Phon.o – Cracking Space Pt 1 & 2

Posted in Chroniques on July 7th, 2014 by Dat'


Realest Ever Lived



Après avoir choqué mes tympans en 2012 avec Black Boulder, un des tous meilleurs disques de Uk Garage depuis des lustres, Phon.O s’est calmé, tapis dans l’ombre de 50weapons, le label aux releases pachydermiques de Modeselektor. Il s’est bien glissé dans quelques compilations, mais à part un petit Ep d’inédits, pas grand-chose à se mettre dans le citron. Reste qu’au bout de 2 ans, il faut bien nourrir la masse, et on était curieux de voir le visage qu’allait prendre la musique de Carsten Aermes. Car il ne faut pas oublier qu’avant de proposer un 2-step riche et racé, Phon.O était considéré comme terroriste au milieu des années 2000, avec une musique rouleau compresseur bien loin du calme proposé aujourd’hui.

Il fallait bien 2 EP (Cracking Space pt 1 & 2) sortis coup sur coup pour comprendre que le producteur veut continuer le travail entamé sur Black Boulder, tout en laissant poindre un amour de plus en plus pressant pour la fragilité. Mais est-ce toujours aussi beau ?








Le premier single, Moonwalk, accompagné d’un sacré clip mélangeant les deux choses les plus cool du monde (des chats et des lasers), nous laisse arpenter un chemin rassurant mais diablement bien foutu. Intro lunaire, voix pitchées d’anges déchus, le rythme est 2step, clairement burial-isé (même si ce dernier commence clairement à sortir du modèle qu’il a lui même créé). Bassline du tonnerre, pulsation sourde, longue progression discrète mais superbe, Moonwalk est une pastille parfaite, respectant à la lettre le sempiternel cahier des charges du Uk Garage. Pour la surprise, on repassera, mais pour prendre son pied, c’est impeccable.

Et clairement, sur les deux EP, la moitié des morceaux ne sont pas là pour instiguer révolution, mais pour titiller les colonnes vertébrales. Here Now feat Bass Sekolah, Uk émo avec chant, est beau comme la mort, encore plus réussi que les incursions vocales sur le précédant LP. Rythme plus enlevé, synthés lunaires, mélodie de folie, on est au niveau d’un Moderat des grands soirs, un truc qui donne envie de chialer et file la frousse. Voix cristalline, track quasi club, le tout s’envole dès la moitié, pour ne plus jamais redescendre, avec un final épique. Folie. Balance ça dans un concert, que le peuple entre en transe.

Whi5tleblower servira lui aussi un met rassurant, Uk garage grandiloquent, charge militaire héroïque balayée par la mort, mélodie qui n’en fini plus de monter, on est certes toujours dans la même ligne que précédemment, mais avec des détails qui fourmillent dans tous les sens, comme ce synthé fou qui déboule vers les 4min, et jette le morceau dans un bordel de salopard, avec un dernier tiers massif, écrasant tout ce qui bouge, aux beats tabassant les viscères. Chialer tout en te faisant marcher dessus, c’est possible. Phon.O semble maitriser mieux que personne la recette du 2step émo et gargantuesque, boss du uk game.

Mais le bonhomme ne veut pas seulement nous balader sur des terrains connus en nous tenant gentiment la main. Car Ep dit possibilité de prendre des risques, et l’on trouvera au sein de Cracking Spaces pt 1 & 2 des morceaux tentant de s’émanciper d’un résultat trop attendu. Crystal Math, fresque beatless toute fragile et candide, permettra de nous recueillir la larme à l’œil, tant le coté à fleur de peau suinte par tous les pores de la mélodie. D’autant plus que la dernière minute, avec cette petite litanie façon générique RPG, volera bien des cœurs.

Reste que Phon.o se permet de lâcher les chevaux, et sur Kellerkind et Defrost, on naviguera sur une techno martiale, toujours aussi propre, et parfaite pour une nuit blanche dans club drogué à Londres. Defrost remportera même bien des suffrages avec cette mélodie quasi-chiptune de folie, sublime conclusion que n’aurait pas renié un Clark des grands soirs. Surement la meilleure track des deux Ep. Du sacré bon boulot.





Phon.O n’a pas énormément changé sa musique, certes, mais continue de régner en maitre sur un genre dans lequel il avait déjà explosé toute concurrence via son Black Boulder LP. Bourrés de détails, de moments épiques, de mélodie folles, le Uk garage parfois techno parfois electronica de Phon.O ne révolutionne pas des masses mais cajole à mort les esgourdes. C’est beau, ça tue, ça écrase. Et cela nous fait espérer qu’une chose, après écoute intensive de ces deux EP : un nouvel album, vite, svp.






Phon.o – Moonwalk






Phon.o – Whi5tleblower






Phon.o – Here Now feat Bass Sekolah






6 Titres – 50Weapons

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Plaid – Reachy Prints

Posted in Chroniques on June 20th, 2014 by Dat'


I’ve killed a turtle once  



Les choix de carrière sont parfois impénétrables. Après avoir attendu quasiment dix ans pour balancer un nouvel album en 2012, via le mi-figue mi-raisin Scintilli, Plaid revient sans crier gare 2 ans plus tard avec Reachy Prints. Et cette fois, les anglais semblent resserrer les rangs. Scintilli, qui gardait en son cœur de superbes morceaux, s’éparpillait un peu, empêchant encore le groupe d’accoucher d’un sans faute. Difficile de dire si le groupe s’en est rendu compte, mais en 2014, Plaid revient avec un album court, sans interlude, histoire de privilégier la mandale directe et le traumatisme mélodique. Car c’est bien ça que l’on cherche à chaque nouvelle livraison du groupe. Contrairement à Autechre et consort, il n’est jamais histoire de limites repoussées, de chambardement. On veut juste de la mélodie, de la belle, de là joyeusement mélancolique. Ca tombe bien, Reachy Prints a mis la barre haute de ce point de vu là.







Plus que tout autre formation, et en tant que fanatique invétéré de Plaid (aucune objectivité ici, et à jamais), je n’attends qu’une putain de chose en lançant un nouvel LP du groupe : je veux juste me faire fracturer le cerveau à coup de mélodie. Chercher le morceau qui va m’accompagner pendant dix ans, comme trop de productions du duo, depuis 15 ans déjà. Parce que les Even Spring, les Rakimou, les IO, les Light Rain, je les chante parfois dans la rue, souvent dans la douche, exclusivement dans ma tête, histoire de ne pas passer pour un fou. Des morceaux qui se pointent sans prévenir, régulièrement quand je cherche le sommeil, quand mes pensées vagabondes, quand je suis bourré, quand je suis triste, quand je suis heureux. Traumatisé à vie, certainement. J’ai toujours placé Plaid au dessus de tout ce qui se fait en electronica, malgré l’absence d’un album ultime, pour la simple et bonne raison que ces deux mecs ont réussi à se placer ad vitam eternam dans mes synapses. Scintilli ? Je n’arrivais pas à piger si c’était moi qui avait grandi, ou si le LP manquait d’un je-ne-sais-quoi de magie pour réellement me flinguer l’échine.

9 morceaux (ou 10 avec le bonus), pas de fioriture, de l’efficace, pas de beatless, la promesse était belle en lançant Reachy Prints. OH va respecter le cahier des charges. Presque du fan-service. Pas de surprise. Mais bordel, que c’est beau. Des harpounettes qui pleuvent la mélodie des anges en intro. Puis une constante progression, avec tout ce qu’il faut d’airs cristallins et de mélopée émo. Ca ne ferra que monter, monter, des paillons dans le ventre, et des étoiles plein la tête. Cela en serait presque cliché, correspondant à ce que l’on attend de Plaid à 100%, un peu comme le (très bon) premier single Hawkmoth également, dont j’avais parlé il y a quelques semaines. Mais on ne parle pas du vieux cliché racorni, mais bien de la photo pleine de vie, frappante, débordant de contraste et de couleurs.

Mais le groupe ne va pas s’escrimer à nous ressortir du fan-service. Car la première vraie claque du disque, c’est avec Nafovanny qu’on se la prend. Où l’on entend Plaid faire du Plaid, mais une dose d’inédit en plus. Rythme binaire, bassline caverneuse, on avance pendant deux minutes dans un tunnel hypnotique. Ce n’est pas sombre, il y a juste ce qu’il faut d’oppressant, avant qu’un synthé sublime déboule. 1min15, une complainte parabolique fait son entrée et terrasse les cœurs encore durs. C’est beau comme la mort, et tu sais déjà que tu tiens là un des tous meilleurs morceaux de Plaid. Le choc intervient au bout de 2 min quand tout s’éteint, se calme et que la mélodie se fait divine. Divine. A la première écoute, impossible de ne pas lâcher un « whao, bordel » de circonstance, sous la perfection d’un changement pareil. La track qui s’escrimait au départ dans les bas-fonds, part sur un voyage en apesanteur, candide, cotonneux, sublime, qui n’en fini plus de monter vers les étoiles. Je n’avais pas été aussi impressionné par un morceau du groupe depuis This City (on remonte loin). C’est la claque, c’est le son originel des anglais, la même beauté, la même émotion, mais pimpé par une perfection dans la production assez ahurissante, et ce coté aventureux que l’on pensait avoir perdu. Un coup de maitre.

L’autre commotion provoquée par l’album, c’est Ropen, adoptant lui aussi un parti pris que l’on entendait que trop peu chez les anglais. Plus expérimental et obscure que ses pairs, le morceau s’avance en mélasse émotionnelle aux rythmes pachydermiques, d’une puissance folle. La mélodie, loin d’être évidente, renverse tout, coulée de lave zebrée de sursauts jouissifs. On est dans complainte de fin du monde, mais à la Plaid, avec des synthés qui te chialent leur tristesse de façon absolue. Dépression, amours perdus, mémoires floues, mais avec amour. Longue chute en slow motion, qui n’a pas vraiment de développement, de break, de conclusion, ce morceau est l’autre exercice majeur de Reachy Print, un versant moins évident du groupe, renvoyant légèrement à certaines tirades d’Autechre, voir à Come To Dust, diamant noir du dernier Boards Of Canada. Marche militaire d’éclopés, armée balayée par le vent, Ropen impressionne, désarçonne presque, nous balançant un Plaid qui prend enfin des risques, montrant un visage déjà aperçu mais jamais réellement contemplé. Un des meilleurs morceaux du groupe, tout disque confondu.





Et Reachy Prints n’a pas fini de foutre des claques : on a pas mal entendu Wallet, et sa frustre video, morceau de folie, réunissant ce qui se fait de mieux chez les anglais, mais avec, là aussi, une profondeur étonnante. Les rythmes tabassent, les bugs sonores remplissent le spectre. Mais c’est là encore la mélodie qui va tout emporter, faire saigner les palpitants, draguer l’échine. Si le milieu du morceau pourrait presque faire du surplace, le dernier tiers s’amuse à prendre ta colonne vertébrale pour en faire des papillotes. Pas besoin de trop en faire, le morceau reste toujours en retenu, presque discret face au coté bigger than life de Oh ou Nofovanny, pour une simple comptine mélancolique qui ne sert qu’à te rappeler tes vies passées.

Il y a évidemment le gargantuesque et épique Matin Lunaire, fresque electro-pop légère et colorée comme une bulle de savon, entre fragilité pure et chute dans un puits de néon. Une pop star japonaise pourrait chanter sur ce morceau et ça serait bien. Une armée de filles en fleur pourrait découvrir la vie sur ce morceau, et ça serait bien. Un mec défoncé qui rentre chez lui avec des souvenirs roses plein la tête pourrait écouter à fond ce morceau, le casque enfoncé sur les oreilles, et ça serait bien. La dernière minute du morceau est magique, une putain de conclusion joyeuse, à nous donner envie de sortir les cotillons.

Tether renouera avec le Plaid que l’on connaît bien, le crasseux qui laisse exploser sans prévenir la mélodie divine, le strip club qui se mut en jardin pour enfant, la solitude sourde qui se fait exploser par des arpèges lumineux qui partent dans tous les sens. Mais c’est sans commune mesure avec Liverpool St, qui a pas mal divisé. Et je ne pige pas pourquoi. Tu vas me dire que c’est niais, que c’est sucré, que l’on frôle le Disneyland. Oui, mais merde, c’est ça qui est bon. Parce que c’est putain de beau. C’est le moment où les arcs en ciel te tombent sur la tronche, où les monstres se mettent à danser comme des cons, où tu délivres enfin la princesse pour que vous puissiez copuler sauvagement. C’est la mélodie débile mais parfaite, belle comme le jour, candide à en crever. C’est une sorte de symphonie qui se brise et vrille vers une electro flingué, avec Plaid qui nous sort l’un des synthés indispensables du disque. Ce morceau, c’est le moment où tu balances dans ta bouche des Fizzy Pazzy, quinze ans après avoir mangé le dernier paquet : tu te sens idiot de succomber à ce plaisir enfantin… mais ce gout sucré, ce bonbon qui claque de partout dans la bouche, cette langue colorée qui te fait passer pour un débile, c’est la sensation que tu cherches tous les jours en allant te casser le cul au boulot, pour un salaire de misère. Débile oui, mais heureux.

Oh je sais, je suis un peu lourd avec mes bonus tracks japonaises, mais si certains groupes Warp se foutent un peu de la gueule des japonais, Plaid a toujours pris le bordel au sérieux, avec en point d’orgue le Miamivice de Spokes, ou le fou Outside Orange qui offrait une bien belle plus-value à Scintilli. Le groupe avait prévenu, ils ont écarté quelques morceaux de Reachy Prints, pour accoucher d’un tracklist resserré. Et l’on peut imaginer qu’Away en faisait parti. Morceau qui tournait déjà en live, ce titre bonus fait rentrer le chant pour la première fois sur le disque, pour des apparats très Spokes. Et clairement, si Away n’invente rien, Plaid pousse le trip dans ses retranchements, entre voix d’anges dérouillées par une rythmique imprévisible et mélodie de folie. On croirait presque entendre Imogen Heap en train de se taillader les follicules avec un tesson de bouteille. Après 3 minutes de délire quasi-christique, la dernière minute est absolument folle, à te filer la chair de poule. Pas forcément cohérent avec le reste du disque, mais niveau rouleau compresseur émotionnel, on est plutôt bien servi.

Au final, dans ce disque ultra cohérent, seul Slam pourra paraître un peu frustre, loin des effusions épiques des autres morceaux, avec un ensemble plus linaire, avec une progression timide et un peu empruntée, mais qui se révèle plutôt agréable après quelques écoutes, sans avoir la magie d’un Wallet.





Assez étonnant ces retours en force. On pensait Warp en petite forme, avec des tauliers partant en vrille et des nouvelles signatures loin d’être savoureuses. Mais il y a eu BOC l’année dernière. Et Plaid cette année. Plaid, impérial, toujours aussi fragile et candide, discret et enthousiaste. Comme toujours avec le groupe, on est loin de l’album qui révolutionne tout, du LP qui va changer la face du monde électronique. Mais ce n’est clairement pas ce qui semble les intéresser. Eux veulent juste enchanter les gens, infiltrer nos cerveaux, nous accompagner pour de nouveaux moments de vie. Réactiver les mémoires. Bousculer la mélancolie. Donner, tranquillement, l’envie de voler.

Et pour la première fois depuis un bail, le groupe déboule avec un album complet, efficace, homogène, pertinent à 100%. Elles sont loin, les velléités de fresques sans fin, d’album à multiples facettes, de tracks intervalles. S’il est difficile de placer Reachy Print comme le meilleur disque du groupe, il en est peut être le plus implacable, le plus facile à ingérer, tout en étant le plus riche, le plus dense. Il y a encore les tics et mélodies inhérentes aux anglais, mais les morceaux débordent de détails, de synthés inédits chez Plaid, d’exercices risqués (Ropen, Liverpool St, Nafovonny…), avec une production en mode 3D que l’on entendait pas forcément auparavant.

Certes, il y a toujours du fan service. Mais en écoutant ce Reachy Prints, chose qui m’avait grandement manqué sur Scintilli, je me surprends à nouveau à rêver, à sourire comme un con, à vouloir courir en pleine rue, la nuit, les bras écartés en me marrant. A avoir une mini larme aux yeux au détour d’une litanie mélancolique. Penser aux âmes tristes et disparues. Et me dire que peut-être, je risque de chanter certains de ces morceaux dans 10 ans encore.

Plus que tout, Reachy Prints me rassure légèrement : finalement, je n’ai pas totalement perdu mon âme d’enfant.






PLAID – MATIN LUNAIRE from Clement Oberto on Vimeo.






Plaid – Wallet






10 titres – Warp / Beat Record

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CUM ON MY SELECTOR 16 : 123mrk, Powell, Seekae, Raoul Sinier, Cid Rim, Sick Team, Samaris, Mike Paradinas

Posted in Chroniques on June 3rd, 2014 by Dat'


Long Time No See



Seekae – Test & Recognise

Seekae, c’était un peu le meilleur album de l’année 2011, il est toujours bon de le rappeler. Puis il y a eu un single très pop l’année dernière, confortant le virage plus conformiste (mais néanmoins qualitatif) à venir des australiens. Enfin, le vide. Jusqu’à cette semaine, avec un nouveau single, pour un Lp qui semble poindre rapidement. Toujours dans la roue de Mount Kimbie, le groupe se met à chanter pépère sur des instrues plus cadrées. Enfin, ça c’est pour la première minute, parce que le morceau part vite dans une pop-uk-psyché presque violente, entre élucubrations Clark-iennes et bugs non identifiés. C’est jouissif, surprenant, puis beau, avec une conclusion que l’on aurait aimé entendre pendant de longues minutes encore. On s’attendait à quelque chose d’assez policé, on se retrouve devant un craquage en règle, émo et drogué. Rien de mieux pour introduire un LP, confiance gagnée.






123mrk – Versatile

Ce gars là, tu as pu le croiser au détour d’un Grems. Il avait signé certaines des plus belles instrues de Buffy Ep avec Djay et Buffy justement, (qu’il va falloir que je chronique un moment ou un autre). Future Classic, toujours sur les bons coups, sort un Ep du français pour le printemps, et dieu que c’est bon. Ouai ouai, des morceaux uk-pupute-émo-voix-pitchées, il y en a plein mes Selector. Mais à chaque fois, et encore plus ici, c’est papillons dans le ventre et cœur plein de larmes. Parce que ce Versatile de 123mrk est beau, pur, dansant. Tu t’attends à une track bien cool, du garage lumineux et souriant, mais tu fais vite face à un break venu de l’espace, entre complainte désespérée d’un camé et une lettre de rupture candide, pleine de légèreté. Fumer du crack en conduisant à l’envers sur une nationale, les psychotropes sont mes ennemis puis mes amis, fais moi un baiser, c’est l’amour, le vrai.






Sky Ferreira – You’re not the one (Cid Rim remix)

Oui, deuxième fois que l’on trouve Sky Ferreira dans un Selector, mais que voulez-vous, on pardonnerait tout à cette jeune droguée pour l’attitude. Mais ici, point de divagation slutty-rock ou pop crade de stade, on part sur un remix beau comme le jour de Cid Rim, pour un abstract hiphop léger et éthéré comme on n’en fait plus depuis la fin de Depth Affect. Car c’est irrémédiablement au duo français que l’on pense en premier lieu à l’écoute de ce You’re not the one. Synthés mélancoliques et tout mignons, chant qui part en vrille, mélodie du bonheur, refonte parfaite, pleine de détails, la réussite est totale.






