Cooler Than Cucumbers Records – Salade de Concombres Vol 2 (instant promo)

Posted in Chroniques on April 29th, 2013 by Dat'


Ouvre la fenêtre / Fais tes valises



On est tous d’accord sur le fait que le concombre est un splendide objet sexuel, ainsi qu’un met fabuleux accompagné de vinaigrette ou de guacamole. Le cucurbitacé avait aussi semé la terreur il  a quelques années en Europe, en se révélant porteur de bactéries dangereuses pour les consommateurs. Mais on sait moins que ce légume est aussi le représentant d’un label de hiphop/indie, qui, en plus d’avoir Murmur Breeze, Walter Gross, Kaigen ou Ceschi comme potes, avait sorti une sacrée compilation gratuite il y a 2 ans, bordéliques mais généreuse, frôlant les 35 titres passant du folk décharné au hiphop bien nerveux, en passant par quelques fresques electronica de bonne augure.

Bon, le label Cooler Than Cucumbers a du se dire que ça faisait un peu trop, et qu’il fallait cadrer les choses. Alors il y a 6 mois, il passe un message sur facebook (pas si éloigné des girls time de Lil B), un appel au track à qui veut envoyer, pour une prochaine compilation. En sachant que les morceaux devaient obligatoirement faire référence ou s’inspirer de l’artwork (de DyN, toujours aussi beau) ci dessous. Au menu donc, fin du monde, guerre nucléaire, extraterrestres et blondes sexy découpées en morceau (non ?). Au tracklisting des morceaux sélectionnés ? Thavius Beck, Le Parasite, La Mauvaise Humeur, Womrhole… et euh. Un morceau incroyable.

Sinon, le mec qui tient le label, c’est un pote à moi, il m’a fourni en putes, drogues et appart’ à Miami pour un an, donc je suis obligé d’en parler.








Les accointances de CTC records avec le rap indie américain ne sont plus à prouver, et l’on retrouve une bonne dose dans cette compilation. Authentic balance un hihop apocalyptique qui respecte bien le cahier des charges, Summon & Wormhole posent sur une instrue bien sombre, très Anticon dans l’esprit (Sole n’aurait pas refusé ça il y quelques années), et Megabusive & Sens Beats  sortent un beau morceau progressif, presque religieux dans son instrue. Et si ces morceaux s’inscrivent logiquement dans les racines du label, très hiphop-sombre-indépendant-étouffant, on sent que les concombres veulent enfin se tourner, pour notre plus grand bonheur, vers des morceaux plus directs, plus pimp et tubesques.

Le Unsupervised de Inoe Oner & Kool Trasher fait du bien aux tympans, avec son instrue electrique, imparable, avec ce bordel clavier qui n’en fini plus de nous défriser les oreilles. Le banger de la tape, avec l’uppercut de Koi, et son Double Vision, abstract hiphop massif pas loin de certains travaux d’Edit, en mode beats pachydermiques vs mélodie émo. Lamborghini, soleil couchant, lunette sur le nez, cheveux aux vents. La Mauvaise Humeur crache son habituel hiphop anxiogène et neurasthénique, mais sur une instrue étonnamment évidente, parfaitement branlée, avec ces claviers lunaires complètement dérouillés par les grincements hystériques de la production. Belle mandale. Thavius Beck se permet aussi du gros banger, même s’il n’est pas ici dans l’exercice que je préfère du bonhomme, qui est, pour moi, bien plus plaisant dans le hiphop cathédrale que la charge agressive un peu simpliste (meilleur morceau sorti sur HHCore, souvenons nous).

Impossible de ne pas parler de l’ultra classe Elegant Decay de Haez One, l’un des highlights incontestable de la compile, avec son instrue superbe, parfaite, aux relents asiatiques et rythmes secs comme un coup de pelle dans la nuque. Élégante décadence, en plein dans le mille mec, c’est la classe dans la dépression, c’est l’envie de sourire écrasée par la ville. Du bon boulot. (Le mec se fend même d’un clip).

On a aussi quelques bizarreries, comme la belle ouverture par L. Boy Jr, divagation droguée naviguant entre Dali et folk en apesanteur, aussi joyeux que flippant, avec ses fractures intervenant sans prévenir, ses samples torturés et sa mélodie guillerette. Le Parasite (qui nous avait cassé la tronche avec ses productions démentes sur Les Courants Forts) reprend ses apparats cinématographiques pour une belle instrue james bondienne.





Mais mais mais. Il y a un morceau, dans cette tape, qui roule sur tout le reste. Qui rayonne sa mère, qui scintille comme la queue du diable. Une track affolante, que l’on aurait aimé entendre à la radio, à la tv, en teaser au SNL, dans ma douche, partout. Un petit trésor que CTC records a le bonheur de posséder, et de nous le balancer dans la gueule sans crier gare. Et c’est made by Iris & Loop. Alors déjà, il faut se souvenir de la compilation culte Soul’Sodium de Kamasoundtracks sortie en 2006, avec un verdict&vertigo qui mettait déjà en scène les deux Mc. Ce Dr Verdict et Mr Vertigo en est un peu la suite, la version alternative, l’enfant. Sauf que. Sauf que.  Loop te sort une instrue absolument sublime. Je vous jure, la première fois que j’ai entendu le refrain arriver, avec ces cordes qui se lèvent, ces samples qui s’emballent, cette voix esseulée, cette charge épique à en faire danser les lithopédions. Sérieux, c’est hallucinant. Iris qui te débite ce refrain, génial, hypnotique, tu prends ta colonne vertébrale et tu te l’arraches toi même. La mélodie dans les couplets, les détails qui fusent dans tous les sens, ces ponts d’avant refrain qui filent la frousse.

Ce titre écrase tout ce que j’ai pu entendre en rap français cette année. Les couplets mortels, les refrains splendides, sublimes, incroyables, à te filer des érections auditives jusqu’à la fin de ton existence. Bon, la compile, elle était dans mon itunes un peu avant sa sortie, mais j’ai déjà 64 écoutes au compteur pour ce morceau. 65 maintenant ! Ce morceau, c’est les planètes qui copulent avec les étoiles, c’est les fantômes qui viennent te hanter pendant que tu baises, c’est le monstre-foule qui t’enveloppe et t’étouffe alors que tu marchais tranquille dans la mégalopole. Pourtant, en ce moment, le rap aux textes métaphysiques et cryptiques me saoulent un peu. Mais là, mon palpitant ne peut pas résister. Si les métaphores surréalistes des deux Mc, assénées avec aplombs, demanderont du temps pour être révélées, on ne peut que se prosterner devant la perfection du tout. Ils pourraient parler du cul de mon chat que je dirais pareil. Et puis Iris, mec, t’es trop un fou. J’ai envie que tu t’incrustes chez moi un soir, par la fenêtre ouverte, afin que tu te glisses sous ma couette moelleuse pendant que je dors et que tu me susurres tes textes dans l’oreille, de ta voix grave et langoureuse. Attention, notre amour ne serait que textuel et platonique, mais quoi de mieux que l’affection littéraire en ces temps barbouillés de stupre ?

Les mecs, votre morceau, c’est un chef d’œuvre, ça m’a fracturé le crane, retourné le cerveau. Après une demi-centaine d’écoutes, je suis encore choqué par ce truc. Alors faites un album ensemble, grouillez vous, j’en achète dix d’un coup si c’est de cette qualité.





Certes, comme il y a deux ans, la compilation aurait pu être un peu plus concise et digeste. Mais que cela soit pour l’amour des concombres, du hiphop chelou ou de la fin du monde, toutes les excuses sont bonnes pour chopper la compilation. Non en fait, j’en ai rien à foutre de la raison du téléchargement, il faut absolument pécho le bordel, ne serait ce que pour avoir le morceau d’Iris & Loop dans son itunes, histoire de l’écouter ad nauseam et d’avoir l’impression, enfin, d’être heureux dans sa vie.


A TELECHARGER GRATUITEMENT ICI : http://ctcrecords.bandcamp.com/album/salade-de-concombres-vol-2
















21 Titres – Cooler Than Cucumbers Records

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CUM ON MY SELECTOR 9 : Kettel, Jamie Grind, Wih’lo, Andrew Bayer, BenZel, Ryan Hemsworth, Ceephax

Posted in Chroniques on April 19th, 2013 by Dat'


Cosy Moments



Kettel – Poblesec

Whao. Juste whao. J’ai un rapport un peu étrange avec Kettel. Si le mec a fait pour moi l’un des plus beaux morceaux existant de l’electronica (Mauerbrecher), je n’ai jamais vraiment accroché à ses albums dans leurs globalités, ces derniers oscillant constamment entre le classique absolu et l’anodin inoffensif. Ses derniers disques étaient d’ailleurs vraiment sympathiques, mais ne m’ont jamais me fracturer le cerveau. De la bonne electronica, point barre. Et voilà que je lance ce premier single, Poblesec, du LP à venir. Enorme claque. Je l’ai écouté un matin en sortant de la douche, avant d’aller au boulot, et j’en ai oublié de me fringuer. Je l’ai même relancé deux fois, au risque d’arriver en retard. Le morceau est incroyable, parfaite électronica Warpienne faite avec amour, avec assez de mélodie et de mélancolie pour t’arracher le cœur en une seule écoute. 7 minutes de bonheur, avec des moments de bravoures (les synthés qui se cabrent vers 2min30, les incursions acid, la longue montée finale absolument sublime) et un très beau clip, parfait compagnon visuel de ce petit diamant. Fan-service electronica ? Complètement. Mais parfaitement executé. Surement le plus beau morceau que j’ai pu entendre depuis ce début d’année. Au final, dans mon cœur, la sortie du prochain album de Kettel est passé de “j’en ai pas grand chose à foutre” à “most wanted 2013″. Car si le hollandais balance un LP du même calibre que ce premier extrait, on risque de sentir nos colonnes vertébrales papillonner pendant des lustres.






Jamie Grind – Something You Should Know

Dans ces articles Cum On My Selector, il faut forcément une track Uk Garage, mâtinée de voix puputes. Et pour ce mois d’avril, quelle track mes aïeux ! Tu sais déjà que ce Something You Should Know va être mortel en entendant le rythme claudiquant, les handclaps entrainantes et les chœurs badins. Très cool. Mais le morceau mute rapidement, et après un long break aride, part dans une direction complètement différente : des voix jouissives déboules, façon chanteur soul possédé et sur-pitché qui gueule son amour sur un rythme imparable, mélodie émo à filer la chair de poule, coté dancefloor dépressif frôlant le génie, carton plein. La deuxième partie de cet track me donne envie de foutre mes ray-bans et de me mettre à chialer, à divaguer dans la rue en claquant des doigts et en tournant sur moi même. Au dessus, je parlais du Kettel comme le plus beau morceau electronica entendu cette année. Et bien là, tu as le meilleur titre Uk Garage dans tes oreilles. On ne peut pas faire plus simple pour décrire cette bombinette absolue. Tu me dis qu’il faut surveiller ce que va faire cet anglais dans les mois à venir ? Mec, je lui ai carrément enfilé un GPS dans le cul, histoire de ne plus jamais le lâcher.






Wih’lo – Please You

Bon, c’est un titre qui a quelques mois maintenant, mais comment ne pas l’intégrer, surtout après la perle du dessus. Très saccadé, avec un héritage 2step / uk garage ultra marqué, le morceau enchante dès son introduction, avec un gros travail sur les voix samplées. Sauf que ce Please You, qui aurait pu partir sur un train-train assez banal, n’est en fait qu’une longue ascension, une progression orgasmique pas loin de certaines fresques à la James Blake, avec une boucle de synthés qui va grossir jusqu’à écraser tout espace restant dans tes tympans. Wih’lo ne mise pas sur le groove comme beaucoup de ses compères, mais sur une étouffante répétition de motifs, qui atteindront un plateau céleste qu’après 4min30 de cavalcade. Et si l’on aurait bien aimé une vraie explosion en fin de parcours, les petites voix finales dragueront bien des palpitants. Les deux trois morceaux que l’on peut trouver de ce producteur sont très bons, et si l’on sent que sa musique reste à façonner avant d’être pleinement effective, le bonhomme risque d’avoir une belle carte à jouer sur l’année à venir.






Andrew Bayer – Lose Sight

Certains s’en souviennent, Andrew Bayer m’avait complètement retourné en 2011, avec son album un peu bâtard, oscillant entre trance mélodique tirant vers Armin van Buuren et Aphex Twin (c’est possible), ou abstract hiphop drogué que n’aurait pas renié Clams Casino. Sorti sur AjunaBeats, label trance pur et dur, l’album en prenait le contre pied, et s’autorisait même quelques incartades ambiant tire-larmes. L’annonce d’un nouvel album de l’américain devait me remplir de joie, mais le bonhomme a opté, pour ce deuxième LP, de nous servir que sa facette abstract cotonneuse, délaissant les tracks techno épiques, ce qui est franchement dommageable. Ce deuxième disque n’est pas mauvais, et contient de belles choses, mais est loin d’avoir la même force émotionnelle qu’It’s Artificial. Reste qu’il y a de beaux morceaux de hiphop enfumé, comme ce Lose Sight, avec ses beats bien ronds, ses voix charcutés et cette mélodie printanière. Loin d’être révolutionnaire, mais extrêmement bien fait, avec un petit faible pour le break ambiant-christique intervenant sans crier gare. On picorera dans le nouvel album avec le sourire, avant de repartir écouter une énième fois le chef d’œuvre d’Andrew Bayer, Counting The Points, qui me donne toujours envie de mourir écartelé dans les nuages.






BenZel – If You Love Me (Xaphoon Jones & Grave Goods Remix)

Sans vraiment savoir si c’est du lard ou du cochon, les BenZel semblent être deux japonais de 15 et 16 ans ( !!!) qui, après avoir fait un voyage aux USA, se sont épris de la bass music. Rentrés à Osaka, ils dépensent les yens reçus à noël pour acheter du matos et commencer à pondre un mélange de Trap /r’n’b / uk garage sacrement hype mais foutrement bon. Alors donc, les mecs ont 16 piges et font des trucs avec Jessie Ware et Cashmere Cat, alors qu’à leur âge, j’achetais encore des bonbons à la boulangerie du coin (info : je n’ai jamais arrêté) ? Leurs productions sont bien cool, et on sent là aussi un énorme potentiel, mais le remix de If You Love Me par Xaphoon Jones et Grave Goods (inconnus au bataillon) démonte gravement, en passant de la bass music au terrorisme trap, pour finir sur une note Uk émo. Ces deux jap doivent être les stars de leur bahut, les autres élèves devant se ronger les ongles avec leurs uniformes à étudier comme des fous, parce qu’à 15 ans, au Japon, tu fais rarement de la bass-music avec des célébrités anglaises et des clips avec des filles qui se lèchent les seins.






Lana Del Rey – Summertime Sadness (Ryan Hemsworth remix)

Si Ryan Hemsworth est une valeur sur en terme de remixes et productions depuis quelques mois, je ne pensais pas qu’il allait me foutre une tatane pareille avec ce remix de la diva faisandée Lana Del Rey. Le mec n’est pas fou, il s’attaque au meilleur morceau de la belle (si l’on excepte Blue Jeans), et le vrille à coup de rafales de snares et beats pachydermiques. En plus de prouver que la bass / trap ne s’acoquine jamais mieux qu’avec de la pop, le morceaux prend une dimension émo-banger assez folle, parfait tube pour club crades ou retours de soirée à 4h du mat avec le casque collé sur les oreilles, à se balader sous la lumière des réverbères en levant les bras. La maitrise est énorme, dans le rythme comme dans la mélodie. Bref, Lana, au lieux de débaucher un orchestre philarmonique pompeux pour ta prochaine galette, va plutôt faire un tour du coté de Ryan ou Harry Fraud, cela ne pourra que bien se passer.






Ceephax – Cro Magnox

Ceephax continue son petit bonhomme de chemin, entre artworks du gouffre et disques acid-electronica-8bits régressifs, là ou son frêre tente de devenir le Daft Punk de l’IDM hystérique. Cro Magnox, disque bien difficile à acheter si l’on a pas de platine (et pour cause, c’est vinyle only), et à la pochette joliment rétro, semble poser un peu l’ambiance, au vu du premier single hypnotique, longue fresque electronica-ambiant parfaite pour trancher la nuit avec son véhicule. Synthés lugubres, mélodie qui semble tout droit sorti d’un castelvania snes, rythme bien massif, le morceau est, là encore, qu’une longue montée pessimiste mais jouissive, donnant tout dans son épique dernier quart. Anecdote, cette vidéo est encore un trajet entre Odaiba et Tokyo, cette fois en bagnole, à croire que ce chemin inspire les vidéastes amateurs d’electronica (cf Burial et Machinedrum). Il ne me reste plus qu’à écouter ce Cro Magnox en entier, je suis tout honteux de ne pas déjà l’avoir fait.







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Ventura – Ultima Necat

Posted in Chroniques on April 15th, 2013 by Dat'


Brace For Impact



Il faut le dire, le dernier album de Ventura, We Recruit, m’avait littéralement explosé le cerveau il y a 3 ans, et se posant, petit à petit, comme un de mes disques cultes. Les classiques, il faut les laisser mariner un peu avant de les porter aux nues, histoire de laisser l’enthousiasme du départ retomber. Et c’est après ces années d’écoutes intensives que je peux affirmer une chose : si tu me demandes mes 15 ou 20 disques préférés de ma vie, ce We Recruit de Ventura sera surement dedans. C’est con à dire, surtout à cette époque de leaks et de downloads effrénés, en plus à l’âge adulte, de se dire qu’un album des années 2010 se fraie un chemin dans mon cœur, à coté de galettes sorties il y a 10 ou 15 ans.

Pourtant, il n’y avait rien d’extraordinaire dans cet album, rien ne révolutionnait la musique ou autre. Mais à l’instar d’un Spanish Breakfast de Rone, si rien n’était inventé, tout y était absolument parfait. Le seul vrai défaut de We Recruit, c’était l’impossibilité de trouver des morceaux sur youtube, histoire de me faciliter la tache quand je voulais faire écouter With Ifs ou Twenty Four Thousand People à mes potes (dieu sait que je les ai fait chier, de Paris à Tokyo, avec ce disque)

Et puis, impossible, en introduction, de ne pas taper un petit laïus sur African Tape, un des meilleurs labels français en ce moment, ayant dans le roaster quelques fous furieux comme les excellents Electric Electric, les énervés Marvin (qui reviennent sous peu) ou les indispensables Papier Tigre. Dire que j’attendais ce nouveau Ventura avec impatience relève de l’euphémisme, et si le disque s’annonçait plus sombre et dépressif (selon les propres dires du groupe), j’étais convaincu que le talent mélodique de ces derniers n’allait pas disparaître en un claquement de doigt.







Il faut le dire, le packaging de ce Ultima Necat tranche avec l’indigence du disque d’Electric Electric. Superbe photo de singes se prélassant dans un Onsen, crédits en pagaille et pack cartonné, on fait les choses bien chez African Tape. Le disque débute sur une intro ombrageuse et somme toute assez commune, posant bien le disque, pour les 8 titres à venir. Oui, le disque contient seulement 9 morceaux, mais s’étend sur plus de 40 minutes, ce qui est largement suffisant.

Et les choses commencent sérieusement avec Little Wolf, où l’on retrouve tout ce que j’aime chez ces Suisses. Guitares lourdes, saturées, effectivement plus pesantes, avec un chant moins enjoué que sur le précédent LP. On avance, de façon quasi guerrière, terrain désolé post conflit. Mais après un “dont you cry little wolf” tout explose, c’est le panard total, le morceau prend des parures pop, Ventura ça te parasite toujours le cerveau avec ses refrains, ça monte, ça hurle à nouveau, orgasme noise-rock de fou, avec des zébrures hystériques qui lacèrent la voix du chanteur et ses “it will be alright”. Bonheur.

Nothing Else Mattered embraille sur les chapeaux de roue, et se pose comme le tube incontestable de Ultima Necat, tout en faisant un pont flagrant avec le précédant Lp : ultra violent mais mélodique comme jamais, à chanter sous sa douche tout en aspergeant sa salle de bain comme un damné. Les couplets émo noyés dans le bordel hystérique me rendent débile, et les refrains implacables, assenés comme des uppercuts, donnent envie de tabasser des gens au hasard dans ton open-space. Mais c’est surtout cette mélodie saturée, dégueulée par les guitares, qui me flinguent le palpitant. Le dernier tiers du morceau, c’est jean déchiré, gel dans les cheveux et lettre de rupture, le panard absolu. Beau, imparable, catchy en diable, et agressif comme la mort. On frise la perfection dans le genre. Et Ventura ne décide pas de lâcher la pédale au niveau des gros tubes, avec un Body Language superbe, au départ très posé, ultra émo, amant épeuré gueulant sa peine en haut d’un building. Puis c’est l’arrivée des grattes, qui tombent dans tous les sens et brisent le silence en mode étoiles filantes, il y en a partout dans tes tympans, c’est tellement massif que ça frise avec le shoegaze. Mur du son impressionnant, noyant quasiment les vocals et grillant tes enceintes, prends ta mandale. Intruder prend la même pose, avec début cristallin, on pense avoir le slow mélancolique du disque, jusqu’à ce que tu prennes un Scud hallucinant de violence, (peut être le  moment le plus lourd du disque, le plus démesuré), avant d’alterner entre calme et hystérie. Moins évidemment d’un point de vue mélodie, mais complètement dingue en terme de passage à tabac sonore, Intruder est surement la charge la plus épique de la galette, un morceau traumatisant qui te colle à terre pour te rouer de coups.




Mais après cette enfilade de bombinettes écorchées, le disque va s’autoriser un esclandre encore plus sombre, plus guerrier. Amputee, du haut de ses 11 minutes, symbolise cette fracture en te sortant une fresque désespérée, complètement dingue, commençant sur un rock presque Western, avec des arpèges de guitares hypnotiques, et toujours cette ligne de chant qui parasite la tronche, “I feel like an amputee !!!!”, impossible de ne pas avoir les cheveux qui se dressent sur la caboche. Typhon de guitares, frontman qui gueule sa peine avec des larmes dans la bouche, folie pure. Après 5 minutes, la tempête passe, le morceau devient lugubre, guitares lâchent une mélodie désespérée sans rien d’autre au tour, si ce n’est saturations et effets chelous. Ca fout la frousse, on attend l’explosion comme jamais, et quand la batterie tonne à nouveau, on frôle l’orgasme, et l’on se dit qu’en live, ça doit sacrement secouer les estomacs. La montée finale va courir sur plusieurs minutes avant de partir sur une attaque à décoller le cerveau, d’une beauté folle. Flingué sur place, mon cerveau étalé sur le trottoir.

Corrinne sortira l’artillerie lourde, heavy complètement déchainé, presque bordélique, un peu moins accrocheur que ses potes du dessus, mais au moins aussi choquant. On lui préfèrera le fou Elephant Man a la ligne mélodique géniale, chant en chœur, avec un sacré break émo dans son milieu, comme Ventura sait si bien les faire. La dernière attaque, tu auras envie de la chanter dans le métro en allant au boulot, et c’est bien tout ce que l’on demande à Ventura, qui s’autorisera même quelques notes cramées en fin de morceau.

Exquisite and Subtle terminera le disque de façon celeste, en mettant les bouchées doubles niveau shoegaze, avec mur de guitare et chant éthéré, perdu dans les échos, écrasé par un immeuble noise qui tombe sur le groupe et détruit tout. Après avoir navigué au milieu des cadavres pendant tout le disque, tu te retrouves sur une conclusion lumineuse, à te donner envie de courir dans les champs avec des tournesols qui te fouettent la tronche. Sur nous les étincelles du soleil comme disait l’autre. Meilleur morceau disque, pas foncièrement. Mais morceau indispensable, absolument.





