Tha Blue Herb – Total

Posted in Chroniques on May 14th, 2012 by Dat'


I’m not your typical japanese



Bon, je ne vais pas refaire une intro présentation, vu que j’ai chroniqué un Ep de Tha Blue Herb il y a deux mois. Ne pas hésiter à glaner des informations sur la précédente chronique donc. J’annonçais dans le texte un album pour cet été, je ne pensais pas qu’il arriverait si vite. Même si, au niveau du climat au japon, les saveurs estivales commencent à se faire sentir. Autant passer directement au packaging, et comme toujours avec Tha Blue Herb, on a un très bel objet entre les mains. L’artwork est certes très frustre, difficile d’en comprendre le sens, mais l’intérieur rassure, à base de belles photos et d’un livret fournissant tous les lyrics en japonais ET anglais (thanks guys). L’album, qui dure presque 70 minutes, est accompagné en magasin d’un cd bonus, “Nuclear Damn”, et de stickers en tout genre.

On sentait avec l’ep Still Raining, Still Winning que Tha Blue Herb n’allait pas imprimer une révolution aussi forte qu’entre son premier et second album, ni assurer un revirement aussi marqué entre la deuxième et troisième galette. On avait un premier Lp vraiment hiphop, un second bien expérimental, et un troisième très electronica. Avec Total, phase 4 de la carrière du meilleur groupe de hiphop japonais, on va affiner la recette. Voir même opérer un petit retour aux sources.








Après un titre instrumental, Into Raw, pas vraiment indispensable (mais au dernier tiers plutôt bien branlé), Tha Blue Herb nous plonge dans le concret  avec We Can…, et une instrue qui aurait pu sortir de Life Story. Même écrin électronica, même Mpc qui claque, avec une mélodie qui perle en fond. Un titre classique et plaisant, qui fait bien son taff. C’est avec Everyday New Dawn que le disque prend son envol, avec une instrue superbe, où une mélodie cristalline tente de se frayer dans les parasites. C’est dosé à la perfection, les beats sont presque en retrait, seule la litanie prime, avec une progression très légère, très belle quand on prête attention. Ill-bosstino est évidemment nickel dans les déclamations, et les scratchs sont même de retour, pour intercaler quelques exclamations quasi-hurlées. Le morceau se finira sur un chant fantomatique, pour une conclusion à filer la frousse. Surement le meilleur morceau de l’album.

Tha Blue Herb revient à ses premiers amours avec des morceaux bien plus directs qu’avant. On croise quelques tubes dans ce Total, ce qui était soigneusement évité sur les deux précédents LP, les morceaux frontaux étaient depuis quelques temps réservés aux EP (Phase 3, C2C4, Straight Years, Still Raining Still Winning…). En ce sens, Tha Blue Herb repart sur les terres de son premier album, dans le fond tout du moins. Total est moins homogène que le monolithe Life Story, troisième album inénarrable, mais se permet quelques incartades imparables, plus hiphop :

Lost In Music Business, sorte d’égo-trip en mis en filagramme avec un marché de la musique japonais sclérosé est surement l’un des titres les plus “normaux” qu’ait pu balancer TBH depuis un bail. Facile de fredonner le refrain dans la bouche, tout en s’imprimant d’une prod toujours au petit oignons. On aurait presque pu le glisser sur le premier album du groupe, même si l’instrue bien plus foisonnante et bourrée de détails sent 2012. Ici, c’est les refrains, ou les gimmicks servant de repères, qui tranchent avec ce que faisait le groupe. On est moins dans la longue tirade électronique simplement dérouillée par des mots. Full Mental Jacket balancera le même genre de morceaux plus direct, avec un piano et une mpc qui n’en finissent plus de copuler. Tha North Face claque dur et balance un hiphop bien sec et simple. Get Ready, balancera une instrue qui semblerait niaise, pour un morceau bien engagé (ce qui n’est pas si commun dans le j-hiphop), entre charge universelles (les mensonges politiques), constats faisant suite à l’electrochoc du 11mars 2011 (les forces politiques n’ont rien branlé depuis 1an à part se bouffer le nez) et questionnements bien japonais (“Le Japon existera t’il dans 100 ans, ou deviendra t’il une simple annexe chinoise?” “Quand allons nous ramasser les os des soldats morts dans les îles du sud?”).




Mais Tha Blue Herb n’a pas abandonné les expérimentations et autres divagations electronica chères au groupe sur ces dernières années. Saturday Night, Sunday Morning & Aternoon convaincra les plus réticents. Dans ce titre, Ill-Bosstino et O.N.O font parler leur amour pour la techno de détroit, avec une longue intro qui n’est pas sans rappeler le psychédélique 智慧の輪. Tunnel electro qui aurait pu figurer sur la galette d’Herbest Moon, side-project techno-dub du groupe, avec un Mc qui s’en donne à cœur joie sur cette instrue pétée. Milieu du morceau, la musique se fait engloutir par la foule, on débouche sur une deuxième partie apaisée, à base d’habillage electronica du plus bel effet et guitare acoustique sur ambiant.

Brighter sera l’autre grosse mandale du disque, avec une instrue electro bien progressive, pour contenir une hargne latente qui n’est pas sans rappeler le malade C2C4. Stand On The Word te sortira l’instrue de folie, ultra complexe, elle aussi pas loin des exercices Herbest Moon, electro expérimentale fourmillant de détails impossible à chopper en une écoute. Le morceau se nécrosera graduellement vers un piano-spoken word fantomatique. Tha Blue Herb case enfin toujours un morceau ovni dans ses disques, souvent très long. Ici, c’est la conclusion Right On, morceau de 8min30, qui part sur une ouverture bien émo, à base de cordes dramatiques et Mpc qui claque. C’est épique, ya du bigup à dj krush et tous ses autres potos, pour finir sur une longue outro façon Echospace accompagné de violons. Du bon boulot.






Tha Blue Herb nous sort avec Total un Lp sacrement solide, peut être même plus solide que Sell Our Soul (experimental et éclaté) et Life Story (grosse fresque electronica à écouter d’une traite), sans être aussi frappant que ces derniers néanmoins, à cause d’un parti-pris moins radical. A dire vrai, et pour la première fois depuis le 1er Lp du groupe sorti il y a 14 ans, on va écouter Total en passant sur ces morceaux préférés, et laissant de coté ceux qui passionnent moins. En reprenant une charte plus hiphop, avec quelques morceaux plus frontaux,  et en ouvrant sa recette, Tha Blue Herb sort de carcan “rap experimental” pour repasser dans le “hiphop indépendant”, même si certains morceaux restent complètement inclassables.

On sent une ouverture, par de minimes détails (les deux trois tubes, l’utilisation de plus en plus présente de l’anglais) direction qui était presque obligatoire vu le succès grandissant de Tha Blue Herb dans son pays. Le groupe n’est plus la formation de l’ombre qui agissait des tréfonds de Sapporo, mais désormais celle qui fait des featurings avec des excellents espoirs devenus horreurs locales (Seeda par exemple), et qui se retrouve en tête de gondoles en magasin / clip à la tv. Ceci étant à relativiser avec le fait que je n’ai pas rencontré au Japon un seul japonais connaissant Tha Blue Herb.

