B.Fleischmann – Melancholia / Sendestrabe



Sometimes




J’emmerde l’introduction habituelle.

















Le vent. On entend distinctement le vent, envelopper nos oreilles. Petit à petit, il mue. On perçoit une faible mélodie. Grésillante. Fébrile. Quoi dire, à part qu’elle transpire la tristesse. Puis elle se fait un peu plus appuyée, mue, se transforme, déchire sa chrysalide pour devenir violon. Un violon beau comme la mort, grave, qui vous pétrifie. Bordel, quelle mélodie. Elle vous hérisse les poils, tant elle semble belle dans sa tour d’ivoire. Coup de grâce, à la 4eme minute. Un accordéon, bandonéon pour être précis, se fraie un chemin, s’invite, prend le violon par la main pour continuer à arpenter le chemin. Une plénitude absolue. 5éme minute, un beat lent surplombe le tout.
5eme minute ? Cela ne devrait il pas être la fin d’une chanson normale ? Pas ici.

Non, dans Melancholia, on part pour un long voyage. De 49 minutes exactement. Et vu comment le décollage s’effectue, on se laisse aller, obligatoirement. On ferme les yeux, et le tout vous emplie d’un desespoir et d’une beauté absolue. Les deux instruments crachent l’une des mélopées les plus belles qui m’a été donné d’entendre. C’est fascinant, touchant, brillant. On est littéralement saisi par le tout. Le rythme se stoppe, des vagues de sonorités se déroulent, effaçant, pour un temps, les deux âmes bienveillantes qui nous accompagnent depuis le début. Tout se ferme, sauf une contrebasse, moribonde, lente, qui se met à claquer, rapidement rejointe par des bleeps électros. Le violon, qui se re-greffe au tout en est encore plus rayonnant. L’accordéon prend enfin la tête, pleurant comme un accordéon peut pleurer toutes les larmes de son corps. Le tout peuplé d’échos et autres effets discrets mais plus qu’important pour l’immersion.
Puis le morceau va prendre un tournant en faisant intervenir un orgue électronique qui va monter, monter, avant de basculer dans une noirceur que l’on avait pas effleuré jusqu’à lors. Enchevêtrement de claviers distordus s’étendant sur trois – quatre minutes, donnant une allure presque cauchemardesque au morceau. Puis tout se calme, s’efface lentement. Et l’on repart dans un long ballet entre le Violon et le Bandonéon, dans un habillage électronique conséquent mais jamais étouffant. Tout se mélange, s’emmêle, parfois appuyé, parfois diffus. L’un des protagoniste s’échappe, s’impose, puis repart dans le rang. On a juste l’impression d’entendre, de vivre un instant trop rare. Alors on profite de la moindre parcelle de cette grande fresque, on décortique le tout sans, un vrai miracle, jamais s’ennuyer. Pas une seule seconde. A cause de cette sublime mélodie, tout d’abord, dont sa beauté est un vrai tour de force à elle toute seule. Puis ces multiples petites turbulences et digressions sonores qui peuplent ce paysage. Ce bruit blanc qui parfois emplie vos oreilles, larguant le tout à une vague sonorité lointaine, le temps d’une minute, comme si vous passiez sous un tunnel à vitesse grand V. Le « bruit blanc » ? Difficile à expliquer. Simplement l’un des sons qui me fascine le plus dans la musique. Cette espèce de nappe froide, froissée, accueillante et effrayante à la fois, qui, si l’on prend le risque de l’écouter les yeux fermés, vous semble retranscrire une longue chute dans le ciel, le vent frappant vos oreilles.
La fin approche. Alors, comme pour le commencement de Melancholia les deux instruments maîtres reviennent, plus poignants que jamais, pour essorer leurs dernières larmes, s’éteindre sur leur plus beau discours. Un beat presque Hip-hop se permettra même d’amplifier la mélancolie du final. Car c’est bien de la mélancolie, des regrets, de la tristesse que l’on entend ici. C’est inexplicable. Cette lente fin vous écrase votre putain de coeur. Vous fait froid dans le dos. Votre corps s’emplit d’une sensation inexplicable, d’un courant qui résonne dans vos membres telle l’onde provoquée par une pierre lâchée dans un cour d’eau.