Ultima Necat affirme Ventura dans le paysage rock franco-suisse, comme un groupe d’enfoirés, maîtrisant autant les envolées mélodiques que les bastons violentes, en passant par les murs de grattes shoegazy en mode arrachage de dents. Pas vraiment de raté dans le disque, pas de déception, une violence inouïe sur certains passages, des morceaux bourrés de détails. On ne se fout pas de notre gueule chez Ventura. Clairement, il y a beaucoup moins de respirations dans ce nouvel album, par rapport au précédent, et l’écoute d’Ultima Necat pourra se révéler éreintante pour certains. Mais les mélodies sont toujours là, écrasées, éviscérées par les guitares furibardes du trio. Les refrains accrocheurs sont désormais hurlés dans le marasme, comme un capitaine en pleine tempête sur la proue de son bateau. Ca tangue, ça tonne, ça brutalise les enceintes. J’avouerai que le talent de Ventura pour sortir des refrains imparables est tellement grand, que j’adorerai entendre le groupe balancer un morceau pop, un truc presque commercial, qui abuserait des ondes radios et se chanterait dans toutes les douches (et pas seulement dans la mienne). Peut-être pour le prochain album…

Je ne pense pas qu’Ultima Necat aura le même impact dans mon cœur que We Recruit, mais le contraire aurait été presque flippant. Le disque se pose par contre sans soucis comme l’une des plus grosses sorties rock de l’année, bourré de morceaux jouissifs en diable.

On peut être sur d’une chose : si le gouvernement taxait à 75% la richesse et la beauté de ce Ventura, on sortirait de la crise illico.






Ventura – Nothing Else Mattered






9 Titres – African Tape

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James Blake – Overgrown

Posted in Chroniques on April 10th, 2013 by Dat'


I don’t mind, it was all me



Il était une fois James Blake, jeune anglais maigrichon fricotant avec Mount Kimbie, et propulsé comme grand espoir du Uk Garage après quelques Ep de folie (on se souvient avec émotion de CMYK ou The Bells Sketch), naviguant entre synthés sublimes, rythmes 2step et gestion du silence ultra maitrisée (Klavierwerke). En parallèle, il avait son projet Harmonimix avec des remix goguenards ou foutant le vertige, histoire de palper les billets de façon anonyme. Bref, de quoi donner beaucoup d’espoirs à tous ceux qui attendaient un vrai LP de Uk Garage qui secouerait le monde.

Le premier LP de Blake est arrivé, et ce fut le drame. L’anglais troque sa musique pleine de cyprine pour un garage matiné de r’n’b geignard bourré de vocodeur et de vibes pour amoureux neurasthéniques. Etait-ce surprenant ? Oui. Etait-ce mauvais ? Pas tant que ça. Pourtant la critique se déchaine et s’ouvre en deux camps, tel le Grand Fossé d’Asterix. Je n’ai pas vraiment compris l’engouement incroyable autour du LP de James Blake à sa sortie, mais j’ai encore moins pigé tout l’acharnement qu’il y a eu contre lui. Car si l’anglais a effectivement policé sa musique, sortant du pour Uk Garage pour flirter avec le R’n’b minimaliste, le bonhomme garde quand même toute son identité sur son premier Lp. Certes, 50% du disque frôlait l’horreur. Mais il y avait de belles choses, comme les 3 premiers morceaux qui auraient clairement pu se faufiler dans ses précédents Ep sans problèmes. James Blake fait du 2step en slow motion, et utilise son (bien bel) organe au lieu de sampler des midinettes… et pourquoi pas ? Le disque ne tenait certes debout que grâce à une poignée de tracks, mais James Blake ne reniait pas vraiment son passé, si l’on excepte l’usage de la voix. D’autant plus, même si c’est bien subjectif, que je trouvais le changement d’orientation moins téléphoné/craignos que pour Darkstar ou (iiiiirk) Nicolas Jaar.

Bref, sur ce nouvel album, Blake avait deux solutions, vu que l’on savait que la recette du LP1 allait être conservée : continuer le boulot, mais en donnant un peu plus d’importance au coté “vicié” de ses morceaux. Où foncer dans  la pop ringarde histoire de s’ouvrir à un plus grand public.







Et vu la gueule des deux pochettes, immondes, en mode Zara vs Topman, on pouvait clairement flipper sur la réponse au dilemme du dessus. Et autant vous l’avouer tout de suite, le disque est comme son précédent : ultra bancal, peuplé de morceaux qui me font autant d’effet que des miettes de Kango délicatement pressées sur mon scrotum (aucun effet donc, à part une éruption cutanée), mais qui comporte aussi de belles choses.

Des morceaux inoffensifs, qui feront surement larmoyer les cœurs sensibles, mais qui manquent réellement d’ardeur, on peut en trouver une belle pelletée. Et contrairement au premier LP qui avait une ouverture impeccable avec 3 morceaux solides, ce nouveau disque commence en sens inverse, et nous fait grincer des dents : Overgrown aurait pu être pas mal (beaux passages mélodiques sur le chant) mais on s’emmerde rapidement, c’est trop vide, trop simple, et la montée est loin d’être assez épique pour toucher. I Am Sold ne passionne pas des masses non plus, avec ce trip-hop dépressif, qui ne débouche sur rien, à part un ennui impossible à feindre. Pire, le morceau, en restant très ombrageux, ne met même pas en exergue les talents mélodiques de Blake, sa seule arme de valeur au final.

Et puis, tout à coup, le miracle. Life Round Here déboule, et nous fout dans la tronche pile ce que voulais entendre. Ce que le mec devait faire, sa mission, l’aboutissement du “hey je viens du Uk Garage mais maintenant je vais chanter”. Rythme hiphop ultra classe, synthé sublime, tout en variation, qui file la gaule. Chant plus assuré, plus proche du maquereau claquant des doigts sur les trottoirs de Farmington que du petit oisillon mourant londonien que l’on avait l’habitude d’entendre. Ce truc est un tube, mais un tube vicié. Drogué. Comme si l’on écoutait la paire (impossible de ne pas y penser) Timbaland – Aaliyah repris par un nerd hypocondriaque venant de se découvrir des velléités de fripouille.

L’autre réussite incontestable du disque, c’est le single Retrograde, qui est peut être le plus beau morceau pop de notre Blackounet. Bien plus fouillé et prenant que Limit To Your Love. Parce que le chant est parfait, la mélodie aussi. Mais surtout parce que l’anglais nous sort ses plus beaux claviers. Qu’ils sont beaux ces claviers ! Ils partent au parfait moment, “suddenly I’m hit”, et boum, c’est la fin du monde, on étouffe, abasourdi par cette masse de synthés, comme si un camion te fonçait dessus en klaxonnant comme un fou. Toi, tu es ébloui par les phares, lapin apeuré et paralysé par la cage en métal qui hurle dans ta direction. Surtout, Retrograde cristallise parfaitement ce que fait James Blake sur ses disques. De la pop. Mainstream. Evidente. Mais viciée. Au final, ce morceau, il aurait presque pu atterrir chez Coldplay. L’astuce, c’est que Blake préfère l’écraser, l’exploser, le flinguer avec des synthés bien trop forts, bien trop envahissants. Et grâce à cela que l’on prend du plaisir, c’est ce qui fait toute la différence.





Vous me trouvez bien positif ? Pas de soucis, on repart sur les ratés de la galette, j’en ai encore deux-trois dans la poche. Le mec aurait pu nous épargner Dlm, parce l’on n’est pas chez Birdy, ce n’est pas ce que l’on attend de James, sauf pour faire mouiller les minettes. Là aussi, la mélodie de base est très belle (quand il déclame “the colors of our lights”, ça marche plutôt bien). Le problème est que le morceau repose uniquement sur un piano sans saveur et bien fainéant, avec une conclusion de la honte featuring  hululement gospel sans le sou, genre tu viens de taper ton doigt avec un marteau. Frissons de la honte, non merci.

Our Love Come Back se la joue ultra émo, et tu as grave envie de serrer tes enfants dans tes bras, la larme à l’œil, en leur disant que tu les aimes, que reviendras dans deux ans après cette fichue guerre, alors que tu sais pertinemment que tu vas sauter sur une mine comme une merde et mourir en te noyant dans ton propre sang. Mais à part ça, on se fait chier et on regarde sa montre.  On va dire que je radote,  To The Last balance là aussi une superbe mélodie voix, le mec te sort des couplets/refrains en diamant, à te filer la frousse… mais la musique ne va pas assez loin pour draguer l’échine. Ca reste trop cadré. C’est bien moins catastrophique que les deux premiers titres du disque, mais on sent que l’on aurait pu avoir tellement mieux.

Take A Fall For Me, avec RZA en feat ( ?!?) n’est clairement pas une foirade à proprement parlé. Mais l’on se demande vraiment ce que fait cette track dans le disque. C’est sympa, il y a les fameux synthés fous de Blake, RZA se la joue spoken word romantico-mystique, et le sound design donne le vertige. Mais cela sonne surtout complètement hors propos, en plus de s’arrêter pile au moment où le morceau devient intéressant. Loin de moi l’envie de cracher dessus, mais on aurait bien plus vu le tout sur un projet Harmonimix (il va falloir y penser) que sur ce Lp.





Mais il y a de vraies fusées dans ce disque, bien plus aventureux que le premier LP. Digital Lion, feat Brian Eno (curieux de savoir comment ils se sont repartis les rôles, parce que c’est loin d’être flagrant) fera tonner les subwoof, avec une complainte cristalline qui va rapidement vriller en electro caverneuse, grondante, lugubre, habitée par des voix spectrales. Et quand on commence à s’habituer au traitement, un long klaxon glace le sang, élément indispensable du tout, ouvrant une dernière partie hypnotique, mais se fermant un peu trop abruptement.

Le titre de conclusion, Every Day I Ran replace carrément James Blake dans ses premiers amours, avec un Uk Garage Dub du plus bel effet, avec un toaster samplé et synthés à filer la frousse, quasi tire larmes, bourrés de détails, d’une richesse folle. Bombe droguée du disque, pourtant surement rajoutée au dernier moment, car pas vraiment cohérente avec le reste. Ultra massif dans son rythme, comme dans le mille feuilles de synthés, Every Day I Ran rassure sur la capacité de Blake à balancer des bombinettes abstract. S’il sort ce genre de morceaux sur son tout nouveau label 1800Dinausor, on risque de bien s’amuser dans les mois à venir.

Mais mais mais… la tuerie de la galette, la grenade à fragmentation, c’est Voyeur, sans contestation. C’est le morceau qui m’a fait aimer le disque, c’est la track qui m’a filé une banane pas possible, c’est la mandale qui m’a dynamité les neurones. Pourtant, ça commence pas de façon folichonne, en mode r’n’b romantique, avec piano et métronome déréglé. Une minute de simagrées sentimentales… et le morceau se brise. La voix se nécrose. Le beat déboule, techno métallique folle. Les synthés démarrent, s’enroulent, s’envolent, te fracassent les neurones. Ca n’en fini plus de monter, ça n’en fini plus de tonner, ça n’en fini plus de s’enrouler autour de ta gorge pour t’étouffer. Oh, tu restais tranquille, tu voyais encore le soleil. Mais à 1min55 c’est Silent Hill, c’est le nouveau monde, c’est la fin des temps. C’est un barrissement de tous les diables qui déboule et emporte tout sur son passage. Brule le morceau, noie la voix, te broie les vertèbres. C’est un synthé tellement massif qu’il t’arrache la tronche, te découpe la colonne à coup de petite cuillère. James Blake (on l’avait oublié) continue en boucle de balancer la même phrase depuis 3 minutes, comme un hystérique camé, un fou perdu au milieu des monstres qui envahissent les rues et tabassent tout ce qui bouge. Toi, en écoutant ça, tu as envie de sauter contre les murs, de danser comme un robot, de faire du voguing en avalant des tablettes de tamiflu, de gueuler oui oui oui oui oui au fur et à mesure que le morceau progresse, de façon quasi irrationnelle comparé au reste du disque. Ces synthés mec… CES PUTAINS DE SYNTHES !!!. Ce morceau, c’est l’orgasme absolu, la techno de cathédrale,  la longue chute gorgée d’opiacés. Le panard total, meilleur morceau de James Blake all time.






L’album est au final bien plus solide que le précédant. Certes, loin d’être parfait. Certes, avec une bonne moitié de morceaux ratés ou dispensables. Mais on a enfin un vrai album, qui ne donne pas l’impression d’écouter des bouts de morceaux, des ébauches fainéantes (mêmes les tracks foireuses sont, au moins, de vraies tracks). On a du lourd, du puissant, de l’émo en veux-tu en voilà, avec quelques moments de bravoure. Il faut aussi souligner que ce disque est  beaucoup plus proche de ce que faisait le musicien avant son virage midinette (Voyeur, Digital Lion, Everyday I Ran qui auraient pu être dans les premiers EP), et pousse parfois la recette “new james Blake” à son paroxysme, nous prouvant qu’il n’avait pas forcément tord de se mettre à la pop (Retrograde et Life Round Here sont absolument parfaits)

Jamais Step, mais toujours un peu Dub, Blake continue de plonger sa pop dans un écrin bourré de synthés mirifiques et d’échos qui plairont aux sales drogués. D’ailleurs, c’est bien un des rares artistes qui m’exciterait plus avec un LP live plutôt que studio, tant l’anglais étire et défonce ses morceaux en concert, de façon assez jouissive.


Ecouter ce James Blake, c’est comme se faire sucer par un She-male. C’est à première vue doucereux, agréable, presque banal, jusqu’à ce que la surprise inattendue nous fasse basculer sur des terrains que nous n’avions pas foncièrement l’habitude d’arpenter. Et à un moment, sortir de sa zone de confort, c’est plus que recommandé.






L’énorme James Blake – Voyeur





Le drogué James Blake – Every Day I Ran





Le beau James Blake – Retrograde





11 Titres – Atlas Recordings

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Team Ghost – Rituals

Posted in Chroniques on April 1st, 2013 by Dat'


Sur nous les étincelles du soleil



Difficile d’aborder un article sur Team Ghost sans sortir un laïus un peu nostalgique, sur l’histoire du groupe, sur les têtes qui le compose. Car si l’on parle beaucoup de la filiation du frontman de Team Ghost avec  M83, vu qu’il faisait parti du groupe pour les deux premiers albums, on ne s’étend bizarrement jamais sur les autres membres. J’en ai déjà parlé, et j’en parlerai encore, mais début 2000, il y avait Gooom Records. Et ce label, il a un peu changé ma façon d’écouter de la musique. C’est un peu con dit comme ça, mais sans Gooom, je n’écrirai peut être pas les mêmes chroniques aujourd’hui, je ne serai pas le même homme, musicalement parlant. Parce que le label m’a fait découvrir trop de choses, trop d’artistes, trop de portes à ouvrir. Je pourrai dire la même chose avec d’autres structures, comme Warp, Planet Mu… Mais avec Gooom, c’était différent, c’était plus personnel. Contrairement aux deux labels anglais suscités, il n’y avait pas de légende dans le roaster… mais pour moi, il y avait des disques qui pèsent autant dans mon cœur qu’un Aphex Twin ou un Plaid (donc de façon ultra subjective, je ne compare pas la portée de ces artistes, que l’on soit bien d’accord). Le label se permettait en plus de balayer pas mal de genres différents, tout en restant ultra cohérent (un tour de force). Il faut d’ailleurs savoir, bizarrement, que l’on trouve souvent des Cd estampillés Gooom au Japon, peut être plus facilement qu’en France désormais.

Ceux qui lisent ces pages depuis 7 ans connaissent mon amour pour la structure, proche du rabâchage de grabataire. De ce label émane évidemment les découvertes Abstrackt Keal Agram (et par ricochet Tepr), les excellents Cyann & Ben, le fou KG, Gel, Montag…  Et 3 types qui se retrouvent dans Team Ghost désormais. Nicolas Fromageau, de M83 donc. Villeneuve, affilié discrètement au label via compiles et remixes. Et… Tegala, le boss de Gooom, et le mec derrière Purple Confusion (dont j’ai toujours voulu chroniquer en mode nostalgique). Le groupe étant complété par Felix Delacroix et Christophe Guérin.

Alors, vous allez me dire “merde tu fais chier avec tes trucs de vieux crouton nostalgique, dégage ou parle nous du disque”. Pas faux. Mais il me fallait expliquer ça, le fait que je suis une putain de groupie, qui voit ce disque sortir avec une petite émotion, un peu comme Fortune en son temps, car cela réveille des souvenirs. Tu peux comprendre ça non, toi qui chiales sur la photo de tes ex ?! Parce que ça représente un peu une partie de mon adolescence/jeune vie d’adulte…

Bref, Team Ghost avait montré de très belles choses avec un premier EP sorti discrètement (mais j’suis tellement un gros hipster que vous pouviez trouver un de leur morceau dans mon super mix japan vs France de 2010), qui était un peu inégal, mais qui comprenait des morceaux vraiment superbes (Lonely Lonely Lonely, Sur nous les étincelles du soleil, Glorious Time, pour ne pas les citer), parfait équilibre entre une fragilité electronica et un mur du son shoegaze-rock plus frontal, et d’autres livraisons sorties sur Sonic Cathedral. Et pour tout vous avouer, sur ce longuement attendu premier album, on garde la recette, mais avec plus de monnaie dans la production, pour un son ultra massif qui va débroussailler bien des oreilles. Oui oui c’est bon, cette introduction ultra chiante et bourrée de name-dropping s’arrête là, on passe au disque.







Alors, en écoutant ce Team Ghost, je voulais plonger dans mon adolescence, en mode teinte sépia, cheveux de mannequins qui volent au ralenti, villes pleines de néons que l’on surplombe en regardant le monstre-foule s’ébattre, amours perdus, cœurs brisés, amours retrouvés, cœurs gonflés. Des trucs bien émo, mais dans le bon sens du terme. Le disque qui te fait voler, sur ton canapé, affalé devant ton ordinateur.  Dans le fond du métro, vers 1heure du matin.  Ou lové dans les bras de ton âme sœur, en plein milieu de la nuit, à regarder le plafond sans rien dire, peaux contre peaux.

Et à ce niveau, dès l’ouverture, Away, je suis servi, en triple ration. Synthé electro, voix ultra émo, légèrement modifiées, on commence en mode religieux, mais ça monte, ça monte, ça prend de l’ampleur, ça commence à te tordre gentiment le palpitant, avec une gratte qui démarre, une batterie qui tonne, une mélodie qui s’immisce dans ta colonne et la fait vite vriller. Ca bastonne un peu, sans violenter, avant qu’un barrissement pachydermique t’arrache les oreilles et te donne envie de sauter contre les murs. On est passé de la complainte désertique vocodée au typhon shoegaze. En 3 minutes. Sans réelle surprise, mais foutrement jouissif. Parfaite entrée en matière.

Mais Team Ghost a adopté une stratégie assez étonnante pour promouvoir son disque. Car si ce LP est très éthéré, synthétique et shoegaze dans ses grandes largeurs, ce sont deux (les seuls ?) morceaux ultra-rocks et agressifs qui ont été mis en avant sur les internets. Et qui se retrouvent dans le premier tiers du disque. Curtains sort la cavalerie, avec un rythme bien massif, et des guitares qui se tordent dans tous les sens. C’est guerrier, dans le chant comme dans les sonorités, et l’on se rapproche bien plus d’un A Place To Bury Strangers que d’un Port-Royal, mais sans foncièrement convaincre à 100%. Dead Film Star sera aussi enlevé, mais avec un coté plus gazeux, plus fragile, qui sied plus à votre serviteur. Toutes les guitares sont dehors, ça tabasse dur, mais on a quand même envie de copuler avec des cumulonimbus.

Entre les deux, un Somebody’s Watching recentrera un peu les ébats, avec une putain de ligne de gratte, enveloppée de chœurs qui foutent la frousse, et d’un chant avec une tonalité plus pop. C’est absolument imparable, la mélodie de base fait flipper ton cerveau (sérieux, à 1min30, ce pied absolu, avec cette gratte qui s’envole, qui crache une litanie ultime, que tu pourrais chanter sous ta douche) et quand le bordel s’éteint, et que seul les chœurs subsistes, tu frises la chair de poule, si tu es un émo sans mèche comme moi. Vlan, une batterie péplum déboule, ça tente de renverser le break cathédrale, et là, c’est la claque absolue, le sol se soulève, les immeubles s’effondrent, le ciel te tombe sur la gueule, mur du son hystérique, rock furibard, saturation de tous les diables, batterie qui perd les pédales, c’est tellement jubilatoire que tu as envie de repeindre ton salon avec ton liquide séminal.
Là aussi, c’est ultra classique hein, t’attends pas à un morceau qui révolutionne le monde, qui change ta perception de la musique, loin de là. Mais c’est tellement bien fait. Tellement mortel, dans la mélodie, dans le chant, dans la façon de faire monter la pression, puis de tout relâcher. Tu as envie d’être sur scène avec eux, et de sauter dans le public en hurlant, mais c’est pas possible, alors tu convulses seul dans ton appart’ comme un pauvre junkie en manque de dope. Et c’est sacrement bon.





Oh, vu ce que tu viens de lire, tu penses que ce morceau, c’est le diamant du disque hein ? Bah non. Il y en a un autre, encore plus majestueux, encore plus fou, encore plus beau. Mais genre BEAU. Un morceau qui prend le contre pied des 4 précédents, avec une facette beaucoup plus électro. Au départ de Things are sometimes tragic, ça reste dans l’axe des autres morceaux, avec ce chant super émo, noyé dans la brume, qui te lâche un tout petit couplet, sur des synthés trance dépressifs. Sans prévenir, une mélodie superbe, toute fragile, commence à s’infiltrer, histoire de se la jouer tire-larmes. Et là, plus de batterie, mais un putain de rythme techno, un pied binaire qui tabasse entre en scène. Et là, pile à ce moment, tu sens que ça va être putain de sérieux. Sur le boum boum boum boum appuyé, la trance funèbre prend de l’importance, les synthés s’emmêlent, forniquent à n’en plus finir, et toi, tu cherches un peigne pour rabattre la tignasse qui commence à se dresser sur ta caboche. Cassure, une mélodie fait surface, un truc épique, méchant, qui arrache la mâchoire. Et à partir de là, cela ne sera qu’une montée, une progression folle, orgasmique, entre techno héroïque, trance dépressive et shoegaze absolu.
Oh certes, ils auraient pu tout faire exploser à la Fuck Buttons, histoire de te tuer sur place. Ils auraient pu rebalancer une petite ligne de chant, histoire de pousser le coté lumineux à son paroxysme. Mais merde, c’est déjà parfait comme ça. C’est clairement le plus beau morceau du disque, et l’une des plus belles tirades entendues en 2013 pour le moment. Ce morceau m’a vrillé le cerveau, bouffé la moelle, irradié les neurones. Affolant, la grande classe, bonheur.

Après une baffe pareille, il vaut mieux faire reposer les machines. Qui sont surement cassées, selon Broken Device. Alors on va se retrouver sur un morceau tout simple, petite vignette ambiant-christique façon 28 jours plus tard, avec un synthé sublime, et un chant vocodé qui chiale sa mère, ses amours perdus, ses doutes, et bien des choses encore. Parfaitement dosé, sans début, sans fin, une petite complainte électronique parfaite, désarmante. Le morceau n’a pas vraiment de dimension, il est linaire, et coincé dans un coin du LP. C’est pourtant l’un des morceaux de Rituals qui m’a le plus touché. Comme quoi.

On a le grand frère de ce morceau un peu plus loin, Pleasure That Hurts, lui aussi ultra synthétique, entre synthé superbes, et un chant vocodé qui sied parfaitement à Team Ghost (on va peut être me jeter des pierres  dans la tronche, mais l’autotune convient parfaitement aux complaintes electros composées par ces français). Ici, on ne reste pas sur la même ligne tout le morceau, et un rythme bien massif va déboulonner le tout, et donner un souffle homérique au titre, avec un dernier tiers juste imparable.

Mais pour les amateurs de vrai shoegaze, ne vous faites pas de mouron, Team Ghost en a revendre dans le reste du disque, et sort de vraies munitions qui respectent la charte du genre avec brio, avec ce coté “release pressure / wall of sounds” dont je ne pourrai jamais me lasser. All We Left Behind se la jouera presque post-rock, avec ces cordes énigmatiques, ce piano funeste, surplombé d’une voix fragile. Et tout à coup, les enfers se déchaines, le mur du son se fait ultra violent, il pleut des saturations comme des uppercuts sur ton nez. Et si tu baignes dans le sang, tu apprécies drôlement cette correction dument méritée. Fireworks continuera le travail, avec un rock enlevé, énergique, tubesque, qui part complètement en couille en sa moitié, pour te casser la nuque sur une minute trente avec des guitares qui lézarderont bien des murs. Team Ghost assurera aussi le taff pour t’ouvrir la boule en deux avant la fin du disque. Seul Montreuil étonnera un peu dans sa direction choisie, assez guillerette, plus proche de Fortune que de ce que l’on l’habitude d’entendre chez Fromageau et ses potes. On aurait bien aimé une petite touche plus épique ou électro sur la clôture We Won’t Fail, pop-ambiant religieuse belle mais assez sage. Mais le groupe a du se dire qu’après tant de passages à tabac, il fallait calmer le jeu et sortir les mouchoirs. Pas une mauvaise idée de terminer le LP le cul bien enfoncé dans les nuages.