Hecq – Steeltongued (Raoul Sinier remix)

Ca faisait longtemps (toute proportion gardée) que l’on n’avait pas eu de nouvelle de Raoul Sinier, après un putain d’album bien épique. Et voilà que le bonhomme déboule de nul part pour tabasser tout ce qui bouge avec un Lp de remix, glanés au fils des années. Il y a des refontes connues, d’autres inédites, et surtout ce remix de Steeltongued qui m’était inconnu. C’est ici que l’on retrouve le Ra chef de guerre, le Sinier qui écraserait une ville entière avec un seul putain de synthé, la progression inhumaine et mélodique. Car tout est une histoire de mélodie, pachydermique, glaçante, mélancolique. Un morceau qui n’a pas besoin d’ultra violence pour foutre des beignes, tenant un équilibre difficile, entre émotion et crise de nerf. Tu me diras que c’est ce que Raoul sait faire de mieux, et tu sais que je vais répondre par l’affirmative. Mais l’exercice du remix est parfois casse gueule, souvent inintéressant. Alors quand une track de la sorte arrive à te prendre la gorge et te vriller la colonne, tu te plies en deux pour saluer le retour de l’empereur.






Powell – So We Went Electric

Transformons nous en zombies, et bouffons nous les uns les autres. Se faire sauter le caisson au milieu du monstre foule, asperger les visages avec sa crasse. Ce morceau de Powell, c’est un peu comme écouter du Mr Oizo pendant un crash d’avion. C’est un attentat funky, un sacrilège dansant. Un japonais fou à Shibuya qui passe un tournevis sur un tourne-disque, mais en remuant du bassin sur du Donna Summer. C’est incompréhensible, mais ça te fait bander dans le même mouvement, à l’instar de pas mal de vidéos bizarres peuplant l’internet. Ne lance pas cette track sur ton sound-system tout neuf, ça risque de flinguer directos. J’ai passé pas mal de temps dans mon garage, à taper sur le capot de ma bagnole avec une clef à molette, avec le moteur tournant à plein régime : cela ne sonnait pas aussi bien que So We Went Electric.






Mike Paradinas – Trancework

Le Footwork, c’est très cool. Mike Paradinas, c’est bien sympa aussi, surtout quand on sort un des albums de l’année. Et puis la vieille dance pupute, c’est la madeleine de Proust, la larmichette mélancolique, le bonheur du passé encore trop présent. Alors quand Thump pointe un mix de Paradinas spécial footwork x tube dance trance des années 90, ben tu tombes à la renverse. Tu te dis que le monde est tellement bien fait, qu’il y a des choses dont tu as rêvé, et U-ziq l’a fait. C’est émo, c’est épileptique, c’est tout ce que j’aime dans cette juke éthérée, loin d’être violente mais parfaitement secouée, avec ses moments épiques, ses remix insensés (ATB…) et ses retours vers le passé sortis de nul part (Da Hool qui arrive dans le mix sans frapper à la porte). Difficile de décortiquer ce mix, qui aurait presque pu avoir droit à une chronique entière. Allergiques au genre, partez en courant. Pour les autres, c’est le bonheur absolu, débile à s’en damner, le fan-service inattendu, la sanction inévitable. Une des mixtapes gratos de l’année.






Sick Team – Addiction

Que Sick Team soit le meilleur groupe japonais en activité, ce n’est plus une éventualité. Que Sick Team ait disparu dans les backs depuis 3 ans, c’était par contre plutôt dommageable. Malheureusement, pas de vrai album en vue, Sick Team II étant un gros disque oscillant entre titres inédits et remixes de morceaux déjà connus. Sauf que dans les inédits, tu as toujours ces putains de beats incroyables de Budamunk, coupés et secs à l’extrême, impossible à gérer pour toute nuque digne de ce nom. Sans compter le flegme d’Issugi, et le swag improbable de 5lack. En point d’orgue sur cet Addiction imparable, meilleure track de II, et parfaite introduction à un group(uscule) qui ne finira jamais de nous étonner.






Samaris – Viltu Vitras

Je n’y connais rien en musique techno venue des neiges, si ce n’est quelques disques attrapés au hasard, aux grés d’internet pérégrinations. Oh, il y avait bien le Yagya, assez décevant, avec ses voix pas toujours heureuses. Alors quand on me soutient qu’il faut écouter des nordistes susurrer sur de beaux synthés deep, je serre les dents, et tente de trouver une excuse. D’autant plus qu’il y a des instruments à vent pour habiller le tout. L’horreur. Sauf que c’est super beau. Tout en retenu, plein de classe, de chaleur. Le chant est parfait, pop chétive, ritournelle entêtante et facile à chanter sous la douche, même si l’on y pige rien. La demoiselle est clairement mignonne malgré un clip en stop motion à bannir. Et ces claviers, ces refrains, c’est parfait. Jamais entendu parlé de Samaris, mais avec un single pareil, l’impression est forte, bien que timide et discrète.






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Paulie Jan – Trunkenstein / Skip Club Orchestra – Deep Architecture EP

Posted in Chroniques on May 12th, 2014 by Dat'


Loaded pistol



On était tous d’accord, le Humian Ep de Paulie Jan était l’une des sorties les plus marquantes de 2012. Sorti de nul part, entre bières vides, balades en voiture la nuit et émotions à la folie, le 6 titres fut une vraie mandale, un quasi sans faute accouché par un type qui avait sacrément bourlingué dans sa vie avant de pondre des disques. C’était beau, c’était dur, violent, pop, mélancolique, épique, parfois grandiose. Ca tabassait le cerveau et se chantait sous la douche. Forcément, on s’attendait à quelque chose de grand directement après l’Ep. Mais rien. Respecter le silence et dort l’artiste, aucune nouvelle de lui, que dalle, nada. Alors forcément, quand les trublions flingués de Fin De Siècle balancent une annonce au même moment que pour la sortie de leur Leave Things, on ne peut qu’entrechoquer nos paluches. Et l’on n’attendait pas à ce que Paulie Jan s’enfonce dans un style aussi radical.

Mais vu qu’une chronique d’un deux titres, c’est court, et que malgré ma fainéantise légendaire, j’ai quand même envie d’être un minimum présentable, il y a aussi un autre Ep sorti cette semaine qui a dragué mes esgourdes. Sorti sur le label japonais Dubliminal Bounce, ce Deep Architecture de Skip Club Orchestra continue de tracer le chemin du Footwork d’Hiroshima, toujours plus ouvert et aventureux. Laisse tomber l’épilepsie : de tranquilles spasmes en pleine nuit, c’est bien meilleur pour ta santé.







Dans nos souvenirs, on avait laissé un Paulie Jan émo, assez serein, certes torturé, mais tourné vers la lumière. Surprise à l’écoute de ce nouvel Ep, le bonhomme a laissé passer quelques accès de violence. Dur, sombre, âpre, les premières minutes au sein de cette nouvelle sortie déconcertent. La boite à mouchoir n’est plus à portée de main, il va falloir se battre et ramasser des gnons pour lâcher quelques larmes. Trunkenstein pilonne avec un rythme sourd, quasi claudiquant, des machines qui prennent vie et crachent du métal dans tous les sens. Dans ce magma cassé et malade, une mélodie désabusée, quasi morte, tente de se faire entendre, râle à bout de souffle dérouillé par le bordel ambiant. Alors que le matraquage reprend, on est presque perdu, à chercher la sortie, l’indice qui pourrait nous faire tenir plus longtemps, et c’est pile à ce moment là que le morceau se révèle, avec cette fin grandiose, où la mélodie l’emporte sur tout le reste, pile à 1 minute de la fin. Empereur, couronnement, le synthé pose son cul sur le trône après avoir roulé sur la foule, et toise le reste du morceau avec dédain. C’est cette conclusion, ce soulèvement soudain qui légitime toute la bataille subit en amont, et si cela reste sombre, c’est franchement beau.

Mais c’est avec Ginger que Paulie va voler les cœurs, sans pour autant laisser rentrer une once de soleil dans sa musique. Toujours menaçant, avoir la tête dans un sac plastique pendant 8 minutes, ça va être duraille à supporter. Sauf qu’après 2 minutes 30 de borognymes, chutes, cassures, des claviers de folie déboulent et tabassent tout ce qui bouge. Oh, ça ne va pas durer bien longtemps. Juste quelques secondes. Mais des putains de secondes folles. Alors quand ça repart sur le terrain autiste du départ, tu sais que tu tiens un diamant. Qu’il va falloir se foutre à genoux et creuser comme une pute pour le trouver, tu vas souffrir un max, mais bordel, que la récompense sera belle. Et boum, le synthé revient, encore plus majestueux qu’avant, le rythme devient binaire, techno de cathédrale, strip club de fin du monde, ce n’est même plus un empereur qui débarque, mais un trou noir d’enculé qui s’ouvre et avale tout. En portant le morceau vers le sombre absolu, Paulie Jan transforme subitement Ginger en tube de stade. Tu la sens cette 4min50 ? C’est le moment où tout bascule, ou le club devient fou, où les morts refont surface. Et comme pour le précédent Ep du bonhomme, là aussi, tu as envie de chialer sec. D’autant plus que la conclusion du morceau ne sera qu’une longue chute brumeuse et cafardeuse, avec un synthé bigger than life, un rouleau compresseur qui traumatisme un immeuble entier, qui ronfle et vibre dans tes putains de viscères, qui donnerait presque envie à Sunn0))) de se tirer une balle dans la tempe. Sacrifice et amourette, fin du film, tout le monde est mort, les viscères maculant les murs.

Oui, Ginger est l’un des titres les plus violents et fous de 2014. L’un des plus beaux aussi. Oui l’Ep est bien solide, réussi et frustrant dans le même mouvement.  Car après un 6 titres aussi réussi il y a deux ans, on était en droit d’espérer un premier album. Mais la musique de Paulie Jan a tellement changé depuis la dernière épopée que ce Trunkenstein/Ginger semble un indispensable marche pied, première étape d’une aventure qui risque de flinguer bien des cerveaux. Alors on va attendre patiemment. Parce que si LP il y a, et si Paulie Jan garde cette science de la mélodie belle, folle, imparable et violente, ça risque d’être putain de dantesque.








Alors, cela fait quelques temps que je cris mon amour pour le label Dubliminal Bounce, qui balance tous les mois de sacrés Ep, souvent pas chers, parfois gratuits. Avec en point d’orgue l’Ep de Dubb Parade, et celui de Poivre, compil’ débile de remix Juke confinant pourtant au sublime (un remix footwork de Retrograde de James Blake qui surpasse l’original sur tout les points, même dans l’émotion, fallait le faire). Alors quand le boss du label, qui fait de la musique depuis un paquet d’année, revient dans le jeu avec un Ep 6 titres, qui allait forcément s’éloigner du footwork dégénéré habituel, je ne pouvais que fêter ça avec du champagne fraichement secoué pour arroser les groupies.

Et ce n’est pas la première fois que le label veut faire coïncider Juke et Dub. Ici avec succès sur Separate Yourself, agréable fresque enfumée et émo, qui tient plus de la drum’n bass nécrosée qu’autre chose. Ca renvoi à la période dubby du début 2000, mais c’est beau et très bien branlé, donc pourquoi pas. Wrong sortira la track brumeuse et renfermée sur elle même, assez anodine mais là aussi agréable. Vous allez me dire que l’Ep est loin de commencer comme un chef d’œuvre. Sauf qu’après, ça ne s’arrête plus.

D’autant plus que l’Ep est loin de cultiver l’hermétisme des sorties juke habituelles, où l’on se retrouve avec 15 tracks hystériques sans la possibilité de respirer. 6 morceaux, 6 genres différents : Luvin’U Diamond sort la litanie pop rose bonbon, à base de petites guitares et chants d’oiseaux. C’est beau, et ça part vite en épilepsie contrôlée, avec une mélodie incongrue, qui n’a rien à faire là, et qui fout les boules. Difficile de dire ce qu’il y a de samplé dans le morceau, et ce que Skip Club Orchestra a produit dans le morceau, mais ça marche dur. Autre mandale, Track4, putain de tube footwork en mode rave salace, avec clavier qui tourne dans tous les sens, et rythme qui n’en fini plus d’exploser. Meilleure track de l’Ep.

Tu veux te poser et respirer ? Pars sur l’ambiant E.O.D, qui tient plus de l’interlude burial-esque à base de voix fantomatiques et synthés noyés sous l’eau. Pour un tabassage en règle, suffit de se laisser défoncer par M on M(no voice mix), crise de nerf quasi-industrielle, avec mélodie à tordre la colonne vertébrale et montée unique vécue comme un traumatisme. Ca n’aura duré que deux minutes, mais niveau climax paralysant, on n’attendait pas mieux.

Japanese do it better ? Difficile à dire. Mais différemment, ça c’est certain. Si Skip Club Orchestra ne signe pas la meilleure galette d’épileptique musique cette année, le japonais fascine par cette propension à tirer le Footwork vers des zones pas assez arpentées. On sent qu’en poussant un peu et qu’en réfléchissant à un vrai Lp cohérent, on pourrait se prendre de sacrés aller-retour sur le citron.








2 titres & 6 titres

Fin de Siècle & Dubliminal Bounce

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Thug Entrancer – Death After Life

Posted in Chroniques on April 28th, 2014 by Dat'


La vie en rouge



Sur la musique, on va on vient. Il y a des périodes de vide, de léger désintérêt, à lire des livres plutôt que de se perdre dans les notes. Après un début d’année en fanfare, et des annonces de disques qui risquent de bien martyriser les tympans, ce mois d’avril a peiné mon cœur, à défaut de le faire frissonner. Quelques bonnes sorties, mais rien qui ne m’a donné envie de m’adonner à une écriture hors contrôle après 10 écoutes d’affilées. Pourtant il y a de belles choses, des albums solides en ce moment. Des chroniques de prévues, des Lp à venir (d’ailleurs il arrive un jour le Kettel ou quoi ?). Alors on vogue de singles en singles sur youtube, nouvelle façon d’écouter de la musique, juke-box démesuré, infini et gratuit.

Et puis on tombe sur de belles surprises,  qui se développent finalement tout le long d’un album. Comme ce Thug Entrancer, sorti un peu de nul part (si ce n’est qu’il est hébergé sur le label de Daniel Lopatin, ce qui aurait tendance à me faire fuir), et qui n’a rien d’un gangsta menaçant, malgré le nom. Et pourtant, sa musique est bien ombrageuse, et sent les douilles encore brulantes.







Difficile de disséquer un disque pareil. Extrêmement homogène, Death After Life oscillera constamment entre synthés sombres et rythmes rapides pendant 65 min. Pistes simplement numérotées, toutes nommées Death After Life, avant de briser la faucheuse et de partir sur une renaissance (Ready To Live) en bout de parcours. En trompe la mort / l’œil, Death After Life I est pourtant le titre le plus évident du disque. Celui qui pose les bases, qui laisse respirer la mélodie. Sirènes morbides, notes cristallines mais loin d’être guillerettes, rythmes squelettiques. On n’est pas encore tombé en enfer, mais les portes métalliques sont bien en vues. C’est pourtant beau, presque rassurant, légèrement sci-fi, un peu juke, comme un Kuedo en bout de course, complètement déshydraté, la peau sur les os, qui rampe dans le déserts avec des vautours lui tournant déjà autour de la tête.

Er l’album ne filera pas plus de billes. Ne pas s’attendre à un banger dancefloor ou une tirade émo comme il est coutume d’avoir dans ce genre de Lp. Que dalle. Même une 303 tournant seule dans le vide ferait plus marrer que ce Death After Life. Il y a parfois un peu d’ennui (Death II), mais il est vite rattrapé par de sacrés morceaux, comme Death IV, et sa longue chute en spirale droguée, hypnotique en mode juke flinguée pendant plus de 8minutes, lente overdose en slow motion. Si tes yeux ne se révulsent pas après écoute, c’est que tu n’es pas humain.

Deux coup de butoirs pour te sortir de la torpeur ouatée et morbide : Death V, le seul morceau qui se rapprochera d’un tabassage en règle, et Death III, qui va tester les limites de l’audible en fin de match, histoire de provoquer des accidents de voiture sur les autoroutes du monde. Les Ready To Live seront légèrement moins violents, plus cotonneux, sans être rassurants. Ils laissent un peu de place à la mélodie, à la mélancolie aussi, même si la rave est toujours de mise (deuxième partie de Live 1). Mais va pas falloir attendre à ce que Thug Entrancer nous mâche le travail.





Death After Life est un album dur, linéaire, loin d’être perméable. C’est pourtant un bel objet, noir, diamant obscur qui pourra autant passionner qu’ennuyer, mais toujours en suffoquant. On n’est pas loin d’un récent Lee Bannon, mais c’est surtout dans un vieux disque comme le Shinsou de Dj Krush que l’on trouvera des équivalents. Pas dans les sonorités, bien évidemment, mais dans ces longues plages bileuses et angoissantes, aux motifs récurrents tout le long du disque, annihilant toute notion de temps. Techno, Footwork, Abstract, il y a un peu de tout dans ce bordel squelettique.

Certains pourront arguer sur le fait que l’album manque de moments forts, ou de tirades épiques, ce qui est partiellement vrai (III, V et Live I sont néanmoins en embuscade). Mais en enfer, pas besoin de cavalcade, autant prendre son temps, on a l’éternité pour mariner. Le diable est dans les détails, oui. Et chez Thug Entrancer, c’est surtout le diable, tout le temps.






Thug Entrancer – Death After Life 1






10 titres – Software

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Rone – Apache / Leave Things – Atonement & Empfang

Posted in Chroniques on April 13th, 2014 by Dat'


Beat On Us



Les hiatus ont parfois du bon. La techno rêveuse aussi. Rone, m’avait choqué il y a 5 ans avec son premier album. Choqué violemment. Pourtant le disque n’avait pas grand chose de spécial. Un court disque presque frustrant, d’une techno mélodique et lumineuse loin de violenter les esgourdes de prime abord. Sauf que c’était beau. Très beau. Ca confinait même au sublime sur certains titres. (le mec ayant sorti un des meilleurs morceaux du genre avec Flesh, hors Lp). Puis le breton a sorti So So So, un ep magnifique, déroulant une recette légèrement modifiée, mais sur un terreau encore plus émo. Valse d’éons dans les néons.

Néanmoins, Rone m’avait moins chauffé avec son deuxième album. Plus electronica que techno, pourquoi pas. L’album était très bien, pas de reproche, pas de raté. C’était juste un peu moins beau. C’est tout. Sentiment inexplicable, la subjectivité des émotions. Là ou Spanish Breakfast me plantait des ailes dans le dos et m’obligeait à voler avec les étoiles, Tohu Bohu me faisait docilement hocher de la tête lors de mes nuits blanches. C’est déjà pas mal vous allez me dire. Mais c’est comme un plan cul supplantant de fauves nuits secouées par le vrai amour. C’est bandant, mais ça n’explose pas les cœurs.

