TOP 2013 – Rétrospective

Posted in Chroniques on January 13th, 2014 by Dat'


Rétro 2013 :



Comme d’habitude, ce top n’est pas foncièrement là pour présenter les disques révolutionnaires de l’année. Simplement ceux que j’ai le plus écouté, que cela soit en pleine nuit devant mon ordi, sous la lumière d’un réverbère, en soirée ou avant d’aller au boulot le matin. Les coups de cœur, les grosses baffes, que le disque soit considéré comme une sortie “importante” ou complètement inconnu au bataillon. Le plaisir de chanter un truc sous la douche, ou de chialer pendant un moment dur. Surtout, comme chaque année, n’hésitez pas à poster vos coups de coeur en commentaire de cet article, Car évidemment, il doit y avoir de grands absents, oubliés, ou pas écoutés. Il y a aussi des disques qui sont complètement passés à la trappe, souvent sans le vouloir.

Encore une fois, plusieurs catégories dans cette rétrospective : Un top 12 albums, sans distinction de genre, les Top Tracks 2013, le retour du Artist of the year, la bonne idée de l’année, les EP à écouter, et bien évidemment quelques élucubrations parsemées ici et là, écrites entre deux bières

Les titres des disques en couleur renvoient aux chroniques respectives (le cas échéant)





> Top album 2013




- µ-Ziq – Chewed Corners

On attendait depuis une demi douzaine d’années le vrai retour d’µ-Ziq. Et l’on peut dire que Paradinas fut sur tous les fronts en 2013, avec un projet quasi-pop (Hétérotic), une parfaite collection d’inédits de la grande époque electronica mélodique (Somerset Avenue Tracks 92-95), et un EP sous son blaze le plus connu, µ-Ziq. Mais c’est réellement avec son Chewed Corners que le boss de Planet-Mu m’a renversé le cerveau. Parfaite synthèse de tout ce qui se fait de mieux chez Planet-Mu, voir d’une frange electro actuelle : footwork halluciné, bass music émo, electronica fragile, et même un poil de putasserie candide. Il déroule un album mille-feuilles qui part dans tous les sens, qui donne autant envie de danser que de pleurer, tout en gardant ce coté malade que Paradinas injecte dans sa musique depuis des années (Houzz10, diamant du disque, concentrant tout ce bordel en 5 minutes géniales). On se retrouve devant un disque d’une richesse infinie, qui ne révolutionne pas grand chose mais roule sans aucune pitié sur tous ses concurrents, le sourire au lèvre. Il y a µ-Ziq. Puis le reste du monde.


- Boards Of Canada – Tomorrow Harvest

Deux légendes qui squattent le haut d’un top de l’année, c’est assez rare, les phœnix ressuscitées incarnant un concept de plus en plus fallacieux dans le monde de la musique. Ce nouveau disque de Boards Of Canada était inespéré, improbable, comme l’éventuel retour d’un Richard D James. On aurait pu penser que les deux frères se seraient assagis, ramollis par une écurie Warp qui n’en fini plus de se lisser. Et c’est pourtant un disque sans concession aucune qui déboule sans prévenir. Un disque étouffant, dur, âpre, loin de la mélancolie champêtre du dernier disque. Ici, on compte les morts, on marche jusqu’à en crever, on ne s’autorise même pas une simple pause pour pleurer. Mais outre des morceaux absolus (Come To Dust, White Cyclosa, New Seeds, Semena Mertvykh…), c’est dans son positionnement que Tomorrow’s Harvest excelle. A l’époque où personne ne réfléchi plus en terme d’album, où les disques ne sont qu’ensemble de mp3 divisibles, BOC impose un monolithe avec un fil conducteur fort, une pessimiste histoire qui n’en fini plus de sombrer, une progression hypnotique interdisant toute fonction shuffle. Difficile, même un an après, de deviner quel impact aura ce LP par rapport à ses prédécesseurs. Mais c’est étonnamment avec cette sensation d’étouffer, en écoutant Tomorrow’s Harvest, que l’on aura eu notre vraie respiration musicale de l’année.


- Ventura – Ultima Necat

Si le groupe Ventura n’a jamais changé le monde, il a bousculé ma vie. J’avais un peu laché le rock cradingue émo pop bruitiste, celui qui te donne envie de gueuler dans ta chambre en faisant du air guitar, de pleurer en chantant des refrains ultra catchy alors qu’un mur de guitare s’abat sur ta gueule. We Recruit est un des meilleurs albums que j’ai pu écouter dans ma vie, un objet parfait, que j’ecouterai encore à 50 ans en disant à mes gosses que “tu vois, le rock quand j’étais jeune, ben c’était quand même quelque chose !”. Difficile de succéder à un disque qui marque ton âme à jamais. Et Ultima Necat, je l’attendais avec prudence, redoutant la terrible foirade. Ventura effectue un vrai virage à 180°, et loin de continuer de creuser les fulgurances pop de We Recruit, s’enfonce dans un rock assourdissant, violence sourde et dépressive. Et pourtant, au milieu de cet attentat sonore, les mélodies sont toujours là, écrasées, éviscérées par les guitares furibardes du trio. Les refrains sont désormais hurlés dans le marasme, mais parasitent toujours autant le cerveau. On tient certains des plus grands morceaux rock-noise de l’année, avec l’éffarant Little Wolf, le défoncé Body Language ou le marathon Amputee. La musique de Ventura te caresse toujours dans le sens du poil, certes, mais le groupe accompagne ses tendres câlins de profondes saignées, sans garrot ni désinfectant. Dire que ces suisses soient l’une des plus grande formation en devenir, c’est un pas que je n’hésite pas à franchir. Même avec les jambes amputées.





