µ-Ziq – Chewed Corners


Never gonna lose your love



Sincèrement, j’ai attendu ce µ-Ziq avec la même, si ce n’est plus, impatience que le nouveau Boards Of Canada. Certes, la campagne marketing fut moins épique, certes le bonhomme n’a pas l’aura des écossais, et oui, Mike µ-Ziq Paradinas n’avait pas littéralement disparu de la surface de la planète. Mais au final, il n’y a pas eu de vrai album estampillé µ-Ziq depuis 2007, une plombe dans le monde de la musique électronique. Et dieu sait comme ce Duntisbourne Abbots Soulmate Devastation Technique était grand, un vrai disque malade, cancéreux, hanté, en rupture totale avec ce que faisait Paradinas jusqu’à lors (en décalage même avec son label, en pleine période Dubstep à l’époque).

Mais de l’eau à coulé sous les ponts, et Planet-Mu, bastion de l’Idm, puis du breakcore, puis du Dubstep, est devenue, en Europe et au Japon, la référence du footwork/juke depuis quelques années, en important avant tout le monde les grosses sorties officielles du mouvement (les Bangs & Works, les disques de Dj Diamond, Nate, Rashad, Traxman, Yung Smoke…). Les artistes maisons du label sont eux aussi tombés dans la marmite footwork, pour offrir une musique moins dure et épileptiques que les puristes, grâce à un acquis electronica non négligeable. De ce mélange batard est sorti de belles galettes, comme le LP de Machinedrum, celui d’Ital Tek et surtout le Severant de Kuedo, véritable déflagration dans mes oreilles, autant qu’un Untrue de Burial, ou un Bad Thriller d’Abstrackt Keal Agram.

En 2013, après tant d’années de silence, µ-Ziq nous a servi un excellent album de vieilles compositions inédites, et un sympa disque house-pop (Heterotic) en compagnie de sa femme et du chanteur de Gravenhurst. Mais c’est clairement son Chewed Corner que j’attendais la bave aux lèvres, annoncés à coup d’extraits ravageurs. Et, selon les dires de Paradinas lui même, le LP serait hautement influencé par Kuedo, le tout plongé dans une bassine d’electronica mélodique.






Et cette influence, on la sent, omniprésente. Que les allergiques aux rafales de snares et boites à rythmes survoltées passent leur chemin, car l’on trouve dans Chewed Corner de quoi bien se faire brutaliser la colonne vertébrale. Mais avec prestance, toujours. Car dans ce disque, point de footwork hystérique et débilitant. La démarche est similaire à celle de Kuedo. Garder une ossature flinguée, malaxant les Bpm comme les cons dans un porno slovaque, mais sous une belle couche de mélancolie.

Preuve en est avec l’ouverture Taikon, qui aurait clairement pu se glisser sur Severant sans aucun problème, tant l’ambiance “blade runner vs uzi rythmique” renvoie au diamant de Kuedo. Même chose pour Christ Dust, et son final traumatisant, façon vaisseau mère qui se pose directement sur tes esgourdes. Wipe sera le premier titre à se détacher un peu du modèle, en tentant de porter la bass music sur des terrains plus µ-Ziq : le tout va troquer ses apparats futuristes pour une direction plus putassière, synthés kitsch cosmiques qui vont s’échouer sur un final complètement nauséeux, comme si The Underdog Project tentait de faire un live après avoir avalé 3 packs de bières. En mode severant-juke, on a aussi les imparables Twangle Melkas ou Ticly Flanks, parfaits pour remuer ton body en contemplant les étoiles.

Mais Paradinas n’est pas l’un des dieux de l’électronica pour rien. Et il ne va pas, sur ce LP, s’escrimer à décliner la recette de Kuedo sur un long format, cela serait trop facile, en plus d’être stérile. Alors toi qui veux de la belle IDM, de la mélancolie en pagaille, des productions pleines de mélodies cristallines et de tirades émo, ouvre les bras, Paradinas t’emmène en voyage.

