes ambrées perlant de ses talons, créant une petite flaque sur le sol. Je prends une photo de la scène, ça rendra bien en noir et blanc. Je m’installe dans le canapé, je me sens pas bien du tout, j’ai la gerbe, tout tourne, c’est horrible. J’ai envie de me casser. Je fonce aux toilettes, je dégueule dans le lavabo, je m’étrangle, la gerbe sort par le nez, je m’étale devant les urinoirs. Des mecs crient, me hurlent dessus, me portent dehors. Je pense à Chloé, j’espère que personne ne l’emmerde. La lumière bleue/rouge de l’ambulance me tue les yeux, mon coeur s’emballe, les vomissures sont coagulées dans mes narines, je ne sens plus mon corps, j’ai du mal à respirer. Les soigneurs m’embarque, je pleure car j’ai peur de mourir. Sale soirée. Sauf pour la musique, qui elle, était incroyable.


– Nathan Micay – Blue Spring

Je ne vais pas te mentir, si j’ai écouté cet album, c’est d’abord pour son artwork savamment détourné d’une des scènes clés d’Akira, qui a popé dans mes recommandations itunes. Je n’avais jamais entendu parlé du gars, pas vu de chronique, rien. Mais quelle claque! Synthés en rafale, musique électronique peaceful et planante partant parfois en techno plus soutenue, longs morceaux drogués (moyenne de 5min), on est presque dans le manuel 101 du LP electronica réussi.
Mais il y a surtout un côté légèrement rétro qui distingue ce Blue Spring des autres sorties de 2019. On dirait presque que Nathan Micay a repris le taff des “Narcotic Suites” sur le Music For Jilted Generation des Prodigy, continuant la fresque de Liam Howlett sur un album entier (en utilisant parfois des sonorités ultra similaires). Ou qu’il a composé son disque après une overdose de The Future Sound Of London et de vieux M83. Et c’est souvent sublime (“Join me or die”, “He has the key”, “Blue Spring”, “11.11.90”…) mais ça balance aussi des bangers pour dancefloor sous LSD (“The party we could have”, la folie).
Un des plus beaux albums de l’année, sans forcer.





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> Best Track 2019: PNL – Déconnecté



Allez, j’aurai pu parler du Pipe Dreams de Sote. Mais la vraie track de 2019, le son qui m’a vraiment démonté le cerveau, le coeur, et l’échine, c’est bien Déconnecté de PNL. Il n’est pas pas forcément le meilleur morceau du rap fr en 2019, mais bien un tour de force complètement différent, sortant d’un univers parallèle. C’est un Ademo en furie, crachant ses tripes. C’est un morceau electro, rap, rock, post-everything. C’est une instrue qui passe du beatless à l’electronica cosmique, en passant par un (unique) kick gabber et des refrains en mode Toto. C’est un NOS qui chiale sa vie sur vocoder, et s’envole direct vers Pluto(n). On a l’habitude d’entendre des expérimentations dans le hiphop francais, mais rare sont ceux à avoir attend un mix aussi parfait entre bordel expé unique et rap pour charts. Et même si PNL ne fait plus dans l’autopsie ultra réaliste de leur déprime (“Lion”, “Porte de Mesrine” ou “J’comprends pas” nous manquent), Déconnecté continue de prouver que le groupe est à part, seul dans leur propre game. Pas au dessus, pas plus haut. Juste très très loin, dans une bulle où il n’existe qu’eux deux.
Ah et aussi, je n’écris plus beaucoup d’articles, mais rappelons nous: si tu entendu parlé de PNL la première fois, c’était dans ces pages. Ou surement via un mec qui connaissait un mec qui connaissait un mec qui lisait ces pages. Va falloir que je vende des tee-shirts la dessus, j’ai besoin d’argent.





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> Le label le plus obscur et fascinant de l’année 2019: Death Is Not The End



– Death Is Not The End

“A trip across the frequencies of Bristol’s pirate radio stations via cut-ups of broadcasts, taken from the late 1980s to the early 2000s ~ also a love-letter to my childhood, an audio document of the years I spent growing up in the city.”
Et pourquoi pas? Au diable les rééditions faisandées de disques déjà écouté mille fois. Le label Death Is Not The End balance des albums perdus depuis 50 ans, des compilations ultra ciblées (chansons grecs des années trente parlant de fin du monde, blues de prisons Angolaises…). Sorti cette année sur le label, le projet Bristol Pirates regroupe par exemple une heure d’enregistrements capturées sur les radios pirates de Bristols, entre drum’n bass, musique indienne, Dub, hiphop. Le tout enrobé de pubs, jingles, interviews etc. Une ode bizarre a un temps révolu, que l’on écoutera de façon nostalgique, comme une vieille cassette trouvée derrière un meuble lors d’un déménagement.
Tu as aussi les deux compilations If I had a pair of wings, bourrés de sublimes morceaux r’n’b et doo wop Jamaïcains des années 50, tentant de survivre sous les craquements de vinyles et aspérités créées après un demi siècle d’attente. Ou des vieilles cassettes de blues expérimental, balancées sans background ni explication. Bref, fais toi plaisir, passe des heures à tout écouter, il y en a pour tous les goûts.





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> Les meilleurs disques de 2019 pour tes oreilles, après avoir encaissé les 19 heures de lives uploadés par Autechre d’une traite :




Tu as écouté les lives d’Autechre pendant des heures, tu as les tympans qui sifflent, tu veux une voix féminine qui te susurre des insanités dans les oreilles. Ca tombe bien Shay a sorti son album Antidote un des meilleurs albums de rap/r’n’b fr cette année (avec le 13 block et le Radio Suicide), même si tout le monde préférera discourir sur le Vald. Tubes impeccables, beats parfaits, ça glisse de partout et enrobe tes oreilles de miel belge. L’album démarre assez faiblement, mais te balance sans sourciller une série de tracks exemplaires, sans sourciller (de “notif” à “BXL”, 8 morceaux quand même). C’est quand même facile à écouter sous la douche que 12 heures straight de musique industriel.

Tu as écouté les lives d’Autechre pendant des heures, et tu ne te sens pas bien. Tu vas chez le médecin, car tu es mélodie-déprimé, et vu que c’est un bon gars, il te prescrit le Technosensible de Tepr. Certes, on est point dans les chef d’oeuvres abstract ou électro de la bonne époque (rappelons que Côte Ouest et The Deadly Master… font parti des meilleurs albums jamais sorti, dans le monde entier), le breton revient avec un album de Techno House super direct, parfois un peu sirupeux, mais souvent beau. On n’échappe pas aux quelques morceaux trop bubbly et pop, mais pour des esgourdes traumatisées après dix heures de dissonances, c’est un soulagement incroyable, comme du sirop pour la toux dans une gorge irritée. Claviers trance mélancoliques, refrains immédiats, mélodies tire-larmes, ce disque est parfait pour danser dans la rue en pleurant comme un fou, jusqu’au bout de la nuit. Parce que en vrai, danser sur du Autechre dans la rue, ben ca fait chelou. Surtout si tu pleures. Tu risques de te faire tabasser par un agent de sécurité sur les nerfs. Ne te retrouve pas dans cette situation: écoute Technosensible.

Tu as écouté les lives d’Autechre pendant des heures, et maintenant, tu es grave déprimé. Tellement déprimé que tu penses à errer dans la rue toute la nuit, le casque vissé sur la tête, en récitant des mantras suicidaires. Mais les mantras suicidaires, c’est bien mieux avec du vocoder, et Antha sait parfaitement le faire. Alors sur Spleen, ça roucoule de la pop neurasthénique, ça crache sa hargne sur des instrues folles, c’est concis, beau de bout en bout, même si surement bricolé à la maison avec des bouts de scotchs. Les mélodies de “Inferno”, “Les Tourments” ou “Interieur Cuir” te casseront le cerveau, c’est cathartique, et après avoir entendu un disque encore plus cafardeux et mélancolique que tes pensées après douze live d’Autechre, tu pourrais repartir comme en quarante et écouter d’une traite les NTS Sessions.





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> L’article corporate de l’année 2019: Hyacinthe – Rave:



Ok ok, j’ai pris les photos autour de ce projet, donc difficile d’en parler de façon neutre. Et c’est bien dommage. Car sans ça, je t’aurai fait une longue chronique qui aurait aurait dit que ce Rave de Hyacinthe est allé se positionner bien plus loin que la majorité des projets estampillés rap fr cette année. Qu’il a cassé des barrières, précurseur, et qu’il propose un truc qui ne sera norme que dans quelques années. Que si tu aimes la musique électronique belle à chialer, le rap sous drogue, les complaintes auto-tunées, tu ne peux difficilement trouver mieux que Rave cette année. Que des morceaux comme “Espérance de vie”, “Depuis l’année dernière”, “Sous les Néons”, ou “A Toi” arracheront les échines de toute personne avec un coeur un peu sensible. Et surtout, il y a “Il reste quelque chose”, morceau incroyable, beau comme la mort, au dessus de tout ce qui s’est fait dans le rap émo cette année. Mais bon, je ne peux pas écrire tout ça malheureusement, car je veux éviter que Mediapart me tombe dessus pour conflit d’intérêt. Donc je n’écris rien.





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> Les autres morceaux de 2019


SotePipe Dreams l’autre meilleure track de 2019
Riff Raff & Chief KeefTip Toe 3
Gucci ManeMr Wop
FutureBaptiize
BurialOld Tape Enfin une petite prise de risque de la part de Burial
FlumeMUD
FKA TwigsMarie Magdalene magnifique, highlight de l’album

MAVIEye/I and I/Nation
MonolithThe Ridge
Floating Points – Last Bloom / Anasickmodular
DJRUMHard To Say une des plus grosses claques de l’année dernière
Side Project Is Techno That Serious?
YaporigamiWe Dance Alone

ModeselektorWMF Love Song
Lolo ZouaiCaffeine
VenturaTo Suffer
GrimesViolence / So heavy I fell through the earth
DJ SnakeEnzo

Robag WruhmeKomalh j’ai hésité à classer l’album dans le top
Young Thug feat FutureSup Mate
Lil Keed feat Young ThugProud Of Me
LORNPerfekt Dark / TimeSink toujours le plus fort
Kekra feat NiskaVréalité

VegynMonét Monét
MIRRRORIce Cold
13 BlockFuck le 17
LOFT aka AYAThank u, next
Hamza feat DamsoGod Bless
MikronSunken Paths sublime



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promis, j’essaie de faire quelques articles en 2020 (en attendant lisez Goute Mes Disques)


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Cum On My Selector 25 : Djrum, Dave Monolith, Playboi Carti, Side Project, Weval, Smerz, Sote

Posted in Chroniques on December 8th, 2019 by Dat'


Now do you feel better about yourself?



Selector 25, où l’on parle du futur de la musique, d’Autechre Iranien, de No Man Sky à la sauce breizhée, d’un prince analordien revenu de nul part, du pourquoi faire la fête avec ses potes sur du gabber émotionnel, en finissant sur de la pop triste norvégienne:



Djrum – Hard To Say

Vents spatiaux fulgurants, éruptions solaires et barrières de comètes. Supernovas, planètes en roue libre, voyager en light speed. Basses ahurissantes, rythmes épileptiques, et voix angéliques : ce morceau de Dj Rum, c’est jouer à No Man Sky la gueule ouverte, bourrée de drogues, après 2 nuits sans dormir. Du rivotril à la place du sang, au milieu d’un club gabber, aveuglé par les stroboscopes. Divaguer sans mission, au grès des tempêtes galactiques, avec des trous noirs qui te hurlent de la techno à 160bpm.
C’est le rouleau compresseur d’after party, le film Ad Astra foutu dans un mixeur avec Enter The Void, featuring les raves boueuses de Bretagne de la fin des années 1990.
Comment définir un mélange entre les aires d’autoroute de Lorient – Quimper et 2001 l’odyssée de l’espace ? Je ne sais pas, c’est un peu Hard To Say






Dave Monolith – The Ridge

On avait perdu de vue Dave Monolith, le mec laissant des fans en attente de tracks pré-achetées, qui ne viendront jamais. Mais pas de retraite anticipée au Panama payée avec l’or des auditeurs. Il semblerait que le bonhomme ait passé une salle période, entre vol de matos et mois passés dans la rue. Avant de retrouver légèrement plus stable il y a peu.
Et comme si Dave n’en pouvait plus de revenir à ses machines, il nous envoie une fresque belle à pleurer de 12 minutes (!!) passant par toutes les émotions : mélodies belles à chialer, synthés lumineux, légères teintes optimistes, The Ridge pourrait presque passer pour le meilleur comeback IDM émo de 2019, sans forcer. On tient ici une version dépressive et étirée de Fenix Funk 5, parfaite pour te martyriser le palpitant pendant presque un quart d’heure. Si Dave Monolith sort un album de cette qualité dans les mois à venir, le monde de la musique peut mourir tranquille.






Side Project – Is Techno That Serious ?

C’est quoi votre problème ? C’est quoi votre problème ? Vous êtes des ouf…! On va faire une petite pause, on va penser à l’amour, on va penser aux autres, pourquoi on est tous ensemble la nuit, dans des salles sombres… Pourquoi on est ensemble ? Pourquoi on est ensemble à votre avis ? Pensez aux autres, aimez les gens, ayez de l’empathie, battez vous pour vos droits, battez vous pour vos libertés, dites non aux fachos… bref, vous avez compris… La musique c’est la liberté, la nuit c’est la liberté…” Is Techno That Serious, That I Can’t Do Gabber With My Friends ?






Pipe Dreams – Sote

Hold up. On tient là le morceau électronique de l’année. IDM, expérimental, world music, indus, tout ce que tu veux. Ce Pipe Dreams dévore le monde. Entre instruments Iraniens traditionnels et cavale destroy toute droit sortie d’un Max/MSP cancéreux, on alterne entre recueillement spirituel et révolte des machines. La première moitié du morceau m’a filé une claque aussi immense qu’à la première écoute du LCC d’Autechre (sur Untilted), et la conclusion, habitée de chœurs en fusions et rythmes techno pachydermiques est une des progressions les plus hallucinantes et habitées de 2019. Bande son parfaite pour se balader dans le quartier du moyen-orient de Zalem, Confield traduit en persan, Pipe Dreams est le morceau le plus beau et intense de l’année, sans forcer.






Weval – Somedays

Clip magistral. J’ai du regardé cette vidéos au moins 50 fois, à me demander comment l’artiste avait pu arriver à un pondre une telle folie. La méthode semble incorporer deux millions d’heures de montages, soixante disques durs d’un tera, et trente flacons de gouttes pour les yeux. Hallucinant.
Et la musique n’est pas en reste, Somedays étant un des highlights de The Weight, nouvel album de Weval, excellente galette d’electro-pop éthérée (malgré son manque de surprise sur la longueur). Meme si il manque une légère magie tirée de leurs anciens “intro” ou “You made it 1 & 2″, The Weight est un parfait album a glisser en fin de nuit blanche, pour avoir son lot de frissons et larmichettes avant le lever de soleil.






Playboi Carti – Molly / No Stylist

Le futur (présent?) de la musique, ce n’est pas qu’une ère où les algorithmes sont rois. Où l’on utilise les sites de streaming tout le temps, partout. Où L’auto-shazaming enregistre tout ce que tu fais, de la mélodie de ton réveil matin jusqu’au beat crasseux de la cabine d’essayage chez Forever21.
Le futur de la musique, c’est aussi les bouts de morceaux leakés qui échappent à leurs créateurs, qui mutent, qui s’étirent, se font remixer, passer en boucle, qui se démultiplient sur internet. Tu balances un snippet de 30 secondes pour créer l’attente, et tu en retrouve 100 versions des mois plus tard sur youtube.
Molly / No Stylist de Playboi Carti en est le parfait exemple. Un couplet sorti d’on ne sait où, avec une instrue lunaire, 45 sec de musique fascinante leakée il y a presque un an, dans l’anonymat le plus total, à part pour les fans hardcore. Des mois après, c’est le premier résultât sur google quand tu tapes le nom de l’artiste. C’est 50 versions youtube, entre couplets tournant en boucle, mélodies étirées, bootleg avec d’autres tracks de Carti, vitesse changée pour éviter les problèmes de copyright. C’est des faux clips qui sortent et se font take down deux semaines après. La créativité à son maximum (profite de celle du dessous, qui disparaitra surement dans deux semaines).
Le morceau n’appartient plus à son créateur, il se modifie à n’en plus finir, mutant audio, Gantz Graf du hiphop drogué. Et toi, fasciné par ce petit bout de musique qui mue sans relâche, tu cliques sur chaque version, avide de trouver la forme parfaite.
Jusqu’au jour où Carti sortira la version officielle, qui sera forcément décevante, puisque définitive, gravée dans itunes, et donc soudainement morte.






