CUM ON MY SELECTOR 18 : Rival Consoles, Lofty305, Andy Stott, Sonny Digital, LFO, Pachanga Boys, Roots Panorama, Zennor, NOS & Ademo

Posted in Chroniques on October 17th, 2014 by Dat'


J’ai regardé le passé en me disant



Lofty305 x Torus – Echosexxx

Il y a parfois des évidences. Un objet total, un concept qui brille dans toutes ses grandes largeurs. La track, parfaite, spleen absolu chuinté par Lofty305 sur une prod folle de Torus. On ne comprend pas trop ce que murmure le rappeur de Miami, qui se fait encore plus abstrait qu’avec Ryan Hemsworth. Mais on assiste bien à une noyade dans des nappes au moins aussi belles que les plus belle nappes de Clams Casino. Vent, bruit blanc et mélancolie exacerbée, c’est validé instantanement. Et puis il y la vidéo, réalisée par Mr Clement Oberto, qui avait déjà fracturé des rétines avec son film pour Plaid. Le clip, avec des néons, des filles belles, des néons, des belles filles, des néons. Des filles invulnérables, avec leurs blazes parfaitement mis en évidence, histoire de présenter les combattantes façon Killer 7 ouaté. MAIS EN PLUS IL Y A MON CHAT DANS CETTE VIDEO. PAS LE CHAT ETRANGE DU DEBUT MAIS LE SUPER CHAT GRIS VERS LA FIN QUI EST MAGNIFIQUE. Des néons, des divinités et le plus beau chat du monde : nickel.






Andy Stott – Violence

J’ai un rapport ambivalent avec Andy Stott : traumatisé par son Passed Me By. Franchement convaincu par son We Say Together. Clairement déçu par son Luxury Problems. Fortement hypnotisé par son split Drop The Vowels. Difficile de savoir à quoi s’attendre avec le bonhomme, et c’est clairement son coté “club englué puis dilué sous 3 mètres de béton” qui m’intéresse le plus. Et pourtant, avec Violence, qui se démarque de ce modèle, je me suis pris une vraie claque. Un morceau de fou, tour de force pachydermique, slow empoisonné puant la dépression. On appréciera évidemment la dimension du morceau, qui semble s’ébattre en 3D dans nos oreilles, avec des respirations hallucinantes. On sera marqué par le passage à tabac du milieu de track, indescriptible. Mais la vraie mandale du titre, c’est ce gimmick mélodique, cette zébrure cristalline qui interviendra tout le long du morceau, cette échappée fragile et brève qui flingue le palpitant, cette mini seconde répétée ad nauseam, pouvant se targuer d’être la plus belle seconde de musique entendue en 2014.






Rival Consoles – Helios

Oh, un revenant ! Revoilà Rival Consoles, qui m’a marqué pour l’éternité avec son album IO, façon Aphex Twin de club, mélancolique de dancefloor, grand écart parfait entre Analords et Tepr (ça existe). Un LP immanquable pour les amateurs de mélodies belles à crever écharpées par des beats de bucherons. Le mec était revenu en 2011, mais la déception fut grande, son 2eme album était malheureusement bien plus terne. Alors on oublie, puis on retombe au hasard sur un de ses anciens sons, nous poussant à voir ce que Rival Consoles devient aujourd’hui : joie, il sort un nouvel Ep. Et l’anglais ne semble finalement pas avoir perdu de sa superbe, avec un sacré morceau single, Helios, marche techno rêveuse partant graduellement dans une montée épique, à base de cascade de synthés et tourbillons de mélodies. Ca n’invente pas la poudre, mais inutile de bouder son plaisir, qu’importe le flacon pourvu que l’ivresse te fasse voler au milieu d’une pluie d’étoiles, les bras bien écartées au milieu du club. Bonheur.






Pachanga Boys – Time

Ok ok, ce n’est pas nouveau, mais je ne connaissais pas. Et vu les chiffres sur youtube, je devais être coincé dans un sous-marin. Les morceaux techno-hédonistes, d’habitude, c’est loin d’être mon truc. D’autant plus quand le tout est en mode hippies qui se dandinent en se matant dans le reflet de l’objectif. Mais putain que ce Time est beau. C’est 15 minutes de bonheur, de beauté pure, d’abandon. C’est la solitude, les sentiments et la déraison. C’est des claviers de folie, émo en diable, avec voix d’anges en filigrane. C’est une mélodie à crever, c’est une progression tout en douceur, à pas de chats, matinée de drogue et d’amour fou. A 6min25, tu sais que ce morceau est un des morceaux de ta vie. Ce Time, ce n’est pas faire la fête comme des cons, oh non. C’est danser avec ton âme sœur, le visage bien calé sur son épaule, à sentir l’odeur de ses cheveux. Une odeur que tu reconnaitrais entre mille, qui te fait sauter le cœur à chaque fois. Mon père m’a dit un jour “si tu n’apprécies plus l’odeur de ta femme, si tu es incommodé, c’est que tu ne l’aime plus”. Alors toi, tu te perds dans le creux de son cou en espérant que ce moment n’arrive jamais. Tu abandonnes, et tu danses le cerveau embué, brouillé par la peur de ce qu’il se passera juste après. Enlacés, pas de futur, pas de projet, surtout pas… Juste deux âmes tristes dans une brève bulle de joie, alors que la rave crève le ciel à 200 mètres de là.






Roots Panorama – Mars

Pas besoin de se creuser la tête pour trouver de beaux morceaux. Pas de révolution pour Mars, juste un morceau de techno parfait, entre divagations émo à la Rone et optimisme à la Plaid. Plaisir tout simple de milieu de nuit, pour une track que l’on aimerait légèrement plus longue, histoire de perdre toute notion de temps. Ces Roots Panorama sont pour moi complètements inconnus, et semblent n’avoir sorti que 2 Ep en 4 ans, ce qui est bien frustre. Mais google n’a pas inventé les alertes pour rien, on va pouvoir suivre chaque future sortie de ces bonhommes à la trace.






Zennor – Tin

Avec une oreille distraite, on pense avoir une track house normale dans les esgourdes, avant de se rendre compte de la mutation constante de cette dernière. Tin, c’est des synthés qui apparaissent sans crier gare, des oscillations hypnotiques, des rythmes s’apparentant plus à des pulsations cardiaques qu’à un pied techno. C’est un tube fractionné, une mandale club en mille morceaux, un morceau d’impasse crade. Les synthés qui interviennent come la marée, en flux et reflux, engloutissant la structure squelettique du tout. C’est futuriste et pourtant étrangement organique, et c’est, malgré sa courte durée, le highlight de l’Ep fraichement sorti de Zennor. Hâte d’entendre la suite des hostilités.






Sonny Digital – I’m The Man

Tu te lèves de ton canapé, l’haleine empestant la bière ou la clope, selon tes vices. La pièce tourne autour de toi, tu es encore défoncé de la veille. Dans la tête des flashs, de l’excès, tu t’es bien amusé. Pourtant la demoiselle de ta vie vient de disparaître. Alors tu rumines, tu te sens triste, même si tu as une vie de fou. C’est un peu ce que dit Drake continuellement dans ses morceaux, sur des super prods bien émo. Et c’est bien souvent très très bien. Sauf que là, il y a Sonny Digital, qui déboule sans prévenir, et qui lâche un morceau qui enterre presque tout ce que peut faire le canadien. Prod incroyable, super mélancolique, longue, expérimentale et super smooth dans le même mouvement (ce solo de gratte imparable), avec un refrain à tomber. Ca va faire papillonner bien des colonnes vertébrales. Ce I’m The Man, c’est autant le tube de l’année que la complainte suicidaire d’un alcoolo au cœur brisé. Le grand écart parfait.






N.O.S ft Ademo – Je Vis Je Visser

Des mecs qui crachent leur neurasthénie sur des instrues lancinantes, on connaît bien le système. Sauf que le prodo de N.O.S & Ademo te sort l’une des meilleures prods entendue cette année dans le rap français. Claviers lunaires, beatless dans ses grandes lignes, avec quelques rythmes spartiates, histoire de retourner le couteau dans la plaie, et de magnifier l’effet du bordel. La description du spleen est clinique, sincère, réaliste. Un jour sans fin, l’ennui est cyclique, un putain de tour de force par des mecs que je ne connaissais pas. On se demande presque comment un morceau aussi abouti peut sortir dans l’indifférence générale, alors qu’il roule sur la majorité de ce que l’on peut entendre dans les bagnoles en ce moment. Equilibre tenu et ténu entre rap 100% fr et élucubrations américaines embrumées, tu le chantes sous ta douche et tu l’écoutes en rentrant chez toi, en pleine nuit, le casque vissé sur les oreilles. Le crew PNL semble préparer quelque chose pour la fin de l’année (ça commence avec Gala Gala), et dieu, si c’est de ce niveau, ça risque de talocher bien des mâchoires. Continuez de vomir votre solitude après deux bouteilles les mecs, ce morceau tabasse.






LFO – Butterslut

Les RIP et compagnie, ce n’est pas vraiment mon truc. Mais quand un mec que l’on a écouté pendant la plus grande partie de sa vie disparaît, cela fait forcément un pincement au cœur. On ne va pas refaire l’histoire de LFO, de son importance folle pour beaucoup de gens ou du clip de Freak, dément. Voir de son taff hallucinant sur Homogenic, évidemment. Juste envie de claquer un morceau dans le Selector, qui m’est revenu directement en mémoire en apprenant la nouvelle. Butterslut, rouleau compresseur en souvenir d’adolescence, morceau d’une violence folle, Face B méconnue de Mark Bell, qui donne un petit coup du vieux certes, mais qui n’est pourtant pas démodée, et qui sonne toujours d’actualité, surement à jamais. Au final, la seule vraie malédiction de vieillir, c’est bien de voir petit à petit les gens disparaître, et cela de plus en plus régulièrement.






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Aphex Twin – Syro

Posted in Chroniques on September 29th, 2014 by Dat'


La grande bouffe



Nous y voilà. 8 ans après un des albums de ma vie, et 6 ans après deux EP énigmatiques, Aphex Twin revient aux affaires. Sincèrement, ce retour me semblait encore plus ubuesque que le nouvel album de Portishead à l’époque (mais moins que celui de Faith No More). Aphex Twin, c’est évidemment le traumatisme musical de mon adolescence, en apothéose à la sortie du RDJ LP puis de Drukqs, objet mystique que j’ai mis des années à décrypter, à retourner dans tous les sens, à écouter encore aujourd’hui. Aphex Twin, c’est évidemment la tête de gondole de l’electronica, le messie de l’Idm, la caution bon gout. On a érigé en standard ses albums sur Warp, ses clips mythiques, ses interviews cultes. Depuis son retour annoncé, à base d’une promo habile (et légitime, pourquoi railler un label et un musicien, de talent, qui tentent de mettre tous les chances de leur coté pour gagner du fric et se remplir les poches ? Si faire de l’IDM interdit à ses acteurs de se payer des putes et nager dans une pluie d’oseille, quel est l’intérêt d’en faire…), on parle de Drukqs, on parle de Syro, on parle de renaissance, on parle de mythe.

Mais on ne parle pas des Analords. Et c’est quelques temps après écoute à l’époque, que je me suis rendu compte d’une chose : son Chosen Lords est surement mon disque préféré du type. Celui que j’ai le plus écouté aussi. Plus jeune, avant ce disque, c’était le chaos, le duel mélodico-drill’n’bass qui me flinguait l’échine. L’impression de me retrouver devant des cathédrales magnifiques, que je ne comprenais pas forcément, l’émotion dans le conflit. Puis Chosen Lords est arrivé, avec ses morceaux dépouillés, et surtout ses mélodies hallucinantes. Plus de besoin d’excavations torturées, on était dans l’émotion pure, brute, presque régressive, avec des morceaux simples, parfois club (Pwsteal. Ldpinch.D, mon morceau préféré d’Aphex Twin, bizarrement, combinant à la perfection l’envie de pleurer et l’envie de danser), avec une triplette finale de morceaux surclassant tout ce que j’avais pu entendre du musicien jusqu’à lors. J’avais enfin compris, après dix ans d’écoutes intensives, que ce qui me plaisait chez Aphex Twin, ce n’était pas la complexité de sa musique, mais bien la simplicité cristalline de ses mélodies. Même dans un maelstrom comme Mt Saint Michel Mix…, ce n’était au final pas l’hystérie qui était fascinante, mais bien cette mélopée qui pouvait se chanter sous la douche, tube pop candido-dépressif plus beau que tout.

Il y avait les mêmes bases chez The Tuss, mais pas la même magie,  malgré des tracks cultes. Alors quand Syro fut révélé, que les premiers échos parlaient d’un disque assez proche d’Analords, avec des morceaux “simples”, Aphex parlant lui même d’un disque straightforward avec des compositions loin de ses déflagrations expérimentales, je me suis frotter les mains jusqu’à en faire saigner les paumes.








Sur Syro, j’avais envie d’entendre de la chanson qui me fait chialer. Des tranchées rythmiques flamboyantes, du Vordhosbn, du Peek 824545201 ou du Mt Saint Michel 2.0 (mes autres track vénérées d’Aphex), de la mélancolie, une mini dose de putasserie, des explosions bruitistes, des claviers sortant de nul part. Un disque vivant. Car les disques d’Aphex sont des disques vivants. Et c’était bien parti pour me draguer les poils de cul. Car les morceaux que l’on connaissait depuis des années, semblaient, malgré les enregistrements dégueulasses, bien remplir leur office. Les Metz Track et Manchester Track semblaient réunir tout ce que j’aime chez Aphex.

XMAS_EVET10 (Thanaton3 Mix), anciennement Metz, est magnifique. Mélodie à mourir, lente progression, et une richesse à filer le vertige. Un mille feuille sonore improbable, des détails par centaines, des motifs perlant avec une grâce folle (le combo voix + claviers à 2min45, que l’on ne retrouvera plus, est un des plus beaux moments du disque). Un morceau qui se déplie pendant dix minutes, sans jamais répéter les mêmes motifs, tout en gardant une cohérence extrême, coulée de lave avançant engloutissant tout sur son passage. Un diamant, malgré une conclusion superflue.

Même constant pour Minipops 67 (Source Field Mix), ex-Manchester, condensant tout ce que l’on connaît chez Aphex. Ce rythme et ces voix nauséeuses de Windowlicker, les claviers pute de Fenix Funk, les mélodies éthérées à la On, le coté goguenard de beaucoup de ses prods. C’est beau, efficace, dansant, là encore riche à en crever. Le morceau est limpide, facile à écouter, et pourtant, aucun pattern, aucun motif ne se répète, ne sera entendu deux fois. Une mutation sans régression, un paysage qui se déplie, sans espoir de retour.

Ce parti pris de Syro, de ne jamais nous faire revivre les mêmes motifs, rejetant toute notion de chorus, refrain, structure, construction par séquences, est assez impressionnant. C’est même ce qui rend les morceaux les plus directs de Syro comme les plus réussis. Les deux premiers cités donc, mais aussi PAPAT4, plus belle pièce de l’album, et pouvant se classer aisément dans les plus belles tirades crachées par l’anglais. L’ex Singapore Track est exactement ce que je voulais entendre sur ce nouveau disque. Une putain de mélodie, belle comme la mort, pleurée par un synthé d’une beauté et d’une teinte incroyable. Le rythme est étonnement oldschool, simple drum’n’bass loin des attentats d’antan, et accompagne simplement une litanie candide et belle comme tout. Là encore, le morceau, pourtant simple, mute constamment, ne se répète jamais vraiment, car même si le synthé principal reviendra, cela ne sera jamais dans la même configuration que dans la minute précédente. Un tube, un diamant émo, un bordel rétro, un morceau qui te renverse la tête en arrière en te tirant par les cheveux, t’oblige à ouvrir la bouche, pour y déverser des bocaux de lépidoptères par centaines. Avale, mâche, digère : ça y est, tu as des putains de papillons dans le ventre.

