Nosaj Thing – Fated

Posted in Chroniques on July 5th, 2015 by Dat'


Leave this dress a mess on the floor



On fait des choix bizarres dans la vie. D’un coup tout hypothéquer, sur un coup de tête, repartir à zéro, s’arracher à un quotidien, sans trop savoir pourquoi. Parfois tu n’as même pas le choix, on te l’arrache sans te demander ton avis et on te crache à la gueule. Alors tu te dis que pourquoi pas, repartir à zéro n’est pas toujours une mauvaise chose. On espère retourner le monde, on est confiant de sa force intérieure, on est convaincu que de continuer à marcher, sans se retourner, le plus loin possible, c’est la meilleure solution. Après tout, quand plus rien ne fonctionne, qu’est ce qu’il y a de mieux à faire ? Rester en boule à prier dans son église en espérant que tout aille mieux, ou tout bruler et aller chercher nouvelle paroisse ailleurs ? Aucune idée, car dans les deux cas, ça peut vite mal tourner.
Reste que je n’avais pas anticipé que changer de vie à 99%, avec pour continuité avec le passé un ordinateur et un appareil photo allait bruler autant de mon énergie. Cela fait tout bizarre de se recentrer sur ses besoins primaires. Pas d’autre objectif que de bosser comme un benêt, pour racheter le droit de reconstruire. Tu foires ton boulot, c’est mort. Surtout quand personne n’est à la réception de la chute. Alors tu taff comme un forcené, le couteau entre les dents. Forcément, tout à coup, la musique passe parfois au second plan. A t’on le temps de vraiment se plonger dans un disque âme et corps quand ce dernier est en train de cramer ?

Mais tout cyclone a un œil, et il arrive parfois d’attraper une bulle d’air, et de se retrouver seulement éclairé par la lumière blafarde de son ordi à se laisser aller en écoutant un peu de musique. Et l’on se dit que l’on a raté pas mal de chose.




0005003308_10 copy





On ne va pas se mentir, Nosaj Thing, presque tout le monde l’avait oublié. Certes, il avait marqué pas mal d’oreilles avec un excellent Drift, sorti pile au moment ou l’abstract / glitch hiphop commençait à mourir, après son âge d’or. Puis un peu déçu avec Home, qui n’apportait pas grand chose au schmilblick. Mais c’est surtout que Jason Chung n’est pas un mec qui occupe le devant de la scène, loin d’un étendard comme Flying Lotus. Alors on l’oublie, tranquillement, avant de croiser au hasard d’un disquaire une étrange pochette d’un mec s’amusant avec ses couverts aimantés comme toi à la cantine de ton école il y a mille ans.

Nosaj Thing de retour, pas d’esbroufe (si ce n’est un feat de Chance) et pour seule distraction un gros autocollant FATED. Des titres super courts, parfois frustrants, pour un genre de musique presque dépassé. Et pourtant, des la première note, ça capte tout de suite. Parce que Nosaj était l’un des plus talentueux, et reste toujours l’un des meilleurs. Les synthés crevés de Sci, qui te tombent sur la gueule sans crier gare, filant presque le vertige, alors que des petites voix chantonnent dans le fond, c’est putain de beau. Ca ne va pas durer longtemps, à peine deux minutes, mais tu sais déjà que tu vas aimer.

D’autant plus que Nosaj sait aussi faire dans le fan service. Toi, lecteur de ses pages depuis des années, tu sais que les voix pitchées puputes sur de l’asbtract et des mélodies émo, ça me drague instantanément l’échine. Façon Garfield devant ses lasagnes, tu peux m’en servir toute la journée. Et le producteur maitrise tellement bien la recette. Alors tu as Don’t Mind Me, superbe morceau où voix d’anges et chant étouffé s’entremêlent à n’en plus finir sur des claviers chialant leur mère. C’est sensuel à mort, ça pue le sexe mais entre deux personnes qui s’aiment, la baise sereine au petit matin, perfection.

Let You, grand écart entre la putasserie dépressive du uk garage et une mélodie quasi religieuse est surement l’un des meilleurs morceaux du disque : C’est beau à s’en damner, longue montée progressive sur orgue façon église, avant de soudainement partir dans un bon abstract des familles, avec beat sec tellement jouissif que l’on rêverait presque d’entendre un mec rapper dessus et cracher sa haine. Les synthés qui volent de partout, les samples de voix pitchées qui n’en finissent plus de se répéter, c’est court, mais quel bonheur. Si tu n’es pas épris de ce disque après cette track, c’est qu’il y a un problème dans ton palpitant.
Il y aussi Watch, semi witch-house slow motion, pièce syncopée que n’aurait pas renié un Clubroot ou un FaltyDL (tu as pensé à Love is a liability ? Tu n’es pas le seul), genre de morceau sur lequel des types comme Yung Lean ou Main Attrakionz révéraient de poser. Et tout un tas de vignettes courtes, parfois cheloues (UV3) mais souvent bien belles (Varius, hiphop funèbre).

Mais la vraie star de ce disque, c’est bien Cold Stares feat Chance The Rapper et Maceo Haymes, que je ne connaissais pas mais qui chante comme un prince soul. Il s’occupe des refrains et c’est une folie, alors que Chance et sa voix reconnaissable entre mille te balance un petit couplet parfait. Ce titre, c’est calme, doux, là encore sexy à mort, avec cette demoiselle qui vient te susurrer quelques mots en fin de course pour te faire définitivement tomber amoureux. Claquer des doigts, rêver de siroter un cocktail sur la plage alors que tu es claqué de ta journée, enfermé dans un clapier à lapin. Ce morceau, c’est une flawless victory, un tube absolu qui ne passera jamais en radio, à l’instar des petits diamants de Gabriel Garzon Montano.

Et le disque, qui était assez cohérent sur sa première moitié, avec cet abstract semi joyeux semi émo, change légèrement de direction après Erase (superbe vignette enfumée). Fated devient un peu plus électronique, un peu plus progressive, un peu plus triste. Ce n’est pas flagrant, et pourtant ces 5 titres de fin portent le disque. On se retrouve avec une conclusion presque electronica, encore plus portée sur les mélodies, sur l’émotion brute. Pas de Hiphop, que des gens qui pleurent. Medic, Phase IV et l’écorché vif Light 5 en seront les meilleurs représentants. Avant un 2K au début ambiant que n’aurait pas renié un Burial période Untrue, parfaite conclusion, qui se brisera soudainement pour partir en abstract-christico-émo-shoegaze histoire de bien draguer les colonnes vertébrales.





Est-ce que Nosaj Thing est un grand disque ? Pas du tout. Est-ce un bon disque ? Vachement. Tu cherches du bon abstract des familles, avec ce qu’il faut de voix puputes et de mélodies émo ? Tu as trouvé la bonne galette. Tu pleures la disparition de Depth Affect, le craquage de FaltyDL ou le virage jazz psyché de FlyLo ? Fonce sans hésiter sur Fated.

C’est toujours beau, pas un écueil en 16 titres (quand même, de plus en plus rare pour être signalé) et l’album s’enchaine d’une traite avec grand plaisir. D’autant plus que le dernier tiers electronica du disque offre cohérence et progression au tout. Certes, les durées de track sont parfois un peu frustrantes (stopper Varius ou Watch de la sorte, c’est presque du sadisme), mais le tout est tellement réussi que rien ne nous empêche de faire tourner le bordel trois fois d’affilée. On tient même quelques petits chefs d’œuvres comme Light Out ou Cold Stares.

Fated, outre le fait d’être un excellent disque dans un genre qui m’est cher vient de me rappeler soudainement, entre deux journées à vomir en entreprise que d’écouter de la musique, quand même, c’est foutrement bien. Tout détruire, puis reconstruire.













16 morceaux – Innovative Leisure

Dat’

FACEBOOK

TWITTER



Squarepusher – Damogen Furies

Posted in Chroniques on May 24th, 2015 by Dat'


J’ai répondu Yolo



Ca fait bien longtemps que j’avais abandonné tout espoir concernant Squarepusher. On ne va pas reparler de sa magnifique et bien longue carrière, ça, tout le monde respecte. Mais depuis quelques années, on bande mou. Le dernier vrai disque du mec qui m’avait retourné, c’était ce fabuleux Number Lucent, tout en progression, joli mini disque funky sombrant graduellement dans l’hystérie la plus totale. Son Shobaleader One LP ? Un peu de sérieux svp. Son Solo Electric Bass ? Pourquoi pas en live, mais en disque, c’est comme regarder Léa Seydoux au cinema: c’est beau, mais pas des masses exaltant. Son Music For Robots ? Un peu de sérieux svp 2. Tu avais bien Ufabulum, qui tentait de rallumer le feu sacré, et l’on y croyait légèrement, via le fou Dark Steering ou sur le magnifique 4001, meilleur morceau pondu par Squarepusher depuis des lustres. Mais quelques bravades lumineuses au milieu de tripatouillages stériles n’ont jamais fait un bon album.

La seule empreinte laissée par Ufabulum, outre ses lives aux visuels assez déments, était celle d’un Squarepusher voulant de plus en plus s’amuser, quitte à laisser ses délires abscons-arty au placard. Ce qui n’était pas plus mal, même si l’on tapait souvent a coté. Alors en annonçant un Damogen Furies plus proche de Steve Aoki que d’Ultravisitor, Pitchfork balançait encore une simple punchline racoleuse, ou allait-on enfin revoir du fun chez l’anglais ? Je vais te le dire direct : oui et non.








Superbe digipack bien sombre et tête de Jenkison écrabouillée (avec un livret de 12 pages entièrement noires, Warp Records ne semble pas décidé à sauver les forets), Damogen Furies ne transpire pas la grosse marrade. Pourtant, la grosse claque arrive d’entrée avec Stor Eiglass, course en avant monumentale. Beat pachydermique, synthé rigolard, ultra naïf, imparable, dance musique apocalyptique, tu sens bien le plaisir débouler en mode hystérique. C’est simple, à la première écoute, je me suis foutu à poil et j’ai foncé la bite au vent dans ma douche. Justement parce que celle mélodie, tu veux la chanter en gigotant nu dans ta baignoire, à te savonner le torse gaiement. Aphex Twin x Jeremstar. Le morceau n’en fini pas d’évoluer, riche à en crever, tout en restant imparable. On a un peu le pendant candide de Dark Steering, un tube vice et violent qui renversera n’importe quelle sale de concert vers 5am, lever du soleil included. Je ne te parle même pas du tunnel apocalyptique vers 3min45, entre une Kawasaki Ninja H2 avec des problèmes de pot d’échappement et un live Gabber étouffé par un mur de béton. Géant. Et je ne te parle même pas du clip, qui n’a aucun intérêt sur youtube, mais qui est incroyable avec l’application gratos sur itunes, en mode réalité virtuelle débile avec ton iphone devant les yux, qui te file une gerbe pas possible mais te ferra sûrement vivre ton premier vrai orgasme cérébral. Ejaculer par les yeux et les oreilles en même temps, ce n’est pas banal. Fout toi un sorbet fraise dans la bouche et tu te croiras dans un porno tentaculaire japonais, tous les orifices seront stimulés.

Alors franchement, après 4 minutes d’absurdité sourde, tu penses que Damogen Furies sera encore plus con et jouissif qu’un Expendables. Sauf que Squarepusher branche son système sur le mode sérieux et post apocalyptique. Et dieu, que c’est réussi : Baltang Ort nous balance en pleine guerre des machines. Terre détruite, cadavres partout, les robots ont pris le pouvoir. Synthé lunaire et dépressif, beau à crever, seulement secoué par un bug bruitiste bien violent, sorte de signal d’alarme en plein épisode de schizophrénie. Alors après cette intro du tonnerre, Squarepush’ va dérouler son IDM concassée crade et barbare, sans forcément nous étonner, mais en maitrisant clairement parfaitement le sujet. La magie, elle, est bien là, quand ce synthé du départ arrive à faire quelques incursions émo, quelques secondes de chiale dans un océan de bestialité informatique. Et après la tornade vient le beau temps, la mélodie reprend ses droits, à peine blessée par le tapis de bombe précédant. Et c’est beau. C’est pur, fragile, avec cette ligne cradingue qui s’immisce sur le tout. Ne me dit pas que tu n’as pas eu de frisson pile à 4min05, quand le grondement commence et emporte tout. Derniere minute, on convie tout le bordel pour l’assault finale, orgie bruitiste avec le synthé lunaire, l’alarme schyzo, le grondement et les robots qui se sautent tous à la gorge et copulent en hurlant. Avec une petite drum’n bass des ténébres pour parapher le tout. 20 secondes finales pour prier et pleurer et un peu. Mon petit Jenkinson, ce que tu viens de balancer, c’est beau beau beau.

L’album est bien parti pour tutoyer avec l’excellence hein ? Squarepusher revient enfin dans la cours des grands tu te dis hein ? Et là, c’est le drame. Que ce passe t’il, quasimment plus rien ne tient la route, l’album tombe dans l’inintéressant, voire la chierie sans non. Pas de fun comme le premier morceau, pas de violence mélancolique comme le second. On se retrouve avec des flatulences sans intérêts, même si un ou deux morceaux sont à sauver du marasme. Rayc Fire 2 est inécoutable, (alors qu’elle s’annonçant marrante) stridence hystérique inécoutable rendant les râles de mon père pendant ses crises d’épilepsie presque aussi doux qu’un Sufjan Stevens. Putain, t’es sérieux Jenkinson ? ça s’annonçait marrant comme morceau en plus, mais là, on dirait un enfant en pleine crise de paranoïa la bave aux lèvres, coincé dans un manège de fête foraine tournant à cent à l’heure. Les gars, si vous etes déjà allé au Japon, imaginez que ce morceau c’est comme passer une nuit dans un Pachinko en écoutant un morceau de Kyari Pamyu Pamyu en 80rpm. Angoissant.





Baltang Arc te fait étouffer pareil, avec une première moitié façon trailer d’Inception remixé par un prof de gym au corps huilé qui te secoue sa bite devant ta tronche en te hurlant de finir ta série de cent pompes sur un bras. Même pour un fan de muscu, si tu prends ton pied en faisant ça, c’est que tu es un putain de pervers. Pourtant, tout à coup, tu y crois, avec ce dernier tiers qui fait intervenir des claviers funky façon Street Of Rage 2, mais c’est tellement le bordel autour que pour deux seconde de plaisir mélodique, tu es obliger de subir trois litres de vomissures dans la gueule. Squarepusher, mec, il va vraiment falloir penser à arrêter la coke.

Kwang Bass aurait pu être cool (à commence comme un U-ziq dépressif façon Duntisborne), mais là aussi, on passe en mode pilotage automatique complet, l’anglais est en roue libre et se déchaine à n’en plus finir. Le plaisir, c’est aussi le silence. Dans le lot, tu peux sauver Exjag Nives, qui commence de la plus belle des façons, laissant ENFIN la mélodie s’exprimer à nouveau. C’est presque pop, le rythme est massif mais pas complètement apocalyptique, même s’il se cabre méchamment la plupart du temps. C’est assez tubesque, on pourrait presque imaginer une Katy Perry chanter sur ce bordel, si la demoiselle avait soudainement décider de s’adonner au sacrifice humain. On a presque un refrain imparable fait par un synthé sautillant, du bon boulot. C’est loin d’être le meilleur morceau de Squarepush’, c’est légèrement générique, mais franchement, ça fait plutôt bien le taff, et c’est bien sympa. Quand le morceau bascule en cavalcade drum en bass joyeuse, c’est que du bonheur. Pas de révolution, mais c’est quand même bien mieux que la majorité des chieries que nous a balancé l’anglais sur ces dernières années.

Et puis il y a Kotenjaz. Je pense que la majorité des gens trouveront ça dégeulasse. Et au début, j’ai mis ma main devant la bouche en gaggant, moi aussi. Puis j’ai préservé, et je trouve ça cool. Au début, je me suis dit “c’est quoi ce bordel ?” Puis tu tends l’oreille. Tu entends un peu de pop. Un peu d’electro-dance-pute émo. Un peu d’EDM aussi ? Maybe. Et un truc qui fait “kronkronkrooon” comme du Dubstep vers la fin. Et en réécoutant à partir de 1min45, tu comprends tout : Squarepusher sort les glowsticks. Les glowsticks ! La deuxième moitié du morceau est un vrai capharnaüm, on ne kiff pas des masses. Mais on comprends que cette track est ce qui est le plus proche d’un Squarepusher génération Yolo. Tu sens qu’il n’assume pas. Qu’il veut faire danser les jeunes vierges américaines dans les Spring Breakers, et les vieux drogués libidineux de Cancun. Mais il n’assume pas, alors il noie ça sous un torrent de boue.  Et c’est bien dommage, parce que en entendant la mélodie à 1min45, tu es là, tu te marrer, et tu hurles à Squarepusher OUI ENFIN DONNE NOUS DU FUN, DU FUN, DU FUN !!!!. On y était presque, acte manqué, dommage.

Mais il y a la fin de l’album (enfin, je te fais la fleur de ne pas parler Straks Nombir, ridicule bonus track japonaise à peine plus intéressante qu’une flatulence, et qui nous rappelle qu’en terme de bonus Jp, n’est pas Clark qui veut). Et la fin de l’album, c’est D Frozen Aac. Et là, je te dis oui. Un grand oui. Ca part en tube techno cradingue façon Prodigy (si si, un peu), et tu te dis que tu vas te prendre une bonne mandale. Mais même pour les gothiques, les ténèbres, c’est fatiguant, et à défaut de bas résilles roses fuschia, Squarepusher balance au bout de 3minutes une mélodie sublime, absolument mystique, à te faire dresser les cheveux la caboche. Colonne vertébrale en papillote, ce synthé déboule et tu chiales, te rappelant les meilleures heures d’une musique Warpienne qui oublie trop souvent l’émotion désormais. C’est beau, épique, affolant, massif, tu as envie de manger le monde et tabasser tout ce qui bouge. C’est un peu trop court, on aurait aimé que le tout dur 10 minutes. Ce n’est pas non plus Tundra 4, le modele dans le genre chez l’anglais. Et quand le morceau repart en mode punition sourde, on est un peu frustré. Mais la mandale est belle, violente, puissante, on en attendait pas tant.





Double personnalité chez Squarepusher. On sent, encore plus que sur la galette précédente, un Jenkinson tiraillé par l’envie de faire danser les kids dans les festoches d’été pleins de drogues et de gens beaux. Mais le mec a 45 ans, et ressemble plus à ton oncle sympa qu’à Avicii, et ne peut s’empêcher de tout déboiter avec des avalanches bruitistes absconses. C’est souvent jouissif (Stor Eiglass, D Frozen Aac, Exjag Nives), parfois ridicule (Baltang Arg, Rayc Fire 2… est-ce que ce monde est sérieux ?). On s’interroge sur ce que Jenkinson veut nous dire (Kotenjaz), mais on prend notre pied sur les rares fresques mélancoliques, belles comme la mort, que le mec nous lâche au moins une fois par album (Baltang Ort, D Frozen Aac), ce qui me fait penser que l’on pourrait faire un petit best of mélancolico-mélodique de Squarepusher, et que l’on aurait de bien belles choses.

Squarepusher a le cul entre deux chaises : la destruction et la putasserie. Parfois c’est beau, et étonnamment, cet album est bien plus digeste et pertinent que Ufabulum, alors que la moitié est quasi inécoutable. Malgré tout, on a vraiment envie de crier au bonhomme de lâcher les vannes. Putain, t’es vieux maintenant, tu as une carrière de folie, faut t’en battre les roubignoles mec. Balance le fun, le fun, le fun. Des clips avec des meufs en bikinis, des billets de banques, de la joie, du soleil. Que l’on se marre ! On le voit en plus dans tes lives, tu kiff, tu harangues la foule, tu lèves les bras en mode Guetta, tu balances des drops. Tu aimes entendre les gens gueuler, t’es une star mon poulet. Parce qu’en entendant Stor Eiglass ou 4001, on sent que tu peux le faire. Un album entier comme ça, de pure débilitée niaise, mais belle, ça serait le bonheur. Parce que oui, c’est débile, mais bordel, que cela reste beau. Beau, beau, beau.