Pourtant, le groupe se radicalise au niveau des lyrics, avec des textes beaucoup plus critiques, sociétaux, imprimant la aussi une démarche plus hiphop comparé aux deux précédents albums. La situation du Japon depuis la catastrophe de mars 2011 n’est pas étrangère à ce revirement, tant elle a secoué la vie des Japonais, dans tous ses axes. Tha Blue Herb sort de sa zone de confort : moins de “Motivation lyrics”, moins de métaphore, et bien plus de critique frontale. Le pays était dans un marasme du quotidien, il est aujourd’hui secoué, les plaies à l’air, et Ill-Bosstino semble appuyer là où le mal se fait (la politique japonaise qui frôle le ridicule, le nucléaire et sa lente pollution, la destruction d’un japon plus vraiment debout). Impression renforcée avec le cd bonus, Nuclear, Damn long et beau morceau décharné de 8minutes parlant de la contamination nucléaire au Japon, avec détails poignants, entre écoles abandonnées pour cause de radioactivité, détails sur la vie de tous les jours (bouffe contaminée, province de Fukushima abandonnée) et charge rude sur la situation actuelle (en gros, “les vrais responsables de la catastrophe nucléaire ne seront de toute façon jamais punis, le Japon est trop lâche pour changer…”). Le tout donnant une lecture très intéressante, et un point de vue qui n’est pas forcément mis en avant et toujours difficile à assumer publiquement au Japon.


Mais Tha Blue Herb à l’intelligence de rester Tha Blue Herb, et continue de déclamer son rap sur des productions étouffantes, fortement électroniques, sur des durées gargantuesques (la majorité des morceaux font au moins 5 minutes), confirmant qu’O.N.O reste l’un des meilleurs beatmakers. Le groupe continue le tour de force de percer petit à petit, de se poser comme formation incontournable dans l’indépendant japonais, mais aussi dans le quasi-mainstream : Ill Bosstino lui-même annonçait il y a des années qu’être underground, ce n’était pas faire un concert avec 3 péquins dans une cave, mais bien d’utiliser tous les medias pour infiltrer les masses, et grandir dans la conscience collective sans corrompre d’un iota sa recette.

Tha Blue Herb balance donc un nouvel indispensable avec ce superbe Total, qui suffira à convaincre qu’au Japon, le groupe est bien bien au dessus de tout le monde. Du grand art.






Tha Blue Herb – Saturday Night, Sunday Morning & Afternoon





Tha Blue Herb – Brighter









13 Titres – Tha Blue Herb Recordings

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En mai, télécharge ce qu’il te plait

Posted in Chroniques, Les Autres on May 3rd, 2012 by Dat'


Mr Oizo, Clams Casino & The Avalanches



Je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre le 26 et le 27 avril, mais trois de mes artistes que j’aime d’amour ont décidé de foutre en téléchargement gratuit des mixtapes ou des Ep.




Mr Oizo ne semble pas s’être remis de son Stade 2, et nous offre ce qu’il semble être des chutes de son dernier album (chroniqué Ici). Encore une fois, on a l’impression d’écouter un débat présidentiel entre deux pingouins cocainés, et si l’on ne peut pas éviter certaines tracks frolant le grand n’importe quoi (Peehurts… ok mec, tu as oublié de prendre ton dogmatil), il y a aussi des morceaux foutrement classes, comme le super pimp Stade 3 (aka du Mr Oizo en mode cadillac à Miami), ou l’énorme Textes, imparable, qui peut foutre une sacrée gaule (tu les sens les synthés malsains dans ton bassin?).

Le tout est à télécharger sur le tout nouveau site de Oizo, qui mérite un coup d’oeil lui aussi, avec un truc marrant dans chaque recoin… : http://www.oizo3000.com/




The Avalanches est un groupe qui n’existe plus que dans les mémoires des plus vieux, le dernier (et seul) album des australiens étant sorti il y a plus de 11 ans (?!!?!), et qui est pour moi un grand classique de la musique actuelle, qui était incroyable à l’époque et qui le restera encore dans quinze ans (chroniqué ici). Pourtant, on peut voir parfois quelques news surgir sur un éventuel LP, annoncé la première fois il y a bien 7 ans (?!!?), et en phase de mastering ces temps ci (il arrivera donc peut etre dans 2 ou 3 ans). Et sans crier gare, il semble, (après une enquète de longue haleine de pitchfork) que The Avalanches ait balancé il y a peu une compilation remplie de vieux morceaux bien gloomy, de pop-folk song enfumées et autres comptines parfaites pour se droguer et finir la nuit à l’hôpital après un lavement d’estomac. C’est clairement destiné pour des écoutes situées entre 3 et 4 heures du matin

Le tout à télécharger ici : http://www.pinchyandfriends.com/?id=77&url=sleepy-bedtime-mix-for-young-ones




On finit par mon chouchou Clams Casino et ses instrues que l’on croirait sorties d’un paquet de coton édition luxe. Ce type pond certaines des meilleures productions du hiphop indé (enfin plus vraiment) actuellement, et balance pour la BBC un parfait petit mix mélangeant saveurs Asap Rocky et tracks inédites. C’est ouaté en diable, tu nages dans les nuages, en âge de tiser tout ce que tu peux pour tenter de rejoindre le beatmaker, bien trop haut dans les cieux pour le commun des mortels. A l’instar de son Instrumentals Mixtape (chroniquée ici), on risque de voir certains inédits être chevauchées par des MC américains, et c’est tant mieux, Clams Casino n’est jamais meilleur qu’entouré de rappeurs.

Le tout à télécharger ici : http://prettymuchamazing.com/mp3/the-evolution-of-clams-casino




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Actress – R.I.P

Posted in Chroniques on April 26th, 2012 by Dat'


Silent Hill



J’ai longuement bassiné avec le Uk garage et ses dérivés Bass dans ces pages, mais je n’ai pourtant jamais abordé le sujet Actress. Ce jeune Londonien avait explosé en 2010 avec un deuxième album, Splazsh, qui ne m’avait pas vraiment retourné. C’était bien foutu, plutôt beau, tout le cahier des charges était rempli. Mais je n’arrivais pas à être passionné. Reste que le bonhomme semblait clairement maitriser son sujet, et que ses prochaines sorties risquaient de casser la baraque. Le mec à passé deux ans à naviguer entre la production d’une nouvelle galette, des tracks pour le (très bon) projet de Damon Albarn DRC Music, et des remixes pour Radiohead ou Panda Bear…

Actress a d’abord secoué les forums à l’annonce de son nouvel album, chaque topic intitulé Actress – R.I.P était suivi d’un bon nombre de messages façon “putain j’ai cru que le mec était mort”. Pas de débat sur la pochette par contre, ce qui est étonnant, vu que pour moi le truc ressemble à un dérivé du logo des jeux olympiques de Londres, avec un dessin presque aussi déviant sexuellement. Mais je dois avoir le mal d’esprit tourné.







L’album semble partager entre deux styles de morceaux. Les ambiants beatless d’un coté, extrêmement atmosphériques et mélodiques, et les house-techno étouffés de l’autre, musique de club coulée dans le béton. Ascending sera une très bonne représente de R.I.P, mélangeant parfaitement les deux styles. Techno ouaté au beat tellement brumeux que l’on ne l’entend presque pas, réduit à une pulsation cadavérique, alors qu’une mélodie cristalline fait son office, et progresse doucement vers les nuages. Marble Plexus fera plus penser à du Echospace, entre le rythme doucereux, les grésillements et parasites flirtant de toute part, et une mélodie bien moins évidente à attraper. Serpent prendra la tête de tous ceux qui ont mis un pied à Tokyo, car le “bruit des feux rouges” tokyoïtes, qui nous insurgent de traverser en tant que piéton, est présent sur tout le long de la piste. Ca dérange un peu et c’est dommage, tant la progression du morceau est belle, avec ces nappes qui n’en finissent plus de grandir, ayant pourtant commencé comme simple point à l’horizon.