Même combat pour 4 bit 9d api+e+6, morceau tout en retenue, à rapprocher des Analords, avec un rythme bien funky, et une mélodie encore une fois complètement dingo. A 2min20, tu auras le passage le plus funky de l’année, ça tabasse, c’est tout beau et ça te donne envie de te déhancher dans une boite de province. C’est peut être le seul gimmick qui reviendra deux fois dans l’exact même forme, dans tout Syro. Et c’est très bien, vu que c’est peut être les meilleurs 30 secondes de l’album. Entre les deux, passage ambiant émotion bien Warpien.

Dans cette histoire de titres directs, il y a même 180db_, ânerie Aphexienne qui ne semble avoir aucun sens. Sorte de rejeton façon Mr Oizo flingué au rohypnol, (on attend presque des « bruce Willis is Dead » au milieu du morceau…), le titre fait tourner ad nauseam un gimmick club crétin, qui pourrait nous donner envie de sortir MDMA et glowsticks, si le tout n’était pas parasité par des sirènes malades, des claviers déréglés et un vrai malaise général. En écoutant ce morceau, tu as un peu l’impression de voir une pub i-phone à la mi-temps d’un match de foot. Sauf que la nana qui tient le téléphone à 800 euros a des moignons, doublé d’un cancer avec tumeurs apparentes. Banger en phase terminale, tube de stade sous chimio, c’est chelou en diable, mais pas désagréable.





Malgré tout, Syro est malade, et un problème le gangrène. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de certains des morceaux (l’évolution constante) qui en tue d’autres. Si les traits de génie sont bien là, si la folie est là aussi, Aphex Twin semble vouloir trop en faire, accouchant de morceaux ultra frustrants. Ce phénomène est parfaitement cristallisé par la bonus track japonaise, MARCHROMT30A edit 2b 96. La mélodie est sublime, parfaite, Aphex Twin t’es au top, je me masturbe sur tes synthés parfaits, et j’éjacule sans discontinuer. Le chant au vocodeur tabasse, ça frôle la chanson de l’année, single imparable. Mais POURQUOI ne pas tranquillement développer son morceau autour de la mélodie, façon Analords ? Pourquoi choisir de tout casser, de balancer des sonorités toutes moches, des gimmicks quasi-aléatoires qui, loin de mettre en valeur le squelette de base, l’enlaidit au maximum ? Je ne peste pas contre le chaos, car c’est bien les velléités guerrières d’Aphex Twin qui sublimait les mélodies (Vordhosbn ou Mt Saint Michel pour les citer à nouveau). Mais ici, la violence est dans la souillure, le parasitage d’une mélopée folle. Que l’on retrouvera abimée, désossée, dénaturée par des effets de style ultra superflus. On pensait partir sur l’un des tous meilleurs morceaux de l’anglais, et l’on se retrouve devant une ébauche de chef d’œuvre massacrée à coup de couteaux.

Pourquoi balancer un CIRCLONT14 (Shrymoming Mix), et le lézarder de bruits tous moches, sans jamais le bordel respirer (et dieu sait si le morceau méritait de ne pas mourir étouffé) ? La même pour Syro u473t8+e (Piezoluminescence Mix), qui recèle de tellement de belles choses, qui, en plus de se faire défoncer par tous les orifices, ne reviendront jamais nous faire un signe de main après leur premier passage. Même pas une deuxième fois, laisse tomber, la beauté est passée à toute vitesse, j’espère que tu as eu le temps de prendre une photo pour en profiter en rentrant chez toi, d’humeur lasse. Sans parler d’un Produk 29 qui ne démarrera qu’en fin de course, pour un passage de ligne d’arrivée bien désappointant.

Et c’est comme ça pour bien des morceaux, frustrants, riches mais lourds, te ravissant pendant 10 secondes avant de te laisser complètement sur le carreau. Le seul morceau bordélique à s’en sortir avec les honneurs, c’est CIRCLONT6A (Syrobonkus Mix), fascinant lui aussi dans sa constante fuite en avant, et qui, malgré quelques choix sacrement moches, arrive à nous foutre des taloches une demi douzaine de fois en à peine 6 minutes (la mélodie épique à partir de la 1er minute, suivi de la montée émo à filer la chair de poule, la guitare tubesque ouvrant la 3ème minute, le tunnel aux basses pachydermiques précédant la 4ème minute, puis l’ouverture finale cristalline). Un vrai coup de maitre, une fresque ahurissante, qui se pose à coté des meilleures réalisations de l’anglais.





On se retrouve au final avec un album multipliant les tours de force, mais avec un sentiment de frustration fort. Oui, il y a de beaux moments, et pourtant, ça sonne parfois forcé. Certes, Aisatsana est une conclusion lumineuse, optimiste, salutaire après un maelstrom pareil.

Mais on sent qu’Aphex avait devant lui les pièces d’un puzzle parfait devant les yeux, sans jamais avoir réussi à le compléter de la meilleure façon possible. Trop de morceaux coupent l’herbe sous le pied, trop de tracks proposent des moments de pure folie qui n’apparaissent que quelques secondes avant de disparaître à jamais. Les meilleurs morceaux étaient effectivement ceux déjà dévoilés pendant les lives d’Aphex (si l’on excepte CIRCLONT4A), et rien, vraiment rien, dans ce Syro n’égale ce que l’on a pu entendre dans les meilleurs moments de Chosen Lords, dernière galette en date.

Les mélodies ne sont plus libres, elles ne se chantent plus, elles n’ont désormais plus le temps de briller. Il faut prendre sa pelle, son pied de biche, et aller au turbin histoire de grappiller quelques notes, au risque de s’essouffler et de rebrousser chemin. Je ne parle pas de difficulté d’écoute, car Syro est surement le LP le plus simple à écouter d’Aphex. Sauf qu’auparavant, affronter le maelstrom en valait la chandelle, car on tombait sur de vrais trésors. Ici, c’est braver la tempête pour seulement récolter quelques piécettes. Tout pirate de ce nom préfèrera se saouler dans une taverne en chantant des vieux classiques a tue tête, plutôt que de partir sur une aventure pas réellement remunératrice (oui, un Every Day, un Vordhosbn ou un Crying in Your Face, ça se chante).

Syro est un album solide et plaisant, mais ne possède ni la fragile beauté hypnotique d’un Chosen Lords, ni la richesse ahurissante d’un Drukqs, ni les émotions candides des premiers LP du bonhomme. Syro est un disque sympa, un bon album, comportant de bien belles individualités, similaires à des petits jeunes fragiles qui semblent écrasées par les gros balaises bruyants et repoussants du groupe, éructant comme des gros porcs au fond du bus. C’est un disque qui fait plaisir, qui drague le palpitant, qui nous fait même clairement rêver le temps de quelques tracks. C’est déjà pas mal. Mais qui me vole mon cœur, me tabasse le cerveau et m’arrache la colonne vertébrale ? Pas franchement.






Aphex Twin – Aphex Twin – minipops 67 [120.2][source field mix]






13 Titres – Warp / Beat Records

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Seekae – The Worry

Posted in Chroniques on September 15th, 2014 by Dat'


Ghosts & Voices



On avait laissé Seekae avec une galette magique, un des meilleurs albums de 2011, voir de la bass-music en général : +Dome. Mélange pété de uk garage et de rock émo flingué, ce LP était un disque certes référencé (impossible de ne pas penser à Mount Kimbie), mais surtout ultra bien branlé, ciselé à l’or fin, contenant de vrais bijoux (difficile de se remettre après l’écoute de Go, 3 ou Face Facts…). Les Australiens étaient presque des inconnus et arrivaient pourtant à coiffer aux poteaux tous leurs petits potes. Mais une grande victoire implique de grandes responsabilités, et le groupe était attendu au tournant pour leur nouvelle livraison. Surprise, et signe funeste au départ, Seekae annonce, comme tous les autres, vouloir se “pop-iser”, s’adonner à la vraie chanson, aux minauderies dépressives. L’ambition sincère, l’envie de draguer les stades.  Et pourtant, rester coller à un micro n’avait pas vraiment réussi à Mount Kimbie, ni à Phaeleh, encore moins à Darkstar (pire virage du genre). Seul James Blake s’en est sorti avec les honneurs, mais de justesse, et avec quelques dommages collatéraux.








Il a suffit de deux singles magiques, et d’une pochette angoissante (les trois membres du groupe superposés pour créer un 4eme musicien fantôme) pour nous rassurer. Seekae fait des chansons, oui. Mais Seekae continue de faire pleurer, c’est certain. Allergiques aux voix, passez votre chemin, le crooner est là sur la totalité des titres, si l’on excepte une bien belle introduction, Black Out, mi-urbaine mi-mélancolique. Another, dévoilé il y a un an, reste sublime. Longue montée au rythme martial, claviers trance-pute étouffés, voix parfaite, on navigue les yeux pleins de larmes dans une caverne de glace défoncée par le beat pachydermique. C’est beau à en crever, avec une ouverture finale magnifique, qui joue sur la frustration, et qui révèle toute sa beauté en s’éteignant, alors que l’on attendait un dernier coup de semonce. C’est un morceau qui soulèverait un stade, qui pourrait terrasser les radios et infiltrer les coeurs du monde sans difficulté.

On avait Test & Recognise, deuxième single mis en orbite il y a quelques mois, rassurant sur la musique des australiens, assénant le fait que certes, Seekae partait vers la pop, mais en gardant toute la richesse de son disque précédant. Première minute presque trop cadrée, qui va vite vriller dans une pop-uk-psyché violente, entre élucubrations Clark-iennes et bugs non identifiés. C’est jouissif, surprenant, puis beau, avec une conclusion que l’on aurait aimé entendre pendant de longues minutes encore. Les claviers sont dingues, et à 2min20, c’est trop beau pour être vrai. Un craquage en règle, émo et drogué, 3 minutes partant dans tous les sens, faisant le grand écart entre bombe 2step et tube r’n’b salace. Une vraie folie (la refonte de Flume est complètement dingo également).

Si ces deux morceaux étaient connus, et pouvaient rassasier notre attente, il était tentant de craindre un coté trop cadré sur un album entier, avec deux trois coup de semonces pour un ensemble trop balisé, oubliant les racines electronica du groupe. Rassurez vous, des bangers, il y en a d’autres. A dire vrai, les 6 premiers morceaux puent la réussite, on est proche de la flawless victory avec fatality bien crado. Hands est dans le pur Seekae période +Dome, avec une instrue oscillant entre rock cradingue et 2step claudiquant (si si, c’est possible), mais avec une voix grave en bonus. Boys peut prétendre au plus beau morceau du disque avec, Another, pour vrai morceau rock-blues, avec une lancinante guitare égrenant une mélodie à chialer, et le chanteur à la voix sur-modifiée pour partir sur des tons caverneux hypnotiques, pour un final à filer la chair de poule, à base de “I gat this boys coming at me now” répété ad nauseam. Folie sublime, je craque.
L’autre tour de force du disque, c’est The Worry, du haut de ses 6 minutes, commençant très lentement, pop electro candide et langoureuse, pas loin d’une new-wave optimiste. Encore une fois, on trouve ça cool, mais on aimerait que cela aille plus loin. Et c’est pile à ce moment qu’un clavier de folie déboule, et nous transporte dans une techno tubesque sublime. Le chanteur reste bloqué sur une phrase, la mélodie te balance dans un club crade puant le cul, avec des lasers qui te flinguent la rétine et des synthés qui visent la colonne vertébrale direct. Cœur sur le pied, danser et chialer, ce morceau est parfait dans sa dualité.





Et c’est après 6 ogives de suite que l’album va subitement prendre du plomb dans l’aile, en alignant les deux seuls ratés de la galette. Further ne propose rien de bandant, pop légère & légèrement kitsch avec petites flutes, presque hors propos au milieu de la galette.  Oxen Calm part sur une idée intéressante, celle d’exploser une ballade par des zébrures monstrueuses faisant passer borgore pour un joueur de harpe, mais là aussi, la recette ne prend pas, le tout est trop brouillon, pas assez violent ni assez catchy pour nous draguer les esgourdes, et ne rentrant pas vraiment dans la cohérence du reste.
Heureusement, les dernières estocades sont belles. The Stars Below fait dans la techno sourde et étouffée, à écouter en roulant dans la mégalopole la nuit, aveuglé par les lumières cycliques d’un périphérique. Tube écrasé et anxiogène, le morceau n’évoluera pas mais hypnotise par son coté 2step bétonné et salace. Le coté dépressif et désabusé du morceau impressionne,  se posant dans ce que le groupe a fait de mieux sur sa courte carrière.

Toujours dans le froid avec Still Moving, proche des dernières élucubrations de Radiohead, avec une pop fantomatiques, ultra froide, bourrée de détails et glitchs informatiques, qui va partir dans une Trance dépressive du plus bel effet sur son dernier tiers. Certains seront clairement hermétiques à l’exercice, mais pour les amateurs de tunnels electro-depressifs, c’est du tout bon.  Plus d’émotion avec un Monster s’avançant sans gêne comme étant le morceau le plus “normé” du disque, vignette blues-rock rondement menée, crooning de bar enfumé, sans surprise mais parfaite à hululer sous la douche après être rentré du boulot.
Tais terminera ce disque en mode super émo, pas loin des anciennes élucubrations d’un Sebastien Schuller (!), avec synthés à se damner, et chant en cristal, histoire de bien dresser les cheveux sur la caboche. Les violons de la conclusion violeront bien des âmes. A l’a première écoute, je suis complètement passé à travers ce morceau, avant de le réécouter et de me prendre une taloche stratosphérique dans la tronche. On n’est plus du tout dans le Seekae que l’on attendait et chérissait il y a quelques années, mais dans le game de la pop-electro-spectrale, ce morceau se dresse tout en haut de la pyramide. Magnifique.





Alors forcément, si l’on était amoureux du uk-garage claudiquante bluesy et mélancolique du dernier album de Seekae, le virage pop de The Worry peut faire flipper. Mais les australiens semblent pouvoir conquérir tous les sommets. La perfection des compositions, la beauté de la production, des mélodies, du chant, et ces instrues qui reste parfois très liées à +Dome permettent d’enchainer tours de force sur tours de force. Certains morceaux ultra mélancoliques sont hallucinants en tout points (Another, Boys, Tails, qui filent le vertige avec leur pop au cœur cassé) et les bangers cradingues émo (The Worry, Test & Recognise, The Star Below…) contrebalancent un album qui aurait pu sonner légèrement trop sage et policé sans eux.
Mais si l’on excepte un très léger ventre mou, (les morceaux 7 & 8 en déça du reste), The Worry se dresse comme un album de folie, consacrant un groupe réussissant toute ses mues, accouchant surement du meilleur LP émanant de l’eternel concept “je faisais de la bass-music maintenant je fais de la pop” (et dieu sait si les concurrents sont nombreux).

Morceaux beaux à s’arracher la colonne vertébrale, avec une entame de 6 morceaux mirifiques, Seekae peuvent être considérés comme de très sérieux prétendants pour une place dans les tops de fin d’année. La réussite est quasi-totale.





