Saåad – Orbs & Channels / Ochre – National Ignition LP


Deux chroniques pour le prix d’une : Ochre & Saåad





Aujourd’hui, deux textes donc, car il m’était impossible de décider quel disque traiter en premier dans ces pages. Et comme souvent dans ces cas là, j’abandonne carrément les deux disques pour en parler d’un troisième, je me suis dis que cette fois, j’allais prendre le taureau par les cornes et éviter de la jouer à pile ou face.




Saåad – Orbs & Channels

Il t’es déjà arrivé de sortir de boite, d’un club, d’une soirée, où le son était tellement fort que tu en avais perdu tes repères. Tu avances dans la rue, la tête explosée, les sens dans les nuages. Tu flottes sur le goudron, glisses sur le trottoir. Tu as oublié ton adresse, mais tu sais comment y aller. Errer dans la mégalopole, les yeux plissés, à saisir chaque néon, chaque voiture en mouvement, chaque grondement de train. Les oreilles aux aguets, tendues comme des antennes, pour tenter de percevoir le pouls de la ville. Les immeubles qui grincent, les métros qui hurlent, le monstre foule qui écrase. Ce Orbs & Channels de Saåad, et ce nom impossible à écrire sans un copier/coller, c’est un peu ça. Mais pas que.

Car Obs & Channel, cela pourrait aussi être un trip sous Dogmatil. Nuit blanche, trop de fatigue, mais pas la force d’aller dormir. Mouvements ralentis, appartement qui te parle, communique, vibre, alors que tu es planté devant ton ordinateur, l’œil torve, la bouche ouverte. Ton estomac se rebelle, alors tu tentes une sortie dans la nuit pour acheter de quoi te sustenter. Mais ton cerveau est perdu, ta tête est malade, et là aussi, tu flottes, tu suis les grésillements des câbles électriques, comme un berger et son étoile : lignes.

Troisième hypothèse, peut être la meilleure : mégalopole, encore et toujours. Monter sur le toit d’un immeuble, et observer le tout. Les buildings, les publicités géantes, les artères lacérées par les phares des voitures, les tranches de vie que l’on peut apercevoir à travers les fenêtres. Toi, tu es au dessus, tu surplombes, timelapse mental, à voir la nuit défiler. Dans les oreilles, un morceau comme Au-Dela, le plus beau du LP peut être, réminiscences de la mélodie de On, litanie fragile, à peine distinguable, asphyxiée par un magma drone/shoegaze du plus bel effet, un truc fascinant et hypnotique, un mur du son violent mais jamais agressif, une longue plongée lesté d’une pierre dans l’océan. Au-Dela ? Surement, comme écouter une radio réglée sur du bruit blanc, arrivant à capter les lamentations d’âmes errantes, tentant de te transmettre un message.

On croirait même distinguer quelques prières sur Forever Late, sans savoir si l’on parle de fantômes, ou juste d’un client fracassé, déambulant dans un club vidé de son monde, où seul cadavres alcoolisés et midinettes dans le coma subsistent. Aller dans une église après avoir avaler une bouteille de Rivotril, pour écouter un orgue jouer alors que tu perds la boule et que le monde se transforme en vague slow-motion ? Tu trouveras ça sur Cross Organ.


Ce disque de Saåad impressionne, comme on pourrait être impressionné par un Tim Hecker. C’est dire l’ampleur du truc. Drone, shoegaze, ambiant, noise… on prendra la définition qui nous arrange. Il n’est pas certain que l’on ait mieux dans le genre en 2013. Il est de plus disponible sur le bandcamp du groupe pour “le prix que tu veux”. Mais se sont des termes techniques, il est vrai.

Alors d’un point de vue du strict ressenti, ce disque, c’est un peu comme s’extirper au ralenti d’un crash de voiture, le sang piquant les yeux, les lumières de la rue bousillant les sens, la tête explosée par le fracas et les secousses de l’accident. Le moment où l’on se pensait mort. C’est communiquer avec l’autre monde. Se noyer dans un cénote. Vouloir toucher le fond, et ne surtout pas remonter à la surface. Faire du surplace, le cerveau embué par la drogue, et aimer ça.