Alors, j’en vois certains soutenir “ouai ouai mais c’est un disque de shoegaze-electro super classique, rien de plus” et ils auront raisons. La majorité des morceaux gardent ce schéma “on pose l’ambiance, on s’emballe, on fait tout exploser, puis on revient à la mélodie initiale”, et l’on ne sent pas chez Team Ghost une envie de casser des barrières sous un giron novateur. Oui, Rituals est drôlement classique, presque scolaire sur certains morceaux. Mais bordel, c’est tellement bien fait ! Tellement maitrisé, tellement bien construit. Les mélodies sont pour la plus part des litanies crève-cœurs. Le chant est parfaitement placé. Les climax foutent le boxon et arrachent les colonnes. Classique… mais certains disques ultra conventionnels dans leur déroulement se retrouvent pourtant être dans les plus belles missives de ces dernières années !

Et Team Ghost, s’ils n’accouchent pas d’un monument, nous filent une sacrée taloche avec ce Rituals. Un disque qui assure le boulot, presque fan-service, avec ses quelques moments de bravoure ahurissants (Things are sometimes tragic, Somebody’s Watching, Away, Broken Devices…) et des morceaux qui te donnent envie de courir au ralenti dans un champ de blé avec le soleil qui perle dans le dos, comme la pochette du dernier Bvdub. Une putain de galette bien émo, bien violente, épique à souhait, sans réel faux pas. Les singles dispo sur youtube ne sont pas forcément ceux que j’aurai choisi, histoire de bien faire comprendre que si ce disque est majoritairement peuplé de guitares tentant de franchir le mur du son, c’est toujours fait avec amour et émotion. Team Ghost maitrise la science de l’ascension, de la progression, de l’explosion, de la mélodie. Et c’est bien tout ce qu’on leur demande, paradis.

Une des plus belles galettes de ce début d’année, sans hésiter.






Team Ghost – Away





Team Ghost – Curtains






12 Titres – Wsphere

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CRZKNY – Absolut Shitlife / Poivre – Juke Out (Dubliminal Bounce)

Posted in Chroniques on March 22nd, 2013 by Dat'


Harajuke



Si l’on n’a plus besoin de s’étendre sur l’amour des Japonais pour la musique électro française, qui a envahit tous les clubs et magasins de disques à Tokyo, il y a un autre genre qui semble draguer les palpitants nippons en ce moment : le Juke/footwork. Arrivé dans les étals via le Bangs & Works vol 1 sorti sur Planet Mu, le genre n’a pas quitté les magasins de disques depuis, ces derniers accordant parfois autant de place aux disques Juke qu’aux dernières sorties hiphop mainstream (notamment le Bangs & Works vol 2, qui avait un étalage aussi grand que le Frank Ocean). Et le tout ne passe pas que par l’importation. Une scène locale s’est rapidement développée, entre Dj set et concerts dans des lives houses cradingues, avec danseurs en prime. Des compilations d’artistes japonais déboulent, et des labels spécialisés dans le mouvement fleurissent. On verra même des groupes historiques comme Satanicpornocultshop changer complètement d’orientation pour partir dans le 100% footwork. Et c’est justement avec ces derniers que les Japonais commence à sortir du simple copier/coller juke pour le transformer à leur sauce.

Un des labels qui tire son épingle du jeu en 2012, c’est Dubliminal Bounce, qui abreuve le net avec des sorties gratuites via bandcamp, et sort son premier LP physique. Et vous savez quoi, le label n’est pas basé à Tokyo, mais à Hiroshima, ce qui est assez rare pour être signalé. Dans cette page, on va parler des deux têtes principales de la maison, CRZKNY et Poivre.








CRZKNY est surement l’un des seuls Footworkeur japonais à avoir une mini réputation à l’international, si l’on excepte les susnommés satanicpornocultshop/shit. Et si le bonhomme ne se prive pas de sortir tous les deux mois des Ep gratuits, c’est bien son premier LP, Absolut Shitlife, qui retient l’attention. L’objet tout d’abord. La pochette est absolument sublime, et l’artwork de ぽんぽんにないない flatte grave la rétine. On a limite envie d’acheter une version vinyle de l’album juste pour foutre le tout sur son mur. Deuxième point, l’intérieur du packaging tranche avec l’aspect émo-honirique de la couverture. Dedans, ce sont des slogans anti nucléaires – Fukushima qui priment. On sait que les artistes jap sont une des franges les plus critiques actuellement contre le nucléaire et CRZKNY affiche le tout sans détour : We are still Alive / We will resist / Protect children from radiation barrent les photos avec force.
L’album, c’est 60 “fausses” tracks au compteur (ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ça tiens), avec au final 17 tracks effectives, plus 3 autres bonus à chercher dans les 40 vides restantes (facile avec Itunes, moins marrant au discman).


Alors évidemment, ce Absolut Shitlife est un disque de Juke, avec ce que comporte le genre : rythme effréné à 160 bpm, samples cramés, injections thug et titres bien ghettos (murder gots ta pull the trigger, si si oui oui). Ca vrille dans tous les sens, ça flingue ton cerveau et te donne envie de vomir de la bile en te mettant les doigts dans les yeux histoire de voir pleins de couleurs avant de mourir. Mais CRZKNY donne un peu d’espace à sa musique, et drague bien plus facilement les tympans que certains types signés chez Mu, en mettant bien souvent en exergue les mélodies. Street est un pur tube, qui tient plus de la Trap que de la Juke au final, avec une bassline énorme et des synthés bien planants. On ne devrait pas attendre longtemps avant d’entendre un Mc poser dessus. Trinity est en mode ghetto bass, synthés futuristes, Mafia en hiphop épileptique. C’est justement parce que CRZNKY ralenti juste un peu la cadence, et file une galette moins hystérique que les canons du genre, que l’on accroche vraiment à la recette.
Evidemment, on a quelques titres insupportables, inhérents au genre, et qui ne plairont qu’aux désaxés ayant toute la vie pour se jeter sur des murs capitonnés (Off Season, Work, Murder gots ta pull the trigger, track 39…). Mais au final, le LP lorgne plus vers un Kuedo survitaminé ou d’un Young Smoke plein de codéine (Nasty Teacher, complètement mystique, ロイヤルミルクティー 2K13, émo et candide) que d’un Traxman ou un Rashad bien énervé.

On a même quelques tirades donnant un peu de variété au tout. Mark Of The Beast, après quelques secondes asiatique, partira sur une première moitié ultra planante, très belle, spatiale… avant foncer dans une grosse montée shoegaze juke folle, qui file le vertige et broie les tympans, entre sonorités world/shamaniques passées à la moulinette, répétition des samples jusqu’à overdose, et bassline tellement balaise qu’elle te comprime les tympans comme si tu passais dans un tunnel en TGV. Il y a aussi Shitlife feat 食品まつり, qui nous fait regretter qu’il n’y ait pas plus de Mc sur ces 20 tracks, en balançant une instrue épileptique qui ne semble pas déranger plus que ça le rappeur.
Mais le highlight absolu du disque, c’est PUNK!! 2K13, mandale monstrueuse. Sample classique pour quelque seconde, impossible de s’attendre à ce qu’une bassline aussi ENORME déboule et ravage tout ce qui passe, en nous explosant la caboche. On se demande si l’on doit remuer son cul sur un dancefloor ou se suicider tellement c’est trop, et au moment où ton cerveau commence à couler par tes oreilles, un synthé mortel, bien futuriste, se pose et adoucit le tout en t’envoyant la gueule vers les étoiles.  Ce truc, c’est une putain de grenade à fragmentation, un cauchemar qui raille les parois de ton crane. Je veux entendre un Mc se mettre à sauter sur cette instrue. Obligé.



Bref, CRZKNY nous sort une jolie galette avec ce Absolut Shitlife, qui surclasse une bonne majorité des prods Juke nippones actuelles. Justement parce qu’il ne se concentre pas uniquement sur l’hystérie des samples, mais nous serre une mixture Juke / Trap / Ghetto Bass bien branlée, assez mélodique, et offrant des respirations salutaires dans le LP, nous permettant de (presque) tout nous enfiler d’une traite, contrairement à 90% des disques du genre. On passera sur la candide blague de nous refiler 60 fausses tracks, pour se concentre sur le tabassage en règle fourni par les gars d’Hiroshima. Parfait pour un attentat en plein mariage/soirée, à glisser le disque sans prévenir puis observer la tête décomposée de tous les invités. Ceux qui détestent la Juke seront difficilement convaincus, mais pour les personnes sensibles à ce genre de baston sonore, c’est Byzance.

Du bon boulot, avec de sacrées tueries.











———————




L’autre bonhomme de Dubliminal Bounce, c’est  Poivre (ne me demandez pas pourquoi un japonais a choisi un blaze pareil, d’autant plus que ce mot est imprononçable pour les nippons). Le bonhomme a sorti presque une demi douzaine de Mix et EP gratuits, et vient de sortir cette semaine Juke Out, EP de 7 morceaux se concentrant sur des remix de gros morceaux, en mode Juke Hystérique. Et là aussi, le gars a l’intelligence de varier entre tracks de bourrins et remix plus aériens.

L’Ep commence avec une relecture hystérique de l’énorme Blocka de Pusha T, tout snares dehors, en mode uzi, ça tire de partour, et le refrain tubesque surpitché donne toujours envie de se foutre au volant d’une grosse bagnole avec lunettes de soleil et sono à fond. Sur Express Yourself, on est presque plus proche de Prodigy que de Traxman, tant le truc est ultra bourrin, frôlant les 180bpm, comme si tu écoutais du reggeaton en plein crash de bagnole. C’est quand Poivre touche à des choses plus pop qu’il fait chavirer les cœurs. The XX se fait malaxer son Angels, toujours doucereux, mais diablement plus pimp, avec gros rythmes hiphop sur guitares cristallines, avec un chant qui bégaie drôlement, pour un résultât vraiment planant et plaisant. Et qui nous rappelle que Jamie xx ferait bien de mettre sa science du beat à profit de son groupe, histoire de sonner un peu moins fainéant que sur le dernier Lp.
James Blake sera carrément présent sur deux morceaux de Juke Out. Et ceux qui pestent contre le coté guimauve de l’anglais boufferont ces relectures épileptiques avec plaisir. Limit To You Love en prend plein la gueule, répétition maximum, transformant la complainte lugubre en bordel drum drogué. C’est bien, ça fait du bien, et c’est gratuit. Mais c’est le tout nouveau Retrograde de Blake qui se prend le meilleur parpaing dans la tronche. Le remix est vraiment mortel, gardant le coté bien émo du morceau, en accélérant certes le tempo, mais sans nous tronçonner les oreilles. La montée est longue, le chant est gardé, et les percussions/snares soutiennent simplement la progression, donnant un peu de peps au tout. Quand le refrain, avec les synthés nauséeux (très beaux dans l’original) déboulent, on a envie d’entendre ça sur un gros soundsystem, juste pour se faire cisailler la tronche.



Alors, je vois venir la question qui tue : A quoi sert un remix juke, alors que le tout revient bien souvent à balancer des snares en rafales et des samples qui se répètent. Réponse ? A rien.

Pour moi, c’est comme le Screwed & Chopped. Un remix Juke, c’est le négatif du Screwed & Chopped. On prend un morceau, on l’hystérise le plus possible, et on se dynamite les neurones avec. Au lieu de chercher la drogue, le slow-mo et le ouaté, on trouve l’épilepsie, la fin de soirée orgiaque avec les yeux brulés par les stroboscopes. Et Poivre prouve, que comme avec un remix Trap, la Juke ne marche jamais mieux qu’avec une bonne dose de Pop et de voix émo.

L’ep est gratuit, donc non remboursé par les ORL en cas de problème.









17 titres + 7 Titres – Dubliminal Bounce

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Babx – Drones Personnels

Posted in Chroniques on March 19th, 2013 by Dat'


More Heart Than Brains



J’avais parlé de Babx comme l’un des types à surveiller en 2013. Parce que l’on sentait les frémissements d’un retour, après des années à agir dans l’ombre. Vu que je ne suis qu’un branleur, je vais, pour cette introduction, paraphraser ce que j’avais dis il y a quelques mois : pourquoi surveiller ce chanteur, alors qu’il évolue dans un genre qui n’est pas foncièrement mon truc ? Parce que le mec est hors norme. Par ce qu’il ne cadre pas du tout avec le carcan “guitare piano voix” (qui me fait souvent profondément chier) des bacs hexagonaux reposant trop souvent sur l’écriture, éludant complètement la possibilité de fleureter avec la folie d’une musique accompagnant les mots. Parce que si ses deux premiers albums étaient classés dans la chanson française, il en brisait les normes :

Jamais avare en brisures noisy, en échappée virant vers les balkans, en guitares débridées, en touches electro. Même quand les textes étaient sublimes (ce qui n’a jamais été mon intérêt premier de toute façon), la musique était en soutien, histoire de te briser le cœur. Impossible de ne pas reparler de Lettera, diamant absolu, superbe texte sur l’absurdité de l’amour, de la télé réalité, de la célébrité mouchoir. Dans ce morceau, quand le manège cassé, le bal drogué, le vieux film en slow motion s’élançait sur la conclusion, on était plus proche d’un The Caretaker que d’un Renan Luce. Babx, c’était aussi, je ne le répèterai jamais assez, son LP Cristal Ballroom, petit chef d’œuvre boiteux de pop française expérimentale, avec, en point d’orgue, le L rêve d’Il et sa longue progression noisy, quasi-orgasmique, placée en fin de disque. On peut citer aussi Electrochocs Ladyland et sa charge finale qui te casse la colonne vertébrale, entre rock furibard et BOF émo… ou du craquage en règle qu’était Mourir au Japon. Si quelques morceaux un peu plus “normés” me touchaient moins, on sentait que le disque bouillonnait dans tous les sens, chapeauté par un laborantin fou hésitant constamment entre l’envie de te flinguer les neurones et de faire des belles chansons.







Ce nouveau disque, je l’attendais méchamment, à cause d’un premier Ep de qualité, et surtout un teaser qui se montrait assez guerrier, bien que très court, en balançant une grosse saturation sur mélodie émo qui ne pouvait que plaire à votre serviteur. Le titre, Drones Personnels, s’avérait intriguant, et même si l’on se doutait bien que Babx n’allait pas se mettre à faire du Sunn O))), il pouvait indiquer que le chevelu parisien n’avait pas abandonné ses velléités légèrement expérimentales.

Alors j’aimerai bien parler de l’album comme d’habitude, en décortiquant bien les textes, les références, et les influences du mec. Sauf que dans ces pages, on maitrise mieux la Tr-303, le Uk Garage et les déchirures noises que les beaux mots d’Alain Bashung and co (par contre, si tu veux parler d’Etienne Daho, je suis ton homme, et cela pendant des heures).

Alors je vais parler directement du morceau J’attends les E.T. Parce qu’il est la pièce maitresse du disque. Parce qu’à la première écoute, j’ai eu la colonne vertébrale qui a vrillé, et c’est bien ce que j’attendais. Le tout commence par un grondement lugubre, bien grave, un synthé électronique caverneux, presque agressif. Drone mutant qui se nécrose et vibre comme la mort. Babx déclame un texte, puis par dans un chant cristallin, presque angélique, pour une pause aérienne d’une dizaine de seconde, avant de replonger dans le magma électro du départ. Un rythme presque breakbeat fait son entré, ça monte, ça monte, et paf, on tombe sur un rock de l’espace, une guitare qui a l’attitude désertique, ça sent le cactus et les virées en Cadillac dans le grand canyon.
On se surprend à revenir sur un morceau plus classique, mais le bonhomme cloture son refrain romantique pour partir vers un rock noise de terroriste, une guitare qui gicle dans tous les sens et grince comme c’est pas permis. Les rythmes dérouillés déboulent, les guitares se transforment en mur du son, et dans ce maelstrom convulsif et effréné, il y a cette mélodie. Car tout est une histoire de mélodie. Cette mélodie, elle te prend la gueule, elle te retourne le palpitant, elle te fout des parpaings dans la tronche. Ca s’envole mais ça dégomme dans tous les sens, c’est la complainte d’un amoureux coincé dans un typhon. La mandale ultime. Dernière stridence, tout se tait, et l’on retombe dans la mutation électro du départ, chapeauté d’un simili-orgue super beau. Babx n’en fini plus de hululer vers la lune, tu as les cheveux qui se dressent sur ta caboche, et tu te prends les derniers hystéries drones en bonus. Le passage entre 2min45 et 3min20 est complètement dingue, ça m’a littéralement arraché le cerveau. La track indiscutable du disque. Au pire, la popchansonfrançaisemachin t’emmerde? Achète juste ce morceau, tu en auras pour tes deniers (et tu sauras au moins quoi faire de ces derniers).

Alors tu vas me dire, si tout le disque est comme ça, on tiendrait l’album de l’année. Certes. Mais on n’a pas un LP de Mr Bungle dans les oreilles, donc difficile d’espérer ça sur 60 minutes. Par contre, si Babx nous serre des morceaux rock / chanson française, il n’hésite pas à parasiter, voir fracasser, ces derniers avec quelques idées inattendues. On se trouve avec un album pochette surprise, avec des titres qui peuvent se briser, ou changer de direction sans prévenir, pour le plus grand plaisir de mes neurones.

2012 en est le parfait exemple. Au départ, pop song feutrée, étrange, avec pour seul écrin des petites sonorités cristallines. On est là, loin aussi, dans la forme de la chanson française habituelle (Babx semble avoir voulu bannir le plus possible le sempiternel, et usant, combo gratte/piano). Des synthés lancinants semblent perler, sorte de drones discrets parasitant l’ensemble et accrochant l’oreille (étonnante et belle incursion à 1min44). On hésite entre la prière dans un temple tibétain et une boite à musique un peu cassée. Le morceau est long, et au moment où l’on se dit “bon ok, on en est où là ?”, le tout se nécrose, et part dans une montée céleste, sentant grave la drogue, entre échos persistants, cornemuse flinguée, rythme qui prend à la gorge, bruits non identifiés, sonorités aquatiques. Une espèce de vague étrange et psychédélique qui s’avance et t’étouffe, s’immisçant par tous tes orifices pour te faire perdre pied, et casser tes repères. Tu as l’impression d’écouter un big-band après avoir avalé une bouteille entière de Rivotril, parfait.

Les Noyés offre la même surprise, le même contrepied : le morceau minimaliste qui se dérobe sous tes pieds et te plonge la tête dans un monde maximal. La track ne se base (quasimment) que sur une espèce de corde pincée, avec pour seul repère mélodique un Babx (superbe au moment du “dans quel atoll te reverrais-je ?”) au chant nickel. C’est rêche ? Oui. Mais la trappe s’ouvre sans prévenir, et te voilà tombé dans un tourbillon de chant divin, sirènes tentant de voler ton cœur, entre valse aquatique et noyade camée. Culte du Cargo envahit par les femmes poissons, aguicheuses et presque flippantes, avant de se retirer, et te laisser dériver sur ton bout de bois, au large, dans les flots bleus, sans rien ni personne pour t’accompagner, à part ces fameuses cordes pincées.





Babx offrira même son petit craquage règlementaire, que l’on trouve à chaque disque. En 2009, il voulait crever en terres nippones. En 2013, il singe un dictateur dans ses derniers instants avec Despote Paranoïa. Agressif, fou, on imagine un simili-Kadhafi, la bave aux lèvres, éructer sur ce carcan électro flingué, au synthé chiptune (!!) prononcé et aux ambiances de vieux bals teintés sépia. Voix dérouillée et saturée, syllabes qui claques, on tient l’alien du disque. Le dernier tiers, entre guitare hystérique, sonorités 8bits et samples de vieux film démonte méchamment, presque jouissif.

Mais on trouve sur l’album des chansons moins cramées, des petits tubes parfaits ou belles tirades plus sages. Suzanne Aux Yeux Noirs ouvre parfaitement le disque, avec ces belles guitares, cette progression qui n’en fini plus de monter, et cette mini incartade impromptue, façon manège déglingué plus proches de Stubb (a dub) que de la foire du trône. Tchador Woman (qui semble reprendre partager le thème de Despote, mais d’un autre point de vue) se pose comme le highlight imparable en balançant un single nickel pour les radios, pas avares en guitares psychédéliques, que l’on pourra chanter sous la douche sans problème après avoir pris un peu de LSD (merde, quand les guitares s’envolent, tu as juste envie de te croire dans un clip de Holy Fuck…)

Helsinki donnera une belle respiration à l’album, pour quelque chose de plus normé dans la forme, mais avec une production de folie (bourré de détails, taillé à la serpe). Babx chantera même avec une demoiselle toujours jolie avec ou sans lunette, ou n’hésitera pas à partir dans l’hypnose avec Springtime (suivant un inutile et long blanc façon piste caché, je me bas contre ça depuis mon premier discman) fresque slow-motion, en mode mille-feuille sonore.

Babx entérinera le thème du Drone sur son disque avec Dans mon Gulliver, le drone discret, soyeux, narcotique. Longue vibration qui masse les tympans, notes qui coulent dans tous les sens, bruits non identifiables, les tympans s’affolent devant la complexité et la dimension des sons, alors que tout paraît pourtant couler de source. Surement mon morceau préféré, le plus beau, le plus fascinant, avec la folie extraterrestre décortiquée en premier. J’aurai adoré que le tout s’étende sur 5 ou 6 minutes, histoire de poussé le coté anesthésiant au maximum.






On est obligé de saluer l’intelligence du placement de Babx, parfaitement à l’équilibre entre chanson française et touches expérimentales flinguées. Surement moins fou et hermetique que Cristal Ballroom, ce Drones Personnels impressionne par contre par le gap indéniable entre ces deux disques, au niveau de la production. Ici, elle est luxuriante, belle à mourir, bourrée de détails, riche, toujours en mille-feuille. On a l’impression de voir Babx prostré sur chaque morceau, à régler chaque millimètre d’échos, chaque échappée sonore, chaque craquement. On sent que le mec a appris de ses escapades plus pop (Camelia Jordana est, en plus du duo, cachée sur 4 morceaux du disque d’ailleurs, dans les chœurs), pour balancer une sacrée mandale façon fresque aux milles facettes.

Le fait de s’être écarté le plus possible des standards (d’une scène que je ne maitrise pas assez bien néanmoins), pour servir, sur la majorité des morceaux, des instruments étranges, parfois même pas identifiables, sert énormément le disque. Qui je le rappelle, explose dans tous les sens à l’arrivée de J’attends les E.T, et qui s’envole avec grâce via Dans Mon Gulliver. Au final très peu de titres ne me draguent pas.

Les Drones de Babx sont personnels, peut être. Mais ils sont surtout persistants, riches, hypnotiques. Et n’hésitent pas à viser directement les palpitants.






Babx – Teaser (drone 1)





Babx – Tchador Woman (Manal’s Song)






11 Titres – Cinq7

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Autechre – Exai

Posted in Chroniques on March 11th, 2013 by Dat'


Amers Britons



Il y a plusieurs fils rouges sur ces pages, avec des artistes que je chronique à chaque (ou presque) sorties. Si j’ai abandonné pour Venetian Snares, tant le gars prend une pente dangereuse (à mon grand désespoir), je ne peux faire impasse sur les missives régulières de Mr Oizo, Clark ou Raoul Sinier. Mais un autre groupe revient dans ses pages tous les deux ans, histoire de nous faire sauter les neurones : Autechre. C’est assez difficile de discourir sur un groupe pareil, tant ce dernier déchaine les passions. Tu trouves ça merdique, on déversera les enfers sur ta gueule. Tu trouves cela incroyable, on te balancera que tu te masturbes sur des cliquetis inaudibles.

