RAOUL SINIER INTERVIEW – French

Posted in INTERVIEWS on January 18th, 2011 by Dat'



“… d’ailleurs, quand on me demande quel style de musique je compose, je suis toujours dans la merde…”





Une interview, parce que Raoul Sinier est quelqu’un qui m’a marqué à vie avec son album Wxfdswxc2, puis continué à sortir bombes sur bombes avec une constance rare (et surtout un rythme plus qu’effréné)… mais surtout car le bonhomme semble proposer un univers complètement flingué et inépuisable, musical et visuel. De clips cradingues (et superbes) en albums tordus, Raoul Sinier roule sa bosse entre radis samouraïs et machines qui hurlent. L’interview fut realisée autour d’un géant plateau de fromage (c’est important) et un peu trop de bières, dans un bar parisien.

A venir, un Ep (Cymbal Rush / Strange Teeth & Black Nails) sur le label Oeuvre, imprimant un virage que l’on sentait deja amorcé sur son précédant disque. La voix de Raoul Sinier est encore plus présente, jusqu’à tenter le saut dans le vide en tapant une cover foutrement maîtrisée du Cymbal Rush de Thom Yorke. Tout ça, en attendant un 5eme album à poser quelque part en 2011, suite logique,  mais poussant le vice encore plus loin en continuant d’incruster le chant de Raoul Sinier, tout en imprimant une continuité au niveau de ses instrues dérouillées et trop dangereuses pour les enceintes.


Où l’on parle du nouvel Ep, d’un brouillage de piste, de musiques noisy ou non, de New Jack Swing, d’Autechre et d’escalopes :




-       Dat’ : Apres tes quatres derniers albums qui étaient bien cramés et expérimentaux, d’où t’es venu cette idée de faire une cover de Thom Yorke ?

Raoul Sinier : Tout est parti du label anglais Oeuvre, qui m’avait contacté pour sortir un disque. Et vu que je n’avais rien en stock à la base, j’avais proposé de remixer des trucs à eux. Mais ils m’avaient envoyé que des morceaux de Hiphop jazzy, ce qui ne cadrait pas vraiment avec ce que je voulais faire. Alors on cherchait des solutions, car quand on vient me chercher pour sortir un truc, je suis évidemment plutôt partant. Tout en sachant que je réserve mes album pour Ad Noiseam. Alors on a pensé à un Ep de collab, des remix and co. Mais au final, ces temps ci je commence à pas mal chanter sur mes morceaux, je fais pleins de reprises et covers pour tenter autre chose. J’avais mis pas mal de ces covers sur internet qui sont sympathiques, mais celle de Thom Yorke je la trouve franchement bien, donc j’ai proposé ça. Agrémenté d’autres morceaux inédits pour l’Ep.

Après ce morceau, ce n’était pas « pour » vendre une cover, mais je trouve ça intéressant de faire une reprise. Ya pas vraiment de cover dans la musique électronique, c’est des remix la majeure partie du temps. D’ailleurs au départ, même le label parlait de remix, j’ai du leur dire « attendez les gars, ce n’est pas un remix, mais une vraie reprise, il n’y a strictement aucun élément du morceau original » c’ets cette démarche de tout recréer qui est intéressante…


-       Dat’ : A l’ecoute de Tremens Industry et de ton Ep (en plus de ces reprises glanées sur le net) ta voix semble vachement plus présente dans ta musique. D’ou vient cette envie de chanter, alors que l’on te connaît pour une électronique clairement noisy ?

Raoul Sinier : Cela vient du morceau The Hole de Tremens Industry, où j’avais commencé à chanter un truc super aigu, pour faire comme mes idoles, Thom Yorke and co, mais rapidement, je me suis rendu compte que je n’étais clairement pas au niveau (rires). Alors bon, sur The Hole, j’ai couplé ça à un max de vocoder et effets, qui rendent d’ailleurs très bien, mais j’ai trouvé ça dommage de ne pas pousser un peu plus le tout de ne pas faire quelque chose de plus brut. En plus, j’ai mine de rien fais 4 albums, 8 disques en tout, je n’aime pas composer toujours la même chose, je veux évidemment faire évoluer ma musique, donc j’ai carrément commencé à prendre des cours de chants ! C’est difficile de trouver une personnalité vocale, mais au moins je peux faire ce que je veux, et ça me permet de faire autre chose, d’autres morceaux. Je ne lache pas du tout l’instrumental, mais faire les deux me plait.


-       Dat’ : Tu ne flippes pas de brouiller les pistes avec ton public d’il y a quelques années ? Il y en a beaucoup qui pensent que mettre du chant dans de l’électro relève d’une espèce de crime de majesté…

Raoul Sinier : En même temps je ne vois pas trop ma musique comme « Electronique » au sens strict. Je ne vois pas la musique comme « électronique ou non électronique ». Ca ne veut pas dire grand chose. Au final ma musique est électronique parce que c’est mon matériel, et que j’ai l’habitude de travailler tout seul, je ne suis pas un super bon instrumentiste non plus… En plus je suis tout le temps sur mon ordi pour mes peintures et mes clips, donc l’ordi, c’est mon outil, qui fait de la musique, donc électronique, voila.

Bon après, je vais dire un truc cliché, mais le concept de genre musical n’existe pas, ne m’intéresse pas. La musique, pour moi, ce n’est pas des distinctions de genre, mais des distinctions d’états, de sentiments : Tu as de la musique triste ou gaie, compliqué ou simple, candide ou sombre… Je classe tout comme ça, dans mon itunes, il ya tout est n’importe quoi. Même un album de Gerard Depardieu tiens ! Que j’ai samplé sur mon premier album d’ailleurs (rires) enfin, je ne suis pas ultra fan non plus hein, c’est plus pour l’exemple ! (rires)


- Dat’ : Et niveau réception / critiques ?

Bah, de toute façon, à chaque album, je perds un peu de mon ancien public donc, ça ne va pas changer. (rires) Quand j’ai sorti Brain Kitchen, il y a plein de gens qui ont lâché le train car ils pensaient l’album trop complexe, trop abrupt et violent. Et quand je suis revenu avec des choses plus calmes avec Tremens Industry, il y a eu encore des déçus, qui voulaient que des trucs ultra déstructures et chaotiques… Donc si on anticipe ou l’on fait gaffe aux “attentes”, on ne s’en sort pas (rires)



“…pour mes clips, certes ils sont dérangeants, mais j’espère que l’on voit aussi le coté un peu décalé des choses…”


-       Dat’ : Justement malgré le maelstrom de tes compos, ultra crade, il y a souvent quelque chose d’épique, d’ultra mélodique. C’est important pour toi de travailler là dessus ?

Raoul Sinier : Moi ce qui me plait en temps qu’auditeur, c’est la musique qui me prend aux trippes, et m’entraine vers le fond. Emotion et compagnie. Comme je disais, le genre musical, on s’en fout, tant que cela te prend au trippes.
Bon après attention, je travaille beaucoup la forme aussi hein, la production, mais c’est toujours pour servir le fond. (Je lance “Stone Pills”) Oui voilà ce passage est un bon exemple, j’ai bossé à fond l’environnement sonore, mais c’est pour servir la mélodie derrière…

Pour parler plus large, on peut prendre aussi Autechre. Attention je ne fais aucune comparaison avec moi hein, c’est juste pour l’exemple ! Autechre, ils ont une production de folie, c’est ultra technique, impressionnant. Et quand ils mettent ça au service de l’émotion, c’est vraiment puissant. Mais à d’autres moments ce n’est que de la technique pure, et là ils me font vraiment chier. Les mecs quand ils te parlent de Autechre, ils parlent que de technique, de logiciels, de maxmsp and co, mais merde on s’en fout, moi je ne suis pas ingé son (rires) ! je veux juste écouter un truc qui me frappe, avec de l’émotion.


-       Dat’ : Ca t’embête cette comparaison entre toi et Autechre, qui revient souvent ?

Raoul Sinier : Non c’est souvent à cause rythmiques fracassées. J’avais fais une cover de Gantz Graf aussi. Autechre, ce sont des purs compositeurs. Mais le truc fatiguant, c’est qu’ils peuvent te sortir n’importe quoi, tout le monde va trouver ça génial. // Tu les a vu en live ? ça t’écrase à terre// non je ne les ais pas vu, mais j’en ai entendu parlé, et ça a l’air vraiment cool, car justement, ils proposent un vrai truc en live. Parce que les concerts de musique électroniques ce n’est pas dingue dans la majorité hein.  J’imagine que c’est parce que la marge d’improvisation est souvent faible.
Meme des mecs connus, ce n’est pas la panacée parfois. Genre Squarepusher, avec son Do You Know Squarepusher. L’EP est génial, mais le disque live, ça m’aurait fais chier d’aller voir ça, on dirait qu’il lache ses morceaux tel quels, avec juste un écho en plus ! En plus le mec te passe son disque en live, puis le ressort en disque ! (rires)// Oui c’etait le problème avec Hudson Mohawke je me souviens, il presse play et il fout un powerpoint Keyboard cat derri…// Hey, j’ai le teeshirt Keyboard cat d’ailleurs !!(rires)

Tiens en parlant de comparaison, il y en a une qui revient énormément aussi, c’est avec Prefuse73 Ca par contre, ça m’embête un peu plus. Juste parce que tous les deux, on utilise des samples charcutés. Hop, tu fais de la musique avec des voix hachées, c’est forcément du Prefuse73. Alors que cette démarche dans ma musique, pour moi, elle vient de groupes comme Digital Underground.
La seule constante de Prefuse73, c’est que ses nouveaux albums sont les mêmes que ceux d’avant mais en moins bien. (rires) En plus les premiers étaient plutôt bons. Après, c’est une référence pratique pour les journalistes. Ca,  Aphex Twin, ou Autechre… Des outils pour parler musique electro. J’ai lu sur des chroniques parlant de mes disques “on tient notre Aphex Twin français” ce qui est évidemment flatteur, mais nos musiques n’ont rien à voir. D’ailleurs cette phrase on la voit dans 1 article sur 3, à chaque fois que l’on voit une chronique sur un disque français affilié electro. Sur mon 1er disque, c’était l’avalanche de comparaison avec Prefuse73. Ce mec doit être le gars le plus cité dans la presse, niveau référence. Limite on parle plus de lui pour le comparer aux autres que pour ses propres disques, ça doit être déprimant (rires) Et pour le coup, quitte à écouter ce genre de musique, autant écouter MachineDrum, qui fait des trucs géniaux depuis le début des années 90. //merci tu me fais un super lien avec l’interview de Grems ahah// Oui, ils ont fait des concerts ensemble je crois, c’est une bonne idée, Machinedrum est top.


-       Pour revenir sur le son, ils viennent d’où tes premiers amours noisy ?

