Gabriel Garzon-Montano – Bishouné: Alma del Huila

Posted in Chroniques on March 7th, 2014 by Dat'


Les anges, tout le temps



Un pote japonais qui à l’habitude de me filer quelques bons tuyaux me racole soudainement sur facebook avec un artiste New Yorkais hispano bizarre, avec pas mal de points d’exclamations dans son message. Je ne comprends pas. Mais j’écoute, par politesse, corroboré par le fait d’avoir vu le truc passé je ne sais où sur twitter ou facebook. Et je me prends une claque. Monstre. Alors que tout, de l’artwork rachitique jusqu’au nom compliqué de l’artiste/EP, en passant par la sommaire description du disque, m’inspirait la méfiance, étant plus motivé à écouter un truc de club-drogué plutôt qu’un énième ersatz de Rodrigo y Gabriela. Ce fut ni l’un, ni l’autre. Ecouté en boucle pendant une nuit, écrasé par le manque de sommeil, un néon grésillant dans mon salon, le chat ronflant sur un bout du canapé, ce Gabriel Garzon-Montano qui me susurre l’amour sur des instrues enfumées m’a fait un effet bœuf.






Le plus drôle, c’est que ce petit EP regorge de tubes parfaits. Et des morceaux à se damner. Le premier choc, bien placé au milieu de la galette, c’est Pour Maman. Quand je parle d’un choc, ce n’est pas celui qui vous fait découvrir de nouveaux horizons musicaux, ou celui qui vous arrache la colonne vertébrale. Je parle plus du choc doucereux, celui qui s’installe insidieusement, vous fais lâcher un “putain c’est mortel“, avant de vous envoyer voyager dans les rues sales et les étoiles. Un morceau qui vous convainc en 3 secondes, mais que l’on écoute la première fois avec les oreilles bien tendues, pour “vérifier” si ce qui passe par nos oreilles est bien réel. Un peu comme lorsque je suis tombé sur Me and The Devil de Scott Heron il y a quelques années. Ici, on a le beat le plus rond, le plus puissant, le plus noble de 2014. Un truc qui fait vrombir les âmes, trembler les murs et pleurer les voisins. Un truc qui tabasse la nuque, et fait friser les duvets. Tremble Dj Darky, reste en Allemagne, le beat parfait est ici.

Tu as la mélodie, à chialer, qui s’installe à pas feutrés sur ce cœur battant, exsudant de lave. Puis le chant, timide, modeste, apaisé. Une gratte électrique fait son trou, te tire de l’hypnose, et toi tu te laisse aller, clope au bec ou bière à la main, à basculer ton cou d’avant en arrière. Claquer des doigts. Hululer tranquillement comme le fait Gabriel Garzon. Puis tout explose, ça part en rock-soul épique, avec une conclusion folle, que l’on a envie de gueuler comme un soulard, en revenant chez soi défoncé par la solitude, marchant en zigzag sous une pluie battante. C’est beau putain.

Alors forcément, après un sommet pareil, tu sais qu’il sera difficile de trouver les mêmes émotions sur le reste de l’EP. Et tu n’as pas tort, tu ne la retrouveras pas. Par contre, les érections, les sourires, l’envie de courir dans un champ de fleurs en hurlant, de danser comme un derviche tourneur avec les pupilles dilatées, pas de soucis. Tu as Keep On Running, tube absolu du disque, qui commence comme un r’n’b goguenard, avec un clavier de fou, va vite basculer sur un refrain absolu. Le refrain que tu as toujours eu envie de chanter, avec ton amour, tes futurs enfants, tes potes, ton boss. Dans le métro aussi, avec tous ces inconnus qui tirent tous la gueule. Genre on aurait tous des parapluies multicolores que l’on balancerait autour de nous, avec des supers pas de danse, un peu comme dans Windowlicker, mais sans les trumeaux, avec des vraies belles filles dont tu tombes amoureux au premier regard. Et puis du soleil. Beaucoup de soleil. Dans un monde parfait, ce morceau grillerait toutes les radios et ferrait danser toutes les g i r l du monde. On se contentera de se dandiner dans son appart, ou sous la douche, seul, un savon dans la main gauche, et ce que tu veux dans la droite.

Bon il y a aussi Naeja, qui pourrait sembler bizarre dans son amorce, avant de partir dans une soul émo folle, chant parfaitement altéré par un simili-vocoder, couplet imparable couplé à un non-refrain qui plait à coup sur, à chialer de bonheur à force d’onduler le cou. C’est minimaliste en diable, il ne se passe que le strict nécessaire, l’instrue est rachitique, tout en étant parfaite. Pop renversée, négatif de tube, un vrai tour de force. Après, si tu aimes les choses plus évidentes, il y a aussi un Everything is everything, qui n’a rien d’embarrassant contrairement à ce qu’énonçait la blonde droguée. On navigue dans les eaux funk qui n’ont jamais autant sonnées à la mode. Oui je suis succinct pour les descriptions des morceaux, parce que j’ai hâte que vous arriviez à la fin de l’article et écouter l’album.

Mr Gabriel Garzon offrira même un couple de morceaux moins évidents, avec un 6 8 mélancolique en diable, entre complainte de bar enfumé dans les bas fonds de Chicago, tempo ralenti et ligne de basse parfaite. En ouverture de disque, ça pourra rebuter ceux qui ont échoué sur Bishouné pour remuer du popotin, mais ravira les grands mal rasés à l’aorte cassée. Me Alone, plus long morceau du bordel (on approche des six minutes) offrira plus de surprise, avec cette soul electro concassé, partant dans tous les sens, bourrés de bugs sonores, de synthés putes discrets et d’un chant plus affirmé, en mutation constante. On est très très proche d’un exercice à la Super_Collider, qui étaient décidemment bien en avance. Le morceau laissera petit à petit des chœurs désabusés débouler graduellement, du plus bel effet.





J’ai enfin compris pourquoi mon pote m’a filé cet Ep : parce ce qu’il défonce. On va faire simple, cet Ep est une vraie claque. Douce, feutrée, mais au combien marquante. Certains titres frôlent la perfection (Pour Maman, Keep On Running, Me Alone sont fous) et l’EP Bishouné devrait très facilement se classer dans les meilleures sorties de l’année, sans forcer. Je ne sais pas d’ou Gabriel Garzon-Montano sort, ce qu’il avait fait (à part du gospel, il paraît). Une vraie belle découverte, pour nuit blanche ou soirées enfumées. Pour faire l’amour ou mourir esseulé.











6 titres – Styles Upon Styles

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CUM ON MY SELECTOR 14 : Doseone, Denzel Curry, Moderat, Girl Band, Darius, Archngl, Haarps, Lakutis, At Her Open Door, Man vs Indian Man

Posted in Chroniques on February 24th, 2014 by Dat'


A qui offre-t’on une rose lors d’une orgie?



Doseone feat The Light Of Love Children’s Choir – Weight In Song

Lors de son live il y a deux ans, Doseone avait balancé un morceau assez incroyable, défoncé par des chœurs d’enfants. Il avait annoncé que cette track ne serait pas pour son album solo, mais pour une compilation à venir. Alors j’ai attendu. Puis j’ai oublié. Et voilà que sans crier gare, le morceau sort du néant, ravivant mes souvenirs d’orgasme fou. Car Doseone est fou. Pour cette compilation aux apparats humanitaires, il aurait pu faire une pop-song normale avec chœurs et refrain, avec une mélodie simple et contagieuse. Ce n’est pas le cas. Il aurait pu faire un truc ultra expérimental, froid et délirant, où rien ne se distingue et tout se perd. Pas ça non plus. Avec Weight In Song, on est dans l’équilibre parfait, le maelstrom pop ultime, où explosions côtoient joies d’enfants, où terrorisme sonore copule avec litanie facile à chanter. C’est une bombe aléatoire, imprévisible, et pourtant tellement logique, tellement bien agencée, qui file la frousse et drague la colonne vertébrale lors de ce refrain absolu, chant de stade déssossé jusqu’à la mort, mélodie géniale de ce début d’année. Un morceau évident, lumineux, mais dangereux et imprévisible. On n’en attendait pas moins de Doseone, qui ferrait beaucoup de bien au monde de la musique en revenant aux affaires.
Check mon interview de Doseone en bonus ICI.






ARCHNGL × HAARPS – Lotus

Alors donc, ça te manque les morceaux de Burial de 4 minutes qui te donnent envie de chialer pendant que tu rentres chez toi un big mac à la main après une soirée arrosée ? Les tirades nocturnes pleines de larmes post-ruptures et de cyprine récoltée dans les toilettes d’un club ? Tu savais que les russes étaient très fort pour balancer des sons émo qui retournent l’estomac et flinguent la colonne vertébrale ? HAARPS & ARCHNGL se tappent une collab, un coït presque gênant où la détresse de l’âme et les pleurnicheries sont sur le trone. Oui, c’est un peu cramé. Oui, le violon de fin, épico-tragique, est sur-grillé. Sauf que c’est beau. Que c’est un massacre émotionnel. L’intro de Lotus, avec ses synthés trance sortis du brouillard et ses anges éplorés qui chantent la mort de leur mère, est incroyable. Quand le morceau bascule en mode Armin Van Buuren sous Rivotril, ça tabasse comme jamais. C’est la puissance, l’émotion, la déraison. Et même ce passage world music massif de fin de parcours, après une escapade pareille, ben ça t’arrache le cœur, ça t’en fait des papillotes et ça te l’enfonce bien profond dans le fignard, pour que tu puisses le sentir battre en mode tachycardie jusqu’au plus profond de tes entrailles. Folie.






Darius – Vanyll

Cela faisait bien quelques mois que je ne m’étais pas autant enthousiasmé pour un Ep de Uk Garage façon plaisir simple et sucré. Darius a enflammé internet il y a peu, en publiant Espoir, single parfait de son Romance EP, house à claviers imparables qui retournerait n’importe quel club. Mais derrière ce hit culminant à 100.000 écoutes sur soundcloud (et que dalle sur youtube) se cache Vanyll, morceau plus discret, mais tout aussi réussi, avec des voix pitchées puputes qui me draguent forcément l’échine instantanément. 2 step romantique, house boiteuse puant le sexe, les peaux en satin et les talons hauts, la track convie tout ce qui se fait de mieux dans le Uk, avec ce petit coté mélancolico-émo-tubesque qui fait l’apanage des grands morceaux du genre (en tête, les Good Morning de Jacques Greene, Lying Together de FKJ ou Something You Should Know de Jamie Grind). Au vu des stream soundcloud, ce nouvel Ep semble être une jolie réussite, bien plus racé, émo et travaillé que le précédant. Chialer en claquant des doigts devant un coucher de soleil, ça marche plutôt bien avec Darius.






At Her Open Door – Even Better

Quand on achète un Cd au Japon, il faut parfois faire bien gaffe aux inscriptions, peu avares en superlatifs, et en comparaisons parfois ubuesques. On verra des Burial ou des Aphex Twin sur tous les disques electro-émo, ou du J-dilla sur tous les disques de hiphop enfumés. Si l’on rarement à l’abri d’une mauvaise surprise (je suis déjà tombé sur un album piano-lounge alors qu’ils parlaient de Clark sur la jaquette), on est parfois plutôt bien conseillé, et c’est en diggant dans un disquaire que j’ai pu découvrir Seekae. Pour At Her Open Door, il était écrit en gros “James Blake”. Et un japonais qui fait du James Blake, ça m’intéresse pas mal. Sauf que la musique d’At Her Open Door n’a pas grand chose à voir avec celle de anglais, même si c’est quand même très cool : uk garage enfumé, dub cocaïne un peu malsain, le tout mâtiné de chœurs fantomatiques bousillés par des vocoders, Ever Better incarne plutôt bien ce que l’on peut trouver dans le LP. Disque loin d’être parfait, auquel il manque quelques de bravoures, mais extrêmement plaisant dans son ensemble pour de longues nuits zébrées d’opiacés.






Denzel Curry – Parents

Je regrette un peu de ne pas avoir parlé du Nostalgic 64 de Denzel Curry, excellent album de rap drogué. Dans cette tape, un tube se dégageait, plus que justement clipé via Complex. Le morceau ? Excellente tirade flinguée, claudiquant, à l’instrue malade et candide, une mandale parfaitement rappée, texte cruel culminant sur l’implacable refrain “Your momma ain’t shit, your daddy ain’t shit / And then you realize that life is a bitch / Got no education so you got to be the chick / That strip for a living cause you gotta pay the rent”. Mais ce qui frappe encore plus avec ce Parents, c’est le clip, superbe, un des plus beaux pondus par le rap indé de ces derniers temps. Montage psychédélique mêlant conflit familial et starfox joué sous acid, avant que des glitchs cramés viennent parasiter la rétine. Ce clip, ce n’est pas un clip sur l’enfance, mais sur les souvenirs que l’on a tous, emmêlés dans notre cortex, mélangeant rémanences mélancoliques, escapades mentales martelées par les premiers plaisirs virtuels et monstres cachés sous le lit. Quand je repense à mes longues nuits passées à me noyer dans Secret Of Mana pendant que mon père se tapait des crises d’épilepsie, et bien cela ressemble parfaitement à cela.






Lakutis – Jesus Piece

On avait perdu Lakutis après son très bon feat sur l’excellent morceau Ay Shawtie, clairement porté par une prod parfaite. Un feat parmi tant d’autres, on apprécie le morceau puis on vogue vers d’autres horizons, le cerveau disponible. Mais voila que le mec déboule sans prévenir avec un morceau de fou furieux, Jesus Piece, accompagné d’un clip aussi violent qu’un taquet en pleine nuque. Prod cauchemardesque, entre délire rock violent et electro ombrageuse, on sent Lakutis en roue libre, à débiter le même refrain cent fois, le sang perlant de son nez, l’or liquide s’infiltrant dans tous ses pores. Là encore, la track est sublimée par la video, parfaite, marquante. Se faire laver le cerveau, au final, c’est plutôt agréable.






Man vs Indian Man – Ice Accountant

On est jamais contre quelques pastilles pop cosmiques droguées, aux mélodies fragiles et émo. Ca tombe bien, les Man vs Indian Man, et leur nom de groupe surement trouvé après une séance de défonce dans une réserve à plumes, semblent être des spécialistes. D’où sort ce groupe impossible de le savoir. Ce mini Ep sorti début fevrier, constitué de 6 courts morceaux nauséeux ne remportera surement pas le titre de galette de l’année. Mais au milieu de ces tirades aquatiques qui semblent incomplètes se cache une petite track frôlant la perfection, Ice Accountant. Beat house feutré, mélodie cristalline toute belle, chant discret parfaitement placé, Man vs Indian Man ne laisse pas la chance au morceau d’évoluer mais malgré cela, on en prend plein les mirettes. Entre délire neurasthénique indie et essai electronica-pop candide, façon Plaid donnant la main à Panda Bear, cette track donne de jolis indices sur ce que pourrait faire le groupe dans le futur, s’il décide de donner un peu plus de temps et de liberté à ses morceaux. En attendant, on se repasse en boucle ce parfait Ice Accountant pendant les prochains mois, hypnotique.






Girl Band – Lawman

Ce putain de groupe m’avait retourné la gueule l’année dernière avec leur remix apocalyptique du “Why they hide their bodies Under my garage” de Blawan. Ultra violent, enregistré dans une cuisine, ça frôlait le gimmick de branleur, mais ça cramait n’importe quelle enceinte. Difficile de savoir ce que faisait le groupe à part ça, vu leur bandcamp compilant 3 morceaux qui se battent en duel. Et tout à coup, fin janvier, une vidéo apparaît. Lawman, premier vrai single de Girl Band, incarne la déflagration absolue. Tout ce que l’on a envie d’entendre dans une musique de branleur : des guitares moches, un rythme binaire rachitique, un chant à la ramasse, le tout mal enregistré. Mais bordel, qu’est ce que c’est jouissif. Ce morceau c’est regarder le film Twister avec un mec qui chie sur tes lunettes 3d. C’est une objection de conscience, un cocktail Molotov balancé en pleine face. Une énergie techno qui se fait rouler dessus par une défoncée au crack sans permis. Entre Nissenenmondai et du papier de verre délicatement appliqué sur les couilles de la rock musique. Surement imbitable sur la durée d’un album, mais absolument parfait pour se transformer en Zombie.






Bonus : Moderat – A New Error (Enerys Piano Cover)

La musique, parfois, c’est tout simple.






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Moodymann – Moodymann LP

Posted in Chroniques on February 10th, 2014 by Dat'


La voiture roulait vers la jungle en éteignant ses phares



On voit cette nouvelle galette de Moodymann comme le come back quasi inattendu d’une légende, alors que l’americain n’a jamais levé le pied, sortant au moins une galette par an. Ce qui est sur, c’est que l’on avait pas autant parlé d’une sortie de Moodymann depuis un bail. Il faut dire que Kenneth Dixon, après avoir claqué une demi-douzaine d’albums légendaires à la suite, s’est méchamment ramolli, (un comble pour un mec presque autant connu pour son chibre que sa musique), jusqu’à sortir des galettes parfois anecdotiques, ou au mieux comprenant des titres de folie, mais avec une qualité globale inégale. J’avais, l’année dernière, commencé un article sur son mini-Lp ABCD, avant de rapidement abandonner. Loin d’être mauvais, l’album manquait pourtant de tout ce que j’aimais chez Moodymann : cette odeur de chatte constante, cette transpiration qui perle à chaque beat, ce mélange de mouille et de foutre émanant des exaltations inhérentes à sa musique. Outre la mélancolie, la deep house n’est jamais autant marquante qu’en ayant cette aura ultra sexuelle, jamais vulgaire. Et cette putain de chaleur, cette rondeur des productions du gars, on ne la percevait plus vraiment. Elle était surement là, mais elle ne me touchait plus, alors que les premiers LP du bonhomme sont la BO de mes rêves érotiques.







Bon, il faut préciser tout de suite qu’il y a deux versions de l’album. Une physique LP avec douze titres, et une digital-CD frôlant le non sens avec ses 27 titres (!!). Cette version enhanced est principalement composée d’interludes sympas mais loin d’être indispensables, ou de gimmicks disséminés plusieurs fois dans le tracklisting (Moodymann semble ne pas avoir digéré le fait que son Freaky Mother Fucker n’ait pas envahi les radios du monde entier), il est donc difficile de ne pas se focaliser sur l’album en formation resserrée.

Autant aller droit au but : cet album sent le cul. Vraiment. Ca pue les frottements de peau, les cambrures ruisselantes. Et pour la première fois depuis quelques temps, cela ne semble même pas forcé. Moodymann semble en avoir rien à branler, il balance une galette je-m’en-foutiste qui n’a aucun sens dans le tracklisting, dans une pochette représentant Kenneth Dixon de façon frontale, dans des morceaux qui existaient déjà, à peine remixés.

A dire vrai, j’y suis allé un peu à reculons mais je me suis pris une baffe directement. Desire est un morceau immense. Absolument immense. C’est d’une perfection insensée, dans le rythme, chaud et rond, dans la mélodie, feutrée, et dans le chant de José James, redoutable. Un morceau qui donne envie de danser, de caresser des corps, de s’enivrer de courbures et cambrures. Oh certes, ce morceau semble être qu’une simple version remixée d’une track de José James. Mais cette version par Moody est folle. Cette précision dans le rythme, dans les exaltations mises en boucle, dans cette voix chaude, dans cette house d’une pureté dingue. Il suffirait de balancer ce morceau dans les lieux publics pour que le monstre foule se mette à couiner de plaisir en entrant, enfin, en symbiose. Ecouter ce morceau, c’est admirer une strip teaseuse s’effeuillant sur le piano d’un jazzman la clope au bec. Puis s’approcher d’elle, lui attraper la main pour l’emmener faire le tour de la ville en bagnole, amourette d’une nuit grillée par les néons. Et faire l’amour jusqu’au lendemain.