- River Bones – Mort

Il y a des disques qui sortent parfois de nul part, qui stagnent au milieu de millions d’autres bandcamp. Mais dès que l’on lance le premier morceau, on se retrouve écrasé, affolé, fasciné par ce déchainement de violence qui nous tombe sur la tronche, par cette masse lourde écrasant toute trace de vie, par cette tornade d’émotion désenchantée, sépulcrale, parfaite. Mort de River Bones, c’est un traumatisme primitif, une simple musique post-apocalyptique, pourtant démesurée dans sa largesse. Ici, on ne pleure plus, on supplie. On n’écoute plus, on subit. Rouleau compresseur Trap, electronica émo à la Burial, reminescences witch-house, dérapages juke, on baise dans une cathédrale vide avant de se donner la mort par pendaison. River Bones convie les anges à son banquet, histoire de leur arracher les ailes avec les dents. Chute sans fin en slow motion, passage à tabac plein de grâce, prière thug, Mort LP s’avance lentement pour détruire les tympans, et balancer la commotion cérébrale de l’année, sans même s’en rendre compte.


- Dj Sprinkles – Queerifications & Ruins

Difficile de ne pas adouber Dj Sprinkles. Difficile aussi de mieux en parler que Julien Lafond-Laumond, qui en a fait une chronique parfaite il y a peu. Difficile enfin de suivre l’actualité de Sprinkles hors albums, et que malgré son statut de compilation, ce disque sonnera comme un vrai terrain à dévierger pour a majorité des oreilles (dont les miennes). Seulement 14 titres, la durée de Queerifications & Ruins est pourtant gargantuesque (plus de deux heures trente de musique) et c’est ce qui en fait sa force. On nage hors temps, sans point d’ancrage, les repères complètement brouillés. Brouillés par la durée des titres mais surtout pas les surprises qu’ils contiennent : beat house feutré, plages de synthés fous, émotion à fleur de peau, touchant trop souvent à la perfection, aux rêves éveillés, aux souvenirs qui remontent à la gueule et serrent la gorge sans prévenir (Seashore, dressant les cheveux à la première écoute, avec son rythme ultra chaud, son break parfaitement placé, ses discours perdus dans l’immensité de la track, son sample fantôme de Bronski Beat…). Abandonné dans une steppe aux contours flous, on se sent seul en écoutant Sprinkles. Mais dieu, que cette solitude est belle.

- Earl Sweatshirt – Doris

Les zouaves d’Odd Future ont laissé la tornade de la hype passer. Les programmes télés morts-nés, les pubs bidons, les gros featurings stériles, les caméos, on oublie tout ce bordel. Retournons au rap, le vrai, celui qui claque comme un fémur cassé, avec des instrues puant la crasse et les impasses mal famées. Oh certes, Doris, ce premier LP d’Earl était attendu comme le messie, mais personne n’avait prévu que l’américain livre un album aussi sombre, neurasthénique et anxiogène. Gérant lui même la quasi-totalité de la direction artistique (à peine éclairée par la présence de quelques légendes discrètes, comme RZA, Badbadnotgood ou Pharell), Earl imprime une patte musicale sourde et rampante, empruntant autant au rap autiste des années 2000 (Anticon, Mf Doom…) qu’à la drug music envahissant le hiphop d’aujourd’hui. Instrues minimalistes, textes cryptiques, Earl ne se pose même pas la question de sortir un disque fédérateur ou un futur classique. Il laisse les Lamar et les Drake faire des sourires dents blanches en première ligne, et va tranquillement, les mains dans les poches, relever les compteurs des tapins peuplant les artères crades et anonymes de Los Angeles.





- Last Night In Paris / Roses & Roses+

Il ne faut pas se leurrer, 2013 a été l’année hiphop émo. Les artistes les plus brutaux ont délaissé, même pour le temps d’une track, les tubes et beats salaces pour se présenter devant nous les yeux rouges et le nez coulant, à parler de dépressions post-coitales embrumées par la drogue. L’avénement de Drakes ou de cramés émo-toxico comme Young Thug ne risquent pas d’inverser la tendance. Au milieu de tout ça, un collectif sorti de nul part (d’Angleterre en fait), dont on ne distingue pas vraiment les contours, a sorti deux disques cette année, deux mixtapes gratuites sur le web, cristallisant tout ce qui se fait de mieux dans le genre. Roses & Roses+ offrent un étrange mélange entre rap codéiné, cloud musique, Uk garage et r’n’b dépressif. Keep You est l’un des plus beaux morceaux de l’année, Breathe porte mal son nom vu l’opacité du bordel, Before You aurait du tourner dans toutes les oreilles… C’est l’EP Roses+ qui remporte la tymbale, avec un ensemble ultra abstrait, des morceaux qui se délitent graduellement pour partir en trip ambiant drogué (Cocaine), bangers incroyables (Paris Army, imparable) et fresques 2step improbables (彼は家に帰って来る). On ne comprend rien mais c’est parfait, avec une excitation similaire à celle ressentie lors de la sortie de la première tape de The Weeknd. Le collectif fantôme de Last Night In Paris risque d’écraser la planète en 2014, et j’ai plus que hâte d’entendre la suite.