Alors le Rone, en attendant une nouvelle livraison, je l’ai un peu cherché, dans ses remixes, dans ses pères (Plaid sort bientôt, et de ce que j’en sais, ça va être très beau), dans ses paires et inconscients rejetons. Et voilà que deux Ep sortent en même temps, sans réellement crier gare : un nouveau Rone, Apache, et un rouleau compresseur émo, Atonement / Empfgang de Leave Things.







Alors on va commencer par les darons. Au premier extrait du nouvel Ep, Bachi-Bouzouk, beaucoup se sont écriés qu’enfin, ce morceau live avait un enregistrement studio. Sauf que de mon coté, je n’ai jamais pu voir un putain de live de Rone (dont un que j’ai loupé à l’Ageha pour une sombre histoire d’avion, club ou j’ai failli me faire déboiter par un yakuza, pour la légende). Alors ce premier morceau, je l’ai pris violemment dans la tronche, avec tout l’attrait de la nouveauté qui va avec. Un morceau techno pur et hypnotique, avec des lasers et stroboscopes qui vrillent partout dans ta gueule. Loin d’être de la musique grise, Bachi-Bouzouk est pleine de couleurs, electro arc-en-ciel plongée dans la drogue. Ce morceau, c’est Enter The Void featuring kaléidoscopes de néons. C’est, semble t’il, linéaire, alors que ça déborde de détails de légers changements, de soubresauts mélodiques qui ciblent directos la colonne vertébrale. Ce craquement à 3min48, tu l’entends ? Et cette outro que l’on aurait aimé voir se déplier pendant 2min encore, tellement belle et fragile ? C’est le Rone que j’aime le plus, celui qui te donne envie de danser et de chialer en même temps, mais toujours avec le sourire. Ambivalence aven… ah merde déjà fait.

Mais le français semble vouloir montrer différentes personnalités sur cet Ep, et c’est un morceau plus calme, plus Tohu-Bohu qui déboule avec Apache. Marcher à l’envers sur la lune avec nos amis les psychotropes. Cinématographique, mais pas façon court métrage. Pachydermie, mélancolie lourde, explosions à la Bay, synthés qui dégringoles façon pluie de météorites en Russie. Ca parle (et porte) au cœur, avec une conclusion bien émo pour malaxer les palpitants. Bon, pour l’envie de danser, on repassera, mais courir au ralenti dans un champ de blé en écartant les bras face au soleil, ça se fera sans problème.

Dernière épopée, et pas des moindres : Origin. Là, on ne tape ni dans le club, ni dans la divagation en apesanteur. Ici c’est la descente, le cauchemar, la violence sourde. Peut-être le morceau de Rone le plus dur, qui commence comme une comptine, et qui vrille vite en matraquage hystérico-épique, avec une Gameboy qui massacre tout ce qui bouge, un spectre sonore gigantesque qui se déverse dans tous les pores de ta peau, et des hurlements qui tentent d’éviter la noyade dans tout ce marasme. Tu penses arriver au climax du bordel vers les 3 min, mais c’est à peine la moitié du morceau. En live, ça doit être dantesque. Sur disque, c’est surprenant au départ, décontenancé jusqu’à ce que tu te mettes à sauter dans ton appart en tapant sur les murs. Pas forcément l’exercice le plus réussi de Rone, ça pourrait sembler un peu maladroit, un peu old-school aussi, mais en l’écoutant au bon moment, c’est dantesque, un peu comme si tous tes vieux disques de Thunderdome se mettaient à chialer en lisant leurs lettres de ruptures.

Ah il paraît que l’Ep a été développé avec une science du son révolutionnaire mais vu que mes oreilles sont bien trop vieilles et cabossées pour apprécier ce genre de détails, ben j’en parlerai pas vraiment, mais il doit bien y avoir des infos intéressantes à ce sujet sur le site d’infiné. L’Ep défonce, et l’on espère, les doigts croisés tellement fort jusqu’à la nécrose, que le bonhomme puisse débouler en 2014 avec un nouvel album. Et vite, j’ai besoin de musique Ronesque pour donner de la vie aux viles néons de ma ville.







Bon, vu que 3 morceaux c’est court, on a envie de sauter directement sur quelque chose d’aussi prenant. Et le hasard fait bien les choses, car chez Fin de Siècle, label ayant sorti le superbe Ep de Paulie Jan il y a déjà quelques temps, on sort des galettes en rafales. Alors Leave Things, il paraît que c’est un bonhomme de 18 ans qui déroule sans forcer des morceaux de folie. Des petits génies précoces, on commence à en voir pas mal, mais ça continue de m’impressionner à chaque fois. Putain à dix huit ans, niveau création musicale, j’avais seulement fait un scratch par accident sur un tourne disque dans un magasin Hi-fi de province. Pourtant, dans ma tête, j’avais de grands projets. La jalousie.

L’étonnement. Puis le plaisir, en écoutant Atonement, un des rouleaux compresseurs de l’année, pour sur. Là, on ne s’embarrasse plus de caresser les voisins dans le sens du poil, ça tabasse violemment. C’est des kicks gratte ciel, des lignes de basses bien salopées. Et c’est surtout une putain de mélodie qui va très vite décoller en mode tunnel sur l’autoroute à 200km/h. Rone c’était coloré, mais chez Leave Things, ça pue le macadam, bye bye les arc-en-ciel et tirades lumineuses. Béton amer, lampadaires qui rythment une course effrénée, c’est un tube techno martiale et oppressant, avec ce putain de filigrane mélancolique qui porte le tout vers les étoiles. A 3minutes pile, c’est l’orgasme, la déraison, la transformation des danseurs en zombies défoncés. On pense un peu au breton du dessus, ainsi qu’à Few Nolder. Morceau de folie, joli tour de force, foie gras dénervé, on en redemande.

Empfang sera moins dans l’émotion, plus dans le matraquage, avec le diable, tout le temps, dans les détails. C’est métallique, ça part dans une direction en écrasant tout le reste. Mais ici aussi, la mélodie est là, belle, plus difficile à dégager mais tout aussi prenante. Prôner l’efficacité dans la violence, c’est possible.

En deux petits titres, en plus de ce que l’on avait entendu l’année dernière chez Leave Things, on comprend qu’il se passe au moins quelque chose de bien en 2014. Rookie de l’année? Pour sur. Alors on va sommer à Fin de Siècle d’arrêter de se pochtronner le groin, et de vite sortir un Lp de ce jeune mec, sous peine de les retrouver canés dans une impasse, la tête vers le ciel, seulement bons à faire des câlins au créateur.







3 titres & 2 titres

Infiné & Fin De Siècle

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CUM ON MY SELECTOR 15 : Daisuke Tanabe, Plaid, Krampf, Sky Ferreira, Hidenka Bun, Riff Raff, Tame Impala, Vendredi

Posted in Chroniques on March 24th, 2014 by Dat'


La vie en vrai



Krampf x Gucci Mane – My Chain

Gucci et Krampf, c’est un peu comme jeanne et serge : un amour évident, une collision naturelle, deux destins qui doivent forcément se rencontrer. J’ai regardé la paume de Krampf, c’est confirmé par sa ligne de vie. Alors quand les deux copulent sur un lit de nuages-émo-pute, je ne pouvais qu’avoir le palpitant qui s’emballe. Une lourdeur gangsta, une mélodie à chialer, une progression de folie. Et surtout, c’est beau. C’est putain de beau. Un mec avait fait une mixtape Boards Of Canada x Gucci Mane. Ben là c’est pareil, mais encore mieux. My Chain, mélancolie d’un jour, mélodie toujours, ça se chante sous la douche, ça se passe dans une bagnole en plein drive-by, ça s’écoute religieusement dans le fond d’un wagon en mattant le paysage défiler le casque bien enfoncé sur la tête. C’est tellement bien branlé qu’il paraît que Gucci Mane, en prison, a dépensé son seul appel de la semaine pour appeler Krampf, le féliciter pour son remix et lui envoyer un cargo de filles dévergondées. Et ceci est bien normal, Gucci reconnaît ses pairs, car comme sur ses derniers albums, on entend ici la chute d’un cœur brisé dans un gouffre sans fin, aux parois hantées par des âmes droguées. Krampf vient de pondre l’une des instrues de l’année, appelez le vite si vous voulez des prods. Car à ce train là, les prix vont vite monter.






Plaid – Hawkmoth

On a attendu 7-8 ans pour un nouvel album, et voilà qu’après Scintilli, Plaid rempile juste 2 ans après. Et si Scintilli n’avait pas volé nos cœurs à 100%, les anglais semblent revenir la bannière au vent avec un Hawkmoth de haute volée. Car dans ce nouveau titre, il y a tout ce que j’aime chez le duo : une mélodie parfaite, une progression tendant vers l’émo-épique, une candeur en filagramme. Contrairement à pas mal de leurs colocataires de label, Plaid donne toujours autant envie de courir dans les champs de blé, écrasé par le soleil, le sourire au lèvre mais des cernes sous les yeux, à tourner sur soi même en pensant à ses amours à mort. D’autant plus que Plaid semble pour la première fois se tourner vers l’efficacité : le nouvel album sera composé de 9 morceaux, pour moins de 40 minutes. Plus de fioritures, on tape dans le vif de sujet, bref shoot de mélancolie qui devrait aisément se placer comme disque évident pour accompagner ce début d’été. Et selon certaines infos mafieuses, pour cet album de Plaid, le plus beau reste à venir…






Daisuke Tanabe – Alice

On est souvent sur du hit-and-miss avec Daisuke Tanabe, capable de sortir des albums où se côtoyaient chef d’œuvres absolus (My Fish, Brown Station, Deep Drop Forest…) et tracks plus gentillettes. Le japonais reste pourtant l’une des têtes les plus prometteuses du beatmaking et de l’electronica nippone. Et s’il reste sur deux albums collaboratifs, cela va faire plus de 4 ans que l’on n’a pas entendu Daisuke sortir un Lp solo. Pas encore d’infos précises à ce sujet, mais le type pense à nous et nous balance via soundcloud quelques tracks inédites. Là aussi, tout n’accroche pas, les expérimentations nous laissant parfois sur le carreau. Mais dans le panel, il y a Alice. Oh, belle Alice, à virevolter de ta robe bleue, légèreté facile et soleil glissant dans tes cheveux d’or. L’intro est so(m)bre comme un terrier de lapin, mais après une longue chute oppressante faite d’horloges déréglées, on nage dans le bonheur, avec des claviers de folie, pour un abstract hiphop feat cavernes de glaces multicolores. Je parle souvent d’écouter de la musique en marchant la nuit dans une ville grise. Ici, on est plus dans le conte pour enfant, lu par un adulte : féérique et poétique, mais avec un vice caché et une mélancolie sous-jacente, impossibles à éluder.






Vendredi – Chiara

Il y a des morceaux que l’on regarde d’abord pour le clip, attiré par une vignette youtube ou une description fugace sur twitter. La vidéo de Chiara, forcément, marque l’esprit, malgré des ficelles apparentes. Princesse Mononoke gore et poétique, au dénouement surprenant et aux détails perlant sur chaque plan, elle accompagne un bien joli morceau electronica-abstract, innocent et éthéré, tranchant avec la relative sauvagerie du clip. Veneris Dies de Vendredi est un excellent Ep, un sans faute, naviguant entre Uk émo à la James Blake et beat-music sincère à la Depth Affect, avec quelques suprises pour dynamiser le tout. Du sacré boulot, une jolie surprise pour accompagner les premières chaudes lueurs de la belle saison.






Hidenka x Fumitake Tamura (Bun) – Soul Fire

Il était une fois Bun. Qui avait sorti, en 2010, le meilleur album japonais de l’année. Vous pouvez checker une mini chronique de l’époque. Beau, sombre, superbement taillé, l’album semblait compiler 28 déclarations d’amours abstract aux rythmes ciselés à l’extrême, et litanies enfumées parfaites. Puis le mec a disparu. Oh, on l’a bien vu crédité sur quelques prods, et sur des projets collaboratifs un peu abscons, mais rien d’aussi impressionnant que l’album Adieu à X (il paraît qu’il a sorti un autre album en 2011, mais je n’étais même pas au courant, et pourtant je surveillais les bacs avec attention). Et voilà que sans prévenir déboule Muddy Water, accompagné du Mc Hidenka. Que dieu salue mon érection, ici se trouve le Bun qui m’avait renversé, avec ses instrues incroyables, ce coté amer béton à l’âme tendre, avec un Hidenka imparable en prime. Pas encore eu l’occasion d’écouter l’album entier, mais dans les singles, ce Soul Fire se démarque, avec son beau clip et ce morceau de folie, à la conclusion très “bun-ienne” : ténébreuse, angélique, montée cristalline vrillant les colonnes vertébrales.






Jody HighRoller (Riff Raff) – Let Me Drive

Riff Raff semble partir dans des terrains trop éloignés, se sabordant consciemment de plus en plus, entre déclarations non-sensiques (il veut désormais faire de la country), interviews dans un état second (la dépressive chez Pitchfork, l’autiste chez Complex…), et sorties annoncées qui sont repoussées ad-vitam eternam (ses albums chez Mad Decent). Il balance encore deux trois vidéos de façon sporadiques, laissant interrogateur sur un plan de carrière qui semblant pourtant tendre vers les cités d’or. On ne sait plus ce que le mec veut faire, et Let Me Drive prouve pourtant que le bonhomme en a encore sur la pédale : un peu de rap, un peu de chant neurasthénique, pas mal de choses maladroites, et surtout une prod de folie, cafardeuse et romantique, quintessence de la musique de Riff Raff : on fait la fête en se gavant de drogue, vêtu de nos plus belles étoffes, mais on a le cœur gros et les yeux mouillés.






Tame Impala – Stranger in Moscow

Quand on voit le titre, on se dit que l’on va être témoin d’un carnage. Tame Impala, musique de camé avec voix d’oiseau, qui s’attaque à l’un des plus grands tubes de Mickeal Jackson, on y croit pas trop. Mais c’est oublier que l’Autralien a sorti deux albums majeurs, quasi parfaits, avec cette science ultime de la mélodie, du refrain de tueur, malgré les mille couches de psychotropes explosant dans tous les sens. Et il est loin d’être benêt, le Kevin Parker. Il saisit ce qu’il y a de plus beau dans Stranger In Moscow, pour l’étirer, le défoncer, histoire de transformer un tube intemporel en bijou pop défoncé. La cover est parfaite, de bout en bout, évitant tous les écueils, et mieux, mettant en valeur certains passages de l’originale (le passage de 2min25 à 3min15, sublime, à chialer de bonheur). Allez, balance le nouvel album Kevin.






Sky Ferreira & Ariel Pink – My Molly

Soyons clair : Sky Ferreira se rapproche dangereusement de mon fantasme adolescent de la nana que je cherchais de façon obsessionnelle (en vain, j’ai déjà expliqué l’histoire de la caissière au macdo). Son album, Night Time My Time, était plutôt pas mal, entre plaisirs coupables et vraies bonnes chansons, avec quelques imprudences malsaines en bonus. Tu sais bien que c’est loin d’être sincère, et plutôt bien marketé. Mais ça reste bien branlé. Alors forcément, je regarde tout ce qu’elle sort avec une bienveillance non feinte. Le morceau My Molly, avec Ariel Pink, défonce. C’est massif, ultra catchy, sale, pop, ça se chante sous la douche avant d’aller au taff, ou en pleine levrette dans un salon de tatouage. Mais il y a le clip, et les paroles. Le clip est nickel, on a pris de la drogue et on a fait le clip en 2min, on est des fous, c’est grunge et dérouillé olalala on est trop subversif tah Nine Inch Nails via March Of The Pigs. Sauf qu’il y a le plan entre 0min55 et 0min58, où Sky Ferreira nous regarde en se demandant si ses lunettes sont bien mises, si cela passe bien à la camera. Et la magie retombe. Tout n’est que posture, préparation, calculs, plans sur une comète qui jamais ne partira en flamme. Alors on en est là. Il y a 10 ans, on avait des japonais qui sautaient partout en prenant des wagons de drogue, et qui parlaient de trip vers le soleil. On a aujourd’hui des maigrelets sous l’astre des projecteurs, qui font semblant d’être drogués en sautant partout. Triste ? Je ne sais pas. Mais dans les deux cas, la musique est bonne. Ca me suffit.






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HTRK – Psychic 9-5 Club

Posted in Chroniques on March 17th, 2014 by Dat'


Sour Times



Impossible de ne pas être fasciné par l’histoire de HTRK, groupe Australien passant d’une musique quasi-normale à une longue chute désincarnée en 3 albums, du sexe à la dépression en seulement quelques titres. Le premier album du trio était forcément une belle chose, mais je n’aurai peut être pas continué de creuser sans les avoir recroisé par hasard : le premier vrai choc que j’ai eu avec ce groupe, c’est en ouvrant un Noise Magazine en 2011. Outre une interview mortuaire, le désormais duo expliquant le processus de création du deuxième disque suite au suicide du membre fondateur, c’est la photo de l’article montrant un HTRK lessivé, au bout du rouleau, qui m’a foutu une baffe. Une photo lugubre, où semble se réconforter le duo restant, transpirants, anorexiques, quasi morts-vivants. Tension sexuelle et dépression flagrante, ce cliché ultime, que je n’arrive même pas à retrouver sur Google image, représente ce qui se peut se faire de mieux pour une photo promo : te pousser à acheter un disque sans même l’écouter. Et ce Work (Work, Work) était bien plus habité, lent et sexuel que le précédant. Un LP incroyable (une chronique avortée d’ailleurs), une mélasse électronique qui te donnait l’impression de revivre mille fois la mélancolie post-coitale, entre sperme et larmes. Le sexe et la débauche léthargique pour oublier les morts.

Alors forcément, avec tout ça, on pouvait se demander si le groupe allait avoir la force de rempiler pour un troisième disque, cette fois composé à deux exclusivement. Et si Psychic 9-5 Club est bien là, il semble avoir été fait en bout de course, en boitant, du maquillage dégoulinant sur la gueule, le mental écrasé par la solitude.






Car tout est réduit au minimum dans ce disque. Sur Work (Work, Work), déjà austère, on avait encore des rythmes ronds, lourds, massifs. Quelques murs de guitares implacables. Un chant assuré, suintant la cyprine. Ici, quasiment plus rien de tout ça. Tout est en apparence réduit, circonscrit, écrasé. La musique du groupe suintait le stupre, mais désormais, il goutte à peine.

HTRK nous faisait visiter les rues bardées de néons, noyées dans le sexe sale, sas urbain pour backrooms cradingues. Sur Psychic 9-5 Club, on avance, groggy, dans les rues grises du matin, la clope au bec et les regrets cernées sous les yeux. Dub en cristal, voix quasi atone, mélodie quasiment absente, Give It Up ouvre les hostilités et fait comprendre en deux minutes que les allergiques aux musiques lentes, fantomatiques et dépressives peuvent directement aller se prendre. C’est tellement minimaliste et froid que l’on a l’impression d’écouter un Incense & Black Light de Rod Modell, avec les élucubrations d’une demoiselle camée en bonus. Car les deux disques partagent cette même sensation de marcher dans une mégalopole morte à 5 heures du matin, lors d’une nuit en fin de vie, mélangeant échos drogués et bruits d’une ville qui s’éveille.