Sort ton maillot de bain Squarepusher, va trainer à Cannes avec Paris Hilton, fait une poignée de Spring Break et revient nous avec un album bourré de mélancolie débridée en mode Yolo. Fait pas de l’Edm hein ! Mais de la Dance, ça serrait génial. Ca existe déjà ? Pas faux. Mais on est sur que tu peux faire encore mieux. En attendant, écouter les quelques morceaux réussis de Damogen Furies, ce n’est déjà pas trop mal.






Squarepusher – Stor Eiglass (en vrai, il faut télécharger l’appli, ça n’a pas aucun sens sur youtube comme ça)






9 morceaux – Warp / Beat Records

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient faire du Yolo sur Twitter)


Tags: , , , , ,

Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

Posted in Chroniques on April 26th, 2015 by Dat'


Je ne te vois plus nul part, sauf quand je ferme les yeux



Toujours difficile d’aborder un album de Sufjan Stevens. L’homme fatigue autant qu’il me fascine. Et pourtant, je l’adore ce beau brun. Il y a d’abord la fâcheuse manie de l’américain à trop en faire, que cela soit dans les concepts d’albums (je te sors 6 disques sur Noel, un concept album sur une autoroute, voir un remix acoustique d’un album electro expé sorti il y a 10 ans) ou dans les morceaux eux mêmes : on n’est jamais à l’abris d’une flute étranglée ou d’un twist musicalo-kitsch gâchant une fresque bien émo. Digne d’un field recording dans le centre de ville de Nantes, captation live des groupes d’indiens présents dans le monde entier.

Alors forcément, quand tous les médias nous annoncent un album centré sur sa mère qui vient de passer l’arme à gauche, avec un “retour aux sources” folk christique, on flippe un peu, même si Sufjan sait mettre de la légèreté dans le mortuaire. Et comme souvent, beaucoup n’ont fait que copier coller un communiqué de presse, car ce nouveau Sufjan est tout sauf un retour aux sources. C’est une continuité, un aboutissement, une première pour Stevens : un pur album pop. Enfin.








On va faire simple. L’album aligne des pop-songs fragiles de toute beauté. Mais que ceux qui aiment le coté expérimental et électronique de Suf ne partent pas en courant. Car Carrie & Lowell reste foncièrement électroniques. Claviers lunaires, passages ambiants, légers tourbillons synthétiques, très rares sont les morceaux entièrement guitare-voix. Certes, il n’y a pas d’excavation drill’n bass comme sur le dernier album. Dommage ?  Peut être. Mais il n’y a plus non plus les xylophones ou les flutes world music traumatisantes, et ça, c’est un soulagement.

Mais surtout, il y a des putains de chef d’œuvres sur ce disque. Des morceaux qui te prennent la gueule, qui filent la frousse et fracasse la colonne vertébrale. Des vignettes parfaites, tout en retenue, bourrées de légers détails à filer le vertige.
Le meilleur exemple est surement All of me wants all of you. Première note de guitare, tu sais que tu vas te prendre un coup de coude dans le thorax. Meilleure mélodie de l’année, alors qu’il n’y a qu’une gratte poussiereuse. Sufjan hulule calmement, chante des lyrics de dépressifs désabusés qui flinguent le palpitant. Mais surtout, le morceau ne fait que monter, monter, monter, à base de légères lignes électroniques, d’une voix ou cordes plus appuyées, avant un décollage de fin christique affolant. Refrain, chœurs lointains, ouverture lumineuse : si tu ne pleures pas, c’est que tu es un putain de salopard insensible. Il y a tout sur ce morceau de Sufjan, ce coté tire-larmes pur et dur, aucune surprise dans le morceau en lui même. La vraie satisfaction, c’est d’entendre, pour la première fois depuis Chicago, un vrai tube de la part de l’américain. Un morceau qui devrait passer en radio, être synchronisé dans les films, chanté dans les rues du monde. Tout le peuple chialerait et ça serait beau. Tube de stade oui. Mais magnifique, le tube. Perfection. Pourquoi perfection ? Parce que c’est l’équilibre parfait, le morceau qui te donne autant envie de t’arracher la peau de tristesse, et de courir avec un sourire gigantesque parce que tu es heureux.

Et le plus drôle, c’est que ce bordel est loin d’être le seul miracle du disque. Tu n’as pas fini de t’en prendre plein la tronche mon ptit loup. Drawn To The Blood, juste après, commence aussi de façon désertique, avec guitare voix, parfaite à chaque “How ?” filant la chair de poule. Rien d’autre, tu t’attends a une simple folk-song tristounette mais drôlement belle, mais le morceau s’arrête subitement pour partir dans une elecronica-ambiant à chialer sa mère. Cathédrale de synthés cristallins, montée en puissance jusqu’à strangulation. Bizarrement, ce passage m’a fait pensé à la fin du morceau Old Artist d’Archive, un retour vers le passé bien émo. Vraie mandale.

Attends attends, un peu plus bas, tu as Forth Of July, morceau sépulcral, le seul sans guitare, entièrement électronique. Tu as l’impression d’entendre un The Seer’s Tower upgradé, une fresque magnifique noyé sur un piano et synthés ambiants, avec un Sufjan Stevens affolant de justesse. Chaque feulement aigue de sa voix me fait frétiller du cul comme une groupasse de 1Direction, j’en ai presque honte. Mais bordel, comme c’est beau. Quand il te balance “My little versailleees” et que le morceau s’envole seulement pour dix secondes, j’ai juste envie de me planter les ongles dans la gorges histoire de me débarrasser de cette boule à sanglot au plus vite.
Alors tu vas me dire “ouai Dat’, tu exagères, c’est beau, mais là tu pars en couilles et tu éxagères, comme souvent”. Et tu as raison. Mais il y a le sujet du morceau. D’habitude, je ne m’attarde pas vraiment sur les lyrics, parce que chacun les interprètes à sa manière. Mais là, c’est une conversation entre une mère en train de caner dans son lit d’hôpital, et un fils qui s’étouffe de tristesse. Et vu que Sufjan a toujours fait, au niveau de ses paroles, dans le documentaire ultra réaliste, bien que poétique, ben forcément, ça me renvoie à mes propres démons, et aux chambres d’hôpital dégueulasses où ton bonhomme disparaît. Il oublie de dire que les chambres d’hôpital où les parents meurent, ça pue. Surtout dans les bâtiments pourris de Bretagne. Mais pour le reste, c’est plutôt pertinent.
Alors tu as la fan-base pratiquant la fellation sur Sufjan 24 sur 24 qui va te dire que les paroles en mode “we all gonna die” sont belles, et qu’il a trop raison, l’humanité est voué à disparaître pouet. Mais le but de cette phrase, ce n’est pas ça. Le but, c’est de te faire bouffer ta merde, parce que ce “we all gonna die” est tellement bien chanté, tellement bien lâché en fin de parcours, qu’il te donne envie de te faire sauter le caisson direct. Je ne parle pas des lyrics, je parle juste du chant. Bref, le mieux à faire après ce morceau, c’est de lancer un morceau du dernier Migos ou Booba, parce qu’à part te filer l’envie d’aller tester l’aérodynamisme de ton enveloppe charnelle entre le 13étage de ton immeuble et l’asphalte pisseuse en bas, ça va pas t’enrichir des masses. A chaque fois que tu écoutes ce morceau, tu es littéralement hanté par tes morts qui viennent te caresser l’échine. Va te faire enculer Sufjan. Mais dieu, que ton morceau est beau.





Carrie & Lowell, tout joyeux au départ, quasiment mielleux et guimauve, jurant avec les sommets de dépression désabusées précédentes, choquerait presque. On se croyait presque dans une fête foraine. Mais sépia, la fête foraine, parce que tu sens qu’il y a un moignon de caché quelque part, un truc vicié, quelque chose qui ne va pas du tout derrière le banjo mignon. Evidemment, sans que tu t’en apercoives, de façon discrète, le morceau glisse vers le christique, avec un deuxième tiers lumineux, oui, mais à chialer, comme toujours. Et voilà qu’après un refrain de folie, le morceau se brise complètement, et part dans un ambiant funèbre, avec pour seuls compagnons un synthé rongé par la solitude, et un piano qui n’égrène que quelques notes. Une minute où tu as le temps de maudire mille fois le chanteur pour te filer un bourdon pareil. Hey Suf, on avait dit mollo sur le pathos, mollo sur le pathos, mollo, mollo, mollo sur le pathos.

Sufjan maitrise parfaitement sur cet album l’art de la cassure. Contrairement à ses précédents essais, ou à ses folks songs en mode petits chanteurs de la croix de bois, le mec s’autorise a switcher complètement d’une atmosphère à une autre, à quasiment tous les morceaux.  On transforme les pop-song quasi Taylor Swiftiennes en monuments dépressifs. On plonge le folk enjoué dans un océan ambiant noir comme la mort. Et l’on ouvre les portes du paradis en fin de petite vignette mignonne. Attention, les tracks ne se servant pas de tour de magie n’en sont pas moins réussis (No Shade in the shadow, mystique ou Jon My Beloved en sont de parfaits exemples), mais les brusques surprises sont forcement plus marquantes :
Parce que certaines conclusions sont dignes d’un Shyalaman : Death With Dignity joue la sagesse acoustique, avant de faire intervenir des chœurs marins pas marrants. Should Have Known Better balance l’un des plus magnifiques morceaux créé par l’américain, c’est beau, c’est cool, c’est triste, et hop, tu as milles anges qui déboulent sur tes tympans pour faire sauter ton cerveau, qui ne sait plus comment réagir devant ce tsunami guimauve parfait.

On a parlait de All of me wants all of you, pop song dingue qui vrille en mode voyage vers la lune, reléguant Interstellar au rang de vulgaire reportage de France 3 sur un planétarium dans l’Hérault. Ou de Drawn To Blood qui ferait bander Varys avec sa deuxième moitié ambiant caverne de glace. Mais tu as aussi et surtout Blue Bucket Of Gold, superbe conclusion d’album, berceuse au piano qui va soudainement partir dans une electronica limpide, lumineuse,  vagues de synthés fous, habillée par des “wouououuuu” à s’arracher le cœur. Putain de merde, j’ai eu le vertige en écoutant ce morceau, la première fois. Allongé sur un lit, 4h du mat, retour zombie de boite de nuit, la musique à fond, à moitié plein d’alcool, je ne m’attendais pas à cette pause soudaine, à ce silence d’une seconde, avant ce décollage affolant, indescriptible, qui a littéralement violé mon cerveau. Adieu mon pays. Fantômes, pluie et femmes nues, c’est ça, les deux dernières minutes du disque.





Je n’avais pas envie de le dire, mais je vais quand même lâcher le morceau. Il me semble que ce disque est le meilleur album de Sufjan Stevens. Parce que pas une fois, j’ai eu envie de passer un morceau (peut être Eugene, seul moment moins passionnant). Parce qu’il est complet, court (11 morceaux), et sublime de bout en bout. Parce que ce disque est la continuité parfaite de Age of Adz, Suf reprend exactement là où il s’était arrêté. Son précédant disque se terminait avec Pleasure Principles, tout petit morceaux à la fin d’une fresque de 25 min gargantuesque. Tout petit morceau oui, mais pop song absolue, sublime, un des meilleurs morceaux du mec. Carrie & Lowell, c’est exactement ça, c’est la suite, c’est l’ouverture. Des chansons toutes simples, toutes belles, timides, évidentes.

Parce qu’il n’est pas avare en retournement de situation, parce que chaque morceaux semble être l’aboutissement de centaines de morceaux fait par Sufjan auparavant. Comme si le mec avait tout testé pendant sa carrière, avant de balancer un disque définitif sur un sujet qui le hante, sa mère, sa mort, et les souvenirs avec son fantôme.

Forcément, ce n’est pas un album à écouter quand tu ne vas pas très bien, parce que même si les flingues ne sont pas légaux dans ton coin, tu vas vouloir te dégotter un calibre aussi rapidement qu’un camé en manque de Méthadone. Certes. Mais passé la tristesse, c’est aussi un album lumineux, chaud, beau, touchant et touché par la grâce. Parfois joyeux. Désabusé, toujours, mais joyeux. L’ambivalence d’un morceau comme All of me wants all of you, véritable diamant, symbolise parfaitement ce Carrie & Lowell LP, hésitant constamment entre cercueil empli de larmes et souvenirs ensoleillés.

C’est le plus bel album tombé sur ma gueule depuis le début de l’année, et dans le genre, on peut affirmer tranquillement qu’il n’y aura rien de mieux, rien de plus aboutit en 2015.

Sufjan est bien assis sur le trône, et personne ne viendra squatter ses genoux. Il vient d’accoucher d’un monument.
















11 morceaux – Asthmatic Kitty

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient parler armes à feu sur Twitter)


Tags: , ,

CUM ON MY SELECTOR 20 : Xxxy, Metek, Funkstorung, Metro Thuggin, Legowelt, Riff Raff, Girl Band

Posted in Chroniques on March 29th, 2015 by Dat'


Pas de problème



Xxxy – Last Dance

Tu te souviens de XXYYXX, avec son super clip de nanas qui fument en slow motion, et son Uk Garage pupute hautement recommandé. Ben Xxxy n’a rien à voir avec ce mec, et pourtant quand j’ai écouté ce morceau, j’ai cru que le premier avait fait un léger virage artistique. Ca n’a rien à voir avec les dépressifs de The XX non plus, mais ça, tu l’avais deviné. Ici, on est dans le putain de morceau techno catchy parfait, le truc dance mélancolique avec claviers à tomber et voix pitchées parfaites. Tu pourrais écouter une fresque pareille pendant 20 minutes sans sourciller, c’est le plaisir régressif de la dance de ta jeunesse, mélangés aux tracas de ta vie d’adulte. Ca ressemble légèrement au très bon Romance EP de Darius, mais ce genre de claviers, putain, jamais je ne m’en lasserai. Bref, c’est foutrement beau et imparable, rien d’autre à ajouter.






Funkstörung – Laid Out feat Anothr

Quand j’ai vu la video apparaître, j’ai cru à une blague. On parle bien de Funkstörung, un des groupes de ma jeunesse, que j’écoutais il y a plus de 10 ans, bien callé dans les amphis d’une fac de province? Les stars de K7, qui avaient sorti un putain de Disconnected avant de disparaitre de mon cerveau à jamais? Une décennie plus tard, on retombe sur ce groupe au grès des pages internet. Et comme une ancienne ex au detour d’une rue, on ne sait pas trop quoi lui dire, au groupe. C’est vraiment ton nouveau morceau tu sais, ce Laid Out. Vraiment. Pop glitchy experimentale qui ne surprend pas mais qui ferra toujours du bien, et que l’on entend beaucoup aujourd’hui, depuis l’avènement d’Apparat. On ne sait meme pas si le morceau est ici présenté en entier, tant il se termine brutalement, et peine à dépasser les 2 min. Et pourtant, Funkstorung a un sacré coup à jouer. Cet ex, je l’avait oublié, mais après avoir recroisé ses beaux yeux, je crois qu’il me manque. Alors sors ton nouveau disque mon tout beau, je suis quand même drolement content d’avoir eu de tes nouvelles.






Girl band – Why they hide their bodies Under my garage

Il y a un an, je vous avais dis que Girl Band était le meilleur groupe du monde, même s’ils n’avaient sorti que 3 chansons. Depuis, le groupe n’a quasiment rien fait d’autre, et revient en 2015 sur le devant de la scène avec un clip ahurissant, pour l’un de leur tout premier morceau, qui était sorti il y a deux ans ( ?!). Ce morceau, tu le connais, cover du bien techno et énervé Why They Hide Their Bodies Under My Garage de Blawan. Sauf que Girl Band, c’est pas de l’EDM pour chochottes, mais du putain de rock bruitiste hystérique. Alors en terme de remix, il ne faut pas s’attendre à une relecture attentiste par un beatmaker du dimanche. Et puis ce clip d’enfoiré ? C’est dégueulasse, mais tellement pertinent. La jouissance n’est pas instantanée, c’est 3 minutes de plaintes parasitées, puis tout se soulève, avec hurlement et mur du son aberrant, et là, tu sais que tu es devant quelque chose de fort. C’est le morceau le plus hardcore et dansant et radio friendly et pop et techno et rock de nos vies de pervers. C’est le truc que tu veux entendre dans une boite de nuit après trois heures de r’n’b serpillière, histoire de voir tout le monde hurler à la mort avec les oreilles en sang. Et danser, danser, danser. Girl Band, toujours meilleur groupe du monde, même quand ils ressortent un truc vieux de deux ans.






Metro Thuggin – Free Gucci

Bon on ne va pas refaire un laïus sur Gucci Mane, musicien qui prend le plus de place dans mon itunes (2,7go, va falloir upgrader la mémoire). Ni sur Young Thug, l’indispensable dont tout le monde parle et que personne ne comprends. Non plus sur Metro Boomin, meilleur musical magicien. Par contre on aimerait parler de Metro Thuggin, le projet des deux zozos qui est depuis bien trop longtemps annoncé, mais toujours pas disponible. Alors pour nous faire patienter, ils te balancent un énième morceau demandant la libération du Gooch. Sauf qu’encore une fois, Metro et Thug ont tout compris. Meilleur morceau du duo (avec The Blanguage), Free Gucci a tout pour plaire et rameuter la foule : Cette facette club tubesque imparable, prête à retourner autant de strip US que de caves tokyoïtes. Cette vibe chelou, également, entre la drogue et l’experiemental, donnât un morceau évident et pourtant légèrement insaisissable. Mais aussi cette légère mélancolie, cette tristesse latente (le sample ? la voix brisée de thug ? la mélodie ?) qui manque à tant de morceau trap / atlanta and co, et qui est si présente chez guwop également. L’hommage parfait donc. La drogue, le club et l’argent en faisant des tubes c’est bien, mais le faire avec le cœur cassé, c’est mieux. Evidemment.






Mike Will Made It – Choppin’ Blades feat Jody Highroller (Riff Raff) & Slim Jxmmi

Je n’ai pas parlé de la dernière tape de Mike Will dans mon top de l’année dernière, par flemme, car j’avais tout terminé, et que rajouter une image aurait tout décalé. Si tu écris sur Word, tu connais bien cette angoisse. Bref, cette tape, elle était excellente. Mais un morceau surnageait clairement, ce Choppin’ Blades. Un rouleau compresseur en puissance, un massacre débile, une mandale sèche et directe, hostée par un Riff Raff encore plus flingué que d’habitude. Alors forcément, quand le morceau est soudainement clippé, j’etais obligé de l’introduire dans un Selector. J’ai de la tendresse pour Riff Raff. C’est le meilleur, pourtant il ne rappera jamais aussi bien que les autres. Mais il a les cheveux roses. Il est super triste, super émo. Et surtout, son écriture en roue libre totale, quasi automatique, aux couplets alignant des phrases sans aucun sens, d’une absurdité abyssale, et pourtant parfaitement maitrisée. Un espèce de Dupieux du rap, accompagné d’un des minots de Rae Sremmurd, qui étonnent à chaque apparition (ici hystérique). Mais le point d’orgue, c’est cette prod folle de Mike Will, pachydermique, jouissive, prouvant que le mec peut toujours détruire n’importe quel concurrent en trois minutes, malgré ses amourettes mainstream. Tube de l’année dernière, ou de l’actuelle, comme tu veux.






Legowelt – Croissant with Stravinsky

Legowelt continue de disparaître et réapparaitre au grès des ans. Un nouvel album, beatless ou presque, et une ouverture superbe, Croissant With Stravinsky. C’est des synthés qui s’enroulent pendant 5 minutes, mélancolie pure, temps qui s’arrête. On est dans l’ambiant strict, dans la contemplation pure, presque trop froide mais qui te pousse toujours à la larmichette. Il ne s’y passe rien de spécial, il y a le bruit des vagues et les parasites règlementaires, mais c’est putain de beau. L’album lui même est difficile à encaisser d’une traite, excepté explosé au Rivotril en plein milieu de la nuit, mais bordel, qu’il est bon de se perdre dans la musique de ce mec de temps en temps.