Je ne sais pas du tout. Ce n’est pas par rapport à des idoles, références ou autres. C’est juste une histoire de sensibilité je pense. J’adore le fait d’avoir une musique super violente qui sert une composition plus fragile, ou belle, ça met en valeur cette dernière. En plus, le son de la distorsion, je trouve ça très beau, c’est presque physique. Genre le dernier morceau de Tremens Industry qui est franchement porté là dessus. Donc voilà, c’est vraiment subjectif, je ne peux pas l’expliquer. Je n’ai jamais vraiment écouté de noise, ou des morceaux Shoegaze bien massifs.

Je n’ai pas vraiment le profil d’un connaisseur sérieux de musique d’ailleurs. Quand j’étais jeune, j’écoutais surtout des conneries, des choses “normales” de l’époque, genre Dire Strait, U2. Bon, je n’étais pas à fond non plus hein. Mais voilà, j’étais très Rock, et après pendant mes études de dessins j’ai rencontré des gens qui écoutaient que du Hiphop. Je ne connaissais pas du tout, ces mecs m’ont fait écouté Public Enemy, je suis devenu fou avec ça. C’était au tout début des années 90, car je ne suis plus un jeunot (rires) En parallèle, j’avais découvert le New Jack Swing aussi, Teddy Riley, tout ces trucs là, et j’ai vraiment adoré ça. Alors que bon, sincèrement, la plupart, c’est de la super merde (rires). Maintenant, j’écoute encore évidemment Public Enemy, mais le New Jack Swing, c’est juste pour me remémorer mes jeunes années, ou faire chier les autres (rires) J’adore A Tribe Called Quest aussi, intestable. Lord Finesse, Digital Underground. Cette époque d’âge d’or du Rap, c’était un peu la belle vie pour ces mecs aussi, à griller les samples comme ça. (rires)


-       J’ai l’impression que sous la noise de tes morceaux, il y a un humour toujours un peu présent, avec tes samples (comme celui de julie pietri) tes clips ou dessins. C’est important de pas sonner trop sérieux ?

Ah, oui vraiment. Ma musique est noire, mais moi je ne le suis pas. Je n’ai pas envie de cultiver le coté sombre juste pour le coté sombre. C’et un peu comme l’humour noir en fait. Même dans les morceaux les plus sombres, j’aime bien mettre un truc débile. Pour Julie Pietri, c’était parce que c’était esthétique. Mais pour le reste, caser des titres bizarres, des références à la con comme expliqué out à l’heure ou des samples de South Park. Même pour mes clips, certes ils sont dérangeants, mais j’espère que l’on voit aussi le coté un peu décalé des choses. J’aime bien prendre des trucs atroces pour en faire des choses marrantes. Pour Huge Radish Samourai, s’il y avait des humains dans le clip, cela serait horrible, alors j’intègre un radis mignon dedans, ou moi, courant avec un filet ridicule. Cette dualité, c’est ce qui me plait aussi.


-       Voir tes vidéos sur Nolife ou Canal+, ça a changé quoi ?

Pour Canal +, c’était juste une poignée de diffusion, même si c’était génial. C’est surtout NoLife qui m’a aidé, c’était incroyable, et beaucoup de gens me contactent en me disant qu’ils m’ont découvert sur Nolife. Et c’est bien, car cette chaine, ce n’est clairement pas le cœur de cible de ma musique à la base, vu qu’ils passent beaucoup de trucs japonais. Jpop and co, et pourtant, cela plait quand même. Ca me rassure, les gens sont ouverts, n’ont pas peur d’aller vers des trucs un peu plus décalés. Beaucoup de ceux qui m’ont contacté ni connaissaient vraiment rien en musique électro, ou n’en écoutaient jamais, mais accrochent quand même à fond sur ma musique. C’est une des plus belles récompenses ça !



“…le jour où j’aurai la capacité de faire des clips avec des robots Transformers géants qui se battent dans la rue et tout, je le ferai. Mais pour le moment je ne peux pas, donc je fais des escalopes…. !”


-       J’avais posé la question à Grems il y a quelque temps : comment se passe le taff dans le graphisme ces temps ci ? tu fais comment pour rester présent ?

Ben écoute, je fais des expos, un peu, mais ce n’est pas la folie. Le processus est lent. On essaie de m’imposer dans l’art contemporain, et pourquoi pas, mais je me heurte au coté, digital de mon travail. Tout ce que je fais, c’est grâce à mon ordinateur. La reproduction se démocratise, mais ce n’est pas encore ça, utiliser l’ordinateur dans l’art ne semble pas encore assez « légitime ».

Sinon, pour rester présent, je pense que Grems a choisi la bonne solution : il fait des expos, il sort des bouquins, il fait des trucs un peu partout, et surtout il gère son bizness tout seul… L’art contemporain, la Fiac tout ça, ce n’est pas vraiment un monde pour moi. Grems fait beaucoup de produits dérivés, de Tee-shirts, Swatch and co, ça aide énormément aussi. Moi je fais deux ou trois Tee-shirt, mais c’est le système à la demande, tout le monde peut faire ça. Même si ce système va se développer je pense. Pas forcément simplement pour les Tee-shirts, mais aussi pour les livres and co, édités à l’unité, ou par dizaine. Cela va démocratiser un peu le tout, je ne sais pas si c’est la meilleure méthode mais bon, ça peut aider.


-       D’ou vient l’inspi pour créer tes créatures. Tu fais vivre des objets du quotidien ?

(réfléchît pas mal de temps…) Je ne sais pas comment l’expliquer ça, sincèrement. //genre tu cuisines une escalope, et hop tu as l’idée de faire un clip ? // Non, pour ça, il faut surtout que je compose avec ce que je sais bien faire. Me limiter à ce que je sais dessiner. Le jour où j’aurai la capacité de faire des clips avec des robots Transformers géants qui se battent dans la rue et tout, je le ferai. Mais pour le moment je ne peux pas, donc je fais des escalopes (rires). Pour parler froidement, l’escalope, c’est un personnage qui n’a ni bras ni jambes, pas de visage, donc pour moi, créer ça, c’est facile. Comme pour le Radis d’ailleurs. Et en plus j’ai appris tout ça en autodidacte, tout seul. Je m’aperçois 5 ans plus tard qu’il ya des méthodes pour faire ce que j’ai fais en 5 secondes, alors que cela me prenait des heures (rires) Je deviens dingue, mais j’apprends seul. Donc c’est une grande partie de ce qui génère ce que je fais, je ne veux pas aller plus loin que ce que je sais faire. Le jour où je vais pouvoir faire un visage en 3d, avec des animations de dingue, on le verra. Mais pour le moment, ça serait franchement cheap et moche, donc je ne le fais pas.

Apres, pour toutes ces créatures, je ne peux pas l’expliquer, mais j’adore l’idée de toutes ces petites créatures rigolotes qui courent partout. Le radis avec ses deux jambes, c’est marrant, mais je le place dans quelque chose de très sombre au final, le pitch est d’une noirceur incroyable, mais au final c’est rigolo aussi… Comme pour l’escalope dans Tremens Industry, c’est un des clips dont je suis le plus fier, parce qu’il y a plein de choses à dire dessus, sur la folie, l’aliénation, l’image des autres and co, et c’est d’ailleurs mon niveau de lecture. Mais il y aussi le niveau de lecture rigolot, avec ce truc mignon qui bouge, « hey regarde ce mec il traine une escalope dans la rue au bout d’un fil ». Les gens peuvent prendre ma vidéo au sérieux ou au contraire d’une façon marrante, il n’y a pas de problème, je fais ça aussi pour cela !


Raoul Sinier – Tremens Industry (et son escalope donc)



-       Tu es déjà allé au japon je crois. Tu en retiens quoi ?

J’étais complètement dingue en allant là bas. C’etait pour un échange école, j’étais resté 15 jours sur place. Bon on avait quelques visites et compagnie, mais la plupart du temps, on était libre, j’avais adoré. En plus j’étais à fond sur les jeux vidéos à l’époque. Et avant, ils sortaient ultra en avance au Japon, par rapport aux sorties européennes. J’achetais Street Fighter II sur super Nintendo à import à 700 balles je crois, sur Paris. A un ou deux jeux par mois en import à ce prix là, tu imagines… je n’ai jamais compris comment je faisais à l’époque pour avoir autant de jeux, vu que j’étais trop jeune pour avoir de l’argent (rires) Donc au Japon j’avais pu me ramener des tonnes de jeux pour que dalle.

Bon sinon c’était surtout la ville, tous ces paradoxes, ces immeubles délirants et au milieu une petite bicoque, c’est génial, super niveau inspiration. Ca semble sans fond, comme si on ne pouvait jamais s’arrêter de découvrir des choses. Le folklore est tout le temps là aussi, mais c’est noyé dans un bordel moderne génial, comme la demoiselle en Kimono avec le portable de fou accrochée dessus. C’est quand même plus classe que nos costumes à nous (rires).


-       Entre tes machines qui hurlent et tous les monstres qui vivent chez toi, Tes voisins, ils vont comment ?

Ben écoutes, mes voisins ne savent pas ce qui se passe, je suis un voisin normal (rires) en plus je travaille chez moi, c’est souvent la journée, donc pas de soucis. Apres je comprends que c’est tentant de dire “chez lui ça doit être le merdier”, mais non pas du tout, mon appart est à peu près normal (rires) Tiens ça me rappelle, y avait un gars que j’avais rencontré il y a pas mal de temps, qui connaissait mon travail et m’avait dit vachement étonné “hey mais c’est génial, en fait tu es super gentil et souriant”, je lui avais répondu “évidemment, ça va, c’est pas parce que t’es comique à la tv que tu fais rire tout le monde au resto aussi” (rires)

C’est un peu dommage, car dès que tu fais quelque chose d’assez sombre, dans la tête des gens, tu dois forcément être tout blanc, tout déprimé. Au contraire, si j’étais comme ça, il me faudrait faire de la musique joyeuse. Après, on a tous ses doutes et ses faiblesses, quand je suis anxieux, je suis un mec super anxieux d’ailleurs, je ne peux rien faire de créatif. Au contraire c’est quand j’ai la patate que je compose mes morceaux les plus tristes et ceux qui ont le potentiel de te trainer le plus vers le fond.


-       Toi qui fait des covers tout le temps, tu ne voudrais pas faire un cover des Flight Of The Conchords ?