Ces sorties de club où l’on a passé une soirée à se démonter la tronche et baiser dans les chiottes pour oublier des problèmes qui reviennent avec violence dès que l’on pose un pied dans la rue, retour à la réalité déformé par l’alcool et opiacés. Tout le disque est comme ça, n’étant qu’un rappel violent de ce que l’on a tenté de fuir, avant d’abandonner et finir par pendant des mois à marcher au radar, en se disant qu’à un moment “on finira bien par moins y penser”.

Oh, il y a bien quelques rayons de lumières dans ce disque, mais ces derniers ne seront présent que lors de montées finales, de légers soupirs cristallins en fin de morceau, entrebâillements plutôt qu’ouvertures réelles. Soul Sleep en fait parti, longue complainte désincarnée qui va graduellement accueillir quelques synthés sublimes, à tordre le cœur, pour les rares qui auront le courage de tendre l’oreille. C’est cette conclusion seule qui illuminera la première moitié du disque, ce qui est bien chiche. Et ne vous laissez pas avoir par un morceau comme Feels Like Love, aux apparats presque joyeux, alors que ce morceau est peut être l’un des plus anxiogène du disque, boucle espiègle tournant sur elle même ad vitam eternam, à peine réveillée par quelques expirations flippantes. Faire la fête, peut être, mais vidé de toute énergie, à bouger comme un putain de robot sans âme.

Et il y a le trio de fin, longue chute sans fond, dans le gris. Pas le noir hein, le gris, froid, métallique, sans chaleur ou rébellion. Love Is Distraction, complainte aux synthés paraboliques, habitée de quelques parasites et cris non identifiés, qui s’arrête d’un coup, après 7 minutes d’hypnose. Chinatown Style, l’un des morceaux les plus cafardeux et minimaliste du disque, qui va très légèrement faire passer le soleil en fin de route, pour la deuxième éclaircie du LP. Pas de quoi faire fondre la glace pour autant. La seule vraie ouverture du disque, la seule touche d’espoir, c’est The Body You Deserve, qui aurait presque pu se glisser sur Work (Work Work), grâce à cette voix beaucoup plus présente, des rythmes enfin appuyés (toute proportion gardée), une basse puant le cul et ce coté noise un peu plus marqué, tirant enfin l’album de cette léthargie morbide dans lequel il était engoncé.





Ce n’est pas souvent qu’un groupe mute autant vers quelque chose d’aussi froid, d’aussi désincarné. Un album qui va rebuter pas mal de fans de HTRK. Un disque qui va également rebuter pas mal de néophytes voulant découvrir le groupe via ce disque. Car si Psychic 9-5 Club semble être plus policé et facile à écouter que de s’ébattre dans les draps sales du précédant, il est pourtant bien moins accueillant, jamais accrocheur, quasiment impossible à saisir, trip-hop de fin du monde. On pense au revirement de situation d’un Portishead qui pondait sans prévenir un cauchemardesque deuxième album… ou mieux, un 100th Windows de Massive Attack frigide et infréquentable. Mais même 100th Windows sonne comme du Avicii à coté de ce nouveau HTRK, aux rythmes anémiques.

Il y a pourtant de très belles choses sur ce disque (Blue Sunshine, Soul Sleep sont parfaites). Elles sont juste difficile à déflorer, elles requièrent une patience de tous les instants, et surtout un état d’esprit, un “mood” qui ne peut être que sombre et neurasthénique. Un album à écouter les bras ballants, pour nous conforter dans l’idée qu’abandonner était bien la meilleure chose à faire. Penser aux disparus, mais sans même les célébrer. Juste attendre comme un con que la douleur s’attenue, de nuits blanches en distractions vides de sens.

HTRK ne balance même pas un album qui pleure ses morts, et continue tant bien que mal son chemin. Et comme bien des cœurs, Psychic 9-5 Club est un disque vivant. Mais cassé, brisé, mal en point.






HTRK – Blue Sunshine






8 titres – Ghostly International

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Gabriel Garzon-Montano – Bishouné: Alma del Huila

Posted in Chroniques on March 7th, 2014 by Dat'


Les anges, tout le temps



Un pote japonais qui à l’habitude de me filer quelques bons tuyaux me racole soudainement sur facebook avec un artiste New Yorkais hispano bizarre, avec pas mal de points d’exclamations dans son message. Je ne comprends pas. Mais j’écoute, par politesse, corroboré par le fait d’avoir vu le truc passé je ne sais où sur twitter ou facebook. Et je me prends une claque. Monstre. Alors que tout, de l’artwork rachitique jusqu’au nom compliqué de l’artiste/EP, en passant par la sommaire description du disque, m’inspirait la méfiance, étant plus motivé à écouter un truc de club-drogué plutôt qu’un énième ersatz de Rodrigo y Gabriela. Ce fut ni l’un, ni l’autre. Ecouté en boucle pendant une nuit, écrasé par le manque de sommeil, un néon grésillant dans mon salon, le chat ronflant sur un bout du canapé, ce Gabriel Garzon-Montano qui me susurre l’amour sur des instrues enfumées m’a fait un effet bœuf.






Le plus drôle, c’est que ce petit EP regorge de tubes parfaits. Et des morceaux à se damner. Le premier choc, bien placé au milieu de la galette, c’est Pour Maman. Quand je parle d’un choc, ce n’est pas celui qui vous fait découvrir de nouveaux horizons musicaux, ou celui qui vous arrache la colonne vertébrale. Je parle plus du choc doucereux, celui qui s’installe insidieusement, vous fais lâcher un “putain c’est mortel“, avant de vous envoyer voyager dans les rues sales et les étoiles. Un morceau qui vous convainc en 3 secondes, mais que l’on écoute la première fois avec les oreilles bien tendues, pour “vérifier” si ce qui passe par nos oreilles est bien réel. Un peu comme lorsque je suis tombé sur Me and The Devil de Scott Heron il y a quelques années. Ici, on a le beat le plus rond, le plus puissant, le plus noble de 2014. Un truc qui fait vrombir les âmes, trembler les murs et pleurer les voisins. Un truc qui tabasse la nuque, et fait friser les duvets. Tremble Dj Darky, reste en Allemagne, le beat parfait est ici.

Tu as la mélodie, à chialer, qui s’installe à pas feutrés sur ce cœur battant, exsudant de lave. Puis le chant, timide, modeste, apaisé. Une gratte électrique fait son trou, te tire de l’hypnose, et toi tu te laisse aller, clope au bec ou bière à la main, à basculer ton cou d’avant en arrière. Claquer des doigts. Hululer tranquillement comme le fait Gabriel Garzon. Puis tout explose, ça part en rock-soul épique, avec une conclusion folle, que l’on a envie de gueuler comme un soulard, en revenant chez soi défoncé par la solitude, marchant en zigzag sous une pluie battante. C’est beau putain.

Alors forcément, après un sommet pareil, tu sais qu’il sera difficile de trouver les mêmes émotions sur le reste de l’EP. Et tu n’as pas tort, tu ne la retrouveras pas. Par contre, les érections, les sourires, l’envie de courir dans un champ de fleurs en hurlant, de danser comme un derviche tourneur avec les pupilles dilatées, pas de soucis. Tu as Keep On Running, tube absolu du disque, qui commence comme un r’n’b goguenard, avec un clavier de fou, va vite basculer sur un refrain absolu. Le refrain que tu as toujours eu envie de chanter, avec ton amour, tes futurs enfants, tes potes, ton boss. Dans le métro aussi, avec tous ces inconnus qui tirent tous la gueule. Genre on aurait tous des parapluies multicolores que l’on balancerait autour de nous, avec des supers pas de danse, un peu comme dans Windowlicker, mais sans les trumeaux, avec des vraies belles filles dont tu tombes amoureux au premier regard. Et puis du soleil. Beaucoup de soleil. Dans un monde parfait, ce morceau grillerait toutes les radios et ferrait danser toutes les g i r l du monde. On se contentera de se dandiner dans son appart, ou sous la douche, seul, un savon dans la main gauche, et ce que tu veux dans la droite.

Bon il y a aussi Naeja, qui pourrait sembler bizarre dans son amorce, avant de partir dans une soul émo folle, chant parfaitement altéré par un simili-vocoder, couplet imparable couplé à un non-refrain qui plait à coup sur, à chialer de bonheur à force d’onduler le cou. C’est minimaliste en diable, il ne se passe que le strict nécessaire, l’instrue est rachitique, tout en étant parfaite. Pop renversée, négatif de tube, un vrai tour de force. Après, si tu aimes les choses plus évidentes, il y a aussi un Everything is everything, qui n’a rien d’embarrassant contrairement à ce qu’énonçait la blonde droguée. On navigue dans les eaux funk qui n’ont jamais autant sonnées à la mode. Oui je suis succinct pour les descriptions des morceaux, parce que j’ai hâte que vous arriviez à la fin de l’article et écouter l’album.

Mr Gabriel Garzon offrira même un couple de morceaux moins évidents, avec un 6 8 mélancolique en diable, entre complainte de bar enfumé dans les bas fonds de Chicago, tempo ralenti et ligne de basse parfaite. En ouverture de disque, ça pourra rebuter ceux qui ont échoué sur Bishouné pour remuer du popotin, mais ravira les grands mal rasés à l’aorte cassée. Me Alone, plus long morceau du bordel (on approche des six minutes) offrira plus de surprise, avec cette soul electro concassé, partant dans tous les sens, bourrés de bugs sonores, de synthés putes discrets et d’un chant plus affirmé, en mutation constante. On est très très proche d’un exercice à la Super_Collider, qui étaient décidemment bien en avance. Le morceau laissera petit à petit des chœurs désabusés débouler graduellement, du plus bel effet.





J’ai enfin compris pourquoi mon pote m’a filé cet Ep : parce ce qu’il défonce. On va faire simple, cet Ep est une vraie claque. Douce, feutrée, mais au combien marquante. Certains titres frôlent la perfection (Pour Maman, Keep On Running, Me Alone sont fous) et l’EP Bishouné devrait très facilement se classer dans les meilleures sorties de l’année, sans forcer. Je ne sais pas d’ou Gabriel Garzon-Montano sort, ce qu’il avait fait (à part du gospel, il paraît). Une vraie belle découverte, pour nuit blanche ou soirées enfumées. Pour faire l’amour ou mourir esseulé.











6 titres – Styles Upon Styles

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CUM ON MY SELECTOR 14 : Doseone, Denzel Curry, Moderat, Girl Band, Darius, Archngl, Haarps, Lakutis, At Her Open Door, Man vs Indian Man

Posted in Chroniques on February 24th, 2014 by Dat'


A qui offre-t’on une rose lors d’une orgie?



Doseone feat The Light Of Love Children’s Choir – Weight In Song

Lors de son live il y a deux ans, Doseone avait balancé un morceau assez incroyable, défoncé par des chœurs d’enfants. Il avait annoncé que cette track ne serait pas pour son album solo, mais pour une compilation à venir. Alors j’ai attendu. Puis j’ai oublié. Et voilà que sans crier gare, le morceau sort du néant, ravivant mes souvenirs d’orgasme fou. Car Doseone est fou. Pour cette compilation aux apparats humanitaires, il aurait pu faire une pop-song normale avec chœurs et refrain, avec une mélodie simple et contagieuse. Ce n’est pas le cas. Il aurait pu faire un truc ultra expérimental, froid et délirant, où rien ne se distingue et tout se perd. Pas ça non plus. Avec Weight In Song, on est dans l’équilibre parfait, le maelstrom pop ultime, où explosions côtoient joies d’enfants, où terrorisme sonore copule avec litanie facile à chanter. C’est une bombe aléatoire, imprévisible, et pourtant tellement logique, tellement bien agencée, qui file la frousse et drague la colonne vertébrale lors de ce refrain absolu, chant de stade déssossé jusqu’à la mort, mélodie géniale de ce début d’année. Un morceau évident, lumineux, mais dangereux et imprévisible. On n’en attendait pas moins de Doseone, qui ferrait beaucoup de bien au monde de la musique en revenant aux affaires.
Check mon interview de Doseone en bonus ICI.






ARCHNGL × HAARPS – Lotus

Alors donc, ça te manque les morceaux de Burial de 4 minutes qui te donnent envie de chialer pendant que tu rentres chez toi un big mac à la main après une soirée arrosée ? Les tirades nocturnes pleines de larmes post-ruptures et de cyprine récoltée dans les toilettes d’un club ? Tu savais que les russes étaient très fort pour balancer des sons émo qui retournent l’estomac et flinguent la colonne vertébrale ? HAARPS & ARCHNGL se tappent une collab, un coït presque gênant où la détresse de l’âme et les pleurnicheries sont sur le trone. Oui, c’est un peu cramé. Oui, le violon de fin, épico-tragique, est sur-grillé. Sauf que c’est beau. Que c’est un massacre émotionnel. L’intro de Lotus, avec ses synthés trance sortis du brouillard et ses anges éplorés qui chantent la mort de leur mère, est incroyable. Quand le morceau bascule en mode Armin Van Buuren sous Rivotril, ça tabasse comme jamais. C’est la puissance, l’émotion, la déraison. Et même ce passage world music massif de fin de parcours, après une escapade pareille, ben ça t’arrache le cœur, ça t’en fait des papillotes et ça te l’enfonce bien profond dans le fignard, pour que tu puisses le sentir battre en mode tachycardie jusqu’au plus profond de tes entrailles. Folie.






Darius – Vanyll

Cela faisait bien quelques mois que je ne m’étais pas autant enthousiasmé pour un Ep de Uk Garage façon plaisir simple et sucré. Darius a enflammé internet il y a peu, en publiant Espoir, single parfait de son Romance EP, house à claviers imparables qui retournerait n’importe quel club. Mais derrière ce hit culminant à 100.000 écoutes sur soundcloud (et que dalle sur youtube) se cache Vanyll, morceau plus discret, mais tout aussi réussi, avec des voix pitchées puputes qui me draguent forcément l’échine instantanément. 2 step romantique, house boiteuse puant le sexe, les peaux en satin et les talons hauts, la track convie tout ce qui se fait de mieux dans le Uk, avec ce petit coté mélancolico-émo-tubesque qui fait l’apanage des grands morceaux du genre (en tête, les Good Morning de Jacques Greene, Lying Together de FKJ ou Something You Should Know de Jamie Grind). Au vu des stream soundcloud, ce nouvel Ep semble être une jolie réussite, bien plus racé, émo et travaillé que le précédant. Chialer en claquant des doigts devant un coucher de soleil, ça marche plutôt bien avec Darius.






At Her Open Door – Even Better

Quand on achète un Cd au Japon, il faut parfois faire bien gaffe aux inscriptions, peu avares en superlatifs, et en comparaisons parfois ubuesques. On verra des Burial ou des Aphex Twin sur tous les disques electro-émo, ou du J-dilla sur tous les disques de hiphop enfumés. Si l’on rarement à l’abri d’une mauvaise surprise (je suis déjà tombé sur un album piano-lounge alors qu’ils parlaient de Clark sur la jaquette), on est parfois plutôt bien conseillé, et c’est en diggant dans un disquaire que j’ai pu découvrir Seekae. Pour At Her Open Door, il était écrit en gros “James Blake”. Et un japonais qui fait du James Blake, ça m’intéresse pas mal. Sauf que la musique d’At Her Open Door n’a pas grand chose à voir avec celle de anglais, même si c’est quand même très cool : uk garage enfumé, dub cocaïne un peu malsain, le tout mâtiné de chœurs fantomatiques bousillés par des vocoders, Ever Better incarne plutôt bien ce que l’on peut trouver dans le LP. Disque loin d’être parfait, auquel il manque quelques de bravoures, mais extrêmement plaisant dans son ensemble pour de longues nuits zébrées d’opiacés.






Denzel Curry – Parents

Je regrette un peu de ne pas avoir parlé du Nostalgic 64 de Denzel Curry, excellent album de rap drogué. Dans cette tape, un tube se dégageait, plus que justement clipé via Complex. Le morceau ? Excellente tirade flinguée, claudiquant, à l’instrue malade et candide, une mandale parfaitement rappée, texte cruel culminant sur l’implacable refrain “Your momma ain’t shit, your daddy ain’t shit / And then you realize that life is a bitch / Got no education so you got to be the chick / That strip for a living cause you gotta pay the rent”. Mais ce qui frappe encore plus avec ce Parents, c’est le clip, superbe, un des plus beaux pondus par le rap indé de ces derniers temps. Montage psychédélique mêlant conflit familial et starfox joué sous acid, avant que des glitchs cramés viennent parasiter la rétine. Ce clip, ce n’est pas un clip sur l’enfance, mais sur les souvenirs que l’on a tous, emmêlés dans notre cortex, mélangeant rémanences mélancoliques, escapades mentales martelées par les premiers plaisirs virtuels et monstres cachés sous le lit. Quand je repense à mes longues nuits passées à me noyer dans Secret Of Mana pendant que mon père se tapait des crises d’épilepsie, et bien cela ressemble parfaitement à cela.






Lakutis – Jesus Piece

On avait perdu Lakutis après son très bon feat sur l’excellent morceau Ay Shawtie, clairement porté par une prod parfaite. Un feat parmi tant d’autres, on apprécie le morceau puis on vogue vers d’autres horizons, le cerveau disponible. Mais voila que le mec déboule sans prévenir avec un morceau de fou furieux, Jesus Piece, accompagné d’un clip aussi violent qu’un taquet en pleine nuque. Prod cauchemardesque, entre délire rock violent et electro ombrageuse, on sent Lakutis en roue libre, à débiter le même refrain cent fois, le sang perlant de son nez, l’or liquide s’infiltrant dans tous ses pores. Là encore, la track est sublimée par la video, parfaite, marquante. Se faire laver le cerveau, au final, c’est plutôt agréable.






Man vs Indian Man – Ice Accountant

On est jamais contre quelques pastilles pop cosmiques droguées, aux mélodies fragiles et émo. Ca tombe bien, les Man vs Indian Man, et leur nom de groupe surement trouvé après une séance de défonce dans une réserve à plumes, semblent être des spécialistes. D’où sort ce groupe impossible de le savoir. Ce mini Ep sorti début fevrier, constitué de 6 courts morceaux nauséeux ne remportera surement pas le titre de galette de l’année. Mais au milieu de ces tirades aquatiques qui semblent incomplètes se cache une petite track frôlant la perfection, Ice Accountant. Beat house feutré, mélodie cristalline toute belle, chant discret parfaitement placé, Man vs Indian Man ne laisse pas la chance au morceau d’évoluer mais malgré cela, on en prend plein les mirettes. Entre délire neurasthénique indie et essai electronica-pop candide, façon Plaid donnant la main à Panda Bear, cette track donne de jolis indices sur ce que pourrait faire le groupe dans le futur, s’il décide de donner un peu plus de temps et de liberté à ses morceaux. En attendant, on se repasse en boucle ce parfait Ice Accountant pendant les prochains mois, hypnotique.