Seekae – Another





Seekae – The Worry (teaser)





Seekae – Black Out (teaser)





12 titres – Future Classic

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CUM ON MY SELECTOR 17 : Objekt, Nil Hartman, SZA, Last Night In Paris, Filastine, U-ziq, Fwdslxsh, Surrenderdorothy

Posted in Chroniques on September 1st, 2014 by Dat'


Le temps est désarticulé



U ziq – Taxi Sadness

Après m’avoir choqué pour encore au moins 10 ans avec son LP Chewed Corner de l’année dernière, U-ziq joue le généreux et revient avec une galette bonus, proposant 6 morceaux inédits ou présents sur des sorties difficiles à glaner (l’édition japonaise de C.Corner, ou la mixtape filée si tu achetais l’album sur Planet Mu dot com). Annoncé comme ayant une couleur plus candide, Rediffusion claque la mélancolie sépia des années fanées, avec en point d’orgue ce bien trop court mais ô combien magnifique Taxi Sadness. Mélodie belle comme le jour, teintes régressives, vague à l’âme, on tient le genre d’écrin electronica frôlant la perfection, que l’on se passera en boucle pour éclairer ces quelques nuits écrasées par la solitude.






Nil Hartmann – 30

6 ans d’absence, c’est bien trop. Un seul Ep à son actif, plus quelques bien rares morceaux à glaner sur le net, c’est frustrant. Et voila que Nil re-déboule de nul part, annonçant comme tous les ans l’éventuelle sortie de son premier album avec un premier single. “30″, c’est une litanie folle, qui donne envie de chialer, de prier, de danser, de se bourrer la gueule, de mourir. Quelque chose qui se chante sous la douche, qui se hurle défoncé en pleine nuit. C’est comme avant, mais en mieux. Nil, en 2014, c’est tout simple, mais c’est putain de beau. Tout est une histoire de mélodie.






Last Night In Paris – New Benz

On avait laissé Last Night In Paris avec un LP et un Ep qui avaient retourné 2013, en roulant sur toutes autres releases gratos de l’année. Savant mélange entre electro burialisé, uk garage racé et hiphop drogué, le confidentiel collectif, dont on a toujours pas pigé toutes les ramifications, n’hésitait pas à balancer un banger rap de folie s’écroulant sans prévenir dans un ambiant émo slow motion. Tracks sublimes, flow parfait, productions de folie, Last Night In Paris m’avait littéralement flingué le cerveau. Nouvelle année, nouveau projet, annoncé en amont par un nouveau tour de force, tube hiphop parfait glissant graduellement vers une conclusion lumineuse, histoire de naviguer de nouveau dans les hautes sphères de l’émo. Le groupuscule déroule sa recette avec un aplomb fou, sans forcer, s’en est presque indécent. Si le nouveau projet sort avant la fin de l’année, on risque de frôler le chef d’œuvre.






Filastine – Sixty Cycle Drum

Filastine fait parti de mes grands amours passés chez Jarring Effect. Completement fan des deux premiers albums de l’activiste (le fou Burn It et Dirty Bomb), j’ai pourtant complètement zappé de suivre ce que faisait le bonhomme ces dernières années. Sorti de ma mémoire, voilà que je vois débouler dans ma timeline un nouvel Ep à sortir sur Jarring. Premier extrait, Sixty Cycle Drum en impose, superbe fresque défonçé, à la litanie ronge-cerveau et rythme effréné. Filastine est toujours le meilleur pour incorporer des éléments world music à un banger club imparable (à partir d’1min30, ça retourne les colonnes vertébrales), ça tabasse, une belle réussite.






Objekt – Ganzfeld

Sans prévenir, Aphex Twin bien de réveiller bien des cœurs endormis avec l’annonce de son nouvel album. L’IDM et autres joyeusetés fracturées sont plus mémoires qu’actualité dans mon palpitant, et si l’on attend notre dose de Syro(p) avec impatience, il y a en parallèle de sacrées belles sorties pour se faire violenter le cerveau avec grâce. Objekt s’avance avec un parfait morceau, aussi dansant que cristallin, aussi sec que mélancolique. Ca claque dans tous les sens, ça te chiale une putain de mélodie, club triste et équations putassières, hypnose tranquille, c’est beau.






Fwdslxsh – 4 U

Comment ais-je pu passer à coté de cette track mirifique, morceau absolument mythique d’un des beatmakeur énigmatique du crew Last Night In Paris ? Absolument parfaite de bout en bout, émo à en crever, aux mélodies folles et progression camée, ce 4 U est effectivement un putain de cadeau, un morceau qui ma crevé le cœur dès la première montée de synthés. Alors ouai, tu vas me dire que ça respecte tout le cahier des charges de l’electronica-ambiant-uk-burialisante, et je ne peux que te donner raison. Mais même si la leçon est suivie à la lettre, le résultât en est que trop beau. Fwdslxsh ne sort pas beaucoup de sons, et l’on attend de pied ferme ses collabs avec les rappeurs du dessus, ainsi qu’un éventuel album solo. Car se faire piétiner le cœur en cette année morose, c’est presque orgasmique.






Surrenderdorothy – Whatcouldpossiblygowrong

On a tous eu notre période ado au cœur brisé, à écouter de la musique triste en pensant détenir la vérité, à regarder ses camarades de classe s’ébattre dans la cour de récréation. Casque sur les oreilles, feuilles mortes, cartables défoncés, premières amourettes derrière le préau et jeu de la bouteille pour tenter d’annihiler la virginité (et chopper une mononucléose). Alors après avoir vu Pauline embrasser Bobby alors que la bouteille était légèrement plus vers, ben tu rentrais sous la pluie en écoutant des morceaux tristes, genre du Faith No More à fleur de peau. Surrenderdorothy (aka Bones, encore lui), c’est exactement ce moment précis ultra émo, mais en mieux, avec des guitares tristes, un beat rachitique et un mec qui te susurre des « nobody wants meeeee » avec une voix brisée. Et c’est à la fin d’un morceau comme ça que tu trouves la force nécessaire pour comprendre que plus tard, tu seras le plus beau, le plus cool, et que tu rouleras sur cet enculé de Bobby sans problème.






SZA – Julia

Bon, la girl next door produite par Kendrick Lamar qui feule des mots doux sur des instrues éthérées, ça puait l’arnaque. J’ai d’ailleurs longtemps refusé d’écouter cette nana malgré les retours dithyrambiques, me limitant à quelques feats pas renversants ici et là. Loin d’avoir la voix la plus marquante du miaulement game, SZA compense et se démarque par l’intelligence et la pertinence de sa musique, comme quelques rares autres demoiselles (FKA Twigs), en employant XXYXX ou Toro Y Moi pour les instrues. Mais surtout, il y a Julia, track complètement folle, à l’instrue parfaite, genre M83 meet Ciara. Julia, c’est des synthés de folie, mais c’est surtout un refrain ahurissant, le plus catchy et tire-larmes de l’année. Et c’est ce bref instant de folie, intervenant par deux fois seulement, qui porte ce morceau aux nues.







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Machine Girl – WLFGRL

Posted in Chroniques on August 22nd, 2014 by Dat'


In a way, I am dead already



>Article précédemment publié sur PLAYLIST SOCIETY< 


Après 30 ans, on est plus vieux que jeune. Les rêves de gosses commencent à s’estomper, remplacés par une légère frustration d’avoir loupé des étapes dans sa vie. On déroule les choix cruciaux que l’on a pu arpenter, les vies loupées. Niveau musique, on comprend enfin pourquoi nos vieux radotent sur les mêmes disques, et appréhendent de se diriger vers de nouveaux sons : parce que c’est rassurant. J’ai toujours pensé que les adultes à la quarantaine bien tassée avaient de légers problèmes d’oreilles, une hyperacousie latente, quasi imperceptible, rendant plus simple l’écoute d’un disque déjà assimilé par l’organisme depuis 15 ans, plutôt que de se lancer dans une nouvelle aventure accidentée. Bonjour énième visite à Saint Malo, goodbye voyage improvisé en Inde passeport en poche.







Mais loin d’être des vieux croulants, nous sommes encore dans une période où l’inédit peut draguer les esgourdes, surtout si cela répond à des genres résonnant encore dans nos synapses. Et c’est un peu le parti-pris de Machine Girl qui te balance un album de footwork/jungle/rave ultra bourrin, madeleine de Proust convulsée et violente.

Car ici, c’est la menace permanente, c’est le disque inécoutable pour une bonne partie du monstre-foule. C’est la fête de cave droguée, c’est l’apocalypse techno, c’est la crise d’épilepsie aux relents barbituriques. Tu as Krystle (URL Cyber Palace Mix) qui désintègre une techno dreamy avec des amen breaks ultra violents, avant un long tunnel pleins de synthés qui volent dans tous les sens. Gimmicks surannés, bâtons fluos, on se croirait chez Ceephax, l’ironie en moins, l’ultraviolence en plus. Tu as les tunnels gotchico-grime façon Ginger Claps, qui malaxe la mélodie en boucle pour renvoyer vers un bordel cauchemardesque. Ou la juke-rave de かわいい Post Rave Maximalist, frôlant le hardcore avec ses synthés traumatiques, qui ferraient passer tes soirées dans la boue en Bretagne pour des classes vertes à Kiddy Land.

Oh ne t’inquiète pas, tu as aussi du footwork plus calme et réglementaire, à l’instar du faussement candide 覆面調査員 (GabberTrap Mix), mais on ne reste jamais longtemps sans une progression jungle cosmique hallucinante comme sur la longue fresque d’Hidden Power,  comme si Jean Michel Jarre s’était muté en distributeur de taloches déréglé. Ça n’invente rien, ça copie tout, ça fout un pan entier de musique dans un mixeur, pour recracher une bouillie obscène et jouissive, maculant de sperme fluorescent les mornes murs de ta baraque.


Rien de nouveau, certes, mais alors, pourquoi ce disque plutôt qu’un autre ? Parce que d’un point de vu strictement musical, ce WLFGRL est un des meilleurs disques jungle matiné de footwork entendu depuis quelques temps. Ici, point de  références hiphop ou street. On est dans la pure folie rave, la baise dans les toilettes, les clubs puants et bétonnés. On est dans la frénésie, le carnage, le plaisir pur et instantané. Un mélange de vice londonien et de régression japonaise, le rappel d’une folie drum’b bass faisandée, et la modernité d’une scène juke encore loin d’être essorée.

Mais aussi parce que – pour une certaine tranche d’âge, il renvoie à ce que l’on ne vit plus que de façon sporadique, voir plus du tout. Parce que l’on est comme Kevin Spacey dans son garage, à fumer des clopes en écoutant Pink Floyd, tentant de rattraper une jeunesse déjà perdue. On se masturbe les tympans dans la douche, les enceintes crachant Machine Girl à fond, en rêvant d’une liberté adolescente, alors que l’on se savonne simplement le dos avant d’aller bosser. On perçoit cette musique rave dégueulasse comme une belle nymphe de 19 ans que l’on n’arrivera plus jamais à fréquenter en personne, sauf à paraître forcément ridicule et pervers, ridés et cheveux poivre sel, dans une fosse entourée de sales jeunes drogués…





Ecouter ce WLFGRL, c’est se sentir comme un vieux, terré chez-lui, matant la photo de son amour de jeunesse, sans avoir les couilles de décrocher son téléphone pour reprendre contact. Parce que tu sais pertinemment que les coïts improvisés dans les chiottes d’un club où une âme perdue te crache son haleine chaude dans le creux de ton cou, c’est terminé. Que la prise de drogue/alcool sans craindre d’être explosé au boulot le lundi et de foirer des contrats, c’est terminé. Que de partir en bagnole avec des potes sans but, le coffre rempli de bière, sans avoir cette putain de peur latente de chopper un cancer, c’est terminé.

Alors on se plonge dans ce Machine Girl avec une mélancolique larme à l’œil, à maugréer doucereusement sur le passé et sur une vie désormais trop tranquille. Amorphe, un peu triste mais le sourire au lèvre, en bougeant sagement la tête sur une musique qui, il y a 10 ans, nous faisait encore méchamment bander.









13 titres – Dred Collective

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>Article précédemment publié sur PLAYLIST SOCIETY< 


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CUM ON MY SELECTOR SPECIAL 2 : Tiago x Dat’

Posted in Chroniques on July 28th, 2014 by Dat'


Life Looks Better In Slow-Motion



Le retour de Tiago dans ces pages étaient obligatoire. Eminent fondateur du label CTC records, membre du site Union Street, et surtout meilleur franco-italo-portuguais sur terre (je n’en connais qu’un), le bonhomme continue constamment de naviguer dans les profondeurs de youtube pour découvrir des artistes cramés, les signer, sortir leurs disques et se faire des millions.
Nous devions rééditer le coup, refaire une sélection comme l’année dernière, pour que one-shot devienne tradition.

Au menu, rap drogué, productions vaporeuses, lyrics flingués, pour des morceaux pas toujours validés. Tout ce que l’on aime pour nos nuits blanches ou pour accompagner nos retours de club, carbonisé.





Naadei – No More

Dat’ : Pas de suspense, c’est pour moi l’une des meilleures instrues de 2014. Quand ça commence, tu penses avoir dans tes oreilles le truc le plus émo de l’année. Puis c’est le truc le plus jouissif de l’année. La nana semble tout droit sortie de The Wire, c’est beau, ça tabasse, perfection. Il paraît que B20 a conseillé le morceau sur facebook ? Plutôt que de s’occuper de sa timeline, le bonhomme devrait prendre le temps de poser sur des instrues pareilles.

Tiago : La sublime Naadei dans un trip nocturne rincé de style et d’éclairage à tubes et de bras levés, l’intelligence de laisser parler la prod de High Klassified pour ne délivrer qu’un refrain géant qui servira à nous gargariser pour un bon moment. We want more.






Bones, Xavier Wulf & Chris Travis – WeDontBelieveYou

Tiago : Triangle équilatéral à succès dans le rap pour garçons émotionnels, Eric Dingus à la prod, Xavier Wulf (Ethel Wulf, ex-Raider) et TeamSESH aux visuels. Des hi-hats parkinsoniens accompagnant chaque larmes lâchées, des envolées de traîtrises pour un final bouche ouverte.

Dat : Rappeurs déjà morts, Boards Of Canada en mode funéraire, émo-thug matiné de rivotril. Un morceau pour les matins encore écrasés par les somnifères. Marcher à l’envers dans des rues crades bardées de néons. Apercevoir la belle Selena gomez, cernes noires et visage creusé, dans son maillot rose fluo, en train de fumer du crack. Ce qui est pratique avec Bones, c’est que chaque année, il balance le morceau de l’année.






Chris Travis – Memphis to LA

Tiago : Kenshin Travis, Chris Travis, Water Boys, ex-Raider Klan nous régale toujours de morceaux brumeux et éthérés mais sur cette prod évangélique de KLVN, Chris se lâche, tout de blanc vêtu, sur un rap brut et laisse la prod jouer avec nos émotions. Une efficacité imparable qui me laisse les poils hérissés et la chair prête à baigner dans un pot.

Dat’ : Chris, t’es mon gars sur, mon favoris, l’incontournable, ma secret story. Quand je vois ta ganache débouler sur les tubes, je sais que je vais me prendre une claque. Parce qu’en plus de débiter un flow d’enfoiré, tu sais choisir tes prods. Et cette prod’ bordel de dieu, c’est tellement beau. Alors continuez de lurker les timelines twitter de vos stars préférées, moi je me plante devant la chaine youtube de Chris, et j’appuie sur F5 toute la journée, dans l’espoir de voir une nouvelle vidéo arriver.