Ah j’adore cette série, c’est vraiment dommage qu’elle s’arrête ! Après pour une cover, je ne sais pas, musicalement ce n’est vraiment pas mon répertoire. Sauf le morceau Inner City Pressure, qui est incroyable (rires) Donc musicalement, pas franchement. Par contre les deux saisons de cette série, je les connais par cœur, j’ai même des expressions que j’utilise dans mon quotidien maintenant (rires)


-       Dernière question qui fait chier tout le monde mais que je pose tout le temps… Quelles sont tes influences ?? // Non… // Comment vous vous êtes rencontré ? //Non…// Est-ce que c’est l’album de la maturité (rires) ? //Non mais celle là il faudrait que je la pose un de ces jours… (rires) !! Donc oui, non, cite moi 3cd à conseiller, que tu aimes vraiment, vieux ou nouveau. Sans être trop corporate.

Ah la vache, pour moi c’est difficile cette question. Sans réfléchir trois plombes, le deuxième album de Redman ( Dare iz a darkside…), égalité avec le premier Wu Tang. Je ne comprends pas comment ils ont fait pour devenir ce qu’ils sont maintenant, mais à l’époque c’était incroyable. Ce Redman est vraiment génial aussi.

Apres… (Hésite longtemps) alors l’album Gumbo Millenium de 24-7Spyz. C’est un album de Rock Fusion, mais delà grosse époque fusion, genre Fishbone and co. Tiens j’aurais du dire Fishbone aussi (rires) Ce cd passe du hard rock au reggae ou métal, noise, r’n’b et soul sans faire exercice de style. Bon après le groupe a mal tourné, car le chanteur s’est cassé, et ils ont commencé à faire du métal banal. J’étais à la limite de faire une reprise de ce disque d’ailleurs, mais le chanteur est tellement hallucinant que j’ai laissé tombé (rires) Bon pour finir, évidemment, Radiohead. Pas tout, mais à partir du moment où ils ont commencé à être bizarre.


- C’est marrant, tu ne cites pas un disque électronique ?

Oui, parce que la musique électronique ne me parle pas tant que ça. Enfin c’est le terme « musique électronique » qui ne me parle pas. Le grand point fort de la musique électronique, c’est que c’est un genre qui ne désigne pas une musique, mais une technique de production. La musique électronique est partout et nulle part en fait. C’est surement le seul style comme ça. Genre du Reggae, tu pourras faire un truc qu’avec des ordi, ça restera du reggae. Alors que « musique électronique » ça ne défini qu’une technique de production, donc ça regroupe autant des morceaux à la Squarepusher avec un niveau de composition incroyable et compliqué, limite musique classique, et à coté un truc tout pourri fait en trois secondes. Pour moi c’est le seul style musical, avec ce terme qui te dit « ben on ne peux pas te définir, c’est juste que c’est fait avec des ordinateurs ». Alors que moi ce n’est pas l’ordinateur, mais la musique qui en sort qui m’intéresse.

D’ailleurs quand on me demande quel style de musique je compose, je suis toujours dans la merde (rires)






Raoul Sinier – Strange Teeth & Black Nails





Raoul Sinier – The Hole






Raoul Sinier – Wonderful Bastard









Raoul Sinier interviewed by Dat’ / Chroniques Automatiques

English saviour is Darren_w

Pics by Dat’

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GREMS INTERVIEW 08/2010 French

Posted in INTERVIEWS on September 8th, 2010 by Dat'


…et progressivement je me suis dit : “mais merde, pourquoi il n’y a pas de rap là dessus ?” Alors j’ai tenté de faire ça…





Eté, c’est synonyme de vacances, mais surtout de retour au bercail, du moins pour quelques jours. Et vu que Paris, autour du 15 aout, ce n’est pas franchement l’endroit le plus folichon pour faire la bringue, on tente de rentabiliser le voyages entre deux averses ( !!!) et trois raids onéreux dans le rayon disque de Gibert St Michel. Pendant ces pérégrinations parisiennes c’est l’occasion d’avoir pu rencontrer Grems à coté de Jussieu, bien entouré de ses amis et producteurs, et quelques semaines après la sortie de son énorme nouvel album, Broka Billy, disque protéiforme, off limits et halluciné. Le tout dans une crêperie chelou avec un Supermicro bien cool, causant, tatoué et toujours entre deux pays. (Il faisait une pause entre Barcelone et Bucarest je crois, ou Londres, ou NYC, et pleins d’autres trajets qui font gagner des Miles).


Grems en interview donc, où l’on parle de Broka Billy, de Detroit, de dance, de traumatismes, d’échange, de gros projets, de jetons à semer et de talons aiguilles :




- Dat’ : Bon, comment s’est passé cette sortie de Broka Billy ? comme Sea Sex and Grems, on a l’impression que tout a été fait par toi même, assez confidentiellement, hors des circuits de distribs normaux…

Grems : Et bien non justement, ce n’est pas vraiment un réseau hors circuit. Ok, pour Sea, Sex Grems, c’était la galère mais c’était fait exprès. Il ne devait pas sortir en fait. J’étais content de l’album, mais au moment où il est partir à l’usine il s’est passé un événement personnel vraiment mauvais, donc au final je me foutais du disque, je me foutais de tout. Alors bon, je l’ai sortir à 700 ex et 300 packs, et c’est tout. On pouvait l’acheter sur Lazydog & JustLikeHiphop.com, point barre. Pour Broka Billy ce n’est pas pareil du tout. En plus des autres, c’est Fnac, Virgin, mais ce n’est pas dans le rayon musique. Les vendeurs ne connaissent pas foncièrement, mais tu peux le commander un peu partout.

Et franchement c’est cool, car l’album est bien parti pour le moment, on a pu contrer le téléchargement pendant 3 semaines. Apres c’est un peu parti en couille mais bon on ne peut plus éviter ça. Et ça semble bien parti sur la durée. C’est sorti juste avant l’été, on a foutu un peu le bordel niveau promo, là c’est un peu calme l’été, mais on va refoutre la pression dès Septembre, avec nouveaux clips, expos et tout…


- Dat’ : Je me trompe peut être, mais on a l’impression que tu as complètement craqué sur cet album, que tu as vraiment voulu tailler un LP sans te poser de limites ou de carcan, quitte à partir en vrille. Pour moi c’est cette liberté qui porte l’album…

Grems : Ah c’est sur, ça fait pas partie d’une trilogie, c’est pas Rouge à lèvres non plus ! Apres je n’ai pas voulu choquer, ou réellement partir en couille. J’ai juste voulu faire quelque chose de qualité, qui me plait. Vu que je connais bien comment composer des prods et instrues, c’est plus facile. Même si ce n’est pas moi qui les ait fait, on a travaillé à fond en osmose avec tout le monde, on a fait ça à la pro. Pas suivre une tendance, ni devancer. Juste être dans un autre monde. C’est même pas tenter prendre de l’avance ou autre, c’est juste faire un truc unique. Et bizarrement, ce nouvel album est hyper chelou, mais il passe mieux que les autres dans la tête des gens !


- Dat’ : Il s’est passé quoi avec Troubl et son coup de génie sur La Barbe ? J’ai l’impression que c’est ton truc le plus “Detroit”, une des prods les plus abouties qui m’a été donné d’entendre… Et en même temps, pourquoi stopper le tout après 1min ?

Grems : Ah c’est du Deepkho ça. Ce genre de Prod, c’est quand je casse les couilles à Troubl, et il pond un truc de fou comme ça. C’est 2 ans de taff et de réflexion derrière ce morceau. Je voulais résumer les trois albums d’avant, plus Rouge à lèvres. Pour l’arrêt brutal, et bien moi j’ai la suite du morceau (rires). Mais j’aime ce couplet, j’aime le fait que cela n’aille pas plus loin, genre juste pour commencer, prends ta claque. Faut que l’intro démonte, que tu comprennes direct.


- Dat’ : Bon, on peut aimer ou non ton album, mais Rencontre avec un Ballon remporte tous les suffrages. Je l’ai même fait écouter à des potes japs qui sont tous devenus fous, alors qu’ils ne pigent rien aux paroles. Le délire vient d’ou ?

Grems : C’est l’idée d’une copine (il montre une amie) c’est elle qui dit “les ballons / c’est stressant” héhé. Le texte, ce n’est pas péjoratif avec les nanas, mais l’histoire d’une fille qui viole un mec. C’est parti de cette idée. Apres j’ai l’habitude de voir ce qu’ont kiffé les gens. En général, le public retient chez moi Casse moi le cul et Merdeuse, ce qui est marrant vu que c’est les deux morceaux que j’avais fais de A à Z. Là avec Klimaax qui a fait la prod, on s’est renvoyé la balle à fond, j’ai fais l’esquisse, et il a défoncé le morceau. En plus il avait la pression, car sur l’album a coté, il y avait Simbad et Son Of Kick. D’ailleurs pour Klimaax, son remix de Dimanche est complètement ouf. Cette version, ce morceau, il me traumatise. Klimaax, il connaît parfaitement la musique, il comprend direct dans quel sens tu veux aller.


- Justement des mecs comme SonOfKick ou Opolopo, qui semblent bien éloignés du Hiphop à la base… Pourtant il y a une vraie osmose entre vous, comment se sont organisées les collabs ?

Ben Opolopo, pour moi, c’est le plus grand producteur Broken. De l’avoir sur mon album, c’était improbable. Qu’il s’intéresse à un rappeur français, c’est dingue. Et le truc le plus improbable, c’est qu’il a fait le morceau le plus improbable de sa carrière (rires) Il a pas fait du Opolopo à 100%, il a fait un truc hybride de folie.

Pour SonOfKick, c’est Simbad qui me la présenté. J’écoute Simbad 100 fois par jours, il m’a présenté ce type, qui habite à Londres depuis un bail, et ces deux là faisaient du rap il y a ultra longtemps, donc ils connaissent bien la discipline. En plus c’est un Sound Designer, donc au niveau du mix, ça arrache. Et au final, on est devenu super pote. On a un groupe Son Of Kick / Grems, qui s’apelle Mika Miki, où l’on fait les prods à deux, on rap à deux, on fait tout à deux de A à Z. Et c’est génial, parce que c’est vraiment devenu mon pote. Il sait tout faire, des morceaux hybrides vraiment riches, genre Carlos, qui est vraiment genre “Broka-à-la-SonOfKick”

Et alors attention, gros truc qui sort d’ici noël : c’est enfin le Disiz & Grems, produit entièrement par Simbad et SonOfKick. Il est fini, enregistré, il y 18 tracks en boite, et ça va être fou. Je précise, ce n’est pas une redite Roule à Levres. Il y aura des prods super Deep, d’autres super rap, du 2-step, du dubstep, du Broken. On voulait aller dans tous les sens, on s’est vraiment éclaté. On voulait le faire depuis longtemps, là on avait un moment de liberté, on s’est tous retrouvé à Londres, et on a fait ça dans les règles.



“Nous on est des potos, on va faire de la zic en mode potos…”


- Il a démarré quand cet amour pour la techno de Detroit ? si tu devais décrire ce que qui te fascine dans un morceau du genre?