Girl Band – Lawman

Ce putain de groupe m’avait retourné la gueule l’année dernière avec leur remix apocalyptique du “Why they hide their bodies Under my garage” de Blawan. Ultra violent, enregistré dans une cuisine, ça frôlait le gimmick de branleur, mais ça cramait n’importe quelle enceinte. Difficile de savoir ce que faisait le groupe à part ça, vu leur bandcamp compilant 3 morceaux qui se battent en duel. Et tout à coup, fin janvier, une vidéo apparaît. Lawman, premier vrai single de Girl Band, incarne la déflagration absolue. Tout ce que l’on a envie d’entendre dans une musique de branleur : des guitares moches, un rythme binaire rachitique, un chant à la ramasse, le tout mal enregistré. Mais bordel, qu’est ce que c’est jouissif. Ce morceau c’est regarder le film Twister avec un mec qui chie sur tes lunettes 3d. C’est une objection de conscience, un cocktail Molotov balancé en pleine face. Une énergie techno qui se fait rouler dessus par une défoncée au crack sans permis. Entre Nissenenmondai et du papier de verre délicatement appliqué sur les couilles de la rock musique. Surement imbitable sur la durée d’un album, mais absolument parfait pour se transformer en Zombie.






Bonus : Moderat – A New Error (Enerys Piano Cover)

La musique, parfois, c’est tout simple.






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Moodymann – Moodymann LP

Posted in Chroniques on February 10th, 2014 by Dat'


La voiture roulait vers la jungle en éteignant ses phares



On voit cette nouvelle galette de Moodymann comme le come back quasi inattendu d’une légende, alors que l’americain n’a jamais levé le pied, sortant au moins une galette par an. Ce qui est sur, c’est que l’on avait pas autant parlé d’une sortie de Moodymann depuis un bail. Il faut dire que Kenneth Dixon, après avoir claqué une demi-douzaine d’albums légendaires à la suite, s’est méchamment ramolli, (un comble pour un mec presque autant connu pour son chibre que sa musique), jusqu’à sortir des galettes parfois anecdotiques, ou au mieux comprenant des titres de folie, mais avec une qualité globale inégale. J’avais, l’année dernière, commencé un article sur son mini-Lp ABCD, avant de rapidement abandonner. Loin d’être mauvais, l’album manquait pourtant de tout ce que j’aimais chez Moodymann : cette odeur de chatte constante, cette transpiration qui perle à chaque beat, ce mélange de mouille et de foutre émanant des exaltations inhérentes à sa musique. Outre la mélancolie, la deep house n’est jamais autant marquante qu’en ayant cette aura ultra sexuelle, jamais vulgaire. Et cette putain de chaleur, cette rondeur des productions du gars, on ne la percevait plus vraiment. Elle était surement là, mais elle ne me touchait plus, alors que les premiers LP du bonhomme sont la BO de mes rêves érotiques.







Bon, il faut préciser tout de suite qu’il y a deux versions de l’album. Une physique LP avec douze titres, et une digital-CD frôlant le non sens avec ses 27 titres (!!). Cette version enhanced est principalement composée d’interludes sympas mais loin d’être indispensables, ou de gimmicks disséminés plusieurs fois dans le tracklisting (Moodymann semble ne pas avoir digéré le fait que son Freaky Mother Fucker n’ait pas envahi les radios du monde entier), il est donc difficile de ne pas se focaliser sur l’album en formation resserrée.

Autant aller droit au but : cet album sent le cul. Vraiment. Ca pue les frottements de peau, les cambrures ruisselantes. Et pour la première fois depuis quelques temps, cela ne semble même pas forcé. Moodymann semble en avoir rien à branler, il balance une galette je-m’en-foutiste qui n’a aucun sens dans le tracklisting, dans une pochette représentant Kenneth Dixon de façon frontale, dans des morceaux qui existaient déjà, à peine remixés.

A dire vrai, j’y suis allé un peu à reculons mais je me suis pris une baffe directement. Desire est un morceau immense. Absolument immense. C’est d’une perfection insensée, dans le rythme, chaud et rond, dans la mélodie, feutrée, et dans le chant de José James, redoutable. Un morceau qui donne envie de danser, de caresser des corps, de s’enivrer de courbures et cambrures. Oh certes, ce morceau semble être qu’une simple version remixée d’une track de José James. Mais cette version par Moody est folle. Cette précision dans le rythme, dans les exaltations mises en boucle, dans cette voix chaude, dans cette house d’une pureté dingue. Il suffirait de balancer ce morceau dans les lieux publics pour que le monstre foule se mette à couiner de plaisir en entrant, enfin, en symbiose. Ecouter ce morceau, c’est admirer une strip teaseuse s’effeuillant sur le piano d’un jazzman la clope au bec. Puis s’approcher d’elle, lui attraper la main pour l’emmener faire le tour de la ville en bagnole, amourette d’une nuit grillée par les néons. Et faire l’amour jusqu’au lendemain.

Mais Moodymann, c’est parfois légèrement plus salace, comme sur l’excellent No, track ultra sexuelle et caverneuse, fresque Detroit à rapprocher de certains exercices lubriques d’Aaron Carl, mais en hétéro, avec cette voix gutturale susurrant des insanités à une demoiselle revêche. Ca sent la petite culotte égarée dans les toilettes d’un club, les regards appuyés avant fellation et la copulation sous psychotrope. Imparable.

On tient aussi le tube de l’année, la cavalcade soul-r’n-b de folie avec Lyk U Used 2, pour une complainte dépressive géniale. A chanter sous la douche, en se déhanchant comme un con, avant de comprendre que ce morceau est le morceau mélancolique le plus bandant de l’année. On n’est pas loin d’un Cold Ware de Monae, mais en dépouillé, écrasé par la solitude et l’envie de danser. “Bitch don’t want me no more”, on sent que c’est presque trop facile pour Moodymann de balancer un tube qui retournerait la terre, mais l’homme qui veut rester terré dans les boites à cul sales de Detroit, semble ne même pas avoir envie de faire l’effort. Il nous le rappelle d’ailleurs quelques secondes de son Freaky Motherfucker en fin de track.

Come 2 Me prendra le même créneau, en moins tubesque mais plus langoureux, tout aussi… et je ne peux pas continuer cette chronique car CETTE PUTAIN DE LIBRAIRIE ITUNES DE MERDE vient de s’effacer et que j’ai perdues toutes les données et que re-uploader le fichier librairie itunes va me prendre plusieurs heures. Merci Itunes. Passons à la conclusion donc, pour éviter que je balance mon ordinateur par la fenêtre…





Que l’on soit clair, Moodymann est loin de sortir avec cet album éponyme un chef d’œuvre du même poid que ses albums de la grande époque. Mais l’on s’éclate bien à l’écoute de ce Moodymann LP. Il transpire dur, plein de tension sexuelle et de prises de positions langoureuses. C’est un peu le bordel dans ce disque, et l’on ne parle même pas de la version de 27 titres. Mais Kenneth Dixon écrase toute concurrence sur certains morceaux, comme l’affolant Desire, la fresque Sloppy Cosmic ou l’imparable Lyk U Used 2. On se demande parfois ce que Moodymann à réellement crée dans le morceau, souvent fait avec des collaborateurs, mais rapidement on s’en fout, ça marche parfaitement, on a juste envie de ramper par terre en demandant des massages.

L’écoute de ce Moodymann nous fait aussi regretter que dans 99% des clubs de strips du monde, on passe de la soupe merdique, en demandant aux gens de s’effeuiller sur les synthés stridents d’un tube turbiné à l’excès. Les Work Bitch ou Born This Way se sont retrouvé propulsés comme BO obligés des lieux de vice sans aucune cohérence. Alors que la vraie musique de pôle dance, c’est façon Moodymann. Le moite, le sombre, à peine illuminé par cambrures et néons. Celle qui provoque érections et flaques de cyprine avant même que les corps se mettent en branle. Loin d’être un disque révolutionnaire, mais surement l’un de ceux sur lesquels on prendra le plus son pied en 2014
















12 titres / 27 titres – KDJ

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KG – Passage Secret

Posted in Chroniques on February 4th, 2014 by Dat'


Interstellar Over Dope



On a tous parlé des retours improbables ou inattendus qui ont marqué 2013, avec des formations aphones, disparues ou démantelées depuis des lustres (Mazzy Star, My Bloody Valentine, Deltron…) et cette nouvelle année semble prendre le même chemin, avec l’improbable reformation de Slowdive. Mais il y a un mec qui a disparu il y a douze ans, et que je n’aurai jamais pensé revoir dans un magasin de disque : KG.

Pour faire simple, KG est un mec qui m’a traumatisé à vie avec son album Adieu à l’Electronique, monument de l’électronique française crade et mélancolique, un petit chef d’œuvre hors control, déviant, sensible et ultra violent. Ca hurlait dans tous les sens, avec des synthés qui te tombaient dessus façon colère de dieu, avec des moments absolument épiques. Le tout jamais dénué d’humour, de malice et de sadisme. Spectre 2 fait parti des morceaux les plus beaux entendus dans la musique électronique, Spectre 8 aurait du figurer dans Drive histoire d’assurer une pluie de billet sur l’artiste, et Spectre 1 doit être responsable de tous les excès de vitesse sur les autoroutes de France. Mais outre ce disque charnière, KG c’était aussi ce best-of batard Greatest Hits lui aussi sorti chez Gooom, et un bien bandant Tatami Cissy chez  Antimatière. Oh, il a sorti pleins d’autres trucs le KG, entre 93 et 99, que je n’ai jamais pu écouter, parce que introuvable.

Et donc, voilà que je tombe par hasard sur un trailer cheap où l’on voit un mec gesticuler avec un couteau près d’un vide ordure. Avec de grosses initiales en filagramme, KG. J’ai cru à une blague, voir une coïncidence, avant de me rendre à l’évidence : Remy Bux renaissait de ses flammes pour venir nous trancher la gorge. Et c’est bien la première fois que je laisse, avec un plaisir non dissimulé, quelqu’un s’approcher de ma carotide dénudée.






Et après tant d’années de mystères, KG pose les pieds dans le plat : on fout sa gueule de façon frontale en cover, on donne de vrais titres à ses morceaux et on va même pousser la chansonnette. Par contre, si l’on attendait que le musicien se calme niveau sonorités, on peut toujours se brosser, car Passage Secret a tout de l’attentat terroriste.

Clairement, j’ai un peu flippé en lançant ce nouveau disque. Combien de fois a t’on été déçu en écoutant le nouvel album d’un mec que l’on vénérait il y a dix ans ? L’érection de mon chat à l’écoute de P36 confirma vite que KG n’avait rien perdu de sa superbe : rythmique ultra rapide, bassline dégueu, riffs enregistrés dans une cuisine, on s’en prend plein la tronche dès l’entame hystérique. Mais la mélodie s’envole vite, les synthés perlent, et le brulot garage se transforme en fresque candide et fragile, matraquée par un tabassage ultra violent. C’est cette mélodie, pure et belle, largement étouffée par les saturations, qui viole le cœur. Une mélodie que l’on peut chanter sous la douche, et l’attaque finale tient autant du tube de stade que de la saillie underground dégueulasse. Un pur bonheur, d’autant plus quand l’on comprend que le disque va s’enchainer naturellement, sans pause, et qu’Ubermorgen est le pendant dépressif et dépouillé de l’agression précédente. Synthés fous, cordes émo, facette shoegaze (que l’on va retrouver régulièrement dans le disque), c’est court, mais ça a largement le temps de nous faire chialer.

Des larmes, c’est ce que tu cherches ? KG renoue avec ses amours rock via Auswendig, débutant sans crier gare sur une guitare bien encrassée, pour une comptine chantée en allemand, berceuse naïve passée dans un mixeur. Puis le miracle, les synthés explosent, c’est superbe, ça te prend la gueule et le cœur pour en fait de la bouillie. Je ne parle pas l’allemand, alors je pige rien, et je ne pourrai jamais chanter ce truc en allant au boulot. Mais putain qu’est ce que c’est beau.

C’est d’ailleurs dans ces terrains mélancolico-sublimes que Passage Secret remporte la timbale. Car si l’album est toujours aussi accidenté que les précédents LP de KG, une facette shoegaze et contemplative se fait plus présente. 440, longue fresque faite de bourdonnements et de guitares ténébreuses est un des meilleurs morceaux du disque. C’est beau comme jamais, tundra désertée pour accompagner avec perfection tes longues marches, de nuit, dans la ville. Pain Sec, dans le même délire, finira bien des insomnies, malgré sa courte durée un peu frustrante. Un vieux Bluesman édenté chantant la mort aurait été parfait.  Mein Herz schlägt nur für dich, encore plus aboutie, partira sans hésiter vers des territoires rock-electro-shoegaze drogués chers à Gooom il y a une époque, avec progression épique, riffs contagieux et break mystique avant un baroud d’honneur assez jouissif en mode tube imparable, avec allemand déclamé sur mélodie parfaite. Saute en hurlant contre les murs de ton appart après avoir chialé toutes les larmes de ton cœur : un bon concept.

On parlait de shoegaze, on frôlera presque le mur du son avec Abschiedsspiel et son lit de guitares bigger than life,  clameur froide et électrique, matraquée par un pied métallique et un chant (toujours allemand) noyé dans un bordel sans nom, pourtant hypnotique et rassurant. Se faire cajoler par un typhon, se prendre un immeuble sur la tronche, et aimer ça.





Mais mais mais, j’en vois venir, “ouai KG ce que j’aimais, c’était ses tirades electro, ses délires techno-disco-cancéreux qui me faisait bouger du cul tout en me tranchant les veines”. Ca tombe bien, il y en a une bonne plâtrée sur ce nouvel LP. Avec en point d’orgue Claque Merde, et sa longue intro débilitant tirée d’un super mario sous acides, avant de subitement se fracturer et partir sur une electro de folie, une instrue complètement viciée, dépressive et pleine d’espoir dans le même mouvement. Le bal des mutants, partouze de zombies, synthés en pleurs, c’est le morceau que tu passeras lors de la définitive soirée en club fêtant la fin du monde. Ca ravage les synapses parce que c’est beau, bizarre et implacable. Le mec se permet même de ressortir un gimmick déjà croisé chez Mr Bungle (Pink Cigarette le morceau Mort), ce parasite strident qui va s’intensifier jusqu’à explosion. Alors toi écoutes cette track qui ferrait passer les Chromatics pour des ringards, mais à cause de ce bip bip bip continuel, tu as la paume des mains qui sue, tu n’es pas serein, tu profites de la beauté du paysage en sachant pertinemment que tout va t’exploser à la gueule dans quelques secondes. Apprécier la beauté de la vie puis devenir fou. Perfection.

Tu as Rebonjour l’electronique aussi, qui, s’il casse le slogan implacable et définitif du précédant LP, permet néanmoins de débouler dans nos enceintes pour transformer bassins et hanches en charpies. Tu danses parce que c’est fou, mais c’est au final une lente descente hypnotique, une overdose dans les toilettes d’un club qui passe de la disco. On se rapprocherait presque du trip de Spectre 9, le coté cauchemardesque moins frontal, moins flagrant, mais encore plus présent, de façon pernicieuse, en filigrane.

Steinsuppe se la jouera débonnaire et agréable, qui va lentement se nécroser sur le crépusculaire Telefongeschwindigkeit, lente complainte noyée dans le rivotril. Des claques dans la gueule pour t’extirper de la léthargie ? Lance l’agression totale Nicht ums verrecken pour comprendre ce que c’est que de souffrir d’hyperacousie. Maladie difficilement supportable ? Je compatis.





On pourrait penser que je pèche par fanatisme, que j’exagère la qualité de cet album par aveuglement du vieil adolescent sur le retour. On connaît tous une vieille groupie qui mouille encore 20 ans après, en se remémorant ses nuits avec les Rolling Stones alors que les mecs ne tiennent plus debout la bite droite. C’est peut-être le cas. Sauf que 1/ je n’ai jamais (pour le moment) vu Remy Bux nu. 2/ Son Passage Secret défonce (à défaut de s’être fait). Certes, il n’y a pas de monument aussi ahurissant que S.P.E.C.T.R.E 2, diamant parmi les diamants, ange absolu extirpé de la fange. Certes, les deux trois passades rock pourront en hérisser certains (ils sont dans l’erreur). Mais putain, quel pied à écouter ces explosions de synthés déferler sur ta tronche. Ces bugs sonores te tétaniser les tympans. Ces mélodies émo te réchauffer le palpitant.

Ce n’est pas exempt de défauts, mais c’est ce qui en fait le cachet. Quid d’un disque parfait, quand on peut avoir un album salace, qui pue l’acier et le foutre, qui grince et hurle, qui se nécrose et implose ? Qui fait l’effet d’un paquet de dogmatil avalé à 200km/h sur l’autoroute (P36), d’un concert rock-noise qui se transforme en rupture amoureuse, avec ta nana habillée en mode année 30 qui monte sur scène pour te dire d’aller te faire enculer en essuyant ses larmes (Auswendig), d’une soirée en club passé à vomir tes consommations par le nez, les yeux fixées sur le stroboscope ? (Rebonjour l’electronique, ou Claque merde). Trop de beauté dans cette démence, trop de richesses dans cet LP désaxé, malade, anormal, pouvant déjà concourir au titre d’album de première nécessité.

Ecouter KG, c’est accepter qu’un taré déboule dans ton quotidien pour en dynamiter les fondations. Les sourires, les rencontres, les moments de repos. Il écrase ta vie avec sa saleté et sa violence mélancolique. Ca pourrait faire flipper, mais franchement, quel intérêt de revenir du boulot le soir, s’il n’y a pas la possibilité d’emprunter un Passage Secret permettant de légèrement dérégler ta journée ?

2014 vient à peine de commencer, et je viens pourtant de me prendre ma première grosse claque de l’année.






KG – Passage Secret – Teaser 2014 from hrzfld on Vimeo.






13 Titres – Herzfeld

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Bonus : la chronique de “Adieu à l’électronique”, y’en à pas beaucoup sur le web.



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Lee Bannon – Alternate/Endings

Posted in Chroniques on January 30th, 2014 by Dat'


Retour à l’anormal



Lee Bannon semble bien insaisissable. Beatmaker attitré de Joey Badass et de la clique ProEra, le bonhomme a sorti en parallèle, depuis 2 ans, sur son bandcamp, des albums énigmatiques, entre dark-ambiant burialisé, et electronica-trap fantomatique. De ces releases incongrues, quelques diamants pointent, comme l’excellent EP Never/mind/the/darkness/of/it. Ninja Tune flairant le talent, se met en tête en sortir un deuxième LP du bonhomme de façon officielle. Et en connaissant le terreau Hiphop oldschool de Joey Badass et ses potes, la musique de Alternate/Endings semble aussi incongrue qu’un Hologram Lo qui rendrait hommage à Aphex Twin. Parce que sur cet album, les fondations sont dynamitées. Tu t’attendais à du cloud rap, de l’instrue trap, voire de l’ambiant obscure ? On peut se brosser, car le LP partir sur de la jungle assez violente, axe étonnant en cette époque passionné par la drogue tranquille.






Pourtant, il est certain que la drum’n bass & affilié fait un retour remarqué depuis peu, galvanisée par un footwork qui n’en finit plus de s’envoler dans le cosmos. On a pu croiser des rythmes jungle sur les derniers Burial, Ital Tek ou Machinedrum, qui a fait muter sa juke malade décharnée sur son dernier disque.