Shadow From Tartarus servira une techno caverneuse, comme si le Flashback de Laurent Garnier était noyé dans la flotte, dans un bocal lui même enterré 6 pieds sous terre. Raven tapera dans le rachitique expérimental pas dénué d’intérêt, là où Caves of Paradise fera directement penser au dernier Ep de sieur Burial. A dire vrai, la seule piste réellement house, qui ne se cache (presque) pas devant des apparats étouffés est The Lords Graffiti, parfaite track club à la mélodie et claviers imparables. Un vrai petit tube qui trancherait presque avec le reste de l’album, mais qui donne un coup de fouet au tout. Le dernier morceau, Iwaad, mettra tout le monde d’accord, entre techno neurasthénique presque Trance et réminiscences Uk Garage à te dresser les cheveux sur la tronche.

De l’autre coté, on a des divagations beatless, encore plus éthérées, pas loin d’un duo Warp-ien adepte de clochettes (suivez mon regard). Uriels Black Harp aurait pu se trouver dans la BO de Tekkonkinkreet sans soucis, avec ses notes de synthés qui n’en finissent plus de tomber, le tout mâtiné de grésillements bien crades. Jardin commencerait presque comme un morceau du chat Nora sur son piano, va petit à petit muter en complainte à la Plaid, façon 35summers, caverne de crystal où les gouttes d’eau glissent avec grâce sur les stalactites de glace. C’est très beau, même si l’on est interloqué sur la première minute. La litanie prend du galon, se concrétise, et emporte. Cette petite boite à musique malade volera plus d’un cœur.
Ok, Holy Water et Tree Of Knowledge ne passionneront pas des masses. Mais Actress remportera tous les suffrages avec N.E.W, superbe tirade ambiant mélodique, longue fresque où une mélodie se baladera en ajoutant des notes à droite et gauche de son escapade sonore. Cela aurait pu être le morceau de conclusion, le choix de finir l’album sur un morceau uptempo après celui là étant d’ailleurs assez étrange.





Actress sort un album étonnant, comme coulé sous une dalle de béton. Techno faisait autant penser à Echospace qu’à Plaid, lorgnants parfois vers des rives dancefloor mais ne se privant pas d’incartades experimentales, le disque s’offre le privilège d’être beatless sur 50% de ses morceaux, ce qui n’est pas une proportion négligeable. Pourtant, tout coule dans nos tympans sans heurt sur 60 minutes, tant le tout est homogène par ce coté musique dans le brouillard, qu’elle soit parasitée par un beat house ou réduite à une simple mélodie. On pense aussi à Burial, on pense à Braille, on pense à Jacques Greene. On pense aussi au précédant Actress évidemment, mais donnant sur un tout de plus belle facture, riche dans sa simplicité, dans cet enchevetrement de tracks perdues sous la pluie. Ecouter cet Actress, c’est un peu comme trainer dans un club après ingestion de calmant, à vouloir se noyer dans la machine à fumée qui s’escrime à engloutir le dancefloor avec ses volutes. On cherche sa Mary dans une purée de pois grise et poisseuse sans trop y croire, fantasmant sur une Maria perdue dans une techno brumeuse et fascinante.

Actress sort un disque qui laissera pas mal de gens de marbre, mais pourrait aussi être considéré comme un classique à la fin de l’année, tant la singularité de ce LP est forte. Une vraie réussite.










15 Titres – Honest Jon

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Two Left Ears – divAAAtion

Posted in Chroniques on April 19th, 2012 by Dat'


I own Panem bitch, so call me Buttercup. I can wipe your hips with my cream if ya muthafuckin’ butt is up.



On avait laissé Two Left Ears en 2010, avec un album qui s’était glissé dans mon top de l’année. Superbe galette mi-abstract mi-IDM mi-8bits, avec quelques missives belles à pleurer (18ème ; Six Pack Of Dolls…). Si l’album était un vrai fourre-tout de styles, souvent au sein même d’un morceau, il jouissait d’une maitrise peu commune pour un premier LP. Autant dire que l’on attendait la suite avec impatience, afin de savoir si Two Left Ears allait tirer la couverture vers l’IDM mélodique ou quelque chose de plus direct et percussif. L’ep d’Extra Pekoe n’ayant pas forcément eu la force que l’on attendait après le 1er disque (et malgré un partagé fetishisme pour les filles à talons hauts), les questions restaient ouvertes sur ce *divAAAtion* à la pochette vraiment chelou.








Après une intro qui n’aurait pas fait tache dans un Caretaker, Marshmallow Lento e Largo déboule avec ses voix de diva parasitées, cette musique classique étouffée et une contrebasse nickel. Le morceau, pendant presque deux minutes, va laisser les textures se déplier, les chants perler, la mélodie s’installer. Histoire de bien nous faire comprendre que Two Left Ears ne badine pas avec la production, nous surinant le fait que chez eux, on sait bâtir des putains d’édifices sonores, de toute beauté. Un rythme abstract discret va intervenir et secouer le tout, doucement, sans jamais enlever le coté ouaté et suranné-ethéré du tout. C’est vraiment une petite fresque très belle, organique en diable, impressionnante dans la précision et le travail sur les samples. Organique ? Clairement : Meredith Palpite va offrir un abstract avec pour seul fil rouge des soupirs et expirations. Diablement hiphop et ultra sexuel dans le même mouvement, le morceau va se déplier pendant plus de deux minutes, avant de nous vriller l’échine avec des voix soul qui interviennent à l’horizon, chapeauté par un accordéon, transformant la complainte moite en grandiloquente pièce tire-larme. Ces voix, cette progression, cette apparition presque angélique fait tout le morceau. Entre 2min15 et 3min20, c’est absolument sublime, d’une classe folle, le plus beau passage de l’album. Puis le morceau s’éteint presque, ça sent l’Amérique, les vieilles Cadillac, le goudron et les radios cradingues. Clavier électro massif, nu-abstract qui tord le cœur, on part sur une deuxième partie plus anxiogène, tout aussi maitrisée. Avec ce morceau, Two Left Ears s’illumine, enterre son premier album, et une bonne partie des productions françaises avec.

Jay Divas, hommage à Dilla si l’on en croit le soundcloud du groupe, est le morceau le plus direct du disque, vraie pièce abstract hiphop jouissive, avec beat qui vrille et voix charcutées. Ca bute violemment, plus encore quand le morceau part dans une 8bit de folie, avec un rythme qui va casser plus d’une nuque. Le disque s’enchaine naturellement, et 1.1 optera pour une partition plus expérimentale, plus grésillant et saturée, malaxant toujours des samples de grande classe. Nosaj Thing n’est pas loin. Le shoegaze n’ont plus sur la conclusion, fin d’une jolie progression dans le brouillard.
On regrette que Prisma Im Prisma ne soit pas plus longue, simple interlude pourtant superbe, à la mélodie parfaite. Frustrant. Fuori Totto décollera les tympans, electro-shoegaze fantomatique, sans rythme, au final un peu dispensable même si plaisante. Sa longue mort débouchera sur le très beau Fur Die Isolierung And Goodbye qui reprend un peu la mélodie de l’interlude du dessus pour un abstract racé, ultra émo et imparable, comme si Cyann&Ben se coltinait Abstract Keal Agram le temps d’un morceau.