La Chaleur. La chaleur mec. En fait, ça vient de début 2000.J’ai toujours aimé les trucs bizarres, genre dance deep à la Crystal Waters. …ahah on se retrouve là dessus, c’est pas souvent que j’entends ça… Ouai. Mais petit à petit, je me suis renseigné pour aller plus loin. Vraiment les trucs bien Deep hein, et je me suis rendu compte que Technotronic, c’est déjà du Deekho en fait. Apres j’écoutais évidemment à mort la Beat Generation, Jay Dee, le Pete Rock, des trucs qui m’ont blessé à vie. Et un jour je suis tombé sur une compil 3cd Master At Work, avec pleins de classiques Deep dedans, et je me suis dis, “putain c’est completement dingue ça”.
Mais j’étais attiré, par des trucs plus sale, plus crade. Et j’ai commencé à découvrir la tech de Detroit. Avec Moodymann, Theo Parrish, Omar S, avec des tracks super spéciales, juste une machine dégueulasse, des beats dégueulasses, tout est dégueulasse, mais Deep à fond (rires).
Donc je suis tombé la dedans, mais surtout Moodymann. Le mec m’a autant possédé que Jay Dee. Pour moi ces deux mecs, c’est la même démarche, le même esprit, mais en House pour Moody. Et progressivement je me suis dit “mais merde, pourquoi il n’y a pas de rap là dessus ?” Alors j’ai tenté de faire ça, le premier comme ça c’était Merdeuse,, j’ai commencé à assumer le truc, à la fin de mon premier album. Puis je suis passé par Metro Area, puis sur le Broken, j’ai fais ma culture tout seul, avec des potes qui m’ont filé pas mal de sons. Mais toujours Deep, toujours chaud. Pas les trucs à la française électroniques bien froids. Apres en France, je suis le seul à le faire mais il y en a quelque uns qui le font dans le monde, genre Capitol A.


- J‘ai dépoussiéré mon Cd SourceLab il y a peu, avec toue cette vague de la première French Touch, De Crecy, La Funk Mob et compagnie. tu cites beaucoup Detroit, amis des gars comme De Crecy et son Motorbass, La Funk Mob, voir Mr Oizo, ça ta pas un peu inspiré aussi ?

Ben des trucs à la Crydamoure c’est un peu ça. Les vieux genre De Crecy and co, c’est chanmé aussi, mais ça j’ai pas vraiment écouté, ni été inspiré par ça. Apres Daft Punk c’est très bien mais bon… Il y a Mr Oizo qui est cool ouai, qui est bien hybride aussi, il est clairement à part. Donc franchement, moi c’est vraiment le Broken et la Deep quoi. Les trucs vénères, plein d’espaces, avec tous les éléments bien placés, avec de la mélodie…


- Aligner les mots en rafale, des phrases en diagonales, des rimes à l’envers ou sur 3 syllabes. C’est parti d’où cette façon de rapper ?

Ouai, en Trisyllabique ! Et bien j’ai écouté pleins de rappeurs, culture rap normale. Il y a pas mal de cain-ri qui rappent comme ça. Genre Busta Rhymes qui m’a traumatisé avec son Flow, ou Wild Child, donc j’ai eu envie de faire ça. Cette manière d’être rapide, de retomber, de tout malaxer. Et de pas se limiter à une syllabe à la française. Ca, ça ne marche pas, sauf si tu es un parolier incroyable avec une plume géniale. Ou alors si tu es Mr fou comme Le Jouage, qui arrive, sans faire de rimes, à avoir un flow de dingue. Incroyable ça (rires)


- Pour les anglais ou jap, qui ne comprennent pas tes paroles… Des mecs qui ne connaissent pas foncièrement le Hiphop français, et qui entendent la France surtout par le prisme électronique actuel… pour eux, tu décrirais ta musique comment ?

(…) Dire tout haut ce que pas mal penses tout bas. Sans aucun tabou. Sur du Broka. La musique que l’on a inventée. Teinté de Deep House de détroit.


- Ya pas mal de Uk garage sur ton album non ?

Mmm non pas tant que ça, c’est du Broken beat quoi. Le Broken c’est du Uk, le Uk c’est du broken. Au final, le seul vrai truc 2step sur le disque, c’est le dernier titre de l’album. Apres c’est hybride comme je disais. Idée française, taff Uk, mélange de tout. Je ne veux pas que cela sonne ceci ou cela, je veux que ça sonne Musique. Genre j’écoute James Blake, ça me rend fou, ça me révolutionne. Il est tellement moderne dans sa musique. J’ai envie de ça dans la mienne.
Ce Broka, je l’ai vraiment fait à la cool, et au final, il est en train de baiser l’album Air Max dans la tête des gens. Il est plus cohérent, plus construit. C’est compliqué quand tu fais un album, y’a genre 35 morceaux, au final il t’en faut 17, c’est chaud a choisir. Il faut que il y a un petit Fil rouge une histoire.
D’ailleurs je n’étais pas d’accord dans ta chronique, sur le fait que t’accroche moins sur J’essaye. Pour moi, le mix de ce morceau est dingue. On dirait du Madlib qui fait du Broken, les flow sont fous, l’ambiance est dingue.


- En déconnant un peu je disais dans la chro qu’un des défauts de Broka, c’est de ne pas avoir Iris dessus, car tu es un des rares mecs qui pose avec lui… Tu as des news sur ses projets ?

Ah t’aime bien Iris ? c’est cool ! Et bien, tu vas kiffer, il va y avoir une compile DeepRo de fou, ça va être complètement improbable. On prend des prods Deepkho, on prend tout le rap français, et on le met dans un shaker. Triptik, James Delleck, Baste, 3010, Jouage, Ntek, Gourmets… tout le monde, mais en faisant des combinaisons de fou. Ça donne des morceaux bien marrants, assez invraisemblables.
Ca va sortir de partout dans notre famille là. Le set & Match qui sort, Ntek qui fini son album aussi, j’en fais la pochette, les projets exposés tout à l’heure, ça va être une fin d’année chargé.


– Ca va sortir sur quoi maintenant, je n’ai pas trop compris ce qui s’est passé avec Deephop ?

Ca va sortir sur Usle ou DeepRo. Barf, ya pas de label, on verra bien, les gens se la pètent avec des labels qui servent à rien. Nous on est des potos, on va faire de la zic en mode potos. On a une marque, on va faire des éditions, avec des tee-shirts and co, et après on les foutra sur nos plateformes à nous. Comme la compile de folie là, il va y avoir une édition avec le teeshirt, et après on va la filer en rafale.



“Même dans le rap, je trouve ça marrant, les mecs sont tous street, looké Hiphop, alors moi je kiff vraiment avoir cette image mélangée street et un peu punk gothique bizarre…”


- Pour rebondir sur ton autre activité, Le taff dans le design c’est vraiment niqué comme dans la musique ces temps ci, ou ça va ?

Ahah mais tout est niqué mec (rires) tout est niqué de toute façon, les temps changent.
Bon, il y a eu une grosse période chelou cette année, un peu calme, mais en même temps j’ai fais deux livres, ça fait parti du délire. Mais pour le design, il faut se rendre indispensable, il faut semer tes jetons à mort. Comme pour un taff normal, où tu balances tes Cv partout. Là cette année, c’était tendu, mais j’ai semé, taffé gratos un peu partout, et là ça revient, car j’étais au final bien présent visuellement. Apres dans une activité pareille, c’est normal qu’il y ait des périodes fluctuantes. Mais j’ai pris le risque de ne pas avoir d’agent, c’est moi, c’est Grems, personne d’autre. Ca a ses avantages aussi.


- Justement, dans cette idée de semer ton boulot, il y a eu le teeshirt de la Star ac, la rumeur pour Secret Story. Comment tu vois ces placements de produits improbables ?

Pour le Teeshirt à la star Ac, c’était super frais. En plus c’était le plus connard de tous qui le portait. C’était fou, pour la Star Ac, TF1 censuraient toutes les marques sur les fringues, mais à chaque interview du type, c’était écrit en gros Grems sur l’écran, ils avaient du oublier ça, c’était parfait (rires)
En fait c’est ce que je te disais, je sème à fond, et un moment ou un autre, ça porte ses fruits. Attends, il y avait même le ministre de la culture, Miterrand, qui avait ma montre sur la couv’ de L’express quoi ! Dans tous les kiosques. On la voyait à mort, dans tous les sens. Et en plus ils en parlent dans le journal, en disant “ouai il vient avec cette montre inspirée matisse pour provoquer Sarkozy et ses Rolex” (tout le monde se marre) C’est génial d’infiltrer les medias comme ça. Il y avait aussi les gamins de Stéphanie de Monaco, dans les journaux peoples, qui avaient mes Swatchs, bien mises en évidence aussi. Les gens collectionnent les montres de cette marque, donc ça a bien tourné ! (Couverture de l’Express vs Grems ici)


- Tu continues à graffer dans la rue ?

Ahah ouai j’ai fais que ça cet été ! J’ai fais 30 jours 30 graffs.


- Londres / Paris / Tokyo. Dans l’ordre, ces 3 villes t’évoquent quoi ?

Londres : Ca défonce
Paris : c’est de la merde
Tokyo, ça déchire, il faut que j’y aille, faut que je fasse des expos là bas putain. Mais ça va venir. Déjà là, le bouquin tourne bien. Et Opolopo est connu là bas donc j’espère que la musique va tourner. Je ne sais pas comment faire pour y aller jouer, mais si je fais un concert, crois moi, cela sera un bordel de ouf. (rires) Ou des expos pourquoi pas. Mais c’est vraiment chaud de faire des liens, du réseau là bas. Il y a moyen, il faut juste que le Broka se propage. Il part bien, en France évidemment, mais ça se répand aussi ailleurs, avec tous les producteurs, leurs réseaux, des dj qui relayent, tiens il y a même Starkey qui passe nos trucs. Ah, il y a un gros potentiel avec le Broka billy remix par Machinedrum aussi !! ce mec ne rigole pas (rires)
Apres pourquoi Paris c’est de la merde ? ben sérieusement, regarde autour de toi. (Il n’y a rien autour de la place, et personne à l’horizon, tout est fermé, à part le troquet où nous somme attablés) …Oui justement un truc m’a étonné, c’est qu’en Aout, à Paris, on a l’impression qu’il n’y a rien. La majorité des clubs sont fermés, très peu de concerts, c’est étonnant…
Mais ouai mec, ya rien à paris. Ya que des gens qui se plaignent ! Dans tous les autres pays, en Aout c’est le bordel dans tous les sens. Et le pire, c’est que si tu tentes un truc, tout le monde va te dire que c’est de la merde. On ne s’intéresse à rien.
Le pire c’est qu’on est des balaises en France, on a du vraiment du Level, mais on est pas des champions de l‘ouverture. Niveau musique, ce n’est pas dingue en ce moment, le paysage français.


