Four Tet – There Is Love In You



I’m at the top of the top but still I climb, Jumping off of a mountain into a sea of codeine






Si Four Tet est considéré par beaucoup comme l’un des bonhommes important de la musique électronique, il toujours été un acteur discret, privilégiant toujours les vignettes electronica naïves aux beats tapageurs. Et malgré son omniprésence dans les magasins de disques grâce à une batterie d’Ep et une position de remixeur acharné, on oublierait presque que le producteur n’avait pas sorti de vrai album depuis 5 ans. On avait laissé Four Tet faire un buzz de folie l’année dernière en sortant son mystérieux Ep fait avec Burial, quasimment impossible à acheter, et générateur de fake en pagaille. Bien que déroutant dans sa commercialisation, et quelque peu avare en informations (sympa les écritures au cutter à même le disque) ce Moth/Wolf Cub était une vraie réussite, poussant Four Tet dans quelque chose de plus urbain, plus techno, tout en gardant ce coté candido-mélancolique indissociable de l’anglais. Et les premiers sons de There Is Love In You semblaient pencher vers cette direction, ce qui ne pouvait qu’être une bonne nouvelle pour nos tympans.













Pour tout avouer, je trouve l’artwork assez moche. Tant qu’a nous cramer la cornée avec un nuage de couleur, autant garder un truc dans le style de l’Ep Love Cry, pas foncièrement esthétique certes, mais plus frappant que ce pot pourri kaléidoscopique. En plus ils sont gentils chez Domino, ils nous donnent un sticker de la pochette wouhou. Nous prefererons nous extasier devant la très belle photo de slips accrochés sur une corde à linge, à l’intérieur de la cover.

J’ai toujours bien aimé Four Tet ses disques pouvant souvent être considérés comme des incontournables, mais le schéma redondant electronica-champêtre m’empêche parfois de réécouter certains de ses essais aujourd’hui. Niveau musique, j’ai su tout de suite que cette fois, ça allait titiller, au moins un minimum, mon coeur mou. Les éléments sont limpides, durant tout le disque : Rythme binaire, mélodies mélancoliques et Vocaux éthérés/pitchés à la mode ces temps ci. Angel Echoes démarre d’ailleurs parfaitement l’album, avec un rythme rapidement accompagné de voix superbement placées, entre dance dépressive et soul cramée. Rien de plus, ça va juste monter, monter, afin de nous foutre la gueule dans les nuages. Four Tet joue sur la progression, enrichissants ses compositions à chaque seconde, rajoutant de petits éléments ici et là.
Cisaillé à la perfection, aérien mais pas apathique, ce premier morceau déboule directement sur Love Cry marathon techno-tribal de 9 minutes. Très rapidement, le rythme fait son office, s’infiltre, nous endolorit la nuque. Des bleeps bizarres jaillissent graduellement, c’est la montée céleste, nightclub crado en fin de nuit, une demoiselle susurre dans nos oreilles au bout de 5 minutes. Et cela continue de cavaler avec retenue, de nous filer des fourmis dans le bassin, une bassline s’installe, les voix s’évaporent, s’entrelacent, copulent, délire quasi-libidinal dans nos tympans. La montée est parfaitement dosée, tout intervient au bon moment, un régal. Il suffisait de voir d’ailleurs le morceau en streaming pour se rendre compte que le tout formait un cônes parfait, augurant d’une progression jamais entravée.
Et comme pour son split avec Burial, les compos de Four Tet sont casse-gueules et risquées, pouvant vite sonner répétitives dans une oreille distraite. Pourtant, et malgré dix minutes de “boum boudouboum love cry love cry love me love cry love me tchak tchak boudoudoudouboum boumbboum love cry love me love cry love me tchak tchak boumboumboum”, impossible de se lasser, de ne pas se laisser prendre au piege à chaque nouvelle écoute.

Et ce constat ne se défile point tout au long du disque, qui semble presque linéaire et écrasé au premier abord, pour révéler à chaque morceau une vraie progression, la base de départ se retrouvant constamment enrichie d’éléments nouveaux, souvent célestes, illuminant une fondation souvent aride et hypnotique. Circling ne me fera pas mentir, simple House mélodique qui va petit à petit s’enorgueillir de synthés cristallins à te casser la colonne vertébrale en mille. On se perd, on s’enivre, et des voix d’anges sorties de nul part finissent de nous écraser étouffer avec les nuages.
Dans le genre tu-ne-sais-pas-si-tu-dois-danser-ou-chialer, on partira bien loin avec She Just Like To Fight plus proche des anciennes compos de Four Tet, avec duel électronique/folk, en juxtaposant une superbe guitare sur un beat métronomique qui tape dur. Le morceau se déploie en une espèce de fresque electro-pop sublime, avec choeurs timides et bric à brac rythmique, à t’écraser le coeur.

Bien heureusement, l’anglais balance quelques morceaux un peu plus Up-tempo, histoire de relever un peu le disque. Sing est parfait, avec son rythme imparable, et ses progression encore une fois bluffante, avec les éléments arrivant les un âpres les autres, en rand d’oignon, pour te violer le cerveau. (Putain quand les voix déboulent la deuxieme fois, raaah ! et ces handclap, bordel… !) Le titre est vraiment magnifique, je tuerai pour entendre ça en fin de soirée dans un nightclub renversé par l’alcool, les gens gisant ivre mort sur les sofas.
La même pour Plastic People, imparable morceau House, bijou hypnotique incroyable, avec un rythme et une boucle à se damner. Pas grand chose encore une fois, mais tout est branlé à la perfection. Le pire, c’est ces espèces de filets de voix, feulements que l’on entend des le tiers du morceaux, mais qui se retrouvent réellement au premier plan que dans la conclusion, après s’être tapé (avec un plaisir non feint) une règlementaire ligne mélodique à base de clochette et de tintements candides. Petite tuerie, à se cramer la cervelle tellement c’est beau.










