Actress – R.I.P


Silent Hill



J’ai longuement bassiné avec le Uk garage et ses dérivés Bass dans ces pages, mais je n’ai pourtant jamais abordé le sujet Actress. Ce jeune Londonien avait explosé en 2010 avec un deuxième album, Splazsh, qui ne m’avait pas vraiment retourné. C’était bien foutu, plutôt beau, tout le cahier des charges était rempli. Mais je n’arrivais pas à être passionné. Reste que le bonhomme semblait clairement maitriser son sujet, et que ses prochaines sorties risquaient de casser la baraque. Le mec à passé deux ans à naviguer entre la production d’une nouvelle galette, des tracks pour le (très bon) projet de Damon Albarn DRC Music, et des remixes pour Radiohead ou Panda Bear…

Actress a d’abord secoué les forums à l’annonce de son nouvel album, chaque topic intitulé Actress – R.I.P était suivi d’un bon nombre de messages façon “putain j’ai cru que le mec était mort”. Pas de débat sur la pochette par contre, ce qui est étonnant, vu que pour moi le truc ressemble à un dérivé du logo des jeux olympiques de Londres, avec un dessin presque aussi déviant sexuellement. Mais je dois avoir le mal d’esprit tourné.







L’album semble partager entre deux styles de morceaux. Les ambiants beatless d’un coté, extrêmement atmosphériques et mélodiques, et les house-techno étouffés de l’autre, musique de club coulée dans le béton. Ascending sera une très bonne représente de R.I.P, mélangeant parfaitement les deux styles. Techno ouaté au beat tellement brumeux que l’on ne l’entend presque pas, réduit à une pulsation cadavérique, alors qu’une mélodie cristalline fait son office, et progresse doucement vers les nuages. Marble Plexus fera plus penser à du Echospace, entre le rythme doucereux, les grésillements et parasites flirtant de toute part, et une mélodie bien moins évidente à attraper. Serpent prendra la tête de tous ceux qui ont mis un pied à Tokyo, car le “bruit des feux rouges” tokyoïtes, qui nous insurgent de traverser en tant que piéton, est présent sur tout le long de la piste. Ca dérange un peu et c’est dommage, tant la progression du morceau est belle, avec ces nappes qui n’en finissent plus de grandir, ayant pourtant commencé comme simple point à l’horizon.

Shadow From Tartarus servira une techno caverneuse, comme si le Flashback de Laurent Garnier était noyé dans la flotte, dans un bocal lui même enterré 6 pieds sous terre. Raven tapera dans le rachitique expérimental pas dénué d’intérêt, là où Caves of Paradise fera directement penser au dernier Ep de sieur Burial. A dire vrai, la seule piste réellement house, qui ne se cache (presque) pas devant des apparats étouffés est The Lords Graffiti, parfaite track club à la mélodie et claviers imparables. Un vrai petit tube qui trancherait presque avec le reste de l’album, mais qui donne un coup de fouet au tout. Le dernier morceau, Iwaad, mettra tout le monde d’accord, entre techno neurasthénique presque Trance et réminiscences Uk Garage à te dresser les cheveux sur la tronche.

De l’autre coté, on a des divagations beatless, encore plus éthérées, pas loin d’un duo Warp-ien adepte de clochettes (suivez mon regard). Uriels Black Harp aurait pu se trouver dans la BO de Tekkonkinkreet sans soucis, avec ses notes de synthés qui n’en finissent plus de tomber, le tout mâtiné de grésillements bien crades. Jardin commencerait presque comme un morceau du chat Nora sur son piano, va petit à petit muter en complainte à la Plaid, façon 35summers, caverne de crystal où les gouttes d’eau glissent avec grâce sur les stalactites de glace. C’est très beau, même si l’on est interloqué sur la première minute. La litanie prend du galon, se concrétise, et emporte. Cette petite boite à musique malade volera plus d’un cœur.
Ok, Holy Water et Tree Of Knowledge ne passionneront pas des masses. Mais Actress remportera tous les suffrages avec N.E.W, superbe tirade ambiant mélodique, longue fresque où une mélodie se baladera en ajoutant des notes à droite et gauche de son escapade sonore. Cela aurait pu être le morceau de conclusion, le choix de finir l’album sur un morceau uptempo après celui là étant d’ailleurs assez étrange.





Actress sort un album étonnant, comme coulé sous une dalle de béton. Techno faisait autant penser à Echospace qu’à Plaid, lorgnants parfois vers des rives dancefloor mais ne se privant pas d’incartades experimentales, le disque s’offre le privilège d’être beatless sur 50% de ses morceaux, ce qui n’est pas une proportion négligeable. Pourtant, tout coule dans nos tympans sans heurt sur 60 minutes, tant le tout est homogène par ce coté musique dans le brouillard, qu’elle soit parasitée par un beat house ou réduite à une simple mélodie. On pense aussi à Burial, on pense à Braille, on pense à Jacques Greene. On pense aussi au précédant Actress évidemment, mais donnant sur un tout de plus belle facture, riche dans sa simplicité, dans cet enchevetrement de tracks perdues sous la pluie. Ecouter cet Actress, c’est un peu comme trainer dans un club après ingestion de calmant, à vouloir se noyer dans la machine à fumée qui s’escrime à engloutir le dancefloor avec ses volutes. On cherche sa Mary dans une purée de pois grise et poisseuse sans trop y croire, fantasmant sur une Maria perdue dans une techno brumeuse et fascinante.

Actress sort un disque qui laissera pas mal de gens de marbre, mais pourrait aussi être considéré comme un classique à la fin de l’année, tant la singularité de ce LP est forte. Une vraie réussite.










15 Titres – Honest Jon

Dat’

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  1. nil Says:

    Je suis surpris de ne pas voir le mot “Autechre” apparaitre dans ta chronique.
    Excellent album !

  2. Dat' Says:

    Et bien, tu ne crois pas si bien dire, car en appuyant sur “publier”, j’écoutais certains morceaux et je me suis dis “marrant, je n’ai fais aucune comparaison avec le Oversteps d’Autechre, alors que c’est un peu le même trip”
    Un peu par flemmardise, je n’ai rien édité, mais j’y ai pensé !

  3. Gee Says:

    Mon com n est pas passer.. :s
    En gros je voulais dire que j aimais bien globalement que je trouvais ca moelleux , assez bien trouvé et tout mais qu il manquait la touche de poésie, de génie qui propulse le tout vers les etoiles, qui fait la difference a la seekae.. cest un album sympa pour moi mais pas tres marquant.

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