Andy Kayes – Invisible



Mes-âmes et mes-cieux







Chez Manimal, tout est une histoire de transformation. En faucon pour s’introduire dans une usine et dérober des documents secrets, ou en panthère pour filer des coups de tatanes aux dangereux gangsters ayant eu la mauvaise idée de souiller la permanente de miss Brooke Mc Kenzye. Le mec était chaud comme la braise, jamais avare de mutations express hors champ camera, et c’était le bon temps, celui des gouters en bouffant des croissants devant Téléchat et Club Sandwich, des courses de trottinettes et des bonbons drôlement cools (Ouai, ceux d’aujourd’hui sont à chier, faut pas chercher plus loin le pourquoi de la sur-consommation d’alcool chez les tout jeunes).
Mais Manimal c’est aussi un groupe de Métal français qui vaut le coup d’oreille, se transformant parfois en Psykup. Sinon, il y a pleins d’autres groupes se prénommant Manimal, Animal Instinct, Instinct Animal, Instinct Male Animal, Manie Mal Ton Instinct, Manimal Maximal Mal d’Intestin et j’en passe. Et ce qui est problematique, quand il y a pleins de Manimals qui mutent en félins rédempteurs ou qui font de la musique, c’est que l’on ne sait plus qui est qui, et c’est drôlement le bordel.


C’est sûrement pour cela que Manimal Instinct à décidé de prendre sa forme finale, et d’opter pour un nouveau pseudo. Andy Kayes, ex Manimal Instinct donc, est un rappeur lyonnais gravitant depuis quelques années dans la sphère des Gourmets, posant sur pas mal de morceaux de ses derniers (Dont le classique “Ton Hiphop une grande fête”, ou “L’animal t’observe” et son instrue hypnotisante) Mais ayant surtout un sorti un mini album bien sympa en 2006, Retours aux sources – Back To the Primitives, gratuit et toujours téléchargeable ici même, contenant son petit lot de jolies claques (“Time”, “Who’s This”, “Dreams”…). 2009, un nouvel Ep, Invisible donc, sur Gourmets Recordingz.

L’autre particularité de Mani…euh Andy Kayes, c’est qu’il cultive lui aussi l’art métamorphose : Il passe de l’anglais au français sans problème d’un morceau à l’autre, permettant de s’adapter à toute situation présentant un danger imminent : Pouvoir négocier avec un fan de Manchester défoncé à la biere venu foutre à sac la place Bellecour, prendre l’eurostar sans flipper de savoir comment acheter son billet retour, faire croire à un anglais ayant les froggies en horreur qu’il vient de Southampton, jongler avec le charme français / anglais pour entourlouper la belle d’un soir… Bref que des trucs super utiles, tout du moins bien plus que de se transformer en loup pourri dans une serie qui n’a pas eu assez de thune pour tourner plus de 8 épisodes.
















Le premier Ep du lyonnais avait son petit tube, Who’s This. Invisible, lui, a Along The Way, imparable morceau à l’instrue nickel (handclaps, samples tordus, ensemble immediat ) et au débit continu. Première remarque, Andy Kayes semble avoir bossé son flow, super soutenu sans jamais bouffer un mot, avec un anglais parfait (J’ai fais le test en soumettant le tout à un pote américain, il a jamais pu deviner comme le bonhomme venait de France, ce qui est assez rare pour être souligné). Deuxième chose, Bonetrip’s, beatmakeur attitré des Gourmets, semble bien en forme dans le traitement des samples comme dans sa manière de porter un chorus que l’on aurait presque envie de chanter dans la douche. Il s’occupe d’ailleurs de toutes les prods de l’Ep. Sinon, ouai on claque des doigts dans le métro, et on bouge une nuque qui ne demandait que ça pour évacuer le stress des étouffantes mégalopoles. Difficile d’en dire plus, ça passe super bien, et on mesure le gap passé entre les deux sorties de Mani-Kayes.