Cet album trop court et incomplet (décidemment…) impressionne pourtant grâce à un travail sonore et une qualité de production irréprochable (voir mirifique sur certains morceaux). Les mecs ont peut être deux oreilles gauches, mais pas deux mains inhabiles pour ce qui est d’utiliser leurs machines. Les 10 morceaux brillent tous par leur coté cathédrale, matiné d’abstract qui drague directement les nuques. C’est souvent beau, parfois jouissif, et parfaitement branlé dans les diagonales. En creusant ce coté abstract plus que l’IDM du premier Lp, Two Left Ears pourrait à terme se tailler un morceau de choix dans le paysage electro français.

Il aurait juste fallu deux ou trois morceaux de plus à ce très bon *divAAAtion* pour se transformer en grosse claque. Promis, on tendra la joue avec plaisir lors d’un éventuel troisieme album.















9 Titres – Two Left Ears

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Clark – Iradelphic

Posted in Chroniques on April 8th, 2012 by Dat'


Pourquoi battait son coeur



Après 4 ou 5 chroniques traitant de Chris Clark dans ses pages, difficile de refaire une introduction bardée d’élèments servant à introduire le bonhomme. D’autant plus que tout le monde le connait, et que tout le monde attendait un nouvel album de l’anglais, qui n’avait pas donné de nouvelles depuis 3 ans. Car après avoir terminé une trilogie d’une qualité infinie, entre un Body Riddle parfait, un Turning Dragon apocalyptique et un Totems Flare rempli de tubes viciés, Clark a du se demander ce qu’il pouvait bien faire, et quelle direction arpenter. Celui qui a presque revolutionné la façon de percevoir le “son” avec Body Riddle, chef d’œuvre de production en 3D qui te ramassait les tympans, avant de partir dans la sauvagerie la plus totale, a du se reposer tranquillement dans sa campagne anglaise, une bière à la main, à regarder l’horizon sur fond de folk psyché. Car avec Iradelphic, c’est un nouveau visage que montre Clark.

A noté que le Clark est vendu au Japon avec un disque bonus, Throttle Monolith, regroupant les Ep Throttle Promoter, Throttle Furniture et une bonus track. Le packaging d’Iradelphic est lui est sacrement moche, avec une back cover qui m’a fait penser à des vieux disques genre The Black Dog, c’est dire…







L’album commence presque là ou l’on avait laissé Clark. Une guitare, seule, perdue das les échos. Henderson Wrench laisse parler une sorte de Flamenco lunaire, pas déplaisant, déboulant sur Com Touch, vrai morceau “à la Clark”. Mélodie de folie qui se déplie à n’en plus finir, dès le début on est happé dans ses arpèges lumineux, dansant dans nos tympans. Franchement, je trouve ça d’une beauté absolue. A remercier dieu que mes oreilles marchent encore assez pour entendre ce genre de truc. Le morceau reste au départ assez retenu, moins bourrin que ce que l’on avait depuis deux LP. Mais le morceau prend corps, Clark nous balance sa science sonore, et le tout débouche sur un rythme Hiphop de folie, un truc de fou furieux, accompagnant la mélodie de façon magistrale. Quand les petites voix perlent, c’est à chialer. Le morceau, comme bien souvent, va se nécroser et se retrouver bouffé par les parasites, histoire de nous laisser complètement sur le cul. Sérieusement, ce moment hiphop émo, c’est clairement le meilleur passage du disque.
Tooth Moves va se présenter comme une longue outro de Com Touch, en reprenant au départ la mélodie de cette dernière avec une guitare acoustique fragile. Le tout va se déployer tranquillement avant de partir dans un délire de synthés psychés. Le tout va se noyer tranquillement sur l’interlude Skyward Bruise (Descent), qui est pour moi le plus beau morceau du LP avec le Com Touch précité. Superbe pièce ambiant, post apocalytpique, ou seule une ligne mélodique chante au milieu des gravas, avec pour seuls compagnons quelques fragiles synthés. C’est superbe, à te dresser les cheveux sur la nuque. Quel dommage que ce morceau ne court pas pendant quelques minutes de plus.

Open sonne le retour des voix dans la musique de Clark, avec une invité, Martina Topley Bird, qui est presente sur 3 morceaux d’Iradelphic (Secret, The Pining 2 et Open donc). Si Open semble être une longue intro du titre qui va suivre, il surclasse sa suite, avec ce chant langoureux, ce rythme massif et surtout cette mélodie cristalline qui me flingue le moral, légitimant tout le morceau, incongrue et pourtant parfaitement placée. Secret va plus lorgner vers le Triphop enfumé des années 90, mais avec un son passé au nucléaire, et une Martina Topley Bird qui fait encore parfaitement le boulot (A croire qu’elle est toujours plus à l’aise chez les autres que sur ses propres sorties). Le morceau va rapidement basculer dans un flamenco de l’enfer, qui n’en finit plus de grincer dans tous les coins, c’est réussi. Ghosted restera par contre une énigme, longue et morne progression qui va déboucher sur un excellent passage chanté qui… s’arrête malheureusement au bout de 30 secondes (??). Le titre aurait pu avoir un sacré potentiel avec 2 minutes de plus. Black Stone et son piano solitaire servira de calme interlude (malgré tout clipé sur plus de 5 minutes), afin de nous laisser débarquer sur le trio The Pining 1, 2 & 3.

Alors là, attention, on tient l’autre pièce magistrale du LP. Enorme et épique montée faite d’instruments acoustiques concassés, The Pining 1 file une putain de frousse, sonnant la charge sur plus de 4 minutes. Ca commence de façon très retenue, avec plusieurs guitares acoustiques se tirant la bourre, pour tomber sur un rythme imparable, et des cuivres qui giclent dans tous les sens. Le tout mâtiné de nappes ambiant du plus bel effet. Le dernier quart arrachera tout coeur un peu mou, avec des synthés Dance qui se fraient un chemin dans tout ce bordel, pour une outro-émo affolante. Pas le temps de respirer, The Pining 2 entre en scène, on prend la même mélodie, mais on la démonte avec un rythme de folie, à faire trembler les murs. C’est encore plus épique (faut le faire) et entendre la Martina Topley Bird susurrer une petite litanie, arriver des tréfonds du morceau pour se retrouver au premier plan, ça t’arrache le palpitant direct. Le break est mirifique, d’une beauté folle, solaire en diable, flawless victory. The Pining 3 ne poussera pas les choses encore plus loin et c’est un peu dommage, mais on ne rechignera quand même pas devant cette jolie outro glacée, faite de guitares et petites clochettes. La conclusion du disque sera ambiant, et Broken Kite Footage nous servira des nappes religieuses et voix d’anges que l’on semblerait écouter avec la tête plongée sous l’eau. Le seul bémol, c’est que sur ces 5 belles minutes, il n’y a strictement aucune variation, Clark nous sert la même boucle de dix secondes ad-vitam eternam, sans un synthé de plus, une petite disgression. Juste une boucle, point.
Un conseil, ne cherchez pas la version Japonaise, pas besoin. Le titre bonus, Lysergic Plane n’a aucun intérêt, simple flatulence électronique passant par là pendant 3 minutes. En terme de surprise, on est loin du dernier Plaid ou du Autechre. Etonnant quand on sait que Clark a toujours filé de vraies bonus tracks vraiment énorme. Dommage.





