Hamlet – Thème & Variations




Vous qui pâlissez et tremblez devant ce miracle, muets auditeurs de ce drame






Programme de la représentation : 2?


Rare sont les troupes ayant pu moderniser un grand classique sans tomber dans le maniérisme stérile et au final bien vain. Celle de L’unijambiste a fait le pari de dépoussiérer, voir littéralement ravaler la façade d’une des plus grande tragédie, Hamlet de sieur shakespeare. Quand on dit rénover, ce n’est pas rajouter trois spots et deux couleurs flashys pour se la jouer contemporain. Derrière cette relecture d’Hamlet se cache un travail hallucinant, musical comme visuel, pour plonger Hamlet dans une bouillonnante ambiance musicale. Un premier disque, en 2004, était sorti. La pièce représentait le fruit d’une collaboration entre le metteur en scène David Gauchard, les musiciens Robert Le Magnifique, et Abstrakt Keal Agram (Tepr / My Dog is Gay). Arm, Mc du groupe Psykick Lyrikah se chargeant de déclamer certains textes, en plus des acteurs.

Apres quelques années de représentation, la pièce évolue. On tranche dans les acteurs, pour limiter le nombre de personnes sur scènes. Le guitariste Olivier Mellano, le Beatbox d’Ezra ou les cordes du Quatuor Debussy se greffent au tout. Les morceaux évoluent, différent, se réinventent. Les personnes qui, (j’en fais parti) ont pu assister aux représentations l’année dernière désespéraient que les nouveaux titres, parfois superbes, ne trouvent pas refuge dans un disque. C’est chose faite avec ce Thème & Variations, nous offrant 13 titres inédits, oscillants entre Hiphop, électro, Rock et ambiances à couper au couteau. Les textes de Shakespeare sont ici scandés par le flow acéré d’Arm, ou mis en musique grâce aux platines en or de Robert le Magnifique.



Que se soit dit en passant, si la troupe passe dans votre ville avec leur spectacle Hamlet, foncez, ce genre de prise de risque est trop rare pour ne pas être soutenue. Surtout quand le tout est d’une telle qualité, de bout en bout.














BOUM



BOUM



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Acte 1





Hamlet : J’ai ouie dire qu’une troupe adaptait ma triste histoire en musique mon cher Horatio ? Cette troupe a-t-elle sombrée dans la même folie que celle qui me tenaille durant ma longue descente ?


Horatio : Certes Hamlet, la tentative est risquée, la résultante d’une telle initiative pouvant autant déboucher sur un vrai miracle que sur un vieux disque au poison frelaté. Mais d’un esprit plutôt cartésien, laissons les fantômes du doute se débattre, et tentons d’y plonger corps et âme pour se faire notre propre mandement…


Hamlet : Je te suis, cher partenaire, les fantômes ne me réussissant effectivement pas.


Horatio : Le disque commence avec la fameuse Lettre aux acteurs que vous avez déclamé il y a si longtemps, et qui sonne pourtant si actuel. On se plait à entendre une tirade au combien clairvoyante sur les acteurs et leurs actions, le tout surplombé par une rythmique lourde et industrielle, donnant encore plus de poids à la diction superbement hachée de Arm. L’ambiance est pesante, funèbre, pour coller au mieux à votre intrigue qui, vous le conviendrez grâce à votre inénarrable acuité, n’est pas vraiment une tranche de rigolade.


Hamlet : Gardez vos railleries mon persifleur ami, ou je vais être obligé de vous balanstiquer mon fameux bout de squelette à la gueule.


Horatio : Vous faites bien d’en parler de votre crâne, car votre fameuse question, Etre sûrement l’interrogation la plus fameuse dans notre triste monde, est ici aussi superbement mise en musique par nos saltimbanques Unijambistes. Etre ou ne pas être, tel est la question se barde de nappes de claviers à vous glacer le sang, martelé par un rythme froid comme la mort. Une manière en diamant pour rendre votre prise de tête sensiblement moins pompeuse. La prochaine fois que vous voulez jouer le grand esprit, discourez sur l’entrejambe de votre aimée Ophelie, les futurs bacheliers se masturberont enfin autre chose que leur cerveau à l’approche du grand examen.