Toujours en anglais, d’une façon plus posée, le morceau titre Invisible se reposera sur des notes de guitares acoustiques passée à l’endroit, envers et diagonale, débouchant sur un refrain aux synthés aériens pour un texte assez désenchanté sur la solitude. Le ton général de l’Ep, niveau texte, est d’ailleurs beaucoup moins enjoué que le précédant, Andy Kayes laissant sa plume s’ébattre sur des terrains plus acerbes et désabusés, en n’hésitant pas à aborder renoncement et repli sur soi.
L’excellent Ma Fourmilière en français, en sera le parfait exemple, le rappeur débattant sur la morosité et les pièges d’une vie banale, relations biaisées, poussant à la claustration et à l’inévitable fléchissement moral. “La fiction ne répond plus comme ces soirs de crise où l’on s’adresse à dieu / à l’aube ne me parle pas, j’suis nerveux dans les transports / j’vise l’heure pendant que l’avenir ouvre le 20 minutes à la page des sports / Derrière nos formes, entends nos cris là où les fous sont rois / Pas de Roméo ici, les filles s’mefient si tu te montres trop courtois” “Moi mon adolescence, j’ai vécu ça comme une mauvaise grippe / Un mauvais film où les acteurs t’écrasent si tu ne sors pas tes griffes / J’connais mon script, le temps nous berce avant que les yeux se ferment / Ma mère aurait souhaité un fils médecin, elle n’a eu que les cernes” L’instrue est vraiment belle, bourrées de détails, entre beat bien sec, clochettes discrètes, choeurs étouffés et surtout des lignes de violons qui prennent de l’ampleur à mesure que les lyrics poisseux t’étouffent. Le break du milieu de morceau est parfaitement placé entre les deux salves de noirceur, pour un morceau qui se pose comme un parfait pendant de “L’intervalles de sécurité” des Gourmets.
De l’ardoise à l’ordinateur permettra d’aérer les esprits avec une prod plus légère, genre funk digital en slow-motion avec un rythme qui claque comme la mort, sur un texte en mode regard sur soi/autocritique excellemment bien foutu.

Bon tout ça, c’est bien, mais il y a un titre qui domine les (d)ébats, qui écrase l’Ep de toute sa prestance : One Life One Shell. Pas difficile, c’est en grande partie grâce à la production, en constante évolution, encore pleine de détails. Ne vous attendez pas à un rollercoaster expérimental, ça reste normal dans son ensemble, mais tout s’imbrique à la perfection. Mélodie au piano, limpide, cristalline, qui vient directement squatter le cerveau. Rythme cinglant, tranquille, impeccable métronome. Puis des choeurs candides viennent se greffer, le refrain débarquent et te paie une tournée de cordes tristes. On remballe pour un deuxième couplet, ça repart pour un tour, mais cette fois un petit violon se trimballe dans tes oreilles en sautillant gaiement, avant de se faire jarter par ses grands frères qui te chialent à la figure. Et ça se nécrose sur une gratte acoustique mélancolique évidente, et une dernière petite excavation princière. Bonetrips peut prendre des vacances, il s’est déchiré. Manimal pose en anglais, avec un flow un peu diffèrent et plus appuyé, presque Uk Garage dans sa façon de déclamer certains mots. “My world spin like a cylinder”. Ouai ben nos tympans aussi.
Et pourtant, je suis tout colère. Car ce One Life One Shell existait dans une autre version trainant depuis un bail sur son myspace, avec une sublime instrue électronica, bourrée de nappes planantes et de synthés en 3d d’une profondeur assez énorme. Un vrai ravissement, une petite tuerie qui tourne sur mon player depuis un bail et parasite sans pitié mon top last-fm, mais qui a du être abandonnée pour l’Ep car blindée de samples non clearés. Tant pis, on s’en remttra, mais c’est vraiment dommage. Cela aurait été cool de la foutre en ghost track. La bonne nouvelle, c’est que les deux versions du morceau sont énormes, impossible à départager, l’une officiant dans une progression acoustique de haute volée, l’autre dans un écrin Hiphop électro comme on en entend pas si frequemment. Et dieu sait si j’ai flippé en entendant les premières notes d’un piano qui n’avait, au départ, rien à foutre là. Mais non rien à dire, la nouvelle version est au moins aussi belle que l’ancienne.
Alors au pire, allez voir Andy Kayes en concert après avoir préalablement passé un coup de téléphone à M6 en leur promettant quelque chose d’énorme histoire qu’ils ramènent leurs cameras, demandez à l’artiste de passer cette version électro du morceau, elle aurait tellement de succès que les Tv vont halluciner puis le passer en boucle au 20 heures, le label gagnera alors plein de fric, pourra clearer le morceau, vendre des disques dans le monde entier, puis on pourra dire que l’idée vient des Chro Automatiques, je deviendrai riche aussi et je pourrai racheter Pitchfork.com et promis vous pouvez poser des congés car on fera tous la grosse fête pendant un an non stop, un beau projet. (Vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire dans les commentaires)









Au final, Andy Kayes nous sort un nouvel Ep plutôt bien foutu, en prenant la voie vraiment bien venue de l’introspection, avec des textes taillés à la serpe et des instrues qui valent souvent le coup d’oreille, mitonnées avec préciosité. Au final, seul l’un peu morne Seul les cafards survivront fait la gueule, pas à cause des lyrics, toujours aussi bien sentis, ni de la participation de Liqid, toujours aussi incisif, mais justement à cause d’une instrue beaucoup plus linéaire et décharnée. Qui colle certes au thème, mais tranche avec l’évidence et la richesse de ses camarades. (en première ligne les Ma fourmilière et One Life One Shell, évidemment) A l’écoute de L’ep, les désireux d’un hiphop sobre et bien foutu seront aux anges, les autres partiront en courant. L’avancé/fossé entre les deux sorties du bonhomme est clairement palpable, ce qui n’augure que du bon pour la suite.