Et si Autechre reste l’un des derniers bastions Warp gardant une ligne directrice forte, sans jamais partir en couille (contrairement à une bonne partie du roaster actuel), il est difficile de ne pas admettre que le groupe anglais commence à avoir des problèmes d’équilibres depuis quelques sorties. Pour moi, Quaristice cristallise un tournant dans la “carrière” du groupe. Fini l’ère du monolithe implacable, de l’univers déplié sur de longues tracks frôlant les dix minutes. Quaristice se révélait être un LP ultra frustrant, contenant quelques tracks hallucinantes, mais aussi quelques reliquats dont nous nous serions bien passés. Ce disque était aussi l’entrée dans une promo quasi-incohérente, avec multiples éditions sortant en rafales, contenant tracks bonus / alternatives / remixées, noyant quasiment la sortie initiale, et dévoilant un sacré problème de sélection / synthèse (du label ou du groupe, on ne saura jamais). Oversteps continuera dans le mode tracks courtes, mais dans un moule plus mélodique, plus construit… puis sortir 3 mois plus tard un Ep plus long que 98% des LP peuplant la planète terre.

Beaucoup doivent apprecier la nouvelle direction prise par Autechre, qui n’abandonne pas ses fondamentaux (heureusement), mais qui les portent vers une musique plus directe (il faut le saluer), et vers des albums plus éclatés. Je dois dire que de mon coté, je regrette vraiment la structure “typique” d’un album d’Autechre d’il y a quelques années. Celui qui déboulait avec 8 ou 9 titres, tous plus longs qu’un bras, pour une durée totale de 65 minutes. Celui qui t’emportait dès la première seconde, pour te tabasser sans discontinuer, sans jamais te pousser à penser “tiens ce morceau, je n’aime pas, je le passe”. Attention, je ne parle pas de sonorité, de nostalgie, ni de la belle époque. Je suis bien conscient que l’on n’aura jamais plus de Tri Repetae ou d’Untilted. Je parle exclusivement de stature, de positionnement, avec un album pertinent de bout en bout, un disque qui te viole le cerveau sans discontinuer pendant plus d’une heure.

Autant dire qu’à l’annonce d’Exai, avec ses 20 titres au compteur, j’ai fais la gueule. Jusqu’à ce que l’on nous informe que le tout allait être un double album, et que pas mal de morceaux allaient tendre vers les 10 minutes.







Pour tout avouer, impossible de ne pas penser “pourquoi faire un double album de 20 morceaux, au risque de livrer quelques titres moyens bridant la cohérence du tout, plutôt que de fournir 9 ou 10 titres ultra solides ?”. Après écoute, je me pose encore cette question, tout en me protégeant les yeux pour éviter que mes rétines brulent devant l’artwork.

Alors je ne sais pas si c’est moi, si j’ai grandi, si je suis blasé, si j’ai trop écouté la radio. Mais sur ce Exai, il y a des morceaux qui ne passionnent pas. Des titres qui ne mènent à rien. Le problème, c’est que je n’arrive pas à savoir si c’est parce que le titre est réellement anodin, ou si c’est parce que j’accroche un peu moins aux délires claustro-experimentalo-déstructurés d’Autechre. Je me fais vieux peut être? Pourtant, quand j’écoute certains morceaux hystériques du groupe, je bande encore. Parce que même si c’était la tempête, ils allaient vers quelque chose. Pen Expers, c’était un putain de typhon. Mais ce typhon, il tendait vers la grâce, il avait une direction. VI Scose Poise, pour nos mamans, c’était juste un grincement bizarre. Sauf que le truc débouchait sur le paradis. Ca grinçait, c’était complètement hermétique. Mais même si tu te faisais malaxer pendant 9 minutes par des presses hydrauliques, au final, on te plantait des ailes d’anges dans le dos.
Alors que là, tu prends un truc comme Spl9, ça ne me donne pas du tout envie de m’envoler. Ni de chialer, ni de rêver, ni d’avoir peur. Ca m’impressionne, certes. Mais ça ne me transporte pas. J’ai l’impression de courir sans but, à tenter de sauver mes miches, poursuivi par un amas hallucinant de rythmes fous. Sauf que si je me mets à prendre mes jambes à mon cou, ce n’est pas pour me retrouver face à un mur en bout de course.

Runrepik, Prac-f et quelques autres, c’est un peu le même délire. On te tabasse, mais on ne t’explique pas pourquoi. On ne te donne pas de lueur d’espoir, par de rêve, pas d’émotion. De l’émotion, c’est pourtant le plus important. Putain, moi je pourrais chialer sur la perfection de certains titres d’Autechre. Là, j’ai l’impression d’assister à l’enterrement du voisin d’en face. On sait qu’il faut ressentir quelque chose, mais on n’y arrive pas. On observe, d’un œil torve, toutes ces salamalecs se déplier devant nous. C’est intéressant. Mais cela ne nous touche pas directement. On prend des notes, on acquiesce de la tête, on engrange. Comme un psy avec son patient. Sans se sentir impliqué réellement.

Et c’est le problème d’une partie d’Exai, comme c’était le problème de Oversteps ou Quaristice. La majorité des morceaux sont bons. Mais il y a des tirades infécondes placées au milieu du bordel, qui nous empêchent de se prendre une mandale absolue, pachydermique, par un monolithe pensé de A à Z pour nous retourner le cerveau.





Attention, ne vous fiez pas à ce paragraphe bien morose. Car Exai nous offre une belle brochette de tueries absolues. Des morceaux que l’on veut entendre en écoutant Autechre… Un exemple ? Bladelores, highlight ultime de ce double album, morceau fou qui comporte tout ce que j’aime chez les deux anglais : maitrise hallucinante, technique folle, mais aussi de l’émotion, de la spontanéité, de l’énergie. De la vie, bordel ! Un truc qui se nécrose, une bête qui mute, un être en composition qui hurle, se tord, exulte ! Un rythme simili-hiphop qui se balade en claudiquant sur des synthés qui filent le vertige… Non mais il faut écouter les claviers, vers les 2min !! Ils sont mélodiques, puis deviennent quasiment impossible à distinguer, presque assimilables à du vent qui nous caresserait les oreilles. On a l’impression de se tenir au bord d’un gouffre infini, à entendre le souffle de l’air émaner des abymes. Puis la mélodie revient, cette bassline presque tubesque, cette progression dingue qui se fraie un chemin dans le maelstrom. Mais surtout ces claviers, qui sont les plus hypnotiques, les plus beaux entendus chez Autechre depuis un bail. On s’imagine courbé sur le bord de cette falaise, à contrer le vent en marchant d’un pas lourd, la tête parasitée par les échos rebondissant sur les parois de ces grands espaces. Le morceau prendra presque une tournure religieuse au bout de 5 minutes, avant de filer droit vers les catacombes, pour une longue et épique remontée qui perdurera jusqu’à la fin du morceau. La folie que ce morceau, qui  m’a donné les mêmes sensations qu’en écoutant le sublime Nth Dafuseder.B. Ce Bladelores est un putain de diamant.

Juste avant, tu as le mortel Tuinorizn, qui, bien que court, assure le taff en te balançant une techno de gros mutant, qui te malaxe une usine entière en petits cubes pour te la faire bouffer. Ca part dans tous les sens, la mélodie est complètement absconse, mais belle comme la mort. On a aussi Fleure, qui semble débuter de façon trop hystérique, mais qui va se transformer dans sa conclusion en monstre impressionnant, terrifiant, sorte de grognement guttural entre le gangsta rap et l’attentat terroriste. Juste après, c’est 1 1 is (qui ouvre le bal du 2ème disque) qui s’impose avec une rythmique ultra lourde et une mélodie presque goguenarde, façon rue malfamée, mais dans un futur encore trop loin pour nos belles gueules. La nécrose finale sera surprenante, et draguera bien des cœurs. Un peu plus loin, Deco Loc sortira les concasseuses, et surprendra presque avec l’emploi de voix samplées (ou de synthés qui s’y apparentent). Impressionnant dans la technique (ces saccades indescriptibles !) et beau dans son déroulement, on serait presque étonné d’entendre une direction “actuelle” dans ce morceau, comme si Autechre donnait sa vision de la bass music hype, mais en mode autiste décharné qui balance ses bouts de chairs à qui veut l’entendre. Alien complet de ce Exai, Deco Loc peut se poser parmi les meilleurs titres du LP, et le plus désarçonnant, sans soucis. Et nous donne envie de savoir ce que ferait Autechre, si comme Lula, ils partaient dans les clubs et les party…

Irlite (get 0) impressionnera presque autant que Bladelores, même si ce dernier remporte la palme à cause du surplus d’émotion. Car chez Irlite, ça tabasse dur, ça frappe de façon impitoyable et inhumaine. Mais surtout, on a une progression folle, une mélodie dingue : ce passage de tueur absolu à partir de 1min45, qui va graduellement t’encercler, t’étouffer, te laisser pour mort après t’avoir rassuré. Ca vole dans tous les sens, on se sent pris au piège, non sans un certain plaisir. Après un passage littéralement flippant, le morceau va se briser en son milieu et partir sur un tunnel christique, avec des claviers qui te déséquilibrent, et des zébrures qui te frappent sèchement la nuque. C’est typiquement le genre de morceau (avec Bladelores donc) que j’aimerai avoir sur album d’Autechre en mode 7 ou 8 tracks, pas plus, pile dans la veine des deux précités. Là, ça serait le bonheur.

On sera même étonné d’entendre quelques tirades ultra-mélodiques, presque cheesy (toute proportions gardées, comparé aux androïdes sans pitiés peuplant Exai). Jatevee C, qui ne respire pas l’originalité folle, fait quand même vraiment du bien dans tout ce bordel industriel, et offre une petite coupure aérienne, là aussi presque tubesque, à base de claviers imparables et de rythmes qui tabassent. Une excellente petite bombinette, très Warpienne, qui réchauffe le palpitant, traumatisé par tant de violence. On aussi, en bonus track japonaise, le très apaisé 18 Keyosc, qui, encore une fois, ne se contente pas de la simple flatulence bonus, et file 8 minutes de mélodie rassurante et cristalline, remuée par quelques rythmes étouffés. Une parfaite sortie d’album, paisible et tout en retenue.






Exai est donc un excellent album d’Autechre. Peut être le meilleur depuis Untilted. Parce qu’il distille des titres ultra solides. Le problème, c’est que l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il y avait matière à faire un seul LP de 10 titres, ultra béton, plutôt que de s’étendre sur deux disques, au final assez inégaux, et impossibles à écouter d’une traite (à moins de s’être forgé les oreilles en travaillant dans une aciérie). Certains morceaux font complètement choux blanc, reposant exclusivement sur des teintes et des sonorités mutantes, aussi impressionnantes soient-elles. On a presque l’impression depuis quelques années qu’Autechre à du mal à valider les tracklistings de leurs albums, ayant la coupe moins franche sur la sélection des morceaux à intégrer sur les LP, n’arrivant plus à sortir l’extrême onction de leurs machines sur 100% du temps.

Mais mais mais… il y a dans ce Exai des morceaux comme Bladelores, Irlite (get 0), Deco Loc, 1 1 is ou Jatevee C (et pas mal d’autres). Et sur ces derniers, on a tout : l’émotion, la technique, la puissance, la richesse, comme seul Autechre sait le faire. Car quand les mélodies montrent le bout de leurs nez, c’est maginfique. Des cathédrales sonores folles, qui ramonent la gueule et retournent le cœur, des fresques qui t’explosent les trippes, qui te coupent la colonne vertébrale en mille. Et c’est bien tout ce que l’on demande à Autechre.

“All Killer, No Fillers !” disait un fameux groupe canadien gueulard. Il suffirait seulement de souffler ce dicton à Autechre pour le prochain album…




Autechre – Jatevee C




Ps : Les Chroniques Automatiques sont aussi sur Twitter désormais. Cela fait tout bizarre d’embrasser la modernité. N’hésitez pas à follower, retwitter, et tout pleins d’autres trucs dont je n’ai pas encore pigé les fonctionnalités.




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20 tracks / Warp – Beat Records

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Japanese Hiphop Mixtape ADD-ON : Mini-chroniques

Posted in Chroniques on March 4th, 2013 by Dat'


10 mini-chroniques



En marge de la mixtape “Cum On My Selector / Japanese Underground Hiphop” postée la semaine dernière, voici un petit article détaillant 10 artistes au tracklisting. Cette succincte sélection n’est pas là pour définir un ordre de classement inaltérable, mais bien de présenter et mettre en lumières des artistes qui valent le coup d’oreille, avec pour seul objectif, accompagné de la mixtape, de constituer une petite porte d’entrée au genre. Avec, si possible, quelques vidéos pour se faire une petite idée. En espérant qu’il n’y ait pas d’imprécision, les kanjis sont parfois méchants. Evidemment, les focus sur les artistes japonais ne sont pas finis sur les Chroniques Auto, stay tuned…




POUR TELECHARGER LA MIXTAPE : JAPANESE UNDERGROUND HIPHOP




Mini-chroniques de 11 artistes : ERA, Zone The Darkness, S.L.A.C.K, Sick Team, PSG, Issugi, Shingo Nishinari, Fragment, Dotama, Watter, Hakuchumu




ERA

Si ERA est un Mc relativement jeune dans le paysage nippon, il a opéré une mue intelligente l’année dernière avec son album Jewels. Car si le rap Japonais court assez souvent après le hiphop US, peu arrivent à le faire de façon pertinente. Après un premier album ni-ni (3 Words My world), ERA semble avoir pris la première mixtape d’Asap Rocky en pleine gueule. Le mec sent qu’il y a quelque chose à exploiter, sur un espace qui semble inexistant dans le rap japonais, et va carrément débaucher un des producteurs de Lil B, Rick Flame, qui semble se noyer méchamment dans le Sizzurp. Le LP gardera quelques productions old-school, mais qui sentira bien la drogue sur 70% des morceaux. Pour se retrouver quasi-seul sur ce secteur du “cloud-rap-semi-mainstream”  à la Asap, on saluera ERA pour l’intelligence du placement, en attendant de voir d’autres Mc nippons s’engouffrer dans une brèche qui devrait parfaitement convenir aux flows de ces derniers. Ce court album Jewels a de plus le mérite de filer une plaque avec les instrumentaux, et quelques titres en bonus. Un mec à surveiller de près. En espérant qu’il continue à beaucoup se droguer.


ERA – Planet Life feat Lady Keikei





Zone The Darkness

On va faire simple, Zone The Darkness est pour moi l’une des jeunes têtes du Hiphop jap à suivre absolument. Insaisissable, passant d’un genre à l’autre sans problème, doté d’un swag incongru mais incontestable (poser sur sa pochette d’album avec des ray-ban et un teeshirt mickey alors que l’on fait des feats avec des gros durs comme Kan, faut le faire). Quand je dis insaisissable, c’est que l’on ne sait jamais sur quoi l’on va tomber en prenant un nouveau LP du gars : premier album, 心像スケッチ, très sombre, flirtant avec le glauque, entre un rap street poisseux et des élucubrations à la Anticon. Puis THE N.E.X.T pour second disque, qui fait un 180° pour servir des productions complément folles, souvent très electro, en invitant la crème des beatmakers alternatifs nippons (Fragment, Michita, Eccy, Punpee…). On reste certes dans le torturé, mais avec des tueries flirtant avec le banger pachydermique, et mêmes deux trois missives mélangeant superbement chiptune et rap frontal. ロンリー論理 court et anxiogène 3éme album, sera moins marquant mais loin d’être dispensable. Et c’est avec son nouveau, et 4eme album, que Zone The Darkness surprendra à nouveau : Dark Side délaisse  les instrues mille feuilles pour un rap street flirtant avec le gansta. En fonction des affinités, chacun donc ferra son marché chez le MC, mais The N.E.X.T reste l’un des LP les plus audacieux et maitrisé dans l’electro-rap déglingué… et Dark Side se pose comme un album âpre extrêmement solide. En vidéo, le premier single du dernier album, et un teaser du deuxième LP, qui résume parfaitement la folie pure de cette galette.


Zone The Darkness – Dark Side & Zone The Darkness – The N.E.X.T album trailer





– S.L.A.C.K

Déboulant de nul part (quasiment, il avait juste fait quelques cd-r et apparitions dans des compiles comme les excellents Shout Of The Underground), S.L.A.C.K, ou 5lack pour les intimes, se fait une place dans les gros magasins avec un très remarqué My Space en 2009, pour ravager tout ce qui bouge sans discontinuer en sortant quasiment 10 albums en 3-4 ans. Contrairement à beaucoup de Mc japonais (et français) S.L.A.C.K a peut être compris qu’il fallait soutenir un rythme à l’américaine pour s’imposer dans le jeu, en alternant albums et tapes tous les 6 mois. Pour soutenir son ascension vers la domination totale : un flow de branleur, trainant, polymorphe, qui s’autorisera des accélérations brutes ou des parties chantées maitrisées, et assez touchantes. Un talent de producteur, puisque le bonhomme produit parfois entièrement ses LP. Et quand il est fatigué de se pencher sur sa MPC, il lui suffit de demander deux trois diamants à son super pote Budamunk, aka le meilleur producteur japonais à l’heure actuelle. Le plus drôle, c’est que le mec semble se branler complètement de son image (pas de vrai site officiel, label au nom illisible, bordel sans nom pour le contacter) et faisant tous ses clips ultra à l’arrache, façon film iphone dans sa cuisine. Il faut de plus savoir que le mec fait partis de deux groupes incontournables : PSG et Sick Team, dont on parle juste en dessous. Bref, à la tête de cette nouvelle vague ravageant le HH jap depuis une poignée d’années, il est impossible de passer à coter de Slack, le mec embarquant dans son giron vague bien trop de talents, de potes MC eux aussi indispensables, de labels aux sorties incontournables (Dog Ear, Down North Camp, 高田音楽制作事務所) et de collabs affolantes.


5lack – Next





Sick Team / PSG

Ok, là on attaque un chapitre où je ne vais pas tarir de louanges. Il faut que cela soit limpide : achetez ce Sick Team, et ce PSG. On commence par le premier, groupe sorti sur l’excellent label Jazzy Sports, composé de deux Mc, SLACK et Issugi, et du beatmakeur Budamunk. Ouai, carrément, la dream team. On a donc Budamunk qui produit un album entier en balançant des instrues absolument sublimes. Killing It, Street Wars, Ill Spittas, 踊狂 (en vidéo ci dessous) sont des bijoux absolus, portés par le groove hallucinant qu’insuffle le beatmaker à toutes ses productions. Ca cabotine grave, ça roule des mécaniques, et bordel que c’est jouissif d’avoir un album aussi PARFAIT sur tous les points.
PSG, c’est pas le même délire, et là aussi, on se retrouve avec un super groupe : Slack, son frère Punpee et Gapper au rapport. Ce David de PSG (aucun rapport avec Beckham, le disque est sorti il y a 3 ans) est un délire absolu, un LP où les 3 MC/producteurs s’autorisent tout et n’importe quoi : rap frontal, tirades électros, délires indéfinissables, divagations puériles, mandales funk imparables, tracks aux instrues sublimes… Il y a tout dans cet album, sorte de cadavre exquis une fois défini comme le “Stankonia autiste” du Japon par un vendeur de disque à Shibuya ayant un peu trop tiré sur la drogue. C’est l’un des albums les plus “nin’ki” (populaire) du hiphop underground japonais, celui qui ne reste jamais longtemps dans les bacs d’occaz, et qui est pris en référence par tout le monde… mais qui peut en énerver beaucoup, surtout les adeptes de rap sérieux qui pourraient être outragés par un craquage en règle pareil. On résume ? Sick Team, meilleur album rap jap de 2011 et PSG, délire indispensable pour les fans de HH déviant rêvant d’une collaboration entre Denver le Dinosaur et Gucci Mane.


Le sublime Sick Team – 踊狂 et deux morceaux de PSG en un : PSG – 神様 / M.O.S.I





Issugi

On navigue logiquement vers Issugi, deuxième MC de Sick Team, qui a lui aussi une jolie carrière, avec son groupe Monju, et surtout en solo. Beaucoup plus sage que son pote SLACK, Issugi cultive un rap parfois old-chool, souvent street, toujours mortel. Ici, ces des rythmes qui claquent, et des samples chauds et mélodiques. C’est un rap de flâneur qui traine dans la rue avec une cannette de bière, qui traverse Harajuku sur un skate, qui fume des joints pépère affalé sur un canapé en tentant de rameuter de la jolie donzelle. Et si le flow plus cadré d’Issugi, semble moins dragueur qu’un Slack en roue libre, le bonhomme assure toujours superbement le taff, d’autant plus qu’il bénéficie de sacrées connexions en terme de beats : toute la clique Jazzy Sport/Monju est là pour façonner ses Lp, entre l’incontournable Budamunk (décidemment), Mass-hole ou les excellents 16flip et Mr Pug.
Le nouvel Lp d’Issugi vient de sortir, et vous trouverez la vidéo du premier single ci-dessous. Bref, ce mec est une valeur sure pour tout amateur de rap évident, peinard et bien branlé.


Issugi – Future Listening





Fragment

Fragment est surement l’un des beatmakeurs les plus cramés de tout le hiphop japonais. Il n’en fait pas vraiment d’ailleurs, ses productions lorgnant bien plus souvent du coté du breakbeat hystérique que de la fresque old-school. Le mec sort régulièrement des Lp instrumentaux, qui n’ont rien à envier à un Amon Tobin de la belle époque, ou un Squarepusher décérébré. Pourtant, et comme d’autres producteurs dans le même cas (Geskia, Skyfish…), Fragment est toujours classé en hiphop, dans tous les magasins. Son accointance forte avec ce milieu est constamment prouvée, via certains albums qui accueillent énormément  de MC (Slack, Yamane, Roy, Macka-chin…) et naviguent donc constamment entre drill furibarde et hiphop industriel mutant. Mais le bonhomme participe aussi aux albums de ses compères, en distribuant des productions dans pas mal de Lp, que les artistes soient du coté amer béton (Zone The Darkness) ou complètement cramés (le grand malade Dotama, dont on parle plus bas). En gros, le rap de rue vous saoule, et vous êtes plus enclins à kiffer des Mc qui se font maltraiter par des presses hydrauliques en rut ? N’hésitez pas à naviguer vers les LP 感覚として+ササクレ ou Vital Signs de ce producteur dangereux, qui a du être bercé bien trop près du mur durant son enfance.


Fragment – 調整 feat Macka-Chin





Shingo Nishinari

Puisque alterner c’est le bien, on repart sur du rap gangsta avec Shingo Nishinari, grand compère de Kan de ces dernières années (ils ont soudoyé quelques flics ensemble comme il l’explique dans l’interview du mois dernier) et depuis un bail lié à la galaxie MSC. Shingo Nishinari balance ses galettes hiphop old-school sans sourciller tous les deux ans, avec des disques cultes (Sprout, ne rigolez pas) qui en font l’un des MC les plus respectés du Japon avec Kan. Résolument plus cool et décontracté que ses potes thugs cités plus haut (le soleil d’Osaka peut être), le bonhomme flirte parfois avec le trop sucré ces derniers temps, mais est toujours capable de balancer des bombes old-school mortelles, avec des instrues absolues (sample soul, son chaud et rond) qui font du bien dans nos oreilles et qui n’ont parfois rien à envier aux jolies prod’ US. En vidéo, surement son meilleur titre, selon mon humble avis.


Shingo Nishinari – ILL西成BLUES -GEEK REMIX





Watter

En recevant vos premiers retours sur la Cum On My Selector Mixtape, j’ai remarqué avec étonnement que le troisième morceau (7min15), est celui qui semble plaire le plus. Pour le coup, je suis plutôt d’accord, je trouve l’instrue de Serious tellement énorme, que je ne pouvais que la mettre en ouverture du teaser. Parce qu’elle est parfaite, sublime, et qu’elle a une puissance folle. Pourtant, ce producteur est pour le moment plutôt discret. Si on peut trouver quelques 7’ ou Cd-r (avec OYG), le bonhomme n’a sorti qu’un seul EP officiel, en 2012, de 7 morceaux (plus un caché, absolument génial), où le japonais taille des instrues bien sympathiques pour ses potes Punpee ou Gapper. Mais si l’on observe les tracklist des disques de rap japonais sortis ces dernières années, on voit parfois apparaître Watter au détour d’une prod, chez Tamu, Slack ou OYG. Et à chaque fois, c’est le carton plein. En gros, ce beatmakeur est encore caché, à distiller ses fresques au compte goutte. Mais impossible de douter que le gars devrait être aussi incontournable qu’un Budamunk dans quelques années. En espérant, peut-être, qu’il ait un jour son propre Sick Team à lui.