Mikris – S.S.P

Dat’ : Les touristes artistes aiment tourner leurs clips à Tokyo dans une pluie de néons et rues technologico-crades. Les japonais semblent eux étonnamment plus enclins à s’ébattre dans un parc local. Mikris, c’est l’un des seuls japs (avec ERA) à pouvoir te sortir un rap drogué à l’américaine, sans souffrir une seconde de la comparaison. L’instrue est superbe, le mec est chaud comme la braise. Un putain de morceau.

Tiago : Trap et hi-hats rapides pour un rap japonais hanté et spirituel, encore une belle découverte qui montre que le HH fantomatique et étrange made in Japon n’est pas en retard sur le flow !






G-Side – Statue

Tiago : Après un hiatus d’un an, les G-Side reviennent et montrent qu’ils n’ont pas raté une marche de l’évolution du rap, production menaçante et sautillante, auto-tune grinçant et filtre VHS, tout est là : un bijoux de rap en 2014.

Dat’ : Je porte G-side très haut dans mon cœur depuis leur mythique galette Starshipz & Rocketz, et je les croyais à la retraite. Sauf que nouvel album surprise, c’est la drogue, la violence, l’amour et la déraison. Parfait pour les chaudes saisons.






Versace Sachi x Space God – Japanese Hoe

Tiago : Encore une érection face à la culture japonaise, toujours plus présente avec cette nouvelle génération de rappeur. Dans un style très proche d’un Lofty305 (Métro Zu), Ver$ace Chachi réveille en nous toutes ces pulsions développées par les séries de vidéos “The Absurdity of Japanese Pornography”.

Dat’ : Ho-Ho-Hoe, très drôle le clip-tourné-au-Japon-mais-en-fait-non. Bon ils aiment bien les Japonaises, mais beware, car après quelques mois, le prochain refrain du morceau sera “j’ai plus de rêve de célibat que de rêves érotiques” (©hyacinthe). Le morceau passe crème, à écouté sur la meiji jingu à moitié défoncé sur son skate.






Black Kray – Champagne Doves

Tiago : La première fois que j’ai écouté Black Kray, mes tympans n’ont pu s’en détacher, sa voix m’enveloppait dans une sorte de zone confortable où une mélodie au piano m’apaisait. Une esthétique dans la lignée de Team Sesh, tout en VHS, bruit statique et glitch art. Un morceau pour compter toutes les personnes qui pleurent dans votre tête et dessiner des cercles avec votre 3310 d’un main et et caresser des colombes couleur cocaïne de l’autre.

Dat : Il y a une semaine, j’ai fais deux nuits blanches d’affilées, le stress, le sevrage, tout ça. Alors pour me forcer à dormir, j’ai pris deux lexomil avec une bière. Puis j’ai fais une video selfie. J’avais l’air aussi triste que le mec dans ton clip là. Mais en moins bien fringué.






Young L – Dundidit

Dat’ : Pleurer sa vie sur un canapé, un joint à la main, habillé en boubou, c’est de l’inédit. Bon morceau, il sort des enfers celui là, dans le refrain on dirait que le mec est à genoux dans une église, priant pour qu’on l’absous de ses péchés, alors qu’il donne l’impression d’être dans une partouze pendant ses couplets. Dualité mélancolique, émotionnellement mouvant, validé.

Tiago : L’ex membre du Pack ressort le boubou après le succès de sa marque Pink Dolphin, très peu rappé, ce morceau, et tout comme celui de Black Kray, réside essentiellement dans la voix mélodieuse et de ces mots marmonnés qui font mouche. En plein dans le basé, c’est une sorte de transformation qui s’opère, un détachement physique.






Uzi – Scene Girl

Tiago : La génération Tumblr fait des ravages avec ce nouvel hymne à chantonner dans les soirées rap où les 40oz coulent à flot, les femmes portent des leather jogging pants et où l’accroupissement devant les Taco Bell est intense.

Dat’ : T’es déprimé, tu lis une lettre de rupture dans un cabriolet lancé à fond la caisse sur Miami avec des putes en maillot de bains qui se caressent avec du champagne sur la banquette arrière. D’où sort ce latino-indien fragile, qui fait presque passer Yung Lean pour la plus menaçante des crapules? Ca dégouline au maximum, faut le connecter avec Moderat pour faire des chansons tristes que l’on chantera sous la douche avec des ray bans sur le nez.






Tiago & Dat’

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Venetian Snares – My Love Is A Bulldozer

Posted in Chroniques on July 21st, 2014 by Dat'


Quand tu seras en bas, tu flotteras aussi



Cela faisait un bail que je n’avais pas parlé de Venetian Snares. D’une part parcequ’après quelques années folle, le bonhomme avait tranquillement ralenti la cadence, arrêtant de sortir 3 albums par ans. Mais surtout parce que la qualité avait décliné. S’il est impossible de nier la grandeur de certains opus du musicien, qu’ils soient hardcore (Songs About My Cat, Winter In A Belly, Meathole), débiles (Cavalcade of glee…, A Giant Alien Force…) ou dingues en terme de compositions (Rossz Csillag), Venetian Snares avait clairement commencé à nous pomper l’air depuis son LP Filth. S’ensuivit une brochette de disques oscillant entre l’inintéressant et la blague sympa, ce qui, forcément, pouvait frustrer nos petits cœurs pourtant meurtris à vie par certaines productions du viking canadien.







Ce n’est pas la seule raison qui m’a poussé à m’écarter de V.Snares. Mon désamour de ses dernières productions pouvait s’expliquer également par le déclin de mes capacités auditives. On pourrait résumer mon état d’esprit à chaque nouvel LP par un “je n’ai pas le courage”. Pas le courage de me prendre une tempête breakcore dans mes tympans déjà bien blessés. Pas le courage de devoir assimiler un bordel pareil, pas forcément qualitatif qui plus est, alors qu’il me suffisait de balancer un Rossz Csillag pour prendre mon pied et chialer un coup. C’est ça vieillir. Refuser la dangereuse aventure pour se lover contre les rassurants fantômes du passé. Et puis les oreilles rayées empêchant d’écouter un disque sauvage trop fort au casque, alors que c’est pour moi le mode optimal pour écouter V.Snares, c’est embêtant. On ne demande pas à une jambe fracturée de courir un marathon, non ?

Mais il y avait un je-ne-sais-quoi de mystère autour de ce My Love Is a Bulldozer, entre la pochette renouant avec le non-sens d’auparavant, le fait que les cordes classiques refaisaient leur retour et que le chevelu allait se mettre à chantonner (même si ce dernier point semblait me rebuter plus qu’autre chose).

Il n’y a pourtant pas de révolution dans ce nouveau disque. Il nous rappelle que Aaron Funk est toujours au dessus de la mêlée (et je ne parle pas que du Breakcore) pour ce qui de la composition stricte, arrivant à malaxer le meilleur du jazz, du classique, de la pop et d’electronique pour accoucher d’une mixture traumatisante. Les meilleurs moments ne sont pas les plus sauvages, et si un titre comme 1000 years impressionne, c’est autant par sa chevauchée hystérique que par son intro sublime, presque trop rapidement balayée. C’est aussi dans ce morceau, ainsi que sur le suivant, Your Smiling Face, que l’on comprend l’importance de la composante “voix” dans ce LP.

Clairement, ça pourra diviser, et je ne suis toujours pas sur de mon opinion sur ce sujet. Voix grandiloquente, sur jouée, à faire grincer bien des dents, parfaitement maitrisée et clairement maladroite dans le même mouvement. Ça gâchera notre plaisir un matin, avant de nous voler le cœur le soir. Seule certitude, Aaron Funk met mal à l’aise avec son organe. On n’entend pas ici un compositeur se mettant subitement au chant à la Apparat. On entend Ça, car Il est revenu. On perçoit un putain de clown fou qui nous débite des horreurs avec délice, le sourire jusqu’au oreille. Il te susurre des mots d’amour, mais tu as plus l’impression d’avoir un gars qui te propose de te dévorer les entrailles au plus vite. Alors toi tu avances prudemment, entre les violons qui pleurent et les salves électroniques violente, avec un gars peinturluré qui te course en te faisant flipper avec sa grosse voix, partant parfois dans des teintes réellement déraisonnables (Your Smiling Face, notamment).

Malgré Ça, il y a de sacrés bijoux dans le disque, outre les suscités. Des morceaux comme Dear Poet ou 10th Circle Of Winnipeg sont dans le pur Venetian, avec mélodies à tomber et cavalcades émo. On est pas dans l’ultra violence, mais dans le sacrément secoué quand même, et la richesse de chaque morceau enterre mille fois la concurrence (cela faisait bien bien longtemps que l’on avait pas entendu une track de la trempe de 10th Circle chez Aaron Funk).

Il y a de plus quelques morceaux beatless, rappelant que si My Downfall était un LP convenant parfaitement aux oreilles blessés, il n’en restait pas moins un putain de bel album. On viendrait presque à regretter qu’il n’y ait pas plus de pièces instrumentales, ou que Venetian ne ressortent pas un deuxième opus de la même trempe. Deleted Poems ou Your Blanket ne pourront que me donner raison.





Loin d’être un album parfait, loin d’être la sortie de l’année, Venetian Snares réussît néanmoins le tour de force de me donner envie de replonger dans ses crises d’épilepsies. C’est propre, c’est beau, c’est flingué. C’est un peu maladroit, un peu grandiloquent peut-être. Mais c’est rondement mené.

Ça pourrait presque me faire retomber dans de veilles addictions. Car comme dans tout sevrage, il y a toujours phénomène de rebond.






Venetian Snares – 10th Circle Of Winnipeg






12 Titres – Planet Mu

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Phon.o – Cracking Space Pt 1 & 2

Posted in Chroniques on July 7th, 2014 by Dat'


Realest Ever Lived



Après avoir choqué mes tympans en 2012 avec Black Boulder, un des tous meilleurs disques de Uk Garage depuis des lustres, Phon.O s’est calmé, tapis dans l’ombre de 50weapons, le label aux releases pachydermiques de Modeselektor. Il s’est bien glissé dans quelques compilations, mais à part un petit Ep d’inédits, pas grand-chose à se mettre dans le citron. Reste qu’au bout de 2 ans, il faut bien nourrir la masse, et on était curieux de voir le visage qu’allait prendre la musique de Carsten Aermes. Car il ne faut pas oublier qu’avant de proposer un 2-step riche et racé, Phon.O était considéré comme terroriste au milieu des années 2000, avec une musique rouleau compresseur bien loin du calme proposé aujourd’hui.

Il fallait bien 2 EP (Cracking Space pt 1 & 2) sortis coup sur coup pour comprendre que le producteur veut continuer le travail entamé sur Black Boulder, tout en laissant poindre un amour de plus en plus pressant pour la fragilité. Mais est-ce toujours aussi beau ?








Le premier single, Moonwalk, accompagné d’un sacré clip mélangeant les deux choses les plus cool du monde (des chats et des lasers), nous laisse arpenter un chemin rassurant mais diablement bien foutu. Intro lunaire, voix pitchées d’anges déchus, le rythme est 2step, clairement burial-isé (même si ce dernier commence clairement à sortir du modèle qu’il a lui même créé). Bassline du tonnerre, pulsation sourde, longue progression discrète mais superbe, Moonwalk est une pastille parfaite, respectant à la lettre le sempiternel cahier des charges du Uk Garage. Pour la surprise, on repassera, mais pour prendre son pied, c’est impeccable.

Et clairement, sur les deux EP, la moitié des morceaux ne sont pas là pour instiguer révolution, mais pour titiller les colonnes vertébrales. Here Now feat Bass Sekolah, Uk émo avec chant, est beau comme la mort, encore plus réussi que les incursions vocales sur le précédant LP. Rythme plus enlevé, synthés lunaires, mélodie de folie, on est au niveau d’un Moderat des grands soirs, un truc qui donne envie de chialer et file la frousse. Voix cristalline, track quasi club, le tout s’envole dès la moitié, pour ne plus jamais redescendre, avec un final épique. Folie. Balance ça dans un concert, que le peuple entre en transe.

Whi5tleblower servira lui aussi un met rassurant, Uk garage grandiloquent, charge militaire héroïque balayée par la mort, mélodie qui n’en fini plus de monter, on est certes toujours dans la même ligne que précédemment, mais avec des détails qui fourmillent dans tous les sens, comme ce synthé fou qui déboule vers les 4min, et jette le morceau dans un bordel de salopard, avec un dernier tiers massif, écrasant tout ce qui bouge, aux beats tabassant les viscères. Chialer tout en te faisant marcher dessus, c’est possible. Phon.O semble maitriser mieux que personne la recette du 2step émo et gargantuesque, boss du uk game.

Mais le bonhomme ne veut pas seulement nous balader sur des terrains connus en nous tenant gentiment la main. Car Ep dit possibilité de prendre des risques, et l’on trouvera au sein de Cracking Spaces pt 1 & 2 des morceaux tentant de s’émanciper d’un résultat trop attendu. Crystal Math, fresque beatless toute fragile et candide, permettra de nous recueillir la larme à l’œil, tant le coté à fleur de peau suinte par tous les pores de la mélodie. D’autant plus que la dernière minute, avec cette petite litanie façon générique RPG, volera bien des cœurs.

Reste que Phon.o se permet de lâcher les chevaux, et sur Kellerkind et Defrost, on naviguera sur une techno martiale, toujours aussi propre, et parfaite pour une nuit blanche dans club drogué à Londres. Defrost remportera même bien des suffrages avec cette mélodie quasi-chiptune de folie, sublime conclusion que n’aurait pas renié un Clark des grands soirs. Surement la meilleure track des deux Ep. Du sacré bon boulot.





Phon.O n’a pas énormément changé sa musique, certes, mais continue de régner en maitre sur un genre dans lequel il avait déjà explosé toute concurrence via son Black Boulder LP. Bourrés de détails, de moments épiques, de mélodie folles, le Uk garage parfois techno parfois electronica de Phon.O ne révolutionne pas des masses mais cajole à mort les esgourdes. C’est beau, ça tue, ça écrase. Et cela nous fait espérer qu’une chose, après écoute intensive de ces deux EP : un nouvel album, vite, svp.






Phon.o – Moonwalk






Phon.o – Whi5tleblower






Phon.o – Here Now feat Bass Sekolah






6 Titres – 50Weapons

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Plaid – Reachy Prints

Posted in Chroniques on June 20th, 2014 by Dat'


I’ve killed a turtle once  



Les choix de carrière sont parfois impénétrables. Après avoir attendu quasiment dix ans pour balancer un nouvel album en 2012, via le mi-figue mi-raisin Scintilli, Plaid revient sans crier gare 2 ans plus tard avec Reachy Prints. Et cette fois, les anglais semblent resserrer les rangs. Scintilli, qui gardait en son cœur de superbes morceaux, s’éparpillait un peu, empêchant encore le groupe d’accoucher d’un sans faute. Difficile de dire si le groupe s’en est rendu compte, mais en 2014, Plaid revient avec un album court, sans interlude, histoire de privilégier la mandale directe et le traumatisme mélodique. Car c’est bien ça que l’on cherche à chaque nouvelle livraison du groupe. Contrairement à Autechre et consort, il n’est jamais histoire de limites repoussées, de chambardement. On veut juste de la mélodie, de la belle, de là joyeusement mélancolique. Ca tombe bien, Reachy Prints a mis la barre haute de ce point de vu là.