- Kaaris / Or Noir

J’avais déjà parlé de ZERO l’année dernière, album/mixtape lynchée au napalm par Kaaris, une des meilleures choses entendues dans le rap français en 2012. C’etait fou, rude, imparable. Or Noir, c’est pareil, mais en mieux. C’est les textes déclamés de la façon la plus brutale, et hypnotique, entendues depuis des lustres. Attention, pas les meilleurs textes, juste les plus dingues. Kaaris, c’est un géant débite des horreurs en pilotage automatique, une enfilade de mots vulgaire jusqu’à l’absurde, oscillant entre le génie ultime et le mauvais goût absolu. Et c’est fascinant. Kaaris, ce n’est surement pas un criminel, mais c’est celui qui pond le meilleur film de gangster sur disque. C’est surtout le plus intelligent du game fr, celui qui a le mieux compris le rap US actuel, et celui qui réussi à stabiliser sa musique sur un équilibre parfait, jamais atteint auparavant en France, sur ce style de rap précis tout du moins. Les textes ne seraient rien sans la brutalité de la voix de Kaaris. Et cette brutalité serait stérile sans les instrues imparables de Therapy. Or Noir, c’est un disque épuisant, aux tubes insensés, l’album d’un monstre fantasmé, un dieu de la guerre perdu dans sa propre folie, ultra violence gratuite sublimement mise en forme.
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Tim Hecker – Virgins

Sans ressasser les anciens miracles du musicien, Hecker m’avait bien renversé avec son Ravedeath 1972, et son sublime morceau Studio Suicide, magistral brouillard arrachant l’âme. Puis il m’avait légèrement emmerdé avec son Dropped Piano, pas inintéressant mais manquant sa cible. Et presque horrifié avec son disque en collaboration avec Oneothrix Point “Lopatin” Never, frôlant le néant émotionnel. Alors on a légèrement serré des fesses en voyant Virgins arriver. Mais Hecker rend fou. Avec un disque beaucoup plus concret, beaucoup évident à première vue, avec des instruments immédiatement identifiables, des mélodies plus présentes, des progressions logiques. Pourtant, Virgins est d’une richesse infinie, comparé aux trois derniers disques du bonhomme. Fini le minimalisme, place aux pachydermes fantômes, aux monolithes en pleine implosion. On sent tout le poids d’Hecker nous écraser les tympans, sans jamais se déparaitre d’une légèreté quasi-enfantine. Disque sans fin et rassurant dans le même sens, filant le vertige sans jamais te lâcher la main. Longue chute dans les tréfonds, voir dieu après un crash en bagnole, gentiment tu t’immoles.





- Clark – Feast Beast

On avait laissé Clark un peu paumé avec un Iradelphic agréable, mais complètement inoffensif. Les Ep suivant ce LP n’avaient clairement pas rassurés sur la nouvelle direction arpentée par le bonhomme (Sessions / Fantasm Planes). Perso, j’étais convaincu que Clark allait sortir un live album en 2013, histoire de secouer un peu sa musique, chose qu’il a toujours fait si bien. Mais c’est avec un double album de remix qu’il revient sur Warp, concept rarement intéressant. Sauf qu’avec Clark, il a tout compris. Ce Feast / Beast est beau, violent, hystérique. On évite pas quelques relectures foireuses, mais 80% de ce magma confime au sublime. Traumatismes auditifs émo hardcore (My Machines hallucinant, Let’s Get Clinical aka passage à tabac pop de la décennie, ou Die Slow, à chanter sous la douche en chiant du sang), parfaites fresques Idm aux mélodies affolantes (Fentiger, Alice, Let’s Go… belles à en chialer) ou délires pachydermiques indescriptibles (je ne me remettrai jamais de la deuxième partie de Glow), Clark rayonne tout le long de ces 30 morceaux, et continue de prouver, si quelqu’un en douter encore, qu’il fait parti des artistes les fous de l’électronique actuelle.


- Ultrademon – Seapunk

1 an après l’ecoute de ce disque, je n’ai toujours pas cerné ce qu’était le mouvement Seapunk, à part un vague dérivé de ce que l’on voit dans les rues d’Harajuku depuis bien des années aka des nanas dénudées avec des cheveux bleu-verts et des mecs portant des teeshirts aberrants. Seapunk d’Ultrademon, c’est un album composé par l’une des têtes pensante de ce courant. Mais c’est surtout un album sorti sur Fire For Effect et Rephlex. Un LP pot-pourri, qui, à l’instar du U-ziq, synthétise tout un pan de la musique électronique déviante en 10 titres. Electronica Afx, boites à rythme oldshchool, footwork cramé, house candide, cloud hardcore trap mutante, on trouve de tout dans ce bordel. Sauf qu’à l’opposé de Paradinas, pas vraiment d’ambition ici, si ce n’est que de bouger son cul sur des morceaux émo-débiles et quelques excavations droguées. Cela ne se prend jamais vraiment au sérieux, mais ça flingue sérieusement le cœur. Ce Ultrademon, c’est un peu la musique du satanisme 2.0, celui des petits chats mignons, des montages photoshops horribles et des gifs pailletés qui crament la rétine. C’est beau, candide et souvent indispensable. Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’adore ce disque, qui n’a clairement aucun sens (Shoved, incroyable). Je l’ai juste écouté constamment cette année, sans jamais m’en lasser. Et je rêve surtout de mater du porno Seapunk (aucun rapport avec Genki Genki), dégoulinant de cyprine, avec une foule nue aux couleurs tungstènes, noyade de pines et vagins, levrette sur femmes hippocampes aux cheveux teinte marine. Balancez les liens. Merci.


- Ricardo Tobar – Treillis

Un peu de douceur dans ce monde de brute, bordel de merde. Et pourtant, Ricardo Tobar ne se destinait à sortir de la techno bucolique. Il faut dire qu’avoir été hébergé dans la structure de Mondkopf n’incitait pas à l’accalmie, In Paradisium étant fournisseur officiel de tempêtes (Somaticae à la prou), et le chilien avait sorti un EP fiévreux il y a 1 ans, avant de disparaître sans crier gare. Il revient avec Treillis, album apaisé, mélodique, aérien. Là encore, pas de recette inoubliable, pas de velléités transgressives. On a ici une techno-house-electronica brumeuse, ultra mélodique, émotive en diable. Mais qu’elle est belle cette techno. Elle te met à genoux et vide tes peines, comme sur le parfait Hundreds, diamant de ce Treillis. D’autant plus que Ricardo Tobar se démarque du simple disque de techno mélodique avec cette capacité à nous submerger de détails, de bugs, d’aggravations sonores impromptues, transformant de belles fresques linéaires en conflits armés. Ca semble simple mais c’est riche à en crever, bourré de détail, parfait pour hanter tes nuits blanches. C’est beau, parfaitement exécuté, rien de plus n’est demandé pour prendre son pied.