L’album est bon. Il se déroule sans accroc. Très vite. Trop vite. L’album est beau. Le son est toujours aussi impressionant, la production hallucinante, les mélodies tires larmes. Mais l’album est surtout profondement incomplet. Pour schématiser, en écoutant ce Iradelphic, j’ai l’impression de me retrouver devant :

1/ Henderson Wrench – intro
2/ Com Touch – track
3/ Tooth Moves – outro
4/ Skyward Bruise – interlude
5/ Open – intro
6/ Secret – track
7/ Ghosted – demi track
8/ Black Stone – interlude
9/ The Pining 1 – track
10/ The Pining 2 – track
11/ The Pining 3 – outro
12/ Broken Kite Footage – outro

C’est cette impression d’avoir une enfilade d’interlude, d’intro et d’outro, avec 4 ou 5 morceaux au milieu, qui vice le disque. Ça flirte avec le syndrome du Mount Kimbie d’il y a deux ans. Iradelphic est sauvé par le fait que tout est beau, tout est reussi, pas un morceau n’est réellement à jeter (même si je ne comprendrai jamais l’arret soudain de Ghosted). Mais ça glisse trop vite, ça file comme le vent. A l’écoute, on a l’impression d’etre devant un album qui tente constamment de s’échapper, pour disparaitre au bout d’une vingtaine de minutes. Dans notre Itunes, le prochain disque commence à tonner alors que l’on se croiyait encore au milieu du Iradelphic. On a au final l’impression d’entendre un gros Ep, ou un LP super light… alors qu’il fait paradoxallement presque la même durée que Body Riddle.

En plus, certains interludes qui reprennent la recette de morceaux passés n’ont pas la force d’antan. Henderson Wrench est bien moins belle qu’Absence. Broken Kite Footage n’évolue pas, et fait beaucoup moins d’effet qu’un The Autumnal Crush. Black Stone coupe bien le disque, mais reste assez anodin face à pas mal d’interludes made in Clark. On est frustré. Frustré d’entendre ce sublime Skyward Bruise s’effacer au bout de deux minutes, alors qu’il en méritait deux fois plus. Enervé d’entendre Ghosted se dérober au moment où il commence vraiment. Déçu de voir que The Pining 3 ne pousse pas le bouchon encore plus loin.

Frustré, déçu, mais aussi ravi par la beauté folle d’un Com Touch, qui se glisse dans les meilleurs morceaux de Clark, conviant chaos et mélodie à pleurer comme seul ce dernier peut le faire. On est aux anges de voir les The Pining 1 & 2 se déplier à n’en plus finir, emportant Clark vers quelque chose de plus acoustique, mais tout aussi sublime dans sa construction, dans sa force. Content de voir que Clark sait toujours gérer les voix, et balancer des tracks flirtant avec le tube imparable (Open et Secret), même si moins dérangés et tire-larmes que sur Totems Flare. Album sur lequel Clark avait presque atteint sa forme ultime, que j’aurai aimé voir cristallisée sur un nouveau disque.


Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis : je n’ai aucun problème avec la nouvelle orientation de Clark, à jouer de la guitare acoutisque dans ses morceaux et à flirter avec l’indie, car le mec se débrouille comme un chef, une fois encore. Juste que ce Iradelphic souffle constamment le chaud et le froid. Pas dans son contenu, qui se revèle maîtrisé et reussi de bout en bout, mais dans son contenant, dans sa façon d’être construit, organisé, formant un tout trop elliptique, fugace et tronquée.

Ce Iradelphic est un très bel album, contenant quelques pépites comme seul Clark peut les faire. Mais j’attendais bien plus que le seul plaisir éphémère de parcourir un album trop bref.






Clark – Com Touch





Clark – The Pining 2





Clark – Black Stone





11 Titres – Warp Records / Beat Records

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Night Night Night #13 – Tokyo

Posted in Photos on April 3rd, 2012 by Dat'


The Echo Of Something Lovely





Turntables & Lives : Gildas (Kitsuné) / 80kidz (Kidz Rec) Sovnger (Formule Records) / CSS (Sub Pop – V2) / Crystal (Institubes) / Birkii (Kitsuné) / EZYPT / Vodkatronic (Black Out) / Horse Is Not


Clubs : Trump House (Shibuya) / Trump Room (Shibuya) / WWW (Shibuya) / M (Ebisu)

Photos : Dat’(chroniques automatiques)




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Raoul Sinier – Covers

Posted in Chroniques on April 2nd, 2012 by Dat'


The night, the bay & the messenger



On savait déjà que Raoul Sinier était balaise au niveau des remixes ( son excellente relecture de Shook Ones Part II, son mix pour Goutes Mes Disques….) et maitrisait l’exercice des covers, via son Ep Cymbal Rush / Strage Teeth & Black Nails, qui contenait une excellente refonte d’un morceau de Thom Yorke. Car quand Raoul Sinier s’attaque à un morceau, il n’est pas du genre à brancher sa webcam et sortir sa gratte acoustique pour miauler sur youtube. Il balance tous ses synthés les plus massifs, sa guitare bien cradingue et ses effets sonores de l’apocalypse. On en avait parlé avec lui il y a quelques temps, le parisien aime les accidents sonores, les explosions électronica et les excavations expérimentales. Mais il voyait plus loin, et depuis deux albums, avait élargie son univers via le chant, tout en balançant ici et là deux-trois covers ultra reussies.


Quand on voit le projet Covers de Raoul Sinier apparaître, on commence à se marrer un peu, rongé par la curiosité sadique d’entendre Raoul Sinier, passé maitre dans la torture de ses machines, reprendre du Prince ou du Metronomy. Il n’est pas vache le Raoul, il file le tout gratos, un vrai LP de covers, 11 titres pour 50 minutes de musique où il arrive à attirer des mecs comme Jimmy Hendrix ou Portishead dans son univers tout fracassé. Car c’est bien là la force de cette compile : de complètement transformer des morceaux que l’on connaît tous, et de les noyer dans l’univers de Raoul, pour former un tout ultra homogène, ce qui est un petit tour de force vu l’origine des morceaux, qui n’ont aucun rapport sur le papier.







Dans ce recueil au bien bel artwork, on trouvera donc les beaux Messenger (de Blonde Redhead ) plongé dans les claviers fantomatiques, le dinguo Sin In My Heart qui se trouve encore plus dérangé que dans l’original, ou une épileptique refonte d’un titre phare de Jimmy Hendrix. Ok, on grincera un peu des dents sur la relecture du Joga de Bjork, seul raté de cet ensemble de covers (avec le Doors un peu anecdotique), mais en même temps, difficile de suivre le duo Mark Bell/Bjork. Et puis on entendra surtout un Raoul Sinier qui se lâche complètement, et accouche de refontes bien cool : L’imparable Bela Lugosi’s Dead, qu’il arrive a transformer en tube dissonant, tout en réactualisant un peu le morceau de Bauhaus. Radiohead est aussi pimpé à la sauce 8bits, pour partir dans un refrain à base de chapelés de synthés cristallins, à te vriller la colonne vertébrale (la puissance du truc à plein volume est à crever, vraiment mortel). On s’attaquera même à l’ultime The Rip de Portishead, plongé dans l’ultra électronique, un morceau qui va comme un gant à Ra, à base de synthés ultra nauséeux et envolée dans les nuages.