Riski (Metek) – Matière Noire

On pensait que Metek se reposerait un peu après avoir balancé son Riski l’année dernière. Tout déballer d’un coup, ça fatigue non ? Que nenni, c’était la première étape, le décollage, la préparation avant le voyage dans les nuages. Voir plus haut, beaucoup plus haut. Parce que sur Matière Noire, l’EP, on est à mille lieux de ce que peut proposer le rap fr habituellement. On sentait sur Riski cette envie de s’affranchir, de faire un disque personnel en roue libre. Oui. Mais ça restait un disque de rap. Là, tu vois, il y a de la trap droguée sublime (Un peu Aigri), du rap mélancolique (Fuego, La musique du film), une vignette violente, inclassable, et belle à chialer (Lexotril) et surtout ce morceau titre, Matière Noire, qui tient autant du Christophe pété sous rivotril que du chaman émo perdu dans un Paris gris. C’est beau comme la mort, c’est un Metek qui chante parfaitement, c’est la prod de Lartizan qui s’est perdu dans les étoiles. Arrêtons de nous branler sur la fin d’Interstellar : ce qui se passe dans les trous de ver, c’est exactement ce que tu es en train d’écouter. Riski vient de trouver la clef des univers.





Dat’

FACEBOOK

TWITTER (SELECTOOOOR via twitter)






Rone – Creatures

Posted in Chroniques on March 8th, 2015 by Dat'


L’amour la nuit







Rone, je l’ai rencontré au hasard, comme les plus belles rencontres. Quand tu ne t’y attends pas, quand tu as la certitude que l’on ne t’y reprendra plus. L’esprit libre, encore cabossé des amours précédents, tu déboules au détour d’un rayon de disque, dans un club, les oreilles libres, le cœur mou. Alors c’est le coup de foudre, la folie directe : la relation qui démarre sur les chapeaux de roues, au risque de se bruler. On passe son temps à baiser un weekend entier, des histoires de chair, des histoires de Flesh. Le début d’une histoire d’amour, ce n’est que mélodie, et passé l’électricité des premières fois, on se roule dans les synthés de Rone jusqu’à l’agonie, jusqu’à ce que les sexes brulent. Le dos griffé. Le dos griffé. Jusqu’au sang. On baise, on baise, on fume une clope à la fenêtre, on baise, et on parle de la vie, de la sienne, de la notre. Des longues phrases, des tirades banales que l’on pensent profondes, pour des moments tellement beaux. C’est Bora-Bora à la maison, c’est des moments de vies romancés ou crus, des mensonges et quelques vérités. On s’invente un personnage, ou l’on gomme certains défauts, parce qu’à chaque début de relation nous est offert la possibilité de se redéfinir.

Alors on passe des semaines, voir des mois, le sourire aux lèvres, à se balader dans Spanish Breakfast. Tous les jours, toutes les nuits. A y penser constamment. Ce n’est pourtant pas l’album de ta vie, mais il y a quelque chose de chaud, de rassurant, un coté aventure aussi. On lui pardonne tout, ses petits défauts (trop court), ses petites manies, et, lors de rares moments fugaces, cela confine au sublime. Alors on baise on baise on baise. Puis on commence à connaître les habitudes. L’excitation de la nouveauté n’est plus là, mais pourtant, chaque rencontre, chaque nouvelle écoute, chaque nouveau rendez-vous est tellement plaisant. On était un peu perdu aux premières écoutes, à ne pas s’avoir que faire de ces nouvelles courbes, de ce nouveau corps, gestion d’émotions nouvelles. On connaît parfaitement le tout désormais. On le chante sous la douche, on le connaît par cœur, on sait sur quels boutons appuyer pour tout faire sauter. De lassitude ? Que nenni. Quel bonheur, cette relation qui partait sur du plaisir spontané, sans lendemain, évoluer en longue quête amoureuse. Spanish Breakfast me faisait danser en club, avant de rentrer explosé, défoncé, chez moi. Des mois plus tard, il m’accompagnait en me tenant la main au boulot, dans mes moments de joies, dans mes déprimes. Un plan cul mâtiné de drogues qui se transforme en relation longue durée, que demande le peuple ?

Tu as envie de pleurer, mais parce que tu es bourrés, et heureux.




Et le temps passe. Un deuxième album arrive. Une sacrée étape, dans une relation, parfois casse gueule, souvent accueillie avec sourires. Seuls les cons ne voulant pas s’engager auront peur de ce genre de défis. Rone, le papillon de nuit volant au grès des mélodies, n’est justement pas qu’un papillon de nuit. La deuxième étape, c’est souvent de prouver que l’on peut être plus sérieux. Alors on police. On police. Les aspérités des débuts, les petits défauts, on les accepte moins. La maladresse tellement mignonne des premiers mois devient un peu agaçante. Alors on gomme. On fait des efforts. Il se gratte les couilles, elle reste collée à son Smartphone. Il est encore un peu gamin, collé à sa PS1. Elle pête un plomb parce qu’il est bordelique. C’était mignon, c’est devenu chiant. Soudainement. Alors on fait des efforts, on rabote. Tohu Bohu, c’est beau. Très beau. C’est la relation stable, sans la drogue et les levrettes sauvage du début. Mais c’est toujours aussi agréable, et surtout, rassurant. Personne ne t’as jamais mieux taillé une pipe/planté sa langue dans ton con qu’un ange qui te connaît sur le bout des doigts depuis un an.

C’est beau putain, c’est beau. Tu fêtes des anniversaires des noëls, des valentines, c’est beau, tu es heureux putain. Bye Bye Macadam, ça te rappelle le début, quand tout était fou, beau, candide. Parade, ça te rappelle quand tu rentrais bourré en hurlant dans la rue, avec ta nymphe dans les bras. Tu roulais sur le monde putain. Maintenant tu roules sur ton canapé, devant la télé, mais c’est bien. Et puisque vous vous connaissez bien, pourquoi ne pas pimenter un peu le bordel, et tester de nouvelles choses ? Ca fait des Let’s Go avec High Priest, mais c’est pas grave parce que tu as confiance et que tu vois bien que ta relation tient debout, que c’est fait ensemble, putain tu es heureux. Alors oui, c’est plus mou. C’est moins l’aventure, les surprises, ce n’est pas tous les jours, mais seulement quelques fois dans le mois. La lassitude ? Pas encore. Pointe-elle le bout de son nez ? C’est possible. Le dos griffé ? va falloir oublier. Le boulot tu comprends, “et si les collègues voient ça”, alors que tu te pointais avec des suçons au taf il y a un an, et tu en étais fier.

C’est beau, c’est beau. C’est mieux construit, plus solide, les fondations sont fortes. Mais la passion n’est peut être plus là. On a troqué la passion pour la sécurité. C’est pas plus mal.

Tu as envie de pleurer, mais parce que tu sens le truc glisser, parfois s’éteindre, alors que tu es pourtant heureux.




Ca fait quelque temps que tu ne l’a pas vu. Avec le boulot, les obligations, les fausses excuses, tout ça. Oh, ça se croise tous les jours hein, mais depuis combien de temps n’y a t’il pas eu le feu ? Le vrai, celui qui brule, qui fait transpirer, qui nique le lit et les cervelets. C’est froid bordel. C’est toujours aussi propre, toujours aussi beau, surtout vu de l’extérieur. Oh, le couple parfait. Il est beau le couple, il est parfait, putain on vous envie, vous avez l’air tellement heureux. Toi, tu reviens chez toi, un troisième disque sous les bras des souvenirs pleins la tête, de la mélancolie à tour de bras. Il fait froid. Tu regardes le frigo et tu penses à Biolay et sa chanson déprimante. On continue d’écouter Rone, tous les jours. Mais ça baise plus. Ca fornique, de façon robotique. Une obligation presque.

Pire, tu commences à comprendre que ta nymphe fréquente d’autres personnes, des Bachar, des Kondo… elle ne le cache même pas, ça ne t’intéresse plus, et le pire, c’est que tu t’en fous. Parce que c’est déjà mort. A l’intérieur, tu le sais. Ca prendra peut être encore six mois. Six mois à trainer un cadavre. A s’engueuler, des hurlements inutiles (Ouija) parce que entre deux séances d’ennuis (Memory, Calice…) il faut bien un peu de tension, un peu d’électricité (de belles disputes neanmoins avec Sing Song). Les gueulantes ont remplacé les baises sauvages, il faut bien se décharger d’une façon ou d’une autre. Et pourtant tu continues, tu tentes de regarder vers l’avant, de faire des voyages, des propositions. Parce que c’est rassurant. C’est RASSURANT. Ca fait des années que tu écoutes cette musique, donc tu fais quoi si tu te retrouves tout seul comme un con ? Ca fait peur, de se retrouver seul. Mieux vaut trainer un cadavre hein ? Jusqu’à ce que tu en puisses plus, faut le trainer ton cadavre, hein ? Jusqu’à ce que tu en chies du sang hein ?

Alors c’est fini, c’est mort, et pourtant, au détour d’un regard, d’une soirée, d’un geste, tu te souviens que tu etais amoureux. C’est un peu amer, un peu triste, mais il y a une légère chaleur dans ta poitrine. Tu te rappelles de tous ces putains de moments, mélancolie belle et lunaire. C’est Mortelle, c’est beau, c’est le plus beau truc depuis des années dans ta putain de relation de couple. C’est nouveau et c’est avant. C’est rassurant et ça pue la baise des premiers jours. Tu penses même à quitter la ville et tout recommencer à deux, comme aux premiers jours. Ca te file les larmes aux yeux, tu es heureux, tu te dis que tout peut repartir, l’étincelle est là, l’amour aussi, bien enfoui sous un paquet de merde. Alors tu espères, comme un niais, comme un con. Tu te dis, “putain Rone, produit de la pop française, fait un album entier avec Daho, et on deviendra le couple le plus incroyable de l’univers”  Les minutes passes, l’étincelle trépasse, elle ne te regarde plus, et voilà que l’on s’engueule à nouveau pour rien. La lassitude. Et tu te rends compte que dans ce couple, il n’y a que du vide. Pas de rage, pas de lien. Mêmes les conflits sont vides, sans passion, sans feu.

Tu pleures parce qu’il ne reste plus rien. Plus d’amour, plus de haine, plus rien.

L’amour dure trois albums.
















12 morceaux – Infine

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient parler pendant 3 ans sur Twitter)



Tags: , , ,

CUM ON MY SELECTOR 19 : Hyacinthe, PNL, Nathan Fake, Dj Paypal, Sonny Digital, Ta-ha, John Tejada, Burial

Posted in Chroniques on February 15th, 2015 by Dat'


Ca commence par du rap hypnotique, ça finit par de la techno hypnotique



Hyacinthe – Sur la route de l’ammour / Retour aux pyramides

On ne va pas chercher à faire de la fausse pub, ou mettre en avant de fausses pensées. Pas de favoritisme, du Hyacinthe dans ces pages, il n’y en a pas eu depuis son premier Ep officiel il y a deux ans. Et ce n’est pas faute de vouloir en parler tous les jours. Mais j’ai attendu, j’ai rongé mon frein, pour parler de l’implacable. L’intelligence de l’instrue, la violence des phrases, la rage du reste. Ca gerbe sa tristesse, ça suinte la mélancolie, et dans sa tête, c’est la merde, mais il en rigole. Ca me rappelle quand j’étais plus jeune, que j’avais envie de bouffer la planète, de me frapper le torse en hurlant parce que j’avais envie d’être heureux, de faire des trucs. Je ne savais pas quoi faire, je tournais en rond, je ne faisais rien à par dégueuler des mots sur une page word. Hyacinthe, je l’envie. Il est jeune, mais il roule déjà sur le monde. Il a su quoi faire, et il est déjà plus fort que nous. Alors là, il revient, il éructe sur du Ital Tek, puis il feule sur du Krampfshaft. Ce double clip, c’est pour annoncer un deuxième album, et crois moi, ça va être assez magnifique. Parfois vulgaire mais tout est vrai ? Ouai. Et, depuis l’autre bout du globe, hâte de redire bonjour à Hyahya.






PNL – J’comprends pas

Les gars de PNL, ils m’avaient foutu une tarte gigantesque avec leur “Je vis je visser“. Ce n’etait pas nouveau, mais 1/ l’instrue était magnifique 2/ ça transpirait la sincérité, et franchement, dans le rap français, c’est quelque chose de plus en plus rare (= en voie de disparition). L’album est annoncé pour 2015, quelques extraits qui raffalent bien, mais pas de claque similaire au titre précédant. Et voilà que déboule J’Comprends pas. Alors déjà, point important, d’où vient cette instrue ? Elle est putain de magnifique. On croirait entendre un Métro Boomin dépressif après avoir trop trainé dans un RER. Cette instrue, c’est un diamant fou, un truc qui écrase la majorité des productions à gros budgets (un comble vu que les mecs semblent sortis de nul part). Mais PNL, c’est aussi la science de la mélodie, et si l’on était déjà convaincu que les mecs balançaient les meilleurs refrains du rap français actuellement, celui de J’Comprends Pas est le coup de grâce, la confirmation. Pour finir, dans cette overdose de mecs qui se croient à Chicago alors qu’ils ne trainent qu’à Lille, PNL aligne du spontané, de l’entier, sans ellipse. C’est coupé au cordeau, on n’est pas dans le conte, dans le glamour, c’est un putain de documentaire. Les gros balaises font du rap filmé par Micheal Bay. Chez PNL, c’est du rap sans filtre, camera à l’épaule. Du vécu. Du sale, du violent, certes. Mais du vécu.






Sonny Digital – Everything feat Chevy Woods

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas mis Sonny Digital comme ‘Man Of The Year’ dans mon top de l’année dernière. Enfin, si : j’ai tout simplement oublié. Et pourtant, le bonhomme méritait tous les louanges. Morceau de l’année avec “I’m the Man“, coup de grâce avec “Good”, sans oublier les productions implacables pour Drake & Makkonen (mythique Tuesday), Que ou Wiz (OUY, cet alien)… Le mec semble faire un sans faute pour le moment, tout droit sorti des profondeurs des mixtapes de Gucci Mane pour marcher aujourd’hui sur le hiphop comme un Guingamp sur la ligue 1 : il ne sera jamais le premier, mais il aura toujours l’air plus sympa que les autres. Et quand tu ne t’y attends pas, quand tu baisses ta garde, boum, il te sodomise en pleine lucarne. Alors on guette chacun de ses mouvements, et avec Everything feat Chevy Woods, on est a nouveau dans le dur. Production magnifique (pouvait t’il en être autrement ?), ultra puissante et émo dans le même mouvement, avec refrain dépressivo-parfait. On pense secrètement que le morceau est trop court, avec une conclusion superbe mais frustrante, et l’on attend surtout un gros projet du bonhomme. Parce qu’avec un talent pareil, on en viendrait presque à croire que des bretons pourraient régner sur l’Europe.






Dj Paypal – I’m Ready

Bon là tu va cliquer sur la video, et tu vas me dire, “c’est quoi ce bordel ?”. Ca te fait penser à du vieux Daedelus, et son chef d’œuvre Denies The Day’s Demise, en mode brasil matiné de drogue. Mais ce morceau, qui joue la samba hystérique, renferme bien d’autres secrets. Ce truc, c’est le tube débile de l’année, la montée jouissive qui fera bouger tous les bassins en mode épilepsie. Dans les clubs ! Dans les clubs putain, il faut jouer ça dans les clubs ! Le temps que tu lises ces lignes, tu en es encore qu’à 1 minute du morceau environ, et tu ne comprends pas. Tu te dis que ce Dj Paypal c’est marrant, mais que bon, de la house brésilienne balancée à plein régime, ce n’est pas nouveau. Tu te dis presque que c’est chiant, que tu as cliqué sur la mauvaise vidéo, que mon Selector est raté. Et puis là, tout d’un coup, à partir de 1min45, tu tends l’oreille, tu te marres, tu te sens con, et tu hurles HOLY FUCK IL Y A T’IL UN MOMENT PLUS CATCHY ET TUBESQUE QUE CE TRUC DEPUIS LE DEBUT DE 2015 ?!? La réponse : non.






Burial – Temple Sleepers

On avait laissé Burial sur des morceaux presque pop, des fresques légères plus proches d’une Katy Perry sous Rivotril que d’un morceau de UK Garage hardcore. Comme toujours, l’anglais est scruté, attente folle et constante. Et voilà qu’en ce début 2015, même pas sur Hyperdub, Burial balance un titre original sur un vinyle obscur. Oubliez les voix sucrées et quasi-refrains, Bubu revient au dancefloor, au Uk Garage saupoudré de club. Ca balance des synthés drogués, ça cartouche un rythme envolé, et ça part même en pure jungle oldschool sur le dernier tiers. Avant une conclusion complètement cinglée, à filer la frousse, redescente de drogue violente et psychotique. On ne comprend plus trop ce qui se passe, ça part presque en best-of hit machine. Et bizarrement, ce sont ces 60 dernières secondes, complètement folles, Mr Bungle en mode techno, qui sont les plus belles. Les plus éloignées de ce que fait l’anglais. Mais les plus belles du morceau. En espérant que le bonhomme se mette soudainement à faire de la musique pour camés en pleine overdose. Et comme toujours avec Burial, c’est les voix pitchées, c’est les âmes errantes, c’est les clubs en dépression. Et c’est toujours aussi fou.






Ta-Ha – Lil Bit

J’ai un contentieux avec l’imagerie actuelle du r’n’b drogué actuel, oscillant entre année 90 et seapunk camé. J’adore, et c’est une des directions que je prends très régulièrement avec mes photos. Mais dans ce foisonnement hystérique, on peine à distinguer le vrai du mimétisme. Pour un The Weeknd, combien de parodies ? Pour un Bones, combien de vidéos youtube moches à se planter des clous dans les yeux ? Et souvent, on privilégie l’imagerie à la qualité, et peu peuvent se prévaloir d’être aussi pro dans l’amateurisme qu’un Yung Lean. Alors alors alors, il faut quoi pour tout démonter ? Une instrue parfaite. Une voix parfaite. L’esthétique, au final, on s’en bat les roustons. C’est le bonus, la cerise, l’happy ending. Et trouver cet équilibre, c’est rare. Très rare. La Ta-Ha, je ne sais pas qui est-elle, je ne sais pas ce qu’elle a fait, mais ce morceau, il est parfait. Demoiselle perdue à Tokyo ? Bordel il ne faut pas chanter comme ça, tu viens de rouler sur le web avec un truc pareil. Il ne manque plus que des néons de toutes les couleurs dans ton clip. Les sirènes droguées, c’est les sirènes que l’on veut entendre en club. Les vraies sirènes. Voix parfaite ? On n’en est pas loin. Instrue parfaite ? Tu rigoles, c’est encore mieux que ça.






Nathan Fake – Glaive

Oh Nathan Fake ! Cela fait longtemps que l’on ne t’avait pas vu ! Comme un vieux pote parti en goguette, que l’on suivait vit fait au grès de ses actualités, à mater ses photos facebook avant de l’oublier la seconde d’après. Ouai Nathan, on te voyait gigoter au loin dans la musique, mais depuis combien de temps n’avait t’on pas pris le temps de se poser pour boire une bière et vraiment faire attention à nos vies respectives ? Depuis quelque années, je faisais semblant de te connaître, mais à part un like par ci, un retweet par là, pas vraiment de contact hein ? Pas de chair, pas de foutre, que du numérique. A bas les hashtags et les notifications, prenons nous la main, et avançons ensemble, même pour une soirée. Faut que je te le dise, tu ne m’avais pas touché depuis un bail Nathan. Et en te voyant débouler, sans trop prévenir, par surprise, en souriant, j’en ai eu les larmes aux yeux. J’ai repensé à nos annnées où je passais mon temps à t’écouter en dansant dans ma chambre de jeune adulte. J’ai repensé à ta musique qui m’avait flingué le cœur. Ton Glaive, c’est un morceau sublime, un truc qui m’a arraché la colonne vertébrale dans sa deuxième moitié. La mélodie. Tout est une histoire de mélodie. Et même si tu es déjà reparti, et que les timelines vont effacer la continuité et l’émotion, au profit de l’immédiateté et de l’instantané, je peux te dire qu’avec Glaive, tu m’as marqué au rouge fer, pour une année entière. Et je ne posterai même pas ça en statut Facebook. Je ne veux pas que tout disparaisse en 5min dans ce maelstrom d’informations. Je veux garder ce moment pour moi. Égoïste ? Sans contestation.