Le problème, c’est que la jungle, la vraie, j’en peux plus. Cela fait parti des musiques trop ancrées dans une époque révolue, celle  d’une adolescence à écrémer les MJC de province, ou guetter les premiers concerts d’Interlope (meilleur groupe français dans le genre), à croiser des mecs défoncés dans les chiottes, des nanas taper des crises d’épilepsie à moitié nues ou voir un gars perdre un doigt avec un pétard (true story). C’est en parti pour cela que j’ai grincé des dents à l’écoute de Rival Dealer, malgré les beaux apparats malaxés par le métronome déchainé de l’anglais.

Et ici, en écoutant l’entame du disque, on flippe un peu, avec son toaster défouraillé par un rythme déchainé à la Amon Tobin première époque. Mais Resorectah, après cette intro bestiale, part dans une sublime cavalcade bien nerveuse, avec des synthés à te filer le vertige. Car ce sont bien ces synthés qui donnent le tournis. Le morceau se trouve être une belle tirade ambiant-spatiale, loin du saccage d’introduction, lente dérivation dans les étoiles, avec une légère pluie de météorite en fond sonore. Resorectah donne aussi cette impression d’évoluer dans un Out From Out Where en 3D, assez impressionnant en terme de sound-design. On serait presque rassuré, en ce disant que Lee Bannon va peut-être réussir le tour de force de nous fasciner avec un genre quelque peu galvaudé.

Pourtant, le bonhomme ne va pas se censurer, et les accès de violence sont bien présents. Certains morceaux sont de purs assassinats, comme NW/WB, pas forcément profond mais bien défoulant, un Cold/Melt sensible et mélodique malgré les écarts de nervosité, ou la fresque Readly/Available, rebutante au départ, mais sauvée par sa superbe seconde partie avec son piano d’outre-tombe. Mais c’est aussi dans ces exercices énervés que Lee Bannon ne convainc pas forcément, avec des morceaux un peu trop linéaires ou désertiques (Eternal Attack dont on ne se souviendra pas, Shout Out The Stars And Win, qui ne semble pas terminé, malgré une longue descente du plus bel effet, ou Prime/Decent qui m’en touche une sans faire bouger l’autre)





Mais c’est dans l’émotion que Lee Bannon excelle. Dans cette facette chaos x cosmos qui sublime bien souvent des compositions secouées. Bent/Sequence pourrait sonner décharnée, mais elle fournira pourtant, après le maelstrom de rigueur, une deuxième partie de folie, avec synthés à chialer et conclusion en apesanteur.

Phoebe Cates en est surement l’éminent représentant. Intro des ténèbres, balade de spéléologue dans une caverne de glace emplit d’anges, qui va vite accueillir un beat imposant, un pied pachydermique façon battements de cœur du monstre tapis au font de la grotte. La mélodie crève cœur (ce clavier !!), timide, est parfaite, accompagnée du chant désabusé d’âmes errantes. On frôle le carton plein, sans jamais en faire trop, sans réellement tomber dans la violence sourde. 216 ressortira presque les velléités hiphop de Lee Banon, avec cette boucle de piano langoureusement caressée par un métronome ralenti. Là encore, une petite sensation de vertige domine, errance nocturne matinée de Rivotril, avec des synthés qui tourbillonnent à n’en plus finir. La cadence mute toutes les 30 secondes, la mélodie se fait menaçante sans être pesante. La conclusion, magnifique, bien que frustrante, finira de nous planter des étoiles dans les yeux.

Un peu plus loin, Value 10 jouera encore plus la carte câlin, avec une track qui aurait pu se glisser dans le dernier Machinedrum, avec cette drum ‘n ‘bass racée, télescopée à des éléments plus actuels, façon voix puputes de Uk Garage. Le rythme est effréné mais hypnotique, on est dans la crise d’épilepsie contrôlée, la bave aux lèvres sur hauts talons, le stroboscope fatigué de fin de soirée. Putain de beau morceau.





Difficile d’escamoter la facette Jungle du disque en écoutant ce Lee Bannon. Mais l’erreur serait de se focaliser sur les rythmes. Car c’est bien sur ses passages beatless et mélodiques qu’Alternate/Endings impressionne. Les morceaux peuvent tout à coup partir dans les étoiles, histoire de fracasser les colonnes vertébrales (le court moment de paix sur Cold/Melt à 1min30, nickel), et cette envie de nous faire dériver en apesanteur en annihilant toute notion de temps est extrêmement présente dans cet LP.

Plus qu’un appel du pied à la jungle, Alternate/Endings semble être un hommage direct, peut être inconscient, au grand disque d’Amon Tobin, indispensable Out From Out Where (déjà sur Ninja Tune à l’époque). Même tirades synthétiques planantes, même attrait pour télescoper ces derniers avec des rythmes déglingués. Ballade spatiale cyberpunk, légèrement plus actuelle chez Lee Bannon avec ces incursions vocales et ces teintes émo. Oh, loin de moi l’idée de comparer un disque culte et indépassable à cette sympathique galette. Mais impossible de ne pas penser à une filiation.

Lee Bannon réussît, avec cet Alternate/Endings de très bonne facture, à me refaire écouter un peu de breakbeat avec un sourire non dissimulé, plaisir surprenant que de bander devant quelque chose qui me révulsait depuis quelques années. C’est beau, c’est propre, c’est extrêmement bien produit, et ça secoue assez pour nous filer une jolie taloche. Du bon boulot.






Lee Bannon – Value 10






Lee Bannon – Phoebe Cates






12 titres – Ninja Tune

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TOP 2013 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 13th, 2014 by Dat'


Rétro 2013 :



Comme d’habitude, ce top n’est pas foncièrement là pour présenter les disques révolutionnaires de l’année. Simplement ceux que j’ai le plus écouté, que cela soit en pleine nuit devant mon ordi, sous la lumière d’un réverbère, en soirée ou avant d’aller au boulot le matin. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement inconnu au bataillon. Le plaisir de chanter un truc sous la douche, ou de chialer pendant un moment dur. Surtout, comme chaque année, n’hésitez pas à poster vos coups de coeur en commentaire de cet article, Car évidemment, il doit y avoir de grands absents, oubliés, ou pas écoutés. Il y a aussi des disques qui sont complètement passés à la trappe, souvent sans le vouloir.

Encore une fois, plusieurs catégories dans cette rétrospective : Un top 12 albums, sans distinction de genre, les Top Tracks 2013, le retour du Artist of the year, la bonne idée de l’année, les EP à écouter, et bien évidemment quelques élucubrations parsemées ici et là, écrites entre deux bières

Les titres des disques en couleur renvoient aux chroniques respectives (le cas échéant)





> Top album 2013




- µ-Ziq – Chewed Corners

On attendait depuis une demi douzaine d’années le vrai retour d’µ-Ziq. Et l’on peut dire que Paradinas fut sur tous les fronts en 2013, avec un projet quasi-pop (Hétérotic), une parfaite collection d’inédits de la grande époque electronica mélodique (Somerset Avenue Tracks 92-95), et un EP sous son blaze le plus connu, µ-Ziq. Mais c’est réellement avec son Chewed Corners que le boss de Planet-Mu m’a renversé le cerveau. Parfaite synthèse de tout ce qui se fait de mieux chez Planet-Mu, voir d’une frange electro actuelle : footwork halluciné, bass music émo, electronica fragile, et même un poil de putasserie candide. Il déroule un album mille-feuilles qui part dans tous les sens, qui donne autant envie de danser que de pleurer, tout en gardant ce coté malade que Paradinas injecte dans sa musique depuis des années (Houzz10, diamant du disque, concentrant tout ce bordel en 5 minutes géniales). On se retrouve devant un disque d’une richesse infinie, qui ne révolutionne pas grand chose mais roule sans aucune pitié sur tous ses concurrents, le sourire au lèvre. Il y a µ-Ziq. Puis le reste du monde.


- Boards Of Canada – Tomorrow Harvest

Deux légendes qui squattent le haut d’un top de l’année, c’est assez rare, les phœnix ressuscitées incarnant un concept de plus en plus fallacieux dans le monde de la musique. Ce nouveau disque de Boards Of Canada était inespéré, improbable, comme l’éventuel retour d’un Richard D James. On aurait pu penser que les deux frères se seraient assagis, ramollis par une écurie Warp qui n’en fini plus de se lisser. Et c’est pourtant un disque sans concession aucune qui déboule sans prévenir. Un disque étouffant, dur, âpre, loin de la mélancolie champêtre du dernier disque. Ici, on compte les morts, on marche jusqu’à en crever, on ne s’autorise même pas une simple pause pour pleurer. Mais outre des morceaux absolus (Come To Dust, White Cyclosa, New Seeds, Semena Mertvykh…), c’est dans son positionnement que Tomorrow’s Harvest excelle. A l’époque où personne ne réfléchi plus en terme d’album, où les disques ne sont qu’ensemble de mp3 divisibles, BOC impose un monolithe avec un fil conducteur fort, une pessimiste histoire qui n’en fini plus de sombrer, une progression hypnotique interdisant toute fonction shuffle. Difficile, même un an après, de deviner quel impact aura ce LP par rapport à ses prédécesseurs. Mais c’est étonnamment avec cette sensation d’étouffer, en écoutant Tomorrow’s Harvest, que l’on aura eu notre vraie respiration musicale de l’année.


- Ventura – Ultima Necat

Si le groupe Ventura n’a jamais changé le monde, il a bousculé ma vie. J’avais un peu laché le rock cradingue émo pop bruitiste, celui qui te donne envie de gueuler dans ta chambre en faisant du air guitar, de pleurer en chantant des refrains ultra catchy alors qu’un mur de guitare s’abat sur ta gueule. We Recruit est un des meilleurs albums que j’ai pu écouter dans ma vie, un objet parfait, que j’ecouterai encore à 50 ans en disant à mes gosses que “tu vois, le rock quand j’étais jeune, ben c’était quand même quelque chose !”. Difficile de succéder à un disque qui marque ton âme à jamais. Et Ultima Necat, je l’attendais avec prudence, redoutant la terrible foirade. Ventura effectue un vrai virage à 180°, et loin de continuer de creuser les fulgurances pop de We Recruit, s’enfonce dans un rock assourdissant, violence sourde et dépressive. Et pourtant, au milieu de cet attentat sonore, les mélodies sont toujours là, écrasées, éviscérées par les guitares furibardes du trio. Les refrains sont désormais hurlés dans le marasme, mais parasitent toujours autant le cerveau. On tient certains des plus grands morceaux rock-noise de l’année, avec l’éffarant Little Wolf, le défoncé Body Language ou le marathon Amputee. La musique de Ventura te caresse toujours dans le sens du poil, certes, mais le groupe accompagne ses tendres câlins de profondes saignées, sans garrot ni désinfectant. Dire que ces suisses soient l’une des plus grande formation en devenir, c’est un pas que je n’hésite pas à franchir. Même avec les jambes amputées.





- River Bones – Mort

Il y a des disques qui sortent parfois de nul part, qui stagnent au milieu de millions d’autres bandcamp. Mais dès que l’on lance le premier morceau, on se retrouve écrasé, affolé, fasciné par ce déchainement de violence qui nous tombe sur la tronche, par cette masse lourde écrasant toute trace de vie, par cette tornade d’émotion désenchantée, sépulcrale, parfaite. Mort de River Bones, c’est un traumatisme primitif, une simple musique post-apocalyptique, pourtant démesurée dans sa largesse. Ici, on ne pleure plus, on supplie. On n’écoute plus, on subit. Rouleau compresseur Trap, electronica émo à la Burial, reminescences witch-house, dérapages juke, on baise dans une cathédrale vide avant de se donner la mort par pendaison. River Bones convie les anges à son banquet, histoire de leur arracher les ailes avec les dents. Chute sans fin en slow motion, passage à tabac plein de grâce, prière thug, Mort LP s’avance lentement pour détruire les tympans, et balancer la commotion cérébrale de l’année, sans même s’en rendre compte.


- Dj Sprinkles – Queerifications & Ruins

Difficile de ne pas adouber Dj Sprinkles. Difficile aussi de mieux en parler que Julien Lafond-Laumond, qui en a fait une chronique parfaite il y a peu. Difficile enfin de suivre l’actualité de Sprinkles hors albums, et que malgré son statut de compilation, ce disque sonnera comme un vrai terrain à dévierger pour a majorité des oreilles (dont les miennes). Seulement 14 titres, la durée de Queerifications & Ruins est pourtant gargantuesque (plus de deux heures trente de musique) et c’est ce qui en fait sa force. On nage hors temps, sans point d’ancrage, les repères complètement brouillés. Brouillés par la durée des titres mais surtout pas les surprises qu’ils contiennent : beat house feutré, plages de synthés fous, émotion à fleur de peau, touchant trop souvent à la perfection, aux rêves éveillés, aux souvenirs qui remontent à la gueule et serrent la gorge sans prévenir (Seashore, dressant les cheveux à la première écoute, avec son rythme ultra chaud, son break parfaitement placé, ses discours perdus dans l’immensité de la track, son sample fantôme de Bronski Beat…). Abandonné dans une steppe aux contours flous, on se sent seul en écoutant Sprinkles. Mais dieu, que cette solitude est belle.

- Earl Sweatshirt – Doris

Les zouaves d’Odd Future ont laissé la tornade de la hype passer. Les programmes télés morts-nés, les pubs bidons, les gros featurings stériles, les caméos, on oublie tout ce bordel. Retournons au rap, le vrai, celui qui claque comme un fémur cassé, avec des instrues puant la crasse et les impasses mal famées. Oh certes, Doris, ce premier LP d’Earl était attendu comme le messie, mais personne n’avait prévu que l’américain livre un album aussi sombre, neurasthénique et anxiogène. Gérant lui même la quasi-totalité de la direction artistique (à peine éclairée par la présence de quelques légendes discrètes, comme RZA, Badbadnotgood ou Pharell), Earl imprime une patte musicale sourde et rampante, empruntant autant au rap autiste des années 2000 (Anticon, Mf Doom…) qu’à la drug music envahissant le hiphop d’aujourd’hui. Instrues minimalistes, textes cryptiques, Earl ne se pose même pas la question de sortir un disque fédérateur ou un futur classique. Il laisse les Lamar et les Drake faire des sourires dents blanches en première ligne, et va tranquillement, les mains dans les poches, relever les compteurs des tapins peuplant les artères crades et anonymes de Los Angeles.





- Last Night In Paris / Roses & Roses+

Il ne faut pas se leurrer, 2013 a été l’année hiphop émo. Les artistes les plus brutaux ont délaissé, même pour le temps d’une track, les tubes et beats salaces pour se présenter devant nous les yeux rouges et le nez coulant, à parler de dépressions post-coitales embrumées par la drogue. L’avénement de Drakes ou de cramés émo-toxico comme Young Thug ne risquent pas d’inverser la tendance. Au milieu de tout ça, un collectif sorti de nul part (d’Angleterre en fait), dont on ne distingue pas vraiment les contours, a sorti deux disques cette année, deux mixtapes gratuites sur le web, cristallisant tout ce qui se fait de mieux dans le genre. Roses & Roses+ offrent un étrange mélange entre rap codéiné, cloud musique, Uk garage et r’n’b dépressif. Keep You est l’un des plus beaux morceaux de l’année, Breathe porte mal son nom vu l’opacité du bordel, Before You aurait du tourner dans toutes les oreilles… C’est l’EP Roses+ qui remporte la tymbale, avec un ensemble ultra abstrait, des morceaux qui se délitent graduellement pour partir en trip ambiant drogué (Cocaine), bangers incroyables (Paris Army, imparable) et fresques 2step improbables (彼は家に帰って来る). On ne comprend rien mais c’est parfait, avec une excitation similaire à celle ressentie lors de la sortie de la première tape de The Weeknd. Le collectif fantôme de Last Night In Paris risque d’écraser la planète en 2014, et j’ai plus que hâte d’entendre la suite.


- Kaaris / Or Noir

J’avais déjà parlé de ZERO l’année dernière, album/mixtape lynchée au napalm par Kaaris, une des meilleures choses entendues dans le rap français en 2012. C’etait fou, rude, imparable. Or Noir, c’est pareil, mais en mieux. C’est les textes déclamés de la façon la plus brutale, et hypnotique, entendues depuis des lustres. Attention, pas les meilleurs textes, juste les plus dingues. Kaaris, c’est un géant débite des horreurs en pilotage automatique, une enfilade de mots vulgaire jusqu’à l’absurde, oscillant entre le génie ultime et le mauvais goût absolu. Et c’est fascinant. Kaaris, ce n’est surement pas un criminel, mais c’est celui qui pond le meilleur film de gangster sur disque. C’est surtout le plus intelligent du game fr, celui qui a le mieux compris le rap US actuel, et celui qui réussi à stabiliser sa musique sur un équilibre parfait, jamais atteint auparavant en France, sur ce style de rap précis tout du moins. Les textes ne seraient rien sans la brutalité de la voix de Kaaris. Et cette brutalité serait stérile sans les instrues imparables de Therapy. Or Noir, c’est un disque épuisant, aux tubes insensés, l’album d’un monstre fantasmé, un dieu de la guerre perdu dans sa propre folie, ultra violence gratuite sublimement mise en forme.
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Tim Hecker – Virgins

Sans ressasser les anciens miracles du musicien, Hecker m’avait bien renversé avec son Ravedeath 1972, et son sublime morceau Studio Suicide, magistral brouillard arrachant l’âme. Puis il m’avait légèrement emmerdé avec son Dropped Piano, pas inintéressant mais manquant sa cible. Et presque horrifié avec son disque en collaboration avec Oneothrix Point “Lopatin” Never, frôlant le néant émotionnel. Alors on a légèrement serré des fesses en voyant Virgins arriver. Mais Hecker rend fou. Avec un disque beaucoup plus concret, beaucoup évident à première vue, avec des instruments immédiatement identifiables, des mélodies plus présentes, des progressions logiques. Pourtant, Virgins est d’une richesse infinie, comparé aux trois derniers disques du bonhomme. Fini le minimalisme, place aux pachydermes fantômes, aux monolithes en pleine implosion. On sent tout le poids d’Hecker nous écraser les tympans, sans jamais se déparaitre d’une légèreté quasi-enfantine. Disque sans fin et rassurant dans le même sens, filant le vertige sans jamais te lâcher la main. Longue chute dans les tréfonds, voir dieu après un crash en bagnole, gentiment tu t’immoles.





- Clark – Feast Beast

On avait laissé Clark un peu paumé avec un Iradelphic agréable, mais complètement inoffensif. Les Ep suivant ce LP n’avaient clairement pas rassurés sur la nouvelle direction arpentée par le bonhomme (Sessions / Fantasm Planes). Perso, j’étais convaincu que Clark allait sortir un live album en 2013, histoire de secouer un peu sa musique, chose qu’il a toujours fait si bien. Mais c’est avec un double album de remix qu’il revient sur Warp, concept rarement intéressant. Sauf qu’avec Clark, il a tout compris. Ce Feast / Beast est beau, violent, hystérique. On évite pas quelques relectures foireuses, mais 80% de ce magma confime au sublime. Traumatismes auditifs émo hardcore (My Machines hallucinant, Let’s Get Clinical aka passage à tabac pop de la décennie, ou Die Slow, à chanter sous la douche en chiant du sang), parfaites fresques Idm aux mélodies affolantes (Fentiger, Alice, Let’s Go… belles à en chialer) ou délires pachydermiques indescriptibles (je ne me remettrai jamais de la deuxième partie de Glow), Clark rayonne tout le long de ces 30 morceaux, et continue de prouver, si quelqu’un en douter encore, qu’il fait parti des artistes les fous de l’électronique actuelle.