Hamlet : Je ne vous entends plus Horatio. Mes oreilles saignent d’entendre vos remontrances vainement cachées par l’ironie, je les soigne avec le superbe Theme & Variations. Moi qui aie toujours été sensible aux violons graves et pleurant toutes les larmes de leur corps, je suis servi. Un vrai bijou d’orchestration, les cordes sublimes donnant le las à un rythme électronique discret. Je vous remercie humblement: bien, bien, bien, pour cette petite incartade mélancolique, aussi doucereuse que mystérieuse. Sans compter cette guitare électrique qui se déchaîne sur la fin pour enfoncer le morceau dans une soudaine violence.


Horatio : « guitare electrique » ??? Qu’est-ce donc que cette chose au nom bizarre, Hamlet ?


Hamlet : Vous savez bien Horatio, c’est la fameuse « Harpe pour métalleux » que Polonius aime titiller derrière sa tapisserie.


Horatio : mmm oui je vois tout à fait, merci pour la précision.










Acte II :





Hamlet : Ophelie ? Que faite vous ?


Ophelie : Je chavire, je me sens mal. Malheur à moi, j’ai oublié de sauvegarder ma partie avant d’éteindre ma déesse. Ces sonorités 8 bits ne me réconforteront pas, je lâche une tirade d’une voix morne et désemparée, frappée par des percussions trop sèches pour me ragaillardir.


Hamlet : Oh ma mie, venez que je vous pétrisse de mes bras rassurants, dansons avec Claudius & Gertrude, Robert le Magnifique nous a concocté une recette bien à lui, sorte de jazz à l’humeur rayonnante, contrebasse claquante mâtinée de Scratchs discrets.


Horatio : Hamlet ! Hamlet ! Lâchez les bras de votre adoré et courez vous cacher. Une rumeur court, Claudius aurait accédé au trône d’une façon pas très catholique. Laissez exprimer votre dissentiment avec la Souricière, flambant acte de Hiphop, oû Arm impose sa suprématie sur une instrue saccadée en or massif, avant de se faire déchirer par des scratchs de tueurs. Mais ne nous laissons pas distraire par la musicalité, l’heure est grave, et les textes le soulignent. Il faut se trouver des épaules pour vous soutenir, et vite, car tout le monde se meurt.


Rosencrantz : salut les gars ! j’étais en train de chémar, un ceaumor de Luth experimental sur mon hye-paud, je me disais que ça manquait un peu de biftons et de champagne votre quetru là, c’est quand même assez noir votre histoire là non ? Il faut prévenir là quand même…


Ophelie : Certes, j’ai beau être L’infortunée, il ne faut pas désespérer. Je ne vais toujours pas respirer la joie de vivre, mais l’écrin façonné autour de mon linceul est encore d’une beauté ineffable : choeurs sublimes, à vous arracher le coeur, se mêlent aux cordes de violons tout aussi éclatantes de beauté céleste. Mais cette chose ne pouvait pas durer. L’eau alourdissant mes esgourdes, le courant m’emporte, et je me noie, m’abandonnant à une mort abjecte… Tout bascule, mes chants mélodieux se font littéralement submerger, défoncer, détruire par un rythme industriel Techno Hardcore, avant de me laisser tutoyer les anges en paix.










Acte III





Scene 1


Deux paysans :

-Doit on enterrer la fille dans la fange ou la gadoue ?
-aucune idée, mais les enterrements ont toujours été un vrai plaisir pour moi. Nous sommes les heureux Fossoyeurs. Autant chanter en menant à bien notre terne gagne-pain, le mort ne fera pas la gueule. Faisons claquer la contrebasse, donnons des allures de Bars enfumés joyeux, rigolons, chantons en faisant claquer les pintes de vin. Dès l’audition de notre farandole, vous ne pourriez pas rechigner l’envie de secouer votre tête sur cette bonne humeur communicative.





Scene 2

Hamlet : Je perds la raison, ma bien aimée est morte, mon père fut tué par son propre fils, donc mon frère. Que faire Horatio ? Doit on en terminer au plus vite ?


Horatio : L’erreur sera bien trop préjudiciable oh Hamlet, tenez bon, le disque regorgeant encore de quelques pépites qui ne pourront qu’appesantir la haine qui vous tenaille.


Hamlet : Tout ce tragique destin résultant de ce diable de Polonius, me mettant des cannes dans le carrosse, anathématisant ma relation avec sa défunte fille, celle qui était tout pour moi, qui suis toujours enclin à partager mes bourses, contrairement à ce satané d’Avare chapeauté par Molière.


