RAOUL SINIER INTERVIEW – French



“… d’ailleurs, quand on me demande quel style de musique je compose, je suis toujours dans la merde…”





Une interview, parce que Raoul Sinier est quelqu’un qui m’a marqué à vie avec son album Wxfdswxc2, puis continué à sortir bombes sur bombes avec une constance rare (et surtout un rythme plus qu’effréné)… mais surtout car le bonhomme semble proposer un univers complètement flingué et inépuisable, musical et visuel. De clips cradingues (et superbes) en albums tordus, Raoul Sinier roule sa bosse entre radis samouraïs et machines qui hurlent. L’interview fut realisée autour d’un géant plateau de fromage (c’est important) et un peu trop de bières, dans un bar parisien.

A venir, un Ep (Cymbal Rush / Strange Teeth & Black Nails) sur le label Oeuvre, imprimant un virage que l’on sentait deja amorcé sur son précédant disque. La voix de Raoul Sinier est encore plus présente, jusqu’à tenter le saut dans le vide en tapant une cover foutrement maîtrisée du Cymbal Rush de Thom Yorke. Tout ça, en attendant un 5eme album à poser quelque part en 2011, suite logique,  mais poussant le vice encore plus loin en continuant d’incruster le chant de Raoul Sinier, tout en imprimant une continuité au niveau de ses instrues dérouillées et trop dangereuses pour les enceintes.


Où l’on parle du nouvel Ep, d’un brouillage de piste, de musiques noisy ou non, de New Jack Swing, d’Autechre et d’escalopes :




–       Dat’ : Apres tes quatres derniers albums qui étaient bien cramés et expérimentaux, d’où t’es venu cette idée de faire une cover de Thom Yorke ?

Raoul Sinier : Tout est parti du label anglais Oeuvre, qui m’avait contacté pour sortir un disque. Et vu que je n’avais rien en stock à la base, j’avais proposé de remixer des trucs à eux. Mais ils m’avaient envoyé que des morceaux de Hiphop jazzy, ce qui ne cadrait pas vraiment avec ce que je voulais faire. Alors on cherchait des solutions, car quand on vient me chercher pour sortir un truc, je suis évidemment plutôt partant. Tout en sachant que je réserve mes album pour Ad Noiseam. Alors on a pensé à un Ep de collab, des remix and co. Mais au final, ces temps ci je commence à pas mal chanter sur mes morceaux, je fais pleins de reprises et covers pour tenter autre chose. J’avais mis pas mal de ces covers sur internet qui sont sympathiques, mais celle de Thom Yorke je la trouve franchement bien, donc j’ai proposé ça. Agrémenté d’autres morceaux inédits pour l’Ep.

Après ce morceau, ce n’était pas « pour » vendre une cover, mais je trouve ça intéressant de faire une reprise. Ya pas vraiment de cover dans la musique électronique, c’est des remix la majeure partie du temps. D’ailleurs au départ, même le label parlait de remix, j’ai du leur dire « attendez les gars, ce n’est pas un remix, mais une vraie reprise, il n’y a strictement aucun élément du morceau original » c’ets cette démarche de tout recréer qui est intéressante…


–       Dat’ : A l’ecoute de Tremens Industry et de ton Ep (en plus de ces reprises glanées sur le net) ta voix semble vachement plus présente dans ta musique. D’ou vient cette envie de chanter, alors que l’on te connaît pour une électronique clairement noisy ?

Raoul Sinier : Cela vient du morceau The Hole de Tremens Industry, où j’avais commencé à chanter un truc super aigu, pour faire comme mes idoles, Thom Yorke and co, mais rapidement, je me suis rendu compte que je n’étais clairement pas au niveau (rires). Alors bon, sur The Hole, j’ai couplé ça à un max de vocoder et effets, qui rendent d’ailleurs très bien, mais j’ai trouvé ça dommage de ne pas pousser un peu plus le tout de ne pas faire quelque chose de plus brut. En plus, j’ai mine de rien fais 4 albums, 8 disques en tout, je n’aime pas composer toujours la même chose, je veux évidemment faire évoluer ma musique, donc j’ai carrément commencé à prendre des cours de chants ! C’est difficile de trouver une personnalité vocale, mais au moins je peux faire ce que je veux, et ça me permet de faire autre chose, d’autres morceaux. Je ne lache pas du tout l’instrumental, mais faire les deux me plait.


