Cum On My Selector 3 : Chiptune & 8bit
Posted in Chroniques on March 6th, 2012 by Dat'Gameboy Sessions part 1
Parce que Cum On My Selector#, c’est mettre en valeur des morceaux que j’aime, si possible avec un fil rouge, c’est à la Chiptune / 8bit / musique de Gameboy qu’incombe la responsabilité de titiller les esgourdes sur cet article. Car la Chiptune, j’en ai des piles de disque. Habiter au Japon, c’est vivre dans le royaume des jeux vidéos, et de la musique de jeux vidéos par la même occaz. Les artistes 8bit, il y en a une pelleté, et il suffit de chercher un peu pour tomber sur le concert d’un mec triturant sa Gameboy. Il y a même un disquaire spécialisé dans la Chiptune (en tout cas, avec un gros rayon), le magasin étant devenu mon dealer officiel pour ce genre de musique.
Mais mais mais… la Chiptune, comme on l’entend 99% du temps, je n’aime pas ça. Cette musique ultra énergique, voir épileptique, qui bourrine et fait grincer des dents, ça me saoule, c’est irritant, ça donne l’impression de se faire poncer les couilles en public. En tant qu’amateur de cette musique, ma quête se résume, au travers des albums, à trouver THE morceau 8bit-émo. Celui qui laisse tomber les rythmiques relou ou grinçantes pour des mélodies à chialer, des trucs pop, tristes, épiques, ravivant mes souvenirs de gamins, planté devant ma Nes.
Voilà une sélection faite avec amour, et vu que j’en ai un paquet dans ma besace (itunes), autant dire que le « part 1 » du titre n’est pas volé, et que ceci n’est qu’une première salve. Eloignez les âmes sensibles, car on va beaucoup parler de Bit dans cet article, et vous m’en voyez désolé.
———————————————–
> Omadaka – Hietsuki Bushi
Omadaka est un cas à part dans la Chiptune. Ses lives d’une part, dingues visuellement. Armé de deux écrans télévisés projetant des images en raccord avec la musique (chanteuse, clip…), le mec fait tourner ses Gameboy, PSP, DS, laptop tout en triturant une mélodie avec un Kaoss Pad. Que le public soit sur ses gardes, Omadaka est toujours près à bondir et filer une Gameboy avec un jeu (dig dug, r-type…) sur lequel le musicien improvisera, pendant que le public tente de ne pas crever au bout de 10 secondes, afin d’éviter que la musique s’arrête. Sa musique, elle, est un drôle de mélange entre 8bit et Enka, chanson traditionnelle japonaise. Hietsuki Bushi imprime parfaitement cette recette, avec une mélodie belle à pleurer, des élucubrations japonaises quasi-mystiques et une Gameboy toujours mélancolique. Omadaka est tradi-pop, et balance toujours la mélodie au premier plan. Ce morceau est peut être mon préféré du mec, avec un clip lui aussi à tomber. Grand.
> 4mat – Vertical
J’ai torché des tonnes de disques du collectif 8bit Peoples, presque tous téléchargeables gratuitement. Et franchement, je ne crois pas avoir eu la colonne vertébrale plus en miette qu’avec ce Vertical, morceau 8bit hallucinant par 4mat. Le mec lui même n’a pas réussi à égaler ce tour de force dingo sur le reste de ses productions, avec ces deux montées qui feraient passer la BO du stage final de Megaman 2 pour une valse jouée en maison de retraite. Mais le morceau illumine surtout pour son intro/outro et ce break au milieu, où une mélodie à tomber, fragile et cristalline, semble perler entre deux charges épiques. C’est ces dix secondes, passées trois fois, qui me brisent le palpitant à chaque fois, et sans jamais me lasser malgré des centaines d’écoutes. Un rêve, que quelqu’un fasse un Edit pour mettre en valeur ce petit passage, et tisse un morceau autour.
> Dj Scotch Egg – Scotch Hausen
Un Japonais encore, et un sacré loubard. Dj scotch Egg, c’est le gros bourrin de la Chiptune, lorgnant plus souvent du coté du breakcore que de la bluette pour adulescents. Pourquoi ce morceau ? Parce qu’il est culte, mélodique (forcément vu la base classique), et que la progression du tout est absolument dingue. Le tout couplé avec un clip terrible, l’un des plus drôle de la chiptune, avec cet orchestre déglingué qui finit par se taper dessus à coup de Gameboy. Les LP de Scotch Egg sont éreintants, quasi-impossible à écouter en entier sans vouloir se foutre des couteaux dans les oreilles, mais ce titre est parfait. Sinon, mangez des Scotch Egg, difficile de trouver plus savoureux dans la gastronomie anglaise.