Horatio : Ne vous souciez pas de Polonius, votre courroux va s’abattre sur sa carafe le moment venu. En attendant, il convient de… euuuh… comment… euuuh… il… euuuh… hum


Souffleur : En attendant, il convient de s’esquiver promptement, sans s’appesantir sur les funestes nouvelles de ces dernières heures


Horatio : Ah hum oui euuh donc… euuh… hum… En attendant, il convient de s’esquiver promptement, sans s’appesantir sur les funestes nouvelles de ces… hum… dernières heures.


Hamlet : C’est en effet bien plus sage, mais je ne peux m’empêcher de serrer la paume de ma dague de toute mon impétuosité, car…


Dat’ : Ne pensez vous pas que la chronique se décanille littéralement ? Un peu de prestance messieurs, préservons la ligne directrice en s’investissant de toute nos forces. Il en va de votre crédibilité chers confrères.


Horatio : Il est vrai. Pour cela quoi de mieux que de parler de la pièce maîtresse de cette galette, avec Le Poison : 1000 Bruits, titre absolument hallucinant, d’une noirceur à faire fuir les corbeaux. Encore une fois, Arm se retrouve être le meilleur orateur de nos contrées, tant il est lumineux sur cette prestation. Et que dire des arrangements, tout en retenue, avant de monter pour exploser en son final. A dresser tous les poils courant sur votre carcasse.


Dat’ : Si je peux me permettre une nouvelle intervention, pour que les choses soient bien dites. Ce titre est pour moi l’un des plus beau morceaux à « consonance Hiphop » qui m’ai été donné d’entendre ces derniers temps, surtout en live. Même si je préfère la première version, (la différence est certes minime) affilié directement au Psyckick Lyrikah, groupe de Arm, ce titre en impose par son incroyable force, puissance et beauté. Tout en progression, les synthés se mêlent avec une grâce divine sur les paroles sombres et appuyées. La coupure instrumentale, lunaire, planante, sublime, avant qu’Arm lâche son dernier couplet et l’explosion finale, m’arrache littéralement la moelle épinière. Quand au final, où une éruption de guitares brûle la fragile harmonie dans un océan bruitiste, il est simplement renversant.


Horatio : Hamlet ne pourra pas appuyer tes dires, le morceau vient de le rendre fou, il s’en est allé tuer Claudius. Fortinbras ne pourra pas mieux représenter la mort, l’abandon de soi, la solitude d’un homme désemparé devant son destin si tragique. Un chant presque religieux se déroule sur de simples craquements et sombres nappes de claviers. Les cadavres gisent à même le sol.




Car au final, l’histoire d’Hamlet, c’est l’incarnation de la mort.









Titres en écoute sur le Myspace de la troupe











13 Titres – Idwet
Dat’







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  1. Jaylinx Says:

    Espèce de fou 😆

  2. Skorn Says:

    Très très bon :afro:

  3. vlad1595 Says:

    PUTAIN JE VEUX !!!

    Complètement dingue du premier disque (Etre ou ne pas être :mégaoverlove:, Soupir Réarticulé :téragigalove:, et je m’arrête là car il y en a d’autres)…

    Et autant dire que lorsque 1000 Bruits était en écoute sur le Myspace de Psykick Lyrikah, elle a tourné en boucle…

    Rahh je vais me débrouiller pour chopper ce disque tout en fantasmant sur une éventuelle représentation en Belgique… !

  4. LordMarth Says:

    la jaquette claque déjà !!!
    Merci pour cette info encore un artiste méconnu pour mes oreilles mais je note tout ça ^^

  5. wony, visiteur Says:

    toujours aussi original pour les chro’

    Je commande demain

  6. Ktin, visiteur Says:

    L’album est terrible, et la pièce… magnifique!! Il y avait plein de personnes agées dans le public, qui se bouchaient les oreilles au début. A mon avis, des abonnés à ce théâtre qui s’attendaient à un Hamlet un peu plus mainstream… j’en ai entendu dire “c’est intéressant…”

  7. Dat' Says:

    Oh quelqu’un qui a vu une representation d’Hamlet par la troupe de l’unijambiste, c’est rare. Ouai perso, je crois que je m’en souviendrai pendant longtemps, absolument genial en live !

  8. tony, visiteur Says:

    qui est l’auteur de la sublime litho d’Ophélie. Merci

    marcel.tony@orange.fr

  9. Dat' Says:

    Si j’en crois la pochette de l’album, l’artwork est crédité au nom de “Mgraphic” !

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