- Un autre truc où je me retrouve, elle vient d’ou cette fascination pour les gothiques, les Punk, les talons aiguilles vs tatouages ?

Ben, je crois que je suis Punk dans ma tête. Je crois que je suis un hybride entre le Rap, la Techno détroit et le Punk Gothique (rires). Pour ce dernier, c’est pas forcément pour la musique, mais pour les fringues, les attitudes, je trouve ça génial, j’aime trop les meufs comme ça, je trouve ça incroyable. A Tokyo il y en a partout non ? …ah oui, c’est sur que de ce coté là, c’est bonheur… Ah enfoiré (rires) Ca m’a inspiré pas mal de morceaux cheloux aussi…
Les Gothiques, j’adore ce morceau, ça me tenait vraiment à cœur, c’est que de l’amour dans cette track, rien d’autre. Il y a des mecs, ils m’ont dit “Ouai c’est pour te moquer des goths” je leurs réponds “mais ta gueule putain écoute les paroles” (rires). Si j’aime ça, c’est peut être que c’est parce que j’ai 5 origines différentes, ou que je voyage pas mal, je ne sais pas…. mais j’aime vraiment ces trucs. Même dans le rap, je trouve ça marrant, les mecs sont tous street, looké Hiphop, alors moi je kiff vraiment avoir cette image mélangée street et un peu punk gothique bizarre
…D’ailleurs, le nouveau clip de SonOfKick, c’est un clip completement dans ce delire, et hop, c’est toi qui lui ouvre la porte dans la video… !
Ouai ce clip, c’est une idée de mon pote Micka, et la demoiselle dedans c’est ma tatoueuse. On met à la patte, on se rend service, échange de bons procédés. Partage, tout est là. Genre avoir un remix de quelqu’un gratuitement, ça défonce. j’ai une chance d’être designer. Donc j’ai un autre truc à faire valoir, tu peux faire des collabs de ouf, et des trucs extrêmement intéressants… Tu fais un Design par ci, une collab par là, on échange, on communique !


- T’as fais quoi Dimanche dernier ?

(rires) On fait souvent des clips le Dimanche. Non, là je suis rentré de Barcelone.


- Question que je pose obligatoirement : Trois disques à conseiller aux lecteurs. Qu’ils soient vieux, pas connus, nouveaux ou mainstream. Juste en évitant d’être trop corporate.

Mmm c’est chaud… Personne peut m’aider là ?

Ben James Blake déjà comme je dis souvent, son nouvel Ep, dingue. Le dernier Moodymann aussi. Parce que là, “c’est imbattable”… Ah, en Rap, un truc que les japonais connaissent bien ! Maspyke ! C’est signé sur Jazzy Sports, le Stone Throw japonais. Un groupe américain signé là bas. Qui fait du rap old school, mais bien actuel. Maspyke, très bon gout, quand on aime le Hiphop bien crade, avec du souffle et des beats crades. Ca donne envie de réécouter du rap…






La Barbe By Grems Prod Troubl. from grems miki on Vimeo.




Grems – Rencontre avec un ballon
envoyé par neopen. –





Grems interviewed by Dat’ / Chroniques Automatiques

English saviour is Darren_w / Japanese Translation by the amazing Kumi Kimura

Pics by Dat’

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Lightning Bolt – Interview 15/11/2009

Posted in INTERVIEWS on November 21st, 2009 by Dat'

Lightning Bolt : Interview 15/11/2009

Une interview mal préparée donne toujours… (2)

Avoir eu l’occasion d’assister à un live de Lightning Bolt, c’est déjà cool. Sur cette tournée japonaise (Sold out sur sa quasi-totalité ! ), et ce concert en particulier Dimanche dernière, le duo New-Yorkais nous a servi une recette qui participe largement à l’aura du groupe. Ces fameux lives guérillas, à même la foule, avec un Brian Gibson, impassible, qui torture sa basse à l’infini, et Brian Chippendale, le batteur fou, autant occupé à matraquer ses futs qu’à repousser la foule qui lui tombe dessus. Un live de Lightning Bolt, c’est être assuré de se retrouver au milieu d’une mare humaine prête à en découdre. Ca tombait bien, ce soir là, on a vu, dans le desordre : Des gens voler, un mec rebondissant partout en saignant du nez, des coups de coude, un gars à moitié à poil sauter partout, de la sueur, des paires de jambes toucher le plafond de la salle (si si). Au milieu, Lightning Bolt, qui envoie la sauce comme jamais, un bordel de folie, qui nous transforme en zombie, qui transporte, tabasse, dérouille. Essayer de proteger son appareil photo. Prendre son pied, se fondre dans un magma cathartique ayant peu d’équivalent.

Sinon avant Lightning Bolt, il y avait DMBQ, un groupe japonais assez énorme que je ne connaissais pas. Qui envoyait méchamment, sorte de Rock alien protéiforme. Avec un chanteur se foutant subitement un masque à gaz pour amplifier son micro, qui se met à cracher sur le public ou qui s’accroche aux projecteurs du plafond. Aussi, un guitariste qui attaquait les gens avec des objets sympathiques. J’ai reçu un glaçon en pleine arcade sourcilière, elle ne s’est pas ouverte, une bien bonne nouvelle. Ah oui, et un surtout batteur qui joue de la batterie sur le public. Pas DANS le public hein… SUR le public. Dessus quoi. Heureusement, j’ai pris des photos, à voir en fin d’article, sinon comment croire un truc pareil. Je vais vite creuser du coté de leurs disques.

Et hop, j’ai tout à coup l’occasion d’interviewer Lightning Bolt (Brian Chippendale, le batteur, vraiment marrant, même après plus d’une heure de folie), sans avoir de questions préparées à l’avance, et alors que l’on est encore en train de se remettre de la bourrasque balancée par les deux New-yorkais pendant plus d’une heure.

Donc a l’instar de la rencontre avec Antipop Consortium l’année dernière, c’est fait à l’arrache, alors faut improviser et je rage après coup en pensant à toutes les questions oubliées. (Sur le travail graphique de Brian Chip par ex). Pas grave, on fera mieux la prochaine fois.


Lightning Bolt Live 15/11/2009

“Its all about survival”

- Dat’ : Vous avez eu des problèmes il y a 3 ans, lors de votre précédant passage au Japon ?

Brian Chippendale : Oui, on a eu un problème de Visa. Enfin, officiellement, c’était juste un problème de Visa. On est arrivé à l’aeroport, il y avait tous les détails dans des dossiers, tout ce que nous avions fait au niveau du groupe, et ce que nous allions faire au japon. Ils nous attendaient à l’arrivé de l’avion, et au final, on a du repartir aux Usa sans poser les pieds à Tokyo. On suspecte le fait que quelqu’un ait appelé le bureau d’immigration avant que nous arrivions, pour nous foutre des bâtons dans les roues, mais on n’a jamais vraiment su qui et pourquoi…

- Tourner au Japon finalement, ça se passe comment, comparé à d’autres pays ?

BC : On a fait 10 dates déjà, c’est vraiment fun. Bon, il y a une chose que je n’aime vraiment pas, c’est que les gens semblent fumer dix fois trop, et c’est difficile, je ne suis habitué à nager dans la fumée. Ca te tue quand tu veux chanter…

Par contre, les gens aux Japon sont vraiment incroyables, super amicaux et réceptifs. Enthousiasme énorme, toujours enclin à t’aider et à discuter sans arrières pensées, les spectateurs nous aident même à charger/décharger notre matos !

Ah, et la bouffe au Japon est affolante (rires)

- Lightning Bolt est bien connu pour jouer directement au milieu du public, à même les spectateurs, sans barrières. Comment gérez la foule et ses aléas, quelle ne vous écrase pas ?

BC : Je pense que c’est de la chance, tout simplement. Juste de la chance. Bon, encore une fois, au Japon, les gens ont un espèce de savoir-vivre, ils arrivent à se contrôler, à devenir dingue sans dépasser certaines limites. Mais au final, ce soir, quelqu’un est littéralement tombé sur ma batterie donc bon… Mais je crois que c’etait un étranger justement (rires).

Apres c’est les gens bourrés qui sont compliqués à gérer. Par exemple hier soir, j’ai frappé quelqu’un trois fois avec mes baguettes sans faire gaffe, le mec n’arretait pas de tomber sur la batterie au moment où je tapais dessus, donc j’ai du lui blesser la main, le poigner. Enfin, ça fait varier les rythmes (rires)

- Justement, d’ou vient cette idée de jouer au milieu de la foule. Ou tous ces lives dans des Parkings, sous des ponts, en face de la salle de concert ou le concert est prévu… ?

BC : Difficile à dire. On a commencé à faire des lives à même la foule il y a des années. Au départ, on était sur la scène, la haut, à jouer devant 10 personnes maximum qui nous regardaient bizarrement. On s’est dit, “qu’est ce que l’on fout là haut ?” et on a décidé de descendre de la scene. On va dire qu’au début, personne ne venait nous voir en live, il n’y avait que 3 personnes, donc ça allait, ce n’etait pas trop dangereux (rires)

Maintenant, les lives tournent bizarrement parfois, ça devient difficile. Je me suis ouverts le doigt durant un concert cette semaine, parce que les spectateurs étaient trop proches, collés à la batterie, et ils n’arrêtaient pas de faire bouger cette dernière, ça m’a blessé sans que je m’en rende compte.

Faire des lives de la sorte, c’est assez intimidant en fait. A chaque fois, la seconde avant de commencer, on prend une grosse respiration, et Brian et moi, on se dit “Il faut y aller”. C’est comme aller au combat, à un pugilat. Mais on veut vraiment garder cette configuration en live. “Its all about Survival”.

Bon, récemment, on a du rejouer sur scène, on n’a pas le choix quand on est programmé dans un très grand festival, c’est diffèrent d’une petite salle. Le feeling est vraiment different, une sorte d’adrénaline en moins, mais c’est étrange, parfois Lightning Bolt sonne plus sauvage et barré quand on joue sur scène, car on n’a pas à s’inquiéter des instruments qui bougent, des gens qui te tombent dessus, d’une foule qui risque de t’écrabouiller. On peut vraiment se lâcher.