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> Best EP 2013




J’ai pas mal hésité à mettre Burial dans ce top 2013, son nouvel EP n’étant, sur sa globalité, peut être pas aussi bon que les précédants. Mais en plus du remué morceau éponyme et du rêveur Hiders, il y a Come Down to Us, phénoménal morceau qui légitime tout le disque, et qui porte Burial dans territoires émo absolument hallucinants. Come Down To Us est surement le morceau qui m’a le plus donné envie de chialer en 2013, et rien que pour ça, il mérite de passer devant tout le monde. Certes, on est parfois plus proche d’une posture à la Christina Aguilera que de El-B, mais le tout est trop beau, trop parfait pour ne pas être pore aux nues. Sortons les mouchoirs, que cela soit pour éponger le sperme post coïtal ou sécher ses larmes.

Ital Tek a fait sensation dans mon palpitant cette année également, avec son Control balançant une sacrée alternative pour ceux qui ne seraient pas rassasiés par le footwork halluciné de Kuedo ou Machinedrum. En quelques très brefs titres, Ital Tek réussi le tour de force de nous bastonner avec prestance, accouchant de titres parfois superbes (la triplette Zero, Violet, Challenger Deep, épique).

Le rap japonais continue de nous étonner, mais c’est du coté de Nickelman que l’on trouvera l’un des disques les plus surprenants du genre. Le mec n’est même pas classifiable dans une catégorie, car on trouve pelle-mêle cloud rap chelou (Babaluma), hiphop jazzy psychédélique flippant (Crazy Stone) ou deep-house tribale façon odyssée de l’espace (幻楼組曲). Mais il y a surtout 船のない波止場, comptine rap fragile et touchante, plus beau morceau entendu dans le rap japonais cette année.





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> Artist of the year 2013 : Spark Master Tape





Notre homme mystère Spark Master Tape n’a pas eu une actualité débordante cette année, n’ayant sorti qu’une mixtape, l’excellente The #SWOUP Serengeti. Mais derrière cette voix grave, ces instrues grandiloquente et cette imagerie guerrière se cache un mec qui a réussi le tour de force de me foutre des torgnoles tout le long de l’année. A chaque publication d’une de ses vidéos ou titre sur soundcloud, j’ai trouvé les sons mortels, en me disant que l’on tenait la tuerie de l’année. Et à CHAQUE fois, le titre d’après fut encore plus mortel, à monter la barre du plaisir auditif jusqu’à l’orgasme, en me demandant quand ce mec allait arrêter de filer vers le ciel. The Swoup Seregenti fut une sacrée mandale, mais les morceaux annonçant la prochaine mixtape sont plus impressionnants encore (Pictures On My Coffin affolant, Kkaptain Baseball Bat Boi qui est surement le morceau de l’année… la farine claquée sur les fesses est surement l’image la plus bandante de 2013) et tout porte à croire, si Spark Master Tape arrive à maintenir la barre aussi haute, que la prochaine livraison sera surement l’un des évènements de l’année prochaine, le massacre qui devrait mettre tout le monde d’accord.





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> La meilleure idée de 2013 :


Caddy Bay – Gucci Mane x Boards Of Canada




On ne va pas revenir sur l’année de Gucci Mane, faite d’une douzaine d’albums, d’une centaine de tracks folles, d’une apparition remarquée dans Spring Breakers ou de ses frasques droguées sciant en deux jours la branche en or sur laquelle il était confortablement assis. On laissera Pure Baking Soda le faire, qui, en plus d’un article parfait, nous a tapé une indispensable mixtape résumant Gucci 2013 en 15 titres (Autant dire mission impossible, et je suis triste qu’il n’y ait pas Confused et Virgins dedans). Mais une autre initiative, ubuesque au premier abord, a célébré Gucci Mane : Un certain Caddy Bay a eu l’idée de faire une mixtape entière en faisant copuler Gucci Mane et Boards Of Canada. Tout n’est pas parfait, loin de là. Mais bien souvent, ça tue, le flow lymphatique et défoncé de Guwop convenant parfaitement aux instrues de BOC. Et surtout, cette tape, ce n’est pas juste un mash-up marrant (contrairement à ses deux autres essais). C’est surtout une démarche d’une grande intelligence. Une pure déclarations d’amour faite à un Mc en pleine descente (aux enfers), liant morceaux et diatribes médiatiques à charge sur les frasques de Gucci, fil rouge de la tape. C’est aussi la pertinence de lier deux univers complètement antinomiques au premier abord, et qui ont pourtant tant de points communs, musicalement parlant :
Ca fait 15 ans que BOC fait des tracks hiphop, ça fait 8 ans que l’on a envie d’entendre des mecs poser sur Peacock Tail. Que le cloud rap d’aujourd’hui, BOC en faisait déjà il y a une décennie. Cette mixtape enfin, démontre que BOC and co, ce n’est pas qu’une histoire de divagations solitaires sous la pluie. Qu’ils peuvent s’acoquiner avec les plus gros gangsters camées, et que l’on peut rêver, un jour d’entendre Young Thug poser sur du Aphex Twin. Et me conforter dans une vision qui m’obsède depuis des années : voir dans un club des gens défoncés danser comme des fous et des nanas en maillot de bain fluo avec des liasses de billets se dandiner sur des morceaux de BOC.





