Lightning Bolt – Wonderful Rainbow



Get Innocuous





En fait, avant, j’étais dans un groupe de Rock. A la basse. On s’amusait drôlement. Le quatuor terrible, celui qui éclaboussait tout le quartier d’une classe et d’une prestance peu commune. J’avais rencontré Bruno sur le banc de l’école. Il faisait plein de trucs cool, genre fumer des cigarettes, pisser dans les chiottes des filles ou dire qu’il voulait se couper les veines. Il n’avait que les mots Sex Pistols et The Clash sur le bord de la langue, portait toujours son tee-shirt rose et jaune, refusait de délaisser son lecteur cassette, et criait à tue-tête que le gouvernement, ben ils allaient bien voir un jour cette bande de pourris. Il ne savait même pas faire la différence entre une gratte et une basse, et pour lui, les Pixies, c’etait des Chips. Mais il chantait drôlement bien. Genre Gérard Darmon en plein accident vasculaire, qui se coince un ongle dans une porte. Ca rendait plutôt pas mal, surtout quand une de mes cordes me pétait à la gueule.

Le batteur, lui, martelait ses fûts comme les fesses de son petit cousin : avec passion. Rencontré dans une cave, au détour d’une soirée foireuse chez je ne sais qui. La dextérité ahurissante du mec était sans pareille. Il avait, sans répétition, reproduit Smell Like Teen Spirit en tapant sur des bières à l’aide de baguettes chinoises. Elles étaient dans son nez, les baguettes. Super fan de Nine Inch Nails, le gars était ok pour frapper comme un bourrin sur les crissements inaudibles que je tentais de vomir avec ma gratte, avec l’autre en fond sonore qui hurlait que la vie, c’était super triste, mais moins que le gouvernement quand même. Mais le tout manquait encore un peu de cohérence. Pas moyens de trouver un vrai guitariste digne de ce nom. Celui qui pouvait faire trembler la terre entière d’un coup de poignet.

Apres un concert dans la cave du copine peu regardante sur ses sous-vêtements, un mec, encore plein de sang à peine séché sur un nez qu’il avait cassé en glissant justement sur une des culottes pas regardée par la miss du dessus, se ramène en ne tarissant pas d’éloges sur notre musique. Ce qui était toujours un peu le cas quand on mélange médicament et alcool. Mais passons, le mec jouait de la guitare comme un dieu. Vous imaginez la suite. De “party” cramoisies chez des particuliers en passant par la salle des fêtes de notre bourgade, sans oublier les bals de fin d’année au lycée, le succès est arrivé aussi vite qu’une balle de tennis dans la tronche de Grosjean. Concerts, coke, star-fuckeuses, gold mastercard, abonnement à la piscine municipale…
Il suffisait d’un rien pour être dépassé. Et justement, le gouffre nous a englouti après un terrible événement. Notre chanteur se vantait de pouvoir chanter en Live certaines de ses chansons en tenant le micro avec sa bouche, sans les mains. “Les vrais sons sortent du gosier” soutenait t’il toujours. Concert, fil de micro, il glisse dessus, tombe la tête la première et s’étouffe. Il en est mort. Ce qui nous a quand même valu un article dans le journal local. Le guitariste, lui, a préféré partir en australie.













Que faire sans chanteur et sans guitariste ? Sans ce qui est considéré par l’inconscient collectif comme étant l’âme d’un groupe ? Continuer à taquiner la furie des premiers jours. Mais garder une structure classique avec seulement deux éléments est difficile. N’est pas White Stripes qui veut, surtout que ces derniers pouvaient se prévaloir d’une voix affolante, même après avoir flirté avec Satan. On aurait clairement pu tenter de continuer l’aventure. De surplomber un massacre de batterie par ma basse grondante. Mais maintenant je vends des glaces.










