Kid Koala – 12 Bit Blues


My scratches laugh behind the mask



C’est marrant, on parle beaucoup de Turntablism ces temps ci, avec l’avènement de mecs comme Scratch Bandits Crew ou C2C. On ne refuse plus de comparer ces derniers à leurs compatriotes Birdy Nam Nam, ou au collègue nippon Dj Kentaro. Mais on ne parle pas assez de Kid Koala. Ce mec tient d’ailleurs une place importante dans mon parcours musical. Premièrement, c’est rare venant d’un Dj, il a enrichi mon vocabulaire en m’apprenant ce qu’était un Syndrome du Canal Carpien, notion qui m’était totalement étrangère à l’époque. Deuxièmement, il m’avait administré une claque gigantesque avec son premier album en 2000, en me jetant dans la gueule une manière d’aborder le turntablism complètement alien, comme je ne l’avais jamais vraiment imaginé auparavant. Pour moi, jouer avec des platines, c’était faire le chaud sur ses vinyles pour placer le plus de scratchs possibles en tordant ses bras dans tous les sens, j’en étais super friand d’ailleurs.  Mais chez Kid Koala, on découvrait une musique sans esbroufe, sans désir de nous jeter à la gueule sa technicité et ses tours de passe-passe : Kid Koala est l’antithèse du groupe de péquins voulant faire passer un concert de turntablism pour une branlette spectaculaire (et parfois bien vaine) de la platine. Fog avait d’ailleurs enfoncé le clou juste après. Et à l’époque, ça m’avait complètement mindfucké, un peu comme le jour où j’avais découvert que l’accordéon pouvait être beau en chialant sa tristesse, et ne pas seulement être un truc de guignol de salles des fêtes.

Il y avait un amour insolent dans la musique du Kid, complètement millimétrée, dosée au scratch près, ces derniers n’arrivant pas par milliers sur une boucle. C’était d’ailleurs frustrant au départ, désarçonné par l’aridité de certains morceaux, avant de comprendre qu’orgie n’était pas synonyme de coup de foudre.

Pourtant, Kid Koala ne m’a jamais fait chavirer sur la durée un album. Souvent cabochards, bourrés d’humour et de mélancolie, ses LP restaient souvent inégaux, lorgnant parfois vers la blague (Like Irregular Chickens me fera toujours marrer), et brillant surtout par la présence de quelques morceaux incontournables (Drunk Trompet, Fender Bender, Skanky Panky, le récent Moon River, le sublime Basin Street Blues qui est surement son meilleur morceau peut être… et pleins d’autres que j’oublie évidemment). C’était d’ailleurs quand le Kid se rapprochait du Blues qu’il réussissait le plus à voler mon cœur. Alors forcément, quand un Lp intitulé 12 Bit Blues fait surface, je ne pouvais que me rendre chez mon disquaire favori en mode facétieux sauts de cabris.








Bon, l’autre attribut incontournable de Kid Koala, c’est le soin apporté aux artworks et CD qu’il sort. Entre petites Bd déglinguées dessinées par le Kid lui même, qui s’étaleront parfois sur plus de 300 pages ( !!), ou petites surprises cartonnées à découper dans les livrets, la découverte d’un LP du canadien a toujours été un petit plaisir coupable. Le genre d’édition qui te donne envie de continuer à acheter des disques pour la vie. Dans 12 bit blues, outre la superbe pochette cartonnée, on trouve pêle-mêle : un jeu de domino pour les voyages en avion ( ?), une photo du studio hallucinant de Kid Koala, des dessins + textes explicatifs des instruments qu’il adore et qu’il a utilisé, des anecdotes vraiment sympa (il explique pourquoi son premier album était en Mono par exemple), et un manuel d’explication pour construire sa propre Turntable. Comment ça? Oui carrément ! Parce que dans le disque, tu trouves aussi de planches cartonnées et un vinyle en plastique pour construire ta platine “hand powered” ! Alors bon, franchement, moi et le bricolage, ça fait 6, ce qui fait que j’ai VRAIMENT galéré pour construire le truc, et que le résultât ressemblait plus à une mouette morte qu’à la superbe platine vintage dessinée sur la pochette. Mais ça marche quand même ! Enfin, quand tu fais tourner le vinyle, ça fait “iiiiiiouuuuuiiiiicrrrrrrrrffffiiiii” je n’ai pas réussi à entendre le message malheureusement. A charge de revanche. Sinon, sur le livret est écrit : Stay tuned for Zombie Ramen Puppet Tour, Mosquito Book, Slew II tour, Creatures album and an animated film about something. Bref, on risque de continuer à entendre parler du Kid dans les années à venir…