Mais Moodymann, c’est parfois légèrement plus salace, comme sur l’excellent No, track ultra sexuelle et caverneuse, fresque Detroit à rapprocher de certains exercices lubriques d’Aaron Carl, mais en hétéro, avec cette voix gutturale susurrant des insanités à une demoiselle revêche. Ca sent la petite culotte égarée dans les toilettes d’un club, les regards appuyés avant fellation et la copulation sous psychotrope. Imparable.

On tient aussi le tube de l’année, la cavalcade soul-r’n-b de folie avec Lyk U Used 2, pour une complainte dépressive géniale. A chanter sous la douche, en se déhanchant comme un con, avant de comprendre que ce morceau est le morceau mélancolique le plus bandant de l’année. On n’est pas loin d’un Cold Ware de Monae, mais en dépouillé, écrasé par la solitude et l’envie de danser. “Bitch don’t want me no more”, on sent que c’est presque trop facile pour Moodymann de balancer un tube qui retournerait la terre, mais l’homme qui veut rester terré dans les boites à cul sales de Detroit, semble ne même pas avoir envie de faire l’effort. Il nous le rappelle d’ailleurs quelques secondes de son Freaky Motherfucker en fin de track.

Come 2 Me prendra le même créneau, en moins tubesque mais plus langoureux, tout aussi… et je ne peux pas continuer cette chronique car CETTE PUTAIN DE LIBRAIRIE ITUNES DE MERDE vient de s’effacer et que j’ai perdues toutes les données et que re-uploader le fichier librairie itunes va me prendre plusieurs heures. Merci Itunes. Passons à la conclusion donc, pour éviter que je balance mon ordinateur par la fenêtre…





Que l’on soit clair, Moodymann est loin de sortir avec cet album éponyme un chef d’œuvre du même poid que ses albums de la grande époque. Mais l’on s’éclate bien à l’écoute de ce Moodymann LP. Il transpire dur, plein de tension sexuelle et de prises de positions langoureuses. C’est un peu le bordel dans ce disque, et l’on ne parle même pas de la version de 27 titres. Mais Kenneth Dixon écrase toute concurrence sur certains morceaux, comme l’affolant Desire, la fresque Sloppy Cosmic ou l’imparable Lyk U Used 2. On se demande parfois ce que Moodymann à réellement crée dans le morceau, souvent fait avec des collaborateurs, mais rapidement on s’en fout, ça marche parfaitement, on a juste envie de ramper par terre en demandant des massages.

L’écoute de ce Moodymann nous fait aussi regretter que dans 99% des clubs de strips du monde, on passe de la soupe merdique, en demandant aux gens de s’effeuiller sur les synthés stridents d’un tube turbiné à l’excès. Les Work Bitch ou Born This Way se sont retrouvé propulsés comme BO obligés des lieux de vice sans aucune cohérence. Alors que la vraie musique de pôle dance, c’est façon Moodymann. Le moite, le sombre, à peine illuminé par cambrures et néons. Celle qui provoque érections et flaques de cyprine avant même que les corps se mettent en branle. Loin d’être un disque révolutionnaire, mais surement l’un de ceux sur lesquels on prendra le plus son pied en 2014
















12 titres / 27 titres – KDJ

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KG – Passage Secret

Posted in Chroniques on February 4th, 2014 by Dat'


Interstellar Over Dope



On a tous parlé des retours improbables ou inattendus qui ont marqué 2013, avec des formations aphones, disparues ou démantelées depuis des lustres (Mazzy Star, My Bloody Valentine, Deltron…) et cette nouvelle année semble prendre le même chemin, avec l’improbable reformation de Slowdive. Mais il y a un mec qui a disparu il y a douze ans, et que je n’aurai jamais pensé revoir dans un magasin de disque : KG.

Pour faire simple, KG est un mec qui m’a traumatisé à vie avec son album Adieu à l’Electronique, monument de l’électronique française crade et mélancolique, un petit chef d’œuvre hors control, déviant, sensible et ultra violent. Ca hurlait dans tous les sens, avec des synthés qui te tombaient dessus façon colère de dieu, avec des moments absolument épiques. Le tout jamais dénué d’humour, de malice et de sadisme. Spectre 2 fait parti des morceaux les plus beaux entendus dans la musique électronique, Spectre 8 aurait du figurer dans Drive histoire d’assurer une pluie de billet sur l’artiste, et Spectre 1 doit être responsable de tous les excès de vitesse sur les autoroutes de France. Mais outre ce disque charnière, KG c’était aussi ce best-of batard Greatest Hits lui aussi sorti chez Gooom, et un bien bandant Tatami Cissy chez  Antimatière. Oh, il a sorti pleins d’autres trucs le KG, entre 93 et 99, que je n’ai jamais pu écouter, parce que introuvable.

Et donc, voilà que je tombe par hasard sur un trailer cheap où l’on voit un mec gesticuler avec un couteau près d’un vide ordure. Avec de grosses initiales en filagramme, KG. J’ai cru à une blague, voir une coïncidence, avant de me rendre à l’évidence : Remy Bux renaissait de ses flammes pour venir nous trancher la gorge. Et c’est bien la première fois que je laisse, avec un plaisir non dissimulé, quelqu’un s’approcher de ma carotide dénudée.






Et après tant d’années de mystères, KG pose les pieds dans le plat : on fout sa gueule de façon frontale en cover, on donne de vrais titres à ses morceaux et on va même pousser la chansonnette. Par contre, si l’on attendait que le musicien se calme niveau sonorités, on peut toujours se brosser, car Passage Secret a tout de l’attentat terroriste.

Clairement, j’ai un peu flippé en lançant ce nouveau disque. Combien de fois a t’on été déçu en écoutant le nouvel album d’un mec que l’on vénérait il y a dix ans ? L’érection de mon chat à l’écoute de P36 confirma vite que KG n’avait rien perdu de sa superbe : rythmique ultra rapide, bassline dégueu, riffs enregistrés dans une cuisine, on s’en prend plein la tronche dès l’entame hystérique. Mais la mélodie s’envole vite, les synthés perlent, et le brulot garage se transforme en fresque candide et fragile, matraquée par un tabassage ultra violent. C’est cette mélodie, pure et belle, largement étouffée par les saturations, qui viole le cœur. Une mélodie que l’on peut chanter sous la douche, et l’attaque finale tient autant du tube de stade que de la saillie underground dégueulasse. Un pur bonheur, d’autant plus quand l’on comprend que le disque va s’enchainer naturellement, sans pause, et qu’Ubermorgen est le pendant dépressif et dépouillé de l’agression précédente. Synthés fous, cordes émo, facette shoegaze (que l’on va retrouver régulièrement dans le disque), c’est court, mais ça a largement le temps de nous faire chialer.

Des larmes, c’est ce que tu cherches ? KG renoue avec ses amours rock via Auswendig, débutant sans crier gare sur une guitare bien encrassée, pour une comptine chantée en allemand, berceuse naïve passée dans un mixeur. Puis le miracle, les synthés explosent, c’est superbe, ça te prend la gueule et le cœur pour en fait de la bouillie. Je ne parle pas l’allemand, alors je pige rien, et je ne pourrai jamais chanter ce truc en allant au boulot. Mais putain qu’est ce que c’est beau.

C’est d’ailleurs dans ces terrains mélancolico-sublimes que Passage Secret remporte la timbale. Car si l’album est toujours aussi accidenté que les précédents LP de KG, une facette shoegaze et contemplative se fait plus présente. 440, longue fresque faite de bourdonnements et de guitares ténébreuses est un des meilleurs morceaux du disque. C’est beau comme jamais, tundra désertée pour accompagner avec perfection tes longues marches, de nuit, dans la ville. Pain Sec, dans le même délire, finira bien des insomnies, malgré sa courte durée un peu frustrante. Un vieux Bluesman édenté chantant la mort aurait été parfait.  Mein Herz schlägt nur für dich, encore plus aboutie, partira sans hésiter vers des territoires rock-electro-shoegaze drogués chers à Gooom il y a une époque, avec progression épique, riffs contagieux et break mystique avant un baroud d’honneur assez jouissif en mode tube imparable, avec allemand déclamé sur mélodie parfaite. Saute en hurlant contre les murs de ton appart après avoir chialé toutes les larmes de ton cœur : un bon concept.

On parlait de shoegaze, on frôlera presque le mur du son avec Abschiedsspiel et son lit de guitares bigger than life,  clameur froide et électrique, matraquée par un pied métallique et un chant (toujours allemand) noyé dans un bordel sans nom, pourtant hypnotique et rassurant. Se faire cajoler par un typhon, se prendre un immeuble sur la tronche, et aimer ça.





Mais mais mais, j’en vois venir, “ouai KG ce que j’aimais, c’était ses tirades electro, ses délires techno-disco-cancéreux qui me faisait bouger du cul tout en me tranchant les veines”. Ca tombe bien, il y en a une bonne plâtrée sur ce nouvel LP. Avec en point d’orgue Claque Merde, et sa longue intro débilitant tirée d’un super mario sous acides, avant de subitement se fracturer et partir sur une electro de folie, une instrue complètement viciée, dépressive et pleine d’espoir dans le même mouvement. Le bal des mutants, partouze de zombies, synthés en pleurs, c’est le morceau que tu passeras lors de la définitive soirée en club fêtant la fin du monde. Ca ravage les synapses parce que c’est beau, bizarre et implacable. Le mec se permet même de ressortir un gimmick déjà croisé chez Mr Bungle (Pink Cigarette le morceau Mort), ce parasite strident qui va s’intensifier jusqu’à explosion. Alors toi écoutes cette track qui ferrait passer les Chromatics pour des ringards, mais à cause de ce bip bip bip continuel, tu as la paume des mains qui sue, tu n’es pas serein, tu profites de la beauté du paysage en sachant pertinemment que tout va t’exploser à la gueule dans quelques secondes. Apprécier la beauté de la vie puis devenir fou. Perfection.

Tu as Rebonjour l’electronique aussi, qui, s’il casse le slogan implacable et définitif du précédant LP, permet néanmoins de débouler dans nos enceintes pour transformer bassins et hanches en charpies. Tu danses parce que c’est fou, mais c’est au final une lente descente hypnotique, une overdose dans les toilettes d’un club qui passe de la disco. On se rapprocherait presque du trip de Spectre 9, le coté cauchemardesque moins frontal, moins flagrant, mais encore plus présent, de façon pernicieuse, en filigrane.

Steinsuppe se la jouera débonnaire et agréable, qui va lentement se nécroser sur le crépusculaire Telefongeschwindigkeit, lente complainte noyée dans le rivotril. Des claques dans la gueule pour t’extirper de la léthargie ? Lance l’agression totale Nicht ums verrecken pour comprendre ce que c’est que de souffrir d’hyperacousie. Maladie difficilement supportable ? Je compatis.





On pourrait penser que je pèche par fanatisme, que j’exagère la qualité de cet album par aveuglement du vieil adolescent sur le retour. On connaît tous une vieille groupie qui mouille encore 20 ans après, en se remémorant ses nuits avec les Rolling Stones alors que les mecs ne tiennent plus debout la bite droite. C’est peut-être le cas. Sauf que 1/ je n’ai jamais (pour le moment) vu Remy Bux nu. 2/ Son Passage Secret défonce (à défaut de s’être fait). Certes, il n’y a pas de monument aussi ahurissant que S.P.E.C.T.R.E 2, diamant parmi les diamants, ange absolu extirpé de la fange. Certes, les deux trois passades rock pourront en hérisser certains (ils sont dans l’erreur). Mais putain, quel pied à écouter ces explosions de synthés déferler sur ta tronche. Ces bugs sonores te tétaniser les tympans. Ces mélodies émo te réchauffer le palpitant.

Ce n’est pas exempt de défauts, mais c’est ce qui en fait le cachet. Quid d’un disque parfait, quand on peut avoir un album salace, qui pue l’acier et le foutre, qui grince et hurle, qui se nécrose et implose ? Qui fait l’effet d’un paquet de dogmatil avalé à 200km/h sur l’autoroute (P36), d’un concert rock-noise qui se transforme en rupture amoureuse, avec ta nana habillée en mode année 30 qui monte sur scène pour te dire d’aller te faire enculer en essuyant ses larmes (Auswendig), d’une soirée en club passé à vomir tes consommations par le nez, les yeux fixées sur le stroboscope ? (Rebonjour l’electronique, ou Claque merde). Trop de beauté dans cette démence, trop de richesses dans cet LP désaxé, malade, anormal, pouvant déjà concourir au titre d’album de première nécessité.

Ecouter KG, c’est accepter qu’un taré déboule dans ton quotidien pour en dynamiter les fondations. Les sourires, les rencontres, les moments de repos. Il écrase ta vie avec sa saleté et sa violence mélancolique. Ca pourrait faire flipper, mais franchement, quel intérêt de revenir du boulot le soir, s’il n’y a pas la possibilité d’emprunter un Passage Secret permettant de légèrement dérégler ta journée ?

2014 vient à peine de commencer, et je viens pourtant de me prendre ma première grosse claque de l’année.






KG – Passage Secret – Teaser 2014 from hrzfld on Vimeo.






13 Titres – Herzfeld

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Bonus : la chronique de “Adieu à l’électronique”, y’en à pas beaucoup sur le web.



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Lee Bannon – Alternate/Endings

Posted in Chroniques on January 30th, 2014 by Dat'


Retour à l’anormal



Lee Bannon semble bien insaisissable. Beatmaker attitré de Joey Badass et de la clique ProEra, le bonhomme a sorti en parallèle, depuis 2 ans, sur son bandcamp, des albums énigmatiques, entre dark-ambiant burialisé, et electronica-trap fantomatique. De ces releases incongrues, quelques diamants pointent, comme l’excellent EP Never/mind/the/darkness/of/it. Ninja Tune flairant le talent, se met en tête en sortir un deuxième LP du bonhomme de façon officielle. Et en connaissant le terreau Hiphop oldschool de Joey Badass et ses potes, la musique de Alternate/Endings semble aussi incongrue qu’un Hologram Lo qui rendrait hommage à Aphex Twin. Parce que sur cet album, les fondations sont dynamitées. Tu t’attendais à du cloud rap, de l’instrue trap, voire de l’ambiant obscure ? On peut se brosser, car le LP partir sur de la jungle assez violente, axe étonnant en cette époque passionné par la drogue tranquille.






Pourtant, il est certain que la drum’n bass & affilié fait un retour remarqué depuis peu, galvanisée par un footwork qui n’en finit plus de s’envoler dans le cosmos. On a pu croiser des rythmes jungle sur les derniers Burial, Ital Tek ou Machinedrum, qui a fait muter sa juke malade décharnée sur son dernier disque.

Le problème, c’est que la jungle, la vraie, j’en peux plus. Cela fait parti des musiques trop ancrées dans une époque révolue, celle  d’une adolescence à écrémer les MJC de province, ou guetter les premiers concerts d’Interlope (meilleur groupe français dans le genre), à croiser des mecs défoncés dans les chiottes, des nanas taper des crises d’épilepsie à moitié nues ou voir un gars perdre un doigt avec un pétard (true story). C’est en parti pour cela que j’ai grincé des dents à l’écoute de Rival Dealer, malgré les beaux apparats malaxés par le métronome déchainé de l’anglais.

Et ici, en écoutant l’entame du disque, on flippe un peu, avec son toaster défouraillé par un rythme déchainé à la Amon Tobin première époque. Mais Resorectah, après cette intro bestiale, part dans une sublime cavalcade bien nerveuse, avec des synthés à te filer le vertige. Car ce sont bien ces synthés qui donnent le tournis. Le morceau se trouve être une belle tirade ambiant-spatiale, loin du saccage d’introduction, lente dérivation dans les étoiles, avec une légère pluie de météorite en fond sonore. Resorectah donne aussi cette impression d’évoluer dans un Out From Out Where en 3D, assez impressionnant en terme de sound-design. On serait presque rassuré, en ce disant que Lee Bannon va peut-être réussir le tour de force de nous fasciner avec un genre quelque peu galvaudé.

Pourtant, le bonhomme ne va pas se censurer, et les accès de violence sont bien présents. Certains morceaux sont de purs assassinats, comme NW/WB, pas forcément profond mais bien défoulant, un Cold/Melt sensible et mélodique malgré les écarts de nervosité, ou la fresque Readly/Available, rebutante au départ, mais sauvée par sa superbe seconde partie avec son piano d’outre-tombe. Mais c’est aussi dans ces exercices énervés que Lee Bannon ne convainc pas forcément, avec des morceaux un peu trop linéaires ou désertiques (Eternal Attack dont on ne se souviendra pas, Shout Out The Stars And Win, qui ne semble pas terminé, malgré une longue descente du plus bel effet, ou Prime/Decent qui m’en touche une sans faire bouger l’autre)





Mais c’est dans l’émotion que Lee Bannon excelle. Dans cette facette chaos x cosmos qui sublime bien souvent des compositions secouées. Bent/Sequence pourrait sonner décharnée, mais elle fournira pourtant, après le maelstrom de rigueur, une deuxième partie de folie, avec synthés à chialer et conclusion en apesanteur.

Phoebe Cates en est surement l’éminent représentant. Intro des ténèbres, balade de spéléologue dans une caverne de glace emplit d’anges, qui va vite accueillir un beat imposant, un pied pachydermique façon battements de cœur du monstre tapis au font de la grotte. La mélodie crève cœur (ce clavier !!), timide, est parfaite, accompagnée du chant désabusé d’âmes errantes. On frôle le carton plein, sans jamais en faire trop, sans réellement tomber dans la violence sourde. 216 ressortira presque les velléités hiphop de Lee Banon, avec cette boucle de piano langoureusement caressée par un métronome ralenti. Là encore, une petite sensation de vertige domine, errance nocturne matinée de Rivotril, avec des synthés qui tourbillonnent à n’en plus finir. La cadence mute toutes les 30 secondes, la mélodie se fait menaçante sans être pesante. La conclusion, magnifique, bien que frustrante, finira de nous planter des étoiles dans les yeux.

Un peu plus loin, Value 10 jouera encore plus la carte câlin, avec une track qui aurait pu se glisser dans le dernier Machinedrum, avec cette drum ‘n ‘bass racée, télescopée à des éléments plus actuels, façon voix puputes de Uk Garage. Le rythme est effréné mais hypnotique, on est dans la crise d’épilepsie contrôlée, la bave aux lèvres sur hauts talons, le stroboscope fatigué de fin de soirée. Putain de beau morceau.





Difficile d’escamoter la facette Jungle du disque en écoutant ce Lee Bannon. Mais l’erreur serait de se focaliser sur les rythmes. Car c’est bien sur ses passages beatless et mélodiques qu’Alternate/Endings impressionne. Les morceaux peuvent tout à coup partir dans les étoiles, histoire de fracasser les colonnes vertébrales (le court moment de paix sur Cold/Melt à 1min30, nickel), et cette envie de nous faire dériver en apesanteur en annihilant toute notion de temps est extrêmement présente dans cet LP.