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> Top Tracks 2013


- Kettel – Poblesec
- Jamie Grind – Something You Should Know
- Wih’lo – Please You
- Andrew Bayer – Lose Sight
- BenZel – If You Love Me
- Lana Del Rey – Summertime Sadness (Ryan Hemsworth remix)
- Ceephax – Cro Magnox

- Jaw Jam – U Don’t Know
- FKJ – Lying Together
- Neue Graphik – Bauhaus
- Ta-ku – 25 nights for nujabes
- Riff Raff & Deesuz – Rap Game James Franco
- Junip – Line Of Fire
- MR MS – Fantasy

- µ-Ziq – monj2
- Hybrid Theory – So High
- Budamunk x Takumi Kaneko x Minismooth – Mellowed Out Cruisin’
- Dubb Parade – Riot in G
- Suicide Year – Hate In My Heart
- Bones & Grandmilly – Lords Of The Underground
- Yung Lean – Gingseng Strip 2002

- Clams Casino – Crystals
- Seekae – Another
- Raffertie – Build Me Up
- FKA Twig – Papi Pacify
- Felix K – Flowers Of Destruction 4
- Psykick Lyrikah – Mon visage
- Audio Dope – Cream

- James Blake – Retrograde (Miko Remix)
- Hybu – Cleopatra (Krampf Remix)
- Seiko – I Feel Rave
- Kid Atlaas – Fragment
- Nagesh Ali – What You Got

- Even Tuell & Midnightopera – B2
- A Sagittariun – The South Node
- DMX Krew – Hammock Yard / Kitchen Bench
- Twinztrack – Drive
- Gucci Mane – I’m The Shit (Holos Graphein Remix)
- Young Thug – Can’t See Them
- Lil B – Giving Up
- Dream Koala – Odyssey





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> Les moments trop top des Chroniques Automatiques de 2013 ! (attention, auto-promo, link dans les images)



La Mixtape JAPANESE UNDERGROUND HIPHOP, que j’ai fais avec amour, et qui a drôlement bien tourné cette année :


L’interview de Mc KAN :


La serie de photo durant la soirée Departement H Tokyo, haut lieu du SM et cosplays hors normes tokyoïte. La beauté des crochets (NSFW) :


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> Le reste de 2013 en pièces détachées


- Il paraît que Psykick Lyrikah et Tepr préparent un projet long format tous les deux. Une des meilleures nouvelles de l’année. 1/ parce que Tepr qui revient aux affaires après un long long long hiatus seulement emaillé de quelques tracks lâchées sur internet, c’est un peu comme l’annonce de la résurrection du messie. 2/ parce qu’au vu de la puissance du morceau Mon Visage sur le dernier LP du Psykick, on a juste envie de tendre la joue pour se faire tabasser encore plus violemment.


- Je n’ai pas vu le truc passer au milieu des fêtes de noël, mais le dernier clip de Ceephax est assez incroyable, avec un morceau de folie, qui aurait bien pu échouer dans un Cum On My Selector de dernière minute. Orgasme : http://www.youtube.com/watch?v=-xq3srxF_B8


- Difficile d’en parler de façon objective, Hyacinthe & L.O.A.S ont eu une sacrée année 2013, entre clips fous (agression à la peinture, filles incroyables et cul nul) et sons balancés de partout, avec en exergue, l’album Ne Pleurez Pas Mademoiselle, disponible en téléchargement bandcamp ICI. Euro Euro Euro.


- Bon, on attaque un point sensible de 2013, la sortie du Yeezus de Kanye West. Verdict ? j’ai bien aimé. Mais pas trop. Enfin si, cool quoi. Mais pas l’album du siècle. Déjà parce que certaines instrues sont degueulasses (notamment au début du disque), et parce que j’attendais quelque chose de révolutionnaire (c’est ce qui était annoncé), alors que c’est franchement du déjà entendu (sauf dans le mainstream effectivement, mais le rap indus émo cradingue, quand même ça n’a pas été inventé en 2013). Mais mais mais au milieu du disque, il y Blood On The Leaves. Là non plus rien de révolutionnaire, mais putain, qu’est ce que c’est beau. Ce morceau, il m’a arraché la colonne vetebrale la première fois, et continue de me filer la chair de poule après 50 écoutes. Kanye West n’est toujours pas mon dieu, et je me sens sale de dire cela, un peu comme quand je dis que les derniers Flying Lotus sont à chier. Malgré tout, comme sur ce Blood On he Leaves, les fulgurances de West confinent au génie, impossible de le nier.


- Drake aussi, n’arrive toujours pas à m’emporter jusqu’à ce que je le claque dans le top, mais pour le coup, avec son Nothing Was The Same, j’aurai pu le faire. Ce Lp est surement l’un des meilleurs albums Us sorti cette année, avec une recette enfin équilibrée, un album moins foutraque que son Take Care, avec des morceaux hallucinants de qualité (Wu Tang Forever, Worst Behavior, Tuscan Leather, Hold On We’re Going Home…). Je n’ai simplement pas écouté le disque constamment, mais à chaque fois que je suis revenu dessus, c’était pour sauter comme un con dans mon appart, en gueulant bouts de punchlines et refrains.


- Le saviez vous ? j’ai ouverts un super compte Twitter, même si, 6 mois après, je ne sais toujours pas bien m’en servir : https://twitter.com/DatChroAuto


- La meilleure pochette d’un disque de rap japonais en 2013, c’est celle là. Dedans, il y a Dirty Ray, un peu comme si un Gerard Baste japonais parlait de sizzurp. Bon concept : http://www.youtube.com/watch?v=cO5KNcjl4kg


- Comme d’habitudes des articles ont été écris cette année, mais non publiés, ou abandonnés en court de route (comme sur le Daft Punk, Fauve, Tim Hecker, Fuck Buttons ou Jel). L’un d’entre eux, c’etait le superbe mix Uk Garage de EZ pour Fabric live 71. Je vous renvois donc à l’article d’Aurelien sur Goute Mes Disques, histoire de ne pas louper cette compilation folle.