Watter – EP Teaser





Dotama

Parce que le Japon est un pays complètement barré, il fallait bien quelques MC ayant des problèmes de ciboulot dans les parages. Et si l’on peut trouver quelques spécimens assez cinglés (環ROY, ou 裸絵札 qui fait grave peur), c’est bien Dotama qui est le plus gravement atteint. Avec sa tête de salaryman binoclard inoffensif et sa voix aigue, le bonhomme ne paie pas de mine. Pourtant, ce n’est pas le Wu Tang qui semble attirer le bonhomme, mais plus un Venetian Snares émo en pleine crise de satanisme. Dotama dompte donc, sur la durée de tout un album, des productions complètement hallucinées, avec un débit ultra rapide, et des intonations flirtant avec le syndrome Gilles de la Tourette, via petits cris stridents et bruits d’animaux cancéreux. Pas étonnant que le mec fasse des barbecues musicaux avec Fragment, Geskia ou Dj Technorch (un détraqué du happy hardcore japonais). Dotama va même pousser le vice de sortir un Lp difficilement écoutable de Hiphop x 8bits avec USK. Mais mais mais… je vous fais peur, alors que les LP de ce mec sont quand même ultra solides, peuplées d’instrues electronica superbes (souvent produites par un certain Suzume) et de délires difficilement descriptibles. Ca peut être clairement indéfendable (cf le clip du dessous), mais parfois incroyable, avec des titres monstrueux comme Stop The Weather Report, The return of the abstract mc ou Future Theory (dans la mixtape). Risque d’épilepsie en cliquant sur cette vidéo.


Dotama – 音楽ワルキューレ





Hakuchumu

Hakuchumu est une énigme. Le groupe sort un court disque de 9 tracks Akashicdubbin, à la pochette superbe, puis disparaît complètement du paysage Hiphop nippon. Même certains proches du groupe ne savent pas trop ce qu’il en est. Le producteur est parfois crédité sur quelques disques, et le Mc, Yahiko fait quelques apparitions sur les disques des artistes Dog Ear / Down North, mais rien de plus (à ma connaissance, en tout cas). Alors pourquoi parler de ces mecs ? Parce que ce Akashicdubbin est un des meilleurs disques de hiphop japonais tombé dans mes oreilles. Pas le plus impressionnant, le plus bandant, ou le plus fou. Loin de là. Mais l’un des plus singuliers, indescriptible, étonnant. 35 minutes de hiphop gluant, mélasse lorgnant autant vers le old-school que le jazz, avec quelques touches aussi mystiques, en mode appel à la prière cannibale. L’impression de se poser dans un jazz bar enfumé par les cigares, à écouter une Mpc qui ronfle dur, avant que les clients ne se retournent vers vous avec des dents acérées, en chantant des cantiques flippants. Avec, dans l’album, un titre absolument gigantesque, Atari, présent dans la mixtape, et qui est pour moi un monument du hiphop japonais. Le rythme parfait, les trompettes puant le sexe sale, la mélodie désaccordée… le bonheur. Bref, ce disque est surement difficile à chopper. Mais si un jour, vous vous baladez dans un magasin de disque à Tokyo, ou si vous l’apercevez aux grès de vos divagations sur internet : choppez cette plaque obligatoirement. (Pas de video sur youtube malheureusement).






Autres artistes de la mixtape déjà traités dans ces pages :


– KAN – Interview

– THA BLUE HERB – chroniques de Total, de Life Story, de Sell Our Soul

– HIMURO YOSHITERU – chronique de Where Does Sound Come From

– GESKIA! – Focus  sur 4 disques du producteur




>>POUR TELECHARGER LA MIXTAPE : JAPANESE UNDERGROUND HIPHOP<<




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Bvdub – A Careful Ecstasy

Posted in Chroniques on February 18th, 2013 by Dat'


Jeune & Jolie



Pourquoi ce disque de Bvdub, et pas un autre ? Pourquoi parler de celui ci, alors que je n’ai pas évoqué au moins un des 7 albums sortis en 2011 ? Ou les 4 Lp balancés en 2012 ? Quasiment tous sortis sur des labels différents ? Parce que le musicien en fait trop. Beaucoup trop. On ne sait pas par quel bout le prendre. C’est encore pire qu’un Venetian Snares au milieu des années 2000. Il y a pourtant tellement de belles choses chez Bvdub. Mais difficile de comprendre sa stratégie de sortir des disques de façon frénétique, sans nous laisser le temps d’analyser son œuvre. Soit le mec ne fait que ça dans sa vie, soit il nous refile toutes les chutes de studio possible, soit Bvdub souffre d’un sérieux problème de thésaurisation. Dans tous les cas, on est obligé de piocher un peu au hasard, de découvrir ce qu’il veut nous proposer en faisant confiance à un label, à une pochette aussi. C’est clairement l’artwork de A Careful Ecstasy qui m’a poussé à écouter ce nouveau disque (qui est déjà le deuxième album de l’artiste en 2013 ! ), et sa photo sublime, très émo, qui n’aurait pas dépareillée sur un disque de shoegaze.
Sortez les benzo, la bière artisanale et le canapé moelleux.







Premier étonnement, et même si je suis loin d’avoir ramoné l’entière discographie du bonhomme : on sent que ce compositeur névrosé donne un peu plus de punch à sa musique. Certes, les claviers ecclésiastiques, les nappes brumeuses et les voix samplées sont toujours là. Mais le bonhomme s’autorise des rythmes plus appuyés, pour apporter un coté techno prononcé à sa musique. Par contre, niveau durée, on frise toujours le gargantuesque, avec 6 morceaux pour quasiment 80 minutes (seul un morceau fait moins de 12 min !!) de musique.

Alors autant vous prévenir, j’écris cette chronique très tôt le matin, après une nuit blanche, en voyant perler le soleil à travers mes fenêtres, la tête complètement embrumée par le manque de sommeil et des somnifères qui n’ont, comme parfois, pas du tout fait effet. Au final, des conditions quasiment idéales pour aborder un disque de Bvdub. Another Love commence par une longue montée brumeuse, aux claviers superbes, qui vont accueillir un rythme techno ouaté, et des effets dub pas si éloignés de ce que l’on peut trouver chez Deepchord. Mais là où l’on s’éloigne très rapidement de chez Modell, c’est, en plus d’une mélodie évidente, l’emploi systématique de voix pitchées/samplées. Comme si Burial se décidait à copuler avec le coté fragile de Port Royal, on nage entre textures ouatées et voix haletantes, pour dancefloor où cadavres drogués se font dragués par des anges qui divaguent. Après un break, le beat sera un peu plus appuyé, les voix encore moins distanciables, des petits claviers trance, très discrets, perceront en fin de course… Une plongée dans un brouillard qui durera carrément un quart d’heure. Bourré de détail, d’une richesse dingue, malgré un apparat très simple au premier abord. Tu veux te faire annihiler tout repère temporel, et te transformer en légume au sourire béat affalé sur ton canapé ? Viens chez Bvdub.

My Minami commencera de façon encore plus émo, avec une mélodie tire-larmes via nappes cristallines, une voix soul noyé dans les échos,  et un superbe synthé dance pute, ici noyé dans les reverbs. Ca pourrait être un tube bien pute, on a ici un écrin deep-house-slow-motion hypnotique, sorte de Cheaters des Teengirl Fantasy passé sous prozac, Chicago écouté à travers les murs d’une cellule capitonnée, en ayant l’impression constance de planer via une bonne poignée d’anti-depresseurs. Et je passe sur la conclusion sublime, beatless, qui caressera les colonnes vertébrales d’amateurs de trance mélancolique. Contrairement à la track du dessus qui était vraiment en mode purée de pois, on a ici l’impression constante de se noyer dans un tube imparable, un hymne de stade, mais ralenti à l’extrême, étiré de façon quasi perverse, histoire de nous coller au fond d’un wagon de métro, et d’avoir envie de parcourir toute la ligne recroquevillé sur nous même, le casque sur les oreilles.

It Was For You, It Was For Us, donnera dans l’ambiant à la Bvdub : une longue montée de synthés, quasi religieuse, ultra mélodique, avec une mélodie à chialer. Certes, on attend peut être pas les sommets de Don’t Say You Know, meilleur morceau de Bvdub, et sommet émo-mélancolique-mais-avec-le-sourire d’une techno shoegaze qui te fracasse le cœur. Mais bordel, ces voix féminines quasi angéliques, qui se perdent dans les échos, et rebondissent sur des nappes pures comme le paradis, c’est quand même ultra bien foutu. Passe ça au milieu de la nuit, à 4h du mat’, après être rentré fracassé d’une soirée borderline… et tu prends un pied monstre. Le genre de morceau qui te fait sentir presque invincible, à dominer la ville, la nuit. Pour voler aux dessus du monde juste quelques minutes, te couper de tout, et dériver, au hasard, comme une âme errante. C’est presque niais comme musique, ça flirte avec le gouffre, mais c’est au final quasiment parfait.




Justement, If I Had Been a Better Man, après une introduction de folie (featuring claviers en mille-feuilles, shoegaze ambiant et voix qui caressent les tympans a n’en plus finir), va frôler avec le mauvais gout, à cause d’un piano trop limpide pour être honnête. Mélodie limite pop, mâle fleur bleue qui susurre des mots d’amours, on tombe presque dans le faux Burial pour ado boutonneux ne bandant que sur du Coldplay. Mais cet interlude cramé, guimauve et candide, va se retrouver télescoper par une mélodie imparable, et un beat plus trip-hop que techno. Et là, bordel, comme c’est beau. Comme c’est mortel. Comme c’est absolu. Les nappes cristallino-shoegaze vont faire leur trou, la mélodie absolument imparable te donne envie de chialer,  tu as juste envie de faire le tour de la planète accroché à ton sofa. Au final, on se retrouve peut être avec le meilleur morceau du disque, alors que l’on avait frôlé la catastrophe. Et c‘est justement ce contraste qui donne encore plus de force à l’essai. Une mandale tubesque… de 13 minutes. Bonheur.

Through The Lower Room, tirade de 16 minutes, abandonne lui aussi la techno pour un rythme plus hip-hop (toute proportion gardée), mais surtout des synthés sublimes (vraiment), beaux à crever, super chauds, tout en résonnance, à t’envelopper la gueule tout en te serrant la gorge. Textures parfaites. Au tiers du morceau, si la mélodie n’a pas bougée d’un iota, un beat quasi 2step fait son entrée. Même si l’on appréciera les voix pitchées très Uk Garage fan service, la deuxième partie du morceau est peut être le seul moment pas vraiment passionnant du Lp, faute à une mélodie qui ne me touche pas vraiment, un peu trop facile peut être.  A Careful Ecstasy, donnera lui aussi dans la purée de pois technoïde hypnotique hypersensible, avec voix qui traversent nos oreilles dans tous les sens, et une mélodie aux apparats electronica fragiles. Là aussi, on aura un break au piano presque dangereux, mais le dernier soulèvement dancefloor, complètement parasité par les nappes et les samples, redonnera du baume aux palpitants.





On ne peut pas s’empêcher de se dire que Bvdub pourrait se contrôler un peu plus, et ne sortir qu’un ou deux LP par an, comprenant ses meilleures compositions. Mais en même temps, A Careful Ecstasy ne comporte (presque) aucune fausse note. LP pachydermique, aux tracks étirées comme jamais, faites pour te voler le cerveau pendant une heure vingt, le disque est difficile à appréhender si l’on ne trouve pas le bon moment pour s’y plonger. Aller au boulot en ayant envie de s’éclater une petite demi-heure avec un cd punchy ne laissera aucune chance à cette nouvelle livraison. Par contre, se prendre une parenthèse, au milieu de la nuit, devant son ordinateur, c’est prendre le risque de décoller bien haut. Même chose en marchant dans la rue à deux heures du matin. Ou lové dans les bras de la personne que l’on aime. Ou affalé à coté de son chat après une nuit blanche. Ou perdu au fond d’un bus un soir d’hiver, pour rentrer chez soi, après une journée harassante.

Oh que oui, c’est presque trop niais, c’est ultra émo (jusque dans les titres des tracks), c’est loin d’être un choc de rudesse. On aurait presque envie de secouer le bonhomme, pour voir s’il n’est pas bloqué sur le mode apathique à vie. Mais si le trip de naviguer entre les nuages en portant un regard tendre sur les ratés de sa jeunesse vous donne envie, A Careful Ecstasy balance la mixture parfaite. La pochette symbolise au final parfaitement la musique de Bvdub : une longue promenade émo au ralenti, réchauffée par les rayons du soleil, parasitée par le sépia de souvenirs mélancoliques. De mon côté, après 24h sans sommeil, je vais maintenant tenter de dormir une heure ou deux. Des papillons dans le ventre, et des étoiles dans les yeux.





Bvdub – Another Love





Bvdub – It Was For You It Was For Us






6 Titres – Darla

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Cum On My Selector 8 : Fairmont, Jaw Jam, FKJ, Neue Grafik, Ta-Ku, Riff Raff, Junip, MR MS

Posted in Chroniques on February 7th, 2013 by Dat'


Techno post coïtale, 2step fantomatique, Uk sexy, Garage en mille feuilles, Abstract hommage, Hip-hop débile, Pop solaire sublime et anthem de stade.



Fairmont – Old Days

Je dois avouer que je n’étais pas ultra fan du premier LP de Fairmont, sorti sur Border Community il y a quelques années, alors qu’il avait pourtant fait grand bruit. C’était sympa, mais cela manquait d’un petit quelque chose pour vraiment me renverser. Reste que le mec était une valeur sure, et un nouvel album se devait d’être pris en compte. Quelle ne fut pas ma surprise en tombant sur une musique bien sombre, presque new-wave, à milieu de la techno colorée de la galette précédente. Automaton n’est pas une réussite sur toute la ligne, mais comporte quelques belles ogives. Au milieu trône Old Ways, qui surclasse de loin le reste du monde. Cette intro sublime, entre techno de club et mélodie nauséeuse, presque malsaine, dure carrément 2minutes. Puis Fairmont se met à susurrer avec un chant ultra désabusé, parfaitement placé, avec des couplets bien émo et un refrain qui casse la colonne. C’est bien simple, ce morceau me fait penser au meilleur de ce que l’on pouvait trouver sur l’indispensable Futur Chaos de Bomb The Bass. Et vu comme j’estime cet album, c’est un énorme compliment. Bref, ça sent la dépression post coïtale, la solitude des âmes errantes vissées aux quartiers chauds, les demoiselles cachées derrière des rideaux rouges. C’est froid et beau, excellent morceau.






Jaw Jam – U Don’t Know

Jaw Jam, (ou carrément J▲W J▲M pour bien faire chier les recherches sur internet), c’est un mec inconnu au bataillon. Vite fait, on pourrait dire que c’est un vague cousin de XXYYXX ou James Blake. Pas faux. Mais quand on écoute les morceaux du bonhomme, on a vite des papillons dans le ventre. La maitrise est folle, alors que l’artiste n’existe quasiment pas, et qu’il pourrait avoir la même résonance que ses potes cités plus haut en terme de qualité pure. Introuvable sur itunes ou discogs pour le moment, le mec fout l’eau à la bouche, et l’on espère que le tout va se matérialiser rapidement en EP. Parmi ses morceaux, (j’ai vraiment hésité lequel choisir), U Don’t Know se distingue par sa très longue montée, complètement fantomatique, quasi mystique, mur de brume dans lequel nous ne distinguons que quelques voix mortes… avant que le tout s’emballe, et nous fasse penser à des bombinettes que pourraient lâcher les Mount Kimbie (ils en sont où d’ailleurs ?). Quand on attend le plateau du morceau, c’est orgasmes sur orgasmes, tout est distillé avec une préciosité affolante, ça pue le cul à outrance, mais noyé dans un épais nuage de fumée psychotropé. Une bombe, par un mec qui cristallise bien des espoirs dans mon petit cœur.






FKJ – Lying Together

Si le morceau du dessus sentait le sexe flingué dans une nappe de brouillard, ce Lying Together en serait le pendant bandant et fringant, la partie de jambe en l’air avec un mannequin après avoir fait le beau toute la soirée en couple sur Hollywood Boulevard, en paradant main dans la main, des ray-ban sur le nez. Stilettos qui claquent, clopes qui s’allument, expirations aguicheuses, c’est un peu tout ça chez FKJ. Mais avec un groove incroyable. Un sens du rythme que l’on retrouve dans tous les éléments de la chanson : Le sample de voix, évidemment, qui transporte le truc et lui donne un coté cyprine, mais aussi la guitare évidente de la track, une bassline imparable, et un beat qui s’échappe un peu du carcan 2step, pour partir sur quelque chose de vraiment funky. Remuer son boule, et mater ceux des autres, tel est le but de Mr FKJ. Et avec un nom aussi générique, amusons nous bien pour trouver des infos sur ce mec. En attendant, on a tous envie de faire de l’échangisme dès que l’on entend ta musique, donc merci bien, c’est déjà pas mal.






Neue Grafik – Bauhaus

On reste dans le Uk Garage et compagnie, mais de façon plus sobre cette fois (Sans être complètement dénué de stupre). C’est un français qui s’y colle (l’hexagone commence à s’y mettre) et qui sort un Ep sur Slime Rec. Après une écoute rapide, on sent que le mec respecte le cahier des charges : voix pitchées, rythme claudiquant et synthé émo. Mais de façon plus attentive, on est directement bien choqué par l’intro du morceau, superbe, façon Trance slow-motion dépressive noyée sous l’eau. Limite, on aurait voulu que le trip dure plus longtemps. Puis on débarque dans le cœur du morceau, qui ne cesse de se cabrer, de rajouter ou d’élaguer des couches sonores… ce n’est plus du Uk Garage, c’est du millefeuille musical. Bourré de détails, loin d’un 2step aride, Neue Grafik semble privilégier les synthés chauds et les rythmes qui ciblent le palpitant. Et vous savez quoi, certains ne se sont pas trompés sur la chaleur et la beauté du bordel, vu que Grems a carrément choisi des productions de ce gars pour son prochain LP, Vampire. Ca promet grave, ça me fait frétiller les esgourdes, et mon cœur risque de suivre les activités de Neue Grafik, qu’il s’entiche de MC ou non.






TA-KU – 25 nights for Nujabes

TA-KU est apparu un peu partout sur le web en tentant de défi de balancer 50 productions en 50 jours, en tribute de J-Dilla. On sent que le mec aime les beatmakeurs de légende, car sur tout ce mois de janvier, il s’est lancé le même genre de challenge, avec 25 instrues en 25 nuits, en hommage à Nujabes, producteur ultra respecté du hiphop japonais, mort il y a quelques années dans un accident à Tokyo. Nujabes, c’est un artiste à écouter absolument (quel fan d’abstract Hip-hop n’a pas eu envie de chialer sur, au moins, une de ses instrues ?). Je ne sais quelle piste choisir, mais il y a ce diamant, ou celui là. Evidemment, TA-KU balance donc des instrues dans le style du japonais : du piano, des rythmes clairs, des mélopées jazzy, une mélodie au premier plan. Là aussi, difficile de choisir quelle piste mettre en avant, donc on va coller la première qui représente bien le projet. Et l’on va prier pour que TA-KU décide à mettre le tout en téléchargement, histoire de pouvoir écouter tout ça la nuit, affalé sur un canapé, sans être obligé d’être connecté à Souncloud.






Riff Raff & Deezuz – Rap Game James Franco

Allez, on peut tout dire sur Riff Raff : qu’il a un flow de zozo, qu’il raconte n’importe quoi, qu’il boit trop de sizzurp, qu’il a un tatouage MTV sur le cou, qu’il a l’air encore plus cramé dans sa tête qu’une grand mère alzheimer perdue dans une boite de strip. Ouai. Mais il était dans le tube de l’année 2012, Birds On A Wire avec Action Bronson. Dans le clip le plus dingue de 2012 aussi qui était… Birds On A Wire. Accessoirement, il chapote la “carrière” de Lil Debbie, donc ça ne doit pas être un mauvais gars. Bref, c’est un peu comme Lil B : tu as 500 morceaux dispo sur youtube, et au final, il n’y en a que dix qui tuent. Mais quand ils tuent, cela nous marque au fer rouge. Et ce Rap Game James Franco en fait partie. Parce qu’il forme un tout, entre le pimp et le débile, comme sait si bien le faire Riff Raff. L’instrue est démente, avec cet espèce de synthé dégueulasse, absolument imparable. La complémentarité des MC marche plutôt bien aussi, avec un Riff qui ne semble jamais vouloir démarrer, avec son couplet ultra saccadé, puis un Deezuz qui lâche la sauce, et porte parfaitement le morceau dans la seconde partie. Et évidemment, il nous refile un clip au petit oignon, avec des nanas aux cheveux violets, en porte-jarretelles ou à moitié à poil, complètement cocaïnées, qui se jettent des liasses de billets ou des poignées de Monster Munch / Curly sur la tronche. Sans oublier des gros plans sur des bentos pourris. Le bonheur quoi.






Junip – Line of Fire

ALERTE. Vous avez regardé le clip de Riff Raff, vous êtes scandalisés, et vous vous dites “c’est quoi cette sélection à la con, je me casse”. ENORME erreur, car vous allez passer à coté du nouveau morceau de Junip, aka l’un des meilleurs groupes de pop électro de Suède, voir du monde. Surtout depuis que l’on s’embête drôlement avec The Notwist, Junip a pris cette place tant convoitée dans bien des cœurs. Ils avaient sorti un petit bijou en 2010… et annoncent leur retour avec une simple chanson, balancée sans trop prévenir sur le net : Line Of Fire. Sincèrement, à la première écoute, j’ai eu l’impression que l’on m’arrachait le cerveau. La mélodie est parfaite. Le chant est parfait. La progression est parfaite. Limite, elle te coupe la colonne vertébrale en huit, avant de te la faire bouffer, tellement ça te fout la chair de poule. Ce morceau, c’est un peu le morceau de pop ultime, le truc qui te donne envie de chialer, tout en te poussant à courir dans les herbes hautes le sourire aux lèvres. Il te fait penser à la mort, mais en te plantant un putain de soleil dans le cœur. Oh certes, rien de révolutionnaire, mais Junip semble avoir trouvé, sur ce morceau, la recette optimale, l’équilibre avec un grand E. Sur la dernière minute trente, j’ai juste envie de m’envoler. De partir loin, d’oublier tout, de me noyer dans la mélancolie, de croire en la vie, en l’amour, en dieu. Ce morceau de Junip, c’est un peu mon James Blunt à moi. C’est une drogue, dangereuse, qui fait que l’album du groupe est peut être le disque (avec le U-ziq) que j’attends le plus en 2013. Voilà. C’est tout.






MR MS – Fantasy

Pour l’anecdote : je vois apparaître ce clip sur le mur d’actu facebook. Je clique dessus à cause de l’image youtube, où l’on voit une fille rendre une belle gerbe de paillette. Forcement, cela intrigue. Excellent morceau, 30.000 vues, je ne connaissais pas (les mecs ont sorti deux petits Ep). Le morceau ? Pure track pop, coincée entre le mainstream et l’indie. Anthem de stade, mâtiné d’un souffle épique, avec ce refrain qui tue, et ces percussions imparables. On a d’ailleurs envie de taper sur la table comme le mec dans le clip, tant le rythme est puissant et galvanisant. Sincèrement, c’est un putain de tube, le genre de truc que l’on peut détester, mais que l’on chantera forcément sous la douche le lendemain. Au moment de l’écriture de l’article, le clip était passé à 80.000 vues. Au moment de le publier, la vidéo est à 200.000. Bref, ça va faire 2 millions dans trois semaines. Autant vous dire que l’on a plus que 3 jours pour dire que ce morceau est génial, avant de faire la fine bouche en disant que c’est de la merde parce que c’est populaire… à moins que…







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Saåad – Orbs & Channels / Ochre – National Ignition LP

Posted in Chroniques on February 4th, 2013 by Dat'


Deux chroniques pour le prix d’une : Ochre & Saåad





Aujourd’hui, deux textes donc, car il m’était impossible de décider quel disque traiter en premier dans ces pages. Et comme souvent dans ces cas là, j’abandonne carrément les deux disques pour en parler d’un troisième, je me suis dis que cette fois, j’allais prendre le taureau par les cornes et éviter de la jouer à pile ou face.