Plus qu’un appel du pied à la jungle, Alternate/Endings semble être un hommage direct, peut être inconscient, au grand disque d’Amon Tobin, indispensable Out From Out Where (déjà sur Ninja Tune à l’époque). Même tirades synthétiques planantes, même attrait pour télescoper ces derniers avec des rythmes déglingués. Ballade spatiale cyberpunk, légèrement plus actuelle chez Lee Bannon avec ces incursions vocales et ces teintes émo. Oh, loin de moi l’idée de comparer un disque culte et indépassable à cette sympathique galette. Mais impossible de ne pas penser à une filiation.

Lee Bannon réussît, avec cet Alternate/Endings de très bonne facture, à me refaire écouter un peu de breakbeat avec un sourire non dissimulé, plaisir surprenant que de bander devant quelque chose qui me révulsait depuis quelques années. C’est beau, c’est propre, c’est extrêmement bien produit, et ça secoue assez pour nous filer une jolie taloche. Du bon boulot.






Lee Bannon – Value 10






Lee Bannon – Phoebe Cates






12 titres – Ninja Tune

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TOP 2013 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 13th, 2014 by Dat'


Rétro 2013 :



Comme d’habitude, ce top n’est pas foncièrement là pour présenter les disques révolutionnaires de l’année. Simplement ceux que j’ai le plus écouté, que cela soit en pleine nuit devant mon ordi, sous la lumière d’un réverbère, en soirée ou avant d’aller au boulot le matin. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement inconnu au bataillon. Le plaisir de chanter un truc sous la douche, ou de chialer pendant un moment dur. Surtout, comme chaque année, n’hésitez pas à poster vos coups de coeur en commentaire de cet article, Car évidemment, il doit y avoir de grands absents, oubliés, ou pas écoutés. Il y a aussi des disques qui sont complètement passés à la trappe, souvent sans le vouloir.

Encore une fois, plusieurs catégories dans cette rétrospective : Un top 12 albums, sans distinction de genre, les Top Tracks 2013, le retour du Artist of the year, la bonne idée de l’année, les EP à écouter, et bien évidemment quelques élucubrations parsemées ici et là, écrites entre deux bières

Les titres des disques en couleur renvoient aux chroniques respectives (le cas échéant)





> Top album 2013




- µ-Ziq – Chewed Corners

On attendait depuis une demi douzaine d’années le vrai retour d’µ-Ziq. Et l’on peut dire que Paradinas fut sur tous les fronts en 2013, avec un projet quasi-pop (Hétérotic), une parfaite collection d’inédits de la grande époque electronica mélodique (Somerset Avenue Tracks 92-95), et un EP sous son blaze le plus connu, µ-Ziq. Mais c’est réellement avec son Chewed Corners que le boss de Planet-Mu m’a renversé le cerveau. Parfaite synthèse de tout ce qui se fait de mieux chez Planet-Mu, voir d’une frange electro actuelle : footwork halluciné, bass music émo, electronica fragile, et même un poil de putasserie candide. Il déroule un album mille-feuilles qui part dans tous les sens, qui donne autant envie de danser que de pleurer, tout en gardant ce coté malade que Paradinas injecte dans sa musique depuis des années (Houzz10, diamant du disque, concentrant tout ce bordel en 5 minutes géniales). On se retrouve devant un disque d’une richesse infinie, qui ne révolutionne pas grand chose mais roule sans aucune pitié sur tous ses concurrents, le sourire au lèvre. Il y a µ-Ziq. Puis le reste du monde.


- Boards Of Canada – Tomorrow Harvest

Deux légendes qui squattent le haut d’un top de l’année, c’est assez rare, les phœnix ressuscitées incarnant un concept de plus en plus fallacieux dans le monde de la musique. Ce nouveau disque de Boards Of Canada était inespéré, improbable, comme l’éventuel retour d’un Richard D James. On aurait pu penser que les deux frères se seraient assagis, ramollis par une écurie Warp qui n’en fini plus de se lisser. Et c’est pourtant un disque sans concession aucune qui déboule sans prévenir. Un disque étouffant, dur, âpre, loin de la mélancolie champêtre du dernier disque. Ici, on compte les morts, on marche jusqu’à en crever, on ne s’autorise même pas une simple pause pour pleurer. Mais outre des morceaux absolus (Come To Dust, White Cyclosa, New Seeds, Semena Mertvykh…), c’est dans son positionnement que Tomorrow’s Harvest excelle. A l’époque où personne ne réfléchi plus en terme d’album, où les disques ne sont qu’ensemble de mp3 divisibles, BOC impose un monolithe avec un fil conducteur fort, une pessimiste histoire qui n’en fini plus de sombrer, une progression hypnotique interdisant toute fonction shuffle. Difficile, même un an après, de deviner quel impact aura ce LP par rapport à ses prédécesseurs. Mais c’est étonnamment avec cette sensation d’étouffer, en écoutant Tomorrow’s Harvest, que l’on aura eu notre vraie respiration musicale de l’année.


- Ventura – Ultima Necat

Si le groupe Ventura n’a jamais changé le monde, il a bousculé ma vie. J’avais un peu laché le rock cradingue émo pop bruitiste, celui qui te donne envie de gueuler dans ta chambre en faisant du air guitar, de pleurer en chantant des refrains ultra catchy alors qu’un mur de guitare s’abat sur ta gueule. We Recruit est un des meilleurs albums que j’ai pu écouter dans ma vie, un objet parfait, que j’ecouterai encore à 50 ans en disant à mes gosses que “tu vois, le rock quand j’étais jeune, ben c’était quand même quelque chose !”. Difficile de succéder à un disque qui marque ton âme à jamais. Et Ultima Necat, je l’attendais avec prudence, redoutant la terrible foirade. Ventura effectue un vrai virage à 180°, et loin de continuer de creuser les fulgurances pop de We Recruit, s’enfonce dans un rock assourdissant, violence sourde et dépressive. Et pourtant, au milieu de cet attentat sonore, les mélodies sont toujours là, écrasées, éviscérées par les guitares furibardes du trio. Les refrains sont désormais hurlés dans le marasme, mais parasitent toujours autant le cerveau. On tient certains des plus grands morceaux rock-noise de l’année, avec l’éffarant Little Wolf, le défoncé Body Language ou le marathon Amputee. La musique de Ventura te caresse toujours dans le sens du poil, certes, mais le groupe accompagne ses tendres câlins de profondes saignées, sans garrot ni désinfectant. Dire que ces suisses soient l’une des plus grande formation en devenir, c’est un pas que je n’hésite pas à franchir. Même avec les jambes amputées.





- River Bones – Mort

Il y a des disques qui sortent parfois de nul part, qui stagnent au milieu de millions d’autres bandcamp. Mais dès que l’on lance le premier morceau, on se retrouve écrasé, affolé, fasciné par ce déchainement de violence qui nous tombe sur la tronche, par cette masse lourde écrasant toute trace de vie, par cette tornade d’émotion désenchantée, sépulcrale, parfaite. Mort de River Bones, c’est un traumatisme primitif, une simple musique post-apocalyptique, pourtant démesurée dans sa largesse. Ici, on ne pleure plus, on supplie. On n’écoute plus, on subit. Rouleau compresseur Trap, electronica émo à la Burial, reminescences witch-house, dérapages juke, on baise dans une cathédrale vide avant de se donner la mort par pendaison. River Bones convie les anges à son banquet, histoire de leur arracher les ailes avec les dents. Chute sans fin en slow motion, passage à tabac plein de grâce, prière thug, Mort LP s’avance lentement pour détruire les tympans, et balancer la commotion cérébrale de l’année, sans même s’en rendre compte.


- Dj Sprinkles – Queerifications & Ruins

Difficile de ne pas adouber Dj Sprinkles. Difficile aussi de mieux en parler que Julien Lafond-Laumond, qui en a fait une chronique parfaite il y a peu. Difficile enfin de suivre l’actualité de Sprinkles hors albums, et que malgré son statut de compilation, ce disque sonnera comme un vrai terrain à dévierger pour a majorité des oreilles (dont les miennes). Seulement 14 titres, la durée de Queerifications & Ruins est pourtant gargantuesque (plus de deux heures trente de musique) et c’est ce qui en fait sa force. On nage hors temps, sans point d’ancrage, les repères complètement brouillés. Brouillés par la durée des titres mais surtout pas les surprises qu’ils contiennent : beat house feutré, plages de synthés fous, émotion à fleur de peau, touchant trop souvent à la perfection, aux rêves éveillés, aux souvenirs qui remontent à la gueule et serrent la gorge sans prévenir (Seashore, dressant les cheveux à la première écoute, avec son rythme ultra chaud, son break parfaitement placé, ses discours perdus dans l’immensité de la track, son sample fantôme de Bronski Beat…). Abandonné dans une steppe aux contours flous, on se sent seul en écoutant Sprinkles. Mais dieu, que cette solitude est belle.

- Earl Sweatshirt – Doris

Les zouaves d’Odd Future ont laissé la tornade de la hype passer. Les programmes télés morts-nés, les pubs bidons, les gros featurings stériles, les caméos, on oublie tout ce bordel. Retournons au rap, le vrai, celui qui claque comme un fémur cassé, avec des instrues puant la crasse et les impasses mal famées. Oh certes, Doris, ce premier LP d’Earl était attendu comme le messie, mais personne n’avait prévu que l’américain livre un album aussi sombre, neurasthénique et anxiogène. Gérant lui même la quasi-totalité de la direction artistique (à peine éclairée par la présence de quelques légendes discrètes, comme RZA, Badbadnotgood ou Pharell), Earl imprime une patte musicale sourde et rampante, empruntant autant au rap autiste des années 2000 (Anticon, Mf Doom…) qu’à la drug music envahissant le hiphop d’aujourd’hui. Instrues minimalistes, textes cryptiques, Earl ne se pose même pas la question de sortir un disque fédérateur ou un futur classique. Il laisse les Lamar et les Drake faire des sourires dents blanches en première ligne, et va tranquillement, les mains dans les poches, relever les compteurs des tapins peuplant les artères crades et anonymes de Los Angeles.





- Last Night In Paris / Roses & Roses+

Il ne faut pas se leurrer, 2013 a été l’année hiphop émo. Les artistes les plus brutaux ont délaissé, même pour le temps d’une track, les tubes et beats salaces pour se présenter devant nous les yeux rouges et le nez coulant, à parler de dépressions post-coitales embrumées par la drogue. L’avénement de Drakes ou de cramés émo-toxico comme Young Thug ne risquent pas d’inverser la tendance. Au milieu de tout ça, un collectif sorti de nul part (d’Angleterre en fait), dont on ne distingue pas vraiment les contours, a sorti deux disques cette année, deux mixtapes gratuites sur le web, cristallisant tout ce qui se fait de mieux dans le genre. Roses & Roses+ offrent un étrange mélange entre rap codéiné, cloud musique, Uk garage et r’n’b dépressif. Keep You est l’un des plus beaux morceaux de l’année, Breathe porte mal son nom vu l’opacité du bordel, Before You aurait du tourner dans toutes les oreilles… C’est l’EP Roses+ qui remporte la tymbale, avec un ensemble ultra abstrait, des morceaux qui se délitent graduellement pour partir en trip ambiant drogué (Cocaine), bangers incroyables (Paris Army, imparable) et fresques 2step improbables (彼は家に帰って来る). On ne comprend rien mais c’est parfait, avec une excitation similaire à celle ressentie lors de la sortie de la première tape de The Weeknd. Le collectif fantôme de Last Night In Paris risque d’écraser la planète en 2014, et j’ai plus que hâte d’entendre la suite.


- Kaaris / Or Noir

J’avais déjà parlé de ZERO l’année dernière, album/mixtape lynchée au napalm par Kaaris, une des meilleures choses entendues dans le rap français en 2012. C’etait fou, rude, imparable. Or Noir, c’est pareil, mais en mieux. C’est les textes déclamés de la façon la plus brutale, et hypnotique, entendues depuis des lustres. Attention, pas les meilleurs textes, juste les plus dingues. Kaaris, c’est un géant débite des horreurs en pilotage automatique, une enfilade de mots vulgaire jusqu’à l’absurde, oscillant entre le génie ultime et le mauvais goût absolu. Et c’est fascinant. Kaaris, ce n’est surement pas un criminel, mais c’est celui qui pond le meilleur film de gangster sur disque. C’est surtout le plus intelligent du game fr, celui qui a le mieux compris le rap US actuel, et celui qui réussi à stabiliser sa musique sur un équilibre parfait, jamais atteint auparavant en France, sur ce style de rap précis tout du moins. Les textes ne seraient rien sans la brutalité de la voix de Kaaris. Et cette brutalité serait stérile sans les instrues imparables de Therapy. Or Noir, c’est un disque épuisant, aux tubes insensés, l’album d’un monstre fantasmé, un dieu de la guerre perdu dans sa propre folie, ultra violence gratuite sublimement mise en forme.
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Tim Hecker – Virgins

Sans ressasser les anciens miracles du musicien, Hecker m’avait bien renversé avec son Ravedeath 1972, et son sublime morceau Studio Suicide, magistral brouillard arrachant l’âme. Puis il m’avait légèrement emmerdé avec son Dropped Piano, pas inintéressant mais manquant sa cible. Et presque horrifié avec son disque en collaboration avec Oneothrix Point “Lopatin” Never, frôlant le néant émotionnel. Alors on a légèrement serré des fesses en voyant Virgins arriver. Mais Hecker rend fou. Avec un disque beaucoup plus concret, beaucoup évident à première vue, avec des instruments immédiatement identifiables, des mélodies plus présentes, des progressions logiques. Pourtant, Virgins est d’une richesse infinie, comparé aux trois derniers disques du bonhomme. Fini le minimalisme, place aux pachydermes fantômes, aux monolithes en pleine implosion. On sent tout le poids d’Hecker nous écraser les tympans, sans jamais se déparaitre d’une légèreté quasi-enfantine. Disque sans fin et rassurant dans le même sens, filant le vertige sans jamais te lâcher la main. Longue chute dans les tréfonds, voir dieu après un crash en bagnole, gentiment tu t’immoles.





- Clark – Feast Beast

On avait laissé Clark un peu paumé avec un Iradelphic agréable, mais complètement inoffensif. Les Ep suivant ce LP n’avaient clairement pas rassurés sur la nouvelle direction arpentée par le bonhomme (Sessions / Fantasm Planes). Perso, j’étais convaincu que Clark allait sortir un live album en 2013, histoire de secouer un peu sa musique, chose qu’il a toujours fait si bien. Mais c’est avec un double album de remix qu’il revient sur Warp, concept rarement intéressant. Sauf qu’avec Clark, il a tout compris. Ce Feast / Beast est beau, violent, hystérique. On évite pas quelques relectures foireuses, mais 80% de ce magma confime au sublime. Traumatismes auditifs émo hardcore (My Machines hallucinant, Let’s Get Clinical aka passage à tabac pop de la décennie, ou Die Slow, à chanter sous la douche en chiant du sang), parfaites fresques Idm aux mélodies affolantes (Fentiger, Alice, Let’s Go… belles à en chialer) ou délires pachydermiques indescriptibles (je ne me remettrai jamais de la deuxième partie de Glow), Clark rayonne tout le long de ces 30 morceaux, et continue de prouver, si quelqu’un en douter encore, qu’il fait parti des artistes les fous de l’électronique actuelle.


- Ultrademon – Seapunk

1 an après l’ecoute de ce disque, je n’ai toujours pas cerné ce qu’était le mouvement Seapunk, à part un vague dérivé de ce que l’on voit dans les rues d’Harajuku depuis bien des années aka des nanas dénudées avec des cheveux bleu-verts et des mecs portant des teeshirts aberrants. Seapunk d’Ultrademon, c’est un album composé par l’une des têtes pensante de ce courant. Mais c’est surtout un album sorti sur Fire For Effect et Rephlex. Un LP pot-pourri, qui, à l’instar du U-ziq, synthétise tout un pan de la musique électronique déviante en 10 titres. Electronica Afx, boites à rythme oldshchool, footwork cramé, house candide, cloud hardcore trap mutante, on trouve de tout dans ce bordel. Sauf qu’à l’opposé de Paradinas, pas vraiment d’ambition ici, si ce n’est que de bouger son cul sur des morceaux émo-débiles et quelques excavations droguées. Cela ne se prend jamais vraiment au sérieux, mais ça flingue sérieusement le cœur. Ce Ultrademon, c’est un peu la musique du satanisme 2.0, celui des petits chats mignons, des montages photoshops horribles et des gifs pailletés qui crament la rétine. C’est beau, candide et souvent indispensable. Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’adore ce disque, qui n’a clairement aucun sens (Shoved, incroyable). Je l’ai juste écouté constamment cette année, sans jamais m’en lasser. Et je rêve surtout de mater du porno Seapunk (aucun rapport avec Genki Genki), dégoulinant de cyprine, avec une foule nue aux couleurs tungstènes, noyade de pines et vagins, levrette sur femmes hippocampes aux cheveux teinte marine. Balancez les liens. Merci.


- Ricardo Tobar – Treillis

Un peu de douceur dans ce monde de brute, bordel de merde. Et pourtant, Ricardo Tobar ne se destinait à sortir de la techno bucolique. Il faut dire qu’avoir été hébergé dans la structure de Mondkopf n’incitait pas à l’accalmie, In Paradisium étant fournisseur officiel de tempêtes (Somaticae à la prou), et le chilien avait sorti un EP fiévreux il y a 1 ans, avant de disparaître sans crier gare. Il revient avec Treillis, album apaisé, mélodique, aérien. Là encore, pas de recette inoubliable, pas de velléités transgressives. On a ici une techno-house-electronica brumeuse, ultra mélodique, émotive en diable. Mais qu’elle est belle cette techno. Elle te met à genoux et vide tes peines, comme sur le parfait Hundreds, diamant de ce Treillis. D’autant plus que Ricardo Tobar se démarque du simple disque de techno mélodique avec cette capacité à nous submerger de détails, de bugs, d’aggravations sonores impromptues, transformant de belles fresques linéaires en conflits armés. Ca semble simple mais c’est riche à en crever, bourré de détail, parfait pour hanter tes nuits blanches. C’est beau, parfaitement exécuté, rien de plus n’est demandé pour prendre son pied.





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> Best EP 2013




J’ai pas mal hésité à mettre Burial dans ce top 2013, son nouvel EP n’étant, sur sa globalité, peut être pas aussi bon que les précédants. Mais en plus du remué morceau éponyme et du rêveur Hiders, il y a Come Down to Us, phénoménal morceau qui légitime tout le disque, et qui porte Burial dans territoires émo absolument hallucinants. Come Down To Us est surement le morceau qui m’a le plus donné envie de chialer en 2013, et rien que pour ça, il mérite de passer devant tout le monde. Certes, on est parfois plus proche d’une posture à la Christina Aguilera que de El-B, mais le tout est trop beau, trop parfait pour ne pas être pore aux nues. Sortons les mouchoirs, que cela soit pour éponger le sperme post coïtal ou sécher ses larmes.

Ital Tek a fait sensation dans mon palpitant cette année également, avec son Control balançant une sacrée alternative pour ceux qui ne seraient pas rassasiés par le footwork halluciné de Kuedo ou Machinedrum. En quelques très brefs titres, Ital Tek réussi le tour de force de nous bastonner avec prestance, accouchant de titres parfois superbes (la triplette Zero, Violet, Challenger Deep, épique).

Le rap japonais continue de nous étonner, mais c’est du coté de Nickelman que l’on trouvera l’un des disques les plus surprenants du genre. Le mec n’est même pas classifiable dans une catégorie, car on trouve pelle-mêle cloud rap chelou (Babaluma), hiphop jazzy psychédélique flippant (Crazy Stone) ou deep-house tribale façon odyssée de l’espace (幻楼組曲). Mais il y a surtout 船のない波止場, comptine rap fragile et touchante, plus beau morceau entendu dans le rap japonais cette année.