Mais les trois covers les plus réussies, celles qui te filent des petits frissons dans la nuque, tellement elles sont éloignées des originaux et parfaitement maitrisées sont : Celle de Prince tout d’abord. Déjà, Raoul Sinier qui reprend du Prince, c’est pas piqué des hannetons, et rien que pour ça, la tape mérite d’être téléchargée, tellement le principe est gonflé. Le morceau ultra sexy et langoureux se transforme en pépite electronica froide et dérangée, avec un putain de break lumineux flirtant avec le chaos sur toute la deuxième moitié de la track, à te dresser les cheveux sur la gueule. Le passage le plus mortel de ce LP gratos, un vrai tour de force. Tu prends Prince, tu lui coupes les couilles, tu lui fout une camisole en le bourrant de médocs, et tu le laisse se jeter en hurlant sur les murs de sa cellule capitonée.

The Night, de Morphine (que je ne connaissais pas) est tellement dans l’univers de Raoul Sinier, qu’il pourrait avoir été glissé dans son Guilty Cloaks sans problème. Orgues électroniques, break fracassé, progression presque religieuse. L’un des morceaux les plus réussis de la tape, super beau et mélancolique. (L’original est superbe aussi, j’aurai découvert un truc comme ça). L’intérêt de la cover est ici encore cristallisé, car le morceau de base n’est nullement éléctronique, et le gap de style entre les deux productions est énorme.

Et il y enfin The Bay de Metronomy, absolument hystérique, pour reprendre un morceau original qui transpirait le swag et les cigares au bord de la piscine de ta villa.  On croirait presque que la cover est ratée au départ, sur le premier couplet, avec ces notes toutes bizarres et décalées. Ca met un peu mal à l’aise, on ne sait pas trop à quoi se raccrocher. Mais dès le refrain, c’est la fin du monde, avec un synthé ultra massif, pachydermique, qui détruit tout sur son passage. Raoul Sinier hulule comme un dingue, les claviers s’envolent, deuxième couplet, on a compris le truc, doigts qui claquent, des mélodies se greffent au rythme bizarre et c’est putain de beau, on chante pour accompagner le tout, énorme tube pop complètement malade. La fin est apocalyptique, mortelle, où comment prendre un morceau imparable et le passer au lance-flammes.



Voilà, Covers LP de Raoul Sinier, c’est gratos, c’est beau, c’est gonflé, et à télécharger ici :



>> http://www.raoulsinier.com/-Raoul_Sinier-Covers.zip






Metronomy – The Bay (Raoul Sinier cover)






11 Titres – Self Released

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Melodium – The Island

Posted in Chroniques on March 28th, 2012 by Dat'


Broken Kite Footage



Melodium, qui a sorti une bonne dizaine d’album, reste bien présent dans mon cœur avec son “La tête qui flotte”, petit chef d’œuvre qui pointe surement dans mes disques preferés malgrés les années. A le caller à chaque fois dans les discussions traitant des excellents disques français pas connus (à coté des Depth Affect, Avia ou Abstrackt Keal Agram, dans des genres bien differents), à le faire écouter à des proches dès que l’occasion se presente. J’en avais d’ailleurs casé un bout dans la mixtape France vs Japon, car je ne pouvais pas faire une compil’ sur des morceaux de l’hexagone sans placer un Melodium. La Tete Qui Flotte, plus que autres disques de Laurent Girard, arrivait à synthétiser un mélange parfait entre une electronica mélancolique et ritournelles pop lumineuses. Seul disque du Nantais à tenir cet équilibre certes, mais pas le seul disque digne d’intérêt, Melodium balançant chaque année un Lp tirant la couverture vers differentes directions, qu’elles soient très electronica ou au contraire tournées vers un folk plus posé.

La force du bonhomme, c’est de faire de grandes comptines avec des bouts de ficelles. Son nouveau LP, The Island, imprime encore plus cette recette épurée, pour un disque quasi-dénué de charges electroniques, en apparence.







Pour comprendre comment marche The Island, il suffit d’écouter les deux premiers morceaux. Lacrymae commence en mode émo-cristallin, avec une petite mélodie à la harpe, qui va se déplier, pour accueillir différents instruments timides, et imprimer une progression de folie. En évoquant la musique de Mélodium, on parle souvent de souvenirs d’enfance, de mélancolie, de vieilles photos trainant dans les tiroirs de notre table de nuit. C’est tout à fait ça. Ici, on marche sur une plage, à la poursuite de son enfance, d’une petite copine. Le crissement final simulerait presque les pas dans le sable un peu humide. Bref, tous ces clichés à la con que l’on nous ressort constamment, mais que l’on ne peut oublier. C’est tout simple, tout bête, tout malingre et rachitique comme musique. Ca ne tient qu’à un fil, et pourtant ça marche parfaitement. C’est beau. C’est putain de beau.

Pas de chant ? Non. The Island va alterner morceaux instrumentaux et chansons featuring notre émo-nantais préféré. Sur The Dark Home, on tombe en terrain plus connu, du Melodium comme l’on en croise sur une dizaine de Lp. Une guitare avec des accords rachitiques, une voix posée et grave, presque hypnotique. Petite folk-song sans prétention ? Oui, jusqu’à ce qu’un hululement chelou casse le coté “cabane dans les bois” du tout. Rythme électronica claudiquant, cordes larmoyantes, petit piano candide. Bonheur.

Pour schématiser, l’album se départage donc entre pistes instrumentales et morceaux chantés. La cassure est nette, pas comme sur un La Tête Qui Flotte. Mais les deux exercices valent le coup d’oreille. Car même sans sa voix, Melodium pond des petites merveilles, comme le très progressif Supervacuum, construit comme une longue montée électronique (mais acoustique, je me comprends), avec une harpe qui va se laisser bouffer par des instruments à vent Midi, et autres synthés hypnotiques. In Deserto, encore plus tire-larmes, laisse une mélodie au piano se délier, c’est à chialer même si c’est encore une fois tout simple, et que cela ne tient à rien. On à l’impression d’entendre un gamin qui a ramené ses petits pianos et ses bichtouilles à percussion pour faire un morceau dans sa cuisine. Pourtant, ça te fait l’effet d’une balle dans le crane tellement c’est beau. Plus le morceau progresse, plus on a l’impression d’entendre un Yann Tiersen vs Beirut, avec les lignes de piano qui copulent entre les cuivres. Peut-être le morceau le plus réussi du disque. Normalement, quand un morceau est beau, j’utilise le champ lexical du “arrache de cœur, fusil à pompe dans les intestins et malaxage de colonne vertébrale sale batard” dans mes chroniques, mais là, on est clairement plus dans “papillon dans le ventre et larmichette au coin de l’œil” tant le tout est fragile, léger, sur le fil. Ca ne te file pas une grosse mandale, mais ça vient te bercer avant de pioncer, te caresser doucement la joue, et toi, tu as juste le palpitant qui se serre comme lors de ta première lettre de rupture.


Balanci fera encore plus cousu de fil blanc, avec ces petites notes qui se posent sur le morceau avec la bouche en cœur, pour une fin presque épique. (épique façon “tu sors de ta couette toute chaude pour aller chopper une bouteille d’eau en pleine nuit”, mais épique quand même). Gaima sort les cordes et les glitchs electro discrets pour une sombre petite fresque.