- Vous pensez quoi de la scène underground japonaise ? Je veux dire, Lightning Bolt fait parti des cercles des “fucked-up bands”, et justement, au Japon, il y en a beaucoup…

BC : Il y a énormément de bons groupes au japon. Beaucoup plus de “fucked-up bands” que dans les autres pays, tous concentrés sur un espace pas si grand. Et beaucoup défoncent, et méritent vraiment le coup d’oeil. DMBQ est un groupe fou, assez incroyable. Guitar Wolf est vraiment détraqué comme groupe aussi, dans un genre plus rock. Zero Reality, avec qui on a joué, sont fous, groupe de Noise rock Free Jazz fracassé. On a joué avec Masonna aussi, à Osaka, durant cete tournée ! Ce mec est affolant. Je l’ai vu pour la première fois vers la fin des 90 aux USA, durant le Merzbow / Masonna tour, et c’est un des trucs les plus dingue qu’il m’a été donné de voir…

- Tu as fais le 77Boadrum, projet dirigé par les Boredoms, c’était comment ? (77 batteurs en spirale jouent en même temps)

BC : Ouai, c’était un rêve des Boredoms, ils avaient bien préparé leur coup. C’est vraiment énorme. J’étais un peu méfiant quand on m’a parlé de ce projet, j’avais peur que cela soit du genre une version géante du “on s’assoit ensemble et on tappe sur des bongos” mais en fait c’était génial, complètement fou. La spirale des batteurs, le temps parfait, le couché de soleil pile à la fin, qui donnait directement sur le New York Bridge.

- Pour parler un peu de votre dernier album, Earthly Delights : en France, dans les chroniques comme les impressions, le morceau Colossus revient vachement souvent, tout le monde semble l’apprecier. Pourtant ce morceau a un son plus “Heavy” que d’habitude, et il est un peu plus accessible que les autres morceaux. C’était l’objectif ?

BC : Les gens aiment vraiment Colossus ? Vous êtes bizarre en France (rires) Tous les fans des Melvins crient “Yeah Colossus !” ? C’est cool ça… On ne veut pas réellement prendre cette direction, c’est juste arrivé, sans vraiment le prévoir. On fait énormément de sessions en impro, et un jour, Brian Gibson est arrivé avec ce Riff, qui sonnait mortel, donc on l’a gardé, c’est tout. On ne réfléchie vraiment pas à une direction à prendre, on s’assoit juste dans un coin et on fait du son sans aucun plan ni projet préalable. On enregistre un peu partout d’ailleurs, en tournée, dans les hôtels, on improvise à fond, et on construit des morceaux apres, avec des bases trouvées comme ça.


Lightning bolt – Earthly Delights

- Vous pensez que vous allez un jour vouloir tendre vers des morceaux ou des projets plus calculés ?

BC : Non pas vraiment. On pense pas à des schémas pré-établis avant de créer un morceau, genre “Bon, faut que l’on soit archi-violent sur ce morceau !” ou “Hey, on devrait rajouter un orchestre !” (rires)

A la rigueur, pour nos prochains morceaux, j’aimerai bien que notre musique tende vers un truc plus minimal, juste pour essayer. Enlever les trucs superflus, construire des trucs plus directs. Mais vraiment c’est une idée comme ça, pas d’itinéraire ni planification. Et évidemment toujours garder le duo Basse/Batterie, pas de projet d’expansion de ce coté là non plus.

- Bon parlons un peu electro. Ton jeu de batterie est au final pas si éloigné d’un style de rythme que l’on retrouve dans la Drill’n bass, ou autres genre escarpés. D’ailleurs pas mal de gens qui aiment cette frange de la musique électronique aiment Lightning Bolt. C’est un truc que tu écoutes ?

BC : Ben en fait je n’écoute pas énormément cette frange de la musique electro, même si j’apprécie pas mal. J’avais un ami qui en écoutait beaucoup, des trucs bien barrés, donc je lui en ai piqué pas mal, sans même connaître les noms.

Apres pour mes rythmes, je ne sais pas, bien souvent ils viennent d’eux même. J’ai ce besoin inhérent de faire accélérer les choses, ce qui change parfois radicalement le morceau que l’on joue. Genre, sur certaines ébauchent de morceau, je suis supposé jouer plus lentement, mais au final, je pars en vrille et je vais trop vite, ce qui fait que je dois hacher et tailler les rythmes pour les caller… Ce qui ressemblent finalement à ce qui peut se faire en electro.

- Venetian Snares devrait t’engager pour faire ses rythmes en live…

BC : Ouai, et je jouerai juste des lents “boum boum boum” pour désorienter tout le monde (rires)

- Tu n’as pas peur du Carpal Tunnel Syndrome ou autre, à jouer comme un dingue de la batterie ?

BC : Non ça va, pour l’instant mes bras sont encore ok… J’espère qu’ils tiendront encore quelques années (rires)

- Et ton projet solo, Black Pus ? Un vrai album est sorti en 2008…

BC : On a sorti une nouvelle galette il y a peu ! Bon c’est plus un single, mais il y a tous les trucs les plus dingues que je peux faire avec ma batterie et les drums. Black Pus est clairement different de Lightning Bolt. C’est construit plus sur les voix, et avec des Synthés, drums… Juste essayer de prendre son pied, vitesse maximale et tout s’autoriser.

(Des mecs gueulent, ils veulent vider la salle, il faut degager)

– Bon ok, dernière question, deux trois disques à conseiller pour les lecteurs Français qui vont tomber sur cette interview ? Que l’on devrait connaître ?

BC : mmm, il y a ce groupe, Indian Jewelry, ils viennent du Texas. Le nom est bien trouvé, en fait, quand tu conduis travers les Usa, tu vois des tonnes de “Indian Jewelry Stands” le long des routes. Le nouveau cd de ce groupe est vraiment bon ! C’est un peu comme Jesus and Mary Chains, une pop rock bien noisy, bien bizarre. J’aime beaucoup Leonard Cohen aussi, son troisième album, qui avait que 8 titres dedans, vraiment beau, j’ai oublié le nom (Songs About Love And Hate ) J’écoute beaucoup de trucs vraiment différents du son Lightning Bolt en fait…

Ah oui ! il faut vraiment écouter les sorties du label Sublime Frequencies, qui édite des trucs magnifiques complètement barrés, vraiment bizarres, et totalement inconnus à la base. Celui sur les musiques venant de Sumatra est incroyable !! (Radio Sumatra : The Indonesian Fm expérience / Sublime Frequencies)

Photos :

DMBQ Live 15/11/2009 :


Oui vraiment.

Lightning Bolt Live 15/11/2009 :


Une paire de jambes se cache dans cette photo

Lightning Bolt lives Videos :

( Impossible de prendre des videos durant ce carnage, donc on glane quelques vidéos prises sur youtube, qui reflètent toujours bien un Live de L Bolt. Perso, je ne me lasserai jamais de regarder la premiere…)


Lightning Bolt live Hallowen Show


Lightning Bolt live Paris, Vilette Sonique May 2009

Thanks to Cecile & JN

Dat’

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Antipop Consortium – Interview 09/05/2008

Posted in Chroniques, INTERVIEWS on June 15th, 2008 by Dat'


Antipop Consortium : Interview 09/05/2008


Une interview mal préparée donne toujours …









L’interview sera disponible sur Krinein.com en début de semaine d’une façon plus “propre”, serieuse et concise.











Où l’on parle du nouvel album, de l’importance des potes, de “push the music forward“, du mélange electro hiphop, de la langue Française et de cerveaux connectés sous un parapluie. Avec M.Sayyid, High Priest, E.blaize et Mad Man…







- Dat’ : Bon tout le monde attend réellement l’album, le net s’est enflammé à l’annonce de votre reformation, façon Jesus revenait sur terre (j’en faisais parti). Quelle est la direction de ce nouveau disque ? Plus electro, plus Hiphop ?


M.Sayyid : La direction, c’est “Infinite, Infinite, INFINITE ! ”

High Priest : Nous ne faisons pas de séparation entre la musique électronique et le hip-hop. On utilise ce que l’on veut utiliser, on fait ce que l’on veut faire, quel qu’en soit la matière. Pour le prochain album, on va juste continuer à développer et enrichir la direction que nous avions instaurée et tenue avant. Mais en même temps, on a une approche plus individuelle (Projets solos) de notre musique, que l’on ne changera pas.




- Dat’ : Pourquoi un nouveau disque après tant d’années de séparation ?

High Priest : On est arrivé à un point ou l’on apprécie de nouveau de travailler ensemble, de compter sur les autres, d’avoir ses potes autour de soi. C’est le point de départ de ce nouveau projet, et notre principale motivation : S’apprécier mutuellement, musicalement comme amicalement.





- Dat’ : Apres votre Arrhythmia, vous aviez besoin de projets solo, d’aller un peu chacun de votre coté?

M.Sayyid : Oui, exactement. Personnellement je ne regrette pas une seule second ce que l’on a fait. On devait aller chacun de notre coté pour quelques temps. Ca nous a montré que l’on ressentait un manque entre nous, et entre ce que l’on faisait ensemble. Mais plus important, je veux vraiment remercier tout ceux qui ont supporté ce que l’on a fait en marge d’Antipop Consortium, comme avec Airborn Audio et les autres projets en solo. On va garder tout ça en mouvement et en vie, c’est pas fini de ce coté là aussi. Mais Antipop Consortium est définitivement la priorité, comme cela a toujours été. Fluorescent Black, c’est le nom du prochain album, et il a une putain de gueule.




- Tsugi : C’est la première fois que vous venez en France ?

M.Sayyid : Non, nous sommes allé à Lyon plusieurs fois, et depuis 99, on va pas mal en France. On a un bon lien avec ce pays, pas mal d’amis, c’est toujours un plaisir de revenir et de bourlinguer avec nos connaissances.



- Tsugi : Quelques mots en français ? je sais que vous tentez d’apprendre la langue…

M.Sayyid : Enchanté ? (rires) Merci beaucoup. Un. Deux. Trois…

E.Blaize : …Catorce ?

M.Sayyid : Nooooooo ! ( Eclats de rire, avec un High Priest qui se met à chambrer dur) C’est tout en fait, mais je maîtriserai mieux le français la prochaine fois, là c’est le début.

(Gros bordel en anglais, on tente de les relancer sur le futur disque)


M.Sayyid : Vous savez, c’est une super période pour nous de se remettre à la musique, en groupe. Personnellement, niveau composition, et E.Blaize dans la production, on est réellement passé au niveau supérieur. Toutes les choses que nous faisons en studio sont “out of control”. Le fun, le plaisir et le bonheur que l’on a d’être de nouveau ensemble, vous allez pourvoir l’entendre clairement. C’est vraiment énorme, plein de lyrics perchés, d’harmonies et surtout plein d’expérimentations qui vont vous pousser à gueuler des “WHAT THE FUCK ?”