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> Artist of the year 2013 : Spark Master Tape





Notre homme mystère Spark Master Tape n’a pas eu une actualité débordante cette année, n’ayant sorti qu’une mixtape, l’excellente The #SWOUP Serengeti. Mais derrière cette voix grave, ces instrues grandiloquente et cette imagerie guerrière se cache un mec qui a réussi le tour de force de me foutre des torgnoles tout le long de l’année. A chaque publication d’une de ses vidéos ou titre sur soundcloud, j’ai trouvé les sons mortels, en me disant que l’on tenait la tuerie de l’année. Et à CHAQUE fois, le titre d’après fut encore plus mortel, à monter la barre du plaisir auditif jusqu’à l’orgasme, en me demandant quand ce mec allait arrêter de filer vers le ciel. The Swoup Seregenti fut une sacrée mandale, mais les morceaux annonçant la prochaine mixtape sont plus impressionnants encore (Pictures On My Coffin affolant, Kkaptain Baseball Bat Boi qui est surement le morceau de l’année… la farine claquée sur les fesses est surement l’image la plus bandante de 2013) et tout porte à croire, si Spark Master Tape arrive à maintenir la barre aussi haute, que la prochaine livraison sera surement l’un des évènements de l’année prochaine, le massacre qui devrait mettre tout le monde d’accord.





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> La meilleure idée de 2013 :


Caddy Bay – Gucci Mane x Boards Of Canada




On ne va pas revenir sur l’année de Gucci Mane, faite d’une douzaine d’albums, d’une centaine de tracks folles, d’une apparition remarquée dans Spring Breakers ou de ses frasques droguées sciant en deux jours la branche en or sur laquelle il était confortablement assis. On laissera Pure Baking Soda le faire, qui, en plus d’un article parfait, nous a tapé une indispensable mixtape résumant Gucci 2013 en 15 titres (Autant dire mission impossible, et je suis triste qu’il n’y ait pas Confused et Virgins dedans). Mais une autre initiative, ubuesque au premier abord, a célébré Gucci Mane : Un certain Caddy Bay a eu l’idée de faire une mixtape entière en faisant copuler Gucci Mane et Boards Of Canada. Tout n’est pas parfait, loin de là. Mais bien souvent, ça tue, le flow lymphatique et défoncé de Guwop convenant parfaitement aux instrues de BOC. Et surtout, cette tape, ce n’est pas juste un mash-up marrant (contrairement à ses deux autres essais). C’est surtout une démarche d’une grande intelligence. Une pure déclarations d’amour faite à un Mc en pleine descente (aux enfers), liant morceaux et diatribes médiatiques à charge sur les frasques de Gucci, fil rouge de la tape. C’est aussi la pertinence de lier deux univers complètement antinomiques au premier abord, et qui ont pourtant tant de points communs, musicalement parlant :
Ca fait 15 ans que BOC fait des tracks hiphop, ça fait 8 ans que l’on a envie d’entendre des mecs poser sur Peacock Tail. Que le cloud rap d’aujourd’hui, BOC en faisait déjà il y a une décennie. Cette mixtape enfin, démontre que BOC and co, ce n’est pas qu’une histoire de divagations solitaires sous la pluie. Qu’ils peuvent s’acoquiner avec les plus gros gangsters camées, et que l’on peut rêver, un jour d’entendre Young Thug poser sur du Aphex Twin. Et me conforter dans une vision qui m’obsède depuis des années : voir dans un club des gens défoncés danser comme des fous et des nanas en maillot de bain fluo avec des liasses de billets se dandiner sur des morceaux de BOC.





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> Top Tracks 2013


- Kettel – Poblesec
- Jamie Grind – Something You Should Know
- Wih’lo – Please You
- Andrew Bayer – Lose Sight
- BenZel – If You Love Me
- Lana Del Rey – Summertime Sadness (Ryan Hemsworth remix)
- Ceephax – Cro Magnox

- Jaw Jam – U Don’t Know
- FKJ – Lying Together
- Neue Graphik – Bauhaus
- Ta-ku – 25 nights for nujabes
- Riff Raff & Deesuz – Rap Game James Franco
- Junip – Line Of Fire
- MR MS – Fantasy

- µ-Ziq – monj2
- Hybrid Theory – So High
- Budamunk x Takumi Kaneko x Minismooth – Mellowed Out Cruisin’
- Dubb Parade – Riot in G
- Suicide Year – Hate In My Heart
- Bones & Grandmilly – Lords Of The Underground
- Yung Lean – Gingseng Strip 2002

- Clams Casino – Crystals
- Seekae – Another
- Raffertie – Build Me Up
- FKA Twig – Papi Pacify
- Felix K – Flowers Of Destruction 4
- Psykick Lyrikah – Mon visage
- Audio Dope – Cream

- James Blake – Retrograde (Miko Remix)
- Hybu – Cleopatra (Krampf Remix)
- Seiko – I Feel Rave
- Kid Atlaas – Fragment
- Nagesh Ali – What You Got

- Even Tuell & Midnightopera – B2
- A Sagittariun – The South Node
- DMX Krew – Hammock Yard / Kitchen Bench
- Twinztrack – Drive
- Gucci Mane – I’m The Shit (Holos Graphein Remix)
- Young Thug – Can’t See Them
- Lil B – Giving Up
- Dream Koala – Odyssey





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> Les moments trop top des Chroniques Automatiques de 2013 ! (attention, auto-promo, link dans les images)



La Mixtape JAPANESE UNDERGROUND HIPHOP, que j’ai fais avec amour, et qui a drôlement bien tourné cette année :


L’interview de Mc KAN :


La serie de photo durant la soirée Departement H Tokyo, haut lieu du SM et cosplays hors normes tokyoïte. La beauté des crochets (NSFW) :


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> Le reste de 2013 en pièces détachées


- Il paraît que Psykick Lyrikah et Tepr préparent un projet long format tous les deux. Une des meilleures nouvelles de l’année. 1/ parce que Tepr qui revient aux affaires après un long long long hiatus seulement emaillé de quelques tracks lâchées sur internet, c’est un peu comme l’annonce de la résurrection du messie. 2/ parce qu’au vu de la puissance du morceau Mon Visage sur le dernier LP du Psykick, on a juste envie de tendre la joue pour se faire tabasser encore plus violemment.


- Je n’ai pas vu le truc passer au milieu des fêtes de noël, mais le dernier clip de Ceephax est assez incroyable, avec un morceau de folie, qui aurait bien pu échouer dans un Cum On My Selector de dernière minute. Orgasme : http://www.youtube.com/watch?v=-xq3srxF_B8


- Difficile d’en parler de façon objective, Hyacinthe & L.O.A.S ont eu une sacrée année 2013, entre clips fous (agression à la peinture, filles incroyables et cul nul) et sons balancés de partout, avec en exergue, l’album Ne Pleurez Pas Mademoiselle, disponible en téléchargement bandcamp ICI. Euro Euro Euro.


- Bon, on attaque un point sensible de 2013, la sortie du Yeezus de Kanye West. Verdict ? j’ai bien aimé. Mais pas trop. Enfin si, cool quoi. Mais pas l’album du siècle. Déjà parce que certaines instrues sont degueulasses (notamment au début du disque), et parce que j’attendais quelque chose de révolutionnaire (c’est ce qui était annoncé), alors que c’est franchement du déjà entendu (sauf dans le mainstream effectivement, mais le rap indus émo cradingue, quand même ça n’a pas été inventé en 2013). Mais mais mais au milieu du disque, il y Blood On The Leaves. Là non plus rien de révolutionnaire, mais putain, qu’est ce que c’est beau. Ce morceau, il m’a arraché la colonne vetebrale la première fois, et continue de me filer la chair de poule après 50 écoutes. Kanye West n’est toujours pas mon dieu, et je me sens sale de dire cela, un peu comme quand je dis que les derniers Flying Lotus sont à chier. Malgré tout, comme sur ce Blood On he Leaves, les fulgurances de West confinent au génie, impossible de le nier.


- Drake aussi, n’arrive toujours pas à m’emporter jusqu’à ce que je le claque dans le top, mais pour le coup, avec son Nothing Was The Same, j’aurai pu le faire. Ce Lp est surement l’un des meilleurs albums Us sorti cette année, avec une recette enfin équilibrée, un album moins foutraque que son Take Care, avec des morceaux hallucinants de qualité (Wu Tang Forever, Worst Behavior, Tuscan Leather, Hold On We’re Going Home…). Je n’ai simplement pas écouté le disque constamment, mais à chaque fois que je suis revenu dessus, c’était pour sauter comme un con dans mon appart, en gueulant bouts de punchlines et refrains.


- Le saviez vous ? j’ai ouverts un super compte Twitter, même si, 6 mois après, je ne sais toujours pas bien m’en servir : https://twitter.com/DatChroAuto


- La meilleure pochette d’un disque de rap japonais en 2013, c’est celle là. Dedans, il y a Dirty Ray, un peu comme si un Gerard Baste japonais parlait de sizzurp. Bon concept : http://www.youtube.com/watch?v=cO5KNcjl4kg


- Comme d’habitudes des articles ont été écris cette année, mais non publiés, ou abandonnés en court de route (comme sur le Daft Punk, Fauve, Tim Hecker, Fuck Buttons ou Jel). L’un d’entre eux, c’etait le superbe mix Uk Garage de EZ pour Fabric live 71. Je vous renvois donc à l’article d’Aurelien sur Goute Mes Disques, histoire de ne pas louper cette compilation folle.


- Made to stray. Made To Stray. Made To Stray. Pablo Pablo Pablo Pablo Pablo Pablo. C’est les deux refrains chantés toute l’année.


- Pure Baking Soda sort surement les artistes les plus intéressants du Web, et leur top 2013 est une sacrée folie, en mode calendrier de l’avant. A décortiquer asap, il y a pleins de cadeaux à l’interieur.


- Grosse déception que le nouvel album de Junip. Line Of Fire est surement la plus belle track pop de cette année, et je m’attendais à chialer en mode fœtus pendant toute l’écoute de l’album. Au final, un disque assez inoffensif, pas mauvais mais loin des montagnes russes émotionnelles promises par Line Of Fire. Laissez moi noyer mon désespoir en mélangeant alcool et médicaments.


- Le Gros Chien est mort, rendons hommage à ce grand monsieur du rap québécois, qui longtemps hanté mes soirées d’étudiant alcoolisé. Je n’ai pas de maitre, à jamais : http://www.youtube.com/watch?v=eomvJ2G8qCQ


- 2013, l’année des retours improbables voir inespérés, avec des résultats plus ou moins inégaux. My Bloody Valentine est sorti des enfers avec un sacré bon album, d’une telle continuité avec le précédent qu’on le croirait enregistré il y a 20 ans. Mazzy Star m’a brisé le cœur en sortant un album insipide. Deltron3030 a oublié de faire de la bonne musique. Jackson m’a tabassé le cerveau avec Seal, même si le LP n’est pas fou. David Bowie a cartonné, Timberlake est édulcoré, The Knife pas passionné, et pour U-ziq et BOC, on en a parlé. Ah, et il y avait aussi…


- Daft Punk. Et pour le coup, je fais parti des méchants. Vraiment. Pourtant j’aime beaucoup le groupe, tout du moins des deux premiers albums (en plus des lives Lp) des Daft, qui ont bien évidemment joué un sacré rôle dans ma vie musicale de gamin. Trop de mémoires attachées à ces deux disques, et je me réjouissais de voir un nouveau LP des deux français. Sauf que c’est raté. Même pas horrible ou autre, juste raté. Je suis en plus sur d’une chose : il suffisait d’accélérer le disque de 20% pour avoir quelque chose convenable, de sympathique, de remuant, au lieu d’une galette aussi molle qu’un chat mort.


Top des recherches google sur le site en 2013 :
- photographie d’une femme en bas nylon et son violon
- soirée romantique pour enculer travesti
- estce normal que j’oublie toujours de respirer (ça peut être un problème effectivement)
- groupe tourangeau année 1992
- bar à tokyo ou les femmes viennent trouver un mec pour du sexx
- comment jouir avec deux mecs
- ou trouver de la naphtaline en belgique (bonne question)


- Excellent disque de Snoop Dogg et Dam Funk, ça faisait bien 10 ans que je n’avais eu envie d’écouter en boucle un album de ce mec.


- Reportage de 40 minutes complètement fou sur la scène Drill de Chicago, avec de sacrés interviews dedans : http://www.worldstarhiphop.com/videos/video.php?v=wshh7F3lC244E21i1n8C


- Hey Kettel, il est ou ton album ? Tu crois que tu peux sortir un morceau comme Pobblesec comme ça, et ne pas sortir d’album juste après ? Non mais ça va pas ?




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Comme toujours, merci vraiment à tous ceux qui visites ses pages, qui participent ou commentent sur le site ou via Facebook. C’est évidemment graçe à vous que les Chro Auto continuent de vivre. C’est aussi toujours un plaisir d’échanger sur Facebook, n’hésitez pas à m’apostropher à toute heure. Merci aussi à ceux qui participent à mes délires photos, et aux interviews impossibles à avoir au premier abord. Si vous voulez échanger des photos de chats ou si vous avez trouvé une video de porno Seapunk, je suis intéressé aussi. Et n’hésitez pas à faire tourner ce top !


Merci encore, bonne année, santé, argent, protégez vous les oreilles, pour ne pas devenir un sale drogué aux médicaments. On part vers 2014, dans le plus grand chaos, C’est la huitième année pour les Chroniques Automatiques qui commencent ! pour les 10 ans j’espère faire une soirée à Miami sur le toit d’un building, avec piscines de slime, bikinis fluos et tout (vous pouvez déjà réserver vos places sur Twitter ou Facebook).


Thanks,



Dat’

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CUM ON MY SELECTOR 13 : A Sagittariun, Twinztrack, DMX Krew, Lil B, Holos Graphein, Dream Koala,Young Thug, Even Tuell & Midnightopera

Posted in Chroniques on January 3rd, 2014 by Dat'


Cœur cassé continue de se battre



(Dernier article avant la rétrospective / Top 2013 qui arrive soon)




Even Tuell & Midnightopera – B2

Une belle mélodie, une boucle hypnotique, et lâcher la bride pendant 10 minutes. Il y a des disques parfaits pour ça, des Other People Place, du Moomin, pas mal de galettes from Detroit. Certaines fresques d’Aphex aussi, ou toutes autres sérénades techno-émo. Mais on embrasse de plus en plus rarement les occasions de se perdre. Ce B2 de Even Tuell & Midnight Opera sort un peu de nul part, mais frise la perfection. Le temps est suspendu, liquéfié par une boucle répétée jusqu’à la nausée. Mais c’est surement la boucle la plus brillante de 2013. La fragile, la belle, la parfaite. Celle qui est sublimée par de très légers détails, perlant doucement en coulant comme de la lave. Pas besoin de parler de drogue pour décrire ce morceau. Ni de lettre de rupture. Non. Ecouter B2 en pleine nuit, c’est avoir l’impression de parcourir sa vie en flottant. Dans une bulle. Pas vraiment concerné par ce qui se passe autour de soi. Ces rares moments de black-out débordant de lumière.






A Sagittariun – The South Node

Techno dans l’espace, en suspension, tournant autour de moi sans que je bouge d’un iota. The South Node tonne dur, tabasse tout ce qu’il faut. Et pourtant, cette mélodie ne semble jamais vouloir se concrétiser, en s’étirant à l’infini, chute en slow motion dans tes songes. Ca frôle le tube, mais ce putain de trait mélodique qui n’en finit plus de siffler, cette rémanence perpétuelle, écho cristallin, c’est le vrai diamant du morceau, le fil rouge qui vole la vedette, la demoiselle timide au visage sublime que l’on ne pourra s’empêcher de regarder pendant tout une soirée, alors qu’il y a une bonne centaine de personnes dans la salle. A Sagittariun balance un morceau techno aux apparats basiques, sublimé par cette résonance nébuleuse.






DMX Crew – Hammock Yard / Kitchen Bench

Je n’ai jamais été un grand fan de DMX Crew, plus à picorer des titres par ci par là dans sa disco. Cela faisait presque 4 ans que l’on n’avait pas eu de nouvelle du bonhomme, qui revient sans crier gare avec un petit Ep, sorti en catimini sur un label hollandais. Au menu, de la braindance rétro et acid, sympathiques mais pas renversante dans sa globalité. Mais dans l’Ep, deux parfaits diamants, en intro et conclusion. Je pensais que le Pollux d’U-ziq allait être le morceau idm candido-triste le plus beau de l’année, mais Hammock Yard se pose en challenger sérieux. Je n’arrive pas à savoir si le mec a composé cela au moment où il est tombé amoureux, ou le jour où il s’est fait largué, mais j’ai envie de serrer très fort mon chat en lui expliquant que la vie ce n’est pas si dur dès que j’écoute ça. Le morceau de clôture, Kitchen Bench, est au contraire une sacrée mandale électro salace, avec une mélodie au poil, un tube de stade encrassé et passé au mixeur. Tuerie.






Twinztrack – Drive

On commence à voir le blaze Twinztrack de partout ces derniers temps, entre leurs prods pour Set&Match, Nemir ou le rouleau compresseur Euro Euro Euro pour Hyacinthe & LOAS. Mais il y a aussi belles excavations en solo, comme ce Drive parfait, lente aliénation hiphop slow motion qui s’enfonce dans nos cerveaux pour étouffer nos sens et invoquer les dieux de la rêverie rap. Tu penses aux synthés old-school, à Initial D aussi, comme le dit si bien mon poto Tiago. Drive, c’est planer (en bagnole !) au-dessus d’une mégalopole de néon façon Enter The Void pimpé, mélangeant chairs et chaines en or. Et pour l’anecdote, la vidéo, tu reconnais le trajet ? Tu viens de deviner ? sisi, c’est bien le trajet Odaiba – Tokyo, le même que les vidéos de Burial, Machinedrum, Ceephax and co. Ce même putain de trajet, qui semble fasciner le monde entier, de Miami à Paris, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.






Gucci Mane – I’m The Shit (Holos Graphein Remix)

Une sacrée année pour Gucci Mane, et l’on va bientôt en parler, la rétrospective 2013 approchant à grand pas. Entre (vrais) craquages psychotiques, une dizaine d’albums et un rôle dans un film, le Gucci n’a pas chômé, même si l’on n’est pas certain que le mec s’en rende vraiment compte, téléguidé par la drogue d’un projet à un autre. Guwop déchaine les passions, et c’est étonnamment chez un petit français que l’on retrouve l’une des meilleures relectures d’un de ses morceaux. L’intelligence ici, c’est d’aller à l’encontre de toutes les relectures bourrines ou dérouillées habituelles. C’est de dépecer l’aura trap du Mc pour lui donner des apparats d’apôtre, de dieu déchu, de gourou camé. Bon ok, les chants christiques et ambiances d’églises, ça marche toujours chez moi. Mais même si l’instrue est simple, loin d’un remix mille-feuilles à la Hemsworth, ça fonctionne parfaitement. Cela donnerait presque envie de voir Mr Mane traverser des océans de sizzurp, dans une arche de Noé exclusivement emplie de putes, pour guider notre civilisation vers une nouvelle ère. Holos Graphein n’est clairement pas le seul à penser que Gucci est le MC messie de notre génération. Mais c’est l’un des seuls à avoir retranscrit ce culte dégénéré de façon aussi limpide.