Smerz – Sure

Il nous fallait bien une petite comptine pop pour finir, avec voix cristallines, orgues dépressifs et mélodie à casser des chœurs. Quand les rythmes déboulent sans prévenir après plus de 2 minutes de morceau beatless, c’est ton échine qui se met à faire l’hélicoptère. J’ai pleuré à chaque écoute. Ce morceau, c’est un peu comme se faire larguer en pleine randonnée en terre d’Islande : tu as le cerveau démonté par la tristesse, mais tu te consoles en te disant que tu as une sacrée chance d’être dans un clip de PNL.





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Cum On My Selector 24 : Yaporigami, Lotic, Modeselektor, 4rd, AOTOA, Lorn, Young Coco

Posted in Chroniques on March 31st, 2019 by Dat'


It Never Ends



Deuxième article depuis le début de l’année, c’est Byzance! Et cela ne sera pas le dernier, je vous le promets. Un petit Selector tranquille, un peu sombre, où l’on parle de Uk Garage émo, d’electronica fragile, de Japonais enragé et de tube allemand qui pilonnent le coeur:



AOTOA – Great Ideas

Les frissons. Je ne m’étais pas pris une telle claque sur un simple morceau de UK Garage depuis des lustres. Le rythme claudiquant, les voix puputes, les synthés cristallins, tout y est. Mais l’élément déclencheur, le moissonneur de colonne vertébrale, c’est cette voix fantomatique affolante, qui déboule sans prévenir à la 44 seconde pour hanter le morceau, sans plus jamais le quitter. Cette simple chorale spectrale change un morceau de garage traditionnel (mais tubesque) en cavalcade émotionnelle, club de Londres rongé par la mort, beau à en pleurer. Et, quand après le break à 2min25, tout explose, c’est le bonheur absolu, les anges qui déboulent sur le dance-floor pour tabasser tout ce qui bouge. Ce Great Ideas, cela te donne envie de danser, de pleurer, de courir les cheveux au vent dans une ville à 3 heures du mat’. Cela se classe sans forcer dans les classiques UK Garage émo, juste à coté d’un Fukushima de Phon.O ou d’un Talisman de Clubroot. Diamant.






Lorn – Hope you’ll stay

Après avoir sorti l’un des meilleurs albums de 2018 (voir des années 2010), Lorn a sorti en catimini une belle fournée de rares & inédits. 30 morceaux datant parfois de plus de dix ans, entre esquisses non terminées, boucles crasseuses et bombinettes oubliées (Suicide Note, incroyable, qui aurait pu être facilement un single de ses anciens LPs). Evidemment, tout n’est pas à retenir, et de qualité parfois inégale, mais on trouve bon nombre de trésors Lornien dans ce bordel. Au milieu des steppes désolés, un court morceau beau à pleurer, tranchant avec le reste : Hope You’ll Stay, lancinante complainte seulement habitée par une voix à l’agonie, et une guitare en décomposition. Le chant mute, s’affaisse, se casse, se transforme, prend vie de façon aléatoire avant qu’un troisième élément apparaisse, juste le temps de quelques secondes, note stridente qui fini de t’écraser le cœur à coup de talons. Lorn vient d’inventer la pop des années 2050, quand le monde entier aura basculé dans le cannibalisme de masse, pour une population terrienne au cerveau fondu par le réchauffement climatique.






4rd – Controversial Vid Track

Ce n’est surement qu’une impression, mais entre le retour de Bogdan Raczynski, de DMX Crew ou l’ouverture du label Billegal Beats, une petite résurgence de l’IDM se fait sentir. Mais pendant que les barons de l’electronica s’octroient de longues vacances pénards entre deux disques, les petites mains et fans s’affairent et continuent de faire vivre la tradition des morceaux glitchés hypersensibles.
Dans le lot, 4rd, qui vient de sortir son LP Box Driver, est en plein dedans. Entre fan service pleinement assumé (jusqu’au titres des morceaux, comme Spruce St -> S St Bridge ou Lettuce Vibe Controversy) et artiste à part entière, l’américain balance des morceaux qui n’auraient pas fait pâle figure sur un Rephlex d’antan. En point d’orgue, Controversial Vid Track, merveille d’electronica cristalline mélancolique, aux rythmes claudicants et synthés beaux comme la nuit. Cela coule de source, cela se déplie avec une tristesse presque timide, avant de laisser échapper sur la deuxième moitié du morceau une mélodie qui va te coller une jolie colonie de papillons dans le ventre. Aucune révolution, mais parfait pour entretenir le spleen de tes longues nuits d’insomnies.






Yaporigami – We Dance Alone

Sorti de nul part, c’est le Japonais Yaporigami, qui délaisse sa techno ambiant 100% sombre pour album pur electronica Warp/Planet Mu de la grande époque, à lacher des rythmes qui se nécrosent à n’en plus finir, sur mélodies tentant de survivre au milieu du chaos. Tout comme 4rd, on sent que le tout est clairement référencé, et difficile de ne pas penser à du Autechre ou Venetian Snares sur certains essais.
Pourtant, les frissons sont là, comme sur le morceau titre We Dance Alone, parfaite track electronica fragile se transformant peu à peu en cavalcade héroïque. Derrière les rythmes âpres et violents, on découvre rapidement des synthés fragiles qui foutent la frousse et n’en finissent plus de monter. Mais le vrai choc, c’est cette mélodie aliéné toute droit sortie d’un Oversteps/Move of Ten d’Autechre (c’est le même matos, pas possible autrement), qui va mener la danse pendant tout le morceaux, à rebondir sur le chaos rythmique sans jamais discontinuer. Quand les synthés du départ viennent épauler le tout (vers 1min57) c’est beau à chialer, perfection atteinte.
Le reste de l’album est presque du même acabit, indispensable pour tout tympans en manque d’électronica lumineuse et explosée.






Modeselektor – WMF Love Song

Je n’y ai pas cru, au retour des Allemands. Et pourtant, on avait besoin de revoir Modeselektor sur le devant de la scène, avec le fun et le kitsch indéboulonnables de leurs morceaux. Ce chaos jouissif aux synthés gras, on le voyait peu à peu disparaître des productions Moderat (et définitivement mort et enterré sur l’Apparat à venir semble t’il, qui a l’air aussi fun qu’une porte qui grince).
L’album, concentré sur 8 titres, n’invente strictement rien, n’a aucune prétention d’être un grand disque, mais est une vraie réussite, entre le tube fou Who avec Tommy Cash, l’intro 8bit toute belle One United Power, la mandale Prügelknabe ou le superbe Wake Me Up When It’s Over et ses synthés cathédrales / chair de poule.
Mais le vrai tour de force du LP, c’est ce WMF Love Song, rouleau compresseur ahurissant, à provoquer des émeutes dans n’importe quel club du monde. C’est trop dur, trop fort, trop orgasmique, bombe qui n’explosera jamais totalement, Techno bourrine aux claviers mirifiques, qui te brutalise non stop tout en restant beau à en crever. Ce truc est tellement massif, tellement motivant qu’il me donnerait presque envie de m’inscrire dans une salle de sport huppées, pour soulever des haltères en écoutant ce son à fond, jusqu’à ce que mes muscles se désintègrent dans une gerbe de sang et aillent repeindre les cartes d’abonnements à 90euros par mois.






Young Coco – Motto

La vague trap agressive x soundcloud US actuelle a évidemment salement choquée les MC Japonais, et l’on ne compte plus des mecs voulant sonner comme XXX ou Takeshi69 (qui serait passé inaperçu à Shibuya d’ailleurs).
Mais Young Coco ne veut pas juste faire le féroce sur un beat galeux. Alors il va foutre les potards à fond dans le rouge, pour hurler encore plus fort qu’un punk en montée de speed, qui vient de voir son gosse se faire percuter par une voiture. Même Daniel Hernandes n’a pas poussé le vice aussi loin dans la rage aveugle, avec une prod encore plus violente qu’un métro sur frein d’urgence.
Le mec ferait passer Siboy pour un chanteur de comptines à l’école maternelle de Lisieux, pour un morceau passera crème pendant ta lune de miel. Dans la musique, aujourd’hui, plus rien n’a de sens.






Lotic – Hunted

Impossible de t’endormir, tu tournes et te retournes dans ton lit, à chercher sans espoir le moment où ton cerveau s’éteindra enfin. Mais laminé par les somnifères et la peur de ne justement pas trouver le sommeil, ton ciboulot déconne et commence à entendre des voix, qui te susurrent des phrases inintelligibles. Tu as des vieilles mélodies de morceaux entendus ces derniers jours qui s’entrechoquent dans ta tête, pour créer un malaise étrangement réconfortant. Hunted de Lotic, c’est un peu la même chose. Un mec qui te souffle de l’angoisse sur une mélodie belle à pleurer, saccagé par des battements de cœur tribaux, et une cassure cauchemardesque dans le dernier tiers. C’est le tube radio démoli, tuberculeux, vicié. Mais c’est surtout une mandale fière, assurée, nous crachant son âme en pleine gueule.






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Top 2018 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 14th, 2019 by Dat'


> Rétrospective 2018



Hey, cela faisait un bail ! J’ai légèrement arrêté d’écrire, mais pas d’écouter de la musique. Et cette année 2018 a été tellement incroyable en terme de son, qu’il fallait que je me bouge le cul et accouche d’un article pour en parler.

Comme à la grande époque, ce top n’est pas foncièrement là pour présenter les disques révolutionnaires de 2018. Simplement ceux que j’ai le plus écouté, que cela soit en pleine nuit devant mon ordi, sous la lumière d’un réverbère, en soirée ou avant d’aller au boulot le matin. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement inconnu au bataillon. Le plaisir de chanter un truc sous la douche, ou de chialer pendant un moment dur.

Encore une fois, plusieurs catégories dans cette rétrospective : Un top 12 albums sans distinction de genre, les Top Tracks 2018, les best EP, et une nouvelle catégorie : les meilleures cover/artwork d’album.






> Top albums 2018




– Low – Double Negative

Une claque énorme. Tel Kiku dans le livre des consignes automatiques, j’ai eu l’impression dans ce disque de trouver le son dont j’avais rêvé toute la ma vie. En lançant “Quorum”, premier morceau de Double Negative, avec ce grognement fou, cette simulation de tremblement de terre qui détruit tout, et ce synthé qui donne envie de chialer, j’ai su que ce disque allait me tuer sur place. Low m’a choqué, hanté toute la deuxième moitié de 2018, pour un groupe que j’avais quasiment oublié depuis leur LP “C’mon” il y a presque dix ans. La recette de Low n’a pas foncièrement changé depuis deux décennies, et pourtant ce nouvel album n’a pas d’équivalent dans leur discographie:
Ici encore, les voix toujours aussi cristallines, les mélodies toujours aussi dépressives, mais il y a une force dans ce disque, un truc sale, cancéreux et mélancolique qui submerge tout.
Les deux premiers morceaux du disque (“Quorum”, “Dancing with blood”) m’ont littéralement cassé la colonne vertébrale, “Always Trying to Work It Out” est la plus belle chanson pop de 2019 (cette montée finale sidérante), “Disarray” renvoie à Drums & Guns en te flinguant la tronche et “Always Up” serra jouée aux enterrements. Tu es dubitatif et ne demande qu’à être convaincu ? ça tombe bien, Low a clippé les trois premiers morceaux du disque ici : clique!.
Double Negative de Low n’est pas seulement le meilleur disque de 2019, mais surement l’un des meilleurs de ces dix dernières années. Ahurissant.


– Lorn – Remnant

L’autre uppercut de 2019. Lorn a toujours eu une place au chaud dans mon cœur, auteur de morceaux absolument fous, mais sans pour autant sortir d’album parfait/définitif dans le passé. Beaucoup d’excellents disques, avec quelques diamants au milieux, mais pas de chef d’œuvre complet à la Totems Flare ou Duntisbourne Abbots. Et bien pour Remnant, Lorn prend le chemin inverse : pas de tube, pas de claque évidente, mais un album réussi de bout en bout. Ce LP est un organisme vivant, visqueux, en pleine mutation, grinçant, grognant dans tes oreilles. Un monolithe noir et romantique, aux mélodies magnifiques (“Memory Management”, “Out of the Frame”, “Drown Out Like a Ache”…).
En plus de l’émotion, le disque te balance une technique irréprochable, un son 4D vertigineux encore plus bandant que ta playlist “sexy korean asmr”.
On n’est clairement pas dans la gratification immédiate, ni dans les mandales évidentes du Lorn période Diamond ou Weigh Me Down. Sur ce nouveau LP, il faut prendre son temps, se laisser envelopper par les ténèbres et les impuretés du disque.
J’aurai adoré chronique Remnant sur six pages, à divaguer toute la nuit sur cette bête hors contrôle. Un LP cyberpunk parfait, qui reprend le taff là où Severant de Kuedo l’avait laissé, inventant la BO d’un film d’anticipation, dont le scenario se focaliserait sur un Deckard presque mort, défoncé à la drogue, marchant au radar dans les rues de Los Angeles avec une balle dans le ventre, complètement aveuglé par les néons.


– Kelman Duran – 13 Months

Vu que je n’écris plus des masses, tu dois être en manque de disques mélancoliques avec voix puputes pitchées à l’infini, pour marcher en ville à 3 heure du mat’, surtout depuis que Burial ne fait plus de grand format, et que Phon.O n’a pas sorti d’album depuis 6 ans. Et bien cela tombe bien, dans le genre, voila l’un des disques les plus impressionnants de ces dernières années. Et si nos potes du Uk Garage utilisaient principalement le r’n’b moite comme première ressource, Kelman Duran prend la tangente et noie son Reggeaton/Dancehall sous une masse de synthés beaux comme la nuit, poussant le vice d’étirer le tout sur parfois dix minutes de mélopées désenchantées et aériennes (parfois pas loin d’un Pinch ou d’un River Bones). Tu as l’impression d’être dans un club Latino underground la gueule remplie de rivotril, en mode slow motion drogué jusqu’à l’os, sanglotant toute la soirée sur tes amours perdus.
Les deux premiers morceaux (25 min à eux deux) sont parfait pour comprendre le disque, qui a en point d’orgue son introduction, longue fresque belle à pleurer, sorte de Untrue 2K19, celui d’une nouvelle génération bercée par Despacito, ringardisant les veilles complaintes embuées d’Aaliyah…





– JPEG Mafia – Veteran

Le hiphop, il avait vraiment envie de rencontrer JPEG « Peggy » Mafia. Alors il lui donne rendez-vous dans un café sympa, après pas mal d’échanges sur Tinder. Peggy boit un verre avec le hiphop, lui fait les yeux doux, lui tient la main, et paie l’addition. Il l’amène dans sa bagnole, met le son a fond, se marre en roulant à toute vitesse, les cheveux dans le vent. Le hiphop est content, il tomberait déjà presque amoureux de Peggy. Alors le hiphop pose la main sur la jambe de Peggy, un petit clin d’œil, le courant passe, les frissons dans la colonne vertébrale, c’est beau, c’est romantique. En plus, il a mis une petite culotte à fleur, le hiphop. Mais la voiture de Peggy prend une route de traverse, et sort de la ville pour aller vers un chemin de campagne. Le hiphop se demande se qu’il se passe, mais se dit qu’ils se dirigent tout deux vers un nid douillet, feu de cheminé, petits câlins, hihi, il a des papillons dans le ventre, le hiphop. La voiture s’arrête au bord d’une foret, Peggy demande au hiphop de sortir, de s’agenouiller dans l’herbe, et de fermer sa gueule. Le hiphop est tout surpris et se met à pleurer. Le visage tout rouge, plein de morve, il s’excuse d’avoir tant déconné ces dernières années, et dit qu’il regrette, qu’il ne recommencera plus.
Peggy n’en a rien à foutre. Il sort son AK47 et rafale le hiphop en pleine gueule. Le hiphop s’étouffe dans sa gerbe, hurle à la mort comme un cochon passant au hachoir. Sang qui gicle, bouts de cervelle partout, Peggy se met à hurler comme un damné et fini de tabasser le cadavre du hiphop à coups de talon, puis lui pisse dessus. Cette bouillie de dents, d’urine, de viscères, de sang plein de grumeaux, ben c’est Veteran, de JPEG Mafia. Et c’est incroyable.


– Ochre – Project Caelus

Sort la boite de mouchoir, tes yeux vont piquer et se mettre à couler environ 30 secondes après avoir entamé ce disque. Ochre, l’une des têtes phares de l’electronica early 2000, avait sorti deux-trois petits classiques, dont “A Midsummer Nice Dream” à ranger au coté de l’IDM émo de Plaid, Kettel ou Yimino. Fast forward, 15 ans après, l’anglais sait toujours comment t’arracher le cœur pour l’envoyer dériver dans l’espace. Mélodies folles, synthés qui virevoltent à n’en plus finir, Ochre te balance un album d’electronica mélancolique bigger than life (parfois trop), soundtrack pour le plus épique de tes RPG.
Pas de tube à chanter sous la douche, pas de ritournelle docile, on est ici beaucoup plus dans la d’un Woob ‘Have Landed’ ou d’un Tekkonkinkreet. Ce Project Caelus est l’album parfait à écouter lors d’une longue nuit sans sommeil, ou lors d’un trajet en train, coincé contre la fenêtre, à regarder le paysage défiler une larme à l’œil, pour te sentir encore plus émo que Chimene Badi. Et pile au milieu du disque, un chef d’œuvre absolu, un morceau qui va te planter une colonie de scolopendres dans le bide : le miracle Tugrul (clique, clique !), diamant funeste beau comme la mort, qui vaut à lui seul l’achat de ce disque démesuré.