- Made to stray. Made To Stray. Made To Stray. Pablo Pablo Pablo Pablo Pablo Pablo. C’est les deux refrains chantés toute l’année.


- Pure Baking Soda sort surement les artistes les plus intéressants du Web, et leur top 2013 est une sacrée folie, en mode calendrier de l’avant. A décortiquer asap, il y a pleins de cadeaux à l’interieur.


- Grosse déception que le nouvel album de Junip. Line Of Fire est surement la plus belle track pop de cette année, et je m’attendais à chialer en mode fœtus pendant toute l’écoute de l’album. Au final, un disque assez inoffensif, pas mauvais mais loin des montagnes russes émotionnelles promises par Line Of Fire. Laissez moi noyer mon désespoir en mélangeant alcool et médicaments.


- Le Gros Chien est mort, rendons hommage à ce grand monsieur du rap québécois, qui longtemps hanté mes soirées d’étudiant alcoolisé. Je n’ai pas de maitre, à jamais : http://www.youtube.com/watch?v=eomvJ2G8qCQ


- 2013, l’année des retours improbables voir inespérés, avec des résultats plus ou moins inégaux. My Bloody Valentine est sorti des enfers avec un sacré bon album, d’une telle continuité avec le précédent qu’on le croirait enregistré il y a 20 ans. Mazzy Star m’a brisé le cœur en sortant un album insipide. Deltron3030 a oublié de faire de la bonne musique. Jackson m’a tabassé le cerveau avec Seal, même si le LP n’est pas fou. David Bowie a cartonné, Timberlake est édulcoré, The Knife pas passionné, et pour U-ziq et BOC, on en a parlé. Ah, et il y avait aussi…


- Daft Punk. Et pour le coup, je fais parti des méchants. Vraiment. Pourtant j’aime beaucoup le groupe, tout du moins des deux premiers albums (en plus des lives Lp) des Daft, qui ont bien évidemment joué un sacré rôle dans ma vie musicale de gamin. Trop de mémoires attachées à ces deux disques, et je me réjouissais de voir un nouveau LP des deux français. Sauf que c’est raté. Même pas horrible ou autre, juste raté. Je suis en plus sur d’une chose : il suffisait d’accélérer le disque de 20% pour avoir quelque chose convenable, de sympathique, de remuant, au lieu d’une galette aussi molle qu’un chat mort.


Top des recherches google sur le site en 2013 :
- photographie d’une femme en bas nylon et son violon
- soirée romantique pour enculer travesti
- estce normal que j’oublie toujours de respirer (ça peut être un problème effectivement)
- groupe tourangeau année 1992
- bar à tokyo ou les femmes viennent trouver un mec pour du sexx
- comment jouir avec deux mecs
- ou trouver de la naphtaline en belgique (bonne question)


- Excellent disque de Snoop Dogg et Dam Funk, ça faisait bien 10 ans que je n’avais eu envie d’écouter en boucle un album de ce mec.


- Reportage de 40 minutes complètement fou sur la scène Drill de Chicago, avec de sacrés interviews dedans : http://www.worldstarhiphop.com/videos/video.php?v=wshh7F3lC244E21i1n8C


- Hey Kettel, il est ou ton album ? Tu crois que tu peux sortir un morceau comme Pobblesec comme ça, et ne pas sortir d’album juste après ? Non mais ça va pas ?




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Comme toujours, merci vraiment à tous ceux qui visites ses pages, qui participent ou commentent sur le site ou via Facebook. C’est évidemment graçe à vous que les Chro Auto continuent de vivre. C’est aussi toujours un plaisir d’échanger sur Facebook, n’hésitez pas à m’apostropher à toute heure. Merci aussi à ceux qui participent à mes délires photos, et aux interviews impossibles à avoir au premier abord. Si vous voulez échanger des photos de chats ou si vous avez trouvé une video de porno Seapunk, je suis intéressé aussi. Et n’hésitez pas à faire tourner ce top !


Merci encore, bonne année, santé, argent, protégez vous les oreilles, pour ne pas devenir un sale drogué aux médicaments. On part vers 2014, dans le plus grand chaos, C’est la huitième année pour les Chroniques Automatiques qui commencent ! pour les 10 ans j’espère faire une soirée à Miami sur le toit d’un building, avec piscines de slime, bikinis fluos et tout (vous pouvez déjà réserver vos places sur Twitter ou Facebook).


Thanks,



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CUM ON MY SELECTOR 13 : A Sagittariun, Twinztrack, DMX Krew, Lil B, Holos Graphein, Dream Koala,Young Thug, Even Tuell & Midnightopera

Posted in Chroniques on January 3rd, 2014 by Dat'


Cœur cassé continue de se battre



(Dernier article avant la rétrospective / Top 2013 qui arrive soon)




Even Tuell & Midnightopera – B2

Une belle mélodie, une boucle hypnotique, et lâcher la bride pendant 10 minutes. Il y a des disques parfaits pour ça, des Other People Place, du Moomin, pas mal de galettes from Detroit. Certaines fresques d’Aphex aussi, ou toutes autres sérénades techno-émo. Mais on embrasse de plus en plus rarement les occasions de se perdre. Ce B2 de Even Tuell & Midnight Opera sort un peu de nul part, mais frise la perfection. Le temps est suspendu, liquéfié par une boucle répétée jusqu’à la nausée. Mais c’est surement la boucle la plus brillante de 2013. La fragile, la belle, la parfaite. Celle qui est sublimée par de très légers détails, perlant doucement en coulant comme de la lave. Pas besoin de parler de drogue pour décrire ce morceau. Ni de lettre de rupture. Non. Ecouter B2 en pleine nuit, c’est avoir l’impression de parcourir sa vie en flottant. Dans une bulle. Pas vraiment concerné par ce qui se passe autour de soi. Ces rares moments de black-out débordant de lumière.






