Emptyset – Demiurge


The party & the after party



Pas dormi la nuit dernière. Pas fermé l’œil. Pas même une seconde. Du moins, il me semble. Je me suis trainé toute la journée, au bord de l’évanouissement. Et voilà que de nouveau, rebelote le lendemain, une heure du matin environ, instant fatidique, on se prépare cette fois à aller se coucher, et à dormir. Besoin vital. On tente l’expérience mentalement, on la joue dans notre tête en amont du coucher. Comme un avant-match. On se persuade qu’il faut dormir. C’est obligé. Pour le boulot, pour la santé, pour ne pas lutter toute une journée de plus avec ses cervicales. On s’injecte un donormyl par la glotte. 5 doses de Rivotril. Sans trop comprendre pourquoi ces dernières n’ont pas marché la veille. Parce que l’on est convaincu que malgré tous les somnifères du monde,  si la tête ne veut pas s’abandonner, que si l’on ne veut pas dormir, on ne dormira point. L’âme divaguera sans sommeil, éblouie, tandis que le corps, lui, se nécrosera pour la nuit.








Je dois dormir. Je dois dormir, je dois dormir. Pour le boulot, pour demain, parce ce qu’une nouvelle journée explosé, ce n’est juste pas possible. Alors somnifères. Il faut chaud. J’ai chaud. Je dois boire. Si je ne bois pas, je ne vais pas pouvoir dormir. Il faut que je pisse. J’ai bu, je dois pisser. Si je ne vais pas pisser, je ne vais pas dormir. Et je bois à nouveau. Des petites lapées. En tournant la tête vers la gauche. Bourré de tocs, l’avant sommeil. Ca ne va pas. Mais je vais dormir, c’est obligé, il le faut. Pour le boulot demain. Le boulot. Le boulot. Eteindre les lumières. J’ai les oreilles qui sonnent encore du trop plein de musique écouté il y a encore quelques minutes. Où peut être qu’elles sonnent depuis des lustres. Elles ne me gênent pas. Ca va. Pour le moment. J’allume à nouveau les lumières, il faut vérifier le réveil, s’il est bien programmé. A la bonne heure. Si je ne vérifie pas, je ne vais pas dormir. Je dois vérifier, 3 fois de suite. Evidemment, c’était bien programmé. Je dois boire. Je bois. La lumière. Ok, mon corps tangue, les somnifères commencent à attaquer, c’est parfait. Je ferme les yeux. Departure vers le sommeil. Pas de problème. Pas de problème ? Ca ne vient pas. Pourquoi ? Il faut que je dorme, je dois dormir, c’est obligé, pour le boulot, il le faut. Ca ne vient pas. Depuis quand ? 10 minutes ? 20 minutes ? Je commence à entendre des grésillements. Des coups sourds. Les voisins surement. Rien d’autre. C’est hypnotique certes. Un peu chiant. Quand j’ai sommeil, que je veux dormir, que je dois dormir, mais que cela ne marche pas, L’air conditionné souffle. Ses phases de calme, puis de bruit désagréable, qui alternent toutes les dix minutes environ. Je dois profiter des moments calmes pour dormir. L’air cond gronde. Le bruit grossit. Il m’enveloppe. Il hurle. J’ouvre les yeux, il ne redevient qu’un petit sifflement timide. Je referme. Je dois dormir. Il m’obsède. Il vrombit ce putain d’air conditionné. Il fait chaud, si je l’eteind, je ne dors pas. Mais allumé, il m’empêche aussi de pioncer. Et les coups sourds du voisin qui saoulent.




En fonction de mon état, l’acouphène prend aussi de l’importance. Là j’ai un peu la nausée. Manque de sommeil. Alors il crache, il me susurre, me gratte le tympan. Et mon cœur qui se met à battre, qui tabasse, irrégulier. Si je n’étais pas au bord de la crise de nerf, ça me ferait presque marrer, de me faire mon petit concert d’Autechre autiste, représentation en solo dans petit cercueil, grand lit. En pleine nuit, comme un con. Je me tourne, change de position, d’épaule. J’ai du m’assoupir. Une heure ? 10 minutes ? Même pas. Ca se calme. De ma structure ouatée, domptée aux psychotropes, seul l’acouphène demeure. Grincement. Pas grave, j’ai l’habitude. Pourquoi je ne dors toujours pas ? Dors putain, dors ! Je fais quoi ? Je prends un nouveau somnifère ? Je tente ? Mais je vais être cramé demain. Si je n’en prends pas, je ne dors pas, si j’en prends un de plus et que je ne dors toujours pas, c’est le cataclysme. Mon cœur, il s’emballe à nouveau. Les sons se remettent à m’étouffer, à élargir la pièce, à me ratatiner. Marionnette dans une vague de grincements, océan de grognements. Le reste de ma petite sphere rassurante éclate. Je ne vais pas dormir, c’est sur, j’étouffe, je flippe. Je dois allumer la lumière. Je vais pisser, ça va passer. Je pisse. La bouteille d’eau. Je dois boire. Si je ne bois pas, je ne vais pas dormir. Est-ce que j’ai vérifié le réveil avant de me coucher ? Je ne suis pas sur, il faut vérifier. Si je ne vérifie pas, je ne vais pas pouvoir dormir. Je vérifie, il était programmé. A la bonne heure, comme toujours, comme toutes les nuits, comme à chaque putain de fois que je vérifie. J’en étais convaincu. Pas une seule fois le réveil ne fut mal reglé. Pas une seule fois. Mais il fallait que je vérifie. Si je ne vérifie pas, je ne dors pas. Il faut que je dorme. Il doit me rester 4 heures avant de me lever. 4 heures, c’est suffisant. 4 heures… Ça devrait aller. Mais je dois dormir vite, maintenant. Il reste déjà moins de 4 heures. Allez, au pire, 3 heures de sommeil, je sauve les meubles. J’ai presque une heure pour m’endormir, ça me laisse le temps de me relaxer. Tranquille. On va se calmer. Je regarde ma bouteille de Rivotril. Et si j’en prenais juste une goutte ? Une seule, juste une pour m’assurer de dormir, ou deux gouttes. Allez, deux. Non c’est trop tard, il aurait fallu faire ça il y a une heure. Sinon je vais pioncer debout demain. Je vais être explosé. Il faut 6 heures pour que l’organisme “lave” un somnifère. Pourquoi n’y ais-je pas pensé il y a une demi-heure ? Sale connard.