Les Lightning Bolt n’ont pas eu, eux, cette hésitation. Difficile de savoir s’ils ont arpentés le même chemin que notre formation, ou s’ils ont accéléré sans le comprendre l’un de leur enregistrement en se convaincant que le tout sonnait drôlement bien, pour déboucher au final sur un résultat pareil. Ils ont foncé dans la brèche, avec pour seules armes une batterie et une basse. Les autres sont restés à quai. Reste que le tout frise le bordel absolu. Avec une rage et une fougue peu commune. Suffit de lancer Assassins pour s’en convaincre. Batterie tellement rapide qu’elle en devient presque Drum and Bass, et basse qui tremble façon earthquake anthem. Deux solutions s’offrent rapidement à l’auditeur : L’envie de sauter dans tous les coins, en dansant comme un damné, en cassant tout ce qui peut se casser. Ou courir en hurlant d’effroi, en tentant de s’étouffer avec ses propres cheveux durement arrachés pour abréger les souffrances. Il faut imaginer une transe tribale accéléré par 10 fois, avec un fou qui débarque au milieu du cercle pour tabasser tout le monde à coup de basse électrique

Quoique, le mieux serait peut être d’aborder ce « Wonderful Rainbow » avec le dantesque Two Towers Monolithe de plus de 7 minutes, cavalcade incessante dans les steppes de deux grands cerveaux malades. On passe par tous les états sur le morceau, du pseudo calme ambiant à la furie absolue, au matraquage de caisses, le tout sur un maelstrom de larsens, de parasites non identifié et autres délectables ignominies Noises. Apres une introduction diablement entraînante, façon Guitare Hero survolté, le groupe s’enfonce dans un tunnel abrutissant, le batteur et le bassiste semblant se déplier, se perdre dans une spirale sans fin, qui se répète, se détend jusqu’à overdose. En tendant l’oreille, on croirait presque distinguer un semblant de piano frappé à mort. A moins que ce dernier ne soit qu’une illusion auditive provoquée par le Tsunami vomi par Lightning Bolt. Les saccades de la fin, façon headbanging de l’enfer, ne nous laisseront pas le temps de trouver la réponse.
On fire en laissera plus d’un sur le carreau avec cette rythmique qui pourrait être calée dans un morceau Jungle, genre Venetian Snares qui troque ses logiciels pour une batterie flambant neuve. Le fait que le tout soit généré par un humain rend le tout encore plus détonant. La basse est beaucoup plus diffuse, tout en saturations, pour donner au morceau un traitement plus électronique. Entre la rythmique hallucinée, à faire passer les Fantomas pour les producteurs de Christophe Maé, et l’orgie de nappes crades qui déferlent en détruisant tout, on frôle la crise d’épilepsie. Et ce n’est pas la petite pause débile qui permettra de respirer, vu qu’elle se retrouvera elle aussi noyée dans une orgie sonore indescriptible. (L’arrivé de la seconde salve du batteur est, il faut le souligner, jouissive comme la mort.)

Pour le coup, pas besoin de s’étendre énormément, tout l’album est gravé dans cet écrin violent et barge en diable, sorte de crises de nerfs, de pétages de plombs non contrôlés et minimalistes. Crises qui atteignent leur paroxysme sur les deux titres concluant l’album, 30 000 Monkeys et Duel In The Deep, qui se finissent dans un déferlement Noise de folie, avec un Rock qui se transforme, qui mute peu à peu en créature hideuse et destructrice, s’amusant à empaler des tympans comme on bouffe des Knacky Ball. Mention spéciale à Duel In the Deep et son introduction façon j’accorde ma guitare de la façon la plus stridente possible, avant de casser le tout avec des percussions shamaniques sorties du néant. La fin part dans un délire de bruit blanc et de castrations Noisy, après une chevauchée industrielle ahurissante. Neurones grillés. La comparaison avec les fous furieux de Melt Banana vient sans se forcer.









Gros bordel aberrant ou groupe de rock ultra entraînant (si l’on est dans un état second), difficile de trancher. Tiens j’hésite même encore à avoir un avis définitif. Le plus marrant, c’est que le groupe, qui a une résonance non négligeable dans le milieu du Rock éxpé, continue à garder une posture bien en marge, genre on se trimballe avec des masques pourris, et l’on fait tous les concerts au milieu du public (si si) parceque l’on aime pas la scene. La légende dit même que pas mal de gens auraient été surpris de voir deux mecs dans la foule foutre en l’air la première partie d’un concert de Lightning bolt, avant de comprendre que justement, c’était eux, les Lightning Bolt…
Pour le reste, “Wonderful Rainbow” est, parait il, beaucoup plus accessible que leur premier disque (que je n’ai jamais écouté…) Il est en tout cas, et sans hésitation possible, plus entraînant, plus barré et plus digeste que son successeur (même s’ils partagent tout deux de biens belles pochettes).