Saåad – Orbs & Channels

Il t’es déjà arrivé de sortir de boite, d’un club, d’une soirée, où le son était tellement fort que tu en avais perdu tes repères. Tu avances dans la rue, la tête explosée, les sens dans les nuages. Tu flottes sur le goudron, glisses sur le trottoir. Tu as oublié ton adresse, mais tu sais comment y aller. Errer dans la mégalopole, les yeux plissés, à saisir chaque néon, chaque voiture en mouvement, chaque grondement de train. Les oreilles aux aguets, tendues comme des antennes, pour tenter de percevoir le pouls de la ville. Les immeubles qui grincent, les métros qui hurlent, le monstre foule qui écrase. Ce Orbs & Channels de Saåad, et ce nom impossible à écrire sans un copier/coller, c’est un peu ça. Mais pas que.

Car Obs & Channel, cela pourrait aussi être un trip sous Dogmatil. Nuit blanche, trop de fatigue, mais pas la force d’aller dormir. Mouvements ralentis, appartement qui te parle, communique, vibre, alors que tu es planté devant ton ordinateur, l’œil torve, la bouche ouverte. Ton estomac se rebelle, alors tu tentes une sortie dans la nuit pour acheter de quoi te sustenter. Mais ton cerveau est perdu, ta tête est malade, et là aussi, tu flottes, tu suis les grésillements des câbles électriques, comme un berger et son étoile : lignes.

Troisième hypothèse, peut être la meilleure : mégalopole, encore et toujours. Monter sur le toit d’un immeuble, et observer le tout. Les buildings, les publicités géantes, les artères lacérées par les phares des voitures, les tranches de vie que l’on peut apercevoir à travers les fenêtres. Toi, tu es au dessus, tu surplombes, timelapse mental, à voir la nuit défiler. Dans les oreilles, un morceau comme Au-Dela, le plus beau du LP peut être, réminiscences de la mélodie de On, litanie fragile, à peine distinguable, asphyxiée par un magma drone/shoegaze du plus bel effet, un truc fascinant et hypnotique, un mur du son violent mais jamais agressif, une longue plongée lesté d’une pierre dans l’océan. Au-Dela ? Surement, comme écouter une radio réglée sur du bruit blanc, arrivant à capter les lamentations d’âmes errantes, tentant de te transmettre un message.

On croirait même distinguer quelques prières sur Forever Late, sans savoir si l’on parle de fantômes, ou juste d’un client fracassé, déambulant dans un club vidé de son monde, où seul cadavres alcoolisés et midinettes dans le coma subsistent. Aller dans une église après avoir avaler une bouteille de Rivotril, pour écouter un orgue jouer alors que tu perds la boule et que le monde se transforme en vague slow-motion ? Tu trouveras ça sur Cross Organ.


Ce disque de Saåad impressionne, comme on pourrait être impressionné par un Tim Hecker. C’est dire l’ampleur du truc. Drone, shoegaze, ambiant, noise… on prendra la définition qui nous arrange. Il n’est pas certain que l’on ait mieux dans le genre en 2013. Il est de plus disponible sur le bandcamp du groupe pour “le prix que tu veux”. Mais se sont des termes techniques, il est vrai.

Alors d’un point de vue du strict ressenti, ce disque, c’est un peu comme s’extirper au ralenti d’un crash de voiture, le sang piquant les yeux, les lumières de la rue bousillant les sens, la tête explosée par le fracas et les secousses de l’accident. Le moment où l’on se pensait mort. C’est communiquer avec l’autre monde. Se noyer dans un cénote. Vouloir toucher le fond, et ne surtout pas remonter à la surface. Faire du surplace, le cerveau embué par la drogue, et aimer ça.




SAAAD – Soft Drug




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Ochre – National Ignition

Ochre, j’en ai parlé à peu près à la même période, il y a un an de cela. Le temps d’une chronique sur un disque sorti il y a bien des années, mais qui était honteusement passé hors de mon radar. Et bien, quelle ne fut pas ma surprise en voyant qu’un nouveau Ochre venait de débouler. National Ignition commence comme toute introduction attendue d’un groupe comme Ochre ou Yimino : de l’electronica éthérée, pétrie par une mélodie divine, bousculée par des rythmes claudiquant. Des petites clochettes à la Plaid ? Oui, évidemment. Blue Hours sera bien bousculer par un break sombre, mais point de terre inconnue en cette année du 13. Je vous le donne en mille, on trouve là encore des morceaux ultra-clichés façon Plaid-fin-90-sur-Warp. Mais quand c’est aussi bien branlé, pourquoi refuser de prendre son pied ? Awaiting The Morning fait énormément penser à du Tekkonkinkreet, mais bordel, que c’est beau. Ce petit arpège de synthé pas loin des mélodies d’un Omnichord, cette gratte acoustique discrète qui soutient le tout, ces jolies montées qui nous collent la tête dans les nuages, le soleil, les herbes folles. Le morceau est riche comme jamais, et s’il ne surprend pas dans sa structure, il revigore les esgourdes et fait battre les cœurs.

Mais attention, il n’y a pas que du fan-service-made-in-Plaid dans ce nouveau disque. Ochre prend quelques chemins de traverses sur National Ignition, histoire de donner un peu de corps et variété au LP. On a un ou deux petits ratés, comme le sombre et menaçant Dead Republics, pas mauvais en soi, mais loin d’être réellement bandant. Helicene, psychédélique à souhait, avec un synthé que n’aurait pas renié Lindstrom, a déjà beaucoup plus de gueule. Space Disco cramée par un rythme electronica déstructuré, et chants d’anges synthétiques à l’horizon : du tout bon.

Mais un morceau surnage dans ce LP, par sa direction ultra frontale et son coté dance débridé, tout t’en gardant ce coté émo propre à Ochre. C’est bien simple, Glassmaker est un tube techno fou, qui gronde comme jamais, avec une bassline bien dégueulasse, un beat pachydermique, et comble de bonheur, des simili-claviers trance qui flirtent avec le putassier. Mais les petites mélodies enchanteresses sont toujours là, et te plantes des constellations plein la gueule. On est en équilibre parfait entre dancefloor pleins de mannequins et petite tuerie electronica mélancolique. Un sacré morceau, que l’on aurait aimer entendre repartir comme un fou, sonner la charge une dernière fois, au lieu de s’éteindre après 4 minutes. Groove de robot, sonorités vintage… cela pourrait sembler suranné, mais que nenni, c’est une mornifle savamment assenée.


Alors avec ce Ochre, on n’attendait pas quelque chose d’extraordinaire, ni groundbreaking. Simplement de quoi emplir de joie nos petits cœurs friands d’excavations electronica tire-larmes, avatar Warp Records comme beaucoup tentent de faire, mais que peux ne maitrisent. On pourra ressortir le même texte pour des groupes comme Yimino, ou le récent Tessei Tojo. Ca ne révolutionne pas ta vie, mais ça te fait tellement de bien. A la recherche du bonheur, aucune idée. Mais les belles tirades émo IDM, chez Ochre, on les a trouvé. Disque court (39min, 10 titres) mais joliment orchestré, que l’on va s’enfiler comme un bonbon, celui que l’on prend dans ses oreilles avec délectation à la fin du taff, ou en plein milieu de la nuit. Une jolie sortie pour cœurs déjà broyés, mais toujours ouverts à quelques ritournelles aux notes cristallines.
Car, comme on dit, tout est une histoire de mélodie. Mélodie, tu m’en auras fait faire de ces conneries…  mais comme tu ramènes ta jolie gueule avec des apparats Plaid-ien, je ne peux que t’ouvrir les bras une énième fois, et tomber avec délectations dans tes filets froids.




Ochre – Glassmaker





10 titres & 10 titres

Hands in the dark & Aura Materia

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Electric Electric – Discipline

Posted in Chroniques on January 24th, 2013 by Dat'


Looping state of mind 



J’ai un défaut : il y a assez peu de label que je surveille activement, à vérifier et m’envoyer chaque sortie dans les oreilles. Je suis en général plus attaché à l’artiste directement, et je passe souvent à coté de quelques belles perles à cause de cela. Mais parfois, un artiste choque, et l’on est obligé de guetter chaque release d’une écurie histoire de ne pas louper les releases de son poulain favori, et groupes affiliés. AfricanTape fait partie de ceux là. Avant la double sortie du We Recruit de Ventura et du Marvin en 2010, ce label, je ne le connaissais que de réputation. Sauf que le LP de Ventura fut un choc tellement énorme, tellement violent, qu’il m’a pousser à ramoner toutes les sorties du label français. Parce qu’une maison de disque qui sort l’un des tous meilleurs disques de rock de ces 10 dernières années (voir, un de mes disques de rock préferé all-time) se doit d’être scrutée au peigne fin. Alors, pour la bonne nouvelle, il paraît que Ventura se secoue les puces, et revient foutre le bordel en 2013, avec un Ep prévu pour ce printemps, et un album un peu plus loin dans l’année. Le bonheur, l’exaltation, la semence.

Recentrons le sujet : outre un excellent Papier Tigre, AfricanTape a sortie une autre très grosse galette, sortie un peu trop tard en 2012 pour que je puisse en parler avant l’emballement de la fin d’année. Ce disque, c’est Discipline par Electric Electric, groupe français de son état. Et sacrement tordu de nature.








Alors on va évacuer une chose direct : le packaging fait de la peine. Voir fout carrément les boules… une feuille recto/verso, rien d’autre, le casier est transparent, les mecs ne sont même pas cassé le cul à foutre le nom de l’artiste sur la tranche. En gros, ce n’est pas mieux qu’un cd gravé. Alors le disque sort sur 4 labels différents, et peut être que ces derniers n’ont pas réussi à se mettre d’accord et qu’ils se sont entretués avant de décider du packaging. C’est pas très grave hein, mais c’est, je crois, la première fois que je regrette d’acheter une édition physique plutôt que des mp3 et que je me dis “ouai ben sur itunes, c’etait 4 euros de moins, je me suis bien fais baiser vu la tronche du bouzin” (pour que je me dise cela, moi, l’autiste des rayons de disques, vous vous rendez compte de l’ampleur du désastre).  A une époque où les disques ne se vendent plus, je ne comprends vraiment pas le choix de sortir un truc qui n’a strictement aucune valeur ajoutée à coté de mp3 labellisés itunes.

La musique ? Elle, elle vaut son pesant d’or. Après une intro tribale, Electric Electric balance directement le meilleur morceau du LP, La Centrale. Une guitare nous effrite la gueule des l’introduction, pendant que des percussions font une crise d’épilepsie en fond sonore. Ca monte, ça gronde, quelques voix fantomatiques, on prépare le terrain pour une montée fantastique. Ca se cabre, ça grince, mais pendant plus 1min30, ça menace sans exploser. Et boum, un rythme binaire déboule et tabasse tout ce qui bouge. Tu commences déjà à avoir mal à la nuque, mais les français veulent aussi te violer le cœur, et une superbe mélodie est crachée par la guitare. Tempête, on part dans un maelstrom émo joussif, beau à pleurer et sauvage dans le même mouvement. Les voix reviendront tempérer le tout, mais niveau baffe dans la gueule, on est quand même servi. Au final, le morceau fait énormément penser à un groupe comme les folles Nissennenmondai, le coté Techno un peu moins prononcé, mais le chant en plus, utilisé ici comme un instrument supplémentaire. Ce morceau arrive à faire un grand écart assez étonnant entre pop, electro et punk dégéneré, avec ce qu’il faut de progression épique pour nous dresser les cheveux sur la caboche. Quand la guitare se lâche, pile sur la 3ême minute, c’est jouissif à en chialer.

Sur Neutra Tentra, autre coup de talon directement enchainé, on pense un peu à Battles, avec ses gimmicks complexes, ultra riches mais pourtant limpides, ces grignotements de guitare, ces cordes qui se nécrosent sur elles mêmes à toute vitesse pour donner un rythme carnassier à la mélodie. D’autant plus que derrière, ça tabasse grave sur les fûts, histoire de bien violenter les tympans. C’est strictement impossible à décrire, on est dans un espèce de chaos maitrisé tenant autant, dans sa structure, du math rock furieux qu’à l’IDM expérimentale. En bonus, les grondements des 30 dernières secondes risquent de glacer plus d’une échine. Et le groupe ne semble pas vouloir s’arrêter de balancer des tubes, et s’arrache complètement sur Discipline, qui semble plus posé que son pote du dessus, mais qui lâchera de sacrées bourrasques au final. En pensait être dans le rock instrumental pépère, on se retrouve pris dans un cyclone hallucinant, avec un batteur qui s’arrache littéralement les bras façon Lightning Bolt, et des guitares quasi-noise, qui hurlent comme des damnées, genre MTV passé dans une compresse à métaux. Le plus drôle, c’est qu’une petite mélodie, cloches cristallines, tentera de se frayer un chemin dans tout ce bordel, au moment où la noise est la plus dure, histoire de rajouter un coté beau et mélodique au tout. Une prouesse absolue.





Mais Electric Electric ne semble pas vouloir forcément faire dans l’évidence, et après avoir balancé trois tubes viciés coup sur coup, l’album va partir sur des terrains plus mystiques. Pornographic Arythmetic te balance dans un temple vaudoo, avec des putains de tarés qui tournent autour de toi en chantant des cantiques chelous et en frappant des guitares électriques, histoire de bien te faire comprendre qu’ils vont te voler quelques organes, mais sans anesthésie. La mélodie hallucinée, façon xylophone ableton (impossible à décrire) fini de te convaincre que tu es en plein trip psychotrope. La première montée, terrifiante, qui intervient à la 2eme minute, filera de la tachycardie à n’importe qui. Ce morceau tribal cauchemardesque se vit comme un Animal Collective passé à fond dans une cellule capitonnée avec trois colocataires sous médicaments qui te tabassent. Ou la totalité des morceaux de In Stormy Nights du japonais Ghost passés en même temps, avec ta putain de tête dans un lave vaisselle. Une folie furieuse, l’autre claque gigantesque du LP.

Mec, tu ne respires plus après cette mandale, et tu cherches ton souffle ? ben tu vas souffrir, Electric Electric maintient ta gueule bien fermement sous l’eau pour l’absolument inhumain Exotica Today, sorte de drone rock parasité par des clochettes oppressantes, pour un résultât complètement claustrophobique, mais là encore super bandant. Ces mecs sont fous.

Étonnamment, Xx2 déboule avec son rock débridé, presque normal, avec des riffs bien identifiables, et une litanie sombre qui cogne. Morceau de rock pur, avec quelques voix chelous noyées au milieu, ce titre nous tire de la léthargie confuse et droguée qui nous habitait depuis deux-trois morceaux, pour nous casser la tronche avec un gros morceau bien direct et bourrin. Bon tu auras le droit à ta dose de sueurs froides avec le final sous acid quand même, parce qu’il faut pas déconner non plus, on est chez Electric Electric. Xx1 sera lui aussi bien frontal, dans un noise-rock-shoegaze hystérique qui fracassera bien des murs lors de sa charge la plus violente.

Après ces deux attentats en règle, le disque peut repartir sur des terrains plus accidentés, et si Summer’s Eye reste sacrement agressive, le rythme redevient complètement claudiquant, entre tabassage techno et batterie en mode accident de voiture. Les nervures mélodiques renvoient là aussi à un concert de rock en plein saut de parachute. Je passe sur la conclusion hystérique du morceau, qui m’a presque choqué. En écrivant ses lignes, mon chat avait les oreilles et me regardait d’un œil interrogatif. C’est des signes qui ne trompent pas.  C’est sur Ulysses que l’on peut deviner que Electric Electric n’a pas que du rock dans sa discographie. Presque IDM dans l’âme, mais joué en live, ce morceau, sublime, distille doucement sa mélodie, cristalline, dans un maelstrom de percussions et de cuivres cancéreux.

Material Boy conclura le disque avec un assaut de plus de 8 minutes, avec un rythme militaire et des guitares menaçantes qui n’en finissent plus de tonner, accompagné là encore d’une petite mélodie cristalline, innocente, fragile, qui surnage au centre du carnage. Des que les voix arrivent, le morceau se fait moins guerrier, plus planant, plus progressif, et les poils commencent à se dresser. La progression se fait de façon très harmonieuse, pas de grosse rupture ou changement, c’est juste un tremblement de terre qui gagne en intensité graduellement, jusqu’à nous foutre le cerveau en l’air.





Encore une fois, Africantape impressionne, par un doublé : En 2010, on avait Marvin et Ventura. En 2012, on se tape Papier Tigre et Electric Electric. Ce Discipline est une déflagration folle, qui donne autant envie de remuer son cul que de se jeter contre les murs de sa baraque. Qui te file l’impression d’être en train de prier dans une secte de cinglés cannibales. De braver la mer en plein typhon, avec une guitare métal comme figure de proue. D’écouter de la techno mutante et épileptique, remixée par des cinglés chevelus cloitrés dans un garage avec leurs grattes. De se masturber au milieu d’un ouragan, les jambes attachées à un camion qui te traine à fond sur un chemin de terre. C’est violent, c’est beau, c’est chaud, c’est métallique, et en plus, ça te fout de bonne humeur (et un peu la gerbe aussi, mais celle que tu as le sourire aux lèvres).

C’est certes un disque salement amoché, un truc pas facile à avale du premier coup, similaire à des coups répétés dans ta nuque. Mais qu’est-ce que c’est bon! Il aurait pu/du se faufiler dans mon top de l’année si j’avais réussi à l’avoir un peu plus tôt. Mais en même temps, quand le kiff est grand, les listes sont accessoires.

Electric Electric impose sa Discipline : te foutre des coups de lattes sur le cul, qui en devient rouge vif. En relevant ton froc, tu promets désormais de rester sage, mais en croisant des doigts, attendant la prochaine punition avec une impatience perverse. Grand disque, belle correction. Ps : Africantape, Ventura, en 2013, je vous attends pour de bon.





Electric Electric – La Centrale





11 morceaux – Africantape / Murailles Music / Herzfeld / Kithybong

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TOP 2012 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 14th, 2013 by Dat'


Rétro 2012 : 



Je voulais faire un top un peu plus court que les années précédentes, par soucis de concision et de lisibilité. Il me semble au final être le plus long publié, vous m’en excuserez. Derrière ces paragraphe, comme d’habitude, aucune envie de prêcher la bonne parole, mais bien simplement de mettre en lumières les albums que j’ai apprécié plus que tout. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement passé inaperçu cette année. Surtout, comme chaque année, n’hésitez pas à poster vos coups de coeur en commentaire de cet article, Car évidemment, il doit y avoir de grands absents, oubliés, ou pas écoutés. Vos commentaires mettent parfois en lumière des disques que j’ai complètement zappé, et cela pourra peut être conditionner les quelques articles à venir en janvier.

j’espère que ce top pourra aider certains à dépenser son 13 mois avec amour (ou l’argent de mémé), à travers plusieurs catégories : Un top 12 albums, sans distinction de genre, les Top Tracks 2012, les coups de cœurs et plaisirs coupables de 2012, les révélations de l’année, le dilemme 2012, les on en parlera en 2013 et d’autres élucubrations parsemées ici et là…

Les titres des disques en couleur renvoient aux chroniques respectives (le cas échéant)






> Top album 2012 

 




Tame Impala – Lonerism

Je savais la défonce hype, mais pas au point de voir tous les médias ériger sur tous les podiums un groupe de sales drogués hippies. Car la musique de Tame Impala pue la came, les beaux trips, les exclamations hallucinées et babillages sous pilules. Guitares dérouillées par les psychotropes, synthés vintages et chant décalqué sous reverb. Il y a tout ça dans Tame Impala. Mais il y a surtout des refrains beaux à pleurer, des montées qui tuent les colonnes vertébrales, et des mélodies que l’on ne peut s’empêcher de chanter sous sa putain de douche. On a beau essayer de ne pas porter ce Lonerism aux nues, histoire de ne pas faire comme tout le monde. Mais c’est juste pas possible. Pas possible de ne pas aller au boulot le sourire au lèvre en écoutant Feels Like We Only Go Backwards. Pas possible de ne pas fredonner Why Won’t They Talk To Me la tête au soleil, en frappant des mains de façon hasardeuse, le sourire jusqu’au oreilles, en mode Gilbert Montagné. Pas possible de ne pas se jeter contre les murs de son appart’ à chaque écoute de l’énorme tube Elephant. Le premier album des australiens était déjà un recueil ultime de tubes cradingues et ensoleillés. Ce nouveau Lp en est sa suite logique, emplie de morceaux imparables, sublimes, mélancoliques. C’est beau comme faire l’amour avec Lindsay Lohan pendant une cure de désintox dans un bled de Meurthe et Moselle.


Phon.O – Black Boulder

Comment un mec peut ressortir du néant sans crier gare, après 7 ans de silence quasi-total, et passer d’une techno ultra bourrine à un 2-step aussi racé ? A l’époque, Phon.O pouvait presque faisait passer Modeselektor pour  des orfèvres tatillons tant sa mixture sentait le gras et les graves. Il nous sort pourtant aujourd’hui, avec Black Boulder, l’album de Uk garage le plus abouti, le plus complet, le plus maitrisé depuis… Untrue de Burial. Tout, dans ce LP, respire la classe. Trance hypnotique coulée sous du béton (Slavemode sublime highlight de l’album), 2-step caverneux (Le progressif 12th, ou Black Boulder, hypnotique), gros tubes passant les dancefloor au chalumeaux (Mosquitoes, la mandale imparable) ou pop claudiquante (Twilight et Leave a light on, tous deux lunaires). Des albums de Uk/2step, j’en ai écouté une belle tripoté. Des albums vraiment réussis, il y en a eu quelques uns. Mais une galette aussi achevée, aussi belle, il n’y en a pas beaucoup dans mon encéphale. Un boulot impressionnant, un tour de force indiscutable pour une musique qui vrille la gueule et drague constamment l’échine. Un futur classique pour les amateurs du genre, forcément.


Woob – Have Landed

Quand une (très) ancienne légende de l’electronica-ambiant revient d’entre les morts, on peut légitimement froncer des sourcils (même si cela peut parfois bien marcher, comme pour Seefeel). Woob décide en 2012 de sortir un nouvel album compilant nouvelles tracks et travaux déjà sortis ces dernières années sous le pseudo de Max & Harvey. Ca donne quoi ? un album electronica-ambiant-classique dingue, aux morceaux grandioses, taillés à partir de mélodies évidentes. Sans aucunement exagérer, on tient surement les plus belles mélodies de l’années (avec celles du Bersarin Quartett), toutes issues d’un travail d’orfèvre, mélangeant orchestration épique, samples découpés à la serpe et élucubrations électronica éthérées. Si tu ne pleures pas en écoutant Thieves, If I don’t make it home, Sleep ou The Great Divide, va voir un cardiologue, ton coeur est malade.  C’est des nappes dingues, des cuivres qui te flinguent, des cordes qui te violent l’âme, des montées qui arrachent le moral. Tu veux pleurer tes morts et savoir ce que cela fait de se faire briser la colonne vertébrale en mille ? Saute sur Have Landed à pieds joints, comme sur une mine.





Barker & Baumecker – Transsektoral

J’ai cru au piège du disque de techno allemande bien sombre et monolithique, qui tabasse et ressasse des beats pachydermiques à n’en plus finir. Grossière erreur. A reculons j’y suis allé, en position fœtal j’y suis finalement resté. Barker & Baumecker balancent un disque protéiforme, avec pour seule constance une puissance de son phénoménale, quasi-traumatisante. Car ce Transsektoral renifle autant du coté des caves Londoniennes (les très Uk Garage Shlang Bang ou No Body) que des clubs berlinois bétonnés (va te faire casser la nuque par Buttcracker, va te faire tabasser dans une rue noire par Crows), voir les douceurs techno-electronica (qu’ils sont beaux, les Sektor ou Spur). Pas un déchet, pas une piste à sauter, on se balade au grès des humeurs des deux allemands, en étant juste certain de prendre cher au niveau des tympans. Ecouter Transsektoral, c’est un peu comme se retrouver au milieu d’un dancefloor spécialisé dans les amputés de guerre, ces derniers agitant leurs moignons vers ta gueule en souriant comme des damnés. Certes, ça fait flipper, mais c’est surtout drôlement cool.