–       Dat’ : Tu ne flippes pas de brouiller les pistes avec ton public d’il y a quelques années ? Il y en a beaucoup qui pensent que mettre du chant dans de l’électro relève d’une espèce de crime de majesté…

Raoul Sinier : En même temps je ne vois pas trop ma musique comme « Electronique » au sens strict. Je ne vois pas la musique comme « électronique ou non électronique ». Ca ne veut pas dire grand chose. Au final ma musique est électronique parce que c’est mon matériel, et que j’ai l’habitude de travailler tout seul, je ne suis pas un super bon instrumentiste non plus… En plus je suis tout le temps sur mon ordi pour mes peintures et mes clips, donc l’ordi, c’est mon outil, qui fait de la musique, donc électronique, voila.

Bon après, je vais dire un truc cliché, mais le concept de genre musical n’existe pas, ne m’intéresse pas. La musique, pour moi, ce n’est pas des distinctions de genre, mais des distinctions d’états, de sentiments : Tu as de la musique triste ou gaie, compliqué ou simple, candide ou sombre… Je classe tout comme ça, dans mon itunes, il ya tout est n’importe quoi. Même un album de Gerard Depardieu tiens ! Que j’ai samplé sur mon premier album d’ailleurs (rires) enfin, je ne suis pas ultra fan non plus hein, c’est plus pour l’exemple ! (rires)


– Dat’ : Et niveau réception / critiques ?

Bah, de toute façon, à chaque album, je perds un peu de mon ancien public donc, ça ne va pas changer. (rires) Quand j’ai sorti Brain Kitchen, il y a plein de gens qui ont lâché le train car ils pensaient l’album trop complexe, trop abrupt et violent. Et quand je suis revenu avec des choses plus calmes avec Tremens Industry, il y a eu encore des déçus, qui voulaient que des trucs ultra déstructures et chaotiques… Donc si on anticipe ou l’on fait gaffe aux “attentes”, on ne s’en sort pas (rires)



“…pour mes clips, certes ils sont dérangeants, mais j’espère que l’on voit aussi le coté un peu décalé des choses…”


–       Dat’ : Justement malgré le maelstrom de tes compos, ultra crade, il y a souvent quelque chose d’épique, d’ultra mélodique. C’est important pour toi de travailler là dessus ?

Raoul Sinier : Moi ce qui me plait en temps qu’auditeur, c’est la musique qui me prend aux trippes, et m’entraine vers le fond. Emotion et compagnie. Comme je disais, le genre musical, on s’en fout, tant que cela te prend au trippes.
Bon après attention, je travaille beaucoup la forme aussi hein, la production, mais c’est toujours pour servir le fond. (Je lance “Stone Pills”) Oui voilà ce passage est un bon exemple, j’ai bossé à fond l’environnement sonore, mais c’est pour servir la mélodie derrière…

Pour parler plus large, on peut prendre aussi Autechre. Attention je ne fais aucune comparaison avec moi hein, c’est juste pour l’exemple ! Autechre, ils ont une production de folie, c’est ultra technique, impressionnant. Et quand ils mettent ça au service de l’émotion, c’est vraiment puissant. Mais à d’autres moments ce n’est que de la technique pure, et là ils me font vraiment chier. Les mecs quand ils te parlent de Autechre, ils parlent que de technique, de logiciels, de maxmsp and co, mais merde on s’en fout, moi je ne suis pas ingé son (rires) ! je veux juste écouter un truc qui me frappe, avec de l’émotion.


–       Dat’ : Ca t’embête cette comparaison entre toi et Autechre, qui revient souvent ?