13 Block – Triple S

Le rap français cette année ? Point de SCH, Damso, ou VALD sur mon selector. Le vrai disque, c’est ce Triple S de 13 Block, qui n’a fait rien comme les autres. En mode documentaire, 13 Block parle simple, sans fioriture, sans fanfaronnade ni fabulation, c’est sec et dur, ça ne te vent pas du rêve. Certains se peignent en trafiquant d’armes internationaux, mais chez nos Sevranais, ça vend des clopes, deale du textile et grille des feux rouges.
Et pourtant, ce qui rend ce disque indispensable, c’est qu’il est juste putain de beau. Les instrues sont quasiment toutes sublimes (thanks Ikaz Boy), en mode comptines électroniques fragiles lorgnant plus du coté de Plaid que de la trap US, avec mélodies cristallines, synthés mélancoliques et refrains pop viciés à chanter sous la douche (“Vide”, “Somme”, “Binks”, “Calibre”…). La majorité du rap fr couinerait en mode vocoder dépressif sur des prods pareils, mais 13 Block y va à fond et crache sa hargne, tabassant les tympans sans discontinuer. Les 5 premiers morceaux du disque constituent la première moitié d’album rap fr la plus solide/belle de 2018, et si le disque ne garde pas la même constance sur la suite, on reste clairement sur de la qualité premium. Triple S est un album bizarre, ultra sensible et pourtant vachement agressif, qui ne ressemble à rien actuellement. Tout en haut. Next step, une galette avec Metro Boomin ?





– Pusha T – Daytona

Allez, on va être honnête, Pusha T, sans l’aide de son frérot, n’a jamais vraiment balancé de classique. Oui, il a sorti des morceaux balaises (comme son quasi Autechre-ien Sweet Serenade), de bons LPs, mais pas de vrai classique. Pas de spoiler, tu le sais déjà car tout le monde en a parlé, ce Daytona est clairement le disque de rap US de l’année, et tout le monde a raison. Car il l’est. Tandis que monstre foule du rap US s’efforce de faire du vide et des polémiques, Pusha T s’est juste assis sur le trône les mains dans les poches, avec un sourire narquois, pour briser des carrières.
A mort les albums de 20 morceaux, à mort les disques avec trois millions de featurings, à mort les refrains sucrés pour booster les streaming. Daytona, c’est l’opposé de tout ça. Est-ce un EP ? Un mini-album ? Un vrai grand disque ? Aucune importance, cela tue de bout en bout, pas un morceau à jeter, avec des moments bravaches fous (If you know you know, meilleure intro 2018, ou l’héroïque The Games We Play) et des samples vocaux beaux à crever (Come Back Baby, vrai tube du disque, ou le lumineux Santeria). Un classique sans contestation possible, on en parlera encore dans 10 ans.


– Leon Vynehall – Nothing Is Still

Nothing Is Still remet au gout du jour un concept au combien désuet depuis que Spotify s’incruste dans les foyers: l’album avec un grand A, le disque à écouter de bout en bout, le tracklisting qui conte une histoire. Partant d’une soundtrack imaginaire contant l’arrivée de ses grands parents à New York, Leon Vynehall a façonné un discret album house/Jazz parfait pour tes nuits solos dénuées de sommeil. De premiers titres feutrés façon musique beatless ambiant/Jazz, le disque va doucement naviguer vers des territoires plus enlevés, parfois angoissants, toujours beaux, en s’autorisant son premier “vrai” rythme qu’à partir du morceau 6. Electro sombre sur Troubles, triphop étincelant sur Envelopes, house moite sur English Oak, l’album fini sur un lit de violons émo et mélodies tire-larmes qui nous laisse penser qu’émigrer aux USA était légèrement plus laidback avant l’êre Trump.
Impossible de faire du track by track pour parler de ce disque, qui, par l’utilisation parfaite du field recording et de sons concrets (synthés du début façon paquebots, pianos jazzy du speakeasy local, conversations de trottoirs et piaillements d’oiseaux sous soleil de Manhattan…), nous donne l’impression de poser nos valises à NYC, green card en poche. Il ne reste plus qu’à fermer les yeux, laisser son imagination courir, et surtout confortablement installer la fonction shuffle de ton phone sous la guillotine.


– Demdike Stare – Passion

J’aurai adoré faire une chronique géante de ce disque, racontant l’histoire un Londonien défoncé se baladant de clubs en clubs, de bars en boites, dansant comme un fou, entre deux bastons et trois pintes de bières. Car c’est bien ce que Passion de Demdike Stare est : un rouleau compresseur drogué écrasant toute la musique club UK actuelle. Chaque track est une ode dérouillée aux soirées apocalyptiques, un ovni déstructuré ravagé par la dope, donnant l’impression d’écouter une scène electro en pleine tentative de suicide.
Tu as du Grime tubesque qui s’autodétruit de façon dépressive (“Spitting Brass”), de la techno drum and basse sublime qui se nécrose sur plus de 7 minutes (“At It Again”, meilleur morceau), de l’IDM en mode asile psychiatrique (“Caps have Gone”), du UK Garage ravagé par la peste bubonique (“Know Where To Start”, “Cracked”), de la French house asthmatique (“You People are Fucked”) et même de l’ambiant cadavérique (“Dilation”). Parfait pour imaginer la soirée d’un Londonien au bout du rouleau après une nuit en enfer, en redescente de drogue, du sang plein la gueule. Les Demdike Stare se roulent dans la fange de Soho à 3 heure du mat, et chient de l’or.
Surement l’un des disques les plus intenses de l’année, parfait si te veux entendre une musique électronique 100% maso, croupion levé attendant la saillie, adorant se faire tabasser la margoulette à coup de pelle.





– Kekra – Land

Kekra est seul dans sa vallée, à balancer des ogives nucléaires sans discontinuer depuis 3 ans, plongeant dans le grime ou le Uk garage, sur trois mixtapes quasi-parfaites. Mais que Kekra puisse balancer un album concis, tubesque, plus lumineux, sans un instant ouvrir sa recette ou polisser sa recette, ce n’était pas forcément gagné. On sait comme un passage entre mixtapes et premier album peut être risqué, et beaucoup d’artistes adore vendre leur miche à l’orée d’un premier disque, vu que Jacques du marketing ne veut pas gaspiller les deniers du label sur un truc trop bizarre.
Mais Kekra se gausse des guidelines, et foule le rap comme un paillasson, distribuant des doigts depuis Tokyo d’un air goguenard.
Sur Land, adieu le 2-step anglais (dommage) et bonjour les instrues stellaires, belles à pleurer (“Batman”, aberrant, j’ai failli m’immoler de bonheur en écoutant cette gemme la première fois) et violentes mornifles dans tes tympans (“Wing Chun, Dix Balles, Viceland, Normal, Sega”, on peut avoir ça dans les clubs svp ?). Pas la peine de classer le gars, il se promène en sifflotant, les mains dans les poches, au large de ses concurrents. Pas au dessus, ni devant, juste très très loin, seul dans sa salle du temps, à bâtir des cathédrales vocodées avec haine/amour, casquette phire wire vissée sur la tête.


– Blawan – Wet Will Dry

Enfin ! Le terroriste Blawan, qui m’obsède depuis presque dix ans a décidé de sortir son premier ( !!) album. Je n’y ai pas cru au départ, en voyant la news. Au diable les mélodies, à mort la mélancolie, tout ce que je voulais avec un album de l’anglais, c’est de me faire tabasser la tronche à coup de Techno ultra brutale. Poser ma tempe sur le goudron, pour que Blawan déboule avec un marteau piqueur, le plante dans mon oreille et transforme ma caboche en bouillie sanguinolente.
Et pour le coup, je n’ai pas été déçu ! Ce disque ferrait passer Turning Dragon pour de la musique de mioches, hystérique techno avec claviers ultra sourds, beats à faire trembler les murs et voix glaçantes façon sacrifice rituel. L’enchainement “Tasser”, “Vented” et “North” au milieu du disque est absurde, te sortant la techno la plus sale de l’année, bande son pour orgies bareback dans club mal famé de Silent Hill.
Wet Will Always Dry te donne l’impression d’être attaché derrière une voiture pendant une heure, trainé sur l’asphalte comme un vieux bout de bidoche, avec pour seul espoir les blafardes lumières d’un interminable tunnel d’autoroute. Et le pire, c’est que cela t’excite, déviant que tu es.


– Groundislava – Groundislava II

Personne ne va caler ce petit disque dans son top de l’année, et cela est bien dommage. Groundislava tente de faire passer ce “II” pour un album perdu, une suite batarde de son premier disque faite au même moment, et ressortie en 2018, mais tout sonne trop actuel pour croire au subterfuge. Groundislava revient enfin à ses premiers amours chiptune émo: de petites vignettes sans prétention qui tapent droit au cœur, break up songs d’une Gameboy dépressive chouinant ses dernières notes avant de bouffer sa boite de Xanax. C’est tout mignon, tout beau, et cela fait tellement de bien après un Low ou un Blawan.
Mais ce II est bien plus que cela, c’est aussi un petit bijoux d’electronica guillerette, pendant optimiste (et imparfait) d’un Severant de Kuedo qui aurait troqué le no-future cyberpunk pour une douce mélancolie 8bit, ciblant directement notre âme d’enfant. En point d’orgue le morceau “Sleep Cycles”, petit bijou du LP, magnifique morceau chiptune-trap-aerien.
Groundislava vient de sortir son meilleur disque, en catimini sur bandcamp, ravivant cette flame chiptune émo qui s’était éteinte dans mon palpitant. Cela fait drolement de bien.





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> Best EP 2018 :





Jacques Greene – Fever Focus EP : Toujours plus haut, après un album en 2017 sublime (quel malheur de ne pas l’avoir chroniqué), Jacques Greene balance 6 morceaux plus electronica que d’habitude. Morceaux deux fois plus longs qu’avant, et le tout est toujours aussi beau. On veut un nouvel album. Vite.


slowthai – RUNT EP : Pas besoin de chercher plus loin, le nouvel empereur du hiphop Anglais, c’est slowthai. Habité sur chaque morceau, psychopathe dans chaque clip, ce mec est l’artiste le plus traumatisant venant des UK depuis le Brexit. (le morceau TN Biscuits est absent de l’EP, c’est dommage, achète le en plus, c’est juste le meilleur morceau hiphop de 2018). On veut un premier album, vite. MAN OF THE YEAR 2018


Blaise Moore – Temporary Her EP : Deuxième EP pour Blaise, deuxième taloche. Toujours ultra-sexuel, avec une voix encore plus aguichante qu’un red light district, Temporary Her crache un r’n’b mutant, avec des productions qui roulent sur tout le game actuel sans que personne ne s’en rende compte (Feel It All Every Time, Grips, Godless, on en parle ?). Hey, Bradley Cooper, ce n’est pas Stefani Germanotta qu’il fallait engager pour ton film là, grossière erreur.





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> BEST COVERS/ARTWORKS 2018, achetés juste à cause de la pochette, et parce que l’on oublie qu’un album est parfois cool aussi grâce à sa cover






Ces albums sont très bons. Mais je voulais isoler ces covers, car j’ai acheté ces albums en me basant seulement sur la pochette. Et parce que la photo, c’est beau.


Eartheater – Irisiri, photography by Elise Gallant – Photography (pochette de l’année, incroyable)

Playboi Carti – Die Lit, photography by Nick Walker

Amnesia Scanner – Another Life, photography by Satoshi Fujiwara

Westside Gunn – Supreme Blientele, photography by Elias Zamudio

Puce Mary – The Drought, photography by Torbjørn Rødland

Saba – Care For Me, photography by Zoe Rain





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> La découverte en retard de 2018, le diamant absolu



DJ Metatron – This Is Not: Celle là, je la dois à quelqu’un de special. Dans un club de Shibuya cet été, un verre à la main, quelqu’un m’interpelle via quiproquo chroniques automatiques / Instagram, et s’ensuit la discussion la plus interessante de mon année, à base de Chris Clark, Techno et Damasio. Cette personne, que nous appellerons G, me donne un conseil d’écoute, un mix d’un certain Dj Metatron, inconnu au bataillon. Après quelques bières, ça sentait le piège. Bah putain, ce This Is Not est l’un des plus beau mix techno que j’ai pu écouter dans ma courte vie de merde. Sorti en 2015, le mix te balance neuf/dix morceaux beaux à pleurer, une mixture émo affolante, avec en point d’orgue cette transition absolument incroyable entre la 21eme et 23eme minutes, longue passage cristallin entre deux morceaux angéliques (l’intro trance slow motion vers la 38min n’est pas en reste). La notion du temps est annihilée, tu as dans les oreilles une musique bourrée de mélodies à se damner, c’est triste, lumineux, ultra nostalgique. Et je vois que je ne suis pas le seul à être choqué, il suffit d’aller sur discogs pour voir que tout le monde est en PLS devant ce disque. G, mec, ta recommandation, je vais la garder en tête pendant des lustres, j’en parlerai sur mon lit de mort. On se revoit quand tu veux, si je découvre des diamants pareils à chaque fois.




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> La tristesse:

Je n’ai jamais fait de messages RIP ou twitt larmoyants, car je trouve bizarre, et je ne sais comment faire. Des gens qui disparaissent trop tôt, on voit ça dans les news trop régulièrement. Cela nous touche, plus ou moins, on se dit que le mec avait l’air sympa, on réécoute sa musique pendant quelques jours, puis le flow des news reprend malheureusement son cours.

Puis il y a les vrais baffes, celles qui crèvent le cœur, quand un musicien a façonné notre oreille musicale, changé notre perception de la musique, avec des disques que l’on a écouté pendant quasiment 20 ans sans discontinuer. Ou des lives traumatisants, à Paris, Lyon ou Tokyo.
Alias et Fred Hanak (dDamage) font parti de ceux là pour moi. Et ça fout les boules, vraiment. La chose dont ils peuvent être sur, où qu’ils soient, c’est que l’on les écoutera, pendant 20 ans encore.




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> Les autres morceaux de 2018


TriplegoMedellin
Jon HopkinsEmerald Rush (l’une des deux tueries d’un album bien décevant)
slowthaiT N Biscuits (je t’ai pas menti plus haut)
Skee MaskSoundboy Ext. (une des plus belle track electronica de l’année)
Lil Peep & Clams Casino4 Gold Chains (tout en haut)
Asap Rocky & FKA TwigsFukk Sleep (parce que FKA, évidemment)

Oneohtrix Point NeverBlack Snow (je l’ai chanté sous ma douche toute l’année)
Sophie Not Okay
Gorillaz Tranz
ShakewellLeglock (discretement la meilleure prod cette année)
Spark Master TapeBLVKKBRD (un nouvel album, vite)

Aphex TwinT69 collapse Durichroma remix
Rich The KidPlug Walk
ATKJour et Nuit (quel retour, le bonheur)
RP BooAt War
Robyn Ever Again (the bay, again)
Lone Blue Moon Tree

Nacho Picasso & Riff RaffWant It All
Janelle MonaeI Like That (I like that too)
AutechreFour of seven
Autechrecarefree counter dronal
ShayJolie
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Brrrr brrrrr, j’essaie de revenir dans pas trop longtemps


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CUM ON MY SELECTOR 23 : SahBabii, Abstackt Keal Agram, Groundislava, Lil Mosey, Arm, Nosaj Thing, Autrans, Ydizzy, Arm

Posted in Chroniques on February 25th, 2018 by Dat'


I Am Tired So How Are You


Hey salut, ça faisait longtemps ! Moi ça va, je suis toujours au Japon, et bonne nouvelle, il est possible que je sois légèrement moins captif/aliéné, avec une meilleur work-life balance comme disent mes pairs. Ce qui veut dire que j’ai toujours en tête d’écrire un peu plus. Mais si, pour être honnête, j’ai justement oublié comment écrire.