Plus que tout autre formation, et en tant que fanatique invétéré de Plaid (aucune objectivité ici, et à jamais), je n’attends qu’une putain de chose en lançant un nouvel LP du groupe : je veux juste me faire fracturer le cerveau à coup de mélodie. Chercher le morceau qui va m’accompagner pendant dix ans, comme trop de productions du duo, depuis 15 ans déjà. Parce que les Even Spring, les Rakimou, les IO, les Light Rain, je les chante parfois dans la rue, souvent dans la douche, exclusivement dans ma tête, histoire de ne pas passer pour un fou. Des morceaux qui se pointent sans prévenir, régulièrement quand je cherche le sommeil, quand mes pensées vagabondes, quand je suis bourré, quand je suis triste, quand je suis heureux. Traumatisé à vie, certainement. J’ai toujours placé Plaid au dessus de tout ce qui se fait en electronica, malgré l’absence d’un album ultime, pour la simple et bonne raison que ces deux mecs ont réussi à se placer ad vitam eternam dans mes synapses. Scintilli ? Je n’arrivais pas à piger si c’était moi qui avait grandi, ou si le LP manquait d’un je-ne-sais-quoi de magie pour réellement me flinguer l’échine.

9 morceaux (ou 10 avec le bonus), pas de fioriture, de l’efficace, pas de beatless, la promesse était belle en lançant Reachy Prints. OH va respecter le cahier des charges. Presque du fan-service. Pas de surprise. Mais bordel, que c’est beau. Des harpounettes qui pleuvent la mélodie des anges en intro. Puis une constante progression, avec tout ce qu’il faut d’airs cristallins et de mélopée émo. Ca ne ferra que monter, monter, des paillons dans le ventre, et des étoiles plein la tête. Cela en serait presque cliché, correspondant à ce que l’on attend de Plaid à 100%, un peu comme le (très bon) premier single Hawkmoth également, dont j’avais parlé il y a quelques semaines. Mais on ne parle pas du vieux cliché racorni, mais bien de la photo pleine de vie, frappante, débordant de contraste et de couleurs.

Mais le groupe ne va pas s’escrimer à nous ressortir du fan-service. Car la première vraie claque du disque, c’est avec Nafovanny qu’on se la prend. Où l’on entend Plaid faire du Plaid, mais une dose d’inédit en plus. Rythme binaire, bassline caverneuse, on avance pendant deux minutes dans un tunnel hypnotique. Ce n’est pas sombre, il y a juste ce qu’il faut d’oppressant, avant qu’un synthé sublime déboule. 1min15, une complainte parabolique fait son entrée et terrasse les cœurs encore durs. C’est beau comme la mort, et tu sais déjà que tu tiens là un des tous meilleurs morceaux de Plaid. Le choc intervient au bout de 2 min quand tout s’éteint, se calme et que la mélodie se fait divine. Divine. A la première écoute, impossible de ne pas lâcher un « whao, bordel » de circonstance, sous la perfection d’un changement pareil. La track qui s’escrimait au départ dans les bas-fonds, part sur un voyage en apesanteur, candide, cotonneux, sublime, qui n’en fini plus de monter vers les étoiles. Je n’avais pas été aussi impressionné par un morceau du groupe depuis This City (on remonte loin). C’est la claque, c’est le son originel des anglais, la même beauté, la même émotion, mais pimpé par une perfection dans la production assez ahurissante, et ce coté aventureux que l’on pensait avoir perdu. Un coup de maitre.

L’autre commotion provoquée par l’album, c’est Ropen, adoptant lui aussi un parti pris que l’on entendait que trop peu chez les anglais. Plus expérimental et obscure que ses pairs, le morceau s’avance en mélasse émotionnelle aux rythmes pachydermiques, d’une puissance folle. La mélodie, loin d’être évidente, renverse tout, coulée de lave zebrée de sursauts jouissifs. On est dans complainte de fin du monde, mais à la Plaid, avec des synthés qui te chialent leur tristesse de façon absolue. Dépression, amours perdus, mémoires floues, mais avec amour. Longue chute en slow motion, qui n’a pas vraiment de développement, de break, de conclusion, ce morceau est l’autre exercice majeur de Reachy Print, un versant moins évident du groupe, renvoyant légèrement à certaines tirades d’Autechre, voir à Come To Dust, diamant noir du dernier Boards Of Canada. Marche militaire d’éclopés, armée balayée par le vent, Ropen impressionne, désarçonne presque, nous balançant un Plaid qui prend enfin des risques, montrant un visage déjà aperçu mais jamais réellement contemplé. Un des meilleurs morceaux du groupe, tout disque confondu.





Et Reachy Prints n’a pas fini de foutre des claques : on a pas mal entendu Wallet, et sa frustre video, morceau de folie, réunissant ce qui se fait de mieux chez les anglais, mais avec, là aussi, une profondeur étonnante. Les rythmes tabassent, les bugs sonores remplissent le spectre. Mais c’est là encore la mélodie qui va tout emporter, faire saigner les palpitants, draguer l’échine. Si le milieu du morceau pourrait presque faire du surplace, le dernier tiers s’amuse à prendre ta colonne vertébrale pour en faire des papillotes. Pas besoin de trop en faire, le morceau reste toujours en retenu, presque discret face au coté bigger than life de Oh ou Nofovanny, pour une simple comptine mélancolique qui ne sert qu’à te rappeler tes vies passées.

Il y a évidemment le gargantuesque et épique Matin Lunaire, fresque electro-pop légère et colorée comme une bulle de savon, entre fragilité pure et chute dans un puits de néon. Une pop star japonaise pourrait chanter sur ce morceau et ça serait bien. Une armée de filles en fleur pourrait découvrir la vie sur ce morceau, et ça serait bien. Un mec défoncé qui rentre chez lui avec des souvenirs roses plein la tête pourrait écouter à fond ce morceau, le casque enfoncé sur les oreilles, et ça serait bien. La dernière minute du morceau est magique, une putain de conclusion joyeuse, à nous donner envie de sortir les cotillons.

Tether renouera avec le Plaid que l’on connaît bien, le crasseux qui laisse exploser sans prévenir la mélodie divine, le strip club qui se mut en jardin pour enfant, la solitude sourde qui se fait exploser par des arpèges lumineux qui partent dans tous les sens. Mais c’est sans commune mesure avec Liverpool St, qui a pas mal divisé. Et je ne pige pas pourquoi. Tu vas me dire que c’est niais, que c’est sucré, que l’on frôle le Disneyland. Oui, mais merde, c’est ça qui est bon. Parce que c’est putain de beau. C’est le moment où les arcs en ciel te tombent sur la tronche, où les monstres se mettent à danser comme des cons, où tu délivres enfin la princesse pour que vous puissiez copuler sauvagement. C’est la mélodie débile mais parfaite, belle comme le jour, candide à en crever. C’est une sorte de symphonie qui se brise et vrille vers une electro flingué, avec Plaid qui nous sort l’un des synthés indispensables du disque. Ce morceau, c’est le moment où tu balances dans ta bouche des Fizzy Pazzy, quinze ans après avoir mangé le dernier paquet : tu te sens idiot de succomber à ce plaisir enfantin… mais ce gout sucré, ce bonbon qui claque de partout dans la bouche, cette langue colorée qui te fait passer pour un débile, c’est la sensation que tu cherches tous les jours en allant te casser le cul au boulot, pour un salaire de misère. Débile oui, mais heureux.

Oh je sais, je suis un peu lourd avec mes bonus tracks japonaises, mais si certains groupes Warp se foutent un peu de la gueule des japonais, Plaid a toujours pris le bordel au sérieux, avec en point d’orgue le Miamivice de Spokes, ou le fou Outside Orange qui offrait une bien belle plus-value à Scintilli. Le groupe avait prévenu, ils ont écarté quelques morceaux de Reachy Prints, pour accoucher d’un tracklist resserré. Et l’on peut imaginer qu’Away en faisait parti. Morceau qui tournait déjà en live, ce titre bonus fait rentrer le chant pour la première fois sur le disque, pour des apparats très Spokes. Et clairement, si Away n’invente rien, Plaid pousse le trip dans ses retranchements, entre voix d’anges dérouillées par une rythmique imprévisible et mélodie de folie. On croirait presque entendre Imogen Heap en train de se taillader les follicules avec un tesson de bouteille. Après 3 minutes de délire quasi-christique, la dernière minute est absolument folle, à te filer la chair de poule. Pas forcément cohérent avec le reste du disque, mais niveau rouleau compresseur émotionnel, on est plutôt bien servi.

Au final, dans ce disque ultra cohérent, seul Slam pourra paraître un peu frustre, loin des effusions épiques des autres morceaux, avec un ensemble plus linaire, avec une progression timide et un peu empruntée, mais qui se révèle plutôt agréable après quelques écoutes, sans avoir la magie d’un Wallet.





Assez étonnant ces retours en force. On pensait Warp en petite forme, avec des tauliers partant en vrille et des nouvelles signatures loin d’être savoureuses. Mais il y a eu BOC l’année dernière. Et Plaid cette année. Plaid, impérial, toujours aussi fragile et candide, discret et enthousiaste. Comme toujours avec le groupe, on est loin de l’album qui révolutionne tout, du LP qui va changer la face du monde électronique. Mais ce n’est clairement pas ce qui semble les intéresser. Eux veulent juste enchanter les gens, infiltrer nos cerveaux, nous accompagner pour de nouveaux moments de vie. Réactiver les mémoires. Bousculer la mélancolie. Donner, tranquillement, l’envie de voler.

Et pour la première fois depuis un bail, le groupe déboule avec un album complet, efficace, homogène, pertinent à 100%. Elles sont loin, les velléités de fresques sans fin, d’album à multiples facettes, de tracks intervalles. S’il est difficile de placer Reachy Print comme le meilleur disque du groupe, il en est peut être le plus implacable, le plus facile à ingérer, tout en étant le plus riche, le plus dense. Il y a encore les tics et mélodies inhérentes aux anglais, mais les morceaux débordent de détails, de synthés inédits chez Plaid, d’exercices risqués (Ropen, Liverpool St, Nafovonny…), avec une production en mode 3D que l’on entendait pas forcément auparavant.

Certes, il y a toujours du fan service. Mais en écoutant ce Reachy Prints, chose qui m’avait grandement manqué sur Scintilli, je me surprends à nouveau à rêver, à sourire comme un con, à vouloir courir en pleine rue, la nuit, les bras écartés en me marrant. A avoir une mini larme aux yeux au détour d’une litanie mélancolique. Penser aux âmes tristes et disparues. Et me dire que peut-être, je risque de chanter certains de ces morceaux dans 10 ans encore.

Plus que tout, Reachy Prints me rassure légèrement : finalement, je n’ai pas totalement perdu mon âme d’enfant.






PLAID – MATIN LUNAIRE from Clement Oberto on Vimeo.






Plaid – Wallet






10 titres – Warp / Beat Record

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CUM ON MY SELECTOR 16 : 123mrk, Powell, Seekae, Raoul Sinier, Cid Rim, Sick Team, Samaris, Mike Paradinas

Posted in Chroniques on June 3rd, 2014 by Dat'


Long Time No See



Seekae – Test & Recognise

Seekae, c’était un peu le meilleur album de l’année 2011, il est toujours bon de le rappeler. Puis il y a eu un single très pop l’année dernière, confortant le virage plus conformiste (mais néanmoins qualitatif) à venir des australiens. Enfin, le vide. Jusqu’à cette semaine, avec un nouveau single, pour un Lp qui semble poindre rapidement. Toujours dans la roue de Mount Kimbie, le groupe se met à chanter pépère sur des instrues plus cadrées. Enfin, ça c’est pour la première minute, parce que le morceau part vite dans une pop-uk-psyché presque violente, entre élucubrations Clark-iennes et bugs non identifiés. C’est jouissif, surprenant, puis beau, avec une conclusion que l’on aurait aimé entendre pendant de longues minutes encore. On s’attendait à quelque chose d’assez policé, on se retrouve devant un craquage en règle, émo et drogué. Rien de mieux pour introduire un LP, confiance gagnée.






123mrk – Versatile

Ce gars là, tu as pu le croiser au détour d’un Grems. Il avait signé certaines des plus belles instrues de Buffy Ep avec Djay et Buffy justement, (qu’il va falloir que je chronique un moment ou un autre). Future Classic, toujours sur les bons coups, sort un Ep du français pour le printemps, et dieu que c’est bon. Ouai ouai, des morceaux uk-pupute-émo-voix-pitchées, il y en a plein mes Selector. Mais à chaque fois, et encore plus ici, c’est papillons dans le ventre et cœur plein de larmes. Parce que ce Versatile de 123mrk est beau, pur, dansant. Tu t’attends à une track bien cool, du garage lumineux et souriant, mais tu fais vite face à un break venu de l’espace, entre complainte désespérée d’un camé et une lettre de rupture candide, pleine de légèreté. Fumer du crack en conduisant à l’envers sur une nationale, les psychotropes sont mes ennemis puis mes amis, fais moi un baiser, c’est l’amour, le vrai.






Sky Ferreira – You’re not the one (Cid Rim remix)

Oui, deuxième fois que l’on trouve Sky Ferreira dans un Selector, mais que voulez-vous, on pardonnerait tout à cette jeune droguée pour l’attitude. Mais ici, point de divagation slutty-rock ou pop crade de stade, on part sur un remix beau comme le jour de Cid Rim, pour un abstract hiphop léger et éthéré comme on n’en fait plus depuis la fin de Depth Affect. Car c’est irrémédiablement au duo français que l’on pense en premier lieu à l’écoute de ce You’re not the one. Synthés mélancoliques et tout mignons, chant qui part en vrille, mélodie du bonheur, refonte parfaite, pleine de détails, la réussite est totale.






Hecq – Steeltongued (Raoul Sinier remix)

Ca faisait longtemps (toute proportion gardée) que l’on n’avait pas eu de nouvelle de Raoul Sinier, après un putain d’album bien épique. Et voilà que le bonhomme déboule de nul part pour tabasser tout ce qui bouge avec un Lp de remix, glanés au fils des années. Il y a des refontes connues, d’autres inédites, et surtout ce remix de Steeltongued qui m’était inconnu. C’est ici que l’on retrouve le Ra chef de guerre, le Sinier qui écraserait une ville entière avec un seul putain de synthé, la progression inhumaine et mélodique. Car tout est une histoire de mélodie, pachydermique, glaçante, mélancolique. Un morceau qui n’a pas besoin d’ultra violence pour foutre des beignes, tenant un équilibre difficile, entre émotion et crise de nerf. Tu me diras que c’est ce que Raoul sait faire de mieux, et tu sais que je vais répondre par l’affirmative. Mais l’exercice du remix est parfois casse gueule, souvent inintéressant. Alors quand une track de la sorte arrive à te prendre la gorge et te vriller la colonne, tu te plies en deux pour saluer le retour de l’empereur.






Powell – So We Went Electric

Transformons nous en zombies, et bouffons nous les uns les autres. Se faire sauter le caisson au milieu du monstre foule, asperger les visages avec sa crasse. Ce morceau de Powell, c’est un peu comme écouter du Mr Oizo pendant un crash d’avion. C’est un attentat funky, un sacrilège dansant. Un japonais fou à Shibuya qui passe un tournevis sur un tourne-disque, mais en remuant du bassin sur du Donna Summer. C’est incompréhensible, mais ça te fait bander dans le même mouvement, à l’instar de pas mal de vidéos bizarres peuplant l’internet. Ne lance pas cette track sur ton sound-system tout neuf, ça risque de flinguer directos. J’ai passé pas mal de temps dans mon garage, à taper sur le capot de ma bagnole avec une clef à molette, avec le moteur tournant à plein régime : cela ne sonnait pas aussi bien que So We Went Electric.