Déjà, tu as Mountain Island Boner, qui fait bien plus que de l’émo. Le mec le fait en sachant pertinemment que cela va marcher. Trop facile. Mais tellement bon. C’est un peu comme si U-ziq remixait le thème d’Urgence et d’Hartley Cœur à Vif (il paraît que c’est l’hymne des Chicago Bulls aussi), en mode Warp nineties, pour finir sur un footwork flingué. C’est beau, ça te fait rêver, c’est ultra régressif, dans le sens où tu penses à ton adolescence un peu inconsciente, à rigoler avec tes potes en buvant des bières, loin de tes problèmes d’adultes.





On le sait, Mike Paradinas, tout comme son pote Aphex Twin, n’a jamais pris le game de l’IDM au sérieux, distillant toujours un peu d’ironie ou d’humour dans ses disques. Il s’est de plus toujours posé assez loin des expérimentations fractales de ses collègues, privilégiant souvent les rythmes binaires et teintes parfois cheesy. Chewed Corner continue dans cette branche, et balance de sacrés putain de trésors. Des exemples ? Houzz 10 a pourri mon été, j’ai chanté ce morceau sous la douche, au bureau, dans le métro, partout, partout, partout. C’est une synthèse entre le vieux U-ziq avec des mélodies sublimes, le Paradinas cancéreux du dernier LP avec ces synthés déstabilisants, et le musicien adulte, qui n’a plus rien à prouver, tout de house candide et bondissante. Ce morceau est superbe, longue montée un peu cheap mais hypnotique, avec ses claviers imparables, tubesques, ce truc qui te donne envie de danser dans un club en te marrant comme un débile à tourner sur toi même en fixant les stroboscopes. Ouai c’est exactement ça. Ce morceau me donne envie d’entrer en rotation, les bras écartés, en gueulant comme un con. Le genre de tracks qui te fait sentir gamin, qui te lave le cerveau, qui te rempli les poumons de lumière. A courir dans les hautes herbes, le froc plein de terre, en tentant de rejoindre ta cabane alors que tes potes te canardent avec des bombes à eau. Normalement, je te parle de club dépressif, de dancefloor drogué, de camés et mini-jupes. Mais pas ici. Là c’est club amoureux, club lumineux. Le bonheur.

Tu as aussi Melting Bas, qui est aussi complètement ahurissante. Je vais vous faire une confession. Je n’ai jamais vu un seul épisode de Game Of Throne. Les trucs médiévaux/heroic fantasy, ça me fait chier. Mais vu que je n’ai jamais croisé quelqu’un m’ayant dit que Game Of Throne, c’est nul, je vais surement m’y mettre un jour. En plus, il paraît que Hannah Murray apparaît dedans. Reste que, on me soutient souvent que cette série est le symbole de l’épique-badass. Moi je réponds que non, parce qu’il y a The Shield. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que je n’ai pas beaucoup dormi donc je divague, et aussi car Melting Bas est un truc héroïque, une chute electro-techno-hypnotique folle, ce morceau, il ne te plante pas des ailes d’ange dans le dos. Non. Il te les brule avec un chalumeau, puis il te fout un coup de pied dans le bassin pour que tu chutes dans un ravin sans fond. Les ténèbres, ça fait peur, mais tu trouves ça beau.

Monyth fait son petit effet aussi, bien trop courte, mais tellement parfaite. Ces hululements, ces notes cryptiques, qui t’enveloppent, qui résonnent. Tu as l’impression de perdre son pucelage dans une caverne de glace, l’extase.