Sinon, j’ai aussi ouvert un Instagram, vu que j’ai compris bien trop tard que dans la vie, si tu veux que tes photos existent, il faut être sur Instagram. Alors tu pourras y trouver des photos du Japon, des hashtags mais aussi pas mal de musique : @PierreAe https://www.instagram.com/pierreae/

Mais trêve de bavardises, faisons place au Selector :



Groundislava – Sleep Cycles

La petite acrobatie de ce nouveau LP de Groundislava est de faire passer ce « II » pour un album perdu, une suite batarde de son premier disque faite au même moment, et ressortie en ce début Janvier. Et s’il est vrai que ce disque a tout en commun avec le premier opus (teintes chiptunes appuyés, mélodies simples et évidentes), j’ai du mal à croire à des tracks sortie de nul part sans être dépoussiérés, tant certains morceaux sonnent actuels (bonjour les sonorités trap, adieu les lignes de basses veillottes).
La vraie bonne nouvelle, c’est que le musicien revient à des morceaux dépourvus de tous les aspects “pitchforkiens-bath-indie” d’un disque comme Feel Me, pour revenir à la recette parfaite : de petites vignettes sans featuring qui tappent droit au cœur, break up songs d’une Gameboy dépressive chouinant ses dernières notes avant de bouffer sa boite de Xanax.
J’irai même plus loin: Groundislava II pourrait être le disque à écouter pour ceux qui cherchent toujours une suite (très imparfaite) au Severant de Kuedo, afin de se rassasier, même pour une heure seulement.
Tu penses que j’affabule? Ecoute Sleep Cycles, petite merveille mélancolique plus proche de Blade Runner que de Yoshi island.
Groudislava vient de sortir son meilleur disque, et c’est sensé être un vieux truc rouillé qu’il avait oublié dans un coin de son disque dur. Qu’il en soit ainsi.





SahBabii – Purple Ape

La crapule au cœur fragile. Les morceaux bourrés de synthés avec mc chialant sa vie, il y en a plein. Mais les vrais, qui détruisent ton palpitant, c’est exceptionnel. Tu peux me citer Can’t See them de Young Thug, Ride de Burberry Perry, Allergic de Young L, ou toute l’année 2013 de Gucci Mane, et je te donnerai raison à 100%. Tu me diras même que depuis un an, tout le monde essaie, mais très peu réussissent à éviter l’émo foireux.
Dès les premières notes de ce Purple Ape de SahBabii, je suis tombé amoureux. Le genre de morceaux qui pétrifie tout autour de toi, te donnant pour seul objectif dans ta vie de monter le son et de te laisser écraser par le chagrin. Rien de spécial pourtant : une instrue cristalline façon Final Fantasy 7, un violon sorti d’un plug-in pourri d’ableton, et deux mecs qui éructent des mots incompréhensibles avec encore moins d’énergie qu’un James Franco chez Seth Meyers.
Tu l’as ton morceau émo de 2017, ne va pas chercher plus loin. Et contrairement à Burberry Perry, tu peux même écouter la tape entière de SahBabii sans hésiter, petit chef d’œuvre de hiphop voyou drogué sans queue ni tête.





Nosaj Thing – UG

La dernière vraie chronique de disque que j’ai écrite, c’etait Nosaj Thing, avec son superbe Fated. Deux ans plus tard, le bonhomme ressort un nouvel album, Parallels, encore plus beau. Le mec vient de pondre la meilleure galette de sa carrière, sans pression. Difficile de choisir le diamant du disque, tant il est réussi de bout en bout, mais ce UG ultra sale, techno de fin de soirée moite, est trop jouissif pour être laissé sous silence.
Rythme urgent, samples de voix chelous (extraits d’un Moderat/Apparat ?), tension qui ne cesse de prendre de l’ampleur, avec en point d’orgue ce synthé beau comme la mort, hululement funèbre façon sirène pré bombardement à Hawaii. On n’est pas loin d’un « Voyeur » de James Blake, qui reste un traumatisme dans mes tympans 5 ans après.
On n’avait pas entendu un Nosaj Thing aussi farouche depuis un bail, et le reste de l’album, bien plus ouaté et sensible, est parfait pour panser les plaies. Si j’avais fais un top 2017, il aurait été tout en haut





Lil Mosey – Pull Up

Des morceaux avec des lyrics sans aucun sens, sauvés par des hululements drogués ou des beats fous, c’est monnaie courante actuellement. Certains morceaux de 6ix9ine ou Lil Xan peuvent s’écouter en boucle, à hurler les refrains en club, même si les parents ont voulu se couper les veines en analysant les lyrics que leurs gosses adorent pendant plus de trois secondes (les attentats Slingshot ou Wake Up de Xan en sont les parfaits exemples).
Et voilà que Lil Mosey, petit mec qui semble avoir 14 ans, déblatère du rien pendant 3 minutes, en buvant du sirop et en te balançant des dollars à la gueule. Et c’est facilement un des hits de l’année. Adlibs chelous, instrue absurde ultra belle (Annie Cordy en mode Thong-Dollaz), et un MC qui ressemble au Petit Gibus égaré dans un strip club = triomphe, l’œuvre idéale. Out of booth.





YDizzi – YES

Ha, tu as cru qu’en arrêtant d’écrire, j’allais arrêter de te bassiner avec du Hiphop Japonais ? Impossible. Parce que le rap nippon continue sa mutation, et qu’après son passage leané fortement influencé par les premières tapes d’Asap, il est en train de lorgner très fortement vers les XXXtentacion ou Lil Pump. Ecoute le MOTTO de Young Coco pour t’en convaincre, des morceaux comme cela, il y en a des milliers à Tokyo en ce moment. Au milieu de cet océan de violence, quelques perles craquées, comme ce YES de Ydizzy, alien dans la discographie du mec (il en a pas fait deux comme ça) : flow encore plus je m’en foutiste qu’un CurrenSy atteint d’une angine, et instrue en mode morceau Trance rampant sur la route, survivante d’un accident de voiture. Ca ne ressemble à rien et c’est pourtant un évident tube claudiquant et anormal, parfaite porte ouverte pour s’intéresser au super-groupe ‘Killa’ , bande protéiforme dont fait parti le blond Japonais.





Autrans – Marseille & Venise

Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise putain c’est incroyable ce truc Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise ouai, ça me fait penser à quelques chose d’ailleurs Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise ouai c’est des mecs de Fauve je crois Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise c’etait bien Fauve ? Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise non Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise ouai j’ai cru comprnedre. Mais là j’ai envie d’ecouter ce truc en courant très vite, de l’alcool à ras la gueule Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise le truc là, c’est que le mec chante presque comme Maitre Gims, surtout quand il dit “sous le soleil levant” et ça fait que le morceau défonce encore plus Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise le clip est super beau en plus Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise si si Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise donc en fait Fauve qui décide de mélanger Maitre Gims et de la musique de drogué c’est une excellente idée Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise t’as tout compris Marseille Marseille Marseille Marseille Venise Venise Venise Venise.





Aleksi Perala – Gblft1740066

Aleksi Perala est un des artistes IDM qui me fascine le plus, et je considère les rares albums que je possède de lui comme des galettes remarquables (Mental Union en tête). Mais depuis le deuxième opus de sa fresque The Colundi Sequence, j’ai très légèrement l’impression qu’il me faudrait une année sabbatique pour simplement percer le bordel, entre ses dizaines d’heures de musique, sa mythologie et ses titres abscons, hormis quelques morceaux magnifiques glanés au hasard sur le web.
Alors quand le Finlandais revient avec un album qui va droit au but, débarrassé de tout concept biblique, tous synthés dehors, je ne peux plus faire l’autruche. Et ce Paradox est putain d’album comme je les aimes, bourré de claviers rephlexiens et rythmes en mode fan-service Watmm. Avec un album aussi homogène, difficile d’extraire un vainqueur, mais Gblft1740066, avec sa douce progression, ses claviers cristallins et mélodie fragile est celui que je lance toujours en premier.
En attendant, si quelqu’un est assez fou pour me nommer les dix meilleurs morceaux de The Colundi Sequence, qu’il n’hésite pas à me balancer un DM, comme disent les jeunes.





Abstrackt Keal Agram – Firezone

Quelle farce. J’arrête décrire des chroniques pendant un bail et voilà qu’Abstract Keal Agram revient de nul part. Il y a quelques années, un nouvel opus d’AKA aurait été mon rêve, ma chronique la plus importante : tu aurais pu anticiper 8 pages d’excitation pure, à faire passer une fan des Little Mix pour un moine Chartreux. Ca me semblait encore plus improbable que le retour de Portishead (quand Third avait été annoncé). Tellement fou, qu’en voyant qu’un disque intitulé Abstrackt Keal Agram était sorti en 2017, j’ai cru a une blague, ou qu’un connard de musicien avait pris le même blaze sans faire gaffe. Qu’un “petit” groupe breton que tout le monde a oublié sorte un nouveau disque 13 ans après ( ?!!?), ca me semblait inimaginable.
Si tu lis ces pages depuis longtemps, tu sais déjà que AKA (Tepr inclus) est l’un des groupe qui m’a le plus traumatisé dans ma jeunesse. J’ai déjà expliqué cela maintes et maintes fois. Tout ça sentait le piège à plein nez. Mais quand tu lances Firezone, tu te prends une mandale absolue. AKA n’a pas changé : toujours ces rythmes dantesques, ces mélodies incroyables, ces chants désabusés, ce coté hymne de stade cafardeux-romantique avec synthés qui hurlent comme des aliénés. Et surtout cette étape paisible et cristalline, avant la dernière cavalcade monstrueuse où AKA te balance tout dans la tronche.
J’ai eu les larmes aux yeux en écoutant ce morceau. Pas parce que qu’il est foncièrement génial. Mais parce que pendant le temps d’une chanson, j’ai été renvoyé 10-15 ans en arrière, dans mes années lycées/universitaires, où je passais mon temps à boire des bières avec mes potes en écoutant Cluster Ville ou Bad Thriller. Brutalement, ces potes me manquent, ces années me manquent, et cette musique me manquait aussi. Merci les gars. Maintenant Tepr, si tu pouvais aussi sortir un nouvel album solo 12 ans après, cela serait parfait.





Arm – Ta Main

Parce que ce morceau est sublime. Parce que Ta main est peut être la plus belle chanson qu’ Arm (ou Psykick Lyrikah) ait balancé. Parce que chaque mot est doux, choisi à la perfection, débordant d’amour. Parce que tu peux comprendre le texte comme bon te semble, et que chacun en ferra sa propre interprétation. Parce que les paroles me filent la chair de poule, et me rappellent mon père, ce que j’aurai aimé lui dire. Parce que le refrain est incroyable, entre chant robotique, violons cachés et pulsation pas plus rapide qu’un cœur en fin de vie. Et parce qu’après mille écoutes, il me donne toujours autant envie de chialer. Parce que ces hi-hats trap irréguliers me filent la frousse. Parce que Arm s’en bat les couilles si tu n’aimes pas l’autotune, d’autant plus que ce morceau contient la plus belle utilisation de filtres sur voix depuis Impossible Soul de Sufjan Stevens (le moment vers 9min45) ou que le morceau Arsaniq de… Arm. Parce que le reste du disque est du même acabit. Parce que Arm reste un mec important, depuis presque 15 ans maintenant. Parce que ce morceau est sublime.





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CUM ON MY SELECTOR 2017 – Part 1

Posted in Chroniques on April 30th, 2017 by Dat'


Il ne faut (toujours) pas déconner avec l’infini



Oui, cela fait deux ans que je n’avais pas écris. C’est donc rouillé. Mais c’est aussi des notes que j’ai pris au détour d’un métro, d’une nuit blanche, d’une soirée flinguée, d’une balade dans la nuit. Ce n’est (presque) plus de la recherche, mais des morceaux dont je tombe amoureux, au hasard. Certains ont été écris la semaine dernière, d’autres il y a un an. Beaucoup de textes ne sont pas ci dessous, jetés, non finis, écrits de façon dégueulasse sur des notes iphones. On s’en branle, en vrai, c’était nul. Il y en aura (j’espere) bcp plus bientôt, j’ai acheté un nouvel iphone. Et puis merde, j’ai ouvert ce site il y a 10 ans, il fallait bien marquer le coup:




L.O.A.S – Flingue en porcelaine

Il y a des moments dans la vie où il faut muer. Changer d’objectif ou mourir. Il y a la passion qui consume tout, et l’amour chiant. Pas moyen d’être vraiment heureux dans les deux cas. Et puis il y a L.O.A.S, qui, entre fils qui grandi et démon qui consume, se pose devant son bureau, regarde par la fenêtre, griffonne sur un papier des sensations et balance le plus beau morceau de sa jeune carrière (d’adulte) avec Flingue en Porcelaine. Tu le connaissais sur ses albums précédents à hurler son envie de marcher drogué en ville la nuit, en provoquant mille incendies. Et bien ca, c’est fini ( ?).
Chanson française, electronica fragile, hiphop sensible, comme tu veux. Ce qui perle de ce son, c’est l’instrue sublime de Tomalone, manège désarticulé, à bout de souffle. L’âme d’enfant qui rampe difficilement avant de crever la gueule ouverte. Quand le morceau, avant de se terminer, repart dans une charge discrète, ta colonne vertébrale tente de faire des nœuds. C’est beau, c’est tout.

Et puis c’est LOAS, qui susurre sa complainte, cette comptine que tout ceux (celles) qui ont connu une situation pareille se prendront dans la gueule. Le morceau n’a pas vraiment d’explication, ca va juste te parler, à toi, comme à tes potes, ça va être diffèrent pour tout le monde. Les nuits dures, les trous noirs, la chair floutée qui transpire la drogue et le cul, c’est fini. L’afghane, l’horreur, les boites de nuits qui finissent plus mal que des courses de stock-car, c’est fini. Non pas parce que tu n’aimes plus, non pas parce que tu ne veux plus. Juste parce que tu ne peux plus. Faut faire des choix.

Le choix de L.O.A.S, c’est de balancer la plus belle chanson de son album sans prévenir, avec un clip de folie. Bitterweet symphonie comme disait l’autre.
Son nouvel album, c’est écouter un mec qui s’ouvre le ventre et expose ses trippes. En hurlant parfois; en pleurant souvent; en souriant surtout.






Seekae – Blue Turbine

Timing. Pendant que tu m’oubliais, j’avais aussi effacé de ma mémoire Seekae. Et voilà qu’au hasard de vidéos pourries, Seekae se pointe dans ma timeline Facebook, premier morceau en deux ans du meilleur groupe Australien (The Avalanches étaient devant, mais ont perdu des places avec leur nouveau disque). On connaissait Seekae façon IDM cristalline (Sounds of Trees), Seekae en pastiche couleur diamant de Mt Kimbie (+Dome), et Seekae orfèvre pop avec leur dernière galette.
Le groupe, cette fois, ne semble pas avoir changé, et continue de tracer sa route pop électronique magnifique, avec un petit coté chanson de stade – milliers de briquets oscillant pendant chanson triste. Ca pourrait être chanté par Rihanna ou Celine Dion, ça passerait crème. Sauf que Seekae a quelque chose que la Québécoise n’a pas : les synthés les plus magnifiques du pop-game, des nappes qui hachent ta colonne vertébrale en papillote, et te donnent envie de mâter Titanic après une murge de deux jours. Les chansons qui font pleurer dans les chaumières, c’est bien, mais avec des claviers monumentaux, c’est encore mieux. #Briquets.






Blaise Moore – Stutter

Des morceaux r’n’b vengeurs qui détruisent à coup de talons la gueule d’un ex, d’un coup d’un soir, la femme d’une vie, il y en a la pelle. Tu peux prendre le dernier Future (un des albums 2017, déja) comme modele, déjà classique. Un Damso qui semble avoir de sacrés problèmes. Les Drake, les Lana Del Rey qui pleurent à n’en plus finir. Et puis tu as une nana sortie de nul part, qui semble salement énervée, et qui susurre des insultes à n’en plus finir. Mais c’est beau. C’est putain de beau.

Ce Stutter, c’est le genre de morceau qui pourrait être un Bitch Better Have My Money 2, mais vu que c’est sorti à l’arrache en indé par une nana que personne ne connait, ça ferra dix mille max sur youtube. Pourtant, ce morceau est le morceau que tu veux écouter jusqu’à ta mort, pour la prod qui frappe plus lourd que 90% du bordel que tu entends tous les jours. Et cette voix, mi pute mi amoureuse, qui t’ensorcèle, te file la trique et te fait rêver. Ecoute “Fuck It” et tu te retrouves à te balader avec l’amour de ta life dans un strip club. Ecoute “Stutter” et tu accepteras de te prendre des baffes dans la gueule avec le sourire. Ce Laurence de Blaise Moore, c’est 7 titres feu sacré. Même si l’ex de la demoiselle se fait pourrir comme une merde sur un EP entier non stop, on ne vas le plaindre: Il a eu la chance de sortir avec la voix la plus aguichante du Canada.






Youno – Hugo Reyes

Le genre de morceau qui m’a poussé à ouvrir mon ordinateur pour réécrire. Il y a longtemps on avait parlé d’Holos Graphein, qui nous avait pondu un magnifique remix de Gucci Mane. Depuis, Guwop est redevenu hype, et le Graphein continue son bout de chemin à produire des blancs défonçés à l’acide. Et tu prends ton pied. Parce que le sample est sublime. Ange et rave de cathédrale. Avec rythme lourd, lent et vicieux. Parce que Youno confirme qu’il mériterait d’augmenter son PEL avec l’argent du rap plutôt qu’en taffant au DoMac. Il en est encore au stade des mixtapes à la qualité dégueulasse, avec niveau sonore divaguant entre chaque pistes et fillers vite fait. Et pourtant, parfois, un putain de diamant déboule sans prévenir et tabasse tout ce qui bouge.