John Tejada – One Step

Voilà que je parle de Nathan Fake, et qu’au même moment, Tejada sort également de l’ombre sans prévenir. Et lui aussi, je faisais semblant de le connaître ces dernières années. Fevrier 2015, c’est la réunion des anciens élèves de la techno racée? Je t’avoue Tejada, j’ai cliqué sur ton clip parce que l’on a un ami commun sur Facebook, et que je savais qu’avec son share, je ne serai pas déçu. J’ai confiance en ce mec. Et j’ai pensé que cela serait une bonne occasion que l’on reprenne contact. Alors j’ai pressé play. Et j’ai pris cette intro d’enfoirée dans la tronche. C’est magique. Ces synthés lunaires, matin à marcher sous la rosée après une nuit blanche, cette mélodie en suspension, qui semble autant venir d’un documentaire sur Saturne que d’un club londonien crasseux et mélancolique, c’est fou. Et puis il y a ce claquement, ce fumigène qui s’ouvre et qui balance le morceau sur quelque chose de plus référencé, mais de toujours aussi beau. Suspension, drogue et lettre de rupture. Ce n’est pas du sombre, c’est de la lumière, blanche. Mais pas celle qui brule les yeux en plein après midi. La lumière douce, apaisante, le luminou rassurant éclairant les coins de chambres. Avec plein de fumée, comme dans le clip de Clement, le contact commun dont je parlais, qui a décidé depuis quelques mois de bruler les rétines du monde avec ses clips de folie. Alors je vais te dire Tejada, les motivation-songs, avec des lyrics comme ça, surtout dans la techno, ce n’est pas trop mon truc. Mais bordel, avec cette première minute trente lumineuse, j’ai qu’une envie : écouter ton album.






Dat’

FACEBOOK

TWITTER (SELECTOOOOR via twitter)





Tags: , , , , , , , , , ,

TOP 2014 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 18th, 2015 by Dat'


> Rétrospective 2014



Comme chaque année, ce top n’est pas foncièrement là pour présenter les disques révolutionnaires de 2014. Simplement ceux que j’ai le plus écouté, que cela soit en pleine nuit devant mon ordi, sous la lumière d’un réverbère, en soirée ou avant d’aller au boulot le matin. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement inconnu au bataillon. Le plaisir de chanter un truc sous la douche, ou de chialer pendant un moment dur. Surtout, comme chaque année, n’hésitez pas à poster vos coups de coeur en commentaire de cet article, Car évidemment, il doit y avoir de grands absents, oubliés, ou pas écoutés. Il y a aussi des disques qui sont complètement passés à la trappe, souvent sans le vouloir.

Encore une fois, plusieurs catégories dans cette rétrospective : Un top 12 albums, sans distinction de genre, les Top Tracks 2014, le Artist of the year, la bonne idée de l’année, et les meilleures idées de l’année écoulée, le tout écrit entre deux bières. Ce top est un peu plus court que les années précédentes, et un peu en retard aussi, car les déménagements et l’écriture, ça fait rarement bon ménage.



Les titres des disques en couleur renvoient aux chroniques respectives (le cas échéant)





> Top albums 2014




KG – Passage Secret

Anges noirs déchus reviennent sur terre pour tout détruire. KG, c’est l’homme mystérieux qui trainait il y a presque 10 ans sur Gooom Records, scarifiant mes tympans à vie avec deux disques fondateurs, dont “Adieu à l’électronique“, mythique. 10 ans ! Ce mec que l’on avait oublié qui déboule sans prévenir, comme un père allant acheter ses clopes et revenant une décennie après avec une famille complète sous les bras. Et quel retour ! Rock allemand hardcore, shoegaze planant, fresques électronica foutraques, on oscille toujours entre le foutage de gueule et le magnifique, avec des putains de passages lumineux (P36, Mein Herz schlägt nur für dich, Claque-merde ou 440, magnifiques) et un brassage de genres qui force le respect. Mais surtout, à l’instar d’un Taylor Swift aux MTV Awards, KG réussi, avec son Passage Secret, le tour de force de rafler la première place dans toutes les catégories : meilleur disque rock 2014, meilleur disque electro 2014, meilleur artiste français, meilleur artiste allemand, meilleur comeback 2014, plus belle chevelure 2014 et award d’honneur pour l‘ensemble de sa carrière. Un putain de patron je vous dis.


Sebastien Schuller – Heat Wave

Un autre revenant inattendu, autre français dont on avait oublié l’existence, sauf lors de nos soirées dépressions où l’on se devait de lancer machinalement un petit Happiness LP des grands soirs. Sur ses morceaux electronico-pop, Sebastien Schuller se transforme toujours en spectre, à hululer sur des mélodies à crever. Mais cette fois, Heat Wave tient plus du synthétique à néons nuits blanches que de pianos cristallins. Les boites à rythmes sont plus présentes, les claviers s’envolent, le tout semble presque enjoué. Il y a même, ô surprise quelques tubes dans Heat Wave. Mais que l’on ne si trompe pas, Schuller sait toujours mieux que quiconque cracher des mélodies hallucinantes de beauté, des trucs qui te choppent et te coupe en mille la colonne vertébrale. Schuller ne s’écoute plus affalé sur un canapé entouré de lettres de ruptures. C’est maintenant au volant d’une Chevrolet, à fond sur le périphérique d’une mégalopole, aveuglé par les néons, qu’il faut s’en délecter. Dans les deux cas, pas de soucis, le mec fait toujours autant chialer. Allez, facile, un des disques de l’année.


Clark – Clark

Brrr, on avait presque perdu espoir en Clark avec ses dernières livraisons, même si son best of remix était sauvage et plaisant. Mais l’anglais semble avoir rangé ses guitares acoustiques. Non, il les a piétiné, défoncé, annihilé, histoire de sortir l’album le plus froid et électroniques qu’il a pondu depuis bien des années. Clark revient au son radical d’un Turning Dragon, ou d’un Empty The Bones Of You. Le bonheur, c’est fini. Plus de voix, plus d’espoir, plus de soleil. Ici, tout est gris, enneigé, glacé à mort. C’est la rave partie dans la crevasse post-avalanche, les longs errements sous LSD dans la taïga, c’est un album techno pur, aux rythmes souvent binaires, avec, comme toujours chez Clark, des litanies belles à crever. Mais c’est aussi, et peut-être pour la première fois chez le musicien, un anglais construit comme un monolithe, un disque massif et homogène, presque linéaire, sans coup de mou ni track hors sujet. Un objet fort, beau, dansant, complet, superbement mis en musique, avec quelques moments fous (There’s is a distance in you, aberrant). Un grand disque ? Pas vraiment. Mais une putain de galette jouissive, assurément.





– Run The Jewels – Run The Jewels II

On a vu Run The Jewels dans tous les tops en cette fin d’année. Le genre de disque acclamé avant même sa sortie, plaqué partout dans les medias hype, avec un Killer Mike de tous les combats politiques, un El-P une énième fois aux manettes pour des prods sombres et torturées, des feats faisandés (Zach De la Rocha, sérieusement ?)… Un disque qui faisait chier avant même d’être écouté. J’ai justement mis du temps avant de trouver la force de lancer ce nouvel album. Mais après quelques minutes seulement, impossible de résister, un constat implacable s’impose : Run The Jewels roule sur tout le monde, écrase toute concurrence, nous vomit sa domination totale en pleine gueule. Instrues ultra violentes, au potentiel club affolant (Oh My Darling, Blockbuster Night Part1, Close Your Eyes, Early, Love Again…), bangers détruisant tout sytème audio de bagnole, Run The Jewels II est empli de tubes frontaux, hystériques, explosés par deux MC en roue libre. Tout le monde dit que c’est bien ? Normal, c’est vraiment bien.


Objekt – Flatland

Il y a eu de la légende cette année en IDM. Et c’est pourtant du coté d’Objekt que l’on a remporté la timbale. Car Flatland n’est pas un énième disque d’electronica torturé, avec bruits d’ordinateurs et glitchs dans tous les sens. C’est un putain de disque sensible, où les robots pleurent et font l’amour. Tabassage industriel, digressions Warpiennes presques oubliées, et surtout tubes concassés lâchant de sales mélodies (Ratchet meilleur morceau du disque, magnifique, dansant et explosé, que demande le peuple ?). Même quand le tout commence de façon trop absconse, Objekt a l’intelligence de briser le marasme par des envolées émo et cristalline (Strays, crise d’épilepsie mutant en balade solitaire dans le désert). Taillé à l’or fin, peu d’albums arriveront à la cheville de ce bordel l’année prochaine, du sacré bon boulot.


Travis Scott – Days Before Rodeo

Dans le royaume des albums, les mixtapes sont reines. Si cela fait quelques années que l’on a plus à débattre sur le fait que les tapes gratos sont souvent bien meilleures que les albums officiels, on ne pensait pas tomber sur une telle livraison de la part de Travis Scott. Car Days Before Rodeo n’est pas seulement la meilleure tape de 2014, c’est surtout la meilleure chose dans le genre arrivée dans mes tympans cette année. Complaintes auto-tunées expérimentales, trap droguée pleine de surprise, on passe du tube club dangereux (Mamacita, Backyard Freestyle…) aux complaintes dépressives débordant de spleen (Quintana pt2, magnifique, ou Zombies, improbable…). Travis Scott se balade sur 12 morceaux formant un objet ultra cohérent, dur, poisseux, et partant dans des territoires presque inexplorés, avec en sommet un Skyfall feat Young Thug fou, où les deux Mc se transforment en chamans hystériques et émo. Un mélange entre la dépression d’un 808&heartbreaks, la pimperie d’un Rich Gang et la violence psychotique de n’importe quel LP émanant de Chicago, une mixtape qui n’en a pas fini d’être décortiquée, bien plus riche et intéressante que bien des sorties cette année. Le style ultime, ce n’est plus se pavaner avec de belles fringues, mais de réussir à sortir une mixtape en se droguant au maximum sans clamser.





Plaid – Reachy Print

Ah Plaid, groupe de mon enfance, mélodies candides, envolées christiques, chialer lové dans son canapé. On attendait un album de Plaid, on a eu un bon album de Plaid. Mais plus encore. Pour la première fois, les anglais sortent un disque bon de bout en bout, une galette cohérente, concentrée, pertinent à 100%. Mais surtout, Plaid prend des risques. Des fresques electronica-enfantines, du fan-service, il y en a forcément. Mais il y a aussi de véritables tours de force, des boulets qui bousculent les fondations : le magma mélancolique de Ropen, la pop de Matin Lunaire, la techno du magnifique Navofanny, le Disneyland dépressif de Liverpool St, le spectral et sublime Away… avec, en plus, une profondeur de son que l’on n’avait jamais croisé chez le duo. Rien n’est nouveau chez Plaid, rien ne révolutionne la musique. Mais dieu, que ce disque est beau ! Melodies évidentes, mélancolie qui déboule de partout et tabasse tout ce qui bouge. On n’en demandait pas plus. Un bonbon, une friandise triste, fragile, et belle.


Gabriel Garzon-Montano – Bishouné: Alma del Huila

On nous a fait chier cette année avec un Pharell plus niais encore que des Teletubbies sous MD, alors que dans le noir, recroquevillé dans une impasse attendait Gabriel Garzon Montano. Rythmes chauds, voix parfaite, musique ultra racée.
Mais cet EP est symbolisé par un titre magnifique, Pour Maman, une des plus belles choses entendues cette année. On a le beat le plus rond, le plus puissant, le plus noble de 2014. Un truc qui fait vrombir les âmes, trembler les murs et pleurer les voisins. Un truc qui tabasse la nuque, et fait friser les duvets. Tremble Dj Darky, reste en Allemagne dans ton bouge libertin, le beat parfait est ici. Depuis la sortie de son disque, le bonhomme ouvre pour Lenny Kravitz, parcoure le monde, et l’on espère qu’une chose : avant de céder aux sirènes du mainstream, que le Gabriel Garzon sorte en 2015 un album soul qui annihilera toute concurrence.


Moodyman – Moodyman LP

On peut aller chercher dans des milliers de disques house ou techno sortis cette année, pas un n’a plus de classe, de sex-appeal et de chaleur que ce nouveau Moodyman. Depuis quelques années, j’avais lâchement cessé de m’intéresser à ce monsieur, pour causes de sorties moins enthousiasmantes, moins cultes que ses premiers LP. Mais cette fois, autant aller droit au but : cet album sent le cul. Vraiment. Ca pue les frottements de peau, les cambrures ruisselantes. Et pour la première fois depuis quelques temps, cela ne semble même pas forcé. Moodymann semble en avoir rien à branler, il balance une galette je-m’en-foutiste qui n’a aucun sens dans le tracklisting, mais qui recèle de trésors absolus (Desire est un morceau immense, un chef d’œuvre). La vraie musique de strip clubs, c’est celle de Moodymann. Le moite, le sombre, à peine illuminé par cambrures et néons. Celle qui provoque érections et flaques de cyprine avant même que les corps se mettent en branle. Un vrai plaisir.





– Vince Staples – Hell Can Wait

Il y a eu le brulot Run The Jewels, toutes armes dehors, à rouler sur le monde en hurlant. Et à l’opposé, il y a eu également Vince Staples, plus posé, plus calme, mais tout aussi revendicateur. Il y a du Ferguson, il y a de l’émeute, il y a du braquage dans ce disque. Du pragmatisme, de l’analyse, un peu de folie, même si loin des débordements hystériques de sa bande de potes de chez Odd Future. C’est dur, âpre, loin d’être radio friendly, même si l’on trouve quelques tubes naissants, comme ce 65 Hunnid imparable. Cela pue le souffre et le béton, un bon petit story-telling sur tout le disque, réaliste mais pas chiant. Et des sirènes, des sirènes partout. Les sirènes de l’urgence, du siège et de la rédemption. L’enfer peut attendre ? Merde, 2015 vient de débuter, et on y est déjà mec.


River Bones – Pure

J’avais déjà parié une bonne partie de mes deniers en 2013 sur ce français, auteur d’un LP traumatisant, Mort, mélange entre violente trap slow-motion et ambiant religieux sectaire. C’était de l’inédit, même si les fondations étaient connues. 2014, le bonhomme délaisse la trap pour le footwork, mais sa mixture est toujours aussi violente, malade et sublime. C’est les chants angéliques, c’est l’odeur de la mort, c’est la noirceur absolue, c’est ultra violent et fragile dans le même mouvement. Il y a Unsex, un des morceaux de l’année, avec son break ambiant ahurissant. Il y a Serene, prière thug mélangeant gunshot et anges déchus. il y a autant d’ambiant que de black metal chez River Bones. Autant d’électronica que de footwork, autant de Burial que de world music, autant de dance pute que prières fanatiques choppées dans des âshram perdus en haut d’une montagne. Il y a le meilleur de tout ça, avec une bonne dose de mort, et c’est ce qui rend la musique du français si unique.


Machine Girl – WLFGRL

Ecouter ce WLFGRL, c’est se sentir comme un vieux, terré chez-lui, matant la photo de son amour de jeunesse, sans avoir les couilles de décrocher son téléphone pour reprendre contact. Parce que tu sais pertinemment que les coïts improvisés dans les chiottes d’un club où une âme perdue te crache son haleine chaude dans le creux de ton cou, c’est terminé. Que la prise de drogue/alcool sans craindre d’être explosé au boulot le lundi et de foirer des contrats, c’est terminé. Que de partir en bagnole avec des potes sans but, le coffre rempli de bière, sans avoir cette putain de peur latente de chopper un cancer, c’est terminé. Alors on se plonge dans ce Machine Girl avec une mélancolique larme à l’œil, à maugréer doucereusement sur le passé et sur une vie désormais trop tranquille. Amorphe, un peu triste mais le sourire au lèvre, en bougeant sagement la tête sur une musique qui, il y a 10 ans, nous faisait encore méchamment bander.





———————-



> Artist of the year 2014 : BONES





Cette année encore Bones a été partout, à balancer des albums tous les deux mois, tous plus réussis les uns que les autres. Si le rappeur peut pêcher par excès de créativité, et via une imagerie vintage un peu trop systématique, la pertinence de sa musique, et la qualité des livraisons ne failli (quasi) jamais. 5 albums, plusieurs EP dont un projet folk fantomatique ‘SurrenderDorothy’, l’américain aura impressionné avec un Deadboy LP ultra émo, un Garbage LP ultra violent et un Rotten LP dépressif. Sur 2014, seul Skinny aura été légèrement décevant, légèrement trop sombre et effacé. Mais si l’on devait faire un albm best of de l’année, Bones trônera en haut de tous les classements albums 2014. Il suffit d’écouter Return Of The Pimp pour s’en convaincre. Et surtout WeDontBelieveYou, un des morceaux les plus fous de cette année.





———————-



> La friandise de 2014 : French Montana x Harry Fraud – Mac & Cheese 4: The Appetizer





Entre deux mixtapes bien trap, French Montana a eu la bonne idée de balancer un apéritif concocté avec son pote de toujours Harry Fraud. Et l’on est loin du bourrinage gangsta habituel. Sur cet Ep de 7 titres, les prods sont magnifiques, aériennes et émo, et French est impérial. Entre sample cramé de Lana Del Rey (Poison, pop et parfait) et prods cloud matinées de voix pitchées (le morceau en deux temps How You Want It, la remise en forme de Playing In the Wind), on a même le droit à un petit chef d’œuvre, un des plus beaux morceaux de l’année avec l’intro Haaaaan: Rayons de soleil, orgues et émotion, la grande classe Nestor.





———————-



> Les meilleures idées de 2014 :


Noumzee – I Count Two Guns (Young Thug) // Mike Paradinas – Trancework




Pure Baking soda avait eu, l’année dernière, l’excellente idée de compiler les meilleurs morceaux d’un Gucci Mane qui avait sorti trop d’album pour que l’on puisse tout suivre. Mais Guwop en prison, un autre fou s’est revelé cette année, Young Thug. Et si les projets du bonhomme n’ont pas été si nombreux que ça (si l’on excepte des mixtapes sorties à l’arrache par BrickSquad et les deux indispensables Rich Gang), il a été de tous les featurings, dans tous les albums. Quoi de mieux que de de compiler et résumer cette année folle dans un mix d’une heure balayant les interventions les plus marquantes de ce génie dégénéré ? C’est sur l’Abcdr, et c’est gratuit ICI
L’autre craquage de l’année dernière, c’était le pauvre fou qui avait télescopé Boards Of Canada et Gucci Mane le temps d’une mixtape. En 2014, Paradinas prend son genre chéri, le footwork, pour remixer des tubes dance pute intemporels, histoire de redynamiser nos “la plus grande discothèque du monde” d’antan, mais en mode crise d’épilepsie. Ecouter du Olive, du Da Hool ou du Alice Deejay en mode Ghetto-chicago-hystérique, ça n’a pas de prix et c’est ICI.