Du coté chant, il y a le premier single The Feeble Light, super tristoune, mais putain de belle. Pas grand chose, à part une gratte avare, une voix sombre et des simili-cordes. C’est lugubre, linéaire, désertique. Mais ça prend aux trippes. Salement. The Outside part dans quelque chose plus rythmé, presque hiphop dans le rythme. C’est délabré là aussi, il n’y a rien à part de rythme qui drague ta nuque, la guitare famélique et le petit piano orphelin. La voix est presque inaudible, à peine murmurée. C’est pourtant imparable. La grande classe. Bon, The Pseudo Friends fait un peu Radiohead sans le sou au premier abord, mais quand le morceau part dans ses refrains cristallins-electro-cosmiques, à base de synthés et d’échos psychédéliques, tu t’envoles avec tes tympans, trop de drogues. A dire vrai, seul The Little Robot se foire un peu, et se pose comme le petit raté du disque. La musique est belle, mais la voix se pose bizarrement, trop hésitante, presque fausse, cassant la jolie litanie. Dommage. Mais pas grave, car le disque se termine sur le long (6min30) Sine Ictu, piste instrumentale en deux parties. L’une très sombre, à base de cordes menaçantes et drones âpre, avant de basculer sur une conclusion électro plus candide, mélancolique en diable, longue chute ouatée et hypnotique.






Si The Island n’est pas la livraison la plus impressionante/poignante du bonhomme, elle continue de tracer le chemin au combien plaisant qu’arpente le Nantais. Semblant vraiment fait avec trois bouts de ficelles, pas exempts de bugs et surprises que l’on croirait presque improvisées, The Island arrive quand même à te prendre la gorge au détour de titres humbles et presque rudimentaires, comme l’ouverture Lacrymae, In Deserto ou la plupart des morceaux chantés durant le disque. Mais en imprimant une progression electronique à des pistes folk, Melodium sort de cette musique feu de bois pour flirter avec les nuages. Et prouve qu’une belle chanson, qu’elle soit jouée avec un orchestre à 50.000 dollars ou avec trois babioles dans sa chambre, reste une belle chanson.

On attend avec impatience une prochaine livraison un peu plus fracturée, mais pour le moment, il est parfait d’habiller nos nuits avec ce fragile The Island. Pour courir mentalement derrière son cerf-volant, la main droite accrochée à un cornet de glace, et l’autre bien callée dans la pogne de son père.







Melodium – The Feeble Light













Ps : Et foncez écouter son album La Tête Qui Flotte !




11 titres – Audio Dregs

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Instant Promo : ANDY KAYES & MURMUR BREEZE

Posted in Chroniques on March 22nd, 2012 by Dat'

 

A murmur without a face





Je ne peux décemment pas faire une chronique objective du nouveau Andy Kayes, vu que je me suis chargé des biographies de l’artiste publiée sur son site officiel and co, mais je ne peux néanmoins pas passer sous silence la sortie de ce Alone In Numbers, premier album que j’ai attendu depuis bien longtemps (depuis sa première tape gratos sous le pseudo de Manimal à dire vrai). Le mec qui m’avait foutu des claques sur ses nombreux feat avec les Gourmets (qui eux aussi m’avaient tué avec leur excellent premier album gratos “le plus gourmand des gourmets” il y a un bail… putain ça me rajeunit pas, je l’écoutais tout le temps dans le bus en allant à la fac), avait tracé lentement son chemin à base d’Ep (avec notamment le très bon Invisible, qui installait plus sérieusement Andy Kayes dans le paysage français) pour arriver sur ce premier album en 2012.

On l’a toujours dit, la particularité d’Andy Kayes est de pouvoir rapper autant en anglais qu’en français, mais c’est la langue de Shakespear qui est privilegiée sur ce LP. Les thèmes restent ceux qui sont chers au Mc, tournant autour de la solitude, de la vie quotidienne, de se sentir perdu dans la foule, dans sa bulle. Et comme pour Invisible, les instrues de Alone In Numbers déboitent serieusement. Bonetrips est au sommet de son art, balances des ogives de folie, revenant sur un Hiphop mélodique visant la nuque et le palpitant.

Evidemment, il y a les petites bombes I’m Just a Man (l’instrue mortelle) ou Dreamcatcher qui ont déjà tourné, mais aussi la petite bombe Man Without a Face avec un Copywrite qui brule complètement le morceau. On a même Thavius Beck en guest-star de luxe pour la prod’ de Sandcastles In Concrete, pour une fin d’album assez dingue, avec en point d’orgue Infinite, qui est surement la plus belle instrue du disque.

Ce qui marque le plus dans cet Andy Kayes, c’est ce coté “sans époque” du disque, assez difficile à décrire, avec cette posture intelligente de ne pas lorgner vers le futur (pas de synthés electro qui partent dans tous les sens) ni vers le passé (on est pas non plus dans un boom-bap new generation à la Entourage). Comme si Andy Kayes avait juste voulu nous faire écouter son hiphop, celui qu’il aime, l’intemporel, le brut, sans réellement se soucier de se placer quelque part, dans une mouvance ou un style quelquonque. En cela, et avec la direction musicale prise dans ce disque, Andy Kayes est surement “alone in numbers” dans sa tête et la foule, mais un peu aussi dans le hiphop, en livrant un drole de disque un peu esseulé et unique au milieu des prods d’aujourdhui, tranchant avec les galettes rap que l’on a l’habitude d’écouter ces derniers temps. Et si ce choix d’une direction très personnelle peut avoir des désavantages (pas de morceau révolutionnaire dans le Lp, pas de couverture médiatique parlant du “next big thing”), ce Alone In Numbers en tire aussi sa force : Andy Kayes balance simplement un album super bien foutu et qui fait du bien par sa propension à servir un hiphop qui se fait rare ses derniers temps.










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Meme mouvance, mais autre style, la aussi, pas de chronique mais un rappel, notre label adoré Cooler Than Cucumbers s’apprete à sortir dans l’hexagone le LP Foreshore Reverie du groupe Murmur Breeze, groupe aillant fait son trou depuis quelques années avec son hiphop sombre et experimental, proche des élecubrations Anticon d’antan. Le disque s’était récolté pas mal de bonnes critiques (ici ou ) et avait percé dans quelques tops 2011 via cet album sorti sur Decorative Stamp, et le groupe était largement present, sous plusieurs entitées (Absurd et James P Honey), dans la gargantuesque compilation gratos filée par le label l’année dernière (toujours téléchargeable). Le Mc de Murmur Breeze, groupe qui a aussi le cul planté entre l’Angleterre et la France, revient avec sa voix grave et son flow nonchalant pour chevaucher des instrues lunaires, sombre et abstract, s’autorisant pas mal d’instruments chelous, comme des cordes poussiéreuses, histoire de renforcer ce coté nauséeux parcourant le disque. Difficile de faire du track par track ou de parler d’un morceau et pas d’un autre, tant le Lp est homogene dans ce coté oppressant et cradingue (musicalement), boue dense s’infiltrant lentement dans les tympans. Disque un peu malade, chapeauté par un James P Honey qui s’autorise un chant au bout du rouleau et ultra nonchalant sur quelques morceaux, pour vite repartir sur un flow mitraillette (Float, clippé, en est le parfait représentant). Le disque oscille entre le folk-hiphop funèbre sans beat pouvant faire penser à un Buck65 sous codéine et rap expérimental qui ferait passer les instrues des solos de DoseOne pour des face-b d’un Katy Perry.