Ce Hugo Reyes, c’est l’envie de hurler 4.8.15.16.23.42 en pleurant ta mère. Le mec arrive a faire ce que tout le monde rêve depuis toujours : prend un numéro de loterie et le transformer en or. King Midas. Clippez ce morceau et continuer d’engranger les deniers. Un hommage qui a quand même plus de gueule qu’un artwork sur une galette de Weezer






Krampf – RTL2

Gloire: la recette, un mélange entre de l’ambiant et du gabber, un truc qui pue la sueur et la baise à 4heure du matin, après une soirée club déboité, rongé par l’alcool. Tu ne te sens pas très à l’aise, mais tu y fonces tête baissée. Soirée en club, du moment où tu t’es empoisonné jusqu’à l’éjaculation à peine assumée, RTL2 t’en fait un résumé en 3 minutes. Documentaire. Tente de rentrer chez toi avec la demoiselle d’un soir, après avoir bu un verre blindé de drogue par un mec qui en veut à tes billets, c’est peu ou prou la même chose.
Krampf pourrait faire de la pop débile et faire pleuvoir la monnaie mais préfère de sortir les synthés d’outre tombe, les mélodies à chialer sur des images de lesbiennes amoureuses de lactose. Il a raison, les fous ont toujours raisons. Tu t’es vu quand tu as bu ? Une épave mais tu restes beau, continue, t’es parfait.






Burberry Perry – Ride

J’avais jamais entendu parlé de ce mec, avant de cliquer sur une horreur totale, un morceau avec Kylie Jenner en feat. Mais derrière cette parfaite excuse pour faire disparaître l’humanité, se cache un petit EP de hiphop synthétique et émo, entre mélancolie candidate et dépression joyeuse. On ne comprend rien à ce que Burberry Perry raconte, le vocodeur est dégueulasse, les skuuurt bien mongoles. Et pourtant, entre l’instrue belle à chialer et l’espèce de crie robotique étranglé par les larmes du MC, cette vignette frôle la perfection. Même effet que pour un certain « Can’t See Them » de Young Thug dont on parlait il y a plus de trois ans déjà. Le flow en moins, les synthés mélo en plus. Pas besoin d’écouter le reste de l’EP. Bien évidemment, plus beau morceau de la dernière année.






Rival Console – Lone

Je me lève à 7h, douche, vélo, boulot à 8h15. Ca reste devant son ordinateur jusqu’à ce que les yeux en deviennent rouges. Déjeuner. Metro, rdv clients, ordinateur à nouveau, jusqu’à 9h du soir. Japon, autre ville, pas d’importance, les écrans d’ordinateurs se ressemblent tous. Rentrer chez soi, se poser sur son canapé, une heure, ou deux. Presque pas de musique, trop fatigué. Ca végète sur Netflix, ça fait tourner le VPN pour regarder de la merde, parce que même un documentaire semi-intelligent, ça ne passe pas. Dans le cerveau, point de temps disponible. Ca se brosse les dents si le courage est là, puis pilule pour dormir, évidemment, depuis 15 ans. Et évidemment, malgré tout, parfois, impossible de trouver le sommeil.
Et tout à coup, sur la home page youtube, algorithme alléluia, on choppe un nom que l’on connaît, un blaze que l’on avait pas vu depuis quelques années. Rival Consoles, le pro du synthé émo, le mec qui télescopait du Aphex Twin avec de la musique club et grosses turbines, fait maintenant de l’electronica étherée, fragile, toute belle.

Alors le matin, pour les 20 minutes de vélo, on écoute le morceau, qui cristallise cette magique impression de ne pas avoir, enfin, un train de vie à la con.






Weval – Intro

En écoutant ce disque une première fois, j’ai cru à un nouveau Mount Kimbie, à m’en faire frôler l’orgasme, dans la voiture d’un pote. J’ai commencé dans ma tête à écrire un article de 10 pages, alors que cela fait un an que je n’avais pas ouvert Word. Le cœur qui bat très vite, les lèvres qui s’assèchent, l’oncle de Fuf a failli avoir un accident sur les routes de Pasadena, en me voyant m’exciter de la sorte sur le siège passager. Puis je me suis rapidement calmé. L’album est sympa, il y a du beau morceau, mais pas mal d’electro gentillette et inoffensive aussi.
Malgré tout, une chose surnage : les synthés, les mélodies. Ca pue le romantisme un peu dépressif, le grain émo, le disque mélancolique d’après murge. Dans Weval LP, deux grands morceaux : cette Intro, affolante, abstract des grands jours avec synthés beaux à pleurer. Si j’étais ce clown de Lil Yachti, je roucoulerai sur cette merveille. Et You Made It Pt1, réservé mais magnifique exercice qui arrive à taper aussi fort que le meilleur des Mount Kimbie. Prend ta mandale, chiale et prie pour que Weval soit légèrement plus consistant sur long format.





Jacques Greene – You Can’t Deny

Oh le joli Jacques Greene. Depuis mon Kidnapping, tu étais en manque de Uk garage et voix pitchées ? Bah t’en fait pas mon loulou, en voilà une bonne fournée, tube incroyable du Greene, avec bassline d’enfoiré et chipmunks en dépression. C’est beau, ça te donne envie de danser en club, en pensant à tes amours perdus blablabla, tout ça tu vois, ça fait peut être un an (ndlr: update, 2 ans en fait) que j’ai pas écris d’article mais tu dois bien te souvenir de toutes ces phrases avec soixante synonymes parlant de lettres de rupture sur Dancefloor et compagnie. Imparable / Impeccable.



Dat’

LOAS


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Nosaj Thing – Fated

Posted in Chroniques on July 5th, 2015 by Dat'


Leave this dress a mess on the floor



On fait des choix bizarres dans la vie. D’un coup tout hypothéquer, sur un coup de tête, repartir à zéro, s’arracher à un quotidien, sans trop savoir pourquoi. Parfois tu n’as même pas le choix, on te l’arrache sans te demander ton avis et on te crache à la gueule. Alors tu te dis que pourquoi pas, repartir à zéro n’est pas toujours une mauvaise chose. On espère retourner le monde, on est confiant de sa force intérieure, on est convaincu que de continuer à marcher, sans se retourner, le plus loin possible, c’est la meilleure solution. Après tout, quand plus rien ne fonctionne, qu’est ce qu’il y a de mieux à faire ? Rester en boule à prier dans son église en espérant que tout aille mieux, ou tout bruler et aller chercher nouvelle paroisse ailleurs ? Aucune idée, car dans les deux cas, ça peut vite mal tourner.
Reste que je n’avais pas anticipé que changer de vie à 99%, avec pour continuité avec le passé un ordinateur et un appareil photo allait bruler autant de mon énergie. Cela fait tout bizarre de se recentrer sur ses besoins primaires. Pas d’autre objectif que de bosser comme un benêt, pour racheter le droit de reconstruire. Tu foires ton boulot, c’est mort. Surtout quand personne n’est à la réception de la chute. Alors tu taff comme un forcené, le couteau entre les dents. Forcément, tout à coup, la musique passe parfois au second plan. A t’on le temps de vraiment se plonger dans un disque âme et corps quand ce dernier est en train de cramer ?

Mais tout cyclone a un œil, et il arrive parfois d’attraper une bulle d’air, et de se retrouver seulement éclairé par la lumière blafarde de son ordi à se laisser aller en écoutant un peu de musique. Et l’on se dit que l’on a raté pas mal de chose.




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On ne va pas se mentir, Nosaj Thing, presque tout le monde l’avait oublié. Certes, il avait marqué pas mal d’oreilles avec un excellent Drift, sorti pile au moment ou l’abstract / glitch hiphop commençait à mourir, après son âge d’or. Puis un peu déçu avec Home, qui n’apportait pas grand chose au schmilblick. Mais c’est surtout que Jason Chung n’est pas un mec qui occupe le devant de la scène, loin d’un étendard comme Flying Lotus. Alors on l’oublie, tranquillement, avant de croiser au hasard d’un disquaire une étrange pochette d’un mec s’amusant avec ses couverts aimantés comme toi à la cantine de ton école il y a mille ans.

Nosaj Thing de retour, pas d’esbroufe (si ce n’est un feat de Chance) et pour seule distraction un gros autocollant FATED. Des titres super courts, parfois frustrants, pour un genre de musique presque dépassé. Et pourtant, des la première note, ça capte tout de suite. Parce que Nosaj était l’un des plus talentueux, et reste toujours l’un des meilleurs. Les synthés crevés de Sci, qui te tombent sur la gueule sans crier gare, filant presque le vertige, alors que des petites voix chantonnent dans le fond, c’est putain de beau. Ca ne va pas durer longtemps, à peine deux minutes, mais tu sais déjà que tu vas aimer.

D’autant plus que Nosaj sait aussi faire dans le fan service. Toi, lecteur de ses pages depuis des années, tu sais que les voix pitchées puputes sur de l’asbtract et des mélodies émo, ça me drague instantanément l’échine. Façon Garfield devant ses lasagnes, tu peux m’en servir toute la journée. Et le producteur maitrise tellement bien la recette. Alors tu as Don’t Mind Me, superbe morceau où voix d’anges et chant étouffé s’entremêlent à n’en plus finir sur des claviers chialant leur mère. C’est sensuel à mort, ça pue le sexe mais entre deux personnes qui s’aiment, la baise sereine au petit matin, perfection.

Let You, grand écart entre la putasserie dépressive du uk garage et une mélodie quasi religieuse est surement l’un des meilleurs morceaux du disque : C’est beau à s’en damner, longue montée progressive sur orgue façon église, avant de soudainement partir dans un bon abstract des familles, avec beat sec tellement jouissif que l’on rêverait presque d’entendre un mec rapper dessus et cracher sa haine. Les synthés qui volent de partout, les samples de voix pitchées qui n’en finissent plus de se répéter, c’est court, mais quel bonheur. Si tu n’es pas épris de ce disque après cette track, c’est qu’il y a un problème dans ton palpitant.
Il y aussi Watch, semi witch-house slow motion, pièce syncopée que n’aurait pas renié un Clubroot ou un FaltyDL (tu as pensé à Love is a liability ? Tu n’es pas le seul), genre de morceau sur lequel des types comme Yung Lean ou Main Attrakionz révéraient de poser. Et tout un tas de vignettes courtes, parfois cheloues (UV3) mais souvent bien belles (Varius, hiphop funèbre).

Mais la vraie star de ce disque, c’est bien Cold Stares feat Chance The Rapper et Maceo Haymes, que je ne connaissais pas mais qui chante comme un prince soul. Il s’occupe des refrains et c’est une folie, alors que Chance et sa voix reconnaissable entre mille te balance un petit couplet parfait. Ce titre, c’est calme, doux, là encore sexy à mort, avec cette demoiselle qui vient te susurrer quelques mots en fin de course pour te faire définitivement tomber amoureux. Claquer des doigts, rêver de siroter un cocktail sur la plage alors que tu es claqué de ta journée, enfermé dans un clapier à lapin. Ce morceau, c’est une flawless victory, un tube absolu qui ne passera jamais en radio, à l’instar des petits diamants de Gabriel Garzon Montano.

Et le disque, qui était assez cohérent sur sa première moitié, avec cet abstract semi joyeux semi émo, change légèrement de direction après Erase (superbe vignette enfumée). Fated devient un peu plus électronique, un peu plus progressive, un peu plus triste. Ce n’est pas flagrant, et pourtant ces 5 titres de fin portent le disque. On se retrouve avec une conclusion presque electronica, encore plus portée sur les mélodies, sur l’émotion brute. Pas de Hiphop, que des gens qui pleurent. Medic, Phase IV et l’écorché vif Light 5 en seront les meilleurs représentants. Avant un 2K au début ambiant que n’aurait pas renié un Burial période Untrue, parfaite conclusion, qui se brisera soudainement pour partir en abstract-christico-émo-shoegaze histoire de bien draguer les colonnes vertébrales.





Est-ce que Nosaj Thing est un grand disque ? Pas du tout. Est-ce un bon disque ? Vachement. Tu cherches du bon abstract des familles, avec ce qu’il faut de voix puputes et de mélodies émo ? Tu as trouvé la bonne galette. Tu pleures la disparition de Depth Affect, le craquage de FaltyDL ou le virage jazz psyché de FlyLo ? Fonce sans hésiter sur Fated.

C’est toujours beau, pas un écueil en 16 titres (quand même, de plus en plus rare pour être signalé) et l’album s’enchaine d’une traite avec grand plaisir. D’autant plus que le dernier tiers electronica du disque offre cohérence et progression au tout. Certes, les durées de track sont parfois un peu frustrantes (stopper Varius ou Watch de la sorte, c’est presque du sadisme), mais le tout est tellement réussi que rien ne nous empêche de faire tourner le bordel trois fois d’affilée. On tient même quelques petits chefs d’œuvres comme Light Out ou Cold Stares.

Fated, outre le fait d’être un excellent disque dans un genre qui m’est cher vient de me rappeler soudainement, entre deux journées à vomir en entreprise que d’écouter de la musique, quand même, c’est foutrement bien. Tout détruire, puis reconstruire.













16 morceaux – Innovative Leisure

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Squarepusher – Damogen Furies

Posted in Chroniques on May 24th, 2015 by Dat'


J’ai répondu Yolo



Ca fait bien longtemps que j’avais abandonné tout espoir concernant Squarepusher. On ne va pas reparler de sa magnifique et bien longue carrière, ça, tout le monde respecte. Mais depuis quelques années, on bande mou. Le dernier vrai disque du mec qui m’avait retourné, c’était ce fabuleux Number Lucent, tout en progression, joli mini disque funky sombrant graduellement dans l’hystérie la plus totale. Son Shobaleader One LP ? Un peu de sérieux svp. Son Solo Electric Bass ? Pourquoi pas en live, mais en disque, c’est comme regarder Léa Seydoux au cinema: c’est beau, mais pas des masses exaltant. Son Music For Robots ? Un peu de sérieux svp 2. Tu avais bien Ufabulum, qui tentait de rallumer le feu sacré, et l’on y croyait légèrement, via le fou Dark Steering ou sur le magnifique 4001, meilleur morceau pondu par Squarepusher depuis des lustres. Mais quelques bravades lumineuses au milieu de tripatouillages stériles n’ont jamais fait un bon album.

La seule empreinte laissée par Ufabulum, outre ses lives aux visuels assez déments, était celle d’un Squarepusher voulant de plus en plus s’amuser, quitte à laisser ses délires abscons-arty au placard. Ce qui n’était pas plus mal, même si l’on tapait souvent a coté. Alors en annonçant un Damogen Furies plus proche de Steve Aoki que d’Ultravisitor, Pitchfork balançait encore une simple punchline racoleuse, ou allait-on enfin revoir du fun chez l’anglais ? Je vais te le dire direct : oui et non.








Superbe digipack bien sombre et tête de Jenkison écrabouillée (avec un livret de 12 pages entièrement noires, Warp Records ne semble pas décidé à sauver les forets), Damogen Furies ne transpire pas la grosse marrade. Pourtant, la grosse claque arrive d’entrée avec Stor Eiglass, course en avant monumentale. Beat pachydermique, synthé rigolard, ultra naïf, imparable, dance musique apocalyptique, tu sens bien le plaisir débouler en mode hystérique. C’est simple, à la première écoute, je me suis foutu à poil et j’ai foncé la bite au vent dans ma douche. Justement parce que celle mélodie, tu veux la chanter en gigotant nu dans ta baignoire, à te savonner le torse gaiement. Aphex Twin x Jeremstar. Le morceau n’en fini pas d’évoluer, riche à en crever, tout en restant imparable. On a un peu le pendant candide de Dark Steering, un tube vice et violent qui renversera n’importe quelle sale de concert vers 5am, lever du soleil included. Je ne te parle même pas du tunnel apocalyptique vers 3min45, entre une Kawasaki Ninja H2 avec des problèmes de pot d’échappement et un live Gabber étouffé par un mur de béton. Géant. Et je ne te parle même pas du clip, qui n’a aucun intérêt sur youtube, mais qui est incroyable avec l’application gratos sur itunes, en mode réalité virtuelle débile avec ton iphone devant les yux, qui te file une gerbe pas possible mais te ferra sûrement vivre ton premier vrai orgasme cérébral. Ejaculer par les yeux et les oreilles en même temps, ce n’est pas banal. Fout toi un sorbet fraise dans la bouche et tu te croiras dans un porno tentaculaire japonais, tous les orifices seront stimulés.