———————-



> Top Tracks 2014


– Doseone feat The Light Of Love Children’s Choir – Weight In Song
– ARCHNGL × HAARPS – Lotus
– Darius – Vanyll
– At Her Open Door – Even Better
– Denzel Curry – Parents
– Lakutis – Jesus Piece
– Man vs Indian Man – Ice Accountant
– Girl Band – Lawman
– Moderat – A New Error (Enerys Piano Cover)

– Krampf x Gucci Mane – My Chain
– Daisuke Tanabe – Alice
– Vendredi – Chiara
– Hidenka x Fumitake Tamura (Bun) – Soul Fire
– Jody HighRoller (Riff Raff) – Let Me Drive
– Tame Impala – Stranger in Moscow
– Sky Ferreira & Ariel Pink – My Molly

– Seekae – Test & Recognise
– 123mrk – Versatile
– Vendredi – Chiara
– Sky Ferreira – You’re not the one (Cid Rim remix)
– Hecq – Steeltongued (Raoul Sinier remix)
– Powell – So We Went Electric
– Sick Team – Addiction
– Samaris – Viltu Vitras

– U ziq – Taxi Sadness
– Nil Hartmann – 30
– Last Night In Paris – New Benz
– Filastine – Sixty Cycle Drum
– Objekt – Ganzfeld
– Fwdslxsh – 4 U
– Surrenderdorothy – Whatcouldpossiblygowrong
– SZA – Julia

– Lofty305 x Torus – Echosexxx
– Andy Stott – Violence
– Rival Consoles – Helios
– Roots Panorama – Mars
– Zennor – Tin
– Sonny Digital – I’m The Man
– N.O.S ft Ademo – Je Vis Je Visser





———————-



> Top Videos 2014






> l’année 2014 des potos de DFHDGB (en attendant une sacrée fournée 2k15)






———————-




> Autocongratulation : La pochette bien d’un disque très bien :





Cette année, j’ai eu la chance de faire les photos pour la pochette du premier et tant attendu album de METEK. Cela aurait été malhonnête d’en faire une chronique and co, mais je ne pouvais pas ne pas en parler rapidement. Disque de rap de l’année pour certains, ovni chelou pour d’autres, on sera de toute façon tous d’accord sur un point : Riski est un disque de rap comme on entend peu (jamais?) en terme de sincérité, un disque personnel et fou, avec un METEK qui crache ses tripes à la tronche du monde. Un album qui représente parfaitement l’artiste, légende si l’en est. Pour les curieux, pour en savoir plus, l’excellent article de Snatch qui résume tout, et c’est mortel : http://snatch-mag.com/article/metek




———————-




> Le livre 2014, et ce fut une évidence :





Le Diable, Tout le Temps // Donald Ray Pollock

Je n’en parle pas vraiment, mais je dois lire autant que j’écoute de la musique, voir plus. Sauf que faire des chroniques de bouquins, je ne sais pas faire (et ce n’est pas faute d’avoir essayé). Malgré tout, faire un selector spécial bouquins, ça m’aurait bien tenté. Et en point d’orgue, il y aurait eu ce Le Diable, Tout Le Temps; livre hallucinant, désesperé, bourré de crasse. La crasse la plus horrible qui soit, celle des fous déments, des pédophiles, des religieux hystériques, des pervers, des ratés. Celles des petites villes enclavées, pleine de transpiration jaune, de mouches qui volent et de cadavres pas encore canés. C’est un autel satanique débordant d’animaux morts. C’est aussi, et surtout, de l’amour, beaucoup d’amour, mais rongé par la pourriture. C’est des situations parfois belles, candides, lumineuses, mais annihilées de la pire façon qui soit. C’est le livre le plus brutal et le plus sincère, et bizarrement avec le plus de tendresse que j’ai pu lire depuis un bail. Et en plus, c’est superbement écrit. La vie est médiocre, oui, et se termine toujours dans une flaque de pisse.




———————-




> Pour finir :

Ce fut une année mouvementée, et la cadence des articles en a pâtit légèrement. Pas de soucis, on se pose en 2015 (j’espère, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve du moins) et les projets + articles vont affluer (toutes proportions gardées)

Merci encore, bonne année, santé, argent, protégez vous les oreilles, pour ne pas devenir un sale drogué aux médicaments faire des sevrages de l’angoisse. On part vers 2015, et ça sera encore le bordel. Tout ça dans le plus grand chaos, c’est la neuvième année pour les Chroniques Automatiques qui commencent, bientôt les 10 !


Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient manger la galette des rois sur Twitter)



Brrrr brrrrr


Tags: , , ,

Sebastien Schuller – Heat Wave

Posted in Chroniques on December 22nd, 2014 by Dat'


La vie la nuit



Sebastien Schuller est surement l’un des mecs les plus discrets de la pop electro en France. Le bonhomme aurait pu avoir une carrière à la Emilie Simon (en terme d’exposition), surtout à la sortie de son premier album il y a maintenant plus de dix ans. Happiness reste un petit chef d’œuvre d’émotion, un disque comme l’on en croisait rarement à l’époque dans les bacs français, entre ritournelles tire larmes épiques (Tears Coming Home, sublime), fresques instrumentales à crever (Edward’s Hand, ou Wolf, qui me flingue encore l’échine même après dix ans d’écoutes intensives et quelques incursions très Radiohead (sur Donkey Boy, impossible de le nier). C’était l’un des disques les plus réussis de l’époque, et reste encore une référence absolue pour les amateurs d’electronica-pop. Puis plus rien, avant un deuxième album 5 ans après, qui bizarrement, commençait de façon très empruntée, avant de balancer une deuxième moitié de Lp phénoménale (The Border, Last Time, New York, Battle… !). Un disque en demi-teinte, mais qui ravissait quand même pas mal les esgourdes.

Et encore une fois, plus rien. A même en oublier l’existence du musicien, qui, paraît-il, s’était installer aux USA. Un ou deux morceaux perlent sur le net, mais on passe à coté faute de battage médiatique, et si Schuller était toujours présent dans les cœurs via ses précédents cd, on espérait même plus une nouvelle sortie. C’est dire l’étonnement d’entendre, 5 ans encore après son dernier LP, l’annonce de Heat Wave.







Et si la direction prise avec Heat Wave est légèrement différente de ce que l’on connaissait chez Schuller, le bonhomme n’a pas perdu la main pour nous sortir des morceaux instrumentaux lumineux, sublimes et fou. Silent est beaux, tout simplement. Mélodie de dingue, progression épique, ampleur à filer le vertige, on a à peine commencé l’album que l’on se prend dans la gueule une des plus belles tracks de 2014.

Mais Sebastien chante, et c’est là que l’on attend le monsieur au tournant. Habitué aux morceaux électroniques mais chauds, plein d’instruments et de rondeurs, Heat Wave étonne de prime abord. On sent que le bonhomme a été inspiré par les longs boulevards américains de Philadelphie, et s’il est bien trop facile de rattacher son nouveau disque à Drive, il est impossible de ne pas le citer, tout comme les Chromatics et autre pop vaporeuse de nuit. Boites à rythmes ralenties, synthés froids en slow motions, motifs qui se répète sous la lumièr blafarde des lampadaires, Night Life symbolise bien ce petit changement dans la musique du français. Toujours aussi émo, toujours aussi belle, avec ce chant qui flotte aux milieux des morceaux, hululant comme un fantôme. Mais aussi plus robotique, sans jamais être désincarnée (même si les premiers Cold War et Endless Summer ont du légèrement mal à faire vibrer les sensibles cordes).

La première claque, celle qui libère le disque, c’est Memory – Les Halles, qui commence sur un rythme bouffon, presque cliché, en mode groove de pacotille. Sauf que les claviers déboulent, le chant aussi, et l’on comprend le sens de tout ça, la beauté qui se superpose, et qui explose comme jamais lors des refrains. Putain, ces synthés qui s’envolent, c’est magnifique, la folie, sans parler du dernier tiers lunaire, où tout se déplie de façon ahurissante. Tu n’as pas envie de chialer à partir de 2min44 ? Cœur de salaud !

Et les mandales s’enchainent, avec un Black Light taré, qui aurait du se glisser dans la BO de NightCall, avec son refrain à frémir, et son coté new-wave ultra appuyé (et parfaitement exécuté). Encore une fois le morceau décolle dès sa moitié, et c’est à rendre dingo tout émo digne de ce nom. Et ces derniers perdront littéralement pied avec l’autre chef d’œuvre du disque, As We Sleep In a Japanese Garden, qui commence avec ses clochettes toutes guillerettes et sa voix trainante, renvoyant clairement à Happiness Lp. Tu sens poindre dès le début une mélodie tubesque, un truc qui va te casser la colonne vertébrale, mais le Schuller est un animal qui ne se laisse pas facilement attraper. Alors on navigue entre petites clochettes et voix cuttées, avant que le basculement s’opère, à partir de 3min. Et là mon bonhomme, c’est pas la petite cassure pépère. Non. C’est le moment de grâce, la musique touchée par les anges. C’est une mélodie qui explose et t’emporte avec elle. C’est des carillons qui chialent, des synthés qui démarrent en trombe. C’est même plus épique, c’est carrément une putain de charge héroïque. La conclusion la plus parfaite échouant dans tes oreilles, la cavalcade magnifique. Ramasse ton cerveau, il vient d’éclater, impossible de gérer un truc pareil.

Regrets renverra lui aussi aux tubes de la décennie précédente présents sur Happiness, mais avec ce groove funky en plus. C’est toujours autant en apesanteur, avec un Schuller insaisissable au micro, mais dieu, que c’est beau quand les refrains démarrent. Ca pourrait être un tube dantesque, une pop song à la Taylor Swift ravagée par les spectres, noyée sous 3 mètres de bétons, écrasée par une mélancolie magnifique. Imparable. En parlant de boites à rythmes et de ce coté « froid américain chromatics », on a le long Disillusion, qui rappellera un temps les instrues plus chaude croisée sur Evenfall. Ici, on tombe lentement dans un tourbillon de pianos et rythmes irréguliers, ça décontenance, mais ça passe crème.





La surprise est toujours meilleure quand on ne s’y attend pas une seconde. Un album de Schuller, on n’y pensait même pas. Il sort, en catimini total, avec une toute petite couverture médiatique, et l’on se demande si le mec, en 10ans, ne sentait pas un peu la poussière, ne sortant pas un disque complètement faisandé. Que nenni. Ce Heat Wave est sublime. Je dirais même qu’il est une des plus belles sorties de 2014. Un album bon de bout en bout, sans aucun raté (même si les pistes 2 & 3 draguent moins, elles restent plaisantes), mais surtout avec de sacrés moments sublimes. Sebastien Schuller avait l’habitude de nous flinguer la tronche, et a dans sa carrière un joli petit lot de morceaux mythiques. Mais là, il en rajoute une sacrée tripotée. Certaines tracks sont majestueuses, et il sera difficile de faire mieux qu’un Japanese Garden, un Les Halles, un Silent ou un Regrets l’année prochaine.

Le musicien revient en catimini et vient pourtant de rouler sur toute les sorties du genre cette année (désolé Seekae), et si certains lui reprocheront de s’accoquiner un peu trop à la new-wave, on répondra que le français ne s’inscrit pas du tout dans le mouvement post-drive :

Car au lieu de faire des larcins dans une ville morte à deux heures du mat’, Sebastien nous présente sa mégalopole d’une amorce de nuit, pleine de néons, jusqu’au début de matinée. Ce coté mélancolique et éthéré d’un lever de soleil, plein de brouillard, vers 5h30. Et dieu, que ce nouveau jour est beau.






Sebastien Schuller – Nightlife






Sebastien Schuller – As We Sleep In a Japanese Garden






10 morceaux – Self Released

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient mater les matinées sur Twitter)



Tags: , , , , , ,

River Bones – Pure

Posted in Chroniques on December 8th, 2014 by Dat'


Ne vous inquiétez pas, la jeunesse va bien.



River Bones, on l’avait croisé dans ses pages il y a plus d’un an, avec un album improbable, Mort, qui sortait de nul part, perdu dans la masse gazeuse de milliers de bandcamp, mais dont le traumatisme est encore présent. Mélange improbable de trap religieuse, de mélancolie à la Burial et d’ambiant sectaire, l’album était une folie pure, un monolithe magnifique, massif et dangereux. Il y avait des écueils, des erreurs de jeunesse oui. Mais le français impressionnait en aspirant toutes ses influences, pour recracher une mélasse indescriptible. Comment définir sa musique ? Un terme seulement : prière thug.

Mais plus grand-chose depuis pile un an, et son EP footwork énervé A Greater Love. Pas un seul son estampillé River Bones, à part un side-project d’ambiant flippant. Alors, quand le bonhomme déboule sans crier gare 365 jours après sa dernière galette, on ne peut que se balancer en levant les bras de bonheur. Même si l’on va morfler dur.







On va aller droit au but, le premier morceau de ce disque est un putain de chef d’œuvre, une des tracks de l’année. River Bones a fait un vrai saut en un an, et la richesse, la profondeur de ses productions filent le vertige. Sur Unsex, tout donne la frousse. L’intro, magnifique, avec cette mélodie à chialer. Ce coté seul, perdu dans l’espace, à dériver alors que parasites et bruits blancs emplissent les tympans. Puis, c’est la déflagration. Le Footwork, cher à River Bones depuis son dernier Ep, déboule ici en hurlant, et tabasse tout ce qui bouge. Gang dans le métro, agression sonore, transe épileptique, on est pourtant toujours en train de planer car les fantômes chantent encore clairement à l’horizon. Alors tu vois les étoiles te foncer dans la gueule pendant que les anges te bercent, et c’est putain de magnifique. Ces voix qui se mettent à chanter pile à 2min, c’est la folie pure. Mais le passage à tabac ne dur qu’un temps, et le silence se fait, avec un sample mortel qui te fait penser que tu vas basculer dans la caribbean music. Un couple de minutes dans le vide, ambiant mortuaire, passage sublime, un des plus beaux moments de cette salope d’année 2014. Sérieusement, c’est quoi ce break ahurissant, beatless, qui filerait les larmes aux yeux à n’importe quel cœur de pierre ? C’est la mort, toujours, mais sereine, presque espérée. L’euthanasie après de longs mois de lutte.
Et le lyonnais n’en a pas fini avec tes esgourdes, et repart dans la violence, avec un dernier tiers sonnant comme du Mount Kimbie vs Juke, via cette mélodie en pointillé, voix en rafales et hystérie des rythmes. La conclusion furibarde fracasse la colonne. Tout est aspiré dans ce morceau : du footwork, de l’ambiant, de la musique world/religieuse, du Burial, du 2step. Et pourtant, le mélange se tient à la perfection. Mieux, on décèle les influences, mais elles sont annihilées, concassées, pour recracher d’un mélange quasi inédit. Ahurissant morceau.

Serene optera pour un traumatisme plus éthéré, lente intro renvoyant à Mort, entre prières vaudous et hiphop enfumé, avec une profondeur et des détails dans le son qui étourdissent, avant de filer vers une prière imposante mais lumineuse. Rive Bones convie toutes les religions pour un morceau mystique, Prière Thug absolue, trap de cathédrale, chute dans le gouffre. Tu écoutes ça, tu as envie de te convertir direct. Quelle religion? Aucune idée, mais croire en dieu semble tout à coup vraiment cool.

United repart sur une techno footwork pure, morceau le plus enlevé de l’EP, avec rythme soutenu et prod cauchemardesque. Là encore, le vertige est de mise, avec ses hurlements semblant sortir de manga ou films de kung fu, mais transformés ici en hurlements inhumains, en démons sortant des enfers. Certains morceaux de World’s End Girlfriend passeraient pour du Disney à coté de ce bordel sans nom. Et après la baston règlementaire, quasi épileptique, le morceau va encore s’ouvrir, doucement, avec des samples de voix prenant le contrepied du purgatoire précédent, dance émo matinée de “Love You / Love you” pitchés, pour un final oscillant entre un Phon.O sous crack et du footwork cancéreux. Tornade folle, gâteau aux mille étages, c’est usant mais jouissif, comme le plus dangereux des rollercoaster.

Après une correction pareille, il faut poser l’ambiance, et Severe, du haut de ses 9 minutes, s’en chargera. Samples en pagaille, ville fantôme d’on ne sait où qui mute graduellement en monstre sacré (flippante intro néanmoins), le morceau passera par toutes les circonvolutions, fourmillant de samples/field recording/voix non identifiées, avec une mélodie simple qui rate parfois une note pour devenir légèrement nauséeuse. On devrait se sentir bien dans ce lieu pieu, et pourtant tout tangue, tout tourne, pour fleurter avec l’angoisse totale pile à la moitié. Bien heureux sont les meurtris, ils arriveront sur une conclusion lumineuse et pacifique. On ne se passera pas ça avant d’aller au boulot, mais bordel, quelle folie.

River Bones n’est pas terroriste, et finira son Ep par un titre presque pop, le plus ouvert de ses albums surement, avec Us, balade trap en slo-motion avec chant vocodé, renvoyant autant aux derniers Burial qu’au très vieux morceau d’Alif Tree, Both Sides, mais après avoir avalé une bouteille de sirop pour la toux cul sec. C’est beau, mélancolique, et encore sacrement religieux, même si le prédicateur se prend carrément pour Future.





Commençant à être vieux, je suis impressionné par la propension qu’ont certains jeunes à tout aspirer pour recracher d’une mixture inédite. A l’instar d’un Krampf, River Bones impressionne par ses productions, par cette capacité à créer une musique référencée mais pourtant venue d’ailleurs. On sent où le français veut en venir, et l’on sait d’où il vient. Mais en plus de gérer un bon  disque, le gars arrive à porter le genre au stade supérieur.

Car le footwork a besoin de mecs comme ça, d’aventuriers bordéliques sortant un genre musical de son carcan trop âpre. Ils sont trop peu. Il y a Kuedo, oui. Et River Bones maintenant. Nécessaire pour une écoute de salon, de nuit avec le cœur crevé, et pas seulement en dansant comme un fou dans un club. Il y a une richesse hallucinante dans ce Pure, qui efface tous les défauts et (rares) erreurs de jeunesse que l’on sentait poindre sur ses précédentes productions. Des morceaux magnifiques (Unsex et Severe en premier), un Ep sans un morceau raté, et surtout, une puissance émotionnelle folle pour les amoureux de musique mystique. Ce n’est même pas du fan-service, rassurant en te servant une musique belle mais déjà entendue. Nope. River Bones va piocher partout et te sort une recette incroyable : il y a autant d’ambiant que de black metal chez River Bones. Autant d’electronica que de footwork, autant de Burial que de world music, autant de dance pute que prières fanatiques choppées dans des âshram perdus en haut d’une montagne.

Je m’enflamme ? Peut être. Mais écoute Unsex avec le cœur brisé, et revient me dire que tu n’as pas été bousculé. River Bones est perdu dans la galaxie des milliers de bandcamp, oui. Mais il vient de balancer un EP indispensable, une des meilleures sorties de l’année, c’est assuré.











5 titres – Autoprod

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient prier sur Twitter)



Tags: , , , , , , ,

Clark – Clark

Posted in Chroniques on November 28th, 2014 by Dat'


Quand il y a de l’amour, les cicatrices sont aussi jolies que des fossettes



Comme beaucoup d’artistes chez Warp, Clark a symbolisé pendant une paire d’année un sacré coup de mou dans le roaster du label. Dieu chez les dieux, Chris Clark avait aligné une demi-douzaine de disques sans faute aucune, avant de balancer un Iradelphic frustrant et des EP Fantasm Planes & Iradelphic Sessions quasiment indigents. On sentait le bonhomme sur la dangereuse pente de la pop-isation champêtre, que peu arrivent à maîtriser avec succès, résultant sur un ennui rarement illuminé par quelques morceaux fous (le majestueux Com Touch). Certes Clark nous avait rassuré avec son Feast/Beast, collection monumentale de remix enragés, entre déflagrations noise et montées épiques comme il sait si bien le faire. Mais la plupart des morceaux étaient déjà connus, et le double disque ne donnait pas vraiment d’indices sur la direction qu’allait prendre l’anglais (et malgré la sortie un Ep bien frontal, Superscope, qui était plutôt sympa bien que salement anecdotique).