Wonderful Rainbow, où le meilleur moyen d’aborder le groupe ? Assurément. De plonger dans un rock instrumental de folie, filant à la vitesse de la lumière et hurlant comme un forcené ? Pourquoi pas, cela reste toujours plus drôle que Battles (mais moins foisonnant).

Reste à savoir si l’expérience, autant musicale que physique, vaut le coup de perdre 50% de ses capacités auditives…










Lightning Bolt – Dracula Mountain









Lightning Bolt – Peel Session
bon là, il faut fixer le batteur à la 40eme seconde…









10 titres – Load Records
Dat’










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  1. Blooguear Says:

    Tiens Lightning ^^

    Moi j’ai un des précédents ( en fait je ne sais pas combien ils en ont ‘_’ )Hypermagic Mountain.
    Bon moi j’adore, j’aurais jamais qualifié ce groupe de rock, c’est trop violent, et bordélique pour ma définition de rock ^^ aorès tout est relatif de tout façon.

    Ce groupe je le met souvent avec An Albatross, pour le côté speed et bordelique.

    En tout cas, c’est le truc qui pète bien ça : )

  2. Dat' Says:

    Oui c’est le dernier du groupe (d’ailleurs ça va faire un bail qu’ils n’ont rien sorti)

    Apres ouai pour moi c’est du Rock au sens large, on va dire que l’on passe du Rock bien marrant au bourrinage speedcore, jusqu’à flirter avec la Noise…

    Mais oui, c’est vraiment un disque bien jouissif, à ne pas ecouter tous les jours, mais qui fait du bien, à l’instar d’un atari Teenage Riot ^^

  3. wony, visiteur Says:

    eh beh…
    ils ont l air bien cinglé ceux la XD. quel bordel dans la premier video !!

    Si on regarde bien, le batteur a un troisieme bras, mais il va trés vite c est pour ca qu on le voit pas.

  4. DRunxx Says:

    brutal prog ! /FOU/

    C’est leur troisième (avant y a eu “lightning bolt” (bon, self titled quoi :nerd: et “ride the skies”). Ils en ont fait un autre depuis, double LP, “hypermagic mountain” toujours sur Load, encore plus accessible que celui que tu chroniques.
    Sinon le batteur/chanteur a un projet solo, “Black Pus”, qui est bien cool, il a fait genre 2 CDR, trouvables sur slsk.
    Bon, j’imagine que si tu trouves lightning bolt trop extrème, c’est pas la peine que je parle de Mindfalyer (toujours avec brian chippendale).

  5. pamparachutiste Says:

    Absolument génial, Wonderful Rainbow donne en effet envie de tout casser… 2 Towers est simplement jouissive
    Par contre j’ai beaucoup de mal avec Duel In The Deep, je la trouve globalement moins intéressante que le reste de l’album… Je connais mal Melt-Banana, c’est dans le même esprit ? (de l’album, pas de Duel In The Deep)

  6. Dat' Says:

    Ouaip c’est clairement dans le même esprit, mais avec une chanteuse en plus, et un son quand même plus “violent” au final, même s’ils arrivent à caller des passages bien “pop” entre deux couplets hysteriques… Perso je suis carrement fan…

    Hop une chro du dernier Melt Banana ici :

    http://www.gamekult.com/blog/datura333/63613/Melt+Banana+Bambi+s+Dilemma.html

  7. FlashSimon Says:

    C’est vrai que c’est largement le plus accessible, les autres albums valent tout de même largement le détour. Le premier album souffre malheureusement d’une qualité de son toute pourrie…t’a l’impression d’être en train de boire un café dans la cuisine a coté de leur salle de répète où ils jouent a fond avec la porte fermée.

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