Alors franchement, après 4 minutes d’absurdité sourde, tu penses que Damogen Furies sera encore plus con et jouissif qu’un Expendables. Sauf que Squarepusher branche son système sur le mode sérieux et post apocalyptique. Et dieu, que c’est réussi : Baltang Ort nous balance en pleine guerre des machines. Terre détruite, cadavres partout, les robots ont pris le pouvoir. Synthé lunaire et dépressif, beau à crever, seulement secoué par un bug bruitiste bien violent, sorte de signal d’alarme en plein épisode de schizophrénie. Alors après cette intro du tonnerre, Squarepush’ va dérouler son IDM concassée crade et barbare, sans forcément nous étonner, mais en maitrisant clairement parfaitement le sujet. La magie, elle, est bien là, quand ce synthé du départ arrive à faire quelques incursions émo, quelques secondes de chiale dans un océan de bestialité informatique. Et après la tornade vient le beau temps, la mélodie reprend ses droits, à peine blessée par le tapis de bombe précédant. Et c’est beau. C’est pur, fragile, avec cette ligne cradingue qui s’immisce sur le tout. Ne me dit pas que tu n’as pas eu de frisson pile à 4min05, quand le grondement commence et emporte tout. Derniere minute, on convie tout le bordel pour l’assault finale, orgie bruitiste avec le synthé lunaire, l’alarme schyzo, le grondement et les robots qui se sautent tous à la gorge et copulent en hurlant. Avec une petite drum’n bass des ténébres pour parapher le tout. 20 secondes finales pour prier et pleurer et un peu. Mon petit Jenkinson, ce que tu viens de balancer, c’est beau beau beau.

L’album est bien parti pour tutoyer avec l’excellence hein ? Squarepusher revient enfin dans la cours des grands tu te dis hein ? Et là, c’est le drame. Que ce passe t’il, quasimment plus rien ne tient la route, l’album tombe dans l’inintéressant, voire la chierie sans non. Pas de fun comme le premier morceau, pas de violence mélancolique comme le second. On se retrouve avec des flatulences sans intérêts, même si un ou deux morceaux sont à sauver du marasme. Rayc Fire 2 est inécoutable, (alors qu’elle s’annonçant marrante) stridence hystérique inécoutable rendant les râles de mon père pendant ses crises d’épilepsie presque aussi doux qu’un Sufjan Stevens. Putain, t’es sérieux Jenkinson ? ça s’annonçait marrant comme morceau en plus, mais là, on dirait un enfant en pleine crise de paranoïa la bave aux lèvres, coincé dans un manège de fête foraine tournant à cent à l’heure. Les gars, si vous etes déjà allé au Japon, imaginez que ce morceau c’est comme passer une nuit dans un Pachinko en écoutant un morceau de Kyari Pamyu Pamyu en 80rpm. Angoissant.





Baltang Arc te fait étouffer pareil, avec une première moitié façon trailer d’Inception remixé par un prof de gym au corps huilé qui te secoue sa bite devant ta tronche en te hurlant de finir ta série de cent pompes sur un bras. Même pour un fan de muscu, si tu prends ton pied en faisant ça, c’est que tu es un putain de pervers. Pourtant, tout à coup, tu y crois, avec ce dernier tiers qui fait intervenir des claviers funky façon Street Of Rage 2, mais c’est tellement le bordel autour que pour deux seconde de plaisir mélodique, tu es obliger de subir trois litres de vomissures dans la gueule. Squarepusher, mec, il va vraiment falloir penser à arrêter la coke.

Kwang Bass aurait pu être cool (à commence comme un U-ziq dépressif façon Duntisborne), mais là aussi, on passe en mode pilotage automatique complet, l’anglais est en roue libre et se déchaine à n’en plus finir. Le plaisir, c’est aussi le silence. Dans le lot, tu peux sauver Exjag Nives, qui commence de la plus belle des façons, laissant ENFIN la mélodie s’exprimer à nouveau. C’est presque pop, le rythme est massif mais pas complètement apocalyptique, même s’il se cabre méchamment la plupart du temps. C’est assez tubesque, on pourrait presque imaginer une Katy Perry chanter sur ce bordel, si la demoiselle avait soudainement décider de s’adonner au sacrifice humain. On a presque un refrain imparable fait par un synthé sautillant, du bon boulot. C’est loin d’être le meilleur morceau de Squarepush’, c’est légèrement générique, mais franchement, ça fait plutôt bien le taff, et c’est bien sympa. Quand le morceau bascule en cavalcade drum en bass joyeuse, c’est que du bonheur. Pas de révolution, mais c’est quand même bien mieux que la majorité des chieries que nous a balancé l’anglais sur ces dernières années.

Et puis il y a Kotenjaz. Je pense que la majorité des gens trouveront ça dégeulasse. Et au début, j’ai mis ma main devant la bouche en gaggant, moi aussi. Puis j’ai préservé, et je trouve ça cool. Au début, je me suis dit “c’est quoi ce bordel ?” Puis tu tends l’oreille. Tu entends un peu de pop. Un peu d’electro-dance-pute émo. Un peu d’EDM aussi ? Maybe. Et un truc qui fait “kronkronkrooon” comme du Dubstep vers la fin. Et en réécoutant à partir de 1min45, tu comprends tout : Squarepusher sort les glowsticks. Les glowsticks ! La deuxième moitié du morceau est un vrai capharnaüm, on ne kiff pas des masses. Mais on comprends que cette track est ce qui est le plus proche d’un Squarepusher génération Yolo. Tu sens qu’il n’assume pas. Qu’il veut faire danser les jeunes vierges américaines dans les Spring Breakers, et les vieux drogués libidineux de Cancun. Mais il n’assume pas, alors il noie ça sous un torrent de boue.  Et c’est bien dommage, parce que en entendant la mélodie à 1min45, tu es là, tu te marrer, et tu hurles à Squarepusher OUI ENFIN DONNE NOUS DU FUN, DU FUN, DU FUN !!!!. On y était presque, acte manqué, dommage.

Mais il y a la fin de l’album (enfin, je te fais la fleur de ne pas parler Straks Nombir, ridicule bonus track japonaise à peine plus intéressante qu’une flatulence, et qui nous rappelle qu’en terme de bonus Jp, n’est pas Clark qui veut). Et la fin de l’album, c’est D Frozen Aac. Et là, je te dis oui. Un grand oui. Ca part en tube techno cradingue façon Prodigy (si si, un peu), et tu te dis que tu vas te prendre une bonne mandale. Mais même pour les gothiques, les ténèbres, c’est fatiguant, et à défaut de bas résilles roses fuschia, Squarepusher balance au bout de 3minutes une mélodie sublime, absolument mystique, à te faire dresser les cheveux la caboche. Colonne vertébrale en papillote, ce synthé déboule et tu chiales, te rappelant les meilleures heures d’une musique Warpienne qui oublie trop souvent l’émotion désormais. C’est beau, épique, affolant, massif, tu as envie de manger le monde et tabasser tout ce qui bouge. C’est un peu trop court, on aurait aimé que le tout dur 10 minutes. Ce n’est pas non plus Tundra 4, le modele dans le genre chez l’anglais. Et quand le morceau repart en mode punition sourde, on est un peu frustré. Mais la mandale est belle, violente, puissante, on en attendait pas tant.





Double personnalité chez Squarepusher. On sent, encore plus que sur la galette précédente, un Jenkinson tiraillé par l’envie de faire danser les kids dans les festoches d’été pleins de drogues et de gens beaux. Mais le mec a 45 ans, et ressemble plus à ton oncle sympa qu’à Avicii, et ne peut s’empêcher de tout déboiter avec des avalanches bruitistes absconses. C’est souvent jouissif (Stor Eiglass, D Frozen Aac, Exjag Nives), parfois ridicule (Baltang Arg, Rayc Fire 2… est-ce que ce monde est sérieux ?). On s’interroge sur ce que Jenkinson veut nous dire (Kotenjaz), mais on prend notre pied sur les rares fresques mélancoliques, belles comme la mort, que le mec nous lâche au moins une fois par album (Baltang Ort, D Frozen Aac), ce qui me fait penser que l’on pourrait faire un petit best of mélancolico-mélodique de Squarepusher, et que l’on aurait de bien belles choses.

Squarepusher a le cul entre deux chaises : la destruction et la putasserie. Parfois c’est beau, et étonnamment, cet album est bien plus digeste et pertinent que Ufabulum, alors que la moitié est quasi inécoutable. Malgré tout, on a vraiment envie de crier au bonhomme de lâcher les vannes. Putain, t’es vieux maintenant, tu as une carrière de folie, faut t’en battre les roubignoles mec. Balance le fun, le fun, le fun. Des clips avec des meufs en bikinis, des billets de banques, de la joie, du soleil. Que l’on se marre ! On le voit en plus dans tes lives, tu kiff, tu harangues la foule, tu lèves les bras en mode Guetta, tu balances des drops. Tu aimes entendre les gens gueuler, t’es une star mon poulet. Parce qu’en entendant Stor Eiglass ou 4001, on sent que tu peux le faire. Un album entier comme ça, de pure débilitée niaise, mais belle, ça serait le bonheur. Parce que oui, c’est débile, mais bordel, que cela reste beau. Beau, beau, beau.

Sort ton maillot de bain Squarepusher, va trainer à Cannes avec Paris Hilton, fait une poignée de Spring Break et revient nous avec un album bourré de mélancolie débridée en mode Yolo. Fait pas de l’Edm hein ! Mais de la Dance, ça serrait génial. Ca existe déjà ? Pas faux. Mais on est sur que tu peux faire encore mieux. En attendant, écouter les quelques morceaux réussis de Damogen Furies, ce n’est déjà pas trop mal.






Squarepusher – Stor Eiglass (en vrai, il faut télécharger l’appli, ça n’a pas aucun sens sur youtube comme ça)






9 morceaux – Warp / Beat Records

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Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

Posted in Chroniques on April 26th, 2015 by Dat'


Je ne te vois plus nul part, sauf quand je ferme les yeux



Toujours difficile d’aborder un album de Sufjan Stevens. L’homme fatigue autant qu’il me fascine. Et pourtant, je l’adore ce beau brun. Il y a d’abord la fâcheuse manie de l’américain à trop en faire, que cela soit dans les concepts d’albums (je te sors 6 disques sur Noel, un concept album sur une autoroute, voir un remix acoustique d’un album electro expé sorti il y a 10 ans) ou dans les morceaux eux mêmes : on n’est jamais à l’abris d’une flute étranglée ou d’un twist musicalo-kitsch gâchant une fresque bien émo. Digne d’un field recording dans le centre de ville de Nantes, captation live des groupes d’indiens présents dans le monde entier.

Alors forcément, quand tous les médias nous annoncent un album centré sur sa mère qui vient de passer l’arme à gauche, avec un “retour aux sources” folk christique, on flippe un peu, même si Sufjan sait mettre de la légèreté dans le mortuaire. Et comme souvent, beaucoup n’ont fait que copier coller un communiqué de presse, car ce nouveau Sufjan est tout sauf un retour aux sources. C’est une continuité, un aboutissement, une première pour Stevens : un pur album pop. Enfin.








On va faire simple. L’album aligne des pop-songs fragiles de toute beauté. Mais que ceux qui aiment le coté expérimental et électronique de Suf ne partent pas en courant. Car Carrie & Lowell reste foncièrement électroniques. Claviers lunaires, passages ambiants, légers tourbillons synthétiques, très rares sont les morceaux entièrement guitare-voix. Certes, il n’y a pas d’excavation drill’n bass comme sur le dernier album. Dommage ?  Peut être. Mais il n’y a plus non plus les xylophones ou les flutes world music traumatisantes, et ça, c’est un soulagement.

Mais surtout, il y a des putains de chef d’œuvres sur ce disque. Des morceaux qui te prennent la gueule, qui filent la frousse et fracasse la colonne vertébrale. Des vignettes parfaites, tout en retenue, bourrées de légers détails à filer le vertige.
Le meilleur exemple est surement All of me wants all of you. Première note de guitare, tu sais que tu vas te prendre un coup de coude dans le thorax. Meilleure mélodie de l’année, alors qu’il n’y a qu’une gratte poussiereuse. Sufjan hulule calmement, chante des lyrics de dépressifs désabusés qui flinguent le palpitant. Mais surtout, le morceau ne fait que monter, monter, monter, à base de légères lignes électroniques, d’une voix ou cordes plus appuyées, avant un décollage de fin christique affolant. Refrain, chœurs lointains, ouverture lumineuse : si tu ne pleures pas, c’est que tu es un putain de salopard insensible. Il y a tout sur ce morceau de Sufjan, ce coté tire-larmes pur et dur, aucune surprise dans le morceau en lui même. La vraie satisfaction, c’est d’entendre, pour la première fois depuis Chicago, un vrai tube de la part de l’américain. Un morceau qui devrait passer en radio, être synchronisé dans les films, chanté dans les rues du monde. Tout le peuple chialerait et ça serait beau. Tube de stade oui. Mais magnifique, le tube. Perfection. Pourquoi perfection ? Parce que c’est l’équilibre parfait, le morceau qui te donne autant envie de t’arracher la peau de tristesse, et de courir avec un sourire gigantesque parce que tu es heureux.

Et le plus drôle, c’est que ce bordel est loin d’être le seul miracle du disque. Tu n’as pas fini de t’en prendre plein la tronche mon ptit loup. Drawn To The Blood, juste après, commence aussi de façon désertique, avec guitare voix, parfaite à chaque “How ?” filant la chair de poule. Rien d’autre, tu t’attends a une simple folk-song tristounette mais drôlement belle, mais le morceau s’arrête subitement pour partir dans une elecronica-ambiant à chialer sa mère. Cathédrale de synthés cristallins, montée en puissance jusqu’à strangulation. Bizarrement, ce passage m’a fait pensé à la fin du morceau Old Artist d’Archive, un retour vers le passé bien émo. Vraie mandale.

Attends attends, un peu plus bas, tu as Forth Of July, morceau sépulcral, le seul sans guitare, entièrement électronique. Tu as l’impression d’entendre un The Seer’s Tower upgradé, une fresque magnifique noyé sur un piano et synthés ambiants, avec un Sufjan Stevens affolant de justesse. Chaque feulement aigue de sa voix me fait frétiller du cul comme une groupasse de 1Direction, j’en ai presque honte. Mais bordel, comme c’est beau. Quand il te balance “My little versailleees” et que le morceau s’envole seulement pour dix secondes, j’ai juste envie de me planter les ongles dans la gorges histoire de me débarrasser de cette boule à sanglot au plus vite.
Alors tu vas me dire “ouai Dat’, tu exagères, c’est beau, mais là tu pars en couilles et tu éxagères, comme souvent”. Et tu as raison. Mais il y a le sujet du morceau. D’habitude, je ne m’attarde pas vraiment sur les lyrics, parce que chacun les interprètes à sa manière. Mais là, c’est une conversation entre une mère en train de caner dans son lit d’hôpital, et un fils qui s’étouffe de tristesse. Et vu que Sufjan a toujours fait, au niveau de ses paroles, dans le documentaire ultra réaliste, bien que poétique, ben forcément, ça me renvoie à mes propres démons, et aux chambres d’hôpital dégueulasses où ton bonhomme disparaît. Il oublie de dire que les chambres d’hôpital où les parents meurent, ça pue. Surtout dans les bâtiments pourris de Bretagne. Mais pour le reste, c’est plutôt pertinent.
Alors tu as la fan-base pratiquant la fellation sur Sufjan 24 sur 24 qui va te dire que les paroles en mode “we all gonna die” sont belles, et qu’il a trop raison, l’humanité est voué à disparaître pouet. Mais le but de cette phrase, ce n’est pas ça. Le but, c’est de te faire bouffer ta merde, parce que ce “we all gonna die” est tellement bien chanté, tellement bien lâché en fin de parcours, qu’il te donne envie de te faire sauter le caisson direct. Je ne parle pas des lyrics, je parle juste du chant. Bref, le mieux à faire après ce morceau, c’est de lancer un morceau du dernier Migos ou Booba, parce qu’à part te filer l’envie d’aller tester l’aérodynamisme de ton enveloppe charnelle entre le 13étage de ton immeuble et l’asphalte pisseuse en bas, ça va pas t’enrichir des masses. A chaque fois que tu écoutes ce morceau, tu es littéralement hanté par tes morts qui viennent te caresser l’échine. Va te faire enculer Sufjan. Mais dieu, que ton morceau est beau.





Carrie & Lowell, tout joyeux au départ, quasiment mielleux et guimauve, jurant avec les sommets de dépression désabusées précédentes, choquerait presque. On se croyait presque dans une fête foraine. Mais sépia, la fête foraine, parce que tu sens qu’il y a un moignon de caché quelque part, un truc vicié, quelque chose qui ne va pas du tout derrière le banjo mignon. Evidemment, sans que tu t’en apercoives, de façon discrète, le morceau glisse vers le christique, avec un deuxième tiers lumineux, oui, mais à chialer, comme toujours. Et voilà qu’après un refrain de folie, le morceau se brise complètement, et part dans un ambiant funèbre, avec pour seuls compagnons un synthé rongé par la solitude, et un piano qui n’égrène que quelques notes. Une minute où tu as le temps de maudire mille fois le chanteur pour te filer un bourdon pareil. Hey Suf, on avait dit mollo sur le pathos, mollo sur le pathos, mollo, mollo, mollo sur le pathos.