SAAAD – Soft Drug




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Ochre – National Ignition

Ochre, j’en ai parlé à peu près à la même période, il y a un an de cela. Le temps d’une chronique sur un disque sorti il y a bien des années, mais qui était honteusement passé hors de mon radar. Et bien, quelle ne fut pas ma surprise en voyant qu’un nouveau Ochre venait de débouler. National Ignition commence comme toute introduction attendue d’un groupe comme Ochre ou Yimino : de l’electronica éthérée, pétrie par une mélodie divine, bousculée par des rythmes claudiquant. Des petites clochettes à la Plaid ? Oui, évidemment. Blue Hours sera bien bousculer par un break sombre, mais point de terre inconnue en cette année du 13. Je vous le donne en mille, on trouve là encore des morceaux ultra-clichés façon Plaid-fin-90-sur-Warp. Mais quand c’est aussi bien branlé, pourquoi refuser de prendre son pied ? Awaiting The Morning fait énormément penser à du Tekkonkinkreet, mais bordel, que c’est beau. Ce petit arpège de synthé pas loin des mélodies d’un Omnichord, cette gratte acoustique discrète qui soutient le tout, ces jolies montées qui nous collent la tête dans les nuages, le soleil, les herbes folles. Le morceau est riche comme jamais, et s’il ne surprend pas dans sa structure, il revigore les esgourdes et fait battre les cœurs.

Mais attention, il n’y a pas que du fan-service-made-in-Plaid dans ce nouveau disque. Ochre prend quelques chemins de traverses sur National Ignition, histoire de donner un peu de corps et variété au LP. On a un ou deux petits ratés, comme le sombre et menaçant Dead Republics, pas mauvais en soi, mais loin d’être réellement bandant. Helicene, psychédélique à souhait, avec un synthé que n’aurait pas renié Lindstrom, a déjà beaucoup plus de gueule. Space Disco cramée par un rythme electronica déstructuré, et chants d’anges synthétiques à l’horizon : du tout bon.

Mais un morceau surnage dans ce LP, par sa direction ultra frontale et son coté dance débridé, tout t’en gardant ce coté émo propre à Ochre. C’est bien simple, Glassmaker est un tube techno fou, qui gronde comme jamais, avec une bassline bien dégueulasse, un beat pachydermique, et comble de bonheur, des simili-claviers trance qui flirtent avec le putassier. Mais les petites mélodies enchanteresses sont toujours là, et te plantes des constellations plein la gueule. On est en équilibre parfait entre dancefloor pleins de mannequins et petite tuerie electronica mélancolique. Un sacré morceau, que l’on aurait aimer entendre repartir comme un fou, sonner la charge une dernière fois, au lieu de s’éteindre après 4 minutes. Groove de robot, sonorités vintage… cela pourrait sembler suranné, mais que nenni, c’est une mornifle savamment assenée.


Alors avec ce Ochre, on n’attendait pas quelque chose d’extraordinaire, ni groundbreaking. Simplement de quoi emplir de joie nos petits cœurs friands d’excavations electronica tire-larmes, avatar Warp Records comme beaucoup tentent de faire, mais que peux ne maitrisent. On pourra ressortir le même texte pour des groupes comme Yimino, ou le récent Tessei Tojo. Ca ne révolutionne pas ta vie, mais ça te fait tellement de bien. A la recherche du bonheur, aucune idée. Mais les belles tirades émo IDM, chez Ochre, on les a trouvé. Disque court (39min, 10 titres) mais joliment orchestré, que l’on va s’enfiler comme un bonbon, celui que l’on prend dans ses oreilles avec délectation à la fin du taff, ou en plein milieu de la nuit. Une jolie sortie pour cœurs déjà broyés, mais toujours ouverts à quelques ritournelles aux notes cristallines.
Car, comme on dit, tout est une histoire de mélodie. Mélodie, tu m’en auras fait faire de ces conneries…  mais comme tu ramènes ta jolie gueule avec des apparats Plaid-ien, je ne peux que t’ouvrir les bras une énième fois, et tomber avec délectations dans tes filets froids.




Ochre – Glassmaker





10 titres & 10 titres

Hands in the dark & Aura Materia

Dat’