Mike Paradinas – Trancework

Le Footwork, c’est très cool. Mike Paradinas, c’est bien sympa aussi, surtout quand on sort un des albums de l’année. Et puis la vieille dance pupute, c’est la madeleine de Proust, la larmichette mélancolique, le bonheur du passé encore trop présent. Alors quand Thump pointe un mix de Paradinas spécial footwork x tube dance trance des années 90, ben tu tombes à la renverse. Tu te dis que le monde est tellement bien fait, qu’il y a des choses dont tu as rêvé, et U-ziq l’a fait. C’est émo, c’est épileptique, c’est tout ce que j’aime dans cette juke éthérée, loin d’être violente mais parfaitement secouée, avec ses moments épiques, ses remix insensés (ATB…) et ses retours vers le passé sortis de nul part (Da Hool qui arrive dans le mix sans frapper à la porte). Difficile de décortiquer ce mix, qui aurait presque pu avoir droit à une chronique entière. Allergiques au genre, partez en courant. Pour les autres, c’est le bonheur absolu, débile à s’en damner, le fan-service inattendu, la sanction inévitable. Une des mixtapes gratos de l’année.






Sick Team – Addiction

Que Sick Team soit le meilleur groupe japonais en activité, ce n’est plus une éventualité. Que Sick Team ait disparu dans les backs depuis 3 ans, c’était par contre plutôt dommageable. Malheureusement, pas de vrai album en vue, Sick Team II étant un gros disque oscillant entre titres inédits et remixes de morceaux déjà connus. Sauf que dans les inédits, tu as toujours ces putains de beats incroyables de Budamunk, coupés et secs à l’extrême, impossible à gérer pour toute nuque digne de ce nom. Sans compter le flegme d’Issugi, et le swag improbable de 5lack. En point d’orgue sur cet Addiction imparable, meilleure track de II, et parfaite introduction à un group(uscule) qui ne finira jamais de nous étonner.






Samaris – Viltu Vitras

Je n’y connais rien en musique techno venue des neiges, si ce n’est quelques disques attrapés au hasard, aux grés d’internet pérégrinations. Oh, il y avait bien le Yagya, assez décevant, avec ses voix pas toujours heureuses. Alors quand on me soutient qu’il faut écouter des nordistes susurrer sur de beaux synthés deep, je serre les dents, et tente de trouver une excuse. D’autant plus qu’il y a des instruments à vent pour habiller le tout. L’horreur. Sauf que c’est super beau. Tout en retenu, plein de classe, de chaleur. Le chant est parfait, pop chétive, ritournelle entêtante et facile à chanter sous la douche, même si l’on y pige rien. La demoiselle est clairement mignonne malgré un clip en stop motion à bannir. Et ces claviers, ces refrains, c’est parfait. Jamais entendu parlé de Samaris, mais avec un single pareil, l’impression est forte, bien que timide et discrète.






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Paulie Jan – Trunkenstein / Skip Club Orchestra – Deep Architecture EP

Posted in Chroniques on May 12th, 2014 by Dat'


Loaded pistol



On était tous d’accord, le Humian Ep de Paulie Jan était l’une des sorties les plus marquantes de 2012. Sorti de nul part, entre bières vides, balades en voiture la nuit et émotions à la folie, le 6 titres fut une vraie mandale, un quasi sans faute accouché par un type qui avait sacrément bourlingué dans sa vie avant de pondre des disques. C’était beau, c’était dur, violent, pop, mélancolique, épique, parfois grandiose. Ca tabassait le cerveau et se chantait sous la douche. Forcément, on s’attendait à quelque chose de grand directement après l’Ep. Mais rien. Respecter le silence et dort l’artiste, aucune nouvelle de lui, que dalle, nada. Alors forcément, quand les trublions flingués de Fin De Siècle balancent une annonce au même moment que pour la sortie de leur Leave Things, on ne peut qu’entrechoquer nos paluches. Et l’on n’attendait pas à ce que Paulie Jan s’enfonce dans un style aussi radical.

Mais vu qu’une chronique d’un deux titres, c’est court, et que malgré ma fainéantise légendaire, j’ai quand même envie d’être un minimum présentable, il y a aussi un autre Ep sorti cette semaine qui a dragué mes esgourdes. Sorti sur le label japonais Dubliminal Bounce, ce Deep Architecture de Skip Club Orchestra continue de tracer le chemin du Footwork d’Hiroshima, toujours plus ouvert et aventureux. Laisse tomber l’épilepsie : de tranquilles spasmes en pleine nuit, c’est bien meilleur pour ta santé.







Dans nos souvenirs, on avait laissé un Paulie Jan émo, assez serein, certes torturé, mais tourné vers la lumière. Surprise à l’écoute de ce nouvel Ep, le bonhomme a laissé passer quelques accès de violence. Dur, sombre, âpre, les premières minutes au sein de cette nouvelle sortie déconcertent. La boite à mouchoir n’est plus à portée de main, il va falloir se battre et ramasser des gnons pour lâcher quelques larmes. Trunkenstein pilonne avec un rythme sourd, quasi claudiquant, des machines qui prennent vie et crachent du métal dans tous les sens. Dans ce magma cassé et malade, une mélodie désabusée, quasi morte, tente de se faire entendre, râle à bout de souffle dérouillé par le bordel ambiant. Alors que le matraquage reprend, on est presque perdu, à chercher la sortie, l’indice qui pourrait nous faire tenir plus longtemps, et c’est pile à ce moment là que le morceau se révèle, avec cette fin grandiose, où la mélodie l’emporte sur tout le reste, pile à 1 minute de la fin. Empereur, couronnement, le synthé pose son cul sur le trône après avoir roulé sur la foule, et toise le reste du morceau avec dédain. C’est cette conclusion, ce soulèvement soudain qui légitime toute la bataille subit en amont, et si cela reste sombre, c’est franchement beau.

Mais c’est avec Ginger que Paulie va voler les cœurs, sans pour autant laisser rentrer une once de soleil dans sa musique. Toujours menaçant, avoir la tête dans un sac plastique pendant 8 minutes, ça va être duraille à supporter. Sauf qu’après 2 minutes 30 de borognymes, chutes, cassures, des claviers de folie déboulent et tabassent tout ce qui bouge. Oh, ça ne va pas durer bien longtemps. Juste quelques secondes. Mais des putains de secondes folles. Alors quand ça repart sur le terrain autiste du départ, tu sais que tu tiens un diamant. Qu’il va falloir se foutre à genoux et creuser comme une pute pour le trouver, tu vas souffrir un max, mais bordel, que la récompense sera belle. Et boum, le synthé revient, encore plus majestueux qu’avant, le rythme devient binaire, techno de cathédrale, strip club de fin du monde, ce n’est même plus un empereur qui débarque, mais un trou noir d’enculé qui s’ouvre et avale tout. En portant le morceau vers le sombre absolu, Paulie Jan transforme subitement Ginger en tube de stade. Tu la sens cette 4min50 ? C’est le moment où tout bascule, ou le club devient fou, où les morts refont surface. Et comme pour le précédent Ep du bonhomme, là aussi, tu as envie de chialer sec. D’autant plus que la conclusion du morceau ne sera qu’une longue chute brumeuse et cafardeuse, avec un synthé bigger than life, un rouleau compresseur qui traumatisme un immeuble entier, qui ronfle et vibre dans tes putains de viscères, qui donnerait presque envie à Sunn0))) de se tirer une balle dans la tempe. Sacrifice et amourette, fin du film, tout le monde est mort, les viscères maculant les murs.

Oui, Ginger est l’un des titres les plus violents et fous de 2014. L’un des plus beaux aussi. Oui l’Ep est bien solide, réussi et frustrant dans le même mouvement.  Car après un 6 titres aussi réussi il y a deux ans, on était en droit d’espérer un premier album. Mais la musique de Paulie Jan a tellement changé depuis la dernière épopée que ce Trunkenstein/Ginger semble un indispensable marche pied, première étape d’une aventure qui risque de flinguer bien des cerveaux. Alors on va attendre patiemment. Parce que si LP il y a, et si Paulie Jan garde cette science de la mélodie belle, folle, imparable et violente, ça risque d’être putain de dantesque.








Alors, cela fait quelques temps que je cris mon amour pour le label Dubliminal Bounce, qui balance tous les mois de sacrés Ep, souvent pas chers, parfois gratuits. Avec en point d’orgue l’Ep de Dubb Parade, et celui de Poivre, compil’ débile de remix Juke confinant pourtant au sublime (un remix footwork de Retrograde de James Blake qui surpasse l’original sur tout les points, même dans l’émotion, fallait le faire). Alors quand le boss du label, qui fait de la musique depuis un paquet d’année, revient dans le jeu avec un Ep 6 titres, qui allait forcément s’éloigner du footwork dégénéré habituel, je ne pouvais que fêter ça avec du champagne fraichement secoué pour arroser les groupies.

Et ce n’est pas la première fois que le label veut faire coïncider Juke et Dub. Ici avec succès sur Separate Yourself, agréable fresque enfumée et émo, qui tient plus de la drum’n bass nécrosée qu’autre chose. Ca renvoi à la période dubby du début 2000, mais c’est beau et très bien branlé, donc pourquoi pas. Wrong sortira la track brumeuse et renfermée sur elle même, assez anodine mais là aussi agréable. Vous allez me dire que l’Ep est loin de commencer comme un chef d’œuvre. Sauf qu’après, ça ne s’arrête plus.

D’autant plus que l’Ep est loin de cultiver l’hermétisme des sorties juke habituelles, où l’on se retrouve avec 15 tracks hystériques sans la possibilité de respirer. 6 morceaux, 6 genres différents : Luvin’U Diamond sort la litanie pop rose bonbon, à base de petites guitares et chants d’oiseaux. C’est beau, et ça part vite en épilepsie contrôlée, avec une mélodie incongrue, qui n’a rien à faire là, et qui fout les boules. Difficile de dire ce qu’il y a de samplé dans le morceau, et ce que Skip Club Orchestra a produit dans le morceau, mais ça marche dur. Autre mandale, Track4, putain de tube footwork en mode rave salace, avec clavier qui tourne dans tous les sens, et rythme qui n’en fini plus d’exploser. Meilleure track de l’Ep.

Tu veux te poser et respirer ? Pars sur l’ambiant E.O.D, qui tient plus de l’interlude burial-esque à base de voix fantomatiques et synthés noyés sous l’eau. Pour un tabassage en règle, suffit de se laisser défoncer par M on M(no voice mix), crise de nerf quasi-industrielle, avec mélodie à tordre la colonne vertébrale et montée unique vécue comme un traumatisme. Ca n’aura duré que deux minutes, mais niveau climax paralysant, on n’attendait pas mieux.

Japanese do it better ? Difficile à dire. Mais différemment, ça c’est certain. Si Skip Club Orchestra ne signe pas la meilleure galette d’épileptique musique cette année, le japonais fascine par cette propension à tirer le Footwork vers des zones pas assez arpentées. On sent qu’en poussant un peu et qu’en réfléchissant à un vrai Lp cohérent, on pourrait se prendre de sacrés aller-retour sur le citron.








2 titres & 6 titres

Fin de Siècle & Dubliminal Bounce

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Thug Entrancer – Death After Life

Posted in Chroniques on April 28th, 2014 by Dat'


La vie en rouge



Sur la musique, on va on vient. Il y a des périodes de vide, de léger désintérêt, à lire des livres plutôt que de se perdre dans les notes. Après un début d’année en fanfare, et des annonces de disques qui risquent de bien martyriser les tympans, ce mois d’avril a peiné mon cœur, à défaut de le faire frissonner. Quelques bonnes sorties, mais rien qui ne m’a donné envie de m’adonner à une écriture hors contrôle après 10 écoutes d’affilées. Pourtant il y a de belles choses, des albums solides en ce moment. Des chroniques de prévues, des Lp à venir (d’ailleurs il arrive un jour le Kettel ou quoi ?). Alors on vogue de singles en singles sur youtube, nouvelle façon d’écouter de la musique, juke-box démesuré, infini et gratuit.

Et puis on tombe sur de belles surprises,  qui se développent finalement tout le long d’un album. Comme ce Thug Entrancer, sorti un peu de nul part (si ce n’est qu’il est hébergé sur le label de Daniel Lopatin, ce qui aurait tendance à me faire fuir), et qui n’a rien d’un gangsta menaçant, malgré le nom. Et pourtant, sa musique est bien ombrageuse, et sent les douilles encore brulantes.







Difficile de disséquer un disque pareil. Extrêmement homogène, Death After Life oscillera constamment entre synthés sombres et rythmes rapides pendant 65 min. Pistes simplement numérotées, toutes nommées Death After Life, avant de briser la faucheuse et de partir sur une renaissance (Ready To Live) en bout de parcours. En trompe la mort / l’œil, Death After Life I est pourtant le titre le plus évident du disque. Celui qui pose les bases, qui laisse respirer la mélodie. Sirènes morbides, notes cristallines mais loin d’être guillerettes, rythmes squelettiques. On n’est pas encore tombé en enfer, mais les portes métalliques sont bien en vues. C’est pourtant beau, presque rassurant, légèrement sci-fi, un peu juke, comme un Kuedo en bout de course, complètement déshydraté, la peau sur les os, qui rampe dans le déserts avec des vautours lui tournant déjà autour de la tête.

Er l’album ne filera pas plus de billes. Ne pas s’attendre à un banger dancefloor ou une tirade émo comme il est coutume d’avoir dans ce genre de Lp. Que dalle. Même une 303 tournant seule dans le vide ferait plus marrer que ce Death After Life. Il y a parfois un peu d’ennui (Death II), mais il est vite rattrapé par de sacrés morceaux, comme Death IV, et sa longue chute en spirale droguée, hypnotique en mode juke flinguée pendant plus de 8minutes, lente overdose en slow motion. Si tes yeux ne se révulsent pas après écoute, c’est que tu n’es pas humain.

Deux coup de butoirs pour te sortir de la torpeur ouatée et morbide : Death V, le seul morceau qui se rapprochera d’un tabassage en règle, et Death III, qui va tester les limites de l’audible en fin de match, histoire de provoquer des accidents de voiture sur les autoroutes du monde. Les Ready To Live seront légèrement moins violents, plus cotonneux, sans être rassurants. Ils laissent un peu de place à la mélodie, à la mélancolie aussi, même si la rave est toujours de mise (deuxième partie de Live 1). Mais va pas falloir attendre à ce que Thug Entrancer nous mâche le travail.





Death After Life est un album dur, linéaire, loin d’être perméable. C’est pourtant un bel objet, noir, diamant obscur qui pourra autant passionner qu’ennuyer, mais toujours en suffoquant. On n’est pas loin d’un récent Lee Bannon, mais c’est surtout dans un vieux disque comme le Shinsou de Dj Krush que l’on trouvera des équivalents. Pas dans les sonorités, bien évidemment, mais dans ces longues plages bileuses et angoissantes, aux motifs récurrents tout le long du disque, annihilant toute notion de temps. Techno, Footwork, Abstract, il y a un peu de tout dans ce bordel squelettique.

Certains pourront arguer sur le fait que l’album manque de moments forts, ou de tirades épiques, ce qui est partiellement vrai (III, V et Live I sont néanmoins en embuscade). Mais en enfer, pas besoin de cavalcade, autant prendre son temps, on a l’éternité pour mariner. Le diable est dans les détails, oui. Et chez Thug Entrancer, c’est surtout le diable, tout le temps.