Alors donc, ce LP fait la part belle au Blues. C’est une info importante, car si le blues te fait chier à la base, tu ne vas pas aimer. Vraiment. J’ai fais écouter ce disque à des personnes réfractaires au genre, elles sont parties en courant. De mon coté, j’ai un attachement fort à cette musique, comme pour celle des balkans, ce qui expliquera la non-objectivité de cette chronique. Oh, ne vous y méprenez pas, je n’y connais pas grand chose en blues, à part les têtes incontournables du genre. Mais j’ai baigné dans cette musique toute ma jeunesse. A cause de ma mère, qui écoutait ça toute la journée, et qui, à l’instar des bars slaves craignos de Paris, me trainait tout jeune dans les vieux clubs Blues où des papys s’escrimaient à sortir des trucs super pimp avec une guitare canée et une voix éraillée. Ma mère, elle s’en foutait que je crève à 10ans, étouffé par la fumée de clope, ou que je me perde entouré de 10 mecs pleins de rides dans les toilettes sombres des bouges à blues parisiens. Et putain, elle avait drôlement raison.

Alors, tu l’entends tout de suite, dès 1 Bit Blues (10.000 miles), Kid Koala fait comme d’hab’, il recréer des morceaux avec des éléments importés d’un peu partout. Ici tu as le piano au groove imparable, la voix décrépie passée en boucle… et un méchant beat Hiphop balancé par le Kid. Ca balance grave, ta nuque fait forcément des soubresauts, et tu as tout de suite envie d’une vieille cigarette chiffonnée pour maugréer sur ta vie avec prestance. Les scratchs ? Mais ouai mec, il y en a une sacré tripotée ! C’est la classe. La grosse classe.

Bon, le concept du blues déconstruit puis reconstruit se développe sur tout le disque de la même manière, difficile d’en parler sur 10 paragraphes, donc on va faire court. Reste que des titres sortent méchamment du lot. Kid Koala connaît bien ses bases, et fait intervenir des guitares qui te foutent des fourmis dans les hanches, en plus de cuivres alcoolisés tartinés de scratchs sur 2 Bit Blues, et ça fait grave du bien. D’autant plus que là, les voix sont laissées presque intacts pour cracher leurs couplets, et la conclusion avec son piano devenu dingue déchire l’hymen de sa maman. 3 Bit Blues est incroyablement groovy, ça défonce tellement que tu fais du air-guitare en fumant un air-cigare et en balançant des ooooooh baaaaby dans un air-micro. Un putain de air-orgasme. Mon dieu ce rythme de folie, cette guitare défoncée par les scratchs qui déboulent et te file la frousse, avant une montée furibarde, classe comme la mort elle même, qui te liquide la colonne vertébrale à coup de fusil à pompe. “To please youuuuu” qu’il dit, le sample vocal. Ouai, you pleased me a fucking lot, merci very much.



Tu as aussi 7 Bit Blues, qui commence sur les chapeaux de roues avec un rythme d’enfer et des scratchs de folie qui concassent le bluesman du jour. Tu sens tes doigts qui veulent tapoter en rythme sur la table ? Tu sens ta nuque qui se rebelle ? Tu sens ton bassin qui frémit de façon incontrôlable comme lors de ta première partie de sexe ? C’est bon pour les oreilles, c’est malsain pour le corps. Ces scratchs de la classe à 1min45 ! Et puis tout à coup, tout s’éteint. Juste un clavier, qui frise la mélancolie… la voix qui hulule au loin, et une charge héroïque qui s’annonce avec les cuivres, montée de fou, le chanteur qui perd la boule, les bugs informatiques qui se précisent, et VLAN le beat et les scratches qui tonnent à nouveau et détruisent tout ce qui bouge. Paie ta grosse jouissance. Il y a aussi le petit tube 8 Bit Blues (Chicago to LA to NY) qui démonte franchement, même s’il n’a pas la progression fulgurante des précités. La track la plus hiphop dans sa démarche peut être, la plus accessible aussi, très plaisante, avec un beat bien massif.