Young Thug – Can’t See Them

A l’instar du flingué du dessus, on a beaucoup entendu parler de Young Thug cette année, son flow halluciné annihilant tout neurone sain, surtout en s’enfilant sa mixtape 1017 Thug d’un trait. Mais plus que les productions salement droguées et la certitude que le mec va mourir d’une overdose dans les 5 ans à venir, c’est cette espèce de mélancolie carbonisée parcourant sa voix qui marque les esprits. Et c’est dans une track passée un peu inaperçue que cette fragilité tabasse le plus les esgourdes : Sur Can’t See Them, on n’est pas en mode pimp monté sur ressorts de Loaded ou 2 Cup Stuffed, mais devant un mec au bord du gouffre, complètement fracassé, lâchant ses couplets en pleurant juste avant de se faire sauter la tempe. Le vocoder et la voix ultra écorchée de Thug porte le bordel jusqu’au firmament, soutenu par des violons sortis du gouffre. On n’avait pas eu autant de papillons dans le ventre sur un tube vocodé-dépressif depuis Turn On The Lights de Future. Gueuler les larmes aux yeux et la morve coulant dans la bouche, le cerveau trop conscient d’une vie dissoute à cause de la drogue, ce n’est pas un concept nouveau. Mais ici, ça frôle la perfection.






Lil B – Giving Up

Certes, on a tous cru à un moment ou un autre que Lil B n’était qu’une chimère. Il est pourtant difficile de nier le poids de Lil B et son pote Clams Casino sur le hiphop d’aujourd’hui. La symbiose était parfaite, et Clammyclams n’est d’ailleurs plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a quitté le giron de Mr B. Certes, il est aussi impossible d’affirmer que Lil B sort des choses impeccables, car il est rare de trouver dans ses mixtapes plus d’une poignée de renversants morceaux, si on a la chance, et la motivation de son côté. Sa toute récente nouvelle mixtape, 05 Fuck Them, et ses 101 morceaux ( !?!), me rappellent une track méritant largement de se frayer un chemin dans les rétrospectives 2013. Ce Giving Up, c’est voir Lil B plus émo que jamais, avec un flow impeccable. Voir un mec déguisé en clochard parler du game sur une boucle de piano, ça pourrait frôler le ridicule. Sauf que Lil B, il y croit à fond. Quand il dit qu’il aime la vie, les arbres, les oiseaux, qu’il ne faut pas abandonner et serrer les poings, il y croit plus que jamais. Il le dit avec les larmes aux yeux. Alors nous, bizarrement, on y croit aussi. On se dit que le mec est à part, sur une île, perdue dans son psyché, à chier des centaines de morceaux par an, à étaler le tout partout sur les murs sans se soucier un instant du dégout provoqué par ses élucubrations. Et parmi ces éjaculations incessantes apparaît parfois une sacrée perle, à l’instar de ce Giving Up. Et en répertoriant avec patience toutes les perles de Lil B, certes extrêmement difficiles à dénicher, on se retrouve au final avec l’une des plus belles parures du Rap Game.






Dream Koala – Odyssey

Ce morceau pourrait être un cliché sur patte, une jolie fresque émo-indé-popisante, croisement batard entre Coldplay et A Silver Mount Zion. Sauf que la mélodie est à crever. D’une pureté rare, d’une beauté folle. Une longue progression épique, tout en finesse, mais non dénuée de saturations. Le morceau prend véritablement son envol vers les 3min, quand le tout repose sur une simple syllabe passée en boucle. Certes, on aurait aimé que le morceau pête un plomb. Que Dream Koala crame tout ce putain de bordel au napalm, en hurlant à la mort, en s’arrachant les cheveux, en se griffant la peau jusqu’à l’os. Une déflagration à la Fuck Buttons, un tsunami de saturations à en faire imploser les immeubles. Odyssey préfèrera une montée doucereuse, lunaire, doucement secouée, au chant parfait. Pour nous planter devant l’un des plus réussis titres du genre cette année, le plaisir pop émotion 2013, à côté du Line Of Fire de Junip, et du Things Are Sometimes Tragic de Team Ghost. On pourra évidemment trouver ça trop cadré. Mais tout cœur mou a besoin de récréation ouatée, pour s’ébattre sans gène, en toute liberté.






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Burial – Rival Dealer

Posted in Chroniques on December 20th, 2013 by Dat'


Parle moi de guerres civiles



Burial ne semble plus avoir rien à foutre du bordel Uk garage, et de la concurrence. Plus d’album presque 6 ans, communication famélique, graphisme minimaliste, Ep labyrinthiques composées de longues fresques elles-mêmes découpées en petits morceaux… Même Kode9 ne parle plus de son poulain, Hyperdub annonçant les sorties de Burial par des communiqués laconiques. L’homme mystère, qui n’en est plus vraiment un, s’est drapé derrière un quasi-mutisme qui sert parfaitement à sa musique, et continue de construire sa légende.

Mais bon, ça te manquait, ces nuits passées seul au Mcdonalds, en attendant le premier métro, prostré devant ton coca ? Ces longs voyages en train, après une nuit blanche, le casque sur les oreilles, le paysage défilant devant tes yeux ? Ces marches dans la nuit, sous la pluie, avec les néons qui crépitent et le monstre-foule qui grouille au loin ? Ces exaltations moites, de toi et ta moitié, après avoir fait l’amour sur le canapé ? Et bien, sois rassuré, Rival Dealer est conjonction de tous ces moments là. Sauf que si l’on pouvait utiliser le terme “émo” sans rougir pour la musique de Burial sur ses précédentes galettes, on est ici clairement au cran au dessus. Si Skynet avait balancé un brouillard de larmes sur la planète terre à la place de ses robots pourris, la Bo de cette apocalypse aux cœurs mouillés serait Rival Dealer.







Alors évidemment, le morceau titre, Rival Dealer, étonne, surprend, par son coté uptempo, presque “hardcore étouffé sous l’eau”, avec son rythme jungle concassé et ses beats sismiques. Burial ne nous avait jamais fait ça. Il a certes, plus d’une fois, taillé quelques diamants pour les dancefloors (Raver, Loner, Street Halo…) et sa propension à tirer vers la techno se faisait de plus en plus apparente ces derniers temps. Mais de façon aussi violente, jamais. Toutes sirènes dehors, bassline réacteur d’avion, avec une rythmique pachydermique, l’anglais déchaine les enfers. Sans oublier de placer quelques voix trainantes, bien évidemment. C’est beau. Le problème, c’est que les rythmes jungle crades de la sorte, j’en ai tellement bouffé plus jeune, que j’ai franchement du mal. Donc j’ai un peu crissé des dents. La deuxième partie du morceau, insistant sur un métronome plus aéré, et pourtant plus lourd, est plus plaisante, même si elles rappelent toujours les soirées crades et boueuses adolescentes. Reste que si, comme moi, tu préfères écouter Burial nu avec l’élu de ton cœur, ou tranquille en rentrant dans un bus de nuit après une longue soirée, ben ça va choquer légèrement tes esgourdes.

Et là, sans prévenir, le morceau chute, s’embrase de cyprine et d’âmes perdues. Après le bareback sauvage sous ecstasy vient la dépression, via une conclusion de 3 min ambiant, à la mélodie chialante, pure comme la mort. Si l’on ne comprendra jamais la grotesque présence d’un indien et sa flute pendant quelques secondes, le reste flingue ton cœur au fusil à pompe. Dernière minute magistrale, come down to us répète la voix en s’emmêlant dans les synthés. Avec plaisir, sautons dans le vide. Ensemble.

Et si tu pensais que la conclusion allait gentiment nous diriger vers du Burial lambda, continue d’être surpris. Hiders arpente lui aussi un chemin déjà entendu chez l’anglais, mais jamais, au grand jamais, de façon aussi frontale. L’intro peut faire illusion, avec ses orgues dépressifs et les voix pitchées larmoyantes pleines d’amour… mais le morceau prend vite un virage pop. Un vrai. Avec rythmique 80’s, refrain, phrases catchy et tout et tout. Etienne Daho aimerait chanter la bagatelle sur ce truc. En plus le morceau dure seulement 4 min, ce qui n’était pas arrivé depuis des années chez Burial. Un vrai morceau pop-brisée donc, malgré l’intro et l’outro trompeuse, qui ferra grincer des dents et sourire les émos. Un peu comme si Burial avait voulu télescoper M83 et Ariana Grande lors d’une réunion des dépressifs anonymes. Je ne sais pas si c’est un essai transformé, mais ça a le mérite de nous faire écarquiller les yeux pour la deuxième fois en deux morceaux, alors que l’on pensait que Burial ne nous étonnerait plus jamais, déclinant la même (et parfaite) recette depuis trop d’années déjà.



Et c’est pourtant sur le titre le plus “Burialisé” de l’EP, Come Down To Us, que mon cœur s’arrache. Tout seul. Sans l’aide de personne. Il sort de ma poitrine, des larmes ruisselant sur ses ventricules, à me dire que ce putain de morceau est trop émo pour être décemment supporté par le corps humain. Ce morceau est PARFAIT. Rythme lent, presque hiphop, mélodie sublime, narration dans la progression. Et quelle progression ! La voix de la première partie est affolante de justesse, ce sample est incroyable, m’a cassé les genoux directement. Le premier tiers, c’est un mariage, un enterrement, une partouze, un suicide, une nuit blanche et une ville écrasée par la pluie. Tout en même temps. Puis, après quelques grondements de rigueur, vient l’ouverture, le soleil matinal. L’orage passe, l’atmosphère se réchauffe, même si l’on est toujours sur de la musique couleur tungstène.

Mais le basculement vers la déraison, vers l’élégiaque, vers la putasserie, aussi s’opère pile au milieu du morceau. Tout se fait plus pop. Le chant, les synthés, le rythme. On bascule dans une Katy Perry sous Rivotril, un tube radio passé à la moulinette drogue inattendue. Au départ, tu te demandes si Burial n’a pas cramer un plomb. Puis tu arrives à 8min15, et tu comprends tout. Le sens de la vie, de l’amour, le big bang… tout. Parce que ce morceau qui pourrait être foireux prend tout son sens sur ce passage. Le sample grillé se retrouve sur un rythme techno qui s’emballe, et ça dure seulement 5 ou 6 secondes… Pas plus. Mais c’est la rampe de lancement nécessaire. A partir de là, tu t’envoles, tu ne cherches plus à comprendre, et tu te laisses convaincre que ton seul but dans la vie, c’est de te faire cajoler par des putains d’anges. Et alors, le reste te semble magistral. Ces 13 minutes cachent peut-être la plus belle mélodie jamais chiée par le musicien. Terminons ce paragraphe de façon plus claire : Come Down To Us est l’un des meilleurs morceaux de Burial, de toute sa carrière.





Le plus drôle dans cet Ep, en plus de la musique qui a du étonner bien des gens, c’est les tirades qui ont suivi, entre Fact Mag qui pense que Bubu fait son coming out avec cet Ep (via le long monologue de fin de Miss Wachowski en conclusion, plus les “motivations quotes” qui parcours le disque), les gens qui soutiennent que ce Rival Dealer est un détournement de musiques de Noel et Burial lui même qui envoie des textos à Mary Anne Hobbs pour expliciter son disque, en disant qu’il voulait donner de l’espoir à tous ceux qui se sentent maltraités dans leur vie.

Si si. Le mec le plus religieusement respecté / incognito du Uk électro d’aujourd’hui adopte une posture inédite, digne de la promotion du dernier Katy Perry. Il se fout de notre gueule ? Les samples ultra sucrés de l’Ep, tout cet enrobage épique, c’est du mensonge ? Non, pas du tout. Déjà en 2007, il parlait dans son interview pour The Wire vouloir faire des morceaux mouchoirs que ta nénette kifferait. Qu’il demandait l’avis de sa maman sur ses productions. Que son truc dans la vie, c’était de voir les oiseaux se débarbouiller sous la pluie. Que son plus beau morceau, Archangel, a été fait suite à la mort de son chien…  Alors tu croyais quoi ? Qu’il allait se diriger vers du post-hardcore, du dubstep de caves sales ? Que dalle. Burial assume enfin sa mutation en émo-man, celui qui sèche tes larmes, qui te caresse le cœur, qui répare tes blessures. Qui dit que tu es beau/belle, que tu dois aller de l’avant, que tu dois te battre, que tu es beautiful, que tu n’es pas seul, jamais. Même si tu es boulimique, transgenre ou constamment rabaissé. Un peu comme Christina Aguilera, à une époque. Et si Will Bevan est clairement moins bandant que cette dernière, j’espère bien entendre ses putains de morceaux chantés par la gamine au cœur cassé prostrée dans un coin de bus. Par le mec qui vient de perdre son chat, et qui se demande où balancer le corps d’un petit être qui l’a accompagné pendant 14 ans. Par la jeune maman qui vient de recevoir une lettre de rupture. Par le jeune con qui ne sait plus comment rentrer chez lui, le cerveau embué par une sirène cocaïnée croisée en boite de nuit.


Burial ne tire pas sur les cordes sensibles, il les dynamite. Et si sa musique semble être encore plus gluante de niaiserie que tout le reste du Uk Garage, il est aussi le seul à pouvoir faire ça aussi bien. Sans chanteur, sans mélodie vraiment évidente, sans fioritures, avec des morceaux d’un quart d’heure. Ca se lamente, ça se lamente… Mais il est parfois bon de se laisser aller et d’expier la crasse de son cœur. La nana dans Gravity, après avoir survécue à trente explosions ubuesques, tu crois qu’elle débouche le champagne en se frottant le clitoris ? Non, elle se fout en position fœtale, et elle pleure comme une connasse.

Alors toi, en écoutant ce Burial, fais pareil : fous toi sur ton canapé, pense à ta vie, et chiale en mode greluche. Puis serre les poings, regarde vers l’horizon, et crois en toi. C’est Christina Aguilera qui le dit. Et Burial aussi.






Burial – Come Down To Us






3 Titres – Hyperdub

Dat’

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Issugi & Budamunk – II Barret / 5lack – 5 Sence

Posted in Chroniques on December 11th, 2013 by Dat'


World Domination



Ce n’est pas parce que j’ai sorti cette bien belle mixtape de Hiphop Japonais (pub déguisée) que je n’ai pas suivi ce qui s’est fait en cette belle année 2013. Entre un inespéré et concluant retour de l’énigme Hakuchumu, le rap glauque d’Ideal, la superbe divagation droguée de Nickelman ou les galettes d’Olive Oil, il y avait de quoi faire en ces temps merdiques. Mais l’on regarderait évidemment avec attention le moindre mouvement d’Issugi et SLACK, les trublions les plus dangereux du rap game nippon. Les mecs ont sorti une demi douzaine de plaques à eux deux, et si l’on intègre les performances de Budamunk, le beatmaker japonais préféré de mes oreilles, on a presque envie de lâcher l’affaire, les disques arrivant plus régulièrement dans les bacs que ma putain de paie sur mon compte en banque.

Vu que je suis un être flemmard, prêtre du toujours remettre au lendemain, il était inconcevable, et valablement con, d’espérer couvrir chaque sortie du trio. Mais les zozos me facilitent la tache, en sortant coup sur coup deux albums importants, de vrais LP qui tabassent, qui se rejoignent parfaitement sur une même philosophie, tout en arpentant des chemins assez différents.







Issugi déboule donc sans prévenir avec un LP entièrement produit par Budamunk, et dieu sait comme les deux s’entendent bien, avec en point d’orgue l’exceptionnel album de Sick Team d’il y a deux ans (une des meilleures plaques du hiphop japonais, il faut le dire). Et ce IIBarret est exactement le disque que j’attendais de la paire. Un flow lymphatique et branleur. Et des productions ultra ciselées, tellement précises qu’elles en seraient presque orgasmiques.

Budamunk est un fou, un magicien, un mec qui transporte le hiphop, street, dans des territoires secs, chauds, ahurissants de dextérités. Ici, pas de débauche de synthés, pas de beat pachydermique. Mais pas non plus de production old-school faisandée pour zulu nostalgique de la station nation. Budamunk a cette propension folle de sonner innovant, tout en se refusant tout gimmick actuel. Les samples sont omniprésents, les boucles sont répétitives, mais ne sonnent pourtant jamais comme un hommage, un regard vers l’arrière. C’est bien la force de Budamunk : être complètement intemporel.

Si le hiphop d’aujourd’hui a la vocation première de faire bouger les culs et provoquer les twerk en rafale, Budamunk vise la nuque. La bonne vieille nuque, celle qui balance d’avant en arrière, de façon inconsciente, sous l’effet de ces beats incisifs, très brefs, quasi atones face aux productions actuelles, et complètement déstructuré de la mouvance old-school. Difficile à décrire, mais tout de suite compréhensible à la première écoute.

Les sommets ? II Barret, résumé limpide de tout ce que je viens de dire au dessus, avec cette mélodie tire larme à peine bousculée par ces beats minimalistes. Ou Get Ready, jolie instrue qui semble perler des murs, te claquer la tronche, pour repartir s’enfouir sous le béton sans prévenir, supplantée par un Issugi en pilotage automatique, la clope au bec. Rize Again, qui nous confirme que Budamunk doit pas mal fumer de dope en matant des vieux films, ou We Know feat OYG, qui claque comme un marteau sur un bloc de glace. Bizarrement, le seul morceau qui ne convainc pas vraiment, c’est celui qui sort du moule pour flirter avec l’instrue saturée (月ノ眼), un peu gênante, alors que Slack et Issugi n’ont plus à prouver leur osmose sur du Budamunk.





Du coté de chez Slack justement, ou 5lack pour les intimes, on ouvre beaucoup plus la recette avec son dernier gros LP, 5-Sence. Ici, c’est une ribambelle de producteurs qui s’invitent, évidemment tous plus ou moins affiliés au bordel Down North Camp / Jazzy Sports / Dog Ear / Skate Board Bridge / 高田音楽制作事務所. Budamunk, 16flip, Watter ou Ces2 sont dans le coin donc.

Le hiphop de 5lack est désormais plus aéré donc, moins autiste qu’à ses débuts, où le Mc produisait une bonne partie de son bordel, avant de rapper dessus à moitié défoncé. Car ce qui permet à Slack de se démarquer de tous ces autres congénères, c’est ce coté, émo, un peu écorché vif, ces passages chantés tout fragile après un couplet de feu. Et le bonhomme semble cultiver ça de plus en plus.

Dès l’ouverture, au lieu du banger habituel, 5lack offre un chant déséquilibré, maladroit, et pourtant parfait avec 上を見る et son “im very stupiiiiid” assez désarmant. On ne sait pas trop si le mec est dans le rythme, parce que l’instrue est mutante, mais c’est exécuté avec une prestance rare. Pareil pour Life a, un des meilleurs morceaux du disque, ballade hiphop parfaite produite par Budamunk, où Slack passe plus de temps à chantonner qu’à poser. Sauf que quand il chante, ça tue. Et quand il pose, ça butte aussi. Genre vraiment, ce morceau, à priori anodin, est une tuerie absolue, l’exemple limpide de ce que peut faire de mieux ce crew quand ils décident de se balader en skate en se réchauffant les miches avec un soleil à peine levé, une bière à la main. Ce morceau, c’est les petits plaisirs simples de la vie mis en musique. Si si, vraiment. -緩- donnera le quota émo nécessaire avec sa mélodie tire larmes, ou Hard Work et sa facette plus sombre, imparable.