Thug Entrancer – Death After Life 1






10 titres – Software

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Rone – Apache / Leave Things – Atonement & Empfang

Posted in Chroniques on April 13th, 2014 by Dat'


Beat On Us



Les hiatus ont parfois du bon. La techno rêveuse aussi. Rone, m’avait choqué il y a 5 ans avec son premier album. Choqué violemment. Pourtant le disque n’avait pas grand chose de spécial. Un court disque presque frustrant, d’une techno mélodique et lumineuse loin de violenter les esgourdes de prime abord. Sauf que c’était beau. Très beau. Ca confinait même au sublime sur certains titres. (le mec ayant sorti un des meilleurs morceaux du genre avec Flesh, hors Lp). Puis le breton a sorti So So So, un ep magnifique, déroulant une recette légèrement modifiée, mais sur un terreau encore plus émo. Valse d’éons dans les néons.

Néanmoins, Rone m’avait moins chauffé avec son deuxième album. Plus electronica que techno, pourquoi pas. L’album était très bien, pas de reproche, pas de raté. C’était juste un peu moins beau. C’est tout. Sentiment inexplicable, la subjectivité des émotions. Là ou Spanish Breakfast me plantait des ailes dans le dos et m’obligeait à voler avec les étoiles, Tohu Bohu me faisait docilement hocher de la tête lors de mes nuits blanches. C’est déjà pas mal vous allez me dire. Mais c’est comme un plan cul supplantant de fauves nuits secouées par le vrai amour. C’est bandant, mais ça n’explose pas les cœurs.

Alors le Rone, en attendant une nouvelle livraison, je l’ai un peu cherché, dans ses remixes, dans ses pères (Plaid sort bientôt, et de ce que j’en sais, ça va être très beau), dans ses paires et inconscients rejetons. Et voilà que deux Ep sortent en même temps, sans réellement crier gare : un nouveau Rone, Apache, et un rouleau compresseur émo, Atonement / Empfgang de Leave Things.







Alors on va commencer par les darons. Au premier extrait du nouvel Ep, Bachi-Bouzouk, beaucoup se sont écriés qu’enfin, ce morceau live avait un enregistrement studio. Sauf que de mon coté, je n’ai jamais pu voir un putain de live de Rone (dont un que j’ai loupé à l’Ageha pour une sombre histoire d’avion, club ou j’ai failli me faire déboiter par un yakuza, pour la légende). Alors ce premier morceau, je l’ai pris violemment dans la tronche, avec tout l’attrait de la nouveauté qui va avec. Un morceau techno pur et hypnotique, avec des lasers et stroboscopes qui vrillent partout dans ta gueule. Loin d’être de la musique grise, Bachi-Bouzouk est pleine de couleurs, electro arc-en-ciel plongée dans la drogue. Ce morceau, c’est Enter The Void featuring kaléidoscopes de néons. C’est, semble t’il, linéaire, alors que ça déborde de détails de légers changements, de soubresauts mélodiques qui ciblent directos la colonne vertébrale. Ce craquement à 3min48, tu l’entends ? Et cette outro que l’on aurait aimé voir se déplier pendant 2min encore, tellement belle et fragile ? C’est le Rone que j’aime le plus, celui qui te donne envie de danser et de chialer en même temps, mais toujours avec le sourire. Ambivalence aven… ah merde déjà fait.

Mais le français semble vouloir montrer différentes personnalités sur cet Ep, et c’est un morceau plus calme, plus Tohu-Bohu qui déboule avec Apache. Marcher à l’envers sur la lune avec nos amis les psychotropes. Cinématographique, mais pas façon court métrage. Pachydermie, mélancolie lourde, explosions à la Bay, synthés qui dégringoles façon pluie de météorites en Russie. Ca parle (et porte) au cœur, avec une conclusion bien émo pour malaxer les palpitants. Bon, pour l’envie de danser, on repassera, mais courir au ralenti dans un champ de blé en écartant les bras face au soleil, ça se fera sans problème.

Dernière épopée, et pas des moindres : Origin. Là, on ne tape ni dans le club, ni dans la divagation en apesanteur. Ici c’est la descente, le cauchemar, la violence sourde. Peut-être le morceau de Rone le plus dur, qui commence comme une comptine, et qui vrille vite en matraquage hystérico-épique, avec une Gameboy qui massacre tout ce qui bouge, un spectre sonore gigantesque qui se déverse dans tous les pores de ta peau, et des hurlements qui tentent d’éviter la noyade dans tout ce marasme. Tu penses arriver au climax du bordel vers les 3 min, mais c’est à peine la moitié du morceau. En live, ça doit être dantesque. Sur disque, c’est surprenant au départ, décontenancé jusqu’à ce que tu te mettes à sauter dans ton appart en tapant sur les murs. Pas forcément l’exercice le plus réussi de Rone, ça pourrait sembler un peu maladroit, un peu old-school aussi, mais en l’écoutant au bon moment, c’est dantesque, un peu comme si tous tes vieux disques de Thunderdome se mettaient à chialer en lisant leurs lettres de ruptures.

Ah il paraît que l’Ep a été développé avec une science du son révolutionnaire mais vu que mes oreilles sont bien trop vieilles et cabossées pour apprécier ce genre de détails, ben j’en parlerai pas vraiment, mais il doit bien y avoir des infos intéressantes à ce sujet sur le site d’infiné. L’Ep défonce, et l’on espère, les doigts croisés tellement fort jusqu’à la nécrose, que le bonhomme puisse débouler en 2014 avec un nouvel album. Et vite, j’ai besoin de musique Ronesque pour donner de la vie aux viles néons de ma ville.







Bon, vu que 3 morceaux c’est court, on a envie de sauter directement sur quelque chose d’aussi prenant. Et le hasard fait bien les choses, car chez Fin de Siècle, label ayant sorti le superbe Ep de Paulie Jan il y a déjà quelques temps, on sort des galettes en rafales. Alors Leave Things, il paraît que c’est un bonhomme de 18 ans qui déroule sans forcer des morceaux de folie. Des petits génies précoces, on commence à en voir pas mal, mais ça continue de m’impressionner à chaque fois. Putain à dix huit ans, niveau création musicale, j’avais seulement fait un scratch par accident sur un tourne disque dans un magasin Hi-fi de province. Pourtant, dans ma tête, j’avais de grands projets. La jalousie.

L’étonnement. Puis le plaisir, en écoutant Atonement, un des rouleaux compresseurs de l’année, pour sur. Là, on ne s’embarrasse plus de caresser les voisins dans le sens du poil, ça tabasse violemment. C’est des kicks gratte ciel, des lignes de basses bien salopées. Et c’est surtout une putain de mélodie qui va très vite décoller en mode tunnel sur l’autoroute à 200km/h. Rone c’était coloré, mais chez Leave Things, ça pue le macadam, bye bye les arc-en-ciel et tirades lumineuses. Béton amer, lampadaires qui rythment une course effrénée, c’est un tube techno martiale et oppressant, avec ce putain de filigrane mélancolique qui porte le tout vers les étoiles. A 3minutes pile, c’est l’orgasme, la déraison, la transformation des danseurs en zombies défoncés. On pense un peu au breton du dessus, ainsi qu’à Few Nolder. Morceau de folie, joli tour de force, foie gras dénervé, on en redemande.

Empfang sera moins dans l’émotion, plus dans le matraquage, avec le diable, tout le temps, dans les détails. C’est métallique, ça part dans une direction en écrasant tout le reste. Mais ici aussi, la mélodie est là, belle, plus difficile à dégager mais tout aussi prenante. Prôner l’efficacité dans la violence, c’est possible.

En deux petits titres, en plus de ce que l’on avait entendu l’année dernière chez Leave Things, on comprend qu’il se passe au moins quelque chose de bien en 2014. Rookie de l’année? Pour sur. Alors on va sommer à Fin de Siècle d’arrêter de se pochtronner le groin, et de vite sortir un Lp de ce jeune mec, sous peine de les retrouver canés dans une impasse, la tête vers le ciel, seulement bons à faire des câlins au créateur.







3 titres & 2 titres

Infiné & Fin De Siècle

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CUM ON MY SELECTOR 15 : Daisuke Tanabe, Plaid, Krampf, Sky Ferreira, Hidenka Bun, Riff Raff, Tame Impala, Vendredi

Posted in Chroniques on March 24th, 2014 by Dat'


La vie en vrai



Krampf x Gucci Mane – My Chain

Gucci et Krampf, c’est un peu comme jeanne et serge : un amour évident, une collision naturelle, deux destins qui doivent forcément se rencontrer. J’ai regardé la paume de Krampf, c’est confirmé par sa ligne de vie. Alors quand les deux copulent sur un lit de nuages-émo-pute, je ne pouvais qu’avoir le palpitant qui s’emballe. Une lourdeur gangsta, une mélodie à chialer, une progression de folie. Et surtout, c’est beau. C’est putain de beau. Un mec avait fait une mixtape Boards Of Canada x Gucci Mane. Ben là c’est pareil, mais encore mieux. My Chain, mélancolie d’un jour, mélodie toujours, ça se chante sous la douche, ça se passe dans une bagnole en plein drive-by, ça s’écoute religieusement dans le fond d’un wagon en mattant le paysage défiler le casque bien enfoncé sur la tête. C’est tellement bien branlé qu’il paraît que Gucci Mane, en prison, a dépensé son seul appel de la semaine pour appeler Krampf, le féliciter pour son remix et lui envoyer un cargo de filles dévergondées. Et ceci est bien normal, Gucci reconnaît ses pairs, car comme sur ses derniers albums, on entend ici la chute d’un cœur brisé dans un gouffre sans fin, aux parois hantées par des âmes droguées. Krampf vient de pondre l’une des instrues de l’année, appelez le vite si vous voulez des prods. Car à ce train là, les prix vont vite monter.






Plaid – Hawkmoth

On a attendu 7-8 ans pour un nouvel album, et voilà qu’après Scintilli, Plaid rempile juste 2 ans après. Et si Scintilli n’avait pas volé nos cœurs à 100%, les anglais semblent revenir la bannière au vent avec un Hawkmoth de haute volée. Car dans ce nouveau titre, il y a tout ce que j’aime chez le duo : une mélodie parfaite, une progression tendant vers l’émo-épique, une candeur en filagramme. Contrairement à pas mal de leurs colocataires de label, Plaid donne toujours autant envie de courir dans les champs de blé, écrasé par le soleil, le sourire au lèvre mais des cernes sous les yeux, à tourner sur soi même en pensant à ses amours à mort. D’autant plus que Plaid semble pour la première fois se tourner vers l’efficacité : le nouvel album sera composé de 9 morceaux, pour moins de 40 minutes. Plus de fioritures, on tape dans le vif de sujet, bref shoot de mélancolie qui devrait aisément se placer comme disque évident pour accompagner ce début d’été. Et selon certaines infos mafieuses, pour cet album de Plaid, le plus beau reste à venir…






Daisuke Tanabe – Alice

On est souvent sur du hit-and-miss avec Daisuke Tanabe, capable de sortir des albums où se côtoyaient chef d’œuvres absolus (My Fish, Brown Station, Deep Drop Forest…) et tracks plus gentillettes. Le japonais reste pourtant l’une des têtes les plus prometteuses du beatmaking et de l’electronica nippone. Et s’il reste sur deux albums collaboratifs, cela va faire plus de 4 ans que l’on n’a pas entendu Daisuke sortir un Lp solo. Pas encore d’infos précises à ce sujet, mais le type pense à nous et nous balance via soundcloud quelques tracks inédites. Là aussi, tout n’accroche pas, les expérimentations nous laissant parfois sur le carreau. Mais dans le panel, il y a Alice. Oh, belle Alice, à virevolter de ta robe bleue, légèreté facile et soleil glissant dans tes cheveux d’or. L’intro est so(m)bre comme un terrier de lapin, mais après une longue chute oppressante faite d’horloges déréglées, on nage dans le bonheur, avec des claviers de folie, pour un abstract hiphop feat cavernes de glaces multicolores. Je parle souvent d’écouter de la musique en marchant la nuit dans une ville grise. Ici, on est plus dans le conte pour enfant, lu par un adulte : féérique et poétique, mais avec un vice caché et une mélancolie sous-jacente, impossibles à éluder.






Vendredi – Chiara

Il y a des morceaux que l’on regarde d’abord pour le clip, attiré par une vignette youtube ou une description fugace sur twitter. La vidéo de Chiara, forcément, marque l’esprit, malgré des ficelles apparentes. Princesse Mononoke gore et poétique, au dénouement surprenant et aux détails perlant sur chaque plan, elle accompagne un bien joli morceau electronica-abstract, innocent et éthéré, tranchant avec la relative sauvagerie du clip. Veneris Dies de Vendredi est un excellent Ep, un sans faute, naviguant entre Uk émo à la James Blake et beat-music sincère à la Depth Affect, avec quelques suprises pour dynamiser le tout. Du sacré boulot, une jolie surprise pour accompagner les premières chaudes lueurs de la belle saison.






Hidenka x Fumitake Tamura (Bun) – Soul Fire

Il était une fois Bun. Qui avait sorti, en 2010, le meilleur album japonais de l’année. Vous pouvez checker une mini chronique de l’époque. Beau, sombre, superbement taillé, l’album semblait compiler 28 déclarations d’amours abstract aux rythmes ciselés à l’extrême, et litanies enfumées parfaites. Puis le mec a disparu. Oh, on l’a bien vu crédité sur quelques prods, et sur des projets collaboratifs un peu abscons, mais rien d’aussi impressionnant que l’album Adieu à X (il paraît qu’il a sorti un autre album en 2011, mais je n’étais même pas au courant, et pourtant je surveillais les bacs avec attention). Et voilà que sans prévenir déboule Muddy Water, accompagné du Mc Hidenka. Que dieu salue mon érection, ici se trouve le Bun qui m’avait renversé, avec ses instrues incroyables, ce coté amer béton à l’âme tendre, avec un Hidenka imparable en prime. Pas encore eu l’occasion d’écouter l’album entier, mais dans les singles, ce Soul Fire se démarque, avec son beau clip et ce morceau de folie, à la conclusion très “bun-ienne” : ténébreuse, angélique, montée cristalline vrillant les colonnes vertébrales.






Jody HighRoller (Riff Raff) – Let Me Drive

Riff Raff semble partir dans des terrains trop éloignés, se sabordant consciemment de plus en plus, entre déclarations non-sensiques (il veut désormais faire de la country), interviews dans un état second (la dépressive chez Pitchfork, l’autiste chez Complex…), et sorties annoncées qui sont repoussées ad-vitam eternam (ses albums chez Mad Decent). Il balance encore deux trois vidéos de façon sporadiques, laissant interrogateur sur un plan de carrière qui semblant pourtant tendre vers les cités d’or. On ne sait plus ce que le mec veut faire, et Let Me Drive prouve pourtant que le bonhomme en a encore sur la pédale : un peu de rap, un peu de chant neurasthénique, pas mal de choses maladroites, et surtout une prod de folie, cafardeuse et romantique, quintessence de la musique de Riff Raff : on fait la fête en se gavant de drogue, vêtu de nos plus belles étoffes, mais on a le cœur gros et les yeux mouillés.