Raoul Sinier : Non c’est souvent à cause rythmiques fracassées. J’avais fais une cover de Gantz Graf aussi. Autechre, ce sont des purs compositeurs. Mais le truc fatiguant, c’est qu’ils peuvent te sortir n’importe quoi, tout le monde va trouver ça génial. // Tu les a vu en live ? ça t’écrase à terre// non je ne les ais pas vu, mais j’en ai entendu parlé, et ça a l’air vraiment cool, car justement, ils proposent un vrai truc en live. Parce que les concerts de musique électroniques ce n’est pas dingue dans la majorité hein.  J’imagine que c’est parce que la marge d’improvisation est souvent faible.
Meme des mecs connus, ce n’est pas la panacée parfois. Genre Squarepusher, avec son Do You Know Squarepusher. L’EP est génial, mais le disque live, ça m’aurait fais chier d’aller voir ça, on dirait qu’il lache ses morceaux tel quels, avec juste un écho en plus ! En plus le mec te passe son disque en live, puis le ressort en disque ! (rires)// Oui c’etait le problème avec Hudson Mohawke je me souviens, il presse play et il fout un powerpoint Keyboard cat derri…// Hey, j’ai le teeshirt Keyboard cat d’ailleurs !!(rires)

Tiens en parlant de comparaison, il y en a une qui revient énormément aussi, c’est avec Prefuse73 Ca par contre, ça m’embête un peu plus. Juste parce que tous les deux, on utilise des samples charcutés. Hop, tu fais de la musique avec des voix hachées, c’est forcément du Prefuse73. Alors que cette démarche dans ma musique, pour moi, elle vient de groupes comme Digital Underground.
La seule constante de Prefuse73, c’est que ses nouveaux albums sont les mêmes que ceux d’avant mais en moins bien. (rires) En plus les premiers étaient plutôt bons. Après, c’est une référence pratique pour les journalistes. Ca,  Aphex Twin, ou Autechre… Des outils pour parler musique electro. J’ai lu sur des chroniques parlant de mes disques “on tient notre Aphex Twin français” ce qui est évidemment flatteur, mais nos musiques n’ont rien à voir. D’ailleurs cette phrase on la voit dans 1 article sur 3, à chaque fois que l’on voit une chronique sur un disque français affilié electro. Sur mon 1er disque, c’était l’avalanche de comparaison avec Prefuse73. Ce mec doit être le gars le plus cité dans la presse, niveau référence. Limite on parle plus de lui pour le comparer aux autres que pour ses propres disques, ça doit être déprimant (rires) Et pour le coup, quitte à écouter ce genre de musique, autant écouter MachineDrum, qui fait des trucs géniaux depuis le début des années 90. //merci tu me fais un super lien avec l’interview de Grems ahah// Oui, ils ont fait des concerts ensemble je crois, c’est une bonne idée, Machinedrum est top.


–       Pour revenir sur le son, ils viennent d’où tes premiers amours noisy ?

Je ne sais pas du tout. Ce n’est pas par rapport à des idoles, références ou autres. C’est juste une histoire de sensibilité je pense. J’adore le fait d’avoir une musique super violente qui sert une composition plus fragile, ou belle, ça met en valeur cette dernière. En plus, le son de la distorsion, je trouve ça très beau, c’est presque physique. Genre le dernier morceau de Tremens Industry qui est franchement porté là dessus. Donc voilà, c’est vraiment subjectif, je ne peux pas l’expliquer. Je n’ai jamais vraiment écouté de noise, ou des morceaux Shoegaze bien massifs.

Je n’ai pas vraiment le profil d’un connaisseur sérieux de musique d’ailleurs. Quand j’étais jeune, j’écoutais surtout des conneries, des choses “normales” de l’époque, genre Dire Strait, U2. Bon, je n’étais pas à fond non plus hein. Mais voilà, j’étais très Rock, et après pendant mes études de dessins j’ai rencontré des gens qui écoutaient que du Hiphop. Je ne connaissais pas du tout, ces mecs m’ont fait écouté Public Enemy, je suis devenu fou avec ça. C’était au tout début des années 90, car je ne suis plus un jeunot (rires) En parallèle, j’avais découvert le New Jack Swing aussi, Teddy Riley, tout ces trucs là, et j’ai vraiment adoré ça. Alors que bon, sincèrement, la plupart, c’est de la super merde (rires). Maintenant, j’écoute encore évidemment Public Enemy, mais le New Jack Swing, c’est juste pour me remémorer mes jeunes années, ou faire chier les autres (rires) J’adore A Tribe Called Quest aussi, intestable. Lord Finesse, Digital Underground. Cette époque d’âge d’or du Rap, c’était un peu la belle vie pour ces mecs aussi, à griller les samples comme ça. (rires)


–       J’ai l’impression que sous la noise de tes morceaux, il y a un humour toujours un peu présent, avec tes samples (comme celui de julie pietri) tes clips ou dessins. C’est important de pas sonner trop sérieux ?