A Sagittariun – The South Node

Techno dans l’espace, en suspension, tournant autour de moi sans que je bouge d’un iota. The South Node tonne dur, tabasse tout ce qu’il faut. Et pourtant, cette mélodie ne semble jamais vouloir se concrétiser, en s’étirant à l’infini, chute en slow motion dans tes songes. Ca frôle le tube, mais ce putain de trait mélodique qui n’en finit plus de siffler, cette rémanence perpétuelle, écho cristallin, c’est le vrai diamant du morceau, le fil rouge qui vole la vedette, la demoiselle timide au visage sublime que l’on ne pourra s’empêcher de regarder pendant tout une soirée, alors qu’il y a une bonne centaine de personnes dans la salle. A Sagittariun balance un morceau techno aux apparats basiques, sublimé par cette résonance nébuleuse.






DMX Crew – Hammock Yard / Kitchen Bench

Je n’ai jamais été un grand fan de DMX Crew, plus à picorer des titres par ci par là dans sa disco. Cela faisait presque 4 ans que l’on n’avait pas eu de nouvelle du bonhomme, qui revient sans crier gare avec un petit Ep, sorti en catimini sur un label hollandais. Au menu, de la braindance rétro et acid, sympathiques mais pas renversante dans sa globalité. Mais dans l’Ep, deux parfaits diamants, en intro et conclusion. Je pensais que le Pollux d’U-ziq allait être le morceau idm candido-triste le plus beau de l’année, mais Hammock Yard se pose en challenger sérieux. Je n’arrive pas à savoir si le mec a composé cela au moment où il est tombé amoureux, ou le jour où il s’est fait largué, mais j’ai envie de serrer très fort mon chat en lui expliquant que la vie ce n’est pas si dur dès que j’écoute ça. Le morceau de clôture, Kitchen Bench, est au contraire une sacrée mandale électro salace, avec une mélodie au poil, un tube de stade encrassé et passé au mixeur. Tuerie.






Twinztrack – Drive

On commence à voir le blaze Twinztrack de partout ces derniers temps, entre leurs prods pour Set&Match, Nemir ou le rouleau compresseur Euro Euro Euro pour Hyacinthe & LOAS. Mais il y a aussi belles excavations en solo, comme ce Drive parfait, lente aliénation hiphop slow motion qui s’enfonce dans nos cerveaux pour étouffer nos sens et invoquer les dieux de la rêverie rap. Tu penses aux synthés old-school, à Initial D aussi, comme le dit si bien mon poto Tiago. Drive, c’est planer (en bagnole !) au-dessus d’une mégalopole de néon façon Enter The Void pimpé, mélangeant chairs et chaines en or. Et pour l’anecdote, la vidéo, tu reconnais le trajet ? Tu viens de deviner ? sisi, c’est bien le trajet Odaiba – Tokyo, le même que les vidéos de Burial, Machinedrum, Ceephax and co. Ce même putain de trajet, qui semble fasciner le monde entier, de Miami à Paris, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.






Gucci Mane – I’m The Shit (Holos Graphein Remix)

Une sacrée année pour Gucci Mane, et l’on va bientôt en parler, la rétrospective 2013 approchant à grand pas. Entre (vrais) craquages psychotiques, une dizaine d’albums et un rôle dans un film, le Gucci n’a pas chômé, même si l’on n’est pas certain que le mec s’en rende vraiment compte, téléguidé par la drogue d’un projet à un autre. Guwop déchaine les passions, et c’est étonnamment chez un petit français que l’on retrouve l’une des meilleures relectures d’un de ses morceaux. L’intelligence ici, c’est d’aller à l’encontre de toutes les relectures bourrines ou dérouillées habituelles. C’est de dépecer l’aura trap du Mc pour lui donner des apparats d’apôtre, de dieu déchu, de gourou camé. Bon ok, les chants christiques et ambiances d’églises, ça marche toujours chez moi. Mais même si l’instrue est simple, loin d’un remix mille-feuilles à la Hemsworth, ça fonctionne parfaitement. Cela donnerait presque envie de voir Mr Mane traverser des océans de sizzurp, dans une arche de Noé exclusivement emplie de putes, pour guider notre civilisation vers une nouvelle ère. Holos Graphein n’est clairement pas le seul à penser que Gucci est le MC messie de notre génération. Mais c’est l’un des seuls à avoir retranscrit ce culte dégénéré de façon aussi limpide.






Young Thug – Can’t See Them

A l’instar du flingué du dessus, on a beaucoup entendu parler de Young Thug cette année, son flow halluciné annihilant tout neurone sain, surtout en s’enfilant sa mixtape 1017 Thug d’un trait. Mais plus que les productions salement droguées et la certitude que le mec va mourir d’une overdose dans les 5 ans à venir, c’est cette espèce de mélancolie carbonisée parcourant sa voix qui marque les esprits. Et c’est dans une track passée un peu inaperçue que cette fragilité tabasse le plus les esgourdes : Sur Can’t See Them, on n’est pas en mode pimp monté sur ressorts de Loaded ou 2 Cup Stuffed, mais devant un mec au bord du gouffre, complètement fracassé, lâchant ses couplets en pleurant juste avant de se faire sauter la tempe. Le vocoder et la voix ultra écorchée de Thug porte le bordel jusqu’au firmament, soutenu par des violons sortis du gouffre. On n’avait pas eu autant de papillons dans le ventre sur un tube vocodé-dépressif depuis Turn On The Lights de Future. Gueuler les larmes aux yeux et la morve coulant dans la bouche, le cerveau trop conscient d’une vie dissoute à cause de la drogue, ce n’est pas un concept nouveau. Mais ici, ça frôle la perfection.