50 minutes qui vous prennent bien haut, pour vous retourner comme une merde. Ou vous foutre une claque magistrale, au choix. Première écoute en pleine nuit, lors d’un long retour à pied en pleine ville, dans des rues vides et crades, puis à marcher longuement sur des berges. Je pense ne jamais l’oublier. La piste a complètement habitée, sublimée ce moment. Tout semble différent, comme si notre corps se baladait dans un monde, et notre tête dans un autre, parallèle.

50 minutes, 1 morceau. Cela peut effectivement faire peur. C’est si loin de nos formats habituels, de notre envie d’écouter un morceau sympa avant d’aller au boulot, de sauter de pistes en pistes sur notre artiste du moment.
Là, on doit s’investir. Trouver et saisir le bon moment : Une ballade dans la nuit. Lors d’un voyage en train, à regarder défiler sous vos yeux les images floutées par la vitesse. En caressant tendrement la peau de la personne que l’on aime. En fumant sa clope sur son balcon, en regardant les passants vivre leur vie. Ou tout simplement perdu dans ses pensés, avachi sur son lit, le casque vissé sur les oreilles. Chacun trouvera son moment, il n’y a pas de règle absolue. Si ce choix est fait avec pertinence, ce qui se créé dans votre tête est alors incroyable.









Beaucoup reculeront devant l’ampleur de la tache, et le caractère presque « contraignant » du morceau. D’autres ne s’intéresseront même pas une seconde à ce disque par peur de l’ennui peuplant bien souvent les « longs morceaux ». On peut les comprendre. On n’a pas toujours le temps de s’investir dans ce genre de musique.
C’est franchement pas accessible au final, plus dans la forme que dans le fond d’ailleurs, pour une fois : le morceau en lui-même est limpide. Car, je le répète, ce morceau est SUBLIME. Tout est parfaitement dosé. Ce violon et ce Bandonéon, magistraux. Ces textures électroniques taillées à l’or fin. Et surtout cette mélodie, à vous arracher le coeur, à le piétiner le sourire au lèvre.
Certes, on ne l’écoutera clairement pas tous les jours. Même rarement. Les vraies occasions dans le genre ne sont pas si fréquentes. Mais cela en est de même pour tout les CD exceptionnels. Melancholia m’a foutu la claque de ce début d’année, il n’y a pas plus simple. Le reste ne rentre au final même pas en compte.



Pourtant cet achat est le fruit du hasard. B.Fleischmann, je ne le connais ni d’Eve ni d’Adam. Le disque, bien solitaire, en fin de gondole, et son packaging pas foncièrement attirant ne vous saute pas à la gueule. Seul le label, Morr Music qui a sa place dans l’électronique et la musique Indie, (The Notwist, Mùm, Lali Puna, Mr John soda…) peut donner un indice, rassurer. Pourtant, mon achat, presque compulsif, a été dicté par une phrase, derrière le boîtier :

Melancholia 49 min 15. Cello and Bandoneon By Tristan Schulze.


C’est tout con, mais cela avait été comme une proposition de sombrer dans l’inconnu, dans la découverte, dans une petite aventure de moins d’une heure. De tomber, enfin, sur un disque singulier dans le fond comme dans la forme. Avec deux instruments que j’affectionne plus que tout, notamment quand ils sont plongés dans l’électronique. La surprise de tomber sur une galette touchée par la grâce en est que plus belle.