On va trotter mentalement à la periphery de mes souvenirs du jour. Compter les moutons c’est pour les cons. Moi je joue de l’ambiant dans ma tête. Pour me calmer. Pour divaguer. An Ending, ascent, j’aime bien me chanter ça, juste dans ma tête, sans fin, en boucle, jusqu’à ce que je décroche. Et si j’étais malade ? Je suis malade c’est sur. Je vais me taper une appendicite un truc dans le genre. J’ai mal au ventre, là, depuis dix minutes. Pile au coté droit, comme par hasard. D’ailleurs je me sens mal depuis hier. J’en étais sur, c’est ça je suis malade. Cela ne doit pas être grave. Ce n’est pas grave. Et si c’était grave ? Putain, je suis seul, je suis malade, c’est certain. Je suis seul, sur mon pied, ça me fait peur, je me sens mal. J’ouvre les yeux, je ne vois que du noir. Point barre. Et moi qui suis malade. J’en suis sur. C’est grave, si j’ai l’appendicite, ou un AVC, un putain d’AVC. J’ai mal à la tête en plus, évidemment, j’ai mal à la tête. L’acouphène, les vertiges… une tumeur ? J’en suis persuadé, je suis malade, je vais crever. Si je n’arrive pas à dormir, c’est que je suis malade. Je vais mourir. J’ai peur de mourir. Non, je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur d’être seul au moment de mourir. Je vais appeler quelqu’un. Il faut que j’appelle quelqu’un. J’ai envie de vomir. Le réveil, je vais vérifier le réveil, pour être sur d’être debout à l’heure. Demain, à la première heure, je vais chez le médecin. Le Médecin. Pas besoin, ça devrait aller en fait. C’est du flan, je m’emballe, je panique. Je suis trop fatigué, je n’arrive plus à bouger mon corps. J’ai le cerveau qui marche à fond les ballons, tout seul dans le vide, pelote de vif emprisonnée dans un corps inerte. Un corps qui veut dormir, qui dors déjà. Seul le cerveau se rebelle. J’ai Machine Gun de Portishead dans la tête. Qui ne veut pas partir.

BamBamTadadadadaBamBamPRAPRAPRAPRAPRAPRA. Penser à autre chose. Mon oreille, elle siffle. Il fait déjà jour. Faible lumière qui perle entre les rideaux. Ca me rassure. Ca se calme. Je vais dormir. Au pire je dors 1 ou 2 heures c’est déjà ça. Je bosserai comme je peux, ça ira. 1 ou 2 heures, et je peux tenir la journée. On verra. Je suis pété, je ne sais plus trop ou j’en suis. J’ai envie de pisser. Je dois pisser ou je ne vais pas dormir. Hey, au pire, je me lève, je  me plante devant l’ordi pour passer le temps, écrire un truc. Mais je n’ai pas la force. Le corps ne veut pas bouger. Bout de bidoche de merde. J’ai soif, mais cela attendra,  tout à l’heure, au matin. Je regarde mon poster d’Enter The Void, toutes ces couleurs, qui me fascinent. Le kyabakura, le mauve, les tentacules jaunes qui brilleraient presque à l’aube. L’acouphène est lancinant, il grogne, mais d’une façon presque rassurante. Je vais dormir. Je dois dormir. Il faut que je dorme. Un peu. Juste une heure, je vous en supplie, une heure, je veux dormir, juste une heure. Une heure, juste une, une heure. Il fait déjà jour. Une heure, juste une. Il m’en reste deux. La petite mort, ce n’est pas de baiser, c’est de ne pas pouvoir dormir. Il faut que je dorme. Pourquoi je ne dors pas. Je suis obligé de dormir. Dors, dors, dors putain il faut dormir, je dois dormir, je dois me gratter, j’ai soif, je dois dormir. J’ai envie de pisser, je fais quoi ? Et le réveil, je devrais vérifier, pour être sur. Il faut que je dorme. Dors. Dompte le sifflement, dompte les vibrations. Le rythme cardiaque ne se fait plus entendre. Juste le vrombissement dans l’oreille, l’insecte, le parasite. Je dois dormir, pour bosser demain, je dois dormir, c’est une obligation. Dors. Il faut dormir, je vais dormir, voilà, mon corps tangue, je suis en train de partir, je vais dormir ahahah je vais dormir, je le sens, je dérive, je dérive, j’ouvre les yeux, je les referme, je ne dérive plus. J’ai loupé le coche putain. Pourquoi ais-je ouvert les yeux? Pourquoi. Bordel, dérive !  Tangue ! Se décrocher. Il faut dormir, il faut dormir, il faut dormir, il faut dormir, il faut dormir, dors, il faut dormir, il faut dormir, dors, dors, il faut dormir. Silence. Je suis en train de dormir. Ou je me suis collé une balle dans la tempe. Je ne sais pas. Je ne sais plus.