- Dat’ : Justement, tout le monde attend des ?What the fuck?. A chaque fois que l’on écoute les disques d’APC pour la première fois, il y a des morceaux-what-the-fuck, comme “Mega”…

M.Sayyid : Ouai c’est exactement ça. Mais vous savez, même pour la musique en France, on a pu voir ce phénomène. Dans la “French music” en 1999, il y avait beaucoup de boucles et de Breaks Jazzy. Quand on est revenu ici, petit à petit des gens ont commencé à aimer ce que l’on faisait. Puis ces derniers grandissent, et s’acclimatent de plus en plus avec la musique électronique. Maintenant, des tas de groupes sont dans le mouvement électro. Mais nous clairement, on a toujours gardé notre ligne directrice.





- Dat’ : De même, quand vous aviez vendu votre dernier disque, Arrhytmia, ce dernier était encore pas mal expérimental pour bon nombre de personnes. Beaucoup de gens parlent de APC maintenant, ou depuis deux ou trois ans, mais c’était plutôt compliqué avant… vous pensez que votre musique etait trop “futuriste” ?

High Priest : mmm pas vraiment. Quand on regarde la musique, ou l’art en général, on distingue deux sortes de personnes : Les traditionnels, et ceux qui tentent de briser les limites. Push the envelop forward. Nous sommes une bonne fusion des deux. Le Hip-hop est notre base, nos fondations, mais on essaie de le fondre dans les nouvelles technologies. Regarder le passé, mais ne pas s’y embourber, et toujours tenter d’innover. Cela a toujours été notre façon de procéder. Sur notre prochain disque, on n’essaie pas de combattre quelque chose, de se mettre en marge d’un mouvement. Juste repousser les limites. Just push it forward





- Dat’ : Et pour vous, c’est quoi la musique du futur?

M.Sayyid : On a kidnappé E.Blaize, notre producteur, pour la tournée. Il est responsable de tout ce que vous entendez depuis le début. C’est LE mec, il tient les clefs, il est le futur, donc on doit bien s’occuper de lui (rires)

E.Blaize : Le futur de la music, ça a toujours était la Fusion. Juste fusionner des éléments qui existent deja, et créer quelque chose de nouveau avec, qui pourrait être apprécié par tout le monde





- Je-ne-sais-plus : Vous jouez souvent dans ce genre de festivals, plutôt électroniques?

M.Sayyid : Ca depend du contexte, de comment notre musique est perçue selon les endroits. C’est vrai que l’on joue généralement dans des festivals électro.


- Tsugi : Parfois dans des Festival plus Hip-hop ?

M.Sayyid : Oui oui, ça varie vraiment. On est en tournée avec Public Enemy aussi. La musique est en forme ces temps ci. Tout le monde a maintenant les moyens de faire sa propre musique, et de pouvoir être écouté plus facilement. C’est vraiment une révolution pour la musique. Je ne suis pas du tout dans le mouvement démoralisé qui dit que la musique est dans la merde, sur la vente de disque and co… C’est un fait avéré, c’est sur, mais la musique vivra toujours, même en marge du marché et des tendances. Et beaucoup de choses cool sortent encore de ça. Madonna vient de balancer des trucs compléments fous, et je suis un grand fan de Lupe Fiasco, de DataRock… (uh ? le groupe Norvegien ?!?)





- Tsugi : Vous avez de nouvelles influences aussi? De nouveaux groupes, qui pourraient vous avoir influencés sur ces dernières années ?

- Dat’ : …et qui aurait peut être changé votre musique d’une façon plus personnelle ?



M.Sayyid : Ouai bien sur, des mecs comme Pharell ou autres sont énormes. Mais, personnellement, j’ai toujours voulu être un musicien. J’ai passé énormément de temps derrière une MPC ou à écrire des textes, maintenant je suis bien, je peux prendre des décisions sans regarder en arrière. Mais le plus important, c’est d’être un membre du Consortium. Parcequ’à chaque fois que je veux partager une idée tous les gars se disent qu’il faut tenter de travailler dessus, de voir comment les choses vont évoluer avec. C’est ça qui est cool dans APC, on a toujours un retour positif sur des idées. Même si elles ne marchent pas, tout le monde a planché dessus.

High Priest : Juste pour compléter : pour tous les membres, ce que l’on a fait en solo n’était pas en réaction à l’explosion de APC. Le Consortium a toujours été construit, élaboré comme si nous étions tous connecté en réseau, tous sous le même parapluie. Un collectif qui débarque avec une vision unique et homogène. Et pour “Fluorescent Black” qui débarque au début de l’année prochaine, on a remis ce système en marche.

M.Sayyid : Hey, je la retiens celle là…





- Dat’ : Vous avez des surprises pour les Lives à venir, concernant le nouveau disque?

M.Sayyid : Beans n’est pas là aujourd’hui, donc on va réadapter les morceaux, et balancer quelques nouvelles pistes ce soir. Beans est absent car malheureusement, il est à des funérailles. Mais on voulait quand même être présent. Rassurez vous, on n’a pas dégagé Beans du groupe (rires)





- Dat’ : Et juste pour finir, est-ce que vous avez un ou deux groupes à conseiller pour les français qui vont tomber sur l’interview ?

M.Sayyid : Il y a trop de noms à balancer. Mais je soutiens totallement ce que fait Sole. Personnellement j’écoute plus des vieux trucs ces temps ci, comme DEVO. Vous connaissez ? J’en dis pas plus, parce que pleins de groupes vont me dire “hey tu nous as pas cité, tu nous as pas cité” (rires). Donc je vais dire Devo. And definitively, Check for Sole







Antipop Consortium Videos



















Et puisque Beans était absent, on va lui laisser la parole le temps d’un morceau en solo :




Beans – Papercut






Dat’










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Kaly Live Dub – Interview 25 Avril 2008

Posted in INTERVIEWS on April 25th, 2008 by Dat'

Une quinzaine de jours après la sortie du nouvel album de Kaly Live Dub, « fragments », et à l’aube d’une tournée de quelques  mois, Stéphane « Uzul », le machiniste du groupe, et Thibault, aux claviers, ont accepté de répondre à quelques questions.  L’occasion de parler Dub, improvisations, Truffaz, films HK et rythmiques vrillées.



Dat’: Alors cette sortie de «Fragments», le 7 avril 08, elle a été ressentie comment?

Thibault : Ben en fait c’était une journée comme les autres (rires).

Stéphane : On n’a pas encore trop réalisé le fait qu’il soit sorti. La tournée n’est pas encore entamée. L’effet ”sortie” du disque n’est donc pas encore amorcé. Mais avec les 3 ou 4 dates que l’on va faire par semaine, ça va parler de l’album. On s’en rendra un peu plus compte.

Thibault : Après quand tu parlais de ressenti par rapport à l’album, on a pas mal mâté les commentaires sur Deezer.com, Myspace, et généralement c’est assez positif. On nous dit que c’est plus sombre, mais les gens sont assez enthousiastes, il y a un ressenti sur une certaine fracture avec ce que l’on faisait avant.

Stéphane : Bon en plus, Thibault, au clavier, est arrivé sur le dernier disque, Répercussions. Même s’il s’est rapidement intégré humainement parlant, pour le coup il est clairement rentré dans le groupe, il y a quelque chose de plus que sur Repercussions, d’un point de vu “osmose musicale”. Plus de maturité, la digestion d’une nouvelle formation de groupe. Surtout qu’il gère le tout d’un point de vu mélodique, et que cela influe beaucoup dans une “petite” formation comme la nôtre. On a aussi digéré pleins de nouveaux styles de musique.

Thibault  : En gros, on pourra plus facilement répondre à cette question dans six mois…


Quelle est l’idée principale à imprimer sur le disque? vous aviez une cible précise quand vous avez commencé à aborder sa création?

Thibault  : La façon de travailler a influencé l’album. On a pas mal travaillé en ateliers, avec des morceaux qui ont été créé en groupe, mais aussi juste à deux ou trois. Des idées principales naissent, mais elles n’étaient pas réellement dirigées, c’était plus à l’envie, au ressenti.

Stéphane : Par contre il y avait des choses que l’on ne voulait PAS faire. On ne voulait pas retomber dans les stéréotypes de Kaly. C’est assez facile de partir dans un dub, et de rentrer dans un cercle où tu reproduis certains détails d’une façon inconsciente. On a essayé de coupler les éléments autrement, de les allier, les construire d’une façon différente. Changer un peu sans tout bousculer. Je me suis carrément calmé sur les samples Ethniques aussi. Il y en a beaucoup moins. Ca teinte excellemment bien la musique, mais il faut parfois changer un peu.


Petit retour sur le début de la formation avec votre premier album, Electric Kool Aid alien étonnant dans la masse de disques dub qui commençaient à pulluler. Pas mal de monde avaient été étonné par la structure du premier disque, avec un gros quart d’heure de musique en ouverture, un changement de style parfois prononcé entre les morceaux…

Kaly Live DubStéphane : Le coup des 12 minutes de musique pour ouvrir l’album, c’était volontaire. Le producteur qui a sorti notre album, nous a même dit « écoutez les gars, le coup des 12 minutes, c’est chaud à sortir là » (rires). On partage une idée de la musique que pouvaient avoir des groupes comme Pink Floyd : des morceaux méritent de durer 10 ou 15 minutes, car il y a des éléments super bien, qui doivent prendre leur temps. Pour ce morceau là, j’avais créé une intro au sample, et au final je me retrouvais avec les guidons enfoncés sur le clavier, à balancer tous les sons ensemble… Tu n’as pas envie de stopper le déroulement. Après, un premier disque, c’est une vraie digestion de choses qui s’étalent sur cinq ans, depuis la création d’un groupe. Les autres albums, c’est plus sur une période resserrée de deux ans, donc forcément plus efficace. Mais on avait déjà développé ce que Kaly appelle des morceaux  ”à tiroirs”, structure que l’on a toujours voulu garder. Plaquer 4 lignes de basses différentes, pour que le mec qui écoute le morceau se prenne le tout dans la gueule, soit toujours surpris.


Même chose pour le deuxième album, là ou le dub commençait à tourner électro, ou commençait à flirter avec le Rock, Hydrophonic était étonnamment « Dub », presque simple, loin des grand huit de High Tone and co. C’est important cette base Dub toujours bien présent ?

Stéphane : C’est vraiment notre guitariste qui est à fond dans le Dub roots, à la Jamaïcaine, notamment avec son Soundsystem Dub Addict. Résultat : il y a quand même des attachements forts avec cette musique. Notre bassiste aussi aime beaucoup les musiques affiliées au dub, même rythmiquement. Quand tu écoutes du Trip hop au final, c’est assez proche du dub, dans les basses, dans le tempo.

Thibault : C’est vraiment ancré dans chacun de nous, ce Dub Roots, c’est la base au final, tout cela part du reggae.  Même si il y a eu pas mal de changement en évoluant dans notre musique.