Joey Badass – 1999

Du boom-bap gratos par un gamin de 16 ans. Qui, en un an, est presque rentré dans la conscience collective, entre clips ultra chiadés, freestyles avec les plus grands sur MTV, et circonstances tragiques (disparition d’un membre de son crew). Au final, sur cette tape, il y a quoi ? Un flow de folie, des morceaux magnifiques et des productions (inédites ou empruntées aux plus grands) qui claquent dur, vraiment dur. Parce qu’il y a des sacrés tubes dans 1999 (avec en point d’orgue l’énorme Survival Tactics) et des morceaux de hiphop aux instrues superbes, révélant dans le même mouvement des beatmakers qui risquent de compter dans les années à venir (merde, l’instrue de FromdatombS, peut être mon morceau hiphop préféré de cette année). Oh certes, ça peut sonner un peu hors temps, et c’est pas sur cette tape que l’on va s’étouffer avec les synthés. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Joey Badass ne fait pas surtout pas du rap “comme avant”, et ne tente pas non plus de définir le rap de demain. Il fait juste du très bon rap, et c’est bien tout ce qu’on lui demande.

 

Frog Pocket – Frog And The Volcano

Frog Pocket était comme un poisson dans l’eau chez Planet-Mu il y a quelques années, avant de disparaître dans les limbes de l’oubli d’un jour à l’autre. Etonnant, tant l’écossais, virtuose du violon et de la musique électronique, avait volé bien des cœurs grâce à sa mixture electronica-drill’n’bass-post rock épique et surchargée, d’une puissance à décorner les boucs. En catimini total, le bonhomme revient cette année avec un Lp sorti de façon quasi-anonyme sur bandcamp. Ca donne quoi ? Une putain de claque. Un ouragan de barbarie et de beauté, un tsunami mixant shoegaze et drill’n’bass, frisant l’ultra violence, charriant tous les pleurs du monde. Dans le même morceau, on passe souvent de l’ambiant religieux à l’IDM de laborantin, pour embrayer vers une electro déstructurée folle, avant d’échouer sur un mur du son furibard, à faire fondre les oreilles les plus saines. Tu cherchais un mélange entre M83, Aphex Twin et A Place To Bury Stranger ? Tu veux un équivalent écossais à World’s End Girlfriend ? Ne vas pas plus loin, c’est Frog And The Volcano. On tient ici les plus belles tracks electronica-epiques (dans le sens noble du terme) depuis Shimmering Hour de Wisp, les plus jolies cathédrales sonores depuis un bail. Un des grands disques de 2012, c’est fou de maitrise, d’hystérie et de grandeur.  J’ai manqué de chialer sur ce disque. Et plus d’une fois.

 





PMPDJ – Haterville

On avait laissé Grems avec un bien frontal premier album de Pour Ma Paire De Jordan, et un excellent mais trop court Algèbre 2.0. Voilà que le dingue revient avec son groupe PMPDJ en formule enrichie, toujours avec Ntek au mic, et MIM à la molette, mais avec la présence du trublion Starlion en bonus. Ce Haterville, c’est évidemment des flow de dingues et des rimes en diagonales, école Grems oblige. Il n’y a pas de héros sur ce disque, que des gars qui riment sale en se grattant les couilles, et ça fait du bien. Ok. Mais il y a un putain d’enfoiré sur ce disque, qui envoie le tout dans les plus hautes stratosphères de l’excellence : MIM. Ce mec, c’est l’artisan de l’année, c’est le scientifique fou, c’est le magicien qui ose les plus belles productions de rap en 2012. Intelligence extrême dans les sonorités, puisant autant dans la techno-deep que dans le rap lourd et pachydermique, accouchant d’une mixture fascinante, qui passerait crème en version instrumentale, et qui dégomme carrément accompagnée de MCs (sérieux, des trucs comme CPMPDJ, TicTac ou Usle Sav, ça sort de quelle galaxie ?). La pertinence du disque, c’est de réussir à trouver l’équilibre parfait entre expérimentations débridées et amour du hiphop. Recette optimale, limites brisées, mais pas n’importe comment : avec respect et envie de te casser la gueule à coup de talons. PMPDJ, pour une paire de mandales, c’est noté.


– Bersarin Quartett – II

Des les premières mesures de II, je n’ai pas pu m’empêcher de lâcher un sincère “oh bordel de merde”. La baffe fut gigantesque. Impossible de l’expliquer, peut être que c’était une histoire de moment, d’état général, de fatigue aussi, car l’effet de ce deuxième LP de Bersarin Quartett fut bœuf. Surement une histoire de timing, ce qui te fait apprécier une musique, et détester une autre. Le mec est tout seul pour pondre un truc pareil ? Difficile à croire. Et pourtant. Laisse toi te faire étouffer, te faire malmener, te faire caresser par le (faux) quartett. Tout est une histoire de puissance. Puissance des mélodies, d’une beauté folle. Mais puissance du son, surtout. Un son qui t’écrase, un son lourd, un son qui avance dans tes synapses comme une vague de magma en train de durcir, doucement. Tellement impressionnant que l’on a parfois l’impression d’être dans une salle de cinéma, à écouter le tout en THX, et non pas dans son canap’ avec des enceintes de merde. J’ai écouté le disque, et je suis tombé sur Im Lichte Des Anderen, j’en ai eu les larmes aux yeux. La même pour Im Glanze Der Kometen. Je ne sais pas vraiment comment aborder ce disque par écrit (chronique avortée), mais on frôle la perfection, dans les mélodies, dans les émotions. Si, et seulement si, on prend ce disque au bon moment. Tout est une histoire de timing.


– Robert Hood – Motor : Nightime world 3

Des hommages à Detroit, il y en a tous les mois. Mais des hommages de cette trempe, c’est assez rare pour être signalé. C’est assez downtempo, aride et parfois dépouillé, mais jamais (au grand jamais) avare en mélodies. Plus calme que son précédant album, Robert Hood axe son Motor : Nightime World 3 sur une techno pour nuits noires et réverbères. Conduire lentement dans une mégalopole, la musique à fond sortant du poste, à contempler d’un œil torve les lumières de la ville défiler. Néons qui se reflètent dans la carrosserie, yeux fatigués pour bokeh naturel, voilà ma ville, taches de couleurs, passants anonymes et destins qui grillent. Rythmes sourds, lignes acid et synthés qui n’en finissent plus de s’enrouler (Motor City fou, ou Black Technician presque émo), et l’album se permet même de terminer sur des terrains plus ouatés (sublime Assembly, un des meilleurs morceaux du disque), d’une prestance dingue. De bout en bout, une réussite, pour les autoroutes, la nuit.





– Klub Des Loosers – La fin de l’espèce

Sidéré par la façon dont Fuzati a négocié le virage du deuxième album, trop attendu, puis carrément (presque) oublié, après 8 ans d’attente. Parfait positionnement, qui oblige le Klub des Loosers à ne pas faire un Vive La Vie II, et à partir dans une charge ultra violente et acerbe, quasi-alienée, contre l’enfant roi de notre époque, contre l’horloge biologique qui tourne et oblige les échines à se courber. C’est presque gênant dans le propos, gratuit, impossible à cautionner, mais sacrement bien écris, et déblatéré avec tellement d’aplomb, que cela en devient fascinant. Et ces instrues ! Fuzati quitte le mauvais porno kitsch du premier album pour des boucles chaudes et belles, mélodiques et riches, superbement travaillées, et donnant un cachet indéniable à un disque encore plus éreintant qu’une partie de pouilleux massacreur. Ecouter un dingue hurler sa haine du monde en bavant sur tout, c’est cathartique ? Peut-être. On s’en fout, tant que c’est bon.


Frank Ocean – Channel Orange

Oh god, que dire de plus sur un album déjà bien trop encensé, à raison, par tous ? Que l’album est inégal, comme tout disque sphère hiphop à mi-chemin entre l’indé et le mainstream ? Que la pochette est moche ? Que mon chat semble particulièrement apprécier le disque ? Oui, il y a de ça dans ce LP. Mais il y a surtout dans cette galette des morceaux r’n’b absolument parfaits. Des trucs que tu ne peux t’empêcher de chanter, partout, tout le temps, même si tu as la voix d’une chèvre cancéreuse, à l’opposé des susurrements cristallins de Frank Ocean. Des morceaux ultimes, comme Thinking ‘bout you, qui me fait dresser les cheveux sur la tête à chaque écoute, tant le refrain, impossible à chanter, me bute le palpitant. Ou Pink Matter, ahurissant de perfection, dont j’ai déjà trop parlé dans un Cum On My Selector. Sans éluder Pyramids, tube r’n’b  en deux parties, le plus fou qui m’a été donné d’entendre depuis What Goes Around de Timberlake. Crack Rock, Bad Religeon, Sweet Life, Super Rich Kids… trop de bonheur dans ce Channel Orange. Trop.


Tessei Tojo – My Little Beautiful

Un disque sans prétention, un disque qui n’invente rien, mais un disque qui le fait bien. Moi, j’y ai cru quand Squarepusher a annoncé un disque qui allait être “façon bonne époque”, mais qui s’est finalement révélé bourré de grumeaux, très micro-onde. Alors dans ce cas, on se tourne vers d’illustres inconnus, comme le japonais Tessei Tojo, qui ressort, certes, de la vieille soupe, mais au moins avec la bonne recette. Impossible de ne pas penser à Tom Jenkinson ou Plaid, et l’on navigue dans le LP avec un gros Warp Records sur la tête, tant les références pleuvent. Mais le fan-service, quand c’est bien fait, c’est toujours avec plaisir. On aura même quelques touches de Juke ou d’ambiant au milieu de cet écrin electronica-IDM pur jus. Impossible de ne pas prendre de plaisir en écoutant ce My Little Beautiful qui se complait certes dans la citation de légendes, mais qui le fait avec beaucoup de talent.

 Les autres disques qui sont dans le top, mais dont on parle plus bas : Killer Mike – RAP Music / Paulie Jan – Humian Ep / Burial – Truant, Rough Sleeper





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> Les plaisirs coupables de 2012 qui auraient pu être dans le top, alors je rajoute une ligne pour eux 


Kaaris &
Jason Grove &
Kid Koala




Allez, sans déconner, ce premier album de Kaaris est peut être le projet rap français sur lequel j’ai le plus pris mon pied en 2012. Le mec est ultra-brutal, un charisme de fou furieux, il a un parachute sur le dos et des instrues bien pesantes, souvent excellemment choisies (Bon qu’à ça, L’œil du mur, Lourd Lourd, du beau boulot). Mais c’est surtout les textes, complètement irrationnels, couplés à la voix bien belliqueuse du bonhomme, qui portent le disque dans les hautes sphères du rap français. Déjà, tu as le meilleur refrain de 2012 dans ce disque, avec un héroïque “J’arrive dans le rap comme en France tah la Kadhafi / T’es venu me tester, pff t’es mort, dead, la chatte à ta fille” déclamé d’une façon parfaite, imparable, qui me rend dingue à chaque fois. Dans Z.E.R.O, tu trouves aussi la punchline-2012-venue-d’ailleurs, aka “Selon le CNRS, l’univers est en expansion comme ma bite” et de superbes déclarations d’amour à sortir à ta promise comme “Ce son c’est une manchette dans tes amygdales / prend ma bite dans ton cul comme une visite amicale”. Savoureux, que du bonheur. Sans compter certains délires autistes-mystiques du plus bel effet. L’album se fatigue un peu dans sa deuxième moitié, mais reste dans sa globalité un sacré tour de force, un ovni violent et cramé, avec un MC trop haut et loin dans ses délires textuels pour être rattrapé. Au pire, si tu le rattrapes, il t’égorge. Donc bon…

Un peu de house-deep puant le foutre et la transpiration, ça fait du bien. Surtout quand cette dernière est mâtiné de Uk Garage. 313.4Ever de Jason Grove est loin d’être parfait, mais que ça fait du bien d’entendre un album aussi débridé, visant les dancefloors sans être pute, ciblé pour les hanches sans oublier de draguer l’échine. On est dans la drague bien moite, le rentre dedans alcoolisé et la baise en chiottes de club. L’album arrive parfois à trouver l’équilibre parfait entre deep house et 2step, et dans ces cas là, il est absolument imparable (Bonus Beats, un des titres de l’année, ou Citybeats, Latenight, Northside Beats, The Path Of, Raw in 92…). Pas assez constant pour débouler dans les disques of the year, mais largement assez bien branlé pour faire partie des coups de cœur.

On termine avec l’autre friandise de 2012, loin des mannequins et talons hauts, pour lorgner vers le blues et l’abstract hiphop. Kid Koala a sorti avec 12 Bit Blues un petit bijoux, fait de bric et de broc, avec un amour fou. Ici, pas d’esbroufe, pas de turntable folle. Tout est dans la retenue, dans la prestance, dans l’hommage. Hommage avec un respect absolu, qui confine parfois au sublime, comme sur le parfait 5 Bit Blues. Cette année, le Kid a sorti son meilleur disque.





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> Les révélations de l’année 2012, rookies of the year que l’on va surveiller de très près les années suivantes : 


Paulie Jan & Hyacinthe




Par fainéantise, je pourrais juste foutre le lien de mon article sur le premier Ep de Paulie Jan, et ne rien écrire d’autre que “EP de l’année”. Ce mec, je ne sais pas d’où il sort, je ne savais pas ce qu’il avait fait avant. Que dalle. Tombé sur son disque par hasard, comme on le fait souvent au grès du net. La claque fut gigantesque. Ep de l’année donc, non pas par la grandeur ou la sophistication de sa musique… mais tout simplement parce que Humian Ep est beau. Vraiment. Les morceaux sont superbes, ultra aboutis, qu’ils soient en mode tabassage déréglé comme This, techno pimp à la Minski Palace ou ballade synthétique façon Pour Ont Son. Le tout est en plus complètement perché, c’est Aphrodites Child qui tourne un porno romantique avec Depth Affect, dans une cave pleine d’opium. Et l’EP prouve surtout que dans la musique, tout est une histoire de mélodie. Celle qui te casse la gueule, celle qui te transporte dans les nuages, celle qui te colle des papillons dans le ventre. Il y a un potentiel hallucinant dans cet EP, et si je devais parier tous mes deniers sur un musicien, je les poserais sur la tronche de Paulie Jan. En suivant ce mec de près, les années 2013 et 2014 risquent d’être passionnantes.

Un gros crade qui te hurle qu’il va dépuceler ta sœur le gros thon pendant ses règles, ça peut sonner bizarre. S’il le rappe sur du Kuedo, c’est encore plus chelou. Parce que les mecs qui posent sur du Warp Records style, d’habitude, ça se prend généralement la tête en tentant de parler du scenario de Tree Of Life. Hyacinthe, il s’en fout, il veut juste déblatérer sur sa grosse bite, sur les filles aux cheveux rouges, et sur l’envie de souiller le string de ma mère. Les punchlines, bien que bloquées sur le dictionnaire des synonymes du mot vagin, ont énormément d’impact. Impact décuplé par la voix inimitable du gars, parfait mélange entre un Soklak qui a fumé de l’amiante et un Kaaris sous dogmatyl. Alors on navigue de punchlines crades en punchlines crades, le sourire aux lèvres, à guetter les multiples pirouettes dépravées de Hyacinthe, littéralement dégueulées dans tes oreilles, façon PUA satanique atteint d’un cancer de la thyroïde. Et si le tout se tient, c’est aussi grâce au beatmakeur Krampf, qui tient une grosse part dans la réussite de l’Ep gratos Des hauts, des bas et des strings. Le mec me/se fait plaisir, parce qu’il semble autant apprécier le rap gangsta frontal que l’electro de scientifique. Mieux, il tente de mélanger le tout. Bref, écouter Hyacinthe, c’est un peu comme avoir devant soi un mec qui te crie dessus, avec une voix de charretier : “Ta gueule, mes grandes passions dans la vie, c’est Booba et Planet-Mu”. Tellement hâte d’entendre la suite.





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> On en parlera en 2013 : BABX / Young Fathers / U-Ziq





Dans la chanson française, il y a Benjamin Biolay, et il y a les autres. Dans l’underground français, il y a Babx, et le reste du monde. Babx, c’est un peu le secret le mieux gardé de l’héxagone. Pourtant, le chevelu parisien a sorti deux albums jamais avares en expérimentations, et bourrés de prises de risques. Car si Babx, c’est d’abord de la chanson française, c’est aussi, et surtout, des élucubrations venant des balkans, des déchirures noisy, des touches electro et des guitares qui partent bien en couille. Babx, c’est le plus beau texte jamais écris sur l’absurdité de l’amour, de la télé réalité, de la célébrité mouchoir, avec Lettera. C’est aussi un morceau hallucinant avec L rêve d’Il, d’une intensité folle, avec une montée saturée qui te prend aux trippes, que l’on a pas l’habitude d’entendre dans le genre. Babx, c’est des délires inexplicables comme Mourir au Japon, et c’est surtout un grand LP, indépassable : Cristal Ballroom. Alors le mec était caché depuis 2009 dans l’ombre du song-writing pour des gros noms. Mais 2013, ça sonne bien pour faire un comeback, avec un nouvel album prévu. Un Ep sorti en fin d’année prépare doucement le terrain, Tchador Woman (Manal’s Song), qui oscille entre guitares psychées et ballade cristalline, hantée, sépulcrale. Si le monde tourne rond, Babx sera sur toutes les bouches en 2013, et en tout cas bien callé dans mes oreilles.

Quand Anticon fleure un bon filon, forcément, on fait confiance. Le groupe Young Fathers sera peut être une simple formation proto-hiphop de plus. Ou les prochains next big thing. Parce que quand on écoute un morceau de la trempe de Sisters, on est obligé de se demander si l’on ne tient pas les nouveaux Tv On The Radio. Aventureux, crades, mais surtout capable d’envoyer un refrain limpide, ça donne envie. Alors, étonnamment, l’EP n’est pas foncièrement centré sur cette facette indie fédératrice, et balance un hiphop dur et sombre, avec quelques fulgurances pop imparables (Sisters, Remains…). Mais on sent le gros truc poindre, et si les écossais trouvent l’équilibre parfait entre rap claustro, rythmes africains et refrains tubesques, ça risque d’exploser dans tous les sens.

Mike Paradinas a complètement disparu de la circulation après son chef d’œuvre absolu qu’était Duntisbourne Abbots Soulmate Devastation Technique sorti sous le pseudo µ-Ziq. Boum, cette année, le monstre se réveille, et balance une tonne de morceaux unreleased, voir carrément des tracks (géniales) qu’il va jeter à la poubelle car “il ne sait pas quoi en faire”. Ok mec, tu as failli être l’artiste de l’année, sans rien sortir d’officiel. Mais good news everyone, Mike va carrément sortir 3 albums en 2013 : un album avec sa nana, un disque compilant des très vieux morceaux d’µ-Ziq qui feront pleurer de bonheur tout amateur d’electronica un poil nostalgique, et surtout un nouveau disque qui s’annonce ultime, entre IDM belle à pleurer et juke-émo à la Kuedo. Bref, dans l’electro, Paradinas sera partout en 2013, sur tous les terrains, prosternons-nous : le retour du roi.





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> Le dilemme de l’année 2012 


Killer Mike – RAP Music & El-P – Cancer For Cure




Je me suis posé une bonne partie de l’année une sacrée question : quel est le meilleur album entre le RAP Music de Killer Mike et le Cancer For Cure de El-P, sachant que tu n’as le droit d’en choisir qu’un seul ? Le défi de ne mettre qu’un seul des deux disques dans mon top, et ne pas parler de l’autre. J’avais envie de dire Killer Mike, il était dans mon top à la base, c’est pour moi l’un des disques les plus forts de cette année. Une bombe absolue, une mornifle violente. Mais après de sérieuses et longues écoutes du El-P, j’ai l’esprit brouillé, impossible de pencher vers l’un ou l’autre. On va dire que le Killer Mike est une grosse tuerie évidente et jouissive, remplis de tubes imparables, là ou le Cancer For Cure va être plus insidieux, plus vicieux, mais tout aussi impactant au final. Reste que ne n’ai jamais pu réellement trancher (et c’est pas faute du avoir réfléchi pendant plusieurs mois), je n’ai pas eu les couilles, j’ai honte de moi, je ne peux plus me regarder dans une glace, j’ai perdu la boule avec ce dilemme, l’horreur. Donc j’ai crée une catégorie rien que pour ces deux disques, histoire de sauver la face.





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> Top Tracks 2012


– Ricardo Tobar – Recuerdos

– VECT – What I’m Gonna Do (everydayz remix)

– Trimbal – Confidence Boost (Harmonimix)

– Quam – Iz

– Disclosure – What’s In Your Head

– Boards Of Canada – Untitled (Machinedrum edit)

– Nick Solé – Love Song

– Frank Ocean – Pink Matter


– Young Fathers – Sisters

– Barker & Baumecker – Schlang Bang

– Ital Tek – Yesterday Tomorrow Today

– Sand Circles – White Sand

– Egyptology – Airborn Corridor

– Burial – Truant / Rough Sleeper

– Jason Grove – Bonus Beats


– MAO – Harken

– Piri Piri – You Seem

– XXYYXX – Luv U Grl

– Rone – Parade

– Hyacinthe – La connasse au refrain

– Unicorn Kid – Need U


– Action Bronson & Riff Raff – Bird on a wire

– Kahn – Margeaux I & II

– Future – Turn On The Lights

– Phon.O – Fukushima

– Danny Brown – Grown Up

– Squarepusher – 4001

– Neako – The Lufthansa Heist & 1 333 777 2323





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> Best Videos 2012







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> Les moments trop top des Chroniques Automatiques de  2012 ! (attention, auto-promo, link dans les images)



L’interview de Dj Krush :


L’interview de Doseone :


La Mixtape “I’d bury my dreams underground” :


Les Night Night Night Tokyo :




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> Anecdotes 2012


– Je me souviens, il y a plus de 4ans, être allé dans le sous-sol d’un restaurant lyonnais près de Bellecourt pour écouter une petite blonde chanter quelques chansons bien sympathiques, dont un petit tube feutré, Badaboum. 2013, je découvre que la demoiselle, Buridane, vient de sortir un disque, ça ne me rajeunit pas, mais c’est toujours bon à entendre.


– Alors, je n’ai pas parlé d’une chose extrêmement étrange qui s’est propagé dans la nuit Japonaise cette année. Les clubs Tokyoites sont dingues, oui. Folie vestimentaire, petage de plomb dans les concepts, musique qui n’hésite pas à arpenter des chemins non balisés. Les dancefloor de la mégalopole se portent bien. Sauf. Que récemment, dans certains clubs, parfois les plus courrus, il est désormais interdit de… danser. On peut boire, on peut draguer, on peut écouter de la musique. Mais interdiction de bouger son cul en rythme. La police semble encline à faire du zèle sur une veille loi qui n’a plus lieu d’être, afin de mettre à mal la nuit japonaise. Pour plus d’informations sur ce curieux, et déprimant, problème d’interdiction de danser dans les clubs japonais, n’hésitez pas à lire cet excellent et complet article : http://www.timeout.jp/en/tokyo/feature/6268/Japan-no-dancing-please


Chilly Gonzales a carrément fait un concert avec un orchestre, captation mise en vente cette année. Dedans, une relecture incroyable de Different Kind Of Prostitute, meilleur morceau du dernier album du canadien, qui me file des frissons, surtout quand la mélodie de Shameless Eyes se pointe, pour quelques secondes seulement. Sérieux, j’ai les cheveux dressé sur la tête à chaque fois que j’écoute ce morceau. Sublime.


Evian Christ, c’est tout ce que j’aurais du aimer, ce hiphop désertique, instrumental et camé. Un nouveau genre dans le hiphop, le “gangsta-neurasthénique”. Pourtant, l’album est un peu chiant, pas vraiment mélodique, un peu trop aride. Mais au milieu, un titre dingue, MYD, superbe, parfait. Si le gars part dans cette direction, et tire un peu moins vers le minimalisme dans ses prochaines productions, on risque d’avoir un sacré truc dans la trombine en 2013.


L’animalerie, from Lyon, a lâché de sacrés freestyles et vidéos cette année, on a hâte d’en entendre plus en 2013.