Emptyset – Sphere





Emptyset – Altogether Lost feat Cornelius Harris






Emptyset – Demiurge

11 Titres – Subtext

Dat’

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  1. cardiattack Says:

    Je suis tombé sur celle des Chroniques Electroniques avant la tienne, qui m’avait déjà donné salement envie d’écouter ce… truc. Surtout avec l’extrait. Mais là, faut vraiment que je me le procure, histoire de tester si mon casque (et ma tête) peuvent supporter ça. Superbe texte de ta part (pour changer ^^).

  2. Alexei Says:


    L’insomnie… Cette foutue envie de se passer le crâne en travers de l’oreiller ou du mur en fonction du nombre d’heures de luttes auparavant… Magnifiquement bien retranscris sous ton clavier : les tocs, le bouclage mental et musical (les 15 premières secondes de la chanson de deathklok du dernier guitar hero, un bout de strobe de deadmau5, une demi phrase du “ferme ta gueule” de James delleck… Tout pourvu que ce soit épuisant et court…). Pour ma part peuvent se rajouter les impatiences physiques (jambe qui part en steak), les angoisses existentielles (au fond suis je vraiment quelqu’un de bien?) et les jeux d’esprits que je m’impose sans le vouloir (si je voulais vraiment prendre la place de mon patron d’ici deux ans comment je m’y prendrais ? A vue de nez combien de sucres faut il empiler pour aller sur la lune ? Comment solidifier cette tour pour qu’elle soit escaladable ?combien de temps d’escalade ? Avec quel matériel ? Etc.)

    … Et encore de la lutte, a en pleurer d’épuisement jusqu’à ce que…

    *i have a lot of friends… And they’ve got beautiful eyes…*

    Putain !!! Asleep from day ?? Mon réveil ?? J’ai quand meme pas garder l’oeil ouvert toute la nuit ?? C’est pas possible de ne as dormir du tout alors qu’on essayait ??

    Et bien si… Environ une fois par mois…

  3. breakdown Says:

    Environ 3 a 4 fois par semaine depuis 10 ans.
    Stop the bullshit.
    L insomnie n est pas belle.
    Mais ce disque vaut le coup d oreille.

  4. Dat' Says:

    Cardiattack ==> Ben c’est pas si “méchant” que ça niveau sonorités. Je veux dire, ça n’agresse pas, ça ne fait pas mal, c’est pas “violent” (au sens premier du terme). Il n’est pas “difficile” à écouter. Par contre c’est ultra physique et sombre. Genre, ça tremble, le verre à coté de tes speakers fait des vagues, et tes intestins gigotent.
    Seul gros regret, qu’il n’y ait pas la version vocale de “Altogether Lost”. Bon ok, cela serait un peu hors propos dans le disque. Mais le morceau est TELLEMENT mortel.

    Breakdown ==> Je cherche dans le texte où j’ai dis/écris que belle était l’insomnie, mais je ne trouve pas.

    Dat’

  5. he_lium Says:

    Tu vires ton poster d’Enter the Void pour celui de Big Fish…
    Merdouille d’insomnie, rien à faire!
    Ca doit faire 2 ans que je te lis régulièrement, beaucoup de belles découvertes…
    Je trouve également les sonorités de cette plaque assez peu agressives. SND m’étripe bien plus.

  6. bobz Says:

    Quand j’y pense, étonnant que tu n’ai pas chroniqué un EP/LP d’Access To Arasaka !

  7. Dat' Says:

    he_lium ==> Merci !
    Ahah jamais je ne virerai mon poster d’Enter The Void !!!
    Mais une affiche de Big Fish, pourquoi pas, J’adore ce film en plus.

    bobz ==> Tiens d’ailleurs je n’ai pas trop suivi ce qu’il faisait dernièrement…

    Dat’

  8. Benjamin F (Playlist Society) Says:

    (Je reviendrai probablement prochainement sur le disque via une critique. Je voulais juste confirmer que j’avais également adoré ton texte.)

  9. anais Says:

    Ouaa… Tu as décrits ce que je vis depuis une semaine… dur dur…

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