L’anglais allait t’il revenir une tulipe dans les cheveux et une gratte acoustique dans les mains, ou plutôt avec l’envie de déchaîner les enfers à nouveau, après sa pause arcadienne ? Ni l’un ni l’autre. Mais oubliez le soleil d’Iradelphic, et ne cherchez pas les directions multiples d’un Totems Flare. Car ce nouveau Clark est froid, très froid. Un putain de monolithe.








Il suffit d’écouter le premier single de ce Clark pour être rassuré. Mieux, pour se sentir pousser des ailes. Parce que Winter Linn est plus qu’un tube. C’est une charge épique, folle, violente, presque abusée. Une ode dance kitch défoncée par des hurlements de synthés quasi humains. Une force brute, qui tourne dans tous les sens, qui n’arrête pas d’imploser, attaque militaire contre une mélodie belle comme la mort. Car oui, chez Clark, ce qui est beau, c’est la mélodie. Qui explose, qui se fait démolir par des nappes monstrueuses. Anges tabassés, en sang, mais sortant toujours vainqueurs du conflit. C’est aussi le morceau au rythme souvent binaire, aplat Techno que l’on va retrouver tout le long de ce Clark LP. Difficile de décortiquer le morceau tant chaque seconde est majeure, tant le tout est fou. Growls Garden atone, le monde qui pleure, Armin Van Buuren se faisant sodomiser dans un trou noir.

Unfurla tabasse encore plus, avec une atmosphère plus enjouée, autre digression imparable d’un LP qui ne s’embarrasse pas et tape dans le dur. Sans hésiter, sans discontinuer, quitte à sonner dancefloor au possible. Naïf ce morceau ? Pas faux. Le pied techno sourd peut étonner, Clark ayant habitué à plus de fractures. Mais loin est l’ère de la banale techno. Tu sens les sirènes poindre, les barrissements à l’horizon ? Et c’est à partir d’une fracture brutale, pourtant mélodique, que les choses s’emballent et frôlent le passage à tabac. Clark fait des tubes ? Putain, on attendait que ça !

L’anglais confirme à qui veut la velléité techno de son disque, avec Strenght Through Fragility, traversé de bout en bout par un métronome régulier. Sauf qu’ici, point de déchirure, pas de cavalcade, d’explosion hors norme. Ici, c’est un piano tout simple, à chialer, qui se faufile entre grondements et battements de cœur. Morceau tout simple, perle noir dans un bordel sans non, fresque complètement anémiée. C’est pourtant l’une des plus belles tracks du disque, un petit chuchotement fragile balayé par une vague noise finale. On aurait voulu ça plus long, certes. Ça n’a pas la force brute d’un Night Knuckles non plus, évidemment. C’est pourtant magnifique, indispensable sur l’album.

Et plus on avance, plus l’on se dit que Clark épouse une forme assez similaire à Turning Dragon. Pas dans la sauvagerie, rassurez vos tympans. Mais dans cette façon de présenter un album au départ très direct, bien techno, assez “straightforward” (même si les surprises sont légions), pour dériver petit à petit vers quelque chose de plus complexe et expérimental : sur-violence avec Sodium Trimmers, aka soirée club avec des vampires, ou Banjo qui explose dans tous les sens, massacre tout ce qui bouge à coup de lasers incontrôlés et mélodie quasi-satanique. Du satanisme dans l’air, il y en aura avec Snowbird brisure du disque, basculement vers des territoires plus accidentés. Ici, on frôle l’ambiant, mais en mode ville vide peuplée de machines géantes renversant les buildings. On pense au remix de Kuedo par Clark et ses androids pachydermiques, sauf que le morceau est ici traversé par des voix d’anges psychotiques et une mélodie trop candide pour être honnête. Malaise et peur, un peu. Mi-morceau magnifique avec cette nappe folle qui déboule et emporte le tout dans une steppe glacée à perte de vue, le morceau passe de la comptine flippante, du manège détraqué aux divagation d’un homme perdu en haute montagne, calme face à la mort.





Mais Clark n’a rien d’un dépressif louche, et sait sortir des feux d’artifices dès qu’il le faut. Pour cajoler nos cœurs. Nous foutre des papillons dans le ventre. Mais des putains de papillons mortels. The Grit In the Pearl est l’autre grand morceau du disque, et nous fait dire, après des années à ruminer Iradelphic que le Clark dont nous étions amoureux est revenu. Mélodie de folie, sublime, à chialer sa mère. Synthés lunaires, truc qui se chante sous la douche en hurlant. Rythme en retrait, que tu devines ravageurs sous peu. Déjà, c’est beau. Mais quand tout s’emballe, que tout hurle, que tout cogne, que tout s’envole c’est parfait. Car à 1min40, c’est ton palpitant qui se fait la malle. Bouge toi, c’est ta colonne qu’on assassine !! Tour de force,  va danser avec les morts, et pense à eux en tournant sur toi même. Donnez moi des nuits blanches, que je puisse sauter ad vitam eternam sur ce truc. Alors comme d’hab avec Clark, tout se casse, tout se nécrose, tout meurt, s’étouffe et s’arrache. Un peu trop tôt, clairement. C’est mauvais pour le cerveau, oui, mais c’est jouissif.

Beacon, Clark 100% pur jus avec arpèges de synthés en mode tsunami, qui engloutissent tout de façon graduelle avant de violer le spectre sonore, puis de partir en vrille cristalline en fin de course (la bonus track japonaise Treat semble presque en servir une version épurée, ralentie et lumineuse, bien que pas indispensable).

Bon, faudrait peut être un ou deux morceaux nul ? Non mec, il y a Silvered Iris qui se ramène, dance musique cancéreuse, monstruosité sortie d’un Totems Flare, mais avec un moignon en prime. Bruits de pas dans la neige, mélodie nauséeuse, rythme métrique au départ, puis rapidement flingué, on ne se sent pas à l’aise. Pas à l’aise à cause de la mélodie, à cause des accélérations soudaine, à cause des sons employés. Puis, pile au milieu, c’est le traumatisme, la gerbe après la bière de trop, avec la pièce qui tourne, la vue qui se déforme, le cerveau qui n’en peut plus de la vie. Hiphop déconnant et malade, techno qui s’emballe et se prend les pieds dans le tapis avant de vomir ses tripes. Ce morceau, c’est le Zui Quan, la boxe de l’homme ivre. Tu ne comprends rien, ça tourne dans tous les sens, tu te fous presque un peu de sa gueule. Sauf qu’à la fin, tu n’as pas vu la mandale venir, et tu gis la tête en sang dans le caniveau.

Bon, et vu que tu viens de prendre une dérouillée, tu préfères rendre les armes. Manque de pot, une dernière correction déboule, et pour le coup, avec There Is A distance In You, ce n’est pas la petite baston de maternelle. C’est le Viêtnam mon bonhomme. C’est la pluie de feu sur tes oreilles. L’Armageddon. En plus, tu le vois venir de loin, ce morceau. 7minutes, fin d’album, tu sens le bordel qui s’annonce. Et Clark ne s’embarrasse même pas 1 seconde, il te lance dès l’entame, après un écho de cathédrale, la meilleure mélodie de l’album. Dès la 25eme seconde, tu te dis “ah ouai, il va être sérieux sur ce morceau”. Les claviers sont fous, c’est le truc que tu chantes en pleurant, c’est la mélodie que tu cherches depuis ta naissance, coincé dans ta consigne automatique. 1min30, bassline qui déboule, tonnerre qui gronde “ah ok, vraiment vraiment sérieux…”. Digressions enfantines, on attend un peu, avant de finalement lâcher “bordel, il est sérieux là ???” à 2min30, quand le beat pilonne, quand les nappes hurlent, quand tout fonce vers les astres. C’est la déraison, l’angoisse, la beauté folle. Et c’est quand ton corps a trop dansé que Clark, encore une fois, invoque la nécrose, l’hiver noir, le désastre. Nappes qui hurlent, grondent et barrissent. Armée d’éléphants zombies soufflants dans leurs trompes, paquebot géant qui démolit les ports. Oh, la mélodie subsiste dans ce marasme, et c’est ça le plus beau. Toi, tu te retrouves bouche bée, sur le cul après une chevauchée pareille, avec les oreilles qui sifflent et le cœur qui bat la chamade. Et ce n’est pas dans Everlane que tu trouveras la rédemption. Juste un peu de réconfort peut être, avec ce bien bel écrin ambiant et des anges enfin pacifiques, perdus dans le brouillard.





Tu me vois venir, de très loin. Moi, fan boy de Clark, annoncer tout de go que cet album est dingue, qu’il défonce tout, qu’il est la sortie majeure de Warp cette année. Et tu auras raison, je pense cela mot pour mot. Mais en plus, Clark se paie le loisir, peut être pour la première fois, de sortir un LP réussi de bout en bout. Pas un raté, pas une merde, pas un morceau fainéant. Même les pièces ambiants sont belles comme tout, loin d’être redondantes. Certes, il n’y avait pas de merde dans un Turning Dragon, un Totems Flare, un Body Riddle. Mais il y avait quelques écueils, des morceaux moins engageants, des pistes qui s’écoutaient sans réel plaisir. Sur ce Clark LP, tout est bon. Tout s’enchaine. Et la cohérence est là. Maximum.

L’album est glacé, l’album est techno, l’album est parcouru par la dépression. Il y a de la neige sur tous les morceaux. Ça dégouline de solitude, ça pue le sexe mort. C’est une longue cavalcade qui ne s’arrête jamais, et qui empile les morceaux cultes (Winter Linn, Strenght Through Fragility, The Grit in the Pearl, There’s a distance in you font parti des meilleures compositions de Clark, sans hésitation aucune). Certes, l’anglais nous ressort encore et toujours son gimmick de “tuer” les morceaux dans leurs deux tiers, de dynamiter à coup de nécroses une track pourtant folle. Et si l’on aurait aimer entendre une The Grit in the Pearl s’étirer plus longuement (un edit club à venir ?) comment résister à la coulée de lave magnifique détruisant Distance In You ?

Clark est fort, Clark réassure sa suprématie, Clark a, avec un album surprise, encore tout gagné cette année.





Clark – Winter Linn






Clark – The Grit In the Pearl






14 titres – Warp / Beat

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient danser sur Clark via Twitter)



Tags: , , , , , , ,

Dorian Concept – Joined Ends

Posted in Chroniques on November 7th, 2014 by Dat'


Her Pears Taste Like Ears



On a tous croisé dans notre vie un gars sympa, un type gentil. Celui qui est au fond de la classe, mais qui ne fout pas le bordel. Il est discret, un peu rêveur, pas assez charismatique pour être le jeune loup ni assez brillant pour être le binoclard du premier rang. Il passe presque inaperçu durant l’année, évitant questions pièges et mises en avant. Au boulot, c’est le mec planqué derrière son ordinateur, à ne jamais faire de vague, un peu suiveur, mais toujours là pour rendre service ou faire une heure supplémentaire histoire de te dépanner. Tu ne ferras pas ta vie avec, tu ne l’inviteras que peu lors de tes soirées délurées, et pourtant, à chaque fois que tu le côtoies, tu passes un moment vraiment agréable, à rêvasser en regardant le ciel, avec des silences dans la discussion, pourtant jamais gênant. Un mec normal.

Dorian Concept, c’est un peu ce type-là, qui avait sorti une galette en 2009, gentille digression bass music qui sortait en pleine bourre “nu-abstract”  avec les Nosaj Thing, Depth Affect ou Flying Lotus, qui se sont depuis réfugiés dans d’autres genres. When Planets Explode  était un bon disque, qui n’avait rien de spécial, qui pouvait presque être qualifié de suiveur, mais qui déroulait une recette sacrement réussie et maîtrisée, avec un axe fort sur les mélodies (ce qui est toujours une bonne chose). Le musicien a depuis opéré une quasi-disparition à part quelques éparses EP, pour revenir sans prévenir avec un album qui semble à mille lieux de son prédécesseur, en mode brochette de douceurs.







Dorian Concept ne va quasiment plus s’embarrasser avec ce fameux nu-abstract qui sonne désormais plutôt poussiéreux. L’album sera blanc, lumineux, optimiste. L’introduction The Sky Opposite, drôlement belle, suffirait pour résumer la direction prise par ce nouveau LP : Un croisement entre Kettel, Baths et un Run Into Flowers de M83, de la mélodie qui s’emballe et des synthés guillerets, une approche quasiment pop d’une tirade electronica à sourires. C’est léger, beau comme tout, ça rappelle autant Gooom Records que les teen movies américains passés en slow motion.

Et toute la première partie de disque ne se déparaitra jamais de cette légèreté ô combien nécessaire pour nos palpitants trop souvent enchainés. Ann River, Mn est un pur diamant de pop bricolée, d’electronica dansante, avec petites voix cachées et mélodie entrainante. Manège cassé et nostalgique, plein de couleurs chaudes et de chants guillerets, on frôle le petit tube de chambre, le morceau que l’on va écouter le matin pour se remettre sur pied, à chercher l’espoir perdu dans un quotidien morne et décérébré. Comme si Mûm se décidait de jouer sur la répétition plus que la chanson, ce deuxième morceau commencera une fresque heureuse, entre longs morceaux insouciants (Mint), cavalcades ouatées (Nest Nest) et abstract heureux à la Bibio (l’euphorique et imparable Clap Trap 4, qui rappelle Ambivalence Avenue, mais de façon plus rieuse).

Sur la première moitié du disque, seul Draft Culture donne des coups de latte et sort du carcan “electro joviale”, malgré une introduction toute champêtre. Le morceau mute rapidement en bombinette dancefloor un peu sale, à coup de bassline bien grondante et mélodie de milieu de nuit. Oui, la mélodie papillons-dans-le-ventre sera bien de la partie, et les oiseaux tournent toujours autour des têtes, mais ici, l’objectif est plus de fracasser des nuques plutôt que de courir dans les hautes herbes. Morceau de folie en constante mutation, un des highlights du disque, sandwich club abritant un cœur de guimauve dégoulinant et sucré.




Mais alors, est-ce que Dorian Concept a abandonné toute velléité abstract / bass music ? Pas tant que ça. Ça balance du son bien massif, des instrues qui claquent, mais cette fois, on est dans le bigger than life, dans la mélodie rouleau-compresseur, dans l’émotion quasi trop présente. Mais quand c’est bien fait, pas besoin de bouder son plaisir. The Few est aussi dans l’imparable, dans le tube, dans l’entêtant, là encore proche des exercices de Bibio. Wrong Rythm Studies, bonus track japonaise bizarrement placée en milieu d’album, ressort les anciens exercices de Dorian, avec une bass music plus agressive et saccadée, bien plus portée sur le beat que la mélopée à chanter sous la douche, et fait du bien entre deux fresques sucrées. Trophies, qui commence comme un Clark cassé, fait aussi plaisir dans sa progression, plus calme mais tout aussi syncopée. Les apparats sont plus électroniques, moins pop, plus directs. Longue montée d’arpèges qui s’enroulent à n’en plus finir, c’est beau, et c’est dans cet exercice que Joined Ends excelle.

Et après le morceau uptempo de la première moitié du disque, Dorian Concept nous réserve une autre petite surprise avec 11.04.2012, morceau house fantomatique superbe, mélodie attrape cœur bouffée par le brouillard, soirée en club passée avec l’oreille collé au mur de béton, à tenter d’écouter ce qui se passe dans la salle voisine. Synthé qui pleure et track qui ne démarrera jamais, laissant les fantômes chialer leur peine en buvant des shots, aveuglés par de tristes stroboscopes. Peine de vit et vies cassées, on ne savait pas Dorian Concept capable de voler les cœurs avec de la house simplissime, mais belle comme jamais.

Le disque finira sur une tirade ambiant mélodique portant bien son nom, Tried (Now Tired), reprenant les gimmicks ensoleillés de l’album, mais sur un mode plus las et lent, légèrement à bout de souffle, même si épique (avec un petit clin d’œil à Secret Of Mana peut-être ?)




Oh, clairement, cet album (au bien joli titre) n’invente rien. On est dans l’accessible, dans le gimmick mélodique qui marche à tous les coups, dans la progression sucrée frôlant le fan-service. Joined Ends est facile, assimilable dès la première écoute, presque sans réelle surprise. Et pourtant, que l’écoute est belle. Le plaisir est simple, direct, dans fioriture. Comme depuis des années, Ninja Tune n’est plus dans l’innovation, mais sort encore un disque sympa, lumineux, réussi de bout en bout. On n’est pas là pour marquer l’histoire, loin de là. Mais nous coller quelques papillons dans le ventre c’est certain, et c’est déjà ça.














13 titres – Ninja Tune / Beat Records

Dat’

FACEBOOK

TWITTER


Tags: , , , ,

CUM ON MY SELECTOR 18 : Rival Consoles, Lofty305, Andy Stott, Sonny Digital, LFO, Pachanga Boys, Roots Panorama, Zennor, NOS & Ademo

Posted in Chroniques on October 17th, 2014 by Dat'


J’ai regardé le passé en me disant



Lofty305 x Torus – Echosexxx

Il y a parfois des évidences. Un objet total, un concept qui brille dans toutes ses grandes largeurs. La track, parfaite, spleen absolu chuinté par Lofty305 sur une prod folle de Torus. On ne comprend pas trop ce que murmure le rappeur de Miami, qui se fait encore plus abstrait qu’avec Ryan Hemsworth. Mais on assiste bien à une noyade dans des nappes au moins aussi belles que les plus belle nappes de Clams Casino. Vent, bruit blanc et mélancolie exacerbée, c’est validé instantanement. Et puis il y la vidéo, réalisée par Mr Clement Oberto, qui avait déjà fracturé des rétines avec son film pour Plaid. Le clip, avec des néons, des filles belles, des néons, des belles filles, des néons. Des filles invulnérables, avec leurs blazes parfaitement mis en évidence, histoire de présenter les combattantes façon Killer 7 ouaté. MAIS EN PLUS IL Y A MON CHAT DANS CETTE VIDEO. PAS LE CHAT ETRANGE DU DEBUT MAIS LE SUPER CHAT GRIS VERS LA FIN QUI EST MAGNIFIQUE. Des néons, des divinités et le plus beau chat du monde : nickel.






Andy Stott – Violence

J’ai un rapport ambivalent avec Andy Stott : traumatisé par son Passed Me By. Franchement convaincu par son We Say Together. Clairement déçu par son Luxury Problems. Fortement hypnotisé par son split Drop The Vowels. Difficile de savoir à quoi s’attendre avec le bonhomme, et c’est clairement son coté “club englué puis dilué sous 3 mètres de béton” qui m’intéresse le plus. Et pourtant, avec Violence, qui se démarque de ce modèle, je me suis pris une vraie claque. Un morceau de fou, tour de force pachydermique, slow empoisonné puant la dépression. On appréciera évidemment la dimension du morceau, qui semble s’ébattre en 3D dans nos oreilles, avec des respirations hallucinantes. On sera marqué par le passage à tabac du milieu de track, indescriptible. Mais la vraie mandale du titre, c’est ce gimmick mélodique, cette zébrure cristalline qui interviendra tout le long du morceau, cette échappée fragile et brève qui flingue le palpitant, cette mini seconde répétée ad nauseam, pouvant se targuer d’être la plus belle seconde de musique entendue en 2014.






Rival Consoles – Helios

Oh, un revenant ! Revoilà Rival Consoles, qui m’a marqué pour l’éternité avec son album IO, façon Aphex Twin de club, mélancolique de dancefloor, grand écart parfait entre Analords et Tepr (ça existe). Un LP immanquable pour les amateurs de mélodies belles à crever écharpées par des beats de bucherons. Le mec était revenu en 2011, mais la déception fut grande, son 2eme album était malheureusement bien plus terne. Alors on oublie, puis on retombe au hasard sur un de ses anciens sons, nous poussant à voir ce que Rival Consoles devient aujourd’hui : joie, il sort un nouvel Ep. Et l’anglais ne semble finalement pas avoir perdu de sa superbe, avec un sacré morceau single, Helios, marche techno rêveuse partant graduellement dans une montée épique, à base de cascade de synthés et tourbillons de mélodies. Ca n’invente pas la poudre, mais inutile de bouder son plaisir, qu’importe le flacon pourvu que l’ivresse te fasse voler au milieu d’une pluie d’étoiles, les bras bien écartées au milieu du club. Bonheur.