Ah, oui vraiment. Ma musique est noire, mais moi je ne le suis pas. Je n’ai pas envie de cultiver le coté sombre juste pour le coté sombre. C’et un peu comme l’humour noir en fait. Même dans les morceaux les plus sombres, j’aime bien mettre un truc débile. Pour Julie Pietri, c’était parce que c’était esthétique. Mais pour le reste, caser des titres bizarres, des références à la con comme expliqué out à l’heure ou des samples de South Park. Même pour mes clips, certes ils sont dérangeants, mais j’espère que l’on voit aussi le coté un peu décalé des choses. J’aime bien prendre des trucs atroces pour en faire des choses marrantes. Pour Huge Radish Samourai, s’il y avait des humains dans le clip, cela serait horrible, alors j’intègre un radis mignon dedans, ou moi, courant avec un filet ridicule. Cette dualité, c’est ce qui me plait aussi.


–       Voir tes vidéos sur Nolife ou Canal+, ça a changé quoi ?

Pour Canal +, c’était juste une poignée de diffusion, même si c’était génial. C’est surtout NoLife qui m’a aidé, c’était incroyable, et beaucoup de gens me contactent en me disant qu’ils m’ont découvert sur Nolife. Et c’est bien, car cette chaine, ce n’est clairement pas le cœur de cible de ma musique à la base, vu qu’ils passent beaucoup de trucs japonais. Jpop and co, et pourtant, cela plait quand même. Ca me rassure, les gens sont ouverts, n’ont pas peur d’aller vers des trucs un peu plus décalés. Beaucoup de ceux qui m’ont contacté ni connaissaient vraiment rien en musique électro, ou n’en écoutaient jamais, mais accrochent quand même à fond sur ma musique. C’est une des plus belles récompenses ça !



“…le jour où j’aurai la capacité de faire des clips avec des robots Transformers géants qui se battent dans la rue et tout, je le ferai. Mais pour le moment je ne peux pas, donc je fais des escalopes…. !”


–       J’avais posé la question à Grems il y a quelque temps : comment se passe le taff dans le graphisme ces temps ci ? tu fais comment pour rester présent ?

Ben écoute, je fais des expos, un peu, mais ce n’est pas la folie. Le processus est lent. On essaie de m’imposer dans l’art contemporain, et pourquoi pas, mais je me heurte au coté, digital de mon travail. Tout ce que je fais, c’est grâce à mon ordinateur. La reproduction se démocratise, mais ce n’est pas encore ça, utiliser l’ordinateur dans l’art ne semble pas encore assez « légitime ».

Sinon, pour rester présent, je pense que Grems a choisi la bonne solution : il fait des expos, il sort des bouquins, il fait des trucs un peu partout, et surtout il gère son bizness tout seul… L’art contemporain, la Fiac tout ça, ce n’est pas vraiment un monde pour moi. Grems fait beaucoup de produits dérivés, de Tee-shirts, Swatch and co, ça aide énormément aussi. Moi je fais deux ou trois Tee-shirt, mais c’est le système à la demande, tout le monde peut faire ça. Même si ce système va se développer je pense. Pas forcément simplement pour les Tee-shirts, mais aussi pour les livres and co, édités à l’unité, ou par dizaine. Cela va démocratiser un peu le tout, je ne sais pas si c’est la meilleure méthode mais bon, ça peut aider.


–       D’ou vient l’inspi pour créer tes créatures. Tu fais vivre des objets du quotidien ?

(réfléchît pas mal de temps…) Je ne sais pas comment l’expliquer ça, sincèrement. //genre tu cuisines une escalope, et hop tu as l’idée de faire un clip ? // Non, pour ça, il faut surtout que je compose avec ce que je sais bien faire. Me limiter à ce que je sais dessiner. Le jour où j’aurai la capacité de faire des clips avec des robots Transformers géants qui se battent dans la rue et tout, je le ferai. Mais pour le moment je ne peux pas, donc je fais des escalopes (rires). Pour parler froidement, l’escalope, c’est un personnage qui n’a ni bras ni jambes, pas de visage, donc pour moi, créer ça, c’est facile. Comme pour le Radis d’ailleurs. Et en plus j’ai appris tout ça en autodidacte, tout seul. Je m’aperçois 5 ans plus tard qu’il ya des méthodes pour faire ce que j’ai fais en 5 secondes, alors que cela me prenait des heures (rires) Je deviens dingue, mais j’apprends seul. Donc c’est une grande partie de ce qui génère ce que je fais, je ne veux pas aller plus loin que ce que je sais faire. Le jour où je vais pouvoir faire un visage en 3d, avec des animations de dingue, on le verra. Mais pour le moment, ça serait franchement cheap et moche, donc je ne le fais pas.