Mais dans ce disque, il y a deux perles, beaucoup plus calmes, qui ne filent pas des taloches par leur puissance sonore, mais qui te labourent l’âme par leur beauté. 5 Bit Blues tout d’abord. Qui joue de la répétition, avec ce piano qui lâche les mêmes notes indéfiniment, comme pour les cuivres, qui ne font que pleurer à intervalles régulières. Il y a cette voix féminine qui te fout la frousse à l’horizon. Et cette voix de bluesman cassée, mise en premier plan, à peine touchée par les scratches. Ici, pas vraiment de gros rythme, pas de secousse. Kid Koala nous transporte dans un bar enfumé, où tout le monde est absorbé par ce petit homme en costume, prostré sur son micro, qui t’arrache le palpitant avec rien, ou presque.

L’autre crève cœur, c’est 6 Bit Blues qui dodeline en maugréant sur son existence, avec une voix qui fout encore la frousse. C’est beau, tranquille, tu prends ton pied. Et tout à coup, un espèce de chœur déboule dans le morceau, et te décolle de ton siège. Regarde ton bras mec, les poils tentent de rejoindre le plafond. C’est ce chœur fantomatique qui fait le morceau, ces chants d’outre tombe que les scratchs n’arrivent même pas à altérer qui te flinguent le cerveau. Le seul problème du disque, c’est qu’il se casse un peu la gueule en fin de parcours, avec deux morceaux qui font plus office d’interludes que de vraies compositions, et c’est dommageable (10 Bit Blues n’a pas vraiment d’intérêt, et aurait mieux fait de se caser en milieu de disque pour passer inaperçu). Mais ce n’est pas grand chose face à ce que propose le disque dans son ensemble.





En se débarrassant, pour la première fois, de ses tracks foutraques rigolotes et autres interludes blagueurs, Kid Koala se concentre sur un album de 12 titres solides, qui s’enchainent en balançant tout ce qu’ils peuvent. Un album concept, certes, qui touchera en premier les personnes ayant un minimum d’accointance avec le Blues, sous peine de passer pour un disque d’easy listening pour les oreilles distraites. Mais la porté du disque est toute autre : en introduction, je parlais de show, de technique, de prouesse, discours inhérent au genre et aux chroniques traitant de du Kid, de C2C ou de Birdy Nam Nam. Et derrière cet album se cache bien des tonnes d’histoires de sampler, de turntablist, de scratchs, de travaille de fourmis dans la juxtaposition des samples, du fait que tout est fait en temps réel, ce qui conforteront la légende “Kid Koala”.

Sauf qu’à l’écoute de ce 12 Bit Blues, on ne pense plus du tout à tout cela. Parce que c’est beau, juste beau, et c’est tout. Ce n’est plus de la technique, ce ne sont plus des assemblages de sons de folie, achitectures de samples. On ne pense plus à la création, à la performance. On se fout de savoir si Koala a 4 bras et six platines. Là, ce n’est plus le problème. Le seul problème, c’est de savoir si  l’on va pouvoir écouter certains de ces morceaux sans verser une larme. Un petit chef d’œuvre.