L’album semble alors frôler l’excellence, alignant un bilan sans faute. Oui, mais non. Je n’arrive pas à être aussi dithyrambique que les autres articles peuplant le web depuis quelques jours :
Car pour moi, un problème est quasi-omnipresent sur There Is Love In You : La gestion du temps… :
Si Four Tet, sur cet album, passe maitre dans l’art de juxtaposer ses sonorités, comme dans l’art de faire monter la sauce et d’installer une vraie progression dans ses fresques techno-émotives, il semble parfois, intentionnellement ou non, jouer sur la frustration. Un problème que l’on retrouvait sur le titre Wolf Cub notamment. Qui semblait presque être une introduction gargantuesque débouchant sur un morceau sublime… pour s’arrêter une minute après.
Sur cette galette, tout est beau, tout est bien foutu, rien n’est foncièrement raté… Mais on ne peut que rager sur la tournure de certains morceaux : On s’emmerde un peu sur la première moitié de This Unfolds, trop longue qui aurait pu servir d’intro pour une deuxieme moitié sympathique. (Le vrai rythme débarque au bout de 5 minutes, et c’est dommage tellement il démonte). Bon encore, ce n’est pas trop grave. Ce qui est plus embêtant, c’est le contraire : Angel Echoes est sublime, mais ne dure que 4 minutes. Le couper au moment où le tout semble s’envoler, c’est criminel. Même chose pour Circling ou She Just Like To Fight qui auraient mériter de se deployer bien plus longuement. C’est frustrant dans le sens ou Four Tet, juste à coté (avec Love Cry ou Sing), nous prouve qu’il sait tailler à la perfection de très longs morceaux.


There Is Love In You devrait d’ailleurs facilement se poser comme un classique dans de nombreux magazines / medias electro. Perso, à cause de cette gestion du temps un peu frustrante et omniprésente au long du disque, et peut être un coté un peu inoffensif (c’est bien joli, mais on aurait presque envie de secouer le disque pour lui faire cracher ses tripes une ou deux fois), je fais un peu la moue, mais c’est vraiment histoire de pinailler. D’autant plus que Four Tet m’offre quelque chose dont je rêvais depuis la dernière : Un disque dans la plus stricte continuité de son Ep Moth / Wolf Cub, dualité incroyablement bien dosée entre morceaux imparables et fresques lumineuses, avec en bonus ces voix dance pitchées qui ne cesseront de m’ensorceler.


Ce There Is Love In You est de toute façon vraiment bien foutu, drôlement beau, la grande classe, et se pose en album nécessaire pour ceux qui auraient besoin d’une électro un peu aérienne, urbaine mais détachée de toute âpreté, de toute morosité. Grace au métronome techno courant sur tout le disque, on danse sur les nuages en regardant la ville grouiller, et l’on divague en se droguant avec les mélodies quasi-parfaites de l’anglais. Ne boudons pas notre plaisir, ça n’arrive pas tous les jours.












Four Tet – Angel Echoes











Four Tet – Love Cry











9 Titres – Domino Records
Dat’










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  1. funky5, visiteur Says:

    très sympa cette album .j’adore ces mélodies.je vais m’intéressé à ces albums précédents.
    hey dat ATTENTION VA VOIR SUR http://www.teasearecords.net/wuvsbeatles
    album gratuit wutang vs beatles
    du miel pour les oreilles….

  2. WeirdLittleMan Says:

    Wouh,quelle critique ! J’avoue,j’ai pas tout lu !^^ Mais ce mystérieux CD avec Burial m’intrigue au plus haut point ! Je serais curieux d’écouter le résultat ! :)

  3. nil, visiteur Says:

    Je crois que j’ai acheté le disque rien que pour Sing et Angel Echoes (il avait joué une version live incroyable de ce morceau sur la BBC, dispo sur son Soundcloud). Et je l’écoute aussi pour d’autres morceaux. Ça manque de hmmm rugosité par rapport à ce que j’aime d’habitude mais c’est souvent très bon.

  4. Dat' Says:

    Funky5 ==> yep j’avais vu ça pour l’album Beatles vs wu, assez marrant, ça passe plutot bien…

    Nil ==> Oh merci, ça m’intéresse drolement le coup d’Angel Echoes sur Soundcloud, je reve d’une version un peu plus longue…! je vais aller ecouter ça… Sinon, de même, haut la main Angel Echoes et surtout Sing, avec Plastic People aussi…
    C’est vrai que l’album est un peu trop “propre”, et que je ne le calle pas tous les jours à cause de cela, mais c’est vraiment un bon disque à écouter quand on veut se caler dans un sofa, ou pour marcher dans la rue la nuit…

  5. janvier18 Says:

    Perso j’ai pas trop accroché à cet album, je sais pas pourquoi. Je le garde en tête et je le réécouterai dans quelques mois, c’est ce que je fais quand j’ai l’impression de passer à côté du truc :)
    sinon, ben… moi j’aime bien le packaging lol (mais j’ai pas eu d’autocollant, pas juste ! ^^)

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