Apres, pour toutes ces créatures, je ne peux pas l’expliquer, mais j’adore l’idée de toutes ces petites créatures rigolotes qui courent partout. Le radis avec ses deux jambes, c’est marrant, mais je le place dans quelque chose de très sombre au final, le pitch est d’une noirceur incroyable, mais au final c’est rigolo aussi… Comme pour l’escalope dans Tremens Industry, c’est un des clips dont je suis le plus fier, parce qu’il y a plein de choses à dire dessus, sur la folie, l’aliénation, l’image des autres and co, et c’est d’ailleurs mon niveau de lecture. Mais il y aussi le niveau de lecture rigolot, avec ce truc mignon qui bouge, « hey regarde ce mec il traine une escalope dans la rue au bout d’un fil ». Les gens peuvent prendre ma vidéo au sérieux ou au contraire d’une façon marrante, il n’y a pas de problème, je fais ça aussi pour cela !


Raoul Sinier – Tremens Industry (et son escalope donc)



–       Tu es déjà allé au japon je crois. Tu en retiens quoi ?

J’étais complètement dingue en allant là bas. C’etait pour un échange école, j’étais resté 15 jours sur place. Bon on avait quelques visites et compagnie, mais la plupart du temps, on était libre, j’avais adoré. En plus j’étais à fond sur les jeux vidéos à l’époque. Et avant, ils sortaient ultra en avance au Japon, par rapport aux sorties européennes. J’achetais Street Fighter II sur super Nintendo à import à 700 balles je crois, sur Paris. A un ou deux jeux par mois en import à ce prix là, tu imagines… je n’ai jamais compris comment je faisais à l’époque pour avoir autant de jeux, vu que j’étais trop jeune pour avoir de l’argent (rires) Donc au Japon j’avais pu me ramener des tonnes de jeux pour que dalle.

Bon sinon c’était surtout la ville, tous ces paradoxes, ces immeubles délirants et au milieu une petite bicoque, c’est génial, super niveau inspiration. Ca semble sans fond, comme si on ne pouvait jamais s’arrêter de découvrir des choses. Le folklore est tout le temps là aussi, mais c’est noyé dans un bordel moderne génial, comme la demoiselle en Kimono avec le portable de fou accrochée dessus. C’est quand même plus classe que nos costumes à nous (rires).


–       Entre tes machines qui hurlent et tous les monstres qui vivent chez toi, Tes voisins, ils vont comment ?

Ben écoutes, mes voisins ne savent pas ce qui se passe, je suis un voisin normal (rires) en plus je travaille chez moi, c’est souvent la journée, donc pas de soucis. Apres je comprends que c’est tentant de dire “chez lui ça doit être le merdier”, mais non pas du tout, mon appart est à peu près normal (rires) Tiens ça me rappelle, y avait un gars que j’avais rencontré il y a pas mal de temps, qui connaissait mon travail et m’avait dit vachement étonné “hey mais c’est génial, en fait tu es super gentil et souriant”, je lui avais répondu “évidemment, ça va, c’est pas parce que t’es comique à la tv que tu fais rire tout le monde au resto aussi” (rires)

C’est un peu dommage, car dès que tu fais quelque chose d’assez sombre, dans la tête des gens, tu dois forcément être tout blanc, tout déprimé. Au contraire, si j’étais comme ça, il me faudrait faire de la musique joyeuse. Après, on a tous ses doutes et ses faiblesses, quand je suis anxieux, je suis un mec super anxieux d’ailleurs, je ne peux rien faire de créatif. Au contraire c’est quand j’ai la patate que je compose mes morceaux les plus tristes et ceux qui ont le potentiel de te trainer le plus vers le fond.