Ah oui bon par contre c’est con, mais l’Ep n’est dispo qu’en digital, même pas de 12″, ça fait un peu chier. M’enfin ce n’est pas grave, faut s’y habituer, le prix est bas en plus, et je suis désabusé depuis que je sais que le rayon disque de la Fnac va bientôt disparaître, genre dans 2 ans max, il n’y a que CD1D et Norman Records qui ont tout compris et qui deviendront les nouvelles têtes pensantes de la vente musicale gravée sur galette, pendant qu’Itunes tuera tout le monde, et se retrouvera greffé sur la peau des plus récalcitrants pour les transformer en robots, les humains se terrant dans les souterrains d’un désert ravagé en attendant le sauveur comme dans un film raté. Et puis c’est pas grave, on a déjà plein de Cd et on peut se faire un tapis avec, et se rouler hystériquement dessus en rêvant de feu Virgin-manhattan, ce qui est plutôt cool.


En attendant l’apocalypse, Invisible est une excellente nouvelle balise dans la voie alternative que se trace Andy Kayes au sein du Hiphop français, entre introspections mélancoliques et descriptions lucides, le tout sur des instrues d’un Bonetrip’s en grande forme. It worth a click, comme dirait l’autre. Un excellent Ep sans prétention et discret, mais suffisamment bien troussé pour ravir les amateurs du genre, en espérant enfin avoir rapidement l’occasion d’entendre Andy “Manimal” Kayes sur long format, sa plume et sa capacité de switcher de l’anglais au français ne pouvant être que des avantages pour pondre un album que l’on attendait déjà de pied ferme à l’aube de son Back To the Primitives.













Andy Kayes (Manimal) – Time
Extrait de son premier Ep “Back To the primitives”, toujours dispo gratuitement sur son site…












6 Titres – Gourmets Recordingz
Dat’












  • Share/Bookmark
  1. mat, visiteur Says:

    Salut Dat.
    D’ou vient le sample du choeur de femme dans “time”? Je connais mais impossible de retrouver d’ou ca vient.

  2. mat, visiteur Says:

    A oui, I monster – heaven
    Désolé !

  3. reqme, visiteur Says:

    oh justement, la derniere fois que jai chercher des news sur ce type, je suis tomber sur du metal. je trouvais le changement de style bizarre.
    il avait juste change de nom ok! bonne nouvelle ce nouvel album!
    @+

  4. MonsieurOiseau Says:

    Je connaissais pas, mais là j’suis en train d’écouter back to the primitives, et j’adore ! Je vais donc jeter une oreille à ce Invisible ^^

  5. Syl20, visiteur Says:

    JE me souviens l’avoir vu en live avec les gourmets à l’époque Manimal et ppffff quelle énergie sérieux, j’avais trop passé un bon moment!

    Tout ce que je souhaite, c’est que Gourmetz recording prenne plus d’ampleur parce qu’il y a vraiment des artistes qui valent le coup sur ce label (Andy Kayes en fait parti).

  6. thomthom Says:

    Hello ! Le bonhomme a l’air d’avoir sorti un nouvel album. Ça mérite bien une bonne petite chronique ça :)

  7. Tai game thien long bat bo 3D Says:

    This is a good influencing take on this specific thought. I am glad you shared your thoughts as well as ideas and I find that i am in agreement. I certainly like the straightforward writing additionally , the work youve you spend working on this post. A great many thanks yous for that great work and great luck with your web site, I will be looking forward to new subjects in the future.

  8. Tai game Talking Tom Cat Says:

    Me nevertheless prepared to youll. This can be the type of hand to get certain do that your current difficulties false information absolutely electronic many blogs and forums. Be thankful for very own berbagi this method top doctor.

  9. Tai game quy chien tam quoc Says:

    This could be the appropriate blog for everyone who hopes to be familiar with this topic. You are aware of a great deal of its practically hard to argue along (not too I personally would wantHaHa). You definitely put a brand new spin on a topic thats been written about for several years. Great stuff, just excellent!

Leave a Reply