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  1. d... Says:

    salut man ,

    bon , c’est pas un secret je déteste profondément l’electro pop dance émo kawaii ,
    mais cela ne m’empêche pas de trouver craquent les synthé tendance Bleeps de l’intro !
    de se track certes bien fait et probablement sincère .
    pendant quelques secondes j’ai cru partir pour un revival UK RAVE période 1990/94 ,
    (entre bleeps & bass et house progressive) .
    là , se fut peu de choses , que ” quelques secondes ” mais pour moi ça veut dire beaucoup ,
    Ça veut dire qu’ont étaient libre , Heureux d’être là malgré tout ,
    ( Il jouait du piano debout , Quand les trouillards sont à genoux Et les soldats au garde à vous …).
    ah , drôle de monde que celui de 2000 et des poussières , comme je le dit sans cesse un monde de nouveau
    ravagé par le virus ” Global Pop ” ( comme un Nouvel Ordre Mondial ) .
    décidément Daft Fuck et plus tard Justice nous auront fait beaucoup de mal
    ( oui , bein sur que ” Rolling and scratching ” et une tuerie indémodable et que ” Musique ” dans sa version longue
    et une perle de happy hard house , mais a part ça les Daft ont signer le retour du régne de la Pop dans se qu’elle a de plus
    envahissant , dominateur , globalisant , fascisant , agaçant , abrutissant , lobotomisant , étouffant , casse couillant …)
    oh , oui , ils n’ont pas étaient les seul a tuer l’âme Underground de la RAVE profonde , le système ne pouvaient pas laisser
    faire sans avoir le controle .
    mais quand même , je ne parvient pas a comprendre se qui peu pousser des créateurs de ziq a faire des truc aussi superficiel , aussi éphémère , aussi illusoire . ma seul explication , c’est ” la Jeunesse ” car pour perdre son temps a faire
    ça , il faut ne pas avoir encore pris conscience que la vie passe a une vitesse folle .
    alors bien sur chacun fait se qu’il veut (?) mais on me fera pas croire que l’on facilite l’évolution personnel des individus
    en les gavent des le plus jeune age avec ça ! . que la daube reste au niveau qu’elle mérite , au fond du tiroir et là le monde sera parfait , il retrouvera du sens . qu’un enfant de 4 ans puisse se laisser séduire par Lady caca ou Dave Guetta sa peu se comprendre , mais si a 12 ans tu en écoute encore c’est pas bon signe ( un mort vivant qui s’ignore de plus ).
    tu l’aura compris cher dat’ , je m’interroge et se n’est pas une attack massive , envers toi , ok on fait tous mu muse .
    mais quand je vois le niveau qui ne cesse de baisser , cela me désole au plus haut point .

    il y a 20 ans , notre ” smaker ” a nous ça donner ça :

    http://youtu.be/_fs6VP48BW8

    et ça :

    http://youtu.be/vEImj9GQntM

    ou bien ça :

    http://youtu.be/tps5CUk4EvA

    ou ça :

    http://youtu.be/coPcRW1Xm2g

    alors qu’on vienne pas me dire que je suis un vieux grincheux , j’y suis pour rien ,
    la preuve et là , dans nos oreilles …jusqu’au fond de notre cerveau en direction de notre âme ,
    ( ou de se qu’il en reste ).
    et moi , juste je constate ! avec tout se que cela comporte de tragique .
    l’art doit avoir une part de Mystique et au minimum proposer une interrogation ,
    sinon se n’est que de la Pub pour remplir notre vide d’esclave moderne ,
    par l’illusion d’une liberté …qui n’est qu’une tapisserie fadasse .

    gros biZou Dat’ , embrasse Mishima pour moi .

    d…ouzirec

  2. Franklin Says:

    Souviens toi, c’est moi qui t’avais fait découvrir Ochre l’année dernière !
    J’ai personnellement été un poil déçu par cet album. Pour moi, il manque quelque chose, bien que certaines tracks restent excellentes (Glassmaker). On s’éloigne bien de REM Sleep Research…
    National Ignition reste tout de même un bon album à écouter sans se prendre la tête.

    Franklin.

  3. m-salami Says:

    Bon, je viens de me faire exploser les neurones par le truc que j’ai mis en commentaire de l’article sur Tessei Tojo… Je me dis qu’il est temps de continuer de fouiller dans les dernière chroniques pas encore lues, et je tombe sur cet extrait de Saaad la… Mes tympans sont passés de convexes a concaves !
    L’idée d’une ville qui dort, les quelques grincements de chaines, de vieilles voitures qui passent. Et puis tout à coup une nappe de brouillard poétique, encore plus douce que T. Hecker je trouve.
    Je met l’album en téléchargement et je file au lit avec, je vais pas faire long feu 😀

    Pour ce qui est de Ochre, c’est mignon mais bon… Il y a beaucoup d’artiste comme ça, on sait qu’ils vont finir par sortir un album joli mais un peu ennuyeux; un peu comme si il manquait d’atmosphère ou je sais pas trop.. A voir

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