- Ultrademon – Seapunk

1 an après l’ecoute de ce disque, je n’ai toujours pas cerné ce qu’était le mouvement Seapunk, à part un vague dérivé de ce que l’on voit dans les rues d’Harajuku depuis bien des années aka des nanas dénudées avec des cheveux bleu-verts et des mecs portant des teeshirts aberrants. Seapunk d’Ultrademon, c’est un album composé par l’une des têtes pensante de ce courant. Mais c’est surtout un album sorti sur Fire For Effect et Rephlex. Un LP pot-pourri, qui, à l’instar du U-ziq, synthétise tout un pan de la musique électronique déviante en 10 titres. Electronica Afx, boites à rythme oldshchool, footwork cramé, house candide, cloud hardcore trap mutante, on trouve de tout dans ce bordel. Sauf qu’à l’opposé de Paradinas, pas vraiment d’ambition ici, si ce n’est que de bouger son cul sur des morceaux émo-débiles et quelques excavations droguées. Cela ne se prend jamais vraiment au sérieux, mais ça flingue sérieusement le cœur. Ce Ultrademon, c’est un peu la musique du satanisme 2.0, celui des petits chats mignons, des montages photoshops horribles et des gifs pailletés qui crament la rétine. C’est beau, candide et souvent indispensable. Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’adore ce disque, qui n’a clairement aucun sens (Shoved, incroyable). Je l’ai juste écouté constamment cette année, sans jamais m’en lasser. Et je rêve surtout de mater du porno Seapunk (aucun rapport avec Genki Genki), dégoulinant de cyprine, avec une foule nue aux couleurs tungstènes, noyade de pines et vagins, levrette sur femmes hippocampes aux cheveux teinte marine. Balancez les liens. Merci.


- Ricardo Tobar – Treillis

Un peu de douceur dans ce monde de brute, bordel de merde. Et pourtant, Ricardo Tobar ne se destinait à sortir de la techno bucolique. Il faut dire qu’avoir été hébergé dans la structure de Mondkopf n’incitait pas à l’accalmie, In Paradisium étant fournisseur officiel de tempêtes (Somaticae à la prou), et le chilien avait sorti un EP fiévreux il y a 1 ans, avant de disparaître sans crier gare. Il revient avec Treillis, album apaisé, mélodique, aérien. Là encore, pas de recette inoubliable, pas de velléités transgressives. On a ici une techno-house-electronica brumeuse, ultra mélodique, émotive en diable. Mais qu’elle est belle cette techno. Elle te met à genoux et vide tes peines, comme sur le parfait Hundreds, diamant de ce Treillis. D’autant plus que Ricardo Tobar se démarque du simple disque de techno mélodique avec cette capacité à nous submerger de détails, de bugs, d’aggravations sonores impromptues, transformant de belles fresques linéaires en conflits armés. Ca semble simple mais c’est riche à en crever, bourré de détail, parfait pour hanter tes nuits blanches. C’est beau, parfaitement exécuté, rien de plus n’est demandé pour prendre son pied.





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> Best EP 2013




J’ai pas mal hésité à mettre Burial dans ce top 2013, son nouvel EP n’étant, sur sa globalité, peut être pas aussi bon que les précédants. Mais en plus du remué morceau éponyme et du rêveur Hiders, il y a Come Down to Us, phénoménal morceau qui légitime tout le disque, et qui porte Burial dans territoires émo absolument hallucinants. Come Down To Us est surement le morceau qui m’a le plus donné envie de chialer en 2013, et rien que pour ça, il mérite de passer devant tout le monde. Certes, on est parfois plus proche d’une posture à la Christina Aguilera que de El-B, mais le tout est trop beau, trop parfait pour ne pas être pore aux nues. Sortons les mouchoirs, que cela soit pour éponger le sperme post coïtal ou sécher ses larmes.

Ital Tek a fait sensation dans mon palpitant cette année également, avec son Control balançant une sacrée alternative pour ceux qui ne seraient pas rassasiés par le footwork halluciné de Kuedo ou Machinedrum. En quelques très brefs titres, Ital Tek réussi le tour de force de nous bastonner avec prestance, accouchant de titres parfois superbes (la triplette Zero, Violet, Challenger Deep, épique).

Le rap japonais continue de nous étonner, mais c’est du coté de Nickelman que l’on trouvera l’un des disques les plus surprenants du genre. Le mec n’est même pas classifiable dans une catégorie, car on trouve pelle-mêle cloud rap chelou (Babaluma), hiphop jazzy psychédélique flippant (Crazy Stone) ou deep-house tribale façon odyssée de l’espace (幻楼組曲). Mais il y a surtout 船のない波止場, comptine rap fragile et touchante, plus beau morceau entendu dans le rap japonais cette année.





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> Artist of the year 2013 : Spark Master Tape





Notre homme mystère Spark Master Tape n’a pas eu une actualité débordante cette année, n’ayant sorti qu’une mixtape, l’excellente The #SWOUP Serengeti. Mais derrière cette voix grave, ces instrues grandiloquente et cette imagerie guerrière se cache un mec qui a réussi le tour de force de me foutre des torgnoles tout le long de l’année. A chaque publication d’une de ses vidéos ou titre sur soundcloud, j’ai trouvé les sons mortels, en me disant que l’on tenait la tuerie de l’année. Et à CHAQUE fois, le titre d’après fut encore plus mortel, à monter la barre du plaisir auditif jusqu’à l’orgasme, en me demandant quand ce mec allait arrêter de filer vers le ciel. The Swoup Seregenti fut une sacrée mandale, mais les morceaux annonçant la prochaine mixtape sont plus impressionnants encore (Pictures On My Coffin affolant, Kkaptain Baseball Bat Boi qui est surement le morceau de l’année… la farine claquée sur les fesses est surement l’image la plus bandante de 2013) et tout porte à croire, si Spark Master Tape arrive à maintenir la barre aussi haute, que la prochaine livraison sera surement l’un des évènements de l’année prochaine, le massacre qui devrait mettre tout le monde d’accord.





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> La meilleure idée de 2013 :


Caddy Bay – Gucci Mane x Boards Of Canada




On ne va pas revenir sur l’année de Gucci Mane, faite d’une douzaine d’albums, d’une centaine de tracks folles, d’une apparition remarquée dans Spring Breakers ou de ses frasques droguées sciant en deux jours la branche en or sur laquelle il était confortablement assis. On laissera Pure Baking Soda le faire, qui, en plus d’un article parfait, nous a tapé une indispensable mixtape résumant Gucci 2013 en 15 titres (Autant dire mission impossible, et je suis triste qu’il n’y ait pas Confused et Virgins dedans). Mais une autre initiative, ubuesque au premier abord, a célébré Gucci Mane : Un certain Caddy Bay a eu l’idée de faire une mixtape entière en faisant copuler Gucci Mane et Boards Of Canada. Tout n’est pas parfait, loin de là. Mais bien souvent, ça tue, le flow lymphatique et défoncé de Guwop convenant parfaitement aux instrues de BOC. Et surtout, cette tape, ce n’est pas juste un mash-up marrant (contrairement à ses deux autres essais). C’est surtout une démarche d’une grande intelligence. Une pure déclarations d’amour faite à un Mc en pleine descente (aux enfers), liant morceaux et diatribes médiatiques à charge sur les frasques de Gucci, fil rouge de la tape. C’est aussi la pertinence de lier deux univers complètement antinomiques au premier abord, et qui ont pourtant tant de points communs, musicalement parlant :
Ca fait 15 ans que BOC fait des tracks hiphop, ça fait 8 ans que l’on a envie d’entendre des mecs poser sur Peacock Tail. Que le cloud rap d’aujourd’hui, BOC en faisait déjà il y a une décennie. Cette mixtape enfin, démontre que BOC and co, ce n’est pas qu’une histoire de divagations solitaires sous la pluie. Qu’ils peuvent s’acoquiner avec les plus gros gangsters camées, et que l’on peut rêver, un jour d’entendre Young Thug poser sur du Aphex Twin. Et me conforter dans une vision qui m’obsède depuis des années : voir dans un club des gens défoncés danser comme des fous et des nanas en maillot de bain fluo avec des liasses de billets se dandiner sur des morceaux de BOC.





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> Top Tracks 2013


- Kettel – Poblesec
- Jamie Grind – Something You Should Know
- Wih’lo – Please You
- Andrew Bayer – Lose Sight
- BenZel – If You Love Me
- Lana Del Rey – Summertime Sadness (Ryan Hemsworth remix)
- Ceephax – Cro Magnox

- Jaw Jam – U Don’t Know
- FKJ – Lying Together
- Neue Graphik – Bauhaus
- Ta-ku – 25 nights for nujabes
- Riff Raff & Deesuz – Rap Game James Franco
- Junip – Line Of Fire
- MR MS – Fantasy

- µ-Ziq – monj2
- Hybrid Theory – So High
- Budamunk x Takumi Kaneko x Minismooth – Mellowed Out Cruisin’
- Dubb Parade – Riot in G
- Suicide Year – Hate In My Heart
- Bones & Grandmilly – Lords Of The Underground
- Yung Lean – Gingseng Strip 2002

- Clams Casino – Crystals
- Seekae – Another
- Raffertie – Build Me Up
- FKA Twig – Papi Pacify
- Felix K – Flowers Of Destruction 4
- Psykick Lyrikah – Mon visage
- Audio Dope – Cream

- James Blake – Retrograde (Miko Remix)
- Hybu – Cleopatra (Krampf Remix)
- Seiko – I Feel Rave
- Kid Atlaas – Fragment
- Nagesh Ali – What You Got

- Even Tuell & Midnightopera – B2
- A Sagittariun – The South Node
- DMX Krew – Hammock Yard / Kitchen Bench
- Twinztrack – Drive
- Gucci Mane – I’m The Shit (Holos Graphein Remix)
- Young Thug – Can’t See Them
- Lil B – Giving Up
- Dream Koala – Odyssey





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> Les moments trop top des Chroniques Automatiques de 2013 ! (attention, auto-promo, link dans les images)



La Mixtape JAPANESE UNDERGROUND HIPHOP, que j’ai fais avec amour, et qui a drôlement bien tourné cette année :


L’interview de Mc KAN :


La serie de photo durant la soirée Departement H Tokyo, haut lieu du SM et cosplays hors normes tokyoïte. La beauté des crochets (NSFW) :


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> Le reste de 2013 en pièces détachées


- Il paraît que Psykick Lyrikah et Tepr préparent un projet long format tous les deux. Une des meilleures nouvelles de l’année. 1/ parce que Tepr qui revient aux affaires après un long long long hiatus seulement emaillé de quelques tracks lâchées sur internet, c’est un peu comme l’annonce de la résurrection du messie. 2/ parce qu’au vu de la puissance du morceau Mon Visage sur le dernier LP du Psykick, on a juste envie de tendre la joue pour se faire tabasser encore plus violemment.


- Je n’ai pas vu le truc passer au milieu des fêtes de noël, mais le dernier clip de Ceephax est assez incroyable, avec un morceau de folie, qui aurait bien pu échouer dans un Cum On My Selector de dernière minute. Orgasme : http://www.youtube.com/watch?v=-xq3srxF_B8


- Difficile d’en parler de façon objective, Hyacinthe & L.O.A.S ont eu une sacrée année 2013, entre clips fous (agression à la peinture, filles incroyables et cul nul) et sons balancés de partout, avec en exergue, l’album Ne Pleurez Pas Mademoiselle, disponible en téléchargement bandcamp ICI. Euro Euro Euro.


- Bon, on attaque un point sensible de 2013, la sortie du Yeezus de Kanye West. Verdict ? j’ai bien aimé. Mais pas trop. Enfin si, cool quoi. Mais pas l’album du siècle. Déjà parce que certaines instrues sont degueulasses (notamment au début du disque), et parce que j’attendais quelque chose de révolutionnaire (c’est ce qui était annoncé), alors que c’est franchement du déjà entendu (sauf dans le mainstream effectivement, mais le rap indus émo cradingue, quand même ça n’a pas été inventé en 2013). Mais mais mais au milieu du disque, il y Blood On The Leaves. Là non plus rien de révolutionnaire, mais putain, qu’est ce que c’est beau. Ce morceau, il m’a arraché la colonne vetebrale la première fois, et continue de me filer la chair de poule après 50 écoutes. Kanye West n’est toujours pas mon dieu, et je me sens sale de dire cela, un peu comme quand je dis que les derniers Flying Lotus sont à chier. Malgré tout, comme sur ce Blood On he Leaves, les fulgurances de West confinent au génie, impossible de le nier.


- Drake aussi, n’arrive toujours pas à m’emporter jusqu’à ce que je le claque dans le top, mais pour le coup, avec son Nothing Was The Same, j’aurai pu le faire. Ce Lp est surement l’un des meilleurs albums Us sorti cette année, avec une recette enfin équilibrée, un album moins foutraque que son Take Care, avec des morceaux hallucinants de qualité (Wu Tang Forever, Worst Behavior, Tuscan Leather, Hold On We’re Going Home…). Je n’ai simplement pas écouté le disque constamment, mais à chaque fois que je suis revenu dessus, c’était pour sauter comme un con dans mon appart, en gueulant bouts de punchlines et refrains.


- Le saviez vous ? j’ai ouverts un super compte Twitter, même si, 6 mois après, je ne sais toujours pas bien m’en servir : https://twitter.com/DatChroAuto


- La meilleure pochette d’un disque de rap japonais en 2013, c’est celle là. Dedans, il y a Dirty Ray, un peu comme si un Gerard Baste japonais parlait de sizzurp. Bon concept : http://www.youtube.com/watch?v=cO5KNcjl4kg


- Comme d’habitudes des articles ont été écris cette année, mais non publiés, ou abandonnés en court de route (comme sur le Daft Punk, Fauve, Tim Hecker, Fuck Buttons ou Jel). L’un d’entre eux, c’etait le superbe mix Uk Garage de EZ pour Fabric live 71. Je vous renvois donc à l’article d’Aurelien sur Goute Mes Disques, histoire de ne pas louper cette compilation folle.


- Made to stray. Made To Stray. Made To Stray. Pablo Pablo Pablo Pablo Pablo Pablo. C’est les deux refrains chantés toute l’année.


- Pure Baking Soda sort surement les artistes les plus intéressants du Web, et leur top 2013 est une sacrée folie, en mode calendrier de l’avant. A décortiquer asap, il y a pleins de cadeaux à l’interieur.


- Grosse déception que le nouvel album de Junip. Line Of Fire est surement la plus belle track pop de cette année, et je m’attendais à chialer en mode fœtus pendant toute l’écoute de l’album. Au final, un disque assez inoffensif, pas mauvais mais loin des montagnes russes émotionnelles promises par Line Of Fire. Laissez moi noyer mon désespoir en mélangeant alcool et médicaments.


- Le Gros Chien est mort, rendons hommage à ce grand monsieur du rap québécois, qui longtemps hanté mes soirées d’étudiant alcoolisé. Je n’ai pas de maitre, à jamais : http://www.youtube.com/watch?v=eomvJ2G8qCQ


- 2013, l’année des retours improbables voir inespérés, avec des résultats plus ou moins inégaux. My Bloody Valentine est sorti des enfers avec un sacré bon album, d’une telle continuité avec le précédent qu’on le croirait enregistré il y a 20 ans. Mazzy Star m’a brisé le cœur en sortant un album insipide. Deltron3030 a oublié de faire de la bonne musique. Jackson m’a tabassé le cerveau avec Seal, même si le LP n’est pas fou. David Bowie a cartonné, Timberlake est édulcoré, The Knife pas passionné, et pour U-ziq et BOC, on en a parlé. Ah, et il y avait aussi…


- Daft Punk. Et pour le coup, je fais parti des méchants. Vraiment. Pourtant j’aime beaucoup le groupe, tout du moins des deux premiers albums (en plus des lives Lp) des Daft, qui ont bien évidemment joué un sacré rôle dans ma vie musicale de gamin. Trop de mémoires attachées à ces deux disques, et je me réjouissais de voir un nouveau LP des deux français. Sauf que c’est raté. Même pas horrible ou autre, juste raté. Je suis en plus sur d’une chose : il suffisait d’accélérer le disque de 20% pour avoir quelque chose convenable, de sympathique, de remuant, au lieu d’une galette aussi molle qu’un chat mort.


Top des recherches google sur le site en 2013 :
- photographie d’une femme en bas nylon et son violon
- soirée romantique pour enculer travesti
- estce normal que j’oublie toujours de respirer (ça peut être un problème effectivement)
- groupe tourangeau année 1992
- bar à tokyo ou les femmes viennent trouver un mec pour du sexx
- comment jouir avec deux mecs
- ou trouver de la naphtaline en belgique (bonne question)


- Excellent disque de Snoop Dogg et Dam Funk, ça faisait bien 10 ans que je n’avais eu envie d’écouter en boucle un album de ce mec.


- Reportage de 40 minutes complètement fou sur la scène Drill de Chicago, avec de sacrés interviews dedans : http://www.worldstarhiphop.com/videos/video.php?v=wshh7F3lC244E21i1n8C


- Hey Kettel, il est ou ton album ? Tu crois que tu peux sortir un morceau comme Pobblesec comme ça, et ne pas sortir d’album juste après ? Non mais ça va pas ?




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Comme toujours, merci vraiment à tous ceux qui visites ses pages, qui participent ou commentent sur le site ou via Facebook. C’est évidemment graçe à vous que les Chro Auto continuent de vivre. C’est aussi toujours un plaisir d’échanger sur Facebook, n’hésitez pas à m’apostropher à toute heure. Merci aussi à ceux qui participent à mes délires photos, et aux interviews impossibles à avoir au premier abord. Si vous voulez échanger des photos de chats ou si vous avez trouvé une video de porno Seapunk, je suis intéressé aussi. Et n’hésitez pas à faire tourner ce top !


Merci encore, bonne année, santé, argent, protégez vous les oreilles, pour ne pas devenir un sale drogué aux médicaments. On part vers 2014, dans le plus grand chaos, C’est la huitième année pour les Chroniques Automatiques qui commencent ! pour les 10 ans j’espère faire une soirée à Miami sur le toit d’un building, avec piscines de slime, bikinis fluos et tout (vous pouvez déjà réserver vos places sur Twitter ou Facebook).