Sufjan maitrise parfaitement sur cet album l’art de la cassure. Contrairement à ses précédents essais, ou à ses folks songs en mode petits chanteurs de la croix de bois, le mec s’autorise a switcher complètement d’une atmosphère à une autre, à quasiment tous les morceaux.  On transforme les pop-song quasi Taylor Swiftiennes en monuments dépressifs. On plonge le folk enjoué dans un océan ambiant noir comme la mort. Et l’on ouvre les portes du paradis en fin de petite vignette mignonne. Attention, les tracks ne se servant pas de tour de magie n’en sont pas moins réussis (No Shade in the shadow, mystique ou Jon My Beloved en sont de parfaits exemples), mais les brusques surprises sont forcement plus marquantes :
Parce que certaines conclusions sont dignes d’un Shyalaman : Death With Dignity joue la sagesse acoustique, avant de faire intervenir des chœurs marins pas marrants. Should Have Known Better balance l’un des plus magnifiques morceaux créé par l’américain, c’est beau, c’est cool, c’est triste, et hop, tu as milles anges qui déboulent sur tes tympans pour faire sauter ton cerveau, qui ne sait plus comment réagir devant ce tsunami guimauve parfait.

On a parlait de All of me wants all of you, pop song dingue qui vrille en mode voyage vers la lune, reléguant Interstellar au rang de vulgaire reportage de France 3 sur un planétarium dans l’Hérault. Ou de Drawn To Blood qui ferait bander Varys avec sa deuxième moitié ambiant caverne de glace. Mais tu as aussi et surtout Blue Bucket Of Gold, superbe conclusion d’album, berceuse au piano qui va soudainement partir dans une electronica limpide, lumineuse,  vagues de synthés fous, habillée par des “wouououuuu” à s’arracher le cœur. Putain de merde, j’ai eu le vertige en écoutant ce morceau, la première fois. Allongé sur un lit, 4h du mat, retour zombie de boite de nuit, la musique à fond, à moitié plein d’alcool, je ne m’attendais pas à cette pause soudaine, à ce silence d’une seconde, avant ce décollage affolant, indescriptible, qui a littéralement violé mon cerveau. Adieu mon pays. Fantômes, pluie et femmes nues, c’est ça, les deux dernières minutes du disque.





Je n’avais pas envie de le dire, mais je vais quand même lâcher le morceau. Il me semble que ce disque est le meilleur album de Sufjan Stevens. Parce que pas une fois, j’ai eu envie de passer un morceau (peut être Eugene, seul moment moins passionnant). Parce qu’il est complet, court (11 morceaux), et sublime de bout en bout. Parce que ce disque est la continuité parfaite de Age of Adz, Suf reprend exactement là où il s’était arrêté. Son précédant disque se terminait avec Pleasure Principles, tout petit morceaux à la fin d’une fresque de 25 min gargantuesque. Tout petit morceau oui, mais pop song absolue, sublime, un des meilleurs morceaux du mec. Carrie & Lowell, c’est exactement ça, c’est la suite, c’est l’ouverture. Des chansons toutes simples, toutes belles, timides, évidentes.

Parce qu’il n’est pas avare en retournement de situation, parce que chaque morceaux semble être l’aboutissement de centaines de morceaux fait par Sufjan auparavant. Comme si le mec avait tout testé pendant sa carrière, avant de balancer un disque définitif sur un sujet qui le hante, sa mère, sa mort, et les souvenirs avec son fantôme.

Forcément, ce n’est pas un album à écouter quand tu ne vas pas très bien, parce que même si les flingues ne sont pas légaux dans ton coin, tu vas vouloir te dégotter un calibre aussi rapidement qu’un camé en manque de Méthadone. Certes. Mais passé la tristesse, c’est aussi un album lumineux, chaud, beau, touchant et touché par la grâce. Parfois joyeux. Désabusé, toujours, mais joyeux. L’ambivalence d’un morceau comme All of me wants all of you, véritable diamant, symbolise parfaitement ce Carrie & Lowell LP, hésitant constamment entre cercueil empli de larmes et souvenirs ensoleillés.

C’est le plus bel album tombé sur ma gueule depuis le début de l’année, et dans le genre, on peut affirmer tranquillement qu’il n’y aura rien de mieux, rien de plus aboutit en 2015.

Sufjan est bien assis sur le trône, et personne ne viendra squatter ses genoux. Il vient d’accoucher d’un monument.
















11 morceaux – Asthmatic Kitty

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CUM ON MY SELECTOR 20 : Xxxy, Metek, Funkstorung, Metro Thuggin, Legowelt, Riff Raff, Girl Band

Posted in Chroniques on March 29th, 2015 by Dat'


Pas de problème



Xxxy – Last Dance

Tu te souviens de XXYYXX, avec son super clip de nanas qui fument en slow motion, et son Uk Garage pupute hautement recommandé. Ben Xxxy n’a rien à voir avec ce mec, et pourtant quand j’ai écouté ce morceau, j’ai cru que le premier avait fait un léger virage artistique. Ca n’a rien à voir avec les dépressifs de The XX non plus, mais ça, tu l’avais deviné. Ici, on est dans le putain de morceau techno catchy parfait, le truc dance mélancolique avec claviers à tomber et voix pitchées parfaites. Tu pourrais écouter une fresque pareille pendant 20 minutes sans sourciller, c’est le plaisir régressif de la dance de ta jeunesse, mélangés aux tracas de ta vie d’adulte. Ca ressemble légèrement au très bon Romance EP de Darius, mais ce genre de claviers, putain, jamais je ne m’en lasserai. Bref, c’est foutrement beau et imparable, rien d’autre à ajouter.






Funkstörung – Laid Out feat Anothr

Quand j’ai vu la video apparaître, j’ai cru à une blague. On parle bien de Funkstörung, un des groupes de ma jeunesse, que j’écoutais il y a plus de 10 ans, bien callé dans les amphis d’une fac de province? Les stars de K7, qui avaient sorti un putain de Disconnected avant de disparaitre de mon cerveau à jamais? Une décennie plus tard, on retombe sur ce groupe au grès des pages internet. Et comme une ancienne ex au detour d’une rue, on ne sait pas trop quoi lui dire, au groupe. C’est vraiment ton nouveau morceau tu sais, ce Laid Out. Vraiment. Pop glitchy experimentale qui ne surprend pas mais qui ferra toujours du bien, et que l’on entend beaucoup aujourd’hui, depuis l’avènement d’Apparat. On ne sait meme pas si le morceau est ici présenté en entier, tant il se termine brutalement, et peine à dépasser les 2 min. Et pourtant, Funkstorung a un sacré coup à jouer. Cet ex, je l’avait oublié, mais après avoir recroisé ses beaux yeux, je crois qu’il me manque. Alors sors ton nouveau disque mon tout beau, je suis quand même drolement content d’avoir eu de tes nouvelles.






Girl band – Why they hide their bodies Under my garage

Il y a un an, je vous avais dis que Girl Band était le meilleur groupe du monde, même s’ils n’avaient sorti que 3 chansons. Depuis, le groupe n’a quasiment rien fait d’autre, et revient en 2015 sur le devant de la scène avec un clip ahurissant, pour l’un de leur tout premier morceau, qui était sorti il y a deux ans ( ?!). Ce morceau, tu le connais, cover du bien techno et énervé Why They Hide Their Bodies Under My Garage de Blawan. Sauf que Girl Band, c’est pas de l’EDM pour chochottes, mais du putain de rock bruitiste hystérique. Alors en terme de remix, il ne faut pas s’attendre à une relecture attentiste par un beatmaker du dimanche. Et puis ce clip d’enfoiré ? C’est dégueulasse, mais tellement pertinent. La jouissance n’est pas instantanée, c’est 3 minutes de plaintes parasitées, puis tout se soulève, avec hurlement et mur du son aberrant, et là, tu sais que tu es devant quelque chose de fort. C’est le morceau le plus hardcore et dansant et radio friendly et pop et techno et rock de nos vies de pervers. C’est le truc que tu veux entendre dans une boite de nuit après trois heures de r’n’b serpillière, histoire de voir tout le monde hurler à la mort avec les oreilles en sang. Et danser, danser, danser. Girl Band, toujours meilleur groupe du monde, même quand ils ressortent un truc vieux de deux ans.






Metro Thuggin – Free Gucci

Bon on ne va pas refaire un laïus sur Gucci Mane, musicien qui prend le plus de place dans mon itunes (2,7go, va falloir upgrader la mémoire). Ni sur Young Thug, l’indispensable dont tout le monde parle et que personne ne comprends. Non plus sur Metro Boomin, meilleur musical magicien. Par contre on aimerait parler de Metro Thuggin, le projet des deux zozos qui est depuis bien trop longtemps annoncé, mais toujours pas disponible. Alors pour nous faire patienter, ils te balancent un énième morceau demandant la libération du Gooch. Sauf qu’encore une fois, Metro et Thug ont tout compris. Meilleur morceau du duo (avec The Blanguage), Free Gucci a tout pour plaire et rameuter la foule : Cette facette club tubesque imparable, prête à retourner autant de strip US que de caves tokyoïtes. Cette vibe chelou, également, entre la drogue et l’experiemental, donnât un morceau évident et pourtant légèrement insaisissable. Mais aussi cette légère mélancolie, cette tristesse latente (le sample ? la voix brisée de thug ? la mélodie ?) qui manque à tant de morceau trap / atlanta and co, et qui est si présente chez guwop également. L’hommage parfait donc. La drogue, le club et l’argent en faisant des tubes c’est bien, mais le faire avec le cœur cassé, c’est mieux. Evidemment.






Mike Will Made It – Choppin’ Blades feat Jody Highroller (Riff Raff) & Slim Jxmmi

Je n’ai pas parlé de la dernière tape de Mike Will dans mon top de l’année dernière, par flemme, car j’avais tout terminé, et que rajouter une image aurait tout décalé. Si tu écris sur Word, tu connais bien cette angoisse. Bref, cette tape, elle était excellente. Mais un morceau surnageait clairement, ce Choppin’ Blades. Un rouleau compresseur en puissance, un massacre débile, une mandale sèche et directe, hostée par un Riff Raff encore plus flingué que d’habitude. Alors forcément, quand le morceau est soudainement clippé, j’etais obligé de l’introduire dans un Selector. J’ai de la tendresse pour Riff Raff. C’est le meilleur, pourtant il ne rappera jamais aussi bien que les autres. Mais il a les cheveux roses. Il est super triste, super émo. Et surtout, son écriture en roue libre totale, quasi automatique, aux couplets alignant des phrases sans aucun sens, d’une absurdité abyssale, et pourtant parfaitement maitrisée. Un espèce de Dupieux du rap, accompagné d’un des minots de Rae Sremmurd, qui étonnent à chaque apparition (ici hystérique). Mais le point d’orgue, c’est cette prod folle de Mike Will, pachydermique, jouissive, prouvant que le mec peut toujours détruire n’importe quel concurrent en trois minutes, malgré ses amourettes mainstream. Tube de l’année dernière, ou de l’actuelle, comme tu veux.






Legowelt – Croissant with Stravinsky

Legowelt continue de disparaître et réapparaitre au grès des ans. Un nouvel album, beatless ou presque, et une ouverture superbe, Croissant With Stravinsky. C’est des synthés qui s’enroulent pendant 5 minutes, mélancolie pure, temps qui s’arrête. On est dans l’ambiant strict, dans la contemplation pure, presque trop froide mais qui te pousse toujours à la larmichette. Il ne s’y passe rien de spécial, il y a le bruit des vagues et les parasites règlementaires, mais c’est putain de beau. L’album lui même est difficile à encaisser d’une traite, excepté explosé au Rivotril en plein milieu de la nuit, mais bordel, qu’il est bon de se perdre dans la musique de ce mec de temps en temps.






Riski (Metek) – Matière Noire

On pensait que Metek se reposerait un peu après avoir balancé son Riski l’année dernière. Tout déballer d’un coup, ça fatigue non ? Que nenni, c’était la première étape, le décollage, la préparation avant le voyage dans les nuages. Voir plus haut, beaucoup plus haut. Parce que sur Matière Noire, l’EP, on est à mille lieux de ce que peut proposer le rap fr habituellement. On sentait sur Riski cette envie de s’affranchir, de faire un disque personnel en roue libre. Oui. Mais ça restait un disque de rap. Là, tu vois, il y a de la trap droguée sublime (Un peu Aigri), du rap mélancolique (Fuego, La musique du film), une vignette violente, inclassable, et belle à chialer (Lexotril) et surtout ce morceau titre, Matière Noire, qui tient autant du Christophe pété sous rivotril que du chaman émo perdu dans un Paris gris. C’est beau comme la mort, c’est un Metek qui chante parfaitement, c’est la prod de Lartizan qui s’est perdu dans les étoiles. Arrêtons de nous branler sur la fin d’Interstellar : ce qui se passe dans les trous de ver, c’est exactement ce que tu es en train d’écouter. Riski vient de trouver la clef des univers.





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Rone – Creatures

Posted in Chroniques on March 8th, 2015 by Dat'


L’amour la nuit







Rone, je l’ai rencontré au hasard, comme les plus belles rencontres. Quand tu ne t’y attends pas, quand tu as la certitude que l’on ne t’y reprendra plus. L’esprit libre, encore cabossé des amours précédents, tu déboules au détour d’un rayon de disque, dans un club, les oreilles libres, le cœur mou. Alors c’est le coup de foudre, la folie directe : la relation qui démarre sur les chapeaux de roues, au risque de se bruler. On passe son temps à baiser un weekend entier, des histoires de chair, des histoires de Flesh. Le début d’une histoire d’amour, ce n’est que mélodie, et passé l’électricité des premières fois, on se roule dans les synthés de Rone jusqu’à l’agonie, jusqu’à ce que les sexes brulent. Le dos griffé. Le dos griffé. Jusqu’au sang. On baise, on baise, on fume une clope à la fenêtre, on baise, et on parle de la vie, de la sienne, de la notre. Des longues phrases, des tirades banales que l’on pensent profondes, pour des moments tellement beaux. C’est Bora-Bora à la maison, c’est des moments de vies romancés ou crus, des mensonges et quelques vérités. On s’invente un personnage, ou l’on gomme certains défauts, parce qu’à chaque début de relation nous est offert la possibilité de se redéfinir.

Alors on passe des semaines, voir des mois, le sourire aux lèvres, à se balader dans Spanish Breakfast. Tous les jours, toutes les nuits. A y penser constamment. Ce n’est pourtant pas l’album de ta vie, mais il y a quelque chose de chaud, de rassurant, un coté aventure aussi. On lui pardonne tout, ses petits défauts (trop court), ses petites manies, et, lors de rares moments fugaces, cela confine au sublime. Alors on baise on baise on baise. Puis on commence à connaître les habitudes. L’excitation de la nouveauté n’est plus là, mais pourtant, chaque rencontre, chaque nouvelle écoute, chaque nouveau rendez-vous est tellement plaisant. On était un peu perdu aux premières écoutes, à ne pas s’avoir que faire de ces nouvelles courbes, de ce nouveau corps, gestion d’émotions nouvelles. On connaît parfaitement le tout désormais. On le chante sous la douche, on le connaît par cœur, on sait sur quels boutons appuyer pour tout faire sauter. De lassitude ? Que nenni. Quel bonheur, cette relation qui partait sur du plaisir spontané, sans lendemain, évoluer en longue quête amoureuse. Spanish Breakfast me faisait danser en club, avant de rentrer explosé, défoncé, chez moi. Des mois plus tard, il m’accompagnait en me tenant la main au boulot, dans mes moments de joies, dans mes déprimes. Un plan cul mâtiné de drogues qui se transforme en relation longue durée, que demande le peuple ?

Tu as envie de pleurer, mais parce que tu es bourrés, et heureux.




Et le temps passe. Un deuxième album arrive. Une sacrée étape, dans une relation, parfois casse gueule, souvent accueillie avec sourires. Seuls les cons ne voulant pas s’engager auront peur de ce genre de défis. Rone, le papillon de nuit volant au grès des mélodies, n’est justement pas qu’un papillon de nuit. La deuxième étape, c’est souvent de prouver que l’on peut être plus sérieux. Alors on police. On police. Les aspérités des débuts, les petits défauts, on les accepte moins. La maladresse tellement mignonne des premiers mois devient un peu agaçante. Alors on gomme. On fait des efforts. Il se gratte les couilles, elle reste collée à son Smartphone. Il est encore un peu gamin, collé à sa PS1. Elle pête un plomb parce qu’il est bordelique. C’était mignon, c’est devenu chiant. Soudainement. Alors on fait des efforts, on rabote. Tohu Bohu, c’est beau. Très beau. C’est la relation stable, sans la drogue et les levrettes sauvage du début. Mais c’est toujours aussi agréable, et surtout, rassurant. Personne ne t’as jamais mieux taillé une pipe/planté sa langue dans ton con qu’un ange qui te connaît sur le bout des doigts depuis un an.