Pachanga Boys – Time

Ok ok, ce n’est pas nouveau, mais je ne connaissais pas. Et vu les chiffres sur youtube, je devais être coincé dans un sous-marin. Les morceaux techno-hédonistes, d’habitude, c’est loin d’être mon truc. D’autant plus quand le tout est en mode hippies qui se dandinent en se matant dans le reflet de l’objectif. Mais putain que ce Time est beau. C’est 15 minutes de bonheur, de beauté pure, d’abandon. C’est la solitude, les sentiments et la déraison. C’est des claviers de folie, émo en diable, avec voix d’anges en filigrane. C’est une mélodie à crever, c’est une progression tout en douceur, à pas de chats, matinée de drogue et d’amour fou. A 6min25, tu sais que ce morceau est un des morceaux de ta vie. Ce Time, ce n’est pas faire la fête comme des cons, oh non. C’est danser avec ton âme sœur, le visage bien calé sur son épaule, à sentir l’odeur de ses cheveux. Une odeur que tu reconnaitrais entre mille, qui te fait sauter le cœur à chaque fois. Mon père m’a dit un jour “si tu n’apprécies plus l’odeur de ta femme, si tu es incommodé, c’est que tu ne l’aime plus”. Alors toi, tu te perds dans le creux de son cou en espérant que ce moment n’arrive jamais. Tu abandonnes, et tu danses le cerveau embué, brouillé par la peur de ce qu’il se passera juste après. Enlacés, pas de futur, pas de projet, surtout pas… Juste deux âmes tristes dans une brève bulle de joie, alors que la rave crève le ciel à 200 mètres de là.






Roots Panorama – Mars

Pas besoin de se creuser la tête pour trouver de beaux morceaux. Pas de révolution pour Mars, juste un morceau de techno parfait, entre divagations émo à la Rone et optimisme à la Plaid. Plaisir tout simple de milieu de nuit, pour une track que l’on aimerait légèrement plus longue, histoire de perdre toute notion de temps. Ces Roots Panorama sont pour moi complètements inconnus, et semblent n’avoir sorti que 2 Ep en 4 ans, ce qui est bien frustre. Mais google n’a pas inventé les alertes pour rien, on va pouvoir suivre chaque future sortie de ces bonhommes à la trace.






Zennor – Tin

Avec une oreille distraite, on pense avoir une track house normale dans les esgourdes, avant de se rendre compte de la mutation constante de cette dernière. Tin, c’est des synthés qui apparaissent sans crier gare, des oscillations hypnotiques, des rythmes s’apparentant plus à des pulsations cardiaques qu’à un pied techno. C’est un tube fractionné, une mandale club en mille morceaux, un morceau d’impasse crade. Les synthés qui interviennent come la marée, en flux et reflux, engloutissant la structure squelettique du tout. C’est futuriste et pourtant étrangement organique, et c’est, malgré sa courte durée, le highlight de l’Ep fraichement sorti de Zennor. Hâte d’entendre la suite des hostilités.






Sonny Digital – I’m The Man

Tu te lèves de ton canapé, l’haleine empestant la bière ou la clope, selon tes vices. La pièce tourne autour de toi, tu es encore défoncé de la veille. Dans la tête des flashs, de l’excès, tu t’es bien amusé. Pourtant la demoiselle de ta vie vient de disparaître. Alors tu rumines, tu te sens triste, même si tu as une vie de fou. C’est un peu ce que dit Drake continuellement dans ses morceaux, sur des super prods bien émo. Et c’est bien souvent très très bien. Sauf que là, il y a Sonny Digital, qui déboule sans prévenir, et qui lâche un morceau qui enterre presque tout ce que peut faire le canadien. Prod incroyable, super mélancolique, longue, expérimentale et super smooth dans le même mouvement (ce solo de gratte imparable), avec un refrain à tomber. Ca va faire papillonner bien des colonnes vertébrales. Ce I’m The Man, c’est autant le tube de l’année que la complainte suicidaire d’un alcoolo au cœur brisé. Le grand écart parfait.






N.O.S ft Ademo – Je Vis Je Visser

Des mecs qui crachent leur neurasthénie sur des instrues lancinantes, on connaît bien le système. Sauf que le prodo de N.O.S & Ademo te sort l’une des meilleures prods entendue cette année dans le rap français. Claviers lunaires, beatless dans ses grandes lignes, avec quelques rythmes spartiates, histoire de retourner le couteau dans la plaie, et de magnifier l’effet du bordel. La description du spleen est clinique, sincère, réaliste. Un jour sans fin, l’ennui est cyclique, un putain de tour de force par des mecs que je ne connaissais pas. On se demande presque comment un morceau aussi abouti peut sortir dans l’indifférence générale, alors qu’il roule sur la majorité de ce que l’on peut entendre dans les bagnoles en ce moment. Equilibre tenu et ténu entre rap 100% fr et élucubrations américaines embrumées, tu le chantes sous ta douche et tu l’écoutes en rentrant chez toi, en pleine nuit, le casque vissé sur les oreilles. Le crew PNL semble préparer quelque chose pour la fin de l’année (ça commence avec Gala Gala), et dieu, si c’est de ce niveau, ça risque de talocher bien des mâchoires. Continuez de vomir votre solitude après deux bouteilles les mecs, ce morceau tabasse.






LFO – Butterslut

Les RIP et compagnie, ce n’est pas vraiment mon truc. Mais quand un mec que l’on a écouté pendant la plus grande partie de sa vie disparaît, cela fait forcément un pincement au cœur. On ne va pas refaire l’histoire de LFO, de son importance folle pour beaucoup de gens ou du clip de Freak, dément. Voir de son taff hallucinant sur Homogenic, évidemment. Juste envie de claquer un morceau dans le Selector, qui m’est revenu directement en mémoire en apprenant la nouvelle. Butterslut, rouleau compresseur en souvenir d’adolescence, morceau d’une violence folle, Face B méconnue de Mark Bell, qui donne un petit coup du vieux certes, mais qui n’est pourtant pas démodée, et qui sonne toujours d’actualité, surement à jamais. Au final, la seule vraie malédiction de vieillir, c’est bien de voir petit à petit les gens disparaître, et cela de plus en plus régulièrement.






Dat’

FACEBOOK

TWITTER (SELECTOOOOR via twitter)



Tags: , , , , , , , , , ,

Aphex Twin – Syro

Posted in Chroniques on September 29th, 2014 by Dat'


La grande bouffe



Nous y voilà. 8 ans après un des albums de ma vie, et 6 ans après deux EP énigmatiques, Aphex Twin revient aux affaires. Sincèrement, ce retour me semblait encore plus ubuesque que le nouvel album de Portishead à l’époque (mais moins que celui de Faith No More). Aphex Twin, c’est évidemment le traumatisme musical de mon adolescence, en apothéose à la sortie du RDJ LP puis de Drukqs, objet mystique que j’ai mis des années à décrypter, à retourner dans tous les sens, à écouter encore aujourd’hui. Aphex Twin, c’est évidemment la tête de gondole de l’electronica, le messie de l’Idm, la caution bon gout. On a érigé en standard ses albums sur Warp, ses clips mythiques, ses interviews cultes. Depuis son retour annoncé, à base d’une promo habile (et légitime, pourquoi railler un label et un musicien, de talent, qui tentent de mettre tous les chances de leur coté pour gagner du fric et se remplir les poches ? Si faire de l’IDM interdit à ses acteurs de se payer des putes et nager dans une pluie d’oseille, quel est l’intérêt d’en faire…), on parle de Drukqs, on parle de Syro, on parle de renaissance, on parle de mythe.

Mais on ne parle pas des Analords. Et c’est quelques temps après écoute à l’époque, que je me suis rendu compte d’une chose : son Chosen Lords est surement mon disque préféré du type. Celui que j’ai le plus écouté aussi. Plus jeune, avant ce disque, c’était le chaos, le duel mélodico-drill’n’bass qui me flinguait l’échine. L’impression de me retrouver devant des cathédrales magnifiques, que je ne comprenais pas forcément, l’émotion dans le conflit. Puis Chosen Lords est arrivé, avec ses morceaux dépouillés, et surtout ses mélodies hallucinantes. Plus de besoin d’excavations torturées, on était dans l’émotion pure, brute, presque régressive, avec des morceaux simples, parfois club (Pwsteal. Ldpinch.D, mon morceau préféré d’Aphex Twin, bizarrement, combinant à la perfection l’envie de pleurer et l’envie de danser), avec une triplette finale de morceaux surclassant tout ce que j’avais pu entendre du musicien jusqu’à lors. J’avais enfin compris, après dix ans d’écoutes intensives, que ce qui me plaisait chez Aphex Twin, ce n’était pas la complexité de sa musique, mais bien la simplicité cristalline de ses mélodies. Même dans un maelstrom comme Mt Saint Michel Mix…, ce n’était au final pas l’hystérie qui était fascinante, mais bien cette mélopée qui pouvait se chanter sous la douche, tube pop candido-dépressif plus beau que tout.

Il y avait les mêmes bases chez The Tuss, mais pas la même magie,  malgré des tracks cultes. Alors quand Syro fut révélé, que les premiers échos parlaient d’un disque assez proche d’Analords, avec des morceaux “simples”, Aphex parlant lui même d’un disque straightforward avec des compositions loin de ses déflagrations expérimentales, je me suis frotter les mains jusqu’à en faire saigner les paumes.








Sur Syro, j’avais envie d’entendre de la chanson qui me fait chialer. Des tranchées rythmiques flamboyantes, du Vordhosbn, du Peek 824545201 ou du Mt Saint Michel 2.0 (mes autres track vénérées d’Aphex), de la mélancolie, une mini dose de putasserie, des explosions bruitistes, des claviers sortant de nul part. Un disque vivant. Car les disques d’Aphex sont des disques vivants. Et c’était bien parti pour me draguer les poils de cul. Car les morceaux que l’on connaissait depuis des années, semblaient, malgré les enregistrements dégueulasses, bien remplir leur office. Les Metz Track et Manchester Track semblaient réunir tout ce que j’aime chez Aphex.

XMAS_EVET10 (Thanaton3 Mix), anciennement Metz, est magnifique. Mélodie à mourir, lente progression, et une richesse à filer le vertige. Un mille feuille sonore improbable, des détails par centaines, des motifs perlant avec une grâce folle (le combo voix + claviers à 2min45, que l’on ne retrouvera plus, est un des plus beaux moments du disque). Un morceau qui se déplie pendant dix minutes, sans jamais répéter les mêmes motifs, tout en gardant une cohérence extrême, coulée de lave avançant engloutissant tout sur son passage. Un diamant, malgré une conclusion superflue.

Même constant pour Minipops 67 (Source Field Mix), ex-Manchester, condensant tout ce que l’on connaît chez Aphex. Ce rythme et ces voix nauséeuses de Windowlicker, les claviers pute de Fenix Funk, les mélodies éthérées à la On, le coté goguenard de beaucoup de ses prods. C’est beau, efficace, dansant, là encore riche à en crever. Le morceau est limpide, facile à écouter, et pourtant, aucun pattern, aucun motif ne se répète, ne sera entendu deux fois. Une mutation sans régression, un paysage qui se déplie, sans espoir de retour.

Ce parti pris de Syro, de ne jamais nous faire revivre les mêmes motifs, rejetant toute notion de chorus, refrain, structure, construction par séquences, est assez impressionnant. C’est même ce qui rend les morceaux les plus directs de Syro comme les plus réussis. Les deux premiers cités donc, mais aussi PAPAT4, plus belle pièce de l’album, et pouvant se classer aisément dans les plus belles tirades crachées par l’anglais. L’ex Singapore Track est exactement ce que je voulais entendre sur ce nouveau disque. Une putain de mélodie, belle comme la mort, pleurée par un synthé d’une beauté et d’une teinte incroyable. Le rythme est étonnement oldschool, simple drum’n’bass loin des attentats d’antan, et accompagne simplement une litanie candide et belle comme tout. Là encore, le morceau, pourtant simple, mute constamment, ne se répète jamais vraiment, car même si le synthé principal reviendra, cela ne sera jamais dans la même configuration que dans la minute précédente. Un tube, un diamant émo, un bordel rétro, un morceau qui te renverse la tête en arrière en te tirant par les cheveux, t’oblige à ouvrir la bouche, pour y déverser des bocaux de lépidoptères par centaines. Avale, mâche, digère : ça y est, tu as des putains de papillons dans le ventre.

Même combat pour 4 bit 9d api+e+6, morceau tout en retenue, à rapprocher des Analords, avec un rythme bien funky, et une mélodie encore une fois complètement dingo. A 2min20, tu auras le passage le plus funky de l’année, ça tabasse, c’est tout beau et ça te donne envie de te déhancher dans une boite de province. C’est peut être le seul gimmick qui reviendra deux fois dans l’exact même forme, dans tout Syro. Et c’est très bien, vu que c’est peut être les meilleurs 30 secondes de l’album. Entre les deux, passage ambiant émotion bien Warpien.

Dans cette histoire de titres directs, il y a même 180db_, ânerie Aphexienne qui ne semble avoir aucun sens. Sorte de rejeton façon Mr Oizo flingué au rohypnol, (on attend presque des « bruce Willis is Dead » au milieu du morceau…), le titre fait tourner ad nauseam un gimmick club crétin, qui pourrait nous donner envie de sortir MDMA et glowsticks, si le tout n’était pas parasité par des sirènes malades, des claviers déréglés et un vrai malaise général. En écoutant ce morceau, tu as un peu l’impression de voir une pub i-phone à la mi-temps d’un match de foot. Sauf que la nana qui tient le téléphone à 800 euros a des moignons, doublé d’un cancer avec tumeurs apparentes. Banger en phase terminale, tube de stade sous chimio, c’est chelou en diable, mais pas désagréable.





Malgré tout, Syro est malade, et un problème le gangrène. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de certains des morceaux (l’évolution constante) qui en tue d’autres. Si les traits de génie sont bien là, si la folie est là aussi, Aphex Twin semble vouloir trop en faire, accouchant de morceaux ultra frustrants. Ce phénomène est parfaitement cristallisé par la bonus track japonaise, MARCHROMT30A edit 2b 96. La mélodie est sublime, parfaite, Aphex Twin t’es au top, je me masturbe sur tes synthés parfaits, et j’éjacule sans discontinuer. Le chant au vocodeur tabasse, ça frôle la chanson de l’année, single imparable. Mais POURQUOI ne pas tranquillement développer son morceau autour de la mélodie, façon Analords ? Pourquoi choisir de tout casser, de balancer des sonorités toutes moches, des gimmicks quasi-aléatoires qui, loin de mettre en valeur le squelette de base, l’enlaidit au maximum ? Je ne peste pas contre le chaos, car c’est bien les velléités guerrières d’Aphex Twin qui sublimait les mélodies (Vordhosbn ou Mt Saint Michel pour les citer à nouveau). Mais ici, la violence est dans la souillure, le parasitage d’une mélopée folle. Que l’on retrouvera abimée, désossée, dénaturée par des effets de style ultra superflus. On pensait partir sur l’un des tous meilleurs morceaux de l’anglais, et l’on se retrouve devant une ébauche de chef d’œuvre massacrée à coup de couteaux.

Pourquoi balancer un CIRCLONT14 (Shrymoming Mix), et le lézarder de bruits tous moches, sans jamais le bordel respirer (et dieu sait si le morceau méritait de ne pas mourir étouffé) ? La même pour Syro u473t8+e (Piezoluminescence Mix), qui recèle de tellement de belles choses, qui, en plus de se faire défoncer par tous les orifices, ne reviendront jamais nous faire un signe de main après leur premier passage. Même pas une deuxième fois, laisse tomber, la beauté est passée à toute vitesse, j’espère que tu as eu le temps de prendre une photo pour en profiter en rentrant chez toi, d’humeur lasse. Sans parler d’un Produk 29 qui ne démarrera qu’en fin de course, pour un passage de ligne d’arrivée bien désappointant.

Et c’est comme ça pour bien des morceaux, frustrants, riches mais lourds, te ravissant pendant 10 secondes avant de te laisser complètement sur le carreau. Le seul morceau bordélique à s’en sortir avec les honneurs, c’est CIRCLONT6A (Syrobonkus Mix), fascinant lui aussi dans sa constante fuite en avant, et qui, malgré quelques choix sacrement moches, arrive à nous foutre des taloches une demi douzaine de fois en à peine 6 minutes (la mélodie épique à partir de la 1er minute, suivi de la montée émo à filer la chair de poule, la guitare tubesque ouvrant la 3ème minute, le tunnel aux basses pachydermiques précédant la 4ème minute, puis l’ouverture finale cristalline). Un vrai coup de maitre, une fresque ahurissante, qui se pose à coté des meilleures réalisations de l’anglais.





On se retrouve au final avec un album multipliant les tours de force, mais avec un sentiment de frustration fort. Oui, il y a de beaux moments, et pourtant, ça sonne parfois forcé. Certes, Aisatsana est une conclusion lumineuse, optimiste, salutaire après un maelstrom pareil.

Mais on sent qu’Aphex avait devant lui les pièces d’un puzzle parfait devant les yeux, sans jamais avoir réussi à le compléter de la meilleure façon possible. Trop de morceaux coupent l’herbe sous le pied, trop de tracks proposent des moments de pure folie qui n’apparaissent que quelques secondes avant de disparaître à jamais. Les meilleurs morceaux étaient effectivement ceux déjà dévoilés pendant les lives d’Aphex (si l’on excepte CIRCLONT4A), et rien, vraiment rien, dans ce Syro n’égale ce que l’on a pu entendre dans les meilleurs moments de Chosen Lords, dernière galette en date.

Les mélodies ne sont plus libres, elles ne se chantent plus, elles n’ont désormais plus le temps de briller. Il faut prendre sa pelle, son pied de biche, et aller au turbin histoire de grappiller quelques notes, au risque de s’essouffler et de rebrousser chemin. Je ne parle pas de difficulté d’écoute, car Syro est surement le LP le plus simple à écouter d’Aphex. Sauf qu’auparavant, affronter le maelstrom en valait la chandelle, car on tombait sur de vrais trésors. Ici, c’est braver la tempête pour seulement récolter quelques piécettes. Tout pirate de ce nom préfèrera se saouler dans une taverne en chantant des vieux classiques a tue tête, plutôt que de partir sur une aventure pas réellement remunératrice (oui, un Every Day, un Vordhosbn ou un Crying in Your Face, ça se chante).

Syro est un album solide et plaisant, mais ne possède ni la fragile beauté hypnotique d’un Chosen Lords, ni la richesse ahurissante d’un Drukqs, ni les émotions candides des premiers LP du bonhomme. Syro est un disque sympa, un bon album, comportant de bien belles individualités, similaires à des petits jeunes fragiles qui semblent écrasées par les gros balaises bruyants et repoussants du groupe, éructant comme des gros porcs au fond du bus. C’est un disque qui fait plaisir, qui drague le palpitant, qui nous fait même clairement rêver le temps de quelques tracks. C’est déjà pas mal. Mais qui me vole mon cœur, me tabasse le cerveau et m’arrache la colonne vertébrale ? Pas franchement.