> Nullsleep – Salvation For a Broken Heart
Dans le collectif 8bit people, on demande le vétéran, le créateur. Nullsleep est surement celui qui sait le mieux gérer le logiciel LSDJ, et qui a réussi à tirer la chiptune vers des horizons plus cléments avec l’orga des Blip Festivals. Sa musique, en générale plus posée que ses compères, tire parfois vers le tire-larmes émo (alors que l’on est plus proche de la techno hardcore en live). Ce Salvation For a Broken Heart est surement son plus beau morceau, portant parfaitement son nom. La mélodie est triste comme si tu venais de recevoir une lettre de rupture, mais il y a ce petit coté optimiste qui te donne envie de courir nu dans les hautes herbes à la recherche de ton prochain amour. Non sérieux, ce truc, tu es obligé de le chanter sous ta douche, c’est mortel, imparable, et beau comme la mort. (à mater également, son concert guerilla dans les rues de NY)
> Floppy – Everything
Quand on dit que les musiciens Japonais savent faire des mélanges complètement craqués, ce n’est pas se foutre de la gueule du monde. Floppy, c’est un peu les beatles qui copuleraient avec une Gameboy. Que l’on mélange des violons grandiloquents avec du vocoder et de la chiptune (雪月花) , des chants façon gladiateurs en slip de cuir et Nintendo hystérique (デウスエクスマキナ) , les mecs sont là, et maitrisent dur. Leur album Deus Ex Machina est un indispensable de la chiptune barrée, sorte de vision Jpop passée au prisme Mario. Everything, c’est le highlight du groupe, chanson pop débilo-sucrée avec assez de montée Gameboy pour faire chialer ta mère, et te donner envie de rider Yoshi habillé en plombier. Un vrai tube, beau, joué à fond les ballons, histoire de raviver la flamme que l’on a tous enterré à la fin de l’enfance.
> Watkin Tudor Jones – Visitor
Parcequ’il n’y a pas mieux que ce morceau dans le style hiphop-8bit. Parce que le sample, c’est la musique de l’écran titre de Megaman 2, aka LE morceau du jeu vidéo (avec tout le reste de la BO du jeu, ok). Parce que Watkin Tudor Jones, plus connu en tant que Ninja dans Die Antwoord, est le mc parfait pour poser là dessus. Parce que oui, ce Watkin Ninja Jones est l’un des meilleurs sur cette petite planète, et que s’il semble un peu lever le pied dans le groupe Die Antwoord, il mérite bien, sur son Lp The Fantastic Kill, le titre de Mike Patton du rap. Alors qu’il te parle de nazis en imitant la musique de Star Wars, qu’il change de débit, de voix et de vitesse toutes les deux syllabes, c’est un peu comme quand il dit : “like the first time you heard rap! “. La 8bit dans tout ça ? Putain, quand le break de fin laisse les scratchs laminer Megaman 2, c’est l’orgasme absolu. Ce morceau, c’est un peu comme se déguiser en flageolet géant et montrer sa bite dans une réunion Tupperware organisée par ta mère : c’est le kiff ultime. “We are visitor from the futur” ouai je veux bien te croire mec.
> Yuzo Koshiro – Go Straight
Ok ok, c’est un morceau directement tiré d’un jeu vidéo, c’est un peu de la triche. Sauf que ce morceau, s’il est fait en mode Chiptune, ne ressemble en rien à de la chiptune dans sa structure. Ce morceau, on dirait un classique de la Techno Detroit, comme si un Japonais voulait faire une cover d’Underground Resistance avec une Gameboy et une pincée de dance cheezy. De la musique en mode 16teubi certes, mais qui pourrait passer dans n’importe quel club. Le problème, c’est que cela te donne aussi envie de tabasser des gangs dans des ruelles mal famées, en bouffant des cuisses de poulet des que ton énergie descend à un seuil critique. Ce qui n’est pas foncièrement compatible avec les dancefloor. Pas grave, on écoutera ce tube ultime de Yozo Koshiro en sautant seul dans son salon, avec des stroboscopes donnant encore plus de style à nos coups de pied circulaires tout foireux.