Mais 5 Sence contient son lot de tubes qui décroche les mâchoires. Quand je dis tube, je ne parle pas d’exercice putassier ou de débordement electro, mais bien de cet équilibre parfait que l’on connaît chez ces gars là. 乱れ撃ち est une vraie folie, avec son instrue japonisante géniale, symbolisant de façon implacable la domination de Watter sur le game des instrues au japon, ce mec m’impressionnant de plus en plus, à chaque apparition. Même chose pour ING, façonnée par IMG, très Jazzy Sports et tout le bordel, ou un G.A.L qui pourrait être crédité par Nosaj Thing. Le carton du LP reviendra à Bone is white, et ses featurings anglophones. Les Mc, inconnus au bataillon, brulent le track, 5lack y est déchainé, le tout est orgasmique. Et cette instrue de folie, faite par Slack lui même, mes aïeux, comme c’est bon.

Alors forcément, comme le disque est un peu plus ouvert, fait appel à plusieurs producteurs, on évite pas les deux ou trois fautes de gout, comme un Girl If You et son instrue flirtant avec le mauvais porno, ou un Stylz un peu redondant. Mais rien qui ne brise la cohérence et le plaisir pris en écoutant le disque.





Au final, on se retrouve avec deux objets très différents, avec pourtant les mêmes acteurs qui y participent. II barret est extrêmement homogène, court, replié sur une recette absolument parfaite, mais sans concession. Le plaisir de retrouver l’alchimie Issugi x Budamunk est réelle, évidente même. Mais les allergiques au son de ces japonais ne trouvera rien pour lui. Que dalle, t’es laissé sur le bas coté avec des bras d’honneur en guise d’encouragement. Reste que dans le genre, on ne trouvera pas mieux cette année.

Du coté de 5lack, on sent que le bonhomme, avec sa popularité grandissante, se laisse aller à des exercices moins neurasthéniques que ses premiers albums (MySpace notamment) et moins expérimentaux-drogués que son projet délirant PSG. Il ouvre sa recette, chante de plus en plus, à en être parfois touchant. Les ritournelles percent le cerveau, parasitent tes journées, te volent le cœur. Avec la brochette de talents à la production, 5lack balance clairement l’une des galettes de hiphop japonais les plus complètes de cette année 2013.






Issugi x Budamunk – Get Ready






5lack – Tamuro / Weekend






14 + 17 Titres

Dog Ear Records / 高田音楽制作事務所

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CUM ON MY SELECTOR 12 : Negash Ali, Krampf, Miko, Last Night In Paris, Seiho, Spark Master Tape, Kid Atlaas, River Bones

Posted in Chroniques on December 2nd, 2013 by Dat'


Bordel Intime



James Blake – Retrograde (Miko Remix)

J’ai déjà exprimé tout le semi-bien que je pensais du dernier LP de James Blake, entre envolées impressionnantes (Voyeur, Retrograde, Life Round Here…) et tirades plus stériles. On estimait certains titres pas assez longs, d’autres parfaits pour accueillir des Mc (Chance The Rapper, bien joué), et une floppé de remix allaient être les bienvenus. Sauf que remixer James Blake est une tache difficile, entre les covers faisandées à la gratte acoustique ou les refontes house sans âme.
Miko, russe inconnu au bataillon, prend le bordel à rebours. Retrograde, on ne le reconnaît quasiment pas. Il en extirpe la moelle, décortique les mots, n’en garde qu’une phrase, la fait tourner ad-nauseam, et déboule avec une track rappelant les premiers exercices de Blake ou Mount Kimbie : un Uk garage émotionnel et puissant, qui ferra pleurer ton petit cœur comme une midinette. Que l’on ne reconnaisse presque pas l’original ? Aucun problème. Miko ne s’attaque pas réellement à Retrograde, il a pour seul objectif d’en remixer la mélancolie.






Hybu – Cleopatra (Krampf Remix)

Précisions : je ne sais pas qui est Hybu. Je sais très bien qui est Krampf. Ca fait quelque temps que je balance à qui mieux mieux que Krampf est la future star de la musique française, c’est tellement évident (tu avais écouté son remix incroyable de Near You ?). Ce n’est pas simplement que j’aime ce qu’il fait, c’est juste que certains de ses morceaux me flinguent et me collent des papillons dans le ventre. Ce gars a tout compris à la musique en fait. Alors qu’il a à peine plus de la moitié de mon âge. Je suis un vieux con. Certes, on peut avoir tout compris à la musique, et faire des trucs chiants.
Mais merde, tu écoutes ce Cleopatra, ça te donne envie de chialer. C’est le Uk garage d’avant, le beau, le pute, celui de Craig David se faisant sucer dans les toilettes d’un club à Camden en faisant des trémolos avec sa voix. Mais c’est aussi le Uk d’aujourd’hui, le mélancolique, le émo, le drogué. Celui qui te parle de lettre de ruptures, de cœurs cassés, et de viriles peines de vits. Tu entends ce petit moment parfait à 1min34 ? C’est la brume et le dancefloor. L’amour et la déraison. Perfection. Le clip, starring Krampf himself, c’est un peu comme si les gars de Trainspotting laissaient tomber la drogue pour les vertiges de l’amour. Laissez moi tranquille, j’envoie un message à la femme de ma vie.






River Bones – Aura

Rivières d’ossements, mort, c’est charmant. Aura est pourtant lumineuse. Bassline monstrueuse, voix angéliques et malade, tunnel cristallin sans espoir de sortie à l’horizon. La rythmique est trap-juke mutante, les samples organiques proviennent de langages non identifiés, entre roulements slaves et pointes latines. Eglises d’après conflit, chapelles post-apocalyptiques, la Mort s’avance comme un album de witch house, avec quelques moments un peu cramés (Debaser ou 77), mais une grâce absolue dans la majorité des morceaux. Surtout, pas de posture débile, pas d’éjaculation cafardeuse précoce à la Salem, on déambule ici dans le christique, dans la lente et aimée agonie, qui se déplie et étouffe à n’en plus finir. En point d’orgue, ce somptueux Aura, chute sans fin en slow motion, passage à tabac plein de grâce, prière thug.






Last Night In Paris – Cocaine (KC & Collard) / Roses+

Je n’ai rien compris au groupuscule qu’est Last Night In Paris. Jeune label ou collectif uk obscure mais tissé, ils avaient sorti un gros EP en milieu d’année, “Roses”, que je n‘avais pas vu passer. Mais Mr Aurel’ de Goutes Mes Disques laisse ses oreilles trainer partout, et voit un Roses+ débouler, pour nous traumatiser les esgourdes. Difficile à décrire, mixture oscillant entre drug rap, uk garage et electronica fragile, tout se mélangeant au sein même d’un seul morceau, sans réelle ligne directrice si ce n’est celle de dériver via opiacés. Point d’orgue de cet Ep, Cocaine, divagation hiphop émo, Drake coulé dans le béton, synthés cosmiques, beaux comme la nuit. Comme écouter du rap la tête explosée au Rivotril, la tête collée contre le mur de béton, à subir les basses perlant de la salle d’à coté. D’autant plus que le morceau se coupe d’un coup, pour partir dans trip de sale camé, descente dure d’après club, le cerveau en décalé, les lumières de la ville t’aveuglant jusqu’à la nausée. Ces deux EP que sont Roses & Roses+ font clairement parti des meilleurs choses que j’ai écouté cette année, en téléchargement gratuit, chaudement recommandé.






Seiho – I Feel Rave

Le Japon est à fond sur le footwork et le uk garage, surement bien plus que la France actuellement. Comme d’habitude, les nippons aiment reprendre un mouvement pour le pimper au maximum, et accoucher un rejeton certes référencé mais brillant comme un néon. Seiho a du écouter énormément de Mount Kimbie ces dernières années, et sort un excellent LP, Abstraktsex, qui lorgne très fortement vers le Uk émo et racé. Le single I Feel Rave est trompeur, très pute, bien synthétique, seule escapade vraiment tubesque de l’album. Une escapade très plaisante au demeurant, parfaitement maitrisée, exercice que l’on entend peu chez les japonais, à balancer dans les bagnoles en début de soirée, pour faire virevolter les minijupes et entendre claquer les talons hauts. Nickel pour s’enivrer, avant d’écouter le reste du disque, beaucoup plus plus abstrait et émo, parfois superbe (One Dressed To Kill excellente déclinaison d’un Mount Kimbie des grands soirs, Hell’s Angels en mode footwork au paradis ou I Remember Rheims, très early James Blake). Du très beau boulot.






Kid Atlaas – Fragment

L’abstract hiphop est mort, vive le reste. Et l’abstract hiphop aussi. Effectivement, il se débat encore un peu dans des tapes senteur marijuana, mais le vrai, celui qui avait classe, groove et sensualité ne s’ébat que rarement dans nos oreilles, aveuglées par les néons capitalistes de la trap. Mais que voulez-vous, je suis le premier à aimer me rouler dans la cyprine. Kid Atlaas, il est français. Il est beau garçon aussi, paraît-il, une jolie blonde me l’a affirmé récemment. Groupie. Et puis le kid, il déroule grave. Un vrai fdp. Tu entends Winter Is Coming, avec ce rythme rond comme un ballon, chaud comme un félin lové dans le creux de ta hanche, et tu prends forcément ton pied. Ces violons qui virevoltent, cette mélodie cristalline qui embaume le cœur, et ces zigouigouis qui font légèrement patiner le cerveau. C’est parfait, c’est vraiment beau, et surtout, ça te fait claquer des doigts. Parce qu’est ce qu’il y a de mieux qu’une musique qui, en l’écoutant, te donne l’irrépressible envie de claquer des doigts et de bouger la nuque ? Rien mec. Rien.






Spark Master Tape – Pictures On My Coffin

On avait déjà parlé de Spark Master Tape il y a peu avec Tiago, dans notre Selector conjoint que je vous invite ardemment à relire en cliquant ici (nous acceptons aussi les chèques). Parce que son Half Of Nepal était un petit chef d’œuvre. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que le Mc allait sortir une vraie déflagration quelques semaines après. Que ce Picture On My Coffin est bon. Fort. Puissant. Comme d’habitude, c’est un sample de musique classique qui tue, une voix modifiée plus grave que Gerard Darmon, et un beat absolument fou. Ca castagne, ça roule dans tous les sens, mitraillette sur violons grandiloquents. La tape de cette année par SMT était une vraie bombe, mais au vu Pictures On My Coffin, la prochaine livraison s’annonce absolument traumatisante.






Negash Ali – What You Got

Il y a des morceaux, des tueries qui font le ménage instantanément. Des les 10 premières secondes, avec ce synthé de folie, j’ai compris que What You Got allait me violer le crane. Synthé rave crade, sirènes putassières, bassline d’impasses grises, avec une voix âpre qui n’est pas en reste. Je n’avais jamais entendu ce mec auparavant, et c’est surement une sacrée erreur. Même si le rap liasses de billets sur culs mouillés ne cesse de s’imprimer dans mes rétines, il est parfois bon d’encaisser une torgnole d’asphalte hurlante dans la gueule, sans pour autant retomber dans la rance ancienne école. Ce Negash Ali est un des tubes de l’année, une putain de déflagration, un truc qui fume et fulmine, brule les neurones, parasite les clubs. Et ceux qui trouvent les sirènes ringardes ne les ont décemment jamais réellement écouté chanter.






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Ital Tek – Control

Posted in Chroniques on November 18th, 2013 by Dat'


Honor Beats 



Ital Tek n’est pas un mec né de la dernière ondée. Fer de lance du label Planet-Mu lors de la première vague Dubstep du label en 2006/07, à coté de MRK1, Pinch, Distance ou Boxcutter, Ital Tek avait débarqué avec un Ep et un album (l’excellent Cyclical) rudes mais néanmoins mélodiques, symbolisant le dubstep d’il y a une demi-douzaine d’années : peu de wobble bass, mais aux forces telluriques sacrement instables, avec une belle part d’émotion dans le bordel.  La musique Ital Tek prenait tout son sens dans cette dualité, avec des tours de force comme le sublime White Mark, vraie caverne de glace à l’intro magique, qui se retrouvait défoncée par un rouleau compresseur.

Le label se cherchant un peu après le succès des années pré-2010, l’anglais sort un album le cul entre deux chaises, mais qui défonce, Midnight Color, avant se de s’engouffrer dans la vague Juke/footwork de Planet Mu, pour sortir le très bon Nebula Dance, un peu écrasé par les sorties de Machinedrum ou Kuedo, mais au moins aussi intéressant à écouter. Cavalcades de snares, synthés qui s’envolaient à n’en plus finir, cet album se démarquait de ceux de ses collègues par une propension plus importante à lorgner vers l’Idm.

Autant dire que l’on attendait durement la prochaine livraison du bonhomme, Control, surtout après avoir entendu les quelques extraits.







Premier étonnement, derrière son artwork superbe se cache une durée assez frustrante. Control est un mini-album, ou un faste EP, pointant légèrement en dessous des 30 minutes. Durée d’écoute de plus en plus fréquente, et pas foncièrement gênante si le disque est à 100% pertinent. Et de ce coté là, Ital Tek ne s’embarrasse pas de fioritures :

Fireflies démarre sur les chapeaux de roues, voix d’anges en boucle, rythme rafale proche de la drum’n’bass, ça part dans tous les sens, avant l’arrivée d’une mélodie limpide vers 1min20, un synthé que l’on va quasiment pas entendre mais qui porte complètement le morceau. Les changements violents de métronomes n’y feront rien, la charge semble sans pitié, elle est au final quasi sensuelle.

C’est ce coté “je passe à tabac ta colonne vertébrale de sale émo” qui prédomine tout le long de la galette, ce sentiment d’opposition en exergue sur des morceaux comme Control, qui sort les beats pachydermiques, bien ronds et chauds, pour un début de track assez lugubre. Sauf que le tout va vite partir soudainement dans une house dreamy assez ensoleillée, en mode lunette de soleil-décapotable à Miami, le tout filmé en VHS. Claviers uk, rythme qui s’emporte, ambiance posée, on apprécie le voyage.

Encore plus beau, et pourtant beatless, c’est Zero, petite fresque ambiant-mélancolique, à la mélodie parfaite, qui dressera bien des cheveux sur la caboche. Rien de spécial, interlude dans la durée mais pas dans l’impact émotionnel, cette vignette aurait du durer 4 minutes, afin de se voir parachuter directement à la tête des plus beaux morceaux du disque.

Mais justement, à la pointe, deux morceaux, ahurissants, écrasant toute concurrence sur la galette, voir même sur ce qui est sorti sur planet-mu en 2013. Violet de son petit nom, qui récupère les voix samplées du départ, mais transpose le tout dans un écrin élégiaque. Mélodie uniquement composées d’exaltations, quand le rythme fait son entrée, c’est déjà la chair de poule. Et tout ce putain de bordel ne va faire que progresser, pour toucher à la perfection. C’est comme si le Moments In Love d’Art Of Noise se faisait sodomiser par un Kuedo en goguette, la fragilité, la transpiration. Peaux qui se frôlent, ce morceau est vivant, il se déverse dans tes oreilles en rampant, jouissance lente suintant le cul, BO d’un porno plagiant Gravity, d’un coït en apesanteur de deux personnes qui s’aiment à en exploser la terre.

Et tu n’as même pas le temps de profiter de la descente d’endorphine, que Challenger Deep déboule et te file en 5 seconde la claque de l’année. Une poignée de seconde, car tu es convaincu dès les premiers notes de ce synthé complètement fou que le morceau va être gigantesque. Rouleau compresseur affectif, arpèges hystériques, beauté folle, pure et lumineuse, le morceau broie tes tympans, ras de marée. Tu penses que c’est parfait, et mais ça devient encore plus dingue à 1min27, avec ce synthé Blade Runner qui déboule de nul part et t’arrache le cœur. Putain ce clavier, merde. Et le tout qui continue de tout brutaliser, mélodie napalm, clavier de fin du monde. Et cette sortie en bruit blanc complètement dingue, ce machin que l’on entend que pour une demi douzaine de seconde à partir de 2min30, c’est pas un machin qui t’arrache la gueule ? La conclusion nickel entérinera notre avis : ce morceau est trop haut.

Dommage qu’Ultra, seule petite déception du disque, ne continue pas sur cette lancée héroïque, cassant un peu le trip avec ses rythmes hardcore et ses percussions cheloues. Heureusement, le tout se rattrape in-extremis avec break intervenant au milieu du morceau nous laissait planer sur de jolies choses, avec le pied bourrin du départ qui passe à la trappe. Jupiter Ascent partira dans un trip clairement Jungle, assez rétro au départ, mais qui va là aussi rapidement évoluer sur un apparat plus mystique, avec cette bonne idée de laisser la jolie ligne mélodique s’exprimer. Le disque se terminera sur le court et ambiant Doom/Dream, qui sans être révolutionnaire, rempli plutôt bien son office avec sa jolie litanie, que l’on aurait, comme pour Zero, entendre un peu plus longtemps…





Control est court, mais Control tabasse dur. Difficile de reprocher à Ital Tek cette durée frustrante si un vrai LP est en approche sur début 2014. Parce que si le bordel est aussi bon que ce que laisse entrevoir ce mini-album, on risque de se prendre une mandale du tonnerre. Car Control contient certains des morceaux les plus aboutis de l’anglais avec en point d’orgue le tryptique Zero / Violet / Challenger Deep, cœur de ce disque, incontournable, beauté folle.

Court album d’un grand bonhomme, cela augure de sacrées mandales pour la prochaine livraison.






Ital Tek – Violet






8 Titres – Planet Mu

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Ricardo Tobar – Treillis

Posted in Chroniques on November 13th, 2013 by Dat'


Petite brume au cœur cassé



Il y a des artistes qui vous écrasent le palpitant le temps d’un EP, vous défonce la tronche sur quelques morceaux, avant de disparaître dans les limbes de votre encéphale. Ricardo Tobar, chilien de son état, m’avait impressionné avec son EP sorti l’année dernière sur In Paradisium, le label de notre bien aimé Mondkopf. Joli petit diamant de techno ésotérique (ce n’est pas moi qui le dit, mais Tobar lui même), mélangeant quelques petits appels du pieds à l’Idm d’antan ou à des sonorités tribales, mais toujours après un long plongeon vers une piscine pleine de drogue. Et si l’Ep avait clairement marqué mon année musicale (Recuerdos sublime, Carnival complètement flippante), j’en suis venu à complètement oublier le mec, vraiment. Jusqu’à me balader dans les rayons de Shibuya et tomber nez à nez avec Treillis, nouvel album du chilien, que j’achète ni une ni deux, sans hésiter, malgré les lamentations de mon porte monnaie.

Et si j’espérais que la recette du dernier EP écouté allait être déroulée sur long format (ce qui est en partie vrai), je ne m’attendais pas à une telle démonstration, force tranquille techno versus mélodies tire larmes. Saveurs.







Si l’on pliait légèrement du dos sous les coups de butoirs de Tobar en 2012, avec des tracks hystériques, des rouleaux compresseurs qui ne faisaient clairement pas tache chez In Paradisium, passage à tabac sans pitié malgré la mélancolie ambiante du bordel, Ricardo Tobar semble avoir trouvé la paix sur cet album. Mais une paix branlante, nauséeuse, à l’image de l’introduction Sleepy, qui aurait pu se glisser sans peine dans un Duntisbourne Abbot, avec ses synthés cancéreux, sa mélodie de fin de vie, cette candeur désaccordée qui renvoi plus aux moignons qu’aux balançoires de squares.

