Ochre – A Midsummer Nice Dream
Posted in Chroniques on January 23rd, 2012 by Dat'Smells Like Teen Spirit
Ce qui est intéressant avec les Tops, en plus de découvrir ce que l’on a loupé sur une année, c’est de croiser les vieilleries qui resurgissent. Les “bon, ce n’est pas sorti cette année mais j’ai découvert ça en Aout, c’est mortel, comment n’étais-je pas tombé dessus avant ?” sont légions, et cela me fait souvent réfléchir au fait d’écrire un top disques poussiéreux et inconnus, même s’il y aura surement bien trop à traiter. Thanks to Franklin, qui se reconnaitra, j’ai pu avoir via message facebook une petite description enjouée et un lien vers une track qui m’a fait sauter au plafond, tant cette dernière semblait coller avec ce que j’aime le plus dans l’electronica un peu vieillotte, mais qui me fait pourtant toujours autant rêver.
Alors ce Ochre est labellisé IDM d’antan. Tout en restant actuel. Il aurait pu sortir en 1994, en 2004 (son année de sortie justement) ou 2014 sans que cela ne choque personne. Au final, l’electronica mélodique n’a pas pris de ride, et n’en prendra peut être jamais… Ochre, pour schématiser, c’est le Itsu de Plaid qui copulerait avec le Amber d’Autechre, saupoudré d’un peu de Yimino. Ca donne envie ? C’est bien normal.
Pour les vieux routards de l’electronica que nous sommes, Ochre nous fait naviguer en terrain connu. C’est d’ailleurs ce qui m’a justement fait chavirer. Pas besoin de prendre son dictionnaire auditif et de froncer les sourcils. Ici, on se pose, on distingue la mélodie au premier coup de tympans. Entame du disque, Yugen, propose un beat éclopé, des nappes ambiant et une mélodie cristalline qui intervient en boitant, chant d’oiseau androïde cher à nos contrées electronica. On est d’ailleurs totalement dans un Autechre période Amber, lorsque que le titre s’ouvre en son milieu, et dévoile une mélodie qui parlera à tout palpitant épris de ce genre d’exercice warpien (ou Skamien). Pas difficile, c’est du fan-service, d’ailleurs tout l’album semble être du pur fan-service. A ce train là, ce Midsummer Nice Dream, c’est quasiment le maid-café de l’electronica.
On parlait de Plaid. Low Grav Freefall commence comme le Itsu des anglais, avec cette petite mélodie qui te file des papillons dans le ventre. Une drill’n’bass nécrosée intervient rapidement, crépite dans tous les sens. Le morceau évoluera tout doucement, par détails, avec ce simili-violon qui monte graduellement, instaurant de la tension et de la fragilité au tout. Revolver fait grave dans le Autechre d’antan, avec ces mélodies rampantes et cristallines sabotées par des grincement de boites à rythmes.
Mais c’est REM Sleep Research qui envoie une bonne salve pour te chopper l’âme. Tu le sais dès les premières secondes, avec cette intro encore fois superbe, ses nappes qui coulent de partout et ces tintements qui me font fondre. Le morceau va passer par toutes sortes d’états, de l’electronica apaisée du départ au passage plus émo-Plaid (c’est flagrant) du milieu. Et comme bien souvent dans ce LP, les morceaux de Ochre vont basculer sur le dernier tiers. Mélodie à chialer à partir de 4min15, synthés anémiques qui résonnent dans caverne de glace, c’est à se damner, longue conclusion d’un titre qui te plante des ailes d’ange dans le dos. Tu pisses le sang, mais pas grave, vu que tu planes.
Ce disque, c’est une brochette d’émotion à n’en plus finir, ça déballe encore plus que sur un prime de secret story. Tu sors la boite à souvenir, à te noyer dans la mélancolie sur les arpèges d’Involution, que n’aurait pas renié Kuedo, qui partira sur la fin dans un abstract dévissé et sombre. La longue progression de Seesoar te donnera envie de chercher la fusée que tu as bien planqué dans le bordel sans nom de ton appart. Sinon il y a les ambiants pas top-top Saturniner et Eleven, un peu trop longs, mais le désertique Brandcaster Coast, dans le même style, rattrape le truc car plus mélodique et émo. La 8bits bien vénère de Drink Malk, seul morceau uptempo du LP, permettra de secouer un peu le tout, placé pile au milieu, salvateur. D’autant plus que lui aussi peut se prévaloir d’une progression mélodique à te couper la chique.
L’autre tour de force du disque, c’est le beau, que dis-je, le superbe, que dis-je, le sublime Sticklebrick Symphony, qui t’accroche là aussi avec un démarrage mirifique (Ochre sait gérer ses intros). Synthés qui te tombent dessus en mode pluie fine, puis ça éclate avec une drill racée, un rythme dévissé qui vrille dans tout en restant résonné. T’es sonné tellement c’est travaillé, les taillades sèches ne cassant jamais les éphémères litanies. L’album se terminera sur un morceau éponyme A Midsummer Nice Dream, à s’arracher les yeux tellement la mélodie est parfaite, track beatless assez courte mais qui flinguera n’importe quel cœur réceptif à Ochre.
Car il faut être réceptif à ce genre de musique, clairement. En écrivant cet article, je parles à toi, qui aimes plus que tout cette electronica belle et éclopée. Celle qui est doucement fracturée par des rythmes précis, mais toujours enveloppée d’une mélodie de folie. Toi, qui restes amoureux de cette musique qui n’invente plus rien, qui fait du surplace, qui semble morte, qui ne s’écoute plus vraiment depuis 10 ans, parce qu’elle semble surannée. Mais que toi, tu trouves intemporelle. Tu la trouves belle. Tu la trouves triste, mélancolique en diable, même si elle semble toujours lumineuse.
Si toi, tu es comme moi, à t’enchanter, encore un peu, sur de belles petites fresques electronica qui n’inventent rien mais qui écrasent la gueule, encore et toujours, inexplicablement… Ce Ochre, à l’instar d’un Yimino ou d’un bon vieux Plaid, ne pourra que s’installer dans tes esgourdes… et voler ton cœur, comme dirait l’autre.
13 Titres – Toytronic
Dat’
































































