Kid Koala – 3 Bit Blues





Kid Koala – 5 Bit Blues





Kid Koala – 8 Bit Blues (Chicago to LA to NY)





12 Titres – Ninja Tune

Dat’

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  1. Nelerum Says:

    Ha ba encore une fois merci les chroniques auto … Maintenant falloir que je passe chez mon disquaire.
    Toujours un plaisir de lire tes articles en tout cas :)

  2. Bronthor Says:

    Ouai un super album ce 12 Bit blues de koala et pourtant comme toi le Blues c’est vraiment pas trop ma came à la base . l’édition vinyle a bien de la gueule aussi , je regrette pas du tout de l’avoir préco on sent que le mec a l’art du Packaging c’est fignolé aux petits oignons comme tu le dis dans la chro . Sinon comme toi j’ai pas réussi a monter correctement le tourne disque en carton et je me suis retrouvé avec un truc fait à l’arrache et vaguement décoratif …

    toujours en sortie récente aussi il y à le dernier Two Fingers qui est vraiment bon , bien meilleur que Isam pour ma part . Je te le recommande

  3. Dat' Says:

    Nelerum –> Ahah, merci ! et c’est une bonne nouvelle de pousser à passer chez le disquaire !

    Bronthor –> Alors non, moi c’est le contraire, le Blues c’est carrément ma came à la base (comme je l’explique après la description du packaging) !!!!!
    Ah, donc dans l’édition vinyle il ya le tourne disque en carton aussi? il y a un bon livret aussi? franchement l’edition est belle oui…
    Je n’ai pas encore écouté le Two Fingers, à dire vrai, je ne savais même pas qu’il était sorti ! merci pour le tuyaux….!

    Dat’

  4. Bronthor Says:

    Ah merde j’ai lu ton texte trop vite et j’ai pas vraiment fait gaffe autant pour moi . Pour ma part j’ai reçu l’édition vinyle , très bel objet pour un prix pas spécialement plus élevé que du numérique ou un cd franchement je regrette vraiment pas , acheter de la bonne musique c’est le bien .

    Sinon ouai le Two Fingers sera dispo le 1 er octobre en numérique et cd mais l’album est déja dispo en vinyle , perso je l’ai reçu hier .

    Et pour ceux qui sont intéressés par l’édition limitée de 12 bit Blues , il y a aussi une petite vidéo sympa par Koala Himself ou le tourne disque marche vraiment !

    http://www.youtube.com/watch?v=HtO-DHNQzV4&feature=g-all-f

  5. Arno Says:

    Bien vrai que le Kid passe inaperçu face aux mainstream C2C, BNN et autres… Pourtant, c’est une référence. J’ai vu une interview de lui ou il disait qu’un bon dj, c’était pas un mec qui savait scratcher, mais un type qui savais être cohérent dans sa programmation et faire danser les gens (pas forcement besoin de savoir scratcher en gros, même si il maitrise). Bingo… le genre de commentaire qui témoigne de son intelligence dans son approche musicale… fournir du fond avant autre chose.

    Je suis fan aussi… la grande classe ce mec.

  6. Skowz Says:

    Voila c’est fait, après 6 ans d’attente (environs) Les C2C sortent leur premier album. J’étais devenu fan de leur vidéo des DMC façon ‘ding’ je te sample du blues qui transpire l’eau du Mississippi, je scratch sur la platine de mon voisin, pirouette, tour sur moi même, clap, cacahouète. Et ben grosse déception… Mais en fait, je m’en fous puisque l’album que j’attendais, Kid Koala l’a fait.

    Non mais franchement, 5 Bit Blues, c’est parfait ! C’est super bien dosé, tout a sa place, j’adhère vraiment. Et tout le reste de l’album est vraiment génial ! Et en plus, si ça ne suffisait pas, les titres sont pas trop trop durs a retenir :)

    Sinon j’ai pas trop eu le temps de laisser des commentaires ici pendant les vacances mais il y a eu de très belles chroniques. L’album de Frog pocket entre autre qui est vraiment superbe et bravo pour la mixtape ! Ah et je pleure tout les soirs dans l’attente du Rone… C’est beaucoup trop long.

  7. Dat' Says:

    Hey Skowz !

    Merci pour ton commentaire… Content que tu apprécies 5 bit Blues, pour moi c’est vraiment la plus belle du disque. Tellement bien dosé, jamais dans l’esbrouffe, c’est parfait… Yes le Frog Pocket est mortel aussi, un des disques de l’année pour moi !
    Le Rone c’est pour bientot maitenant !

    Arno –> Oui, c’est effectivement une bonne vision des choses, ce que tu relaies là…

    dat’

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