L’identité graphique du groupe, via clips et pochettes, est toujours aussi maitrisée (les artwork et clips sont superbes), et si la musique de Murmur Breeze ne va pas filer la banane au petit déjeuner avant d’aller au boulot, le disque se case obligatoirement lors de longues nuits blanches éclairées passées à boire des bières en compagnie de la seule blafarde lumière de son écran d’ordinateur. Ce Murmur Breeze, c’est un peu comme écouter du Hiphop bien assis dans un micro-onde après avoir avalé une tablette de Dogmatil. Et c’est drôlement agréable.

http://ctcrecords.bandcamp.com/album/foreshore-reverie-vinyl-edition








Reverbère Records & Cooler Than Cucumbers

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Tha Blue Herb – Still Raining, Still Winning

Posted in Chroniques on March 18th, 2012 by Dat'


Phase 4 


Pour enlever toute objectivité à cet article, je peux m’avancer en propulsant Tha Blue Herb comme étant l’un des plus grands groupes Japonais de ces dernières années, et l’une des toutes meilleures formations Hiphop expé mondiale. J’avais parlé, dans ces pages, du dernier Lp du groupe from Sapporo il y a 5 ans. Depuis, plus rien, aucune sortie, à part deux dvd lives et quelques feat. Pour revenir un peu aux sources et présenter la formation, Tha Blue Herb avait sorti il y a 14 ans un premier LP très hiphop, rempli de bombes imparables, assez classique dans le fond, mais qui se démarquait déjà dans la forme avec quelques missives plus abstracts et enfumées, dont certaines racines était planté dans la pure lignée d’un Dj Krush. On avait là un disque de hiphop japonais qui faisait jeu égal avec ses compères occidentaux. Mais c’est avec leur deuxième Lp que le groupe a pris son envol (et commencé à dépasser les frontières), Sell Our Soul, chef d’œuvre de hiphop expérimental et éclaté, avec de vraies fresques sonores, le Lp pouvant se targuer de contenir le plus beau morceau du hiphop japonais (Smile with tears, qui porte bien son nom). Ce Sell Our Soul reste l’un des disques les plus singuliers qu’il m’a été donné d’écouter dans le Hiphop.

Le groupe prendra le temps avant de sortir un troisième album, et enrichira sa discographie avec une BO et pas mal d’Ep, exercice que Tha Blue Herb maitrise parfaitement, comme sur le génial et claustrophobe “The way hope goes”. En 2007 sort Life Story, dernier LP en date, les japonais opérant un virage plus electronica, l’album étant beaucoup plus posé, encore plus nocturne, avec des instrues lorgnant parfois vers un Plaid passé en slow-motion. Un petit diamant à nouveau, parfait disque pour nuit blanche. Impossible de compter le nombre de ces dernières, pendant lesquelles j’ai écouté ce Life Story.

5 ans donc, à guetter a moindre sortie du groupe, en espérant que ce dernier lâche un Lp. Mais les Japonais savent se faire désirer entre chaque album, (3 albums en 14 ans, c’est pas énorme) afin que ce dernier puisse avoir une identité propre, chaque album annonçant une “phase” que le dvd “phase 3.9″ avait conclue en 2011. Ce Still Raining Still Winning semble amorcer la 4ème, avec un nouvel album pour cette année. Prières entendues.









Bon ça va être rapide, vu qu’il n’y a que deux titres. Petite précision qui a son importance, Tha Blue Herb, comme dans toutes ses anciennes releases, inclut les paroles en japonais ET en anglais, pour permettre à tout le monde de bien comprendre. La pochette est bien belle, et doit faire son effet en vynile.

Si Tha Blue Herb est aussi haut, c’est évidemment grâce à son MC Ill-Bosstino, mais aussi grâce au beatmaker O.N.O, qui te sort des instrues tellement belles et abouties que cela en est presque indécent (alors que ses livraisons solo ne m’ont jamais vraiment retournées, étonnamment). Sur Still Raining, Still Winning, c’est encore la grosse folie. L’intro est sombre entre pluie qui tombe, dialogue chelou et cordes dramatiques. 30 secondes, la MPC se met à claquer grave, et l’on a en fond d’instrue des claviers bien synthétiques, qui se font plus discrets que sur le single Straight Years, ce qui n’est pas un mal. La production regorge de détails, c’est du multicouches, mais c’est tellement bien mixé que Bosstino peut cabotiner au micro sans problème. Justement, le MC cultive encore plus son coté prophète, en scandant de sa voix érayée des lyrics qui nous demande de se rebeller, de ne pas se laisser aller et fait des parallèles avec la façon de faire du hiphop. Un morceau excellent, noir mais efficace, comme pouvait l’être Phase 3 en son temps. Mais c’est la face B du single qui va vraiment violer les cerveaux :

Heads Up est excellent, un morceau comme seul Tha Blue Herb sait le faire, d’une force dingue, à ranger à coté des C2C4, Motivation ou Smile With Tears. La prod commence pourtant bizarrement, avec ce petit synthé guilleret, qui va pourtant vriller dans le cradingue, avec roulement de beat à toute vitesse, et flow de Bosstino passer sous filtre. Mais c’est cette mélodie de 4 notes qui fait tout, qui rend le truc épique, qui n’arrête pas de progresser, avec un refrain mi-cristallin mi-electronica. Le texte, déclamé avec ferveur, te pousse à reprendre pied, à te motiver pour reconquérir ta dignité, pour te pousser à agir, à dépasser les traumatismes, ce qui est un peu la marque de fabrique du groupe. Mais ils prennent encore plus leurs sens depuis cette année, avec un Japon complètement meurtri et détruit, et dont les discours de “lève toi et ne te laisse pas abattre” fleurissent en ce moment. La dernière minute est vraiment belle, avec ses rythmes balancés à toute vitesse, et cette mélodie qui n’en fini plus de démonter l’échine. Du gros boulot.






Comme Phase 3, ce nouvel Ep semble donc annoncer un nouvel album pour Tha Blue Herb. Et franchement, ça semble grandiose. Le groupe garde cette teinte très electronica de Life Story, mais les productions de O.N.O sont cette fois encore plus riches, moins posées et plus portées sur le multicouches. Ca déborde de détails, ça fuse dans tous les coins, c’est un bonheur pour les oreilles. Quand à Ill-Bosstino, il assure comme jamais au micro, la voix de plus en plus éraillée, toujours plus sur le fil entre le rap prophète et l’extinction de voix. Ce n’est pas un organe de gros fumeur, mais celle de quelqu’un qui a passé sa vie à hurler ses textes en concert, et ça apporte encore plus de cachet au tout.

Alors malheureusement, la chaine Space Shower Tv, l’équivalent de MTV au Japon, semble se la jouer faucheuse du web, et il est quasi impossible de trouver des clips officiels de Tha Blue Herb (et de pas mal d’autres groupes du même pays) sur Youtube, dont ce nouveau single, ce qui est débile car limitant à mort l’exposition internationale. J’imagine que la chaine doit acheter l’exclusivité des videos. Donc vous me pardonnerez l’absence quasi-totale de son relatif à ce nouvel Ep (je ne peux par contre pas résister de caller un ancien morceau). EDIT : Good news everyone !! Le Clip regroupant les deux morceaux en versions courtes est disponible depuis ce matin, et ne semble pas labellisé Space Shower, ce qui devrait éviter de les voir effacés…

On attend le prochain album, qui pourrait être un vrai monument s’il suit la direction donnée par cet Ep. A la fin du morceau Still Raining, Still Winning, Tha Blue Herb nous lance un « see you soon, hey buddy, see you soon ! ». Putain, on a tellement hâte.







Tha Blue Herb – Still Raining, Still Winning (short version) & Heads Up (short version)

Les deux morceaux font 5 minutes chacun, ici ils sont dans des edits de 3 minutes, qui donnent déjà une bonne idée de ces derniers.







Tha Blue Herb – 智慧の輪






Tha Blue Herb – 路上 (Sell Our Soul LP)





2 Titres – Tha Blue Herb Recordings

Dat’

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