– Bon, encore une fois, Flying Lotus, ce n’est pas pour moi. Son nouvel LP est beau, bien produit, impressionnant de richesse… Mais qu’est ce que je m’emmmerde en écoutant ça. Je réclamais par contre à corps et à cris, depuis plusieurs années, que Flying Lotus se mette au Hiphop. Et voilà qu’il passe le pas via son alias Captain Murphy. Et franchement, c’est déjà beaucoup plus bandant. Je rêve néanmoins toujours d’un album qui serait de la trempe de Between Friends ou d’un Zodiac Shit (un des plus grands morceaux de tous les temps hein). En attendant, je glane les quelques minces morceaux de FlyLo qui me transportent.


– Meilleures recherches google de l’année 2012 sur les chros autos :
> Chanson dancehall triste voix cassée yeah i yeah eh eh yeah refrain (j’avoue, je ne connais pas non plus)
> Comment faire des beats comme Burial
> Ma glotte est gonflé sous LSD
> Comment boire une bière avec ses potes (bonne question)
> Qui possede les droides d’auteur des bealte (effectivement, on veut tous savoir où sont les droïdes de Lennon)
> Comment ce débrouiller seul quand on est paralysé des jambes dans sa maison


– J’ai un peu eu l’impression de retourner à mon adolescence, mais merde, le nouveau Deftones démonte drôlement. Loin d’être une galette absolue, mais j’ai méchamment pris mon pied avec ce Koi No Yokan, qui arrive à nous donner envie de taper les murs en buvant des bières, tout en rêvassant sur ses amours de lycée. Un joli coup de pompe dans la mâchoire.


Deft Affect est mort, je suis tristesse.


– J’achète le disque de Grimes au hasard, à cause de la (belle) pochette, en pensant tomber sur un truc bien bourrin. Premier choc. Le disque est sympa, un peu inoffensif, rien de spécial, mais c’est cool. Oh hey, quelque chose m’a frappé dur par contre : En écoutant (très beau clip) le main single, Genesis… personne ne pense à du vieux Aphex remixé par une nana qui feule timidement sur des synthés ? On dirait une version alternative de On en mode verveine. Grimes ressort un vieux Aphex et chuinte dessus, et se retrouve dans tous les blogs mode. Assez rare pour être signalé. Ou je n’ai rien pigé à l’affaire.


– Ma belle, mon amour, Kyari Pamyu Pamyu a encore sorti un sacré clip cette année, en mode rock progressif, toujours matiné d’une belle couche de drogues (dures). Zombies nunchaku, vomi rose, doigt d’honneur, lapin lubrique, samurai chauve dépressif : On ne comprend rien à ce qu’il se passe, mais c’est tellement cool. Je ne vais pas pousser le bouchon de remettre une video de la demoiselle en clip de l’année, mais… (EDIT : bon en fait si). C’est elle qui devrait faire des milliards de vues, pas PSY. Je t’aime.


– Un Japonais malin a sorti un album de hiphop intitulé Detox. Ca m’a bien fait marré dans le magasin, tout le monde s’en bas les couilles, au revoir.


– Le hiphop et la techno viendraient-ils des inuits ? Cette question ubuesque mérite d’être posée quand on regarde cette vidéo :  http://www.ina.fr/art-et-culture/musique/video/SXC00014801/le-chant-inuit.fr.html


– Petit coup de projo sur la video d’un pote, qui a clipé le morceau de Delect (Leonard de Leonard et Chris De Luca) pour tout vous avouer, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas plissé des yeux et crissé des dents en regardant un clip video. Brutal. Mais vu que c’est aussi rempli de stripteaseuses japonaises, alors on aime. On oscille au final constamment entre la caresse porny et la répulsion presque douloureuse, un joli tour de force.


Tame Impala un des disques de l’année, pour sur. Feels Like We Only Go Backwards morceau du disque, pas faux. Et quand une chorale de gamins reprend le morceau pour le transformer en gospel-pop, on chiale de bonheur. Et cela prouve surtout qu’une bonne chanson, qu’elle soit noyée sous mille couches d’effets et de guitares, ou simplement chantée par des mouflards, ben ça reste une bonne chanson.




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Comme toujours, merci vraiment à tous ceux qui visites ses pages, qui participent ou commentent sur le site. C’est évidemment graçe à vous que les Chro Auto continuent de vivre. Merci aussi à ceux qui participent à mes délires photos, et aux interviews impossibles à avoir au premier abord. Pour tout ceux qui viennent régulièrement dans ces pages et veulent papoter un peu plus musique ou autre, n’hésitez pas à m’envoyer des mails sur ma page Facebook, en précisant votre pseudo (histoire que je vous reconnaisse), c’est toujours avec grand plaisir.  Si vous voulez échanger des photos de chats ou des vieux morceaux Dance, je suis intéressé aussi. Et n’hésitez pas à faire tourner ce top !


Merci encore, bonne année tout ça, protégez vous les oreilles, même si c’est avec des boules quies colorées et repoussantes visuellement. On part vers 2013, dans le plus grand chaos, les Chroniques Automatiques rempilent pour au moins un an supplémentaire !


Thanks,



Dat’

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CUM ON MY SELECTOR 7 : Young Fathers, Sand Circles, Ital Tek, Egyptology, Jason Grove, Burial, GoldFFinch, Barker & Baumecker

Posted in Chroniques on December 28th, 2012 by Dat'


Tomorrow comes today



Parceque c’est la fin de l’année, je balance un dernier petit Cum On My Selector, avant le sempiternel top de l’année, qui sera publié début Janvier, comme d’habitude. De quoi patienter et écouter quelques gemmes avant le nouvel an, et revenir sur deux trois disques que je n’ai pas eu le temps de chroniquer, en plus de quelques gemmes parues sur des Ep/Lp sortis trop discretements. Bonnes fêtes donc, et rendez-vous début janvier pour le (j’espère) gargantuesque Top 2012 !




Young Fathers – Sister

A la première écoute de ce morceau, je n’ai pas pu m’empêcher de lancer un “putain ce tube !”  à haute voix. Pour le moment, le groupe n’est rien, mais risque de peser lourd après la sortie de leur premier EP, par Anticon, pour début 2013. Si j’ai bien compris, Young Fathers avait déjà sorti discrètement la galette en autoprod, et le label californien a fleuré le filon, en signant le groupe écossais pour rééditer le tout. Franchement, je n’avais pas été autant frappé par un morceau estampillé Anticon depuis le Can’t Feel Love anymore de Bike For Three. Ce Sisters est une tuerie, un mix parfait entre le hiphop cockney et un rock tribal à la Tv On The Radio. A dire vrai, c’est presque ce que j’avais imaginé pour le futur de la bande à Sitek, ce que le groupe aurait du pondre : Instrue folle, couplets parfaits, et surtout refrain lumineux, superbe, imparable.
Les mecs sortent de nul part, et balancent une mixture qui écrase toute concurrence. A chanter sous la douche, à mettre à fond dans sa voiture, à écouter comme un dingue en sautant dans sa chambre pour se donner un peu de courage avant une nouvelle semaine de boulot. “Fuckin Awesome song” dit un commentaire youtube, pour une vidéo inexplicablement encore trop peu consultée. Autant vous dire que si le reste de l’Ep est du même calibre que ce Sisters, on tient déjà l’une des sorties majeur de 2013.







Barker & Baumecker – Schlang Bang

Pas eu le temps de faire une chronique en bonne et due forme, car le LP de Barker & Baumecker est arrivé bien en retard au Japon. Et ça m’embête, car j’ai aussi un peu pris mon temps avant de me pencher sur ce LP, qui pourrait bien se retrouver dans les plus gros disques de cette année 2012. Pris mon temps, car malgré les bonnes critiques, j’étais sur de tomber sur une galette de techno allemande bien dark et assommante, ce qui me fatigue pas mal ces temps-ci. Grosse erreur. Car le disque part dans tous les sens, et réserve pas mal de surprises, entre techno choquante (Buttcracker) et fresques belles à pleurer (Spur, Sektor…). Mais l’album, c’est aussi beaucoup d’electro fortement influencée Uk Garage, comme ce Schlang Bang ahurissant, morceau 2step vicieux et défectueux, qui te rend dingue avec cette bassline bien traumatisante, qui te casse la tronche avec ses rythmes claudiquants. On a l’impression d’entendre Jacques Greene faisant la BO du clown ça, il est revenu, via une musique qui transpire les caves londoniennes/boites berlinoises, mais avec des danseurs aux moignons protubérants au milieu du dancefloor. Inhospitalier, excessif, imparable. Tube vicié, mais tube absolu, évidemment.







Ital Tek – Yesterday Tomorrow Today

Parler d’une époque révolue, c’est toujours marrant. Il fut un temps, en 2007, où Planet-Mu allait changer doucement la facette de la musique electro en Europe, en commençant à balancer des LP de Dubstep bien lourds et métalliques, sans savoir que ces derniers allaient engendrer, quelques années après, des monstres ignobles. On peut parler du sublime premier LP de Distance, My Demons. Ou de l’excellent MRK 1. Du plus apaisé Pinch. Des mecs qui n’existent plus vraiment, broyé par la vague du bro/dubstep actuel. Mais en 2007, il y a eu aussi l’Ep d’Ital Tek, indispensable 4 titres lui aussi précurseur d’un genre. Avec, en point d’orgue, le morceau White Mark, qui m’avait foutu une baffe monumentale à sa sortie. Le mec a senti le vent tourner, et s’il est resté sur Mu, sa musique ne flirte que de très loin avec le mouv’ dubstep. Pas eu le temps de chroniquer son nouvel LP sorti il y a quelques semaines, faute professionnelle, car Nebula Dance est une sacré galette. Juke-electronica, ou IDM légèrement footworkée, comme le veut la tendance actuelle chez Mu, Ital Tek balance avec Yesterday Tomorrow Today une intro qui pourrait presque être celle d’Itsu de Plaid, avant de lâcher les rythmes épileptiques fourmillant de partout. C’est super beau, parfaitement maitrisé, et même si un peu trop sage, impossible de ne pas s’en délecter.







Sand Circles – White Sand

Le LP Motor City de Sand Circles est un drôle d’objet. On y trouve quelques complaintes synthétiques brumeuses, deux trois fresques chiantes comme la pluie, et une poignée d’élucubrations techno façon Detroit sous morphine. Et au milieu de tout ça, une track magistrale, White Sand, qui concentre toutes les directions arpentées dans le LP, pour accoucher d’un bordel techno-shoegaze fascinant, rouleau compresseur frisant les tympans, à base de clavier larmoyants et nappes étouffantes. Le beat est lourd, pesant, binaire et presque atone, bâillonné par le mur de synthés assourdissant. On écoute ce White Sand les yeux écarquillés, à tenter d’identifier un semblant de logique dans cette mélodie de fin du monde. My Bloody Valentine réinterprété par une baleine dans les fonds marins, ou un Fuck Buttons dépressif coulé sous trois mètre de béton. On aurait juste voulu que le titre dure 3 minutes de plus, histoire de voir tous nos repères temporels voler en éclats, annihilés par cet ovni one-shot, secouant un disque un peu trop sage. On va quand même surveiller ça de près.







Egyptology – Airborn Corridor

Des groupes qui font de la musique avec comme base des synthés vintages, il y en une tripoté. C’est parfois très beau, souvent banal, flirte entre le boursouflé et le fascinant. Sur ce Airborn Corridor, ça commence de façon un peu neutre, loin d’être saisissant. Mais le morceau dure plus de 7 minutes, et semble vouloir prendre son temps. Tu comprends que le bordel va être une tuerie à 2min56 exactement. Cette petite mélodie imparable qui débarque. Qui se déplie, qui se dédouble, qui te parasite graduellement les synapses. La science de la litanie. On peut dire ce que l’on veut, c’est quand cette dernière est belle qu’un morceau est réussi. Et là, à partir de cette fameuse 2min56, le morceau part dans une complainte mélancolico-spatiale, un truc beau qui te plante des étoiles dans les yeux et des rêves dans le cul, qui te donne envie de dériver sans vie dans les voies lactées, à la recherche d’une planète inconnue emplie de miel et de corps nus. Slagsmålsklubben émo après une rupture amoureuse, Emeralds décharné en train de chuter dans un ravin sans fin, Egyptology lâche un album contenant quelques pistes sacrées. On est d’autant plus étonné de voir que derrière ce blaze se trouve notre (ancien) hystérique O.Lamm et son pote Domotic. Glisser sur ce morceau en pleine nuit blanche ? Bonheur.







Burial – Truant / Rough Sleeper

 Sérieusement, ça commence à me foutre sur les nerfs de me faire baiser à chaque fois. A CHAQUE FOIS. quand un nouvel Ep du mec sort, je me dis toujours “bon Burial, j’adore vraiment, mais il faudrait que le mec change un peu de recette, qu’il évolue quoi”. Le mec fait peu ou prou la même chose, si l’on écoute pas attentivement. Et pourtant, il me défonce le coeur. A chaque release. Et celle là peut être encore plus qu’une autre. Le mec continue son trip de morceau très longs contenant plusieurs segments differents les uns des autres. Les ruptures peuvent gener. Mais bordel, comme c’est beau. Comme c’est pur. Comme c’est parfait. Les synthés de Truant te donnent envie de chialer. Cette voix qui intervient à partir de 1min50 me brulent l’échine. “I felt in love with youuu”, c’est exactement ça, continue de susurrer mademoiselle, car je t’aime tellement.
C’est marrant, car cet Ep d’une demi heure ressemblerait presque à une mixtape, d’idées jetées les unes avec les autres, rampe de lancement pour un prochain album. On rêverait presque d’un disque de la sorte, une piste seule d’une heure, compilant une quinzaine de petites tracks ans début ni fin, que l’on croiserait dans nos oreilles comme de simples tranches de vie dans le métro. Burial est un fou, Burial est un enfoiré, Burial est toujours trop haut. Ici, on a l’impression que le bonhomme tend vers un Uk Garage plus assumé, moins enfumé, et ce n’est pas pour me déplaire. Allez, continue de sortir tes claviers émo, tes voix d’anges et tes rythmes biaisés. Et sort ton album bonhomme. En attendant, on se bouffe ton Ep parfait jusqu’à la mort. Petite anecdote, cette video pur Truant montre le trajet inverse exact (Odaiba vers Shimbashi) de celui de la video du Boards Of Canada x Machinedrum. La coïncidence est assez marrante pour être signalée.







Jason Grove – Bonus Beats

Oh, oh, oh. A la première écoute de ce Jason Grove, je n’ai pas pu empêcher un très large sourire se dessiner sur mon visage. Car Bonus Beats, c’est tout ce que j’aime, et que j’ai pourtant du mal à trouver. Alors oui, c’est de la Deep House. Et de la Deep House, il y en a plein. Oui c’est aussi quelque peu mâtiné de Uk Garage, avec voix puputes-soul et rythme boiteux. Là aussi, il y en a beaucoup, des morceaux de la sorte. Mais celui-ci arrive à trouver l’équilibre PARFAIT entre Deep House et Uk Garage. Putain, tout est mortel, c’est parfait, absolu, ça pue le sexe et le stupre, la mélancolie et la nuit, les mannequins fatiguées sur hauts talons et les vieux camés affalés sur canapé. Malheureusement, l’album 313.4Ever n’est pas aussi parfait sur toute sa longueur (sinon il se serait retrouvé direct en haut de mon top de l’année) mais recèle de bijoux gravement affriolants. Ce Bonus Beats, ce n’est pas de la drague sur internet, mais du putain de racolage bien moite entre deux bières dans une boite de nuit. Un truc qui fait bander, mouiller et battre les cœurs. Et c’est bien ça le plus important.







GoldFFinch – Belle

Hey, je ne pouvais pas finir un Cum On My Selector sans un morceau de 2step bien cliché, avec voix pitchées, beats à la El-B et mélodie émo ! Alors ce Belle, je suis tombé un peu par hasard, et quelle bombinette les amis. Hilghlight d’un excellent EP (Model fracasse pas mal aussi), cette production de GoldFFinch (from Belgique, pas bien connu) existe surtout grâce aux très beaux synthés planants œuvrant dans le fond, bouffés par la midinette essoufflée qui lance ses “togezer gess you gat to ké di try” inintelligibles, mais diablement sexy. Vu les 3 ou 4 ep sorti par le bonhomme cette année, on devrait en savoir plus en 2013. Du bon boulot.







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Tessei Tojo – My Little Beautiful

Posted in Chroniques on December 19th, 2012 by Dat'


It’s not me, it’s you



Cela peut sembler bizarre, mais je me fais un peu de soucis pour la musique électronique japonaise, tout du moins celle présente dans les magasins de disques à Tokyo. Il y a certes un terreau hallucinant de producteurs japonais electronica-ambiant dans les net-labels, ou des mecs balançant une musique de haut niveau en arpentant toutes les salles de concert underground de la capitale. Mais malheureusement, ce n’est pas cette musique électronique qui intéresse les japonais, et à fortiori les rayons de disque.

Car à Tower Records et compagnie, 95% des disques du rayon Electro sont en fait des horreurs lounge-world-chill à base de piano et teintes champêtres façon musique d’ascenseur. Alors que l’electro jap d’il y a 3 ans souffrait d’un mal tout aussi grave, aka le copier coller des recettes Ed Banger, on assiste aujourd’hui à une lente nécrose des rayons (pourtant toujours bien fournis), tendant vers l’apathisme le plus total. Oh, certes, des mecs comme Geskia!, Aoki Takamasa, Ametsub ou Daisuke Tanabe sont toujours bien mis en avant, mais ils deviennent des exceptions, là où ils étaient norme il y a 6 ou 7 ans.

Alors d’une part, l’achat à l’aveugle, qui était ma discipline favorite à l’époque, est devenu bien trop dangereux. Et surtout, on peut passer 1 heure dans le magasin à écouter des merdes avant de tomber enfin sur le petit bijou tant attendu. Autant casser le suspense tout de suite, ce My Little Beautiful de Tessei Tojo fait parti des belles surprises.








Que les Japonais soient traumatisés par le rap US ou la musique électronique française est un fait, et cela se ressent dans la majorités de leurs releases. Mais le label Warp a lui aussi fait son petit bonhomme de chemin chez les nippons, en inspirant bien des carrières. Pour Tessei Tojo, point d’innovation, impossible de ne pas avoir des références en pleine tronche quand on écoute ce My Little Beautiful. Recette déjà arpentée donc, mais rondement menée, assurément. Le label Progressive Form tient une place importante dans l’évolution de l’electro japonaise, mais sur cette release, les influences sont évidentes.

Ambiguous Reality démarre le LP à fond les ballons : superbes nappes pas étrangères du vieux Warp en guoguette, mais martyrisées par un rythme electronica complètement peté, entre acid anglais et relents de juke mutante. C’est drôlement beau, superbement maitrisé, flirtant avec le fan-service. Mais quand c’est parfaitement branlé, on ne va pas faire la gueule. Quand Innocence démarre, on a envie de s’exclamer “hey mais c’est du Squarepusher!”. Clairement, on nage dans le Tom Jenkinson de la grande époque (et non pas celui du dernier album) avec les quasi-même claviers utilisés. Ici aussi, c’est mélodie cristalline qui n’en fini plus de s’envoler, c’est rythmes electronica qui fourmillent de détails, et surtout un coté épique vs fragilité qui fait tant défaut à un bon nombre de productions d’aujourd’hui. D’autant plus que le japonais s’amuse à mettre l’accent sur une mélodie qui n’en finit plus de chialer, plutôt qu’à tenter l’esbroufe du rythme impossible à capter.

Indivisual Truth sera encore plus atmosphérique, avec une bassline dantesque, un rythme plus lourd, et un chapelet de synthés toujours enclins à broyer les cœurs. La base du morceau vrombit à n’en plus finir, tandis que les mélodies s’occupent de chasser les étoiles. Parfait morceau oscillant entre cauchemar pour les voisins et litanie electronica belle à en pleurer. Tessei Tojo est haut, très haut. Et même si la fin est un peu abrupte, décidant de se dérober après trois petites minutes, on ne peut qu’en ressortir le cœur léger, avec des ailes d’anges plantées dans le cul en bonus.

Mind Game sonnera la charge, en dévoilant une facette plus agressive du Japonais. Vrombissements à faire trembler un immeuble, longue intro à base de claviers tubesques complètement fous, le rythme pachydermique et déstructuré ne déboulera qu’après deux longues minutes dissonantes et belles comme la mort. Cette fois, on se prend une grosse claque de 5 minutes, tunnel techno épileptique qui hérisse les poils et malaxe la colonne. Et même si l’attaque est héroïque, Tessei Tojo n’en démord pas, sa musique garde ce coté hypnotique et étouffant inhérent au LP. Une sacrée claque.





Que la scène Juke mise en lumière ait marqué le Japon, impossible de le contester. Dans les magasins Tokyoites, chaque sortie Juke est placée en tête de gondole, et Planet Mu dominerait presque les rayons electro “import”, avec ses compilations Footwork (Bangs and Works Vol I& II) bénéficiant d’encarts publicitaires cartonnés aussi grands que le dernier Rihanna ou Frank Ocean. Et on croise de plus en plus de musiciens s’attaquant aux rythmes épileptiques made in Chicago dans leurs albums, live et dj set. Ici, on sent que Tessei Tojo a du se prendre une jolie claque en posant une oreille sur ce mouvement tant Opposite Side sent le Footwork tuné à la Blade Runner façon Severant (encore un !). Comme depuis le début, c’est nickel, impressionnant de maitrise, super épique.

An Imperfect Spring ravira les esgourdes, mais frustrera gravement aussi, avec ce sublime morceau d’abstract enfumé qui ne durera que… 2 petites minutes. Le sacrilège. Deux fois plus longue, on tenait le bijou absolu. La grosse erreur du LP. Bon, on pourra se dire qu’il suffit de se passer le morceau deux fois d’affiler, mais quand même, impossible de ne pas grincer des dents devant ce chef d’œuvre avorté. Heureusement, Child Song partira vers des territoires encore plus brumeux, avec une ambiant passée à la moulinette purée de pois. Petite mélopée toute fragile qui se fraie un chemin dans ses synthés sortant du brouillard, c’est beau, ça prend tout le temps nécessaire pour se déplier avec grâce et candeur.

L’album continuera sa mutation dans des univers plus ouatés et apaisés avec Kikori, morceau façon caverne de glace, bourré de détails, de mélodies accouchant de mélodies, de synthés sortant de nulle part, s’amourachant les uns les autres sans être perturbés le moins du monde par un rythme glitché et irrégulier certes, mais presque mutin, en position de retrait. Au final, seule l’avant dernière track, Bass, partira dans un trip plus caverneux, tout en sensibilité, délaissant les nuages pour un essai ambiant mélancolique…  En conclusion, My Abstract refera la part belle aux synthés taquins, ambiances Warp rétro et arpèges de synthés émo, pour un exercice très candide, que l’on aurait aimer voir s’envoler pour de bon sur la fin, mais qui restera une jolie façon de clore le débat.

Deux remixes bonus agrémenteront le CD, et si la refonte d’Innocence par Nyolfen est loin d’être indispensable, celle de Indivisul Truth par Fugenn & The White Elephants impressionnera par la “consistence” du son, décapante dans la dernière minute. Le morceau devient encore plus épique que l’original, et se paiera une conclusion folle furieuse, en mode Drill’n’bass vs claviers à chialer, qui m’a littéralement scotché à la première écoute. C’est rare qu’un remix placé en fin de disque me fasse autant d’effet, et celui-ci se glisse même dans les indispensables du LP.






Alors oui, en écoutant ce disque, on pense méchamment à Squarepusher, un peu à Clark, et l’on voit constamment un gros WARP RECORDS qui clignote en mode gros néon rose dans ta face. Ici, on ne cherche pas ici l’innovation, le disque qui casse les limites. Mais les mélodies, superbes, sont là. Les rythmes déstructurés aussi. Impossible de ne pas prendre de plaisir en écoutant ce My Little Beautiful qui se complait certes dans le fan-service, mais qui le fait avec talent. Et justement, au moment où pas mal de légendes Warp se mettent à la guitare folk ou tentent des comeback fallacieux, il est appréciable d’écouter un disque qui fait de l’electronica comme “avant”, et qui le fait bien, un peu comme Yimino il y a quelques temps.

Bien qu’un peu court, et ultra référencé, ce petit LP de Tessei Tojo contient certains des plus beaux morceaux electronica entendus cette année. A ne pas louper.






Tessei Tojo “Innocence” from yuma saito on Vimeo.






12 titres – Progressive Form

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