Stéphane, Le projet Uzul Prod, avec un des membres de Picore, c’était un besoin de s’affranchir un peu du groupe de faire autre chose ? De pousser le coup du sample ethnique à fond ?

Stéphane : A la base, le projet Uzul prod, c’était vraiment quand j’étais chez moi, la journée finie, à prendre du plaisir devant mes machines. Apres les teintes, j’adore vraiment les samples ethnique, et Uzul prod, c’était le moyen pour moi d’en mettre beaucoup, et d’arriver à des mélanges hyper précis, hyper mélodiques.


C’est vrai que Uzul prod au final, c’est presque du “fan service” pour ceux qui aiment le dub électro pour ses teintes ethniques, cette musique World écrasée par l’électronique !

Stéphane : La suite d’Uzul, c’est un nouveau cd en préparation, toujours ethnique, mais avec une musique plus rampante et lourde que dans Kaly. Je le vois dans ma tête avec des énormes distorsions. Des choses super fortes, je joue sur le granulaire plus que l’organique, je veux que cela fasse vibrer le corps. Avec Kaly, on est quand même plus doux, plus calme.


Et la rencontre avec Erik Truffaz ? Elle a influencé un peu ce nouveau disque ?

Thibault : On avait préparé des compos, dans l’idée de travailler avec Truffaz. Et lui il est venu à la fin, il s’est posé dessus. A l’ancienne, presque comme un Jam. En Live, c’est principalement de l’improvisation, avec un thème précis pour encadrer le tout. Pour la progression harmonique en live, personnellement, j’étais en freestyle total, l’aventure quoi (rires) ! Il fallait suivre Truffaz, se rattraper alors qu’il te sort des accords sortis de nulle part. On n’avait pas l’habitude de faire ça. Indirectement, cela nous a ouvert un peu. Cela se ressent sur Sample’s Squall, un peu plus jazzy, presque Amon tobin. A la base, il y avait une rythmique assez basique, qui s’est transformée en jouant, en testant. Truffaz nous a un peu décoincé de ce coté là.

Stéphane : Il y a aussi l’idée de faire la place, de l’espace dans la musique. Quand on se
produisait avec lui, on lançait une partie et lui son solo, et tant qu’il ne reculait pas dans le noir, qu’il ne baissait pas sa trompette, on continuait à jouer. Perso j’envoyais des effets pendant deux heures, des petits samples, la totale. Et quand tu penses que cela se termine, tu le regardes, et hop, il repart pour un tour. Dans Kaly, à la base, on est plus précis, on partait moins en vrille comme ça, il n’y avait pas beaucoup d’impro.

Thibault : On a quelques morceaux sur le disque qui permettent justement ça en live.


Histoire de repartir sur le nouveau disque, quelque chose est réellement marquant, c’est cette notion d’espace, d’immensité sur les morceaux. On a l’impression d’être dans un Hall avec 300 enceintes autour de nous.

Stéphane : ça c’est Fred ! On a fait appelle à Fred Norguet, le producteur deFragments. Il a mixé pour Ez3kielLofofora… Il a de la bouteille, et une grosse maîtrise là-dessus.


Il y a deux morceaux étonnants sur ce disques, qui détonnent avec ce que l’on avait pu entendre de vous jusqu’à lors : Le superbe morceau façon pop-postrock Magnetic Dust et le Breakcore ahurissant de Ravmone.exe

Sebastien : on l’a fait tous les deux Magnetic Dust ! En fait, comme dit précédemment, on a fait des ateliers, et pour le coup, là on était tous les deux.

Thibault : Pour Ravmone.exe, on aime bien ces trucs là. Je suis un grand fan de Venetian Snares ou Squarepusher.

Stéphane : Matthieu, notre batteur, il aime beaucoup aussi, il en fait depuis dix ans sur son ordinateur, à découper des bouts de batteries. Son père lui a appris avec un Atari à faire de la programmation de son. Il adore faire des “frisées de batterie”. Parfois Paul qui fait du reggae aime ça aussi, avec des samples, des saturations. Ils aiment bien les structures et les sons tout décalés.

Paul (en passant): C’est du Breakbeat !

Thibault : C’est vrai qu’on est plus Breakbeat que Drum’n Bass. On a toujours aimé ça, donc ça transparaît un peu dans notre musique.


Et comment procédez-vous sur la recherche de sample, élément à part entière de votre musique ?

Stéphane : Pour moi dans la recherche, il y a un peu plus de restrictions avec le temps qui passe, vu que l’on a voulu freiner le coté ethnique. Moi j’adore ça, j’achète pleins de vinyles aux puces, j’en récupère à droite à gauche. J’aime bien les retourner, foutre des distos dessus, les transformer. Apres, les samples c’est souvent un coup de bol, on tombe sur le bon un peu par hasard. Sinon j’ai pris pas mal de films étrangers, des bouts de dialogues. Je travaille beaucoup avec les vidéos, les samples de films. C’est un peu plus crade, un peu plus brut avec la vidéo, je traite le son après. C’est moins facile et plus drôle qu’avec un cd où tu as deux heures de flûte chinoise, et où tu n’as plus qu’à te servir.


Je me suis peut être trompé, c’est un sample de Naruto, le dialogue en jap sur la 6eme piste? On trouve pas mal de samples asiatiques dans le dub…

Stéphane : Je ne suis pas sûr pour Naruto, il faudrait que je vérifie. Je ne suis pas super fan des mangas. Je suis par contre gros amateur de films japonais, ou HK, avec leurs sons super amplifiés, leurs musiques. Si tu regardes des films HK, tu vas en reconnaître des samples de Kaly. Les dialogues avec des mecs qui sont jetés par la fenêtre avec des samouraïs, des ninjas, genre YAAAAYYAAAH ! (rires). J’aime les films asiat’, ils ont des effets spéciaux sur les sons, se tapent des bons délires en passant de grosses reverbs sur les voix. Les français ne font pas ça, les américains un peu. Mais les films HK, des qu’il y a une scène de combat, il y a des reverbs de partout, des sons de phaser… J’aime vraiment utiliser ça.


Pour les futurs lives  c’est assez proche du disque ? On a vu que Brain Damage allait réadapter totalement son dernier album pour la scène…

Stéphane : Non, on a  des morceaux que nous avons réadaptés pour la scène. Quand tu digères un disque que tu viens de boucler, il y a toujours des moments où tu te dis que telle ou telle partie pourrait être plus longue, plus profonde. Donc en live, on tente de le faire.

Thibault : Genre Ravmone.exe, on est en plein dessus là. Il est complexe, on ne l’a pas joué pour le moment, mais il va être bon.

Kaly Live…en Live.Stéphane : Ce coté Venetian Snares, c’est pas très dansant. Le problème, c’est qu’en concert, les gens ont envie de danser, surtout à la fin d’un set, et là c’est trop rapide. Donc on essaie d’adapter pour que les morceaux soient dansants, qu’ils groovent, mais qu’il y ait quand même du Break. On a aussi See No Sense, qui part en Techno à la fin, on l’a bien réadapté. On essaie de réarranger certains morceaux, on rallonge les parties quand c’est bon, pour garder les poils levés plus longtemps ! (rires)


Vous allez tourner un peu à l’étranger ?

Stéphane : Là on va en Suède, à Montréal, et en Bosnie en Juillet. On a peut être aussi des échanges qui vont se faire avec des anglais. Et on a déjà surtout fait les coins Ouest de l’Europe, Belgique, Hollande, Allemagne, Suisse…


Le dub d’aujourd’hui, vous le voyez comment ?

Thibault : Niveau dub français ? Il a toujours eu la possibilité de s’ouvrir vers d’autre horizon. Mélanger les styles. C’est intéressant, mais il faut faire attention de ne pas trop se disperser et tomber dans une musique Patchwork, pour garder un peu l’identité du dub français. On ne pourra pas faire mieux que le mec qui fait du Rock depuis 15 ans. Il faut faire la musique que l’on sait faire et tâtonner vers d’autres gens dans le même temps.

Stéphane : Mais après, sur Kaly on n’a pas trop de barrières, juste que notre spécialité est d’avoir ce coté Dub. C’est ce qui fait l’identité Kaly. Mais on se mélange avec tout, on est hyper ouvert, on veut vraiment tester de nouvelles choses. La MAO par exemple. On a tous des Side-project très différents, et cela nourrit clairement la musique de Kaly, et sa diversité. On n’a donc jamais fait de disque trop uniforme, sauf sur Hydrophonic, mais c’était volontaire. On voulait faire un pavé un peu Dub-dark sur celui là.


La Question qui fâche : Quand on parle de “Dub”, on est maintenant obligé de mettre “Step” après ? Que pensez-vous de la place prépondérante du Dubstep depuis deux ans ?

Thibault : Le Dubstep est assez régénérateur. Je trouve ça cool. Il y a une syncope nouvelle, une conception qui n’est pas propre au dub. Le problème, c’est justement que l’on commence à nous en servir à toutes les sauces. C’est la nouvelle Drum’n Bass en fait. Il y a 10 ans, il y avait des soirées Drum’n Bass de partout, et au bout d’un moment, cela devenait super rébarbatif, toujours pareil, toujours les mêmes lignes rytmiques. Il ne faudrait pas que le Dubstep tombe là dedans. C’est un système musical qui fonctionne super bien, mais la recette commence à être un peu trop déclinée. Enfin, c’est comme dans toutes les musiques, à partir du moment ou le mec se prend la tête pour sortir un univers personnel, ce sera toujours quelque chose d’intéressant.


Pour finir, un disque de Dub à conseiller, pour ceux qui ne connaissent pas forcément le genre ?

Stéphane : Pour ne pas avoir de racine Reggae, pour moi c’est vraiment Barbary de Ez3kiel. Il y a aussi un disque que j’aime beaucoup, c’est le disque Megaton Dub de Lee Perry, qui a une profondeur énorme.

Thibault : Moi je pense qu’il y a un album Dub qui a marqué beaucoup de groupe sur Lyon, c’est le Massive Attack remixé par Mad Professor, No Protection. Celui là, tu l’écoutes, tu prends pas mal de disques Dub, et tu te rends contre qu’il y a une vraie filiation. La scène Dub de Lyon s’est prise ce disque en pleine gueule. Tu le replaces avant notre premier disque, ou lOpus Incertum de High Tone ; tu comprends pas mal de choses… Mad Professor a fait pas mal de trucs aux kilomètres, mais celui là, il est vraiment énorme…

Stéphane : Sinon pour parler dans un domaine plus large, il y a le Dummy de Portishead. Les rythmes lents lourds ne sont pas si éloignés du Dub. Le nouveau sort enfin d’ailleurs, j’ai écouté Machine gun, ce morceau est monumental.


Merci à Kaly Live Dub et Clair de 4Promo. “Fragments” sorti le 07 avril 2008.

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