Tame Impala – Stranger in Moscow

Quand on voit le titre, on se dit que l’on va être témoin d’un carnage. Tame Impala, musique de camé avec voix d’oiseau, qui s’attaque à l’un des plus grands tubes de Mickeal Jackson, on y croit pas trop. Mais c’est oublier que l’Autralien a sorti deux albums majeurs, quasi parfaits, avec cette science ultime de la mélodie, du refrain de tueur, malgré les mille couches de psychotropes explosant dans tous les sens. Et il est loin d’être benêt, le Kevin Parker. Il saisit ce qu’il y a de plus beau dans Stranger In Moscow, pour l’étirer, le défoncer, histoire de transformer un tube intemporel en bijou pop défoncé. La cover est parfaite, de bout en bout, évitant tous les écueils, et mieux, mettant en valeur certains passages de l’originale (le passage de 2min25 à 3min15, sublime, à chialer de bonheur). Allez, balance le nouvel album Kevin.






Sky Ferreira & Ariel Pink – My Molly

Soyons clair : Sky Ferreira se rapproche dangereusement de mon fantasme adolescent de la nana que je cherchais de façon obsessionnelle (en vain, j’ai déjà expliqué l’histoire de la caissière au macdo). Son album, Night Time My Time, était plutôt pas mal, entre plaisirs coupables et vraies bonnes chansons, avec quelques imprudences malsaines en bonus. Tu sais bien que c’est loin d’être sincère, et plutôt bien marketé. Mais ça reste bien branlé. Alors forcément, je regarde tout ce qu’elle sort avec une bienveillance non feinte. Le morceau My Molly, avec Ariel Pink, défonce. C’est massif, ultra catchy, sale, pop, ça se chante sous la douche avant d’aller au taff, ou en pleine levrette dans un salon de tatouage. Mais il y a le clip, et les paroles. Le clip est nickel, on a pris de la drogue et on a fait le clip en 2min, on est des fous, c’est grunge et dérouillé olalala on est trop subversif tah Nine Inch Nails via March Of The Pigs. Sauf qu’il y a le plan entre 0min55 et 0min58, où Sky Ferreira nous regarde en se demandant si ses lunettes sont bien mises, si cela passe bien à la camera. Et la magie retombe. Tout n’est que posture, préparation, calculs, plans sur une comète qui jamais ne partira en flamme. Alors on en est là. Il y a 10 ans, on avait des japonais qui sautaient partout en prenant des wagons de drogue, et qui parlaient de trip vers le soleil. On a aujourd’hui des maigrelets sous l’astre des projecteurs, qui font semblant d’être drogués en sautant partout. Triste ? Je ne sais pas. Mais dans les deux cas, la musique est bonne. Ca me suffit.






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HTRK – Psychic 9-5 Club

Posted in Chroniques on March 17th, 2014 by Dat'


Sour Times



Impossible de ne pas être fasciné par l’histoire de HTRK, groupe Australien passant d’une musique quasi-normale à une longue chute désincarnée en 3 albums, du sexe à la dépression en seulement quelques titres. Le premier album du trio était forcément une belle chose, mais je n’aurai peut être pas continué de creuser sans les avoir recroisé par hasard : le premier vrai choc que j’ai eu avec ce groupe, c’est en ouvrant un Noise Magazine en 2011. Outre une interview mortuaire, le désormais duo expliquant le processus de création du deuxième disque suite au suicide du membre fondateur, c’est la photo de l’article montrant un HTRK lessivé, au bout du rouleau, qui m’a foutu une baffe. Une photo lugubre, où semble se réconforter le duo restant, transpirants, anorexiques, quasi morts-vivants. Tension sexuelle et dépression flagrante, ce cliché ultime, que je n’arrive même pas à retrouver sur Google image, représente ce qui se peut se faire de mieux pour une photo promo : te pousser à acheter un disque sans même l’écouter. Et ce Work (Work, Work) était bien plus habité, lent et sexuel que le précédant. Un LP incroyable (une chronique avortée d’ailleurs), une mélasse électronique qui te donnait l’impression de revivre mille fois la mélancolie post-coitale, entre sperme et larmes. Le sexe et la débauche léthargique pour oublier les morts.

Alors forcément, avec tout ça, on pouvait se demander si le groupe allait avoir la force de rempiler pour un troisième disque, cette fois composé à deux exclusivement. Et si Psychic 9-5 Club est bien là, il semble avoir été fait en bout de course, en boitant, du maquillage dégoulinant sur la gueule, le mental écrasé par la solitude.






Car tout est réduit au minimum dans ce disque. Sur Work (Work, Work), déjà austère, on avait encore des rythmes ronds, lourds, massifs. Quelques murs de guitares implacables. Un chant assuré, suintant la cyprine. Ici, quasiment plus rien de tout ça. Tout est en apparence réduit, circonscrit, écrasé. La musique du groupe suintait le stupre, mais désormais, il goutte à peine.

HTRK nous faisait visiter les rues bardées de néons, noyées dans le sexe sale, sas urbain pour backrooms cradingues. Sur Psychic 9-5 Club, on avance, groggy, dans les rues grises du matin, la clope au bec et les regrets cernées sous les yeux. Dub en cristal, voix quasi atone, mélodie quasiment absente, Give It Up ouvre les hostilités et fait comprendre en deux minutes que les allergiques aux musiques lentes, fantomatiques et dépressives peuvent directement aller se prendre. C’est tellement minimaliste et froid que l’on a l’impression d’écouter un Incense & Black Light de Rod Modell, avec les élucubrations d’une demoiselle camée en bonus. Car les deux disques partagent cette même sensation de marcher dans une mégalopole morte à 5 heures du matin, lors d’une nuit en fin de vie, mélangeant échos drogués et bruits d’une ville qui s’éveille.

Ces sorties de club où l’on a passé une soirée à se démonter la tronche et baiser dans les chiottes pour oublier des problèmes qui reviennent avec violence dès que l’on pose un pied dans la rue, retour à la réalité déformé par l’alcool et opiacés. Tout le disque est comme ça, n’étant qu’un rappel violent de ce que l’on a tenté de fuir, avant d’abandonner et finir par pendant des mois à marcher au radar, en se disant qu’à un moment “on finira bien par moins y penser”.

Oh, il y a bien quelques rayons de lumières dans ce disque, mais ces derniers ne seront présent que lors de montées finales, de légers soupirs cristallins en fin de morceau, entrebâillements plutôt qu’ouvertures réelles. Soul Sleep en fait parti, longue complainte désincarnée qui va graduellement accueillir quelques synthés sublimes, à tordre le cœur, pour les rares qui auront le courage de tendre l’oreille. C’est cette conclusion seule qui illuminera la première moitié du disque, ce qui est bien chiche. Et ne vous laissez pas avoir par un morceau comme Feels Like Love, aux apparats presque joyeux, alors que ce morceau est peut être l’un des plus anxiogène du disque, boucle espiègle tournant sur elle même ad vitam eternam, à peine réveillée par quelques expirations flippantes. Faire la fête, peut être, mais vidé de toute énergie, à bouger comme un putain de robot sans âme.

Et il y a le trio de fin, longue chute sans fond, dans le gris. Pas le noir hein, le gris, froid, métallique, sans chaleur ou rébellion. Love Is Distraction, complainte aux synthés paraboliques, habitée de quelques parasites et cris non identifiés, qui s’arrête d’un coup, après 7 minutes d’hypnose. Chinatown Style, l’un des morceaux les plus cafardeux et minimaliste du disque, qui va très légèrement faire passer le soleil en fin de route, pour la deuxième éclaircie du LP. Pas de quoi faire fondre la glace pour autant. La seule vraie ouverture du disque, la seule touche d’espoir, c’est The Body You Deserve, qui aurait presque pu se glisser sur Work (Work Work), grâce à cette voix beaucoup plus présente, des rythmes enfin appuyés (toute proportion gardée), une basse puant le cul et ce coté noise un peu plus marqué, tirant enfin l’album de cette léthargie morbide dans lequel il était engoncé.





Ce n’est pas souvent qu’un groupe mute autant vers quelque chose d’aussi froid, d’aussi désincarné. Un album qui va rebuter pas mal de fans de HTRK. Un disque qui va également rebuter pas mal de néophytes voulant découvrir le groupe via ce disque. Car si Psychic 9-5 Club semble être plus policé et facile à écouter que de s’ébattre dans les draps sales du précédant, il est pourtant bien moins accueillant, jamais accrocheur, quasiment impossible à saisir, trip-hop de fin du monde. On pense au revirement de situation d’un Portishead qui pondait sans prévenir un cauchemardesque deuxième album… ou mieux, un 100th Windows de Massive Attack frigide et infréquentable. Mais même 100th Windows sonne comme du Avicii à coté de ce nouveau HTRK, aux rythmes anémiques.

Il y a pourtant de très belles choses sur ce disque (Blue Sunshine, Soul Sleep sont parfaites). Elles sont juste difficile à déflorer, elles requièrent une patience de tous les instants, et surtout un état d’esprit, un “mood” qui ne peut être que sombre et neurasthénique. Un album à écouter les bras ballants, pour nous conforter dans l’idée qu’abandonner était bien la meilleure chose à faire. Penser aux disparus, mais sans même les célébrer. Juste attendre comme un con que la douleur s’attenue, de nuits blanches en distractions vides de sens.

HTRK ne balance même pas un album qui pleure ses morts, et continue tant bien que mal son chemin. Et comme bien des cœurs, Psychic 9-5 Club est un disque vivant. Mais cassé, brisé, mal en point.






HTRK – Blue Sunshine






8 titres – Ghostly International

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Gabriel Garzon-Montano – Bishouné: Alma del Huila

Posted in Chroniques on March 7th, 2014 by Dat'


Les anges, tout le temps



Un pote japonais qui à l’habitude de me filer quelques bons tuyaux me racole soudainement sur facebook avec un artiste New Yorkais hispano bizarre, avec pas mal de points d’exclamations dans son message. Je ne comprends pas. Mais j’écoute, par politesse, corroboré par le fait d’avoir vu le truc passé je ne sais où sur twitter ou facebook. Et je me prends une claque. Monstre. Alors que tout, de l’artwork rachitique jusqu’au nom compliqué de l’artiste/EP, en passant par la sommaire description du disque, m’inspirait la méfiance, étant plus motivé à écouter un truc de club-drogué plutôt qu’un énième ersatz de Rodrigo y Gabriela. Ce fut ni l’un, ni l’autre. Ecouté en boucle pendant une nuit, écrasé par le manque de sommeil, un néon grésillant dans mon salon, le chat ronflant sur un bout du canapé, ce Gabriel Garzon-Montano qui me susurre l’amour sur des instrues enfumées m’a fait un effet bœuf.






Le plus drôle, c’est que ce petit EP regorge de tubes parfaits. Et des morceaux à se damner. Le premier choc, bien placé au milieu de la galette, c’est Pour Maman. Quand je parle d’un choc, ce n’est pas celui qui vous fait découvrir de nouveaux horizons musicaux, ou celui qui vous arrache la colonne vertébrale. Je parle plus du choc doucereux, celui qui s’installe insidieusement, vous fais lâcher un “putain c’est mortel“, avant de vous envoyer voyager dans les rues sales et les étoiles. Un morceau qui vous convainc en 3 secondes, mais que l’on écoute la première fois avec les oreilles bien tendues, pour “vérifier” si ce qui passe par nos oreilles est bien réel. Un peu comme lorsque je suis tombé sur Me and The Devil de Scott Heron il y a quelques années. Ici, on a le beat le plus rond, le plus puissant, le plus noble de 2014. Un truc qui fait vrombir les âmes, trembler les murs et pleurer les voisins. Un truc qui tabasse la nuque, et fait friser les duvets. Tremble Dj Darky, reste en Allemagne, le beat parfait est ici.

Tu as la mélodie, à chialer, qui s’installe à pas feutrés sur ce cœur battant, exsudant de lave. Puis le chant, timide, modeste, apaisé. Une gratte électrique fait son trou, te tire de l’hypnose, et toi tu te laisse aller, clope au bec ou bière à la main, à basculer ton cou d’avant en arrière. Claquer des doigts. Hululer tranquillement comme le fait Gabriel Garzon. Puis tout explose, ça part en rock-soul épique, avec une conclusion folle, que l’on a envie de gueuler comme un soulard, en revenant chez soi défoncé par la solitude, marchant en zigzag sous une pluie battante. C’est beau putain.

Alors forcément, après un sommet pareil, tu sais qu’il sera difficile de trouver les mêmes émotions sur le reste de l’EP. Et tu n’as pas tort, tu ne la retrouveras pas. Par contre, les érections, les sourires, l’envie de courir dans un champ de fleurs en hurlant, de danser comme un derviche tourneur avec les pupilles dilatées, pas de soucis. Tu as Keep On Running, tube absolu du disque, qui commence comme un r’n’b goguenard, avec un clavier de fou, va vite basculer sur un refrain absolu. Le refrain que tu as toujours eu envie de chanter, avec ton amour, tes futurs enfants, tes potes, ton boss. Dans le métro aussi, avec tous ces inconnus qui tirent tous la gueule. Genre on aurait tous des parapluies multicolores que l’on balancerait autour de nous, avec des supers pas de danse, un peu comme dans Windowlicker, mais sans les trumeaux, avec des vraies belles filles dont tu tombes amoureux au premier regard. Et puis du soleil. Beaucoup de soleil. Dans un monde parfait, ce morceau grillerait toutes les radios et ferrait danser toutes les g i r l du monde. On se contentera de se dandiner dans son appart, ou sous la douche, seul, un savon dans la main gauche, et ce que tu veux dans la droite.

Bon il y a aussi Naeja, qui pourrait sembler bizarre dans son amorce, avant de partir dans une soul émo folle, chant parfaitement altéré par un simili-vocoder, couplet imparable couplé à un non-refrain qui plait à coup sur, à chialer de bonheur à force d’onduler le cou. C’est minimaliste en diable, il ne se passe que le strict nécessaire, l’instrue est rachitique, tout en étant parfaite. Pop renversée, négatif de tube, un vrai tour de force. Après, si tu aimes les choses plus évidentes, il y a aussi un Everything is everything, qui n’a rien d’embarrassant contrairement à ce qu’énonçait la blonde droguée. On navigue dans les eaux funk qui n’ont jamais autant sonnées à la mode. Oui je suis succinct pour les descriptions des morceaux, parce que j’ai hâte que vous arriviez à la fin de l’article et écouter l’album.

Mr Gabriel Garzon offrira même un couple de morceaux moins évidents, avec un 6 8 mélancolique en diable, entre complainte de bar enfumé dans les bas fonds de Chicago, tempo ralenti et ligne de basse parfaite. En ouverture de disque, ça pourra rebuter ceux qui ont échoué sur Bishouné pour remuer du popotin, mais ravira les grands mal rasés à l’aorte cassée. Me Alone, plus long morceau du bordel (on approche des six minutes) offrira plus de surprise, avec cette soul electro concassé, partant dans tous les sens, bourrés de bugs sonores, de synthés putes discrets et d’un chant plus affirmé, en mutation constante. On est très très proche d’un exercice à la Super_Collider, qui étaient décidemment bien en avance. Le morceau laissera petit à petit des chœurs désabusés débouler graduellement, du plus bel effet.





J’ai enfin compris pourquoi mon pote m’a filé cet Ep : parce ce qu’il défonce. On va faire simple, cet Ep est une vraie claque. Douce, feutrée, mais au combien marquante. Certains titres frôlent la perfection (Pour Maman, Keep On Running, Me Alone sont fous) et l’EP Bishouné devrait très facilement se classer dans les meilleures sorties de l’année, sans forcer. Je ne sais pas d’ou Gabriel Garzon-Montano sort, ce qu’il avait fait (à part du gospel, il paraît). Une vraie belle découverte, pour nuit blanche ou soirées enfumées. Pour faire l’amour ou mourir esseulé.











6 titres – Styles Upon Styles

Dat’

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