Et vous savez quoi ? B.fleischmann ne se limite pas à un titre. Car deux CDs peuplent, comme le titre l’indique, ce Melancholia / Sendestrabe. Et comble de bonheur, Sendestrabe pointe aussi à 50 minutes.
Le résultat en sera quelque peu différent. Démarrant sur des parasites plus ou moins maîtrisés, le morceau va longuement se reposer sur une boucle de piano répétée à l’infinie. Presque joyeuse, guillerette, sautillante. Puis le jeu de Piano s’étoffe, s’enrichit. Les Beats aussi, plus rond, plus électro que sur le titre décrit plus haut. Dans son premier quart d’heure, le virage va être plus expérimental. Avant que la tournure devienne assez saisissante : Imaginez un concert classique ou le piano serait maître de cérémonie, coulant ses notes comme lors d’un récital. Mais la clarté du son est comme brouillée. Le piano a un aspect robotique, le tout défoncé, tordu par de multiples effets. Comme un conflit entre la clarté et la pureté d’un piano avec la rudesse et la saleté des machines. Ces dernières, qui vont littéralement avaler le tout, effaçant l’instrument avec ce fameux « bruits blanc », encore plus profond, semblable à une pluie diluvienne étouffé par un filtre électrique.
On parlait d’électronique expérimentale, le tout va littéralement s’y engouffrer. On quitte les sphères du concret, bienvenue dans les longues plages de nappes sales, rugueuses, d’effets survenants par vagues malsaines, pour vous noyer dans une âpre intensité. Le rythme bien appuyé, presque Techno, et les snares galopantes ne nous contrediront pas. On croit presque être plongé dans les premiers Autechre. Tout craque, se tord, grésille, pour laisser, après une longue lutte, un piano calme faire son trou dans ce marasme abstrait, sans pour autant éclaircir le tout. Quand tout se stoppera, pour ne laisser que le piano mourir sur les 5 dernières minutes, la cassure sera presque aussi violente et inattendue qu’une chute brutale dans le vide, le sol se dérobant sous vos pieds.









Sendestrabe pointant vaillamment 49 minutes 53 seconde est un grand moment noir, sombre, profond et abstrait. Mais il est évident qu’il se fait littéralement balayé par son grand frère Melancholia. Pourquoi ? Car le premier est un grand moment d’émotion, de beauté absolue, quand le second se révèle simplement être un grand morceau de musique électronique. L’émotion du premier sublime évidemment son écrin, place le morceau au dessus de ce que l’on peut entendre habituellement.





On ne va pas s’éterniser plus longtemps. Ce double disque, presque unique dans le fond comme dans sa forme, est un véritable trésor, une claque monumentale. Une claque qui fait frémir, qui fascine, qui hypnotise, par sa lumière, par sa richesse, par sa maîtrise, par sa splendeur.




Rien à ajouter.








2 titres de 50 min chacun – Morr Music
Dat’







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  1. Zeo Says:

    s’est agacant chaque fois que je lis une de tes critiques j’ai envie d’un nouveau cd quoi :nerd:

  2. LordMarth Says:

    c’est un peu mon probleme c’est pour ça que je ne viens que par accoup sur ton blog histoire de ne pas en prendre trop dans la gueule et de limiter au niveau des claques sonores ^^ quoiqu’il en soit encore un excellent écrit sieur datura :jap:

  3. Dat' Says:

    Bah, quand on aime, on ne compte pas ^^

  4. Aeneman Says:

    Héhé c’est que ça a l’air bien bien sympathique tout ça…je vais t’épargner l’habituel ça se trouve où? (pour me démerder par moi-même, tiens vais voir sur Amazon d’ailleurs) pour te demander si en fait c’est un peu comme le principe du Delirium Cordia de Fantomas où on a 1 piste…enfin ici 2, pour un voyage qui semble franchement énorme…

    Bah bravo un cd de plus à acheter 😀 😎

  5. Dat' Says:

    mmm il se trouve bien plus facilement que pas mal de CD presents dans ces pages, tu ne devrais franchement pas avoir de probleme… (Il est trouvable à la fnac et autres magasins avec un peu de chance.)

    Sinon c’est un peu le trip “Delirium Cordia” dans sa construction, mais je vais t’avouer qu’il n’y a pas de passages “inutiles” ou similaire à du remplissage, defaut de D.Cordia…

    Ici, Chaque seconde vaut son pesant d’or, le morceau est en constante evolution, on ne se retrouve pas en face d’un quart d’heures de “bzzz bzzz” steriles…

    Et surtout, tu as deux disques, ce qui n’est pas negligeable.

  6. chuck_dc Says:

    Une bonne introduction à B.Fleischmann, ce serait par exemple d’écouter le très “out of print” Pop Loops For Breakfast.
    Tu y retrouveras un peu de cette ambiance, mais sur des tracks plus courtes!

    Et tant qu’à piocher dans le catalogue Morr Music, tu peux jeter une oreille aux albums d’Isan. Tout aussi trippant.

  7. Dat' Says:

    Pour Isan, je te rejoinds, j’aime beaucoup…

    Quand a B.Fleischmann, je compte bien creuser un peu plus les oeuvres du monsieur, tant celles de ce double sont énormes… Merci pour le conseil…

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