> Damu – Don’t Cry in my Bed
Je ne pouvais pas faire une sélection sans un petit morceau de Uk Garage non ? La bass musique utilise pas mal la 8bit et il suffit d’écouter un petit Dibiase ou Nosaj Thing pour s’en convaincre. Pendant plus d’une minute trente, Damu nous balance dans les oreilles un morceau Uk qui respecte bien le genre, à base de rythmes claudiquants et voix puputes pitchées. Et tout à coup, on te fout un coup de pompe dans le bide, une mélodie chiptune déboule en mode voie lactée, et c’est la folie, tu voles dans le ciel parmi les sprites et les nuages pixellisés. C’est vraiment beau, et là aussi, le nom du morceau est parfaitement à sa place. Tu chiales dans ton lit, souvenirs et mélancolie bien ancrée au fond de la gueule, avant que la literie ne se transforme en fusée et te fasse voir les étoiles.
> 2080 – The Backup
J’en ai déjà parlé vite fait dans mon top de fin d’année. Le français 2080 était habitué à faire de la chiptune un peu grinçante, bien que drôlement cool en live, lors de mes années lyonnaises. Mais avec son dernier Ep, le mec est passé au stade supérieur, il a pris le tuyaux au fond du level 1-2, histoire de passer quelques niveaux à toute vitesse, et se retrouver au top du game actuel. Fini les élucubrations qui crissent, place à la mélodie, la belle, la bonne, la Brandy Kinon. On porte aux nues My Megadrive, mais c’est bien The Back Up qui m’arrache la gueule, morceau pop-chiptune bien progressif à te faire chialer les esgourdes. Les petites Gameboy qui chantent à l’horizon, avant de faire monter la sauce pour débouler sur une partie chanter imparable, c’est le bonheur. Seul problème de ce morceau, c’est qu’il agrippe ta gueule toute la journée, pour que tu le chantes sous la douche, au boulot, dans le métro, jusqu’à capituler et le relancer une nouvelle fois en arrivant chez toi.
> Falty DL – Paradise Lost
Bon, là c’est du sérieux, on arrive surement sur l’un des plus beaux “morceaux non chiptune utilisant de la Gameboy dedans”. Ce Paradise Lost, c’était clairement le plus beau morceau du Lp Love is a liability, et surement le plus beau morceau de l’americain, rien que ça. On tente de battre le record d’utilisation du mot beau ? ok. Cette montée Uk garage, c’est beau. Cette mélodie 8it qui arrive tranquillement, qui te donne envie de devenir fou tellement la mélopée est putain de parfaite, et bien, c’est putain de beau. Quand elle monte, ça me renverse à chaque fois. Le compteur de lectures sur itunes a explosé, je connais le titre par cœur. Deuxième moitié du titre, on part dans un shoegaze-8it renversant, à t’écraser le cœur et te laisser dériver dans l’espace. Le final est tellement beau que même te pendre les couilles à un croc de boucher ne retranscrirait pas 10% des sensations que tu ressens en écoutant ce morceau. Le diamant absolu.
> Tepr – 8bits Love
On finit par la conclusion d’album ultime, le morceau chiptune qui m’a le plus marqué dans ma vie. En même temps, le Cote Ouest de Tepr fait parti d’un de mes LP préféré all-time (On peut le classer dans mes 10 disques favoris, pas de problème). Conclusion ultime, car après une heure d’electro-bouncy-dance superbe, on tombe sur une litanie 8bit rachitique, belle à chialer. Déjà on peut dire que l’on a rarement eu un morceau Chiptune aussi abouti au niveau des sonorités et de la mélodie, ultra mélancolique. Bon, elle te donne l’impression de violer des émo après les avoir aspergé d’essence, mais c’est pas grave, c’est tellement mortel que tu kiff sans honte. Reste que l’intérêt premier de ce morceau, c’est le retour à la vie normal, la disparition de la 8bit. Elle s’enfonce graduellement, et laisse place, tout doucement, graduellement, à une guitare et un folk lunaire. Ce qui prouve deux choses : qu’un morceau chiptune réussi, c’est une mélodie perce cœur qui peut être reprise par une simple gratte acoustique. Et qu’un morceau de chiptune réussi, c’est un morceau chiptune qui s’arrêt… euh non, c’est un morceau de Chiptune qui agonise. Et là, cette mort de la 8bit avalée par la guitare de Tepr est surement le plus bel hommage que l’on pouvait faire à nos chères Gameboy.
Dat’



