–       Toi qui fait des covers tout le temps, tu ne voudrais pas faire un cover des Flight Of The Conchords ?

Ah j’adore cette série, c’est vraiment dommage qu’elle s’arrête ! Après pour une cover, je ne sais pas, musicalement ce n’est vraiment pas mon répertoire. Sauf le morceau Inner City Pressure, qui est incroyable (rires) Donc musicalement, pas franchement. Par contre les deux saisons de cette série, je les connais par cœur, j’ai même des expressions que j’utilise dans mon quotidien maintenant (rires)


–       Dernière question qui fait chier tout le monde mais que je pose tout le temps… Quelles sont tes influences ?? // Non… // Comment vous vous êtes rencontré ? //Non…// Est-ce que c’est l’album de la maturité (rires) ? //Non mais celle là il faudrait que je la pose un de ces jours… (rires) !! Donc oui, non, cite moi 3cd à conseiller, que tu aimes vraiment, vieux ou nouveau. Sans être trop corporate.

Ah la vache, pour moi c’est difficile cette question. Sans réfléchir trois plombes, le deuxième album de Redman ( Dare iz a darkside…), égalité avec le premier Wu Tang. Je ne comprends pas comment ils ont fait pour devenir ce qu’ils sont maintenant, mais à l’époque c’était incroyable. Ce Redman est vraiment génial aussi.

Apres… (Hésite longtemps) alors l’album Gumbo Millenium de 24-7Spyz. C’est un album de Rock Fusion, mais delà grosse époque fusion, genre Fishbone and co. Tiens j’aurais du dire Fishbone aussi (rires) Ce cd passe du hard rock au reggae ou métal, noise, r’n’b et soul sans faire exercice de style. Bon après le groupe a mal tourné, car le chanteur s’est cassé, et ils ont commencé à faire du métal banal. J’étais à la limite de faire une reprise de ce disque d’ailleurs, mais le chanteur est tellement hallucinant que j’ai laissé tombé (rires) Bon pour finir, évidemment, Radiohead. Pas tout, mais à partir du moment où ils ont commencé à être bizarre.


– C’est marrant, tu ne cites pas un disque électronique ?

Oui, parce que la musique électronique ne me parle pas tant que ça. Enfin c’est le terme « musique électronique » qui ne me parle pas. Le grand point fort de la musique électronique, c’est que c’est un genre qui ne désigne pas une musique, mais une technique de production. La musique électronique est partout et nulle part en fait. C’est surement le seul style comme ça. Genre du Reggae, tu pourras faire un truc qu’avec des ordi, ça restera du reggae. Alors que « musique électronique » ça ne défini qu’une technique de production, donc ça regroupe autant des morceaux à la Squarepusher avec un niveau de composition incroyable et compliqué, limite musique classique, et à coté un truc tout pourri fait en trois secondes. Pour moi c’est le seul style musical, avec ce terme qui te dit « ben on ne peux pas te définir, c’est juste que c’est fait avec des ordinateurs ». Alors que moi ce n’est pas l’ordinateur, mais la musique qui en sort qui m’intéresse.

D’ailleurs quand on me demande quel style de musique je compose, je suis toujours dans la merde (rires)






Raoul Sinier – Strange Teeth & Black Nails





Raoul Sinier – The Hole






Raoul Sinier – Wonderful Bastard









Raoul Sinier interviewed by Dat’ / Chroniques Automatiques

English saviour is Darren_w

Pics by Dat’

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  1. wony Says:

    Chouette itw.

    Toujours aussi sympa et posé raoul.

    Vraiment en attente d’un nouvel album.

  2. Ropearound Says:

    Oui vraiment cool cette interview
    Le nouveau morceau est bien, si le disque est dans le même type, ça peut être vraiment cool

  3. italik Says:

    Nice ! vraiment sympa à lire

  4. waxk0 Says:

    Juste pour info, le “crime de majesté” n’existe pas. C’est plutôt un “crime de lèse-majesté”.

    Sinon, c’est tout cool =)

  5. Dat' Says:

    Ahahah effectivement, j’ai loupé ça (entre autre)

    Dat’

  6. J. Says:

    Ce nouveau disque est vraiment excellent
    Et effectivement, découvert sur nolife pour ma part ^^

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