Et il y a, évidemment, pour conclure le disque, la fameuse Weakling Paradinas. La track que tout le monde attendait après avoir entendu les premiers jets du LP. Le morceau qui tournait sur les rips youtubes, celui que tout le monde avait sur le bout des lèvres. Pour faire simple, c’est le tube dance débile kitch old-school émo cristallin electronica de l’année. La mélodie toute simple, les claviers super candides, le beat binaire et lineaire. Mais bordel, quel ravissement. Quelle envolée. Vers les étoiles, vers le cosmos, vers le destin. Ce morceau, c’est des chats mignons qui volent au dessus de ta ville en chiant des arcs en ciel de cœurs. C’est danser avec l’amour de ta vie en bouffant de la barbapapa. Mais c’est aussi un peu triste. Pas dépressif, juste légèrement mélancolique, la larmichette qui te tord le bide, même si tu as le sourire aux lèvres. Putain, mais tu entends cette mélodie, ce truc fou, qui te donne envie de câliner le monde, même si ce dernier est en train de pourrir ? C’est une conclusion délirante, épique, un peu débile, pourquoi pas banale, carrément niaise, triplement émo. C’est forcément à la limite du bon gout. Mais moi, ça me fait rêver. Pendant plus de 7 minutes. Prendre son pied, bien accroché à son canapé.





C’est assez rare pour l’admettre, mais j’ai pour une fois cédé aux sirènes du dématérialisé, le LP Chewed Corner étant accompagné, sur le shop de Planet Mu, d’une mixtape comprenant plus d’une quinzaine de morceaux inédits de Paradinas (surement des reliquats de l’album), certains étant vraiment beaux. Un deuxième Lp en bonus, ça ne se refuse pas.

Chewed Corners est surement bien moins dérangeant et singulier que Duntisbourne Abbots. Il n’a pas non plus la rage sourde de Billious Path, et les rêveries IDM d’antan se trouvent lovées dans la compilation Somerset Avenue. La forte influence de Kuedo sur ce disque pourrait être critiquable, tant certains morceaux pourraient être labellisé Severant, mais quand la perfection copie la perfection, il n’y a pas de raison d’être chafouin. µ-Ziq semble ode toute façon offrir bien plus que ça avec son nouveau disque. Certes, on a une relecture du mouvement footwork/juke, dont il semble fondu depuis quelques années,  mais il y a surtout une envie de balancer des morceaux sans se prendre la tête, avec cette forte impression que le mec n’a plus rien à prouver. Il veut faire copuler morceaux vrillés et épileptiques avec des fresques dance-émo-puputes ? Pas de problème, tapis rouge. Il veut nous demander de l’aider à choisir les morceaux qui seront dans l’album, en teasant comme un enfoiré ? Avec plaisir, on en redemande.

Duntisbourne Abbots fut un vrai pavé dans la mare à sa sortie, me choquant pour bien des années. Ce nouveau disque semble assez loin de cela, ensemble disparate extrêmement plaisant  mais ne cherchant jamais à être révolutionnaire, ou à s’affranchir de quoi que ce soit. Juste à draguer les tympans et coller des papillons dans le ventre. Un beau projet.


Reste qu’en concentrant footwork atmosphérique, Idm mélodique, dance émo et techno hypnotique, Chewed Corners est un sans faute, une petite merveille de galette électronica qui tombe à pic pour les amateurs du genre. Une musique touchante et joyeuse, riche comme la mort, bourrée de détails et de surprises.

A l’instar du Boards Of Canada sorti plus tôt dans l’année, on a vraiment besoin de disques comme ce Chewed Corners en ces temps instables. Une des belles sorties de 2013.






µ-Ziq – Houzz 10






µ-Ziq – Taikon






14 titres – Planet Mu

Dat’

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  1. Fozzy Says:

    Je l’avais écouté un peu rapidement quand ton article était sorti, mais j’étais assez vite passer à autre chose. Mais je l’ai réécouter dernièrement et au final ce lp est énorme ! Melting bas est epic au diable, et cette conclusion est juste absolue !
    C’est impressionnant la sensation de facilité qui se dégage du disque. Sur des tracks comme houzz 10, le mec sait parfaitement que ça va être imparable, sans discussion possible.
    Une superbe cro’ pour un album très bon album ! Comme d’hab, merci !

  2. best hands for clocks Says:

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