C’est beau putain, c’est beau. Tu fêtes des anniversaires des noëls, des valentines, c’est beau, tu es heureux putain. Bye Bye Macadam, ça te rappelle le début, quand tout était fou, beau, candide. Parade, ça te rappelle quand tu rentrais bourré en hurlant dans la rue, avec ta nymphe dans les bras. Tu roulais sur le monde putain. Maintenant tu roules sur ton canapé, devant la télé, mais c’est bien. Et puisque vous vous connaissez bien, pourquoi ne pas pimenter un peu le bordel, et tester de nouvelles choses ? Ca fait des Let’s Go avec High Priest, mais c’est pas grave parce que tu as confiance et que tu vois bien que ta relation tient debout, que c’est fait ensemble, putain tu es heureux. Alors oui, c’est plus mou. C’est moins l’aventure, les surprises, ce n’est pas tous les jours, mais seulement quelques fois dans le mois. La lassitude ? Pas encore. Pointe-elle le bout de son nez ? C’est possible. Le dos griffé ? va falloir oublier. Le boulot tu comprends, “et si les collègues voient ça”, alors que tu te pointais avec des suçons au taf il y a un an, et tu en étais fier.

C’est beau, c’est beau. C’est mieux construit, plus solide, les fondations sont fortes. Mais la passion n’est peut être plus là. On a troqué la passion pour la sécurité. C’est pas plus mal.

Tu as envie de pleurer, mais parce que tu sens le truc glisser, parfois s’éteindre, alors que tu es pourtant heureux.




Ca fait quelque temps que tu ne l’a pas vu. Avec le boulot, les obligations, les fausses excuses, tout ça. Oh, ça se croise tous les jours hein, mais depuis combien de temps n’y a t’il pas eu le feu ? Le vrai, celui qui brule, qui fait transpirer, qui nique le lit et les cervelets. C’est froid bordel. C’est toujours aussi propre, toujours aussi beau, surtout vu de l’extérieur. Oh, le couple parfait. Il est beau le couple, il est parfait, putain on vous envie, vous avez l’air tellement heureux. Toi, tu reviens chez toi, un troisième disque sous les bras des souvenirs pleins la tête, de la mélancolie à tour de bras. Il fait froid. Tu regardes le frigo et tu penses à Biolay et sa chanson déprimante. On continue d’écouter Rone, tous les jours. Mais ça baise plus. Ca fornique, de façon robotique. Une obligation presque.

Pire, tu commences à comprendre que ta nymphe fréquente d’autres personnes, des Bachar, des Kondo… elle ne le cache même pas, ça ne t’intéresse plus, et le pire, c’est que tu t’en fous. Parce que c’est déjà mort. A l’intérieur, tu le sais. Ca prendra peut être encore six mois. Six mois à trainer un cadavre. A s’engueuler, des hurlements inutiles (Ouija) parce que entre deux séances d’ennuis (Memory, Calice…) il faut bien un peu de tension, un peu d’électricité (de belles disputes neanmoins avec Sing Song). Les gueulantes ont remplacé les baises sauvages, il faut bien se décharger d’une façon ou d’une autre. Et pourtant tu continues, tu tentes de regarder vers l’avant, de faire des voyages, des propositions. Parce que c’est rassurant. C’est RASSURANT. Ca fait des années que tu écoutes cette musique, donc tu fais quoi si tu te retrouves tout seul comme un con ? Ca fait peur, de se retrouver seul. Mieux vaut trainer un cadavre hein ? Jusqu’à ce que tu en puisses plus, faut le trainer ton cadavre, hein ? Jusqu’à ce que tu en chies du sang hein ?

Alors c’est fini, c’est mort, et pourtant, au détour d’un regard, d’une soirée, d’un geste, tu te souviens que tu etais amoureux. C’est un peu amer, un peu triste, mais il y a une légère chaleur dans ta poitrine. Tu te rappelles de tous ces putains de moments, mélancolie belle et lunaire. C’est Mortelle, c’est beau, c’est le plus beau truc depuis des années dans ta putain de relation de couple. C’est nouveau et c’est avant. C’est rassurant et ça pue la baise des premiers jours. Tu penses même à quitter la ville et tout recommencer à deux, comme aux premiers jours. Ca te file les larmes aux yeux, tu es heureux, tu te dis que tout peut repartir, l’étincelle est là, l’amour aussi, bien enfoui sous un paquet de merde. Alors tu espères, comme un niais, comme un con. Tu te dis, “putain Rone, produit de la pop française, fait un album entier avec Daho, et on deviendra le couple le plus incroyable de l’univers”  Les minutes passes, l’étincelle trépasse, elle ne te regarde plus, et voilà que l’on s’engueule à nouveau pour rien. La lassitude. Et tu te rends compte que dans ce couple, il n’y a que du vide. Pas de rage, pas de lien. Mêmes les conflits sont vides, sans passion, sans feu.

Tu pleures parce qu’il ne reste plus rien. Plus d’amour, plus de haine, plus rien.

L’amour dure trois albums.
















12 morceaux – Infine

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CUM ON MY SELECTOR 19 : Hyacinthe, PNL, Nathan Fake, Dj Paypal, Sonny Digital, Ta-ha, John Tejada, Burial

Posted in Chroniques on February 15th, 2015 by Dat'


Ca commence par du rap hypnotique, ça finit par de la techno hypnotique



Hyacinthe – Sur la route de l’ammour / Retour aux pyramides

On ne va pas chercher à faire de la fausse pub, ou mettre en avant de fausses pensées. Pas de favoritisme, du Hyacinthe dans ces pages, il n’y en a pas eu depuis son premier Ep officiel il y a deux ans. Et ce n’est pas faute de vouloir en parler tous les jours. Mais j’ai attendu, j’ai rongé mon frein, pour parler de l’implacable. L’intelligence de l’instrue, la violence des phrases, la rage du reste. Ca gerbe sa tristesse, ça suinte la mélancolie, et dans sa tête, c’est la merde, mais il en rigole. Ca me rappelle quand j’étais plus jeune, que j’avais envie de bouffer la planète, de me frapper le torse en hurlant parce que j’avais envie d’être heureux, de faire des trucs. Je ne savais pas quoi faire, je tournais en rond, je ne faisais rien à par dégueuler des mots sur une page word. Hyacinthe, je l’envie. Il est jeune, mais il roule déjà sur le monde. Il a su quoi faire, et il est déjà plus fort que nous. Alors là, il revient, il éructe sur du Ital Tek, puis il feule sur du Krampfshaft. Ce double clip, c’est pour annoncer un deuxième album, et crois moi, ça va être assez magnifique. Parfois vulgaire mais tout est vrai ? Ouai. Et, depuis l’autre bout du globe, hâte de redire bonjour à Hyahya.






PNL – J’comprends pas

Les gars de PNL, ils m’avaient foutu une tarte gigantesque avec leur “Je vis je visser“. Ce n’etait pas nouveau, mais 1/ l’instrue était magnifique 2/ ça transpirait la sincérité, et franchement, dans le rap français, c’est quelque chose de plus en plus rare (= en voie de disparition). L’album est annoncé pour 2015, quelques extraits qui raffalent bien, mais pas de claque similaire au titre précédant. Et voilà que déboule J’Comprends pas. Alors déjà, point important, d’où vient cette instrue ? Elle est putain de magnifique. On croirait entendre un Métro Boomin dépressif après avoir trop trainé dans un RER. Cette instrue, c’est un diamant fou, un truc qui écrase la majorité des productions à gros budgets (un comble vu que les mecs semblent sortis de nul part). Mais PNL, c’est aussi la science de la mélodie, et si l’on était déjà convaincu que les mecs balançaient les meilleurs refrains du rap français actuellement, celui de J’Comprends Pas est le coup de grâce, la confirmation. Pour finir, dans cette overdose de mecs qui se croient à Chicago alors qu’ils ne trainent qu’à Lille, PNL aligne du spontané, de l’entier, sans ellipse. C’est coupé au cordeau, on n’est pas dans le conte, dans le glamour, c’est un putain de documentaire. Les gros balaises font du rap filmé par Micheal Bay. Chez PNL, c’est du rap sans filtre, camera à l’épaule. Du vécu. Du sale, du violent, certes. Mais du vécu.






Sonny Digital – Everything feat Chevy Woods

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas mis Sonny Digital comme ‘Man Of The Year’ dans mon top de l’année dernière. Enfin, si : j’ai tout simplement oublié. Et pourtant, le bonhomme méritait tous les louanges. Morceau de l’année avec “I’m the Man“, coup de grâce avec “Good”, sans oublier les productions implacables pour Drake & Makkonen (mythique Tuesday), Que ou Wiz (OUY, cet alien)… Le mec semble faire un sans faute pour le moment, tout droit sorti des profondeurs des mixtapes de Gucci Mane pour marcher aujourd’hui sur le hiphop comme un Guingamp sur la ligue 1 : il ne sera jamais le premier, mais il aura toujours l’air plus sympa que les autres. Et quand tu ne t’y attends pas, quand tu baisses ta garde, boum, il te sodomise en pleine lucarne. Alors on guette chacun de ses mouvements, et avec Everything feat Chevy Woods, on est a nouveau dans le dur. Production magnifique (pouvait t’il en être autrement ?), ultra puissante et émo dans le même mouvement, avec refrain dépressivo-parfait. On pense secrètement que le morceau est trop court, avec une conclusion superbe mais frustrante, et l’on attend surtout un gros projet du bonhomme. Parce qu’avec un talent pareil, on en viendrait presque à croire que des bretons pourraient régner sur l’Europe.






Dj Paypal – I’m Ready

Bon là tu va cliquer sur la video, et tu vas me dire, “c’est quoi ce bordel ?”. Ca te fait penser à du vieux Daedelus, et son chef d’œuvre Denies The Day’s Demise, en mode brasil matiné de drogue. Mais ce morceau, qui joue la samba hystérique, renferme bien d’autres secrets. Ce truc, c’est le tube débile de l’année, la montée jouissive qui fera bouger tous les bassins en mode épilepsie. Dans les clubs ! Dans les clubs putain, il faut jouer ça dans les clubs ! Le temps que tu lises ces lignes, tu en es encore qu’à 1 minute du morceau environ, et tu ne comprends pas. Tu te dis que ce Dj Paypal c’est marrant, mais que bon, de la house brésilienne balancée à plein régime, ce n’est pas nouveau. Tu te dis presque que c’est chiant, que tu as cliqué sur la mauvaise vidéo, que mon Selector est raté. Et puis là, tout d’un coup, à partir de 1min45, tu tends l’oreille, tu te marres, tu te sens con, et tu hurles HOLY FUCK IL Y A T’IL UN MOMENT PLUS CATCHY ET TUBESQUE QUE CE TRUC DEPUIS LE DEBUT DE 2015 ?!? La réponse : non.






Burial – Temple Sleepers

On avait laissé Burial sur des morceaux presque pop, des fresques légères plus proches d’une Katy Perry sous Rivotril que d’un morceau de UK Garage hardcore. Comme toujours, l’anglais est scruté, attente folle et constante. Et voilà qu’en ce début 2015, même pas sur Hyperdub, Burial balance un titre original sur un vinyle obscur. Oubliez les voix sucrées et quasi-refrains, Bubu revient au dancefloor, au Uk Garage saupoudré de club. Ca balance des synthés drogués, ça cartouche un rythme envolé, et ça part même en pure jungle oldschool sur le dernier tiers. Avant une conclusion complètement cinglée, à filer la frousse, redescente de drogue violente et psychotique. On ne comprend plus trop ce qui se passe, ça part presque en best-of hit machine. Et bizarrement, ce sont ces 60 dernières secondes, complètement folles, Mr Bungle en mode techno, qui sont les plus belles. Les plus éloignées de ce que fait l’anglais. Mais les plus belles du morceau. En espérant que le bonhomme se mette soudainement à faire de la musique pour camés en pleine overdose. Et comme toujours avec Burial, c’est les voix pitchées, c’est les âmes errantes, c’est les clubs en dépression. Et c’est toujours aussi fou.






Ta-Ha – Lil Bit

J’ai un contentieux avec l’imagerie actuelle du r’n’b drogué actuel, oscillant entre année 90 et seapunk camé. J’adore, et c’est une des directions que je prends très régulièrement avec mes photos. Mais dans ce foisonnement hystérique, on peine à distinguer le vrai du mimétisme. Pour un The Weeknd, combien de parodies ? Pour un Bones, combien de vidéos youtube moches à se planter des clous dans les yeux ? Et souvent, on privilégie l’imagerie à la qualité, et peu peuvent se prévaloir d’être aussi pro dans l’amateurisme qu’un Yung Lean. Alors alors alors, il faut quoi pour tout démonter ? Une instrue parfaite. Une voix parfaite. L’esthétique, au final, on s’en bat les roustons. C’est le bonus, la cerise, l’happy ending. Et trouver cet équilibre, c’est rare. Très rare. La Ta-Ha, je ne sais pas qui est-elle, je ne sais pas ce qu’elle a fait, mais ce morceau, il est parfait. Demoiselle perdue à Tokyo ? Bordel il ne faut pas chanter comme ça, tu viens de rouler sur le web avec un truc pareil. Il ne manque plus que des néons de toutes les couleurs dans ton clip. Les sirènes droguées, c’est les sirènes que l’on veut entendre en club. Les vraies sirènes. Voix parfaite ? On n’en est pas loin. Instrue parfaite ? Tu rigoles, c’est encore mieux que ça.






Nathan Fake – Glaive

Oh Nathan Fake ! Cela fait longtemps que l’on ne t’avait pas vu ! Comme un vieux pote parti en goguette, que l’on suivait vit fait au grès de ses actualités, à mater ses photos facebook avant de l’oublier la seconde d’après. Ouai Nathan, on te voyait gigoter au loin dans la musique, mais depuis combien de temps n’avait t’on pas pris le temps de se poser pour boire une bière et vraiment faire attention à nos vies respectives ? Depuis quelque années, je faisais semblant de te connaître, mais à part un like par ci, un retweet par là, pas vraiment de contact hein ? Pas de chair, pas de foutre, que du numérique. A bas les hashtags et les notifications, prenons nous la main, et avançons ensemble, même pour une soirée. Faut que je te le dise, tu ne m’avais pas touché depuis un bail Nathan. Et en te voyant débouler, sans trop prévenir, par surprise, en souriant, j’en ai eu les larmes aux yeux. J’ai repensé à nos annnées où je passais mon temps à t’écouter en dansant dans ma chambre de jeune adulte. J’ai repensé à ta musique qui m’avait flingué le cœur. Ton Glaive, c’est un morceau sublime, un truc qui m’a arraché la colonne vertébrale dans sa deuxième moitié. La mélodie. Tout est une histoire de mélodie. Et même si tu es déjà reparti, et que les timelines vont effacer la continuité et l’émotion, au profit de l’immédiateté et de l’instantané, je peux te dire qu’avec Glaive, tu m’as marqué au rouge fer, pour une année entière. Et je ne posterai même pas ça en statut Facebook. Je ne veux pas que tout disparaisse en 5min dans ce maelstrom d’informations. Je veux garder ce moment pour moi. Égoïste ? Sans contestation.






John Tejada – One Step

Voilà que je parle de Nathan Fake, et qu’au même moment, Tejada sort également de l’ombre sans prévenir. Et lui aussi, je faisais semblant de le connaître ces dernières années. Fevrier 2015, c’est la réunion des anciens élèves de la techno racée? Je t’avoue Tejada, j’ai cliqué sur ton clip parce que l’on a un ami commun sur Facebook, et que je savais qu’avec son share, je ne serai pas déçu. J’ai confiance en ce mec. Et j’ai pensé que cela serait une bonne occasion que l’on reprenne contact. Alors j’ai pressé play. Et j’ai pris cette intro d’enfoirée dans la tronche. C’est magique. Ces synthés lunaires, matin à marcher sous la rosée après une nuit blanche, cette mélodie en suspension, qui semble autant venir d’un documentaire sur Saturne que d’un club londonien crasseux et mélancolique, c’est fou. Et puis il y a ce claquement, ce fumigène qui s’ouvre et qui balance le morceau sur quelque chose de plus référencé, mais de toujours aussi beau. Suspension, drogue et lettre de rupture. Ce n’est pas du sombre, c’est de la lumière, blanche. Mais pas celle qui brule les yeux en plein après midi. La lumière douce, apaisante, le luminou rassurant éclairant les coins de chambres. Avec plein de fumée, comme dans le clip de Clement, le contact commun dont je parlais, qui a décidé depuis quelques mois de bruler les rétines du monde avec ses clips de folie. Alors je vais te dire Tejada, les motivation-songs, avec des lyrics comme ça, surtout dans la techno, ce n’est pas trop mon truc. Mais bordel, avec cette première minute trente lumineuse, j’ai qu’une envie : écouter ton album.






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