Thanks,



Dat’

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CUM ON MY SELECTOR 13 : A Sagittariun, Twinztrack, DMX Krew, Lil B, Holos Graphein, Dream Koala,Young Thug, Even Tuell & Midnightopera

Posted in Chroniques on January 3rd, 2014 by Dat'


Cœur cassé continue de se battre



(Dernier article avant la rétrospective / Top 2013 qui arrive soon)




Even Tuell & Midnightopera – B2

Une belle mélodie, une boucle hypnotique, et lâcher la bride pendant 10 minutes. Il y a des disques parfaits pour ça, des Other People Place, du Moomin, pas mal de galettes from Detroit. Certaines fresques d’Aphex aussi, ou toutes autres sérénades techno-émo. Mais on embrasse de plus en plus rarement les occasions de se perdre. Ce B2 de Even Tuell & Midnight Opera sort un peu de nul part, mais frise la perfection. Le temps est suspendu, liquéfié par une boucle répétée jusqu’à la nausée. Mais c’est surement la boucle la plus brillante de 2013. La fragile, la belle, la parfaite. Celle qui est sublimée par de très légers détails, perlant doucement en coulant comme de la lave. Pas besoin de parler de drogue pour décrire ce morceau. Ni de lettre de rupture. Non. Ecouter B2 en pleine nuit, c’est avoir l’impression de parcourir sa vie en flottant. Dans une bulle. Pas vraiment concerné par ce qui se passe autour de soi. Ces rares moments de black-out débordant de lumière.






A Sagittariun – The South Node

Techno dans l’espace, en suspension, tournant autour de moi sans que je bouge d’un iota. The South Node tonne dur, tabasse tout ce qu’il faut. Et pourtant, cette mélodie ne semble jamais vouloir se concrétiser, en s’étirant à l’infini, chute en slow motion dans tes songes. Ca frôle le tube, mais ce putain de trait mélodique qui n’en finit plus de siffler, cette rémanence perpétuelle, écho cristallin, c’est le vrai diamant du morceau, le fil rouge qui vole la vedette, la demoiselle timide au visage sublime que l’on ne pourra s’empêcher de regarder pendant tout une soirée, alors qu’il y a une bonne centaine de personnes dans la salle. A Sagittariun balance un morceau techno aux apparats basiques, sublimé par cette résonance nébuleuse.






DMX Crew – Hammock Yard / Kitchen Bench

Je n’ai jamais été un grand fan de DMX Crew, plus à picorer des titres par ci par là dans sa disco. Cela faisait presque 4 ans que l’on n’avait pas eu de nouvelle du bonhomme, qui revient sans crier gare avec un petit Ep, sorti en catimini sur un label hollandais. Au menu, de la braindance rétro et acid, sympathiques mais pas renversante dans sa globalité. Mais dans l’Ep, deux parfaits diamants, en intro et conclusion. Je pensais que le Pollux d’U-ziq allait être le morceau idm candido-triste le plus beau de l’année, mais Hammock Yard se pose en challenger sérieux. Je n’arrive pas à savoir si le mec a composé cela au moment où il est tombé amoureux, ou le jour où il s’est fait largué, mais j’ai envie de serrer très fort mon chat en lui expliquant que la vie ce n’est pas si dur dès que j’écoute ça. Le morceau de clôture, Kitchen Bench, est au contraire une sacrée mandale électro salace, avec une mélodie au poil, un tube de stade encrassé et passé au mixeur. Tuerie.






Twinztrack – Drive

On commence à voir le blaze Twinztrack de partout ces derniers temps, entre leurs prods pour Set&Match, Nemir ou le rouleau compresseur Euro Euro Euro pour Hyacinthe & LOAS. Mais il y a aussi belles excavations en solo, comme ce Drive parfait, lente aliénation hiphop slow motion qui s’enfonce dans nos cerveaux pour étouffer nos sens et invoquer les dieux de la rêverie rap. Tu penses aux synthés old-school, à Initial D aussi, comme le dit si bien mon poto Tiago. Drive, c’est planer (en bagnole !) au-dessus d’une mégalopole de néon façon Enter The Void pimpé, mélangeant chairs et chaines en or. Et pour l’anecdote, la vidéo, tu reconnais le trajet ? Tu viens de deviner ? sisi, c’est bien le trajet Odaiba – Tokyo, le même que les vidéos de Burial, Machinedrum, Ceephax and co. Ce même putain de trajet, qui semble fasciner le monde entier, de Miami à Paris, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.






Gucci Mane – I’m The Shit (Holos Graphein Remix)

Une sacrée année pour Gucci Mane, et l’on va bientôt en parler, la rétrospective 2013 approchant à grand pas. Entre (vrais) craquages psychotiques, une dizaine d’albums et un rôle dans un film, le Gucci n’a pas chômé, même si l’on n’est pas certain que le mec s’en rende vraiment compte, téléguidé par la drogue d’un projet à un autre. Guwop déchaine les passions, et c’est étonnamment chez un petit français que l’on retrouve l’une des meilleures relectures d’un de ses morceaux. L’intelligence ici, c’est d’aller à l’encontre de toutes les relectures bourrines ou dérouillées habituelles. C’est de dépecer l’aura trap du Mc pour lui donner des apparats d’apôtre, de dieu déchu, de gourou camé. Bon ok, les chants christiques et ambiances d’églises, ça marche toujours chez moi. Mais même si l’instrue est simple, loin d’un remix mille-feuilles à la Hemsworth, ça fonctionne parfaitement. Cela donnerait presque envie de voir Mr Mane traverser des océans de sizzurp, dans une arche de Noé exclusivement emplie de putes, pour guider notre civilisation vers une nouvelle ère. Holos Graphein n’est clairement pas le seul à penser que Gucci est le MC messie de notre génération. Mais c’est l’un des seuls à avoir retranscrit ce culte dégénéré de façon aussi limpide.






Young Thug – Can’t See Them

A l’instar du flingué du dessus, on a beaucoup entendu parler de Young Thug cette année, son flow halluciné annihilant tout neurone sain, surtout en s’enfilant sa mixtape 1017 Thug d’un trait. Mais plus que les productions salement droguées et la certitude que le mec va mourir d’une overdose dans les 5 ans à venir, c’est cette espèce de mélancolie carbonisée parcourant sa voix qui marque les esprits. Et c’est dans une track passée un peu inaperçue que cette fragilité tabasse le plus les esgourdes : Sur Can’t See Them, on n’est pas en mode pimp monté sur ressorts de Loaded ou 2 Cup Stuffed, mais devant un mec au bord du gouffre, complètement fracassé, lâchant ses couplets en pleurant juste avant de se faire sauter la tempe. Le vocoder et la voix ultra écorchée de Thug porte le bordel jusqu’au firmament, soutenu par des violons sortis du gouffre. On n’avait pas eu autant de papillons dans le ventre sur un tube vocodé-dépressif depuis Turn On The Lights de Future. Gueuler les larmes aux yeux et la morve coulant dans la bouche, le cerveau trop conscient d’une vie dissoute à cause de la drogue, ce n’est pas un concept nouveau. Mais ici, ça frôle la perfection.






Lil B – Giving Up

Certes, on a tous cru à un moment ou un autre que Lil B n’était qu’une chimère. Il est pourtant difficile de nier le poids de Lil B et son pote Clams Casino sur le hiphop d’aujourd’hui. La symbiose était parfaite, et Clammyclams n’est d’ailleurs plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a quitté le giron de Mr B. Certes, il est aussi impossible d’affirmer que Lil B sort des choses impeccables, car il est rare de trouver dans ses mixtapes plus d’une poignée de renversants morceaux, si on a la chance, et la motivation de son côté. Sa toute récente nouvelle mixtape, 05 Fuck Them, et ses 101 morceaux ( !?!), me rappellent une track méritant largement de se frayer un chemin dans les rétrospectives 2013. Ce Giving Up, c’est voir Lil B plus émo que jamais, avec un flow impeccable. Voir un mec déguisé en clochard parler du game sur une boucle de piano, ça pourrait frôler le ridicule. Sauf que Lil B, il y croit à fond. Quand il dit qu’il aime la vie, les arbres, les oiseaux, qu’il ne faut pas abandonner et serrer les poings, il y croit plus que jamais. Il le dit avec les larmes aux yeux. Alors nous, bizarrement, on y croit aussi. On se dit que le mec est à part, sur une île, perdue dans son psyché, à chier des centaines de morceaux par an, à étaler le tout partout sur les murs sans se soucier un instant du dégout provoqué par ses élucubrations. Et parmi ces éjaculations incessantes apparaît parfois une sacrée perle, à l’instar de ce Giving Up. Et en répertoriant avec patience toutes les perles de Lil B, certes extrêmement difficiles à dénicher, on se retrouve au final avec l’une des plus belles parures du Rap Game.






Dream Koala – Odyssey

Ce morceau pourrait être un cliché sur patte, une jolie fresque émo-indé-popisante, croisement batard entre Coldplay et A Silver Mount Zion. Sauf que la mélodie est à crever. D’une pureté rare, d’une beauté folle. Une longue progression épique, tout en finesse, mais non dénuée de saturations. Le morceau prend véritablement son envol vers les 3min, quand le tout repose sur une simple syllabe passée en boucle. Certes, on aurait aimé que le morceau pête un plomb. Que Dream Koala crame tout ce putain de bordel au napalm, en hurlant à la mort, en s’arrachant les cheveux, en se griffant la peau jusqu’à l’os. Une déflagration à la Fuck Buttons, un tsunami de saturations à en faire imploser les immeubles. Odyssey préfèrera une montée doucereuse, lunaire, doucement secouée, au chant parfait. Pour nous planter devant l’un des plus réussis titres du genre cette année, le plaisir pop émotion 2013, à côté du Line Of Fire de Junip, et du Things Are Sometimes Tragic de Team Ghost. On pourra évidemment trouver ça trop cadré. Mais tout cœur mou a besoin de récréation ouatée, pour s’ébattre sans gène, en toute liberté.






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Burial – Rival Dealer

Posted in Chroniques on December 20th, 2013 by Dat'


Parle moi de guerres civiles



Burial ne semble plus avoir rien à foutre du bordel Uk garage, et de la concurrence. Plus d’album presque 6 ans, communication famélique, graphisme minimaliste, Ep labyrinthiques composées de longues fresques elles-mêmes découpées en petits morceaux… Même Kode9 ne parle plus de son poulain, Hyperdub annonçant les sorties de Burial par des communiqués laconiques. L’homme mystère, qui n’en est plus vraiment un, s’est drapé derrière un quasi-mutisme qui sert parfaitement à sa musique, et continue de construire sa légende.

Mais bon, ça te manquait, ces nuits passées seul au Mcdonalds, en attendant le premier métro, prostré devant ton coca ? Ces longs voyages en train, après une nuit blanche, le casque sur les oreilles, le paysage défilant devant tes yeux ? Ces marches dans la nuit, sous la pluie, avec les néons qui crépitent et le monstre-foule qui grouille au loin ? Ces exaltations moites, de toi et ta moitié, après avoir fait l’amour sur le canapé ? Et bien, sois rassuré, Rival Dealer est conjonction de tous ces moments là. Sauf que si l’on pouvait utiliser le terme “émo” sans rougir pour la musique de Burial sur ses précédentes galettes, on est ici clairement au cran au dessus. Si Skynet avait balancé un brouillard de larmes sur la planète terre à la place de ses robots pourris, la Bo de cette apocalypse aux cœurs mouillés serait Rival Dealer.







Alors évidemment, le morceau titre, Rival Dealer, étonne, surprend, par son coté uptempo, presque “hardcore étouffé sous l’eau”, avec son rythme jungle concassé et ses beats sismiques. Burial ne nous avait jamais fait ça. Il a certes, plus d’une fois, taillé quelques diamants pour les dancefloors (Raver, Loner, Street Halo…) et sa propension à tirer vers la techno se faisait de plus en plus apparente ces derniers temps. Mais de façon aussi violente, jamais. Toutes sirènes dehors, bassline réacteur d’avion, avec une rythmique pachydermique, l’anglais déchaine les enfers. Sans oublier de placer quelques voix trainantes, bien évidemment. C’est beau. Le problème, c’est que les rythmes jungle crades de la sorte, j’en ai tellement bouffé plus jeune, que j’ai franchement du mal. Donc j’ai un peu crissé des dents. La deuxième partie du morceau, insistant sur un métronome plus aéré, et pourtant plus lourd, est plus plaisante, même si elles rappelent toujours les soirées crades et boueuses adolescentes. Reste que si, comme moi, tu préfères écouter Burial nu avec l’élu de ton cœur, ou tranquille en rentrant dans un bus de nuit après une longue soirée, ben ça va choquer légèrement tes esgourdes.

Et là, sans prévenir, le morceau chute, s’embrase de cyprine et d’âmes perdues. Après le bareback sauvage sous ecstasy vient la dépression, via une conclusion de 3 min ambiant, à la mélodie chialante, pure comme la mort. Si l’on ne comprendra jamais la grotesque présence d’un indien et sa flute pendant quelques secondes, le reste flingue ton cœur au fusil à pompe. Dernière minute magistrale, come down to us répète la voix en s’emmêlant dans les synthés. Avec plaisir, sautons dans le vide. Ensemble.

Et si tu pensais que la conclusion allait gentiment nous diriger vers du Burial lambda, continue d’être surpris. Hiders arpente lui aussi un chemin déjà entendu chez l’anglais, mais jamais, au grand jamais, de façon aussi frontale. L’intro peut faire illusion, avec ses orgues dépressifs et les voix pitchées larmoyantes pleines d’amour… mais le morceau prend vite un virage pop. Un vrai. Avec rythmique 80’s, refrain, phrases catchy et tout et tout. Etienne Daho aimerait chanter la bagatelle sur ce truc. En plus le morceau dure seulement 4 min, ce qui n’était pas arrivé depuis des années chez Burial. Un vrai morceau pop-brisée donc, malgré l’intro et l’outro trompeuse, qui ferra grincer des dents et sourire les émos. Un peu comme si Burial avait voulu télescoper M83 et Ariana Grande lors d’une réunion des dépressifs anonymes. Je ne sais pas si c’est un essai transformé, mais ça a le mérite de nous faire écarquiller les yeux pour la deuxième fois en deux morceaux, alors que l’on pensait que Burial ne nous étonnerait plus jamais, déclinant la même (et parfaite) recette depuis trop d’années déjà.



Et c’est pourtant sur le titre le plus “Burialisé” de l’EP, Come Down To Us, que mon cœur s’arrache. Tout seul. Sans l’aide de personne. Il sort de ma poitrine, des larmes ruisselant sur ses ventricules, à me dire que ce putain de morceau est trop émo pour être décemment supporté par le corps humain. Ce morceau est PARFAIT. Rythme lent, presque hiphop, mélodie sublime, narration dans la progression. Et quelle progression ! La voix de la première partie est affolante de justesse, ce sample est incroyable, m’a cassé les genoux directement. Le premier tiers, c’est un mariage, un enterrement, une partouze, un suicide, une nuit blanche et une ville écrasée par la pluie. Tout en même temps. Puis, après quelques grondements de rigueur, vient l’ouverture, le soleil matinal. L’orage passe, l’atmosphère se réchauffe, même si l’on est toujours sur de la musique couleur tungstène.

Mais le basculement vers la déraison, vers l’élégiaque, vers la putasserie, aussi s’opère pile au milieu du morceau. Tout se fait plus pop. Le chant, les synthés, le rythme. On bascule dans une Katy Perry sous Rivotril, un tube radio passé à la moulinette drogue inattendue. Au départ, tu te demandes si Burial n’a pas cramer un plomb. Puis tu arrives à 8min15, et tu comprends tout. Le sens de la vie, de l’amour, le big bang… tout. Parce que ce morceau qui pourrait être foireux prend tout son sens sur ce passage. Le sample grillé se retrouve sur un rythme techno qui s’emballe, et ça dure seulement 5 ou 6 secondes… Pas plus. Mais c’est la rampe de lancement nécessaire. A partir de là, tu t’envoles, tu ne cherches plus à comprendre, et tu te laisses convaincre que ton seul but dans la vie, c’est de te faire cajoler par des putains d’anges. Et alors, le reste te semble magistral. Ces 13 minutes cachent peut-être la plus belle mélodie jamais chiée par le musicien. Terminons ce paragraphe de façon plus claire : Come Down To Us est l’un des meilleurs morceaux de Burial, de toute sa carrière.





Le plus drôle dans cet Ep, en plus de la musique qui a du étonner bien des gens, c’est les tirades qui ont suivi, entre Fact Mag qui pense que Bubu fait son coming out avec cet Ep (via le long monologue de fin de Miss Wachowski en conclusion, plus les “motivations quotes” qui parcours le disque), les gens qui soutiennent que ce Rival Dealer est un détournement de musiques de Noel et Burial lui même qui envoie des textos à Mary Anne Hobbs pour expliciter son disque, en disant qu’il voulait donner de l’espoir à tous ceux qui se sentent maltraités dans leur vie.

Si si. Le mec le plus religieusement respecté / incognito du Uk électro d’aujourd’hui adopte une posture inédite, digne de la promotion du dernier Katy Perry. Il se fout de notre gueule ? Les samples ultra sucrés de l’Ep, tout cet enrobage épique, c’est du mensonge ? Non, pas du tout. Déjà en 2007, il parlait dans son interview pour The Wire vouloir faire des morceaux mouchoirs que ta nénette kifferait. Qu’il demandait l’avis de sa maman sur ses productions. Que son truc dans la vie, c’était de voir les oiseaux se débarbouiller sous la pluie. Que son plus beau morceau, Archangel, a été fait suite à la mort de son chien…  Alors tu croyais quoi ? Qu’il allait se diriger vers du post-hardcore, du dubstep de caves sales ? Que dalle. Burial assume enfin sa mutation en émo-man, celui qui sèche tes larmes, qui te caresse le cœur, qui répare tes blessures. Qui dit que tu es beau/belle, que tu dois aller de l’avant, que tu dois te battre, que tu es beautiful, que tu n’es pas seul, jamais. Même si tu es boulimique, transgenre ou constamment rabaissé. Un peu comme Christina Aguilera, à une époque. Et si Will Bevan est clairement moins bandant que cette dernière, j’espère bien entendre ses putains de morceaux chantés par la gamine au cœur cassé prostrée dans un coin de bus. Par le mec qui vient de perdre son chat, et qui se demande où balancer le corps d’un petit être qui l’a accompagné pendant 14 ans. Par la jeune maman qui vient de recevoir une lettre de rupture. Par le jeune con qui ne sait plus comment rentrer chez lui, le cerveau embué par une sirène cocaïnée croisée en boite de nuit.


Burial ne tire pas sur les cordes sensibles, il les dynamite. Et si sa musique semble être encore plus gluante de niaiserie que tout le reste du Uk Garage, il est aussi le seul à pouvoir faire ça aussi bien. Sans chanteur, sans mélodie vraiment évidente, sans fioritures, avec des morceaux d’un quart d’heure. Ca se lamente, ça se lamente… Mais il est parfois bon de se laisser aller et d’expier la crasse de son cœur. La nana dans Gravity, après avoir survécue à trente explosions ubuesques, tu crois qu’elle débouche le champagne en se frottant le clitoris ? Non, elle se fout en position fœtale, et elle pleure comme une connasse.

Alors toi, en écoutant ce Burial, fais pareil : fous toi sur ton canapé, pense à ta vie, et chiale en mode greluche. Puis serre les poings, regarde vers l’horizon, et crois en toi. C’est Christina Aguilera qui le dit. Et Burial aussi.






Burial – Come Down To Us






3 Titres – Hyperdub

Dat’

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