Aphex Twin – Aphex Twin – minipops 67 [120.2][source field mix]






13 Titres – Warp / Beat Records

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient chanter Pwsteal. Ldpinch.D via twitter)



Tags: , , , , , , , , ,

Seekae – The Worry

Posted in Chroniques on September 15th, 2014 by Dat'


Ghosts & Voices



On avait laissé Seekae avec une galette magique, un des meilleurs albums de 2011, voir de la bass-music en général : +Dome. Mélange pété de uk garage et de rock émo flingué, ce LP était un disque certes référencé (impossible de ne pas penser à Mount Kimbie), mais surtout ultra bien branlé, ciselé à l’or fin, contenant de vrais bijoux (difficile de se remettre après l’écoute de Go, 3 ou Face Facts…). Les Australiens étaient presque des inconnus et arrivaient pourtant à coiffer aux poteaux tous leurs petits potes. Mais une grande victoire implique de grandes responsabilités, et le groupe était attendu au tournant pour leur nouvelle livraison. Surprise, et signe funeste au départ, Seekae annonce, comme tous les autres, vouloir se “pop-iser”, s’adonner à la vraie chanson, aux minauderies dépressives. L’ambition sincère, l’envie de draguer les stades.  Et pourtant, rester coller à un micro n’avait pas vraiment réussi à Mount Kimbie, ni à Phaeleh, encore moins à Darkstar (pire virage du genre). Seul James Blake s’en est sorti avec les honneurs, mais de justesse, et avec quelques dommages collatéraux.








Il a suffit de deux singles magiques, et d’une pochette angoissante (les trois membres du groupe superposés pour créer un 4eme musicien fantôme) pour nous rassurer. Seekae fait des chansons, oui. Mais Seekae continue de faire pleurer, c’est certain. Allergiques aux voix, passez votre chemin, le crooner est là sur la totalité des titres, si l’on excepte une bien belle introduction, Black Out, mi-urbaine mi-mélancolique. Another, dévoilé il y a un an, reste sublime. Longue montée au rythme martial, claviers trance-pute étouffés, voix parfaite, on navigue les yeux pleins de larmes dans une caverne de glace défoncée par le beat pachydermique. C’est beau à en crever, avec une ouverture finale magnifique, qui joue sur la frustration, et qui révèle toute sa beauté en s’éteignant, alors que l’on attendait un dernier coup de semonce. C’est un morceau qui soulèverait un stade, qui pourrait terrasser les radios et infiltrer les coeurs du monde sans difficulté.

On avait Test & Recognise, deuxième single mis en orbite il y a quelques mois, rassurant sur la musique des australiens, assénant le fait que certes, Seekae partait vers la pop, mais en gardant toute la richesse de son disque précédant. Première minute presque trop cadrée, qui va vite vriller dans une pop-uk-psyché violente, entre élucubrations Clark-iennes et bugs non identifiés. C’est jouissif, surprenant, puis beau, avec une conclusion que l’on aurait aimé entendre pendant de longues minutes encore. Les claviers sont dingues, et à 2min20, c’est trop beau pour être vrai. Un craquage en règle, émo et drogué, 3 minutes partant dans tous les sens, faisant le grand écart entre bombe 2step et tube r’n’b salace. Une vraie folie (la refonte de Flume est complètement dingo également).

Si ces deux morceaux étaient connus, et pouvaient rassasier notre attente, il était tentant de craindre un coté trop cadré sur un album entier, avec deux trois coup de semonces pour un ensemble trop balisé, oubliant les racines electronica du groupe. Rassurez vous, des bangers, il y en a d’autres. A dire vrai, les 6 premiers morceaux puent la réussite, on est proche de la flawless victory avec fatality bien crado. Hands est dans le pur Seekae période +Dome, avec une instrue oscillant entre rock cradingue et 2step claudiquant (si si, c’est possible), mais avec une voix grave en bonus. Boys peut prétendre au plus beau morceau du disque avec, Another, pour vrai morceau rock-blues, avec une lancinante guitare égrenant une mélodie à chialer, et le chanteur à la voix sur-modifiée pour partir sur des tons caverneux hypnotiques, pour un final à filer la chair de poule, à base de “I gat this boys coming at me now” répété ad nauseam. Folie sublime, je craque.
L’autre tour de force du disque, c’est The Worry, du haut de ses 6 minutes, commençant très lentement, pop electro candide et langoureuse, pas loin d’une new-wave optimiste. Encore une fois, on trouve ça cool, mais on aimerait que cela aille plus loin. Et c’est pile à ce moment qu’un clavier de folie déboule, et nous transporte dans une techno tubesque sublime. Le chanteur reste bloqué sur une phrase, la mélodie te balance dans un club crade puant le cul, avec des lasers qui te flinguent la rétine et des synthés qui visent la colonne vertébrale direct. Cœur sur le pied, danser et chialer, ce morceau est parfait dans sa dualité.





Et c’est après 6 ogives de suite que l’album va subitement prendre du plomb dans l’aile, en alignant les deux seuls ratés de la galette. Further ne propose rien de bandant, pop légère & légèrement kitsch avec petites flutes, presque hors propos au milieu de la galette.  Oxen Calm part sur une idée intéressante, celle d’exploser une ballade par des zébrures monstrueuses faisant passer borgore pour un joueur de harpe, mais là aussi, la recette ne prend pas, le tout est trop brouillon, pas assez violent ni assez catchy pour nous draguer les esgourdes, et ne rentrant pas vraiment dans la cohérence du reste.
Heureusement, les dernières estocades sont belles. The Stars Below fait dans la techno sourde et étouffée, à écouter en roulant dans la mégalopole la nuit, aveuglé par les lumières cycliques d’un périphérique. Tube écrasé et anxiogène, le morceau n’évoluera pas mais hypnotise par son coté 2step bétonné et salace. Le coté dépressif et désabusé du morceau impressionne,  se posant dans ce que le groupe a fait de mieux sur sa courte carrière.

Toujours dans le froid avec Still Moving, proche des dernières élucubrations de Radiohead, avec une pop fantomatiques, ultra froide, bourrée de détails et glitchs informatiques, qui va partir dans une Trance dépressive du plus bel effet sur son dernier tiers. Certains seront clairement hermétiques à l’exercice, mais pour les amateurs de tunnels electro-depressifs, c’est du tout bon.  Plus d’émotion avec un Monster s’avançant sans gêne comme étant le morceau le plus “normé” du disque, vignette blues-rock rondement menée, crooning de bar enfumé, sans surprise mais parfaite à hululer sous la douche après être rentré du boulot.
Tais terminera ce disque en mode super émo, pas loin des anciennes élucubrations d’un Sebastien Schuller (!), avec synthés à se damner, et chant en cristal, histoire de bien dresser les cheveux sur la caboche. Les violons de la conclusion violeront bien des âmes. A l’a première écoute, je suis complètement passé à travers ce morceau, avant de le réécouter et de me prendre une taloche stratosphérique dans la tronche. On n’est plus du tout dans le Seekae que l’on attendait et chérissait il y a quelques années, mais dans le game de la pop-electro-spectrale, ce morceau se dresse tout en haut de la pyramide. Magnifique.





Alors forcément, si l’on était amoureux du uk-garage claudiquante bluesy et mélancolique du dernier album de Seekae, le virage pop de The Worry peut faire flipper. Mais les australiens semblent pouvoir conquérir tous les sommets. La perfection des compositions, la beauté de la production, des mélodies, du chant, et ces instrues qui reste parfois très liées à +Dome permettent d’enchainer tours de force sur tours de force. Certains morceaux ultra mélancoliques sont hallucinants en tout points (Another, Boys, Tails, qui filent le vertige avec leur pop au cœur cassé) et les bangers cradingues émo (The Worry, Test & Recognise, The Star Below…) contrebalancent un album qui aurait pu sonner légèrement trop sage et policé sans eux.
Mais si l’on excepte un très léger ventre mou, (les morceaux 7 & 8 en déça du reste), The Worry se dresse comme un album de folie, consacrant un groupe réussissant toute ses mues, accouchant surement du meilleur LP émanant de l’eternel concept “je faisais de la bass-music maintenant je fais de la pop” (et dieu sait si les concurrents sont nombreux).

Morceaux beaux à s’arracher la colonne vertébrale, avec une entame de 6 morceaux mirifiques, Seekae peuvent être considérés comme de très sérieux prétendants pour une place dans les tops de fin d’année. La réussite est quasi-totale.





Seekae – Another





Seekae – The Worry (teaser)





Seekae – Black Out (teaser)





12 titres – Future Classic

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient chanter sur du Uk via twitter)



Tags: , , , , ,

CUM ON MY SELECTOR 17 : Objekt, Nil Hartman, SZA, Last Night In Paris, Filastine, U-ziq, Fwdslxsh, Surrenderdorothy

Posted in Chroniques on September 1st, 2014 by Dat'


Le temps est désarticulé



U ziq – Taxi Sadness

Après m’avoir choqué pour encore au moins 10 ans avec son LP Chewed Corner de l’année dernière, U-ziq joue le généreux et revient avec une galette bonus, proposant 6 morceaux inédits ou présents sur des sorties difficiles à glaner (l’édition japonaise de C.Corner, ou la mixtape filée si tu achetais l’album sur Planet Mu dot com). Annoncé comme ayant une couleur plus candide, Rediffusion claque la mélancolie sépia des années fanées, avec en point d’orgue ce bien trop court mais ô combien magnifique Taxi Sadness. Mélodie belle comme le jour, teintes régressives, vague à l’âme, on tient le genre d’écrin electronica frôlant la perfection, que l’on se passera en boucle pour éclairer ces quelques nuits écrasées par la solitude.






Nil Hartmann – 30

6 ans d’absence, c’est bien trop. Un seul Ep à son actif, plus quelques bien rares morceaux à glaner sur le net, c’est frustrant. Et voila que Nil re-déboule de nul part, annonçant comme tous les ans l’éventuelle sortie de son premier album avec un premier single. “30″, c’est une litanie folle, qui donne envie de chialer, de prier, de danser, de se bourrer la gueule, de mourir. Quelque chose qui se chante sous la douche, qui se hurle défoncé en pleine nuit. C’est comme avant, mais en mieux. Nil, en 2014, c’est tout simple, mais c’est putain de beau. Tout est une histoire de mélodie.






Last Night In Paris – New Benz

On avait laissé Last Night In Paris avec un LP et un Ep qui avaient retourné 2013, en roulant sur toutes autres releases gratos de l’année. Savant mélange entre electro burialisé, uk garage racé et hiphop drogué, le confidentiel collectif, dont on a toujours pas pigé toutes les ramifications, n’hésitait pas à balancer un banger rap de folie s’écroulant sans prévenir dans un ambiant émo slow motion. Tracks sublimes, flow parfait, productions de folie, Last Night In Paris m’avait littéralement flingué le cerveau. Nouvelle année, nouveau projet, annoncé en amont par un nouveau tour de force, tube hiphop parfait glissant graduellement vers une conclusion lumineuse, histoire de naviguer de nouveau dans les hautes sphères de l’émo. Le groupuscule déroule sa recette avec un aplomb fou, sans forcer, s’en est presque indécent. Si le nouveau projet sort avant la fin de l’année, on risque de frôler le chef d’œuvre.






Filastine – Sixty Cycle Drum

Filastine fait parti de mes grands amours passés chez Jarring Effect. Completement fan des deux premiers albums de l’activiste (le fou Burn It et Dirty Bomb), j’ai pourtant complètement zappé de suivre ce que faisait le bonhomme ces dernières années. Sorti de ma mémoire, voilà que je vois débouler dans ma timeline un nouvel Ep à sortir sur Jarring. Premier extrait, Sixty Cycle Drum en impose, superbe fresque défonçé, à la litanie ronge-cerveau et rythme effréné. Filastine est toujours le meilleur pour incorporer des éléments world music à un banger club imparable (à partir d’1min30, ça retourne les colonnes vertébrales), ça tabasse, une belle réussite.






Objekt – Ganzfeld

Sans prévenir, Aphex Twin bien de réveiller bien des cœurs endormis avec l’annonce de son nouvel album. L’IDM et autres joyeusetés fracturées sont plus mémoires qu’actualité dans mon palpitant, et si l’on attend notre dose de Syro(p) avec impatience, il y a en parallèle de sacrées belles sorties pour se faire violenter le cerveau avec grâce. Objekt s’avance avec un parfait morceau, aussi dansant que cristallin, aussi sec que mélancolique. Ca claque dans tous les sens, ça te chiale une putain de mélodie, club triste et équations putassières, hypnose tranquille, c’est beau.






Fwdslxsh – 4 U

Comment ais-je pu passer à coté de cette track mirifique, morceau absolument mythique d’un des beatmakeur énigmatique du crew Last Night In Paris ? Absolument parfaite de bout en bout, émo à en crever, aux mélodies folles et progression camée, ce 4 U est effectivement un putain de cadeau, un morceau qui ma crevé le cœur dès la première montée de synthés. Alors ouai, tu vas me dire que ça respecte tout le cahier des charges de l’electronica-ambiant-uk-burialisante, et je ne peux que te donner raison. Mais même si la leçon est suivie à la lettre, le résultât en est que trop beau. Fwdslxsh ne sort pas beaucoup de sons, et l’on attend de pied ferme ses collabs avec les rappeurs du dessus, ainsi qu’un éventuel album solo. Car se faire piétiner le cœur en cette année morose, c’est presque orgasmique.






Surrenderdorothy – Whatcouldpossiblygowrong

On a tous eu notre période ado au cœur brisé, à écouter de la musique triste en pensant détenir la vérité, à regarder ses camarades de classe s’ébattre dans la cour de récréation. Casque sur les oreilles, feuilles mortes, cartables défoncés, premières amourettes derrière le préau et jeu de la bouteille pour tenter d’annihiler la virginité (et chopper une mononucléose). Alors après avoir vu Pauline embrasser Bobby alors que la bouteille était légèrement plus vers, ben tu rentrais sous la pluie en écoutant des morceaux tristes, genre du Faith No More à fleur de peau. Surrenderdorothy (aka Bones, encore lui), c’est exactement ce moment précis ultra émo, mais en mieux, avec des guitares tristes, un beat rachitique et un mec qui te susurre des « nobody wants meeeee » avec une voix brisée. Et c’est à la fin d’un morceau comme ça que tu trouves la force nécessaire pour comprendre que plus tard, tu seras le plus beau, le plus cool, et que tu rouleras sur cet enculé de Bobby sans problème.






SZA – Julia

Bon, la girl next door produite par Kendrick Lamar qui feule des mots doux sur des instrues éthérées, ça puait l’arnaque. J’ai d’ailleurs longtemps refusé d’écouter cette nana malgré les retours dithyrambiques, me limitant à quelques feats pas renversants ici et là. Loin d’avoir la voix la plus marquante du miaulement game, SZA compense et se démarque par l’intelligence et la pertinence de sa musique, comme quelques rares autres demoiselles (FKA Twigs), en employant XXYXX ou Toro Y Moi pour les instrues. Mais surtout, il y a Julia, track complètement folle, à l’instrue parfaite, genre M83 meet Ciara. Julia, c’est des synthés de folie, mais c’est surtout un refrain ahurissant, le plus catchy et tire-larmes de l’année. Et c’est ce bref instant de folie, intervenant par deux fois seulement, qui porte ce morceau aux nues.







Dat’

FACEBOOK

TWITTER (c’est quoi?)




Tags: , , , , , , ,

Machine Girl – WLFGRL

Posted in Chroniques on August 22nd, 2014 by Dat'


In a way, I am dead already



>Article précédemment publié sur PLAYLIST SOCIETY< 


Après 30 ans, on est plus vieux que jeune. Les rêves de gosses commencent à s’estomper, remplacés par une légère frustration d’avoir loupé des étapes dans sa vie. On déroule les choix cruciaux que l’on a pu arpenter, les vies loupées. Niveau musique, on comprend enfin pourquoi nos vieux radotent sur les mêmes disques, et appréhendent de se diriger vers de nouveaux sons : parce que c’est rassurant. J’ai toujours pensé que les adultes à la quarantaine bien tassée avaient de légers problèmes d’oreilles, une hyperacousie latente, quasi imperceptible, rendant plus simple l’écoute d’un disque déjà assimilé par l’organisme depuis 15 ans, plutôt que de se lancer dans une nouvelle aventure accidentée. Bonjour énième visite à Saint Malo, goodbye voyage improvisé en Inde passeport en poche.







Mais loin d’être des vieux croulants, nous sommes encore dans une période où l’inédit peut draguer les esgourdes, surtout si cela répond à des genres résonnant encore dans nos synapses. Et c’est un peu le parti-pris de Machine Girl qui te balance un album de footwork/jungle/rave ultra bourrin, madeleine de Proust convulsée et violente.

Car ici, c’est la menace permanente, c’est le disque inécoutable pour une bonne partie du monstre-foule. C’est la fête de cave droguée, c’est l’apocalypse techno, c’est la crise d’épilepsie aux relents barbituriques. Tu as Krystle (URL Cyber Palace Mix) qui désintègre une techno dreamy avec des amen breaks ultra violents, avant un long tunnel pleins de synthés qui volent dans tous les sens. Gimmicks surannés, bâtons fluos, on se croirait chez Ceephax, l’ironie en moins, l’ultraviolence en plus. Tu as les tunnels gotchico-grime façon Ginger Claps, qui malaxe la mélodie en boucle pour renvoyer vers un bordel cauchemardesque. Ou la juke-rave de かわいい Post Rave Maximalist, frôlant le hardcore avec ses synthés traumatiques, qui ferraient passer tes soirées dans la boue en Bretagne pour des classes vertes à Kiddy Land.

Oh ne t’inquiète pas, tu as aussi du footwork plus calme et réglementaire, à l’instar du faussement candide 覆面調査員 (GabberTrap Mix), mais on ne reste jamais longtemps sans une progression jungle cosmique hallucinante comme sur la longue fresque d’Hidden Power,  comme si Jean Michel Jarre s’était muté en distributeur de taloches déréglé. Ça n’invente rien, ça copie tout, ça fout un pan entier de musique dans un mixeur, pour recracher une bouillie obscène et jouissive, maculant de sperme fluorescent les mornes murs de ta baraque.


Rien de nouveau, certes, mais alors, pourquoi ce disque plutôt qu’un autre ? Parce que d’un point de vu strictement musical, ce WLFGRL est un des meilleurs disques jungle matiné de footwork entendu depuis quelques temps. Ici, point de  références hiphop ou street. On est dans la pure folie rave, la baise dans les toilettes, les clubs puants et bétonnés. On est dans la frénésie, le carnage, le plaisir pur et instantané. Un mélange de vice londonien et de régression japonaise, le rappel d’une folie drum’b bass faisandée, et la modernité d’une scène juke encore loin d’être essorée.

Mais aussi parce que – pour une certaine tranche d’âge, il renvoie à ce que l’on ne vit plus que de façon sporadique, voir plus du tout. Parce que l’on est comme Kevin Spacey dans son garage, à fumer des clopes en écoutant Pink Floyd, tentant de rattraper une jeunesse déjà perdue. On se masturbe les tympans dans la douche, les enceintes crachant Machine Girl à fond, en rêvant d’une liberté adolescente, alors que l’on se savonne simplement le dos avant d’aller bosser. On perçoit cette musique rave dégueulasse comme une belle nymphe de 19 ans que l’on n’arrivera plus jamais à fréquenter en personne, sauf à paraître forcément ridicule et pervers, ridés et cheveux poivre sel, dans une fosse entourée de sales jeunes drogués…





Ecouter ce WLFGRL, c’est se sentir comme un vieux, terré chez-lui, matant la photo de son amour de jeunesse, sans avoir les couilles de décrocher son téléphone pour reprendre contact. Parce que tu sais pertinemment que les coïts improvisés dans les chiottes d’un club où une âme perdue te crache son haleine chaude dans le creux de ton cou, c’est terminé. Que la prise de drogue/alcool sans craindre d’être explosé au boulot le lundi et de foirer des contrats, c’est terminé. Que de partir en bagnole avec des potes sans but, le coffre rempli de bière, sans avoir cette putain de peur latente de chopper un cancer, c’est terminé.

Alors on se plonge dans ce Machine Girl avec une mélancolique larme à l’œil, à maugréer doucereusement sur le passé et sur une vie désormais trop tranquille. Amorphe, un peu triste mais le sourire au lèvre, en bougeant sagement la tête sur une musique qui, il y a 10 ans, nous faisait encore méchamment bander.









13 titres – Dred Collective

Dat’

FACEBOOK

TWITTER (vient te sentir vieux sur twitter)



>Article précédemment publié sur PLAYLIST SOCIETY< 


Tags: , , , ,