C’est Organza qui nous permettra de cerner plus facilement Treillis : une techno-house-brumeuse-émo-mélodique du plus bel effet, pour danser le cœur à la main et la tête dans les comètes. Mais Tobar n’est pas un adepte des rails sans virevolte, et même sur une track aux apparats banals, le bonhomme va multiplier les sautes de rythmes déstabilisantes, les bugs sonores impromptus, les filtres progressifs, pour un millefeuille diamant.

Il faudra attendre la 4ème track, Hundreds, pour se prendre une vraie claque dans la tronche. La belle, la violente, celle qui te déplace la mâchoire sur le coté de quelques centimètres. Parce que si encore, ça commence de façon propre, avec respect et manières, en mode techno vaporeuse, ça va vite prendre son envol vers le soleil. Nappe cosmique qui te file le blues, rythme qui s’emballe légèrement, mélodie qui te donne l’envie de courir dans les champs de blés en écartant les bras. Et BOUM, un synthé de folie déroule ses arpèges et harponne le cœur, retourne le cerveau, détruit les hanches. C’est la danse, la peine, la déraison. C’est un truc que tu as envie d’écouter en club après trop de bières. C’est un truc que tu as envie d’avoir à pleine balle en rentrant chez toi dans une nuit zébrée de néons. C’est un truc que tu as envie d’entendre en faisant l’amour. En pleurant devant ton ordi après une rupture, à sauter dans toute ta chambre en tapant sur les murs. Tu as envie de faire du rap sur ce morceau. De danser. De courir. De planer toute une putain de nuit. Rien de spécial, ne te méprend pas. Mais putain, qu’est ce que c’est beau. Et ce n’est pas la conclusion non invitée en mode simili-braindance qui me fera dire le contraire.

Autre ravissement, Straight Line In The Water n’a pas à rougir de la comparaison, avec un rythme plus ralenti, un beat se rapprochant d’un battement de cœur un peu flingué, et surtout une mélodie candide et cristalline qui chiale sa mélancolie pendant plus de 6 minutes. C’est beau, céleste, tout ce que tu veux, mais c’est aussi défoncé par une bassline caverneuse échelle 5 sur Richter pour rehausser le tout. Toujours peu avare en surprises, détails et cassures en tout genre, le morceau semble traversé constamment par fantômes et conversations de l’au delà captées par hasard via une veille radio. Beau comme la mort.

Essen, un des plus beaux morceaux de Treillis, et pourtant presque vu comme un interlude du haut de ses 3 minutes (tous les morceaux font entre 5 et 7 min), fourmille de détails, de frottements, de bruits bizarres. Assistons à la naissance d’un monstre, jeune vélociraptor cassant doucement la coque de l’œuf. Et puis cette mélodie, lunaire, folle, absolue, qui agonise dans ce laboratoire funèbre. Petite brume au cœur cassé, angoissante et angélique dans le même mouvement.





Mais Tobar ne se limite à la techno claudiquante, et injecte parfois une vraie progression façon fusée Ariane dans ces morceaux. Otte’s Denial commence comme un morceau tranquille, renvoyant légèrement à l’Ep précédant avec ses nappes dissonantes et son rythme tribal. Mais l’on va vite sentir que le tout semble vouloir prendre le large, à coup de saturations étouffées, et de mur du son contenu ne demandant qu’à fulminer. Ce qui ne manquera pas d’arriver après quelques minutes, le chilien conviant les Ufo pour un dernier à broyer les colonnes, tous synthés dehors, avant un long déclin assez planches du Canada.

Et ce cérémonial doucement shoegaze se retrouvera sur quelques autres track de Treillis, comme sur le très beau final Le Quartier du Quatrième, à la rythmique chaotique, énervée, tabassant un nombre incalculables de synthés qui tourbillonnent dans tous les sens, entre les sourds qui servent de drone dans le fond, les mélancoliques qui remplissent le quota émo, les cristallins tout guillerets qui s’enivrent à n’en plus finir, et les quelques saturations extra-terrestres pour rajouter au vertige. Ca sent grave l’opium, ça n’en fini plus de se déplier, c’est Warp techno x Nuggets Original Artifacts x Boredoms, et ça fait du bien après 55 minutes de baston quasi intégral.

On a Back Home pour poser l’ambiance également, juste avant, fresque ambiant beatless préparant le décollage du couloir de la dope du dessus. Pas forcément le plus plaisant des morceaux quand on a des bijoux comme Essen un peu avant, mais ce n’est pas désagréable non plus. If I love you, pré-single, tape dans la techno angélique, en apesanteur, légèrement flippante aussi.

Reste que Tobar sait aussi appuyer assez fort pour nous faire sauter les tympans, noyant ces amours de douceurs dans un pilonnage agressif, ici présent via Garden, morceau à la rythmique quasi industrielle, qui n’en fini plus de vociférer, en sortant ses claviers les plus rugueux. La couleur sadboyz est toujours présente, tentant de se frayer un chemin sous les attentats, ici aidée par des voix bizarres, maltraitées, découpées, mais construisant néanmoins une vraie mélodie. L’usage de la voix que l’on retrouvera aussi dans l’excellent Mirror, exercice frôlant le techno-2step avec ses samples cutés, ses beats difficilement prévisibles même si une ossature binaire tente, difficilement, de se poser comme ossature d’un morceau qui n’arrête pas de se briser, de se cabrer, hypnotique.






Si Treillis me plait, c’est évidemment grâce à ses mélodies pleines de chagrins, avec cette facette « club trempé dans la tristesse » fortement présente, dancefloor des larmes, baise de rupture. Danser seul dans sa bulle, écrasé par le stupre du monstre foule. Sauf Ricardo Tobar se démarque du simple disque de Techno émo avec cette tendance à nous submerger de détails, de bugs, d’aggravations sonores impromptues, transformant de beaux squelettes linéaires en guerre des tranchées. C’est crade mais pur, cristallin mais traumatisé. On se retrouve avec un disque endommagé, carambolé à chaque seconde, mais qui n’oublie jamais cette forte propension à nous faire voir les étoiles. In Planetarium ? Peut-être.

Mais Ricardo Tobar, dans son club moite et mélancolique, c’est surtout l’irrépressible envie de nous mêler à la masse tourbillonnantes des corps.






Salut je suis la petite fée émo qui vient pour voler ton coeur. Clique sur le superbe Straight Line in the water ou Hundreds stp.






11 Titres – Desire / Modulor

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Tokyo Red Bull Music Academy Weekender – November 2013 / Diamond Version, U-ziq, World’s End Girlfriend & Aoki Takamasa

Posted in Chroniques on November 6th, 2013 by Dat'


“Les week-ends aussi chargés que le tour de France de Lance Armstrong”



En amont de la Red Bull Academy qui vient d’être annoncée sur Tokyo pour 2014, la boisson qui donne des ailes et qui me file pas mal de tachycardie (j’avais vite compris lors de l’écriture de ma thèse de fin d’étude que continuer à boire de ce truc allait clairement faire gicler mon coeur sur le bureau), organisait sur début novembre pas mal de concerts dans toute la ville, avec de sacrés artistes comme FaltyDL, Daedelus, Gilles Peterson, Sprinkles, Dj Krush ou Fennesz. Votre serviteur n’ayant plus le cerveau assez coriace pour s 5 jours de tabassage sonore, l’affiche du dimanche 4 Novembre avait fait frétiller mes Esgourdes : Alva Noto + Byetone et U-ziq se partageaient l’affiche, accompagnés de quelques légendes locales comme Aoki Takamasa, Fragment ou World’s End Girlfriend.

Beaucoup de monde pour un festival ayant eu énormément de pub dans la rue/médias, avec plusieurs salles débordant de rythmes concassés, avec une oasis de sofas moelleux pour se reposer, et quelques stands de bouffe degueu mais salvatrice. Comme toujours au Japon, on est surement dans le seul pays où l’on peut croiser une population aussi hétéroclite à un concert d’Alva Noto, des demoiselles en mini-jupes et casquettes YMCMB aux diggers autistes fous, en passant par les fous/folles furieux relookés comme des dingues sublimes. Stilettos et infrabasse, Autechre et lèvres glossées, mélange parfait.





Voir Aoki Takamasa faisait quelque chose à mon palpitant, car c’était la première fois (de mémoire) que j’avais l’occasion d’assister à un live de ce mec, malgré mes années passées au Japon. Grand fan de sa techno neurasthénique, rêche et répétitive, comme de ses exercices plus pop et funky de sn milieu de carrière ou sa collab avec T.Noriko, je me demandais ben ce que cela pouvait donner en live. Première bonne impression, le son est massif, écrasant, tout le live se fait peu de morceaux, tirés de RV8, étirés à n’en plus finir, à imprimer rythmes et variations jusqu’à nous perdre dans le bordel. Autre bon point, c’est du live pur, prouvé par les petits problèmes techniques sur certains lancements de nappes, nous prouvant que le mec est loin de seulement rester assis derrière son laptop à fumer des clopes. Un live qui serait parfait si il n’y avait pas le sempiternel problème des concerts au Japon : le son était bien trop fort. Ridiculement fort. Te mettant face à un dilemme cornélien… protéger ses oreilles mais écouter un live altéré, ou défoncer littéralement ses tympans pour aller à coup sur à l’hôpital demain. C’était pire que pour le live de Dalek, les connaisseurs comprendrons.
On touche d’ailleurs ici à un vrai problème de la nuit japonaise. Bien plus que ces fameux articles sur l’interdiction de danser au Japon dans certains clubs, ce qui est véridique, mais seulement presents dans les médias étrangers pour remplir le quota d’articles “uhuh ils sont vraiments bizarres ces japonais” (à l’instar des derniers laïus sur la disparition des parties de jambes en l’air dans le pays). Non, le vrai problème de la nuit Tokyoïte, c’est que les limitations sonores, tu peux te les foutre bien profondément dans le cul, et que si l’ingénieur du son n’est pas un putain de génie, et bien tu vas passer la soirée à entendre de grosses basslines qui grondent, et rien d’autre (imagine les résultats catastrophiques lors de concerts hiphop, avec Mc inaudible). C’est dommage, et c’est loin d’être la première fois que cette donnée flingue une de mes soirées dans la mégalopole.





World’s End Girlfriend nous a habituer à plusieurs formations en concert, pour autant de styles musicaux differents. Post-rock drill’n bass en solo sur scène, en formation quasi heavy-métal avec le Black Hole Carnival, ou accompagné d’un groupe de cordes, on ne sait jamais ce que nous reserve WEG. Ce soir, avec un seul acolyte, via un line-up inédit pour mes oreilles, je ne savais pas à quoi m’attendre. Premier soulagement, les niveaux sonores reviennent à quelque chose d’acceptable, et s’il n’y a que du vent (littéralement) pour les 5 premières minutes du concert, toute la richesse du son WEG apparait ensuite. le premier quart d’heure est quasi ambiant, avec voix de femmes triturées, field recording superbement réparti sur les enceintes de la salle et en 3D dans ta tête, accompagnés mélodies chialantes qui te flinguent le coeur.
Car WEG nous offre la primeur de 3 premiers morceaux inédits, 3 morceaux sublimes, à base de mélodies folles, de rythmes hiphop pachydermiques ou d’escapades jungle hystériques. Si ces tracks préfigurent ce que l’on pourrait trouver sur le prochain LP du Japonais, on risque de se prendre un petit chef d’oeuvre dans la gueule, retour à l’electronica escarpée après son dernier album très rock (qui fait néanmoins parti des chef d’oeurves de ces dix dernières années, ne l’oublions pas). Le concert continuera sur deux morceaux de Seven Idiots, dont un sublime Bohemian Purgatory épique qui va partir en tunnel techno hystérique pendant plus de 10 minutes. Pogos sur du WEG? c’est bien possible.





Le Japonais passe la main à l’homme que j’attendais le plus ce soir, Mr Mike U-ziq Paradinas, qui m’a complètement flingué avec son dernière album, et que je n’avais jamais eu le plaisir de voir en live non plus. Peu de surprise, le bonhomme va balancer un bon nombre de morceaux de son dernier album, plus quelques classiques et inédits (ou morceaux que je n’ai pas reconnu). Paradinas axe son set/live sur ses morceaux les plus dansants, n’hésitant pas à appuyer les rythmes et rallonger ses délires house/techno pour faire bouger le monstre foule. Les mélodies émo-idm ne sont pas en reste, et l’on se laisse clairement emporter par quelques escapades époque braindance. Mais là encore, le son est trop fort. TROP FORT. Si sur certains morceaux, le tout passe crème (Mountain Island Boner parfaite, Ticky Flanks aussi), d’autres sont littéralement noyés par les saturations causées par un ingé son qui doit être sourd comme un pot pour pousser autant les potards (Taikon inaudible, alors que c’est loin d’être un morceau hardcore). Un beau gâchis.





La formation massue de la soirée, c’était bien évidemment Diamond Version, aka Byetone et Alva Noto, pour leur projet ultra massif, techno et frontal. Et clairement, en live, ils n’ont aucune pitié, massacrant la salle à coup de basslines impressionnantes, franchissant allègrement le mur du son, tout en nous explosant les rétines avec des visuels hystériques. Si le volume est là encore complètement abusé, il est moins dommageable que pour Paradinas, Diamond Version jouant bien évidemment plus sur les textures, à en faire trembler les viscères, faite pour le live. Tympans déjà trop blessés (c’est vraiment le mot) par Takamasa, ça sert des dents sur certains passages, on abdiquera. Ne cherchez pas de photo de ma part, la soirée ayant été exclusivement, pour ces 4 concerts, dans le noir complet, avec des visuels discrets noir/blanc pour la plupart (un peu de couleurs chez Paradinas). Le photographe courant dans tous les coins à du pas mal galérer, solidarité mec. J’ai des Vine inaudibles et inintéressants si vous préférez.






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DJ Rashad – Double Cup

Posted in Chroniques on October 28th, 2013 by Dat'


Je ne sais faire que le bandit



C’est l’histoire d’un mec, assez jeune, qui traînait avec ses potes, allait en soirées, pour écouter de la house en dragouillant à droite à gauche, sans jamais réellement s’amuser. Il lui manquait un truc. Du piment. Il avait beau descendre des packs entiers de Koenigsbiers en jouant à Mario Kart avec son crew, avant de filer vers le plus gros club à minette de la ville, ça n’allait pas à 100%. Il lui fallait de l’action, de l’imprévu, de la violence. Coincé dans une vie riche mais dénuée de risque, le bonhomme se trimballait bonant malant, en courbant le dos, de soirées défonces en soirées en aprem déboitées, à boire des Double Cup d’alcool, à danser élégamment sur de la house, à flirter avec les peaux de soie du club.  
Un soir, il rentre chez lui, un casque enfoncé sur les oreilles, et voit dans une rue crade une machine à laver en marche. Il l’ouvre, y jette une brique et contemple le chaos en bougeant son cul : le footwork était né.







L’intérêt de cette sortie, c’est qu’elle s’écarte distinctement du footwork originel, celui fait avec un fruity loops buggé exclusivement afin de remuer son boule, pour arpenter des térrains plus propice à l’écoute sur canapé. Certes, on a déjà parlé des essais de Kuedo, Machinedrum ou U-ziq, mais ces derniers dépècent carrément le mouvement, pour recracher une nouvelle mixture. Chez Rashad, après avoir fracassé les cerveaux de l’humanité pendant des années, on bifurque simplement légèrement, tout en rajoutant quelques couches de richesse au bordel.


Signé chez Hyperdub après avoir trainé ses guêtres sur Planet Mu en Europe (même si le mec est l’un des papes du mouvement aux USA), Rashad semble avoir eu la prescription nécessaire de Rivotril pour enfin soigner ses crises d’épilepsie. Ou peut-être via l’influence du label de Kode9, lui demandant de calmer le jeu. Ou Rashad lui même, fatigué de se faire coffrer par les flics après chaque soirée vu que la moitié du public partait en convulsion. Et grace à ces envies d’accalmies que Double Cup frappe un grand coup. Réalisé en grande partie avec son pote Dj Spinn, Rashad balance une galette fortement teinté hiphop, avec des samples chauds et soul, qui pourrait traumatiser bien des Mc en manque d’instrue à dompter. En ce sens, Feelin ouvre superbement le disque, instrue hiphop faite pour être écouté au volant de sa bagnole, les fenêtres baissées, la clope au bec, en roulant au ralenti. Beat pachydermie, légers craquages donnant un caractère imprévisible au morceau, qui va d’ailleurs lentement évoluer de l’uppercut ghetto à la folie jungle. Tu n’as pas envie de danser comme un chaman voodoo sur ce truc, juste de bouger la nuque en te plongeant dans la drogue.

Et avec étonnement, on se rend compte qu’une bonne majorité de ce Double Cup LP se concentre sur un hiphop massif et ghetto plutôt que sur l’hystérie pure du Footwork. C’est l’une des rares fois que j’écoute un disque du mouvement en ayant plus envie de marcher dans la rue en levant mes mains en l’air plutôt qu’en me roulant par terre en bavant. Ce sont ces morceaux hiphop qui dynamitent l’album, et le porte haut dans le ciel, teinté de drogue et de voix screwées : Pass That Shit est une folie pimp, Double Cup ou Drank Kush Barz devraient arriver aux oreilles d’Asap Rocky ou Schoolboy Q sous peu, et le sublime She a Go, un des meilleurs morceaux du disque, quasiment rappé, représente parfaitement ce coté ghetto–soul-hiphop ultra massif, graduellement vicié par une boite à rythme effrénée.

Mais Hyperdub semble être passé par là, et Rashad s’essaie presque à un genre bien apprécié par le label : le Uk Garage. Là aussi, ce dernier est réduit en bouilli par le cerveau malade du dj de Chicago, mais des morceaux comme Only One, avec mélodie planantes et voix puputes, et surtout Let U Know, qui aurait pu se glisser dans le dernier mix de Dj EZ, avec son rythme claudiquant, ses voix émo et sa ligne acid sur la fin. Rashad lorgne sur un espèce de UK deep mutant façon Chicago (ça tombe bien, ils viennent du même patelin) avec l’excellent Leavin, qui fera pleurer plus d’un dancefloor, déjà rendu fou par la rythmique chaotique.

Il y aura même quelques extra-terrestres inclassables, façon Reggie qui désintégrera toute synapse passant sur son chemin, ou le violent Acid Bit, qui s’est littéralement échappé d’un album de Ceephax, et qui est demandé à l’accueil car papa s’inquiète.

Au final, les tentatives de Footwork originel, pur et dur, sont assez rares, et pas foncièrement les plus convaincantes, comme le fatiguant Everyday Of My Life,  mais assureront le boulot pour les fans, via le single I Don’t Give A Fuck, bombe vicieuse, folle et minimaliste, avec sa mélodie qui rend complètement fou. Je veux entendre ce machin en club, à 4h du mat’, après dix bières de trop.






Je n’attendais rien de ce disque, à part pour les jours où j’ai envie de tout casser en bavant, et je tombe sur un parfait album hiphop assez saccadé pour me donner envie de faire la bringue, et dans le même temps assez laidback pour me poser sur un canapé en dodelinant de la tête. Pas de mauvais gout, pas de track inécoutable, que des bombes, malgré quelques rares écarts de conduite dans la cohérence du LP (Acid Bit, que s’est-il passé?). On pourrait presque ériger Double Cup comme une référence, une géniale porte d’entrée tout du moins, une galette parfaite pour appréhender le mouvement sans avoir l’impression se faire tabasser par mutants forcenés. Rashad abandonne l’ecstasy habituelle pour des gros pilons, et ça lui va très bien.


Oh certes, on nous retorquera que le Juke/Footwork, c’est pour de la danse, pas du canapé. Mais voyez-vous, j’ai pas encore reussi à ma vie, j’ai un chat à nourrir, j’ai donc encore besoin de mes neurones. Libre à toi de te les griller sur du Dj Nate. Moi, c’est sur ce Rashad que je prends mon pied.






DJ Rashad – She A Go (feat Spinn and Taso)






DJ Rashad – I Don’t Give A Fuck






14 titres – Hyperdub

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ps : cette chronique fut effacée par Office, et donc réécrite à la va-vite une deuxième fois. Word sera donc jeté en pâture aux loups-garous.




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CUM ON MY SELECTOR SPECIAL : CTC Records X Chroniques Automatiques

Posted in Chroniques on October 14th, 2013 by Dat'


Sweet Serenade



Si Tiago a surement la plus belle chevelure du tout Paris, il est surtout connu comme le bonhomme derrière le label Cooler Than Cucumbers, dont on parle assez régulièrement dans ces pages (à chaque fois qu’il sort une tape gargantuesque en fait). Se baladant dans le hiphop indépendant, qu’il soit autiste et abscons, ou maculé de cyprine, le label reserve quelques sorties importantes sur cette fin d’année. On peut de plus croiser Tiago au détour des pages d’Union Street ou du Tag Parfait. Puisque ce saint homme a décidé de se délocaliser sur l’Italie pendant quelques temps, je me suis dit que le mettre à contribution pour un Cum On My Selector ne pouvait être qu’une bonne idée.

Au menu, rap drogué, productions vaporeuses et lyrics flingués. Tout ce que l’on aime pour nos nuits blanches ou pour accompagner nos retours de club, carbonisé.



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Spark Master Tape – Half Of Nepal

Tiago : Une institution de mon épiderme et canaux auditifs en 2013. Une esthétique incroyable, des jeux d’ombres à faire pâlir la Chine, un sens aiguisé du grandiose, de la montée en puissance. Un jeu de violon accordé au slow-motion, une montée d’armée, un soulèvement, un morceau aux allures d’invincibilité. “HALF OF NEPAL ON MY UNDERCOAT” à crier à tout moment de la journée.

Dat’ : J’avais vu sa première tape passer, sans m’y arrêter malgré la cover, quelle erreur. C’est un peu tout ce que j’aime ce morceau, avec une mélodie lacrymale, une structure explosée, des cordes épiques, une rythmique flinguée, et une voix caverneuse. J’ai l’impression d’avoir un géant camé derrière moi, qui rappe avec un couteau entre les dents, même si dans la vraie vie, Spark Master Tape doit être un sosie de Woodkid. Sauf que le rap, ce n’est pas la vraie vie, c’est des nanas en bikini et des pluies de billets. Boucherie de l’année.






Xavier Wulf – Dengen

Tiago : Triangle équilatéral à succès dans le rap pour garçons émotionnels, Eric Dingus à la prod, Xavier Wulf (Ethel Wulf, ex-Raider) et TeamSESH aux visuels. Des hi-hats parkinsoniens accompagnant chaque larmes lâchées, des envolées de traîtrises pour un final bouche ouverte.

Dat : Parce que l’on aime tous se poser au bord d’une piscine, complètement drogué, à faire du headbanging sur la pelouse, habillé en noir. Je trouve ça beau, parce que cela me rappelle mes retours avinés en sortie de club, à marcher en diagonale dans la rue, un casque vissé sur la tête, à m’extasier devant chaque réverbère surplombant mon itinéraire.






Chris Travis – Reflections (Intro)

Tiago : Un autre rescapé du Raider Klan, très proche dans le style visuel de son comparse Xavier Wulf (même réal, même lieu et probablement même jour de tournage). Un concentré de mysticisme émotionnel à rouler avec modération.

Dat’ : Tombé sur cette track complètement au hasard, car je suis loin de maitriser toutes les ramifications du Raider Klan, l’organisation du groupuscule ayant l’air encore plus bordélique qu’une thèse sur les reptiliens. Putain, cette instrue est absolument parfaite. Entre ambiant décharné, electronica tire-larmes et hiphop glauque, Eric Dingus (encore!) balance un vrai diamant. Chris Travis n’a plus qu’à cracher des rimes en pilotage automatique de sa voix rauque, c’est limite trop facile. Il te parlerait du cul de son chien que cela marcherait quand même. Bref, pour moi, c’est un des morceaux de l’année, sans hésitation, même si je dois être le seul à le penser.






Yung Dick – Drive Thru Love

Tiago : L’amour de consommation, celui de l’obsession, de la foudre. La définition du sentiment, dans un Drive-Thru, totalement envoûtant. Une emprise sur le corps, l’envie de croire à cet amour par speakers interposés. Des grillz et des potatoes. Cette voix si particulière alliée au beat et aux néons pour une atmosphère des plus éthérées. Pour ne rien cacher, j’ai écouté ce morceau par obsession, par besoin, une journée incomplète sans son écoute, un mal-être à dissiper dans les vapeurs d’amour que Yung Dick disperse. J’attends beaucoup de ce monde où la bouffe servira de préliminaires, où les frites pénètreront des wraps un peu trop ouverts.

Dat’ : Quand tu m’as filé le lien, à la première écoute, je me suis bien marré. Puis tu m’as dis que c’était la plus belle déclaration d’amour de 2013, alors j’ai écouté avec un peu plus d’attention, jusqu’au flashback : quand j’habitais en province durant mon adolescence, et que j’allais au macdo juste pour croiser les yeux vairons de cette caissière au physique de rêve et au sourire fascinant. Comme Yung Dick, je voulais arriver au Mc Drive avec mes lunettes de soleil, pour lui dire d’une voix de velours que le bigmac qu’elle me servait était le plus beau bigmac que j’avais vu de ma vie, et que les Nuggets subtilement huilés me faisaient penser à son vagin. Mais j’ai loupé le coche, car je ne connaissais pas Yung Dick. Quelques années plus tard, j’ai enfin eu ma voix gutturale de cancéreux et ma barbe naissante, j’aurai pu revenir pour la draguer, mais j’ai appris entre temps qu’elle était fan de Ska, donc j’ai laissé tombé.






Ideal – Babel feat OI

Tiago : Le rap se lève toujours au Japon, dans un délire 90′s froid et minimaliste, du rap de forêt aux sonorités lyriques toujours aussi alléchantes. Les mains dans les poches, au calme.

Dat’ : Petite friandise de Tokyo, correspondant bien au thème rap-drogué de ce Selector. J’avais déjà pas mal parlé de ERA, un des premiers japonais à s’approprier la vague purple rap de façon intelligente, et il revient ici accompagné de ses deux acolytes, Hi-Def et OI, pour un morceau bien sombre et atmosphérique. Mais ce qui fait le sel de cette track, ce n’est pas la mélodie cristalline, ni les rythmes caverneux, ou les flow rageurs des japonais, mais bien ce violon, qui intervient en fond sonore, très discrètement, plusieurs fois pendant le morceau. Et qui fait passer ce dernier d’une simple digression hiphop expérimentale à une grosse mandale qui fout la chair de poule.






Onoe Caponoe – Flower Power / House OF Funk

Tiago : Le rap UK a finalement reçu sa cargaison de LSD, émergent d’un foetus où seraient passés George Clinton et Sun-Ra, Onoe Caponoe caresse l’afro-futurisme avec sa plume intelligente et son étalonnage Desigual (mais on lui pardonne).

Dat’ : Alors là merci, c’est la découverte de l’été ce truc. Cet anglais semble avoir encore mieux pigé que les américains comment faire du rap drogué. Sous la posture psychédélique légèrement fallacieuse on se retrouve avec des bombes gluantes et camées, entre instrues screwed’n chopped et flow malaxé dans tous les sens par des filtres et effets. La tape (gratuite) regorge de tubes absolus, complètement intoxiqués par la drogue, c’est beau, imparable, propre, indispensable.






Blue Daisy – I Used To Give A Fuck

Tiago : Un concentré de haine signé Blue Daisy, lui déjà instigateur de “Fuck a Rap Song” il y a peu. Des visuels léchés comme des timbres, un beat rentre dedans et un couplet, même si non gorgé de finesse, très efficace néanmoins. A répéter plusieurs fois.

Dat : Si Blue Daisy pouvait éviter de se pointer chez moi en pleine nuit avec son masque, cela m’arrangerait, merci.






Black Dawg – Nico Javan

Tiago : Comme un jeune Sharkula sous acide qui serait tombé sur un dossier caché “INTERNET, NE PAS OUVRIR”. Un cousin éloigné des délires visuels de Metro Zu qui ne fera probablement pas la plus belle carrière rap de cette décennie mais qu’on a envie d’aimer fort.

Dat’ : Je ne l’ai jamais dit à grand monde, mais mon père était épileptique. A cause de cela, je me suis toujours demandé si les avertissements avant de commencer un jeu video ou un clip chelou étaient à prendre au sérieux. Peut-on vraiment avoir des convulsions et avaler sa langue devant Mario Kart ou Enter The Void ? Reponse affirmative avec ce clip de Black Dawg. Ce mec c’est un peu la Kyari Pamyu Pamyu du hiphop us, je ne pensais pas ces hallucinations possibles, même après avoir léché pendant 2 heures un poster de Selena Gomez maculé de Khat.






ɪɲ ʕʰɘɼrʏ ɟȺɱɨʟʮ – Люби меня, люби

Tiago : Comme une centaine de coeurs brisés en milles morceaux s’éclatant délicatement contre mes tympans. Un tire-larme à la beauté céleste, brumeuse et sombre. Après écoute, j’ai juré que ce piano serait mon époux et que cette voix nous unirait. Voilà de quoi transformer Bronson en garçon émotionnel.

Dat’ : Je ne sais pas comment tu es tombé sur ce truc sorti des tombes de Russie, mais c’est un joli petit traumatisme. Divagation oscillant entre un Mondkopf dépressif et un Salem cancéreux dénué de poses grossières, ce morceau de Witch House, “très 2008″ comme le dirait un certain Krampf, est assez sublime. Drone poisseux, bassline fulminante, ce morceau pourrait bien être la quintessence du mouvement émo. En écoutant ce morceau, tu as envie de chialer, de te couper les veines, de sauter par la fenêtre pour voir ta vie défiler au ralenti. Je ne suis jamais allé en Russie, mais si, comme dans ce morceau, il y a des anges sublimes qui te susurrent l’amour pendant que le monde s’écroule autour de toi, et bien je prends un vol direct.






Tiago & Dat’

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Machinedrum – Vapor City

Posted in Chroniques on October 7th, 2013 by Dat'


Peines de vit



Deux albums ont contribué à changer le game du Footwork et de l’Idm en Europe, via Planet-mu : Le Severant de Kuedo, et le Room(s) de Machinedrum. Si ma préférence va au premier, le dernier LP de Machinedrum avait remporté tous les suffrages, avec cette Juke-epileptique-émo-pute du plus bel effet, contenant quelques tours de force (l’ovni Come1, She Died Here, le sublime What Did We Go Wrong…). L’artiste s’était même payé le luxe de sortir une réédition avec quelques titres bonus, pratique souvent très proche de l’arnaque, il faut le dire.

Machinedrum semblait comme un poisson dans l’eau chez Planet-Mu, mais Ninja Tune, en pleine furie/cure de jouvence depuis 2 ans, signe l’anglais pour l’intégrer dans le roaster. Le mouvement est intéressant, car le label, qui semblait complètement sclérosé il y a encore peu de temps, commence à s’ouvrir à nouveau, et à regarder vers l’avant, même si les disques ne sont pas toujours exceptionnels (Falty DL a tout du transfert raté par exemple). Malgré tout, la stratégie de Ninja Tune semble moins foireuse que l’actuelle ligne directrice de Warp, comme si le destin de ces deux maisons hystoriques ne faisait que constamment se croiser.







Le concept de ce Vapor City est de nous faire visiter quelques quartiers d’une ville imaginaire. Ses rues coupe-gorge, son Red Light District, ses coins plus posés. Mais à l’écoute du LP, j’ai la forte impression que Vapor City nous raconte surtout l’histoire d’un type défoncé qui déambule dans le voisinage. Images de rues, certes, mais passés par le prisme de l’alcool et des nuits blanches. Autre précision, qui pourrait sembler cauchemardesque sur le papier, mais qui se révèle plutôt bien géré sur disque : Vapor City tient plus de la jungle-drum’n’bass que du Footwork, et je t’avouerai que si tu m’avais dis ça avant que je pose une esgourde sur ce LP, je serai parti en criant me crever les oreilles.

Car sur la (sublime) ouverture du disque, Gunshotta, c’est bien des rythmes puant les caves de province de 98 qui tonnent. Avec en plus un simili toaster qui ambiance le bordel, on y est. Sauf que le tout est sec que la mort, squelettique, ça t’assaille la tronche comme une volée de couteaux. Et que les synthés de folie, ainsi que le traitement des voix, rappelle très fortement Burial & co. On se trouve dans une drum-uk hystérique et hypnotique, filant le vertige, pleine de soubresaut et contre sens. Vous allez me dire “hey, footwork ou jungle c’est un peu la même chose, on bastonne des rythmes à 200bpm jusqu’à ce que tu craques”. Mais non, car sur ce disque Machinedrum perd quasi entièrement sa facette hiphop émo, pour partir sur une cavalcade bien plus sèche et électronique.

Infinite Us fait même franchement revival, avec cette drum classique et racée, mais clairement inoffensive, presque rétrograde. Mais là encore, le morceau est sauvé par cette lente décrépitude, ce coté rongé par l’acide, le coté angélique du morceau, en mode Roni Size bisounours, se laissant lentement pourrir par des sonorités plus agressives, dissonantes, et des voix beaucoup plus plaintives, perdues au milieu du maelstrom. Tout s’embrouille, se mélange, pour finir sur une lente agonie pleine d’échos et de réverbérations. Vraiment, comme si l’on avait en accéléré la balade d’un mec dans la ville, bourré de vodka jusqu’à l’os, dérivant lentement dans les rues, aveuglé par les néons, le cerveau embrouillé. Puis agressif car ayant l’alcool mauvais, avant de finir affalé sur un banc du vomit sur les fringues.

Ce coté “défoncé et perdu dans la ville” se retrouve dans pas mal de titres de ce Vapor City. Le planant Vizion malaxe field recording et ambiant christique, comme si l’on écoutait un concert du mec au milieu du Shibuya Crossing après avoir ingéré 20 gouttes de Rivotril. Rize N Fall sort elle aussi la belle drum’n’bass avec bassline et tout le toutim, pour une belle progression échouant dans un nuage de voix fantomatiques, supplanter dans son dernier tiers par une sacrée belle nappe. Epique et hypnotique, quand tu écoutes ça, tu fais la même tronche que Unicorn Kid dans son clip : les yeux écarquillés par la drogue, à encaisser les lumières fluos par centaines. Du plus bel effet. Vile église, rues embrumées, voilà sa ville.

On a même un extraterrestre dans le disque, plus proche de Boards Of Canada que de Dj Rashad, sur Center Your Love, avec cette drum chantante qui va lentement partir sur des terrains mélancoliques chers aux deux écossais. Même roulement dans les rythmes, même samples ensoleillés et mélancoliques, avec en bonus une gratte acoustique. On savait Machinedrum fan du duo warpien, il balaie les derniers doutes avec ce titre. Un peu mièvre, mais quand même très beau.





Mais Machinedrum n’a pas annihilé toutes ses velléités Juke et Hiphop, bien heureusement, et l’on entend très légèrement ces éléments dans pas mal de morceaux du disque, en nous offrant quelques perles bien vicieuses : Seesea renoue avec ses amours glitch-hop pré Planet-Mu, tout en le malaxant avec un art de la répétition qui ne décevra pas les nouveaux fans de l’anglais. Ca sent le nuage et le driveby, le soleil qui se lève sur les rues sales. C’est beau comme la mort, triste et tubesque.

On frôlera même le bad trip avec Eyes Don’t Lie, tourbillon épileptique qui n’a pas le coté cotonneux et rassurant des autres morceaux, et qui appuie encore plus le coté nauséeux du disque avec des samples de voix n’hésitant pas à glisser sur les mauvaises notes. On n’est plus vraiment en train de déambuler dans les boulevards, mais plutôt séquestré par un psychopathe qui nous susurre des conneries dans l’oreille en chantant comme un taré. Rassurant.

U Still Lie fait carrément dans le cloud-rap, affolant dans le mille feuilles de textures, drogues dures et lettres de rupture, slow-motion et sirop violet. Yung Lean aimerait poser sur ce truc. Toi, tu te laisses attirer par cette mélasse angélique, par ces échos qui n’en finissent plus de disjoncter les synapses. Et au moment où tu penses partir dans un sommeil sous opiacé, un synthé incroyable, sorti des plus beaux U-ziq, se fraie un chemin et t’envoie dans le ciel avec de jolis coups de pied au derche. En 4 minutes, tu passes de la mélasse puant le béton aux envolées lyriques d’un cumulonimbus, c’est beau comme un cul de reine. Un des meilleurs morceaux du disque.

Mais la vraie claque de ce Vapor City, c’est Dont 1 2 Lose U, ahurissante fresque vomissant sa diatance à tout ceux qui osent rentrer dans son périmètre. Sérieux, dès les premières secondes, j’étais éblouie par ce truc, qui te prend de haut en t’assenant un vindicatif “c’est moi le pimp, ferme ta gueule et écoute”. Hiphop flingué et défoncé, sublime dans ses claviers, dans ce rythme claudiquant, dans l’utilisation des voix ultra émo faisant passer Burial pour un PUA sans âme. Si j’étais un rappeur, je poserai sur cette instrue. Ca serait le but de ma vie. Et puis c’est quoi cette fin qui t’aspire pendant plus d’une minute dans son siphon, qui t’étouffe lentement jusqu’à ce que tu n’entendes plus rien ? C’est le sexe puis la mort, c’est le coït et la dépression. Peines de vit.






Si Vapor City n’est pas aussi marquant que son prédécesseur, qui avait une pertinence rare dans son propos comme dans le mouvement dans lequel il s’inscrivait, ce disque reste une jolie réussite. On aurait pu croire à la catastrophe avec son concept faisandé et son orientation bien plus jungle que juke, mais Machinedrum continue de nous sortir de petits diamants émo-mélodico-melancoliques puant le béton et les néons. Si il y a deux trois tracks frôlant le mauvais gout (Infinite Us frôlant le lounge, Baby Its U sans grand intérêt…), Vapor City balance aussi quelques ogives nucléaires qui violeront bien des âmes (le vertige U Still Lie, l’imparable Dont 1 2 Lose U, le furieux Gunshotta…).

Mais c’est surtout cette dualité entre le cul et le mélancolique, ce coté quartier rouge passé sous un filtre salement drogué, qui fascine. Cette balade dans la ville où bas résilles et talons hauts copulent avec amours perdus et remords rongeant le cerveau.


Ce disque, surtout sur certains morceaux, c’est la mise en musique parfaite de la vie d’un maquereau, de ses heures de gloires dans les clubs à cyprine de la ville, paradant devant le monde avec ses plus belles putes… avant de mourir seul dans une impasse, comme une veille merde, assassiné par un jeune concurrent. Cet enculé te regarde, le sourire aux lèvres, et toi tu te dis que putain, même si tu as bien baisé, tu aurais finalement préféré fonder une famille et vivre à la campagne.






Machinedrum – Gunshotta






Machinedrum – Don’t 1 2 Lose U






10 titres – Ninja Tune

Dat’

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