Lil B – Giving Up

Certes, on a tous cru à un moment ou un autre que Lil B n’était qu’une chimère. Il est pourtant difficile de nier le poids de Lil B et son pote Clams Casino sur le hiphop d’aujourd’hui. La symbiose était parfaite, et Clammyclams n’est d’ailleurs plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a quitté le giron de Mr B. Certes, il est aussi impossible d’affirmer que Lil B sort des choses impeccables, car il est rare de trouver dans ses mixtapes plus d’une poignée de renversants morceaux, si on a la chance, et la motivation de son côté. Sa toute récente nouvelle mixtape, 05 Fuck Them, et ses 101 morceaux ( !?!), me rappellent une track méritant largement de se frayer un chemin dans les rétrospectives 2013. Ce Giving Up, c’est voir Lil B plus émo que jamais, avec un flow impeccable. Voir un mec déguisé en clochard parler du game sur une boucle de piano, ça pourrait frôler le ridicule. Sauf que Lil B, il y croit à fond. Quand il dit qu’il aime la vie, les arbres, les oiseaux, qu’il ne faut pas abandonner et serrer les poings, il y croit plus que jamais. Il le dit avec les larmes aux yeux. Alors nous, bizarrement, on y croit aussi. On se dit que le mec est à part, sur une île, perdue dans son psyché, à chier des centaines de morceaux par an, à étaler le tout partout sur les murs sans se soucier un instant du dégout provoqué par ses élucubrations. Et parmi ces éjaculations incessantes apparaît parfois une sacrée perle, à l’instar de ce Giving Up. Et en répertoriant avec patience toutes les perles de Lil B, certes extrêmement difficiles à dénicher, on se retrouve au final avec l’une des plus belles parures du Rap Game.






Dream Koala – Odyssey

Ce morceau pourrait être un cliché sur patte, une jolie fresque émo-indé-popisante, croisement batard entre Coldplay et A Silver Mount Zion. Sauf que la mélodie est à crever. D’une pureté rare, d’une beauté folle. Une longue progression épique, tout en finesse, mais non dénuée de saturations. Le morceau prend véritablement son envol vers les 3min, quand le tout repose sur une simple syllabe passée en boucle. Certes, on aurait aimé que le morceau pête un plomb. Que Dream Koala crame tout ce putain de bordel au napalm, en hurlant à la mort, en s’arrachant les cheveux, en se griffant la peau jusqu’à l’os. Une déflagration à la Fuck Buttons, un tsunami de saturations à en faire imploser les immeubles. Odyssey préfèrera une montée doucereuse, lunaire, doucement secouée, au chant parfait. Pour nous planter devant l’un des plus réussis titres du genre cette année, le plaisir pop émotion 2013, à côté du Line Of Fire de Junip, et du Things Are Sometimes Tragic de Team Ghost. On pourra évidemment trouver ça trop cadré. Mais tout cœur mou a besoin de récréation ouatée, pour s’ébattre sans gène, en toute liberté.






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Burial – Rival Dealer

Posted in Chroniques on December 20th, 2013 by Dat'


Parle moi de guerres civiles



Burial ne semble plus avoir rien à foutre du bordel Uk garage, et de la concurrence. Plus d’album presque 6 ans, communication famélique, graphisme minimaliste, Ep labyrinthiques composées de longues fresques elles-mêmes découpées en petits morceaux… Même Kode9 ne parle plus de son poulain, Hyperdub annonçant les sorties de Burial par des communiqués laconiques. L’homme mystère, qui n’en est plus vraiment un, s’est drapé derrière un quasi-mutisme qui sert parfaitement à sa musique, et continue de construire sa légende.

Mais bon, ça te manquait, ces nuits passées seul au Mcdonalds, en attendant le premier métro, prostré devant ton coca ? Ces longs voyages en train, après une nuit blanche, le casque sur les oreilles, le paysage défilant devant tes yeux ? Ces marches dans la nuit, sous la pluie, avec les néons qui crépitent et le monstre-foule qui grouille au loin ? Ces exaltations moites, de toi et ta moitié, après avoir fait l’amour sur le canapé ? Et bien, sois rassuré, Rival Dealer est conjonction de tous ces moments là. Sauf que si l’on pouvait utiliser le terme “émo” sans rougir pour la musique de Burial sur ses précédentes galettes, on est ici clairement au cran au dessus. Si Skynet avait balancé un brouillard de larmes sur la planète terre à la place de ses robots pourris, la Bo de cette apocalypse aux cœurs mouillés serait Rival Dealer.







Alors évidemment, le morceau titre, Rival Dealer, étonne, surprend, par son coté uptempo, presque “hardcore étouffé sous l’eau”, avec son rythme jungle concassé et ses beats sismiques. Burial ne nous avait jamais fait ça. Il a certes, plus d’une fois, taillé quelques diamants pour les dancefloors (Raver, Loner, Street Halo…) et sa propension à tirer vers la techno se faisait de plus en plus apparente ces derniers temps. Mais de façon aussi violente, jamais. Toutes sirènes dehors, bassline réacteur d’avion, avec une rythmique pachydermique, l’anglais déchaine les enfers. Sans oublier de placer quelques voix trainantes, bien évidemment. C’est beau. Le problème, c’est que les rythmes jungle crades de la sorte, j’en ai tellement bouffé plus jeune, que j’ai franchement du mal. Donc j’ai un peu crissé des dents. La deuxième partie du morceau, insistant sur un métronome plus aéré, et pourtant plus lourd, est plus plaisante, même si elles rappelent toujours les soirées crades et boueuses adolescentes. Reste que si, comme moi, tu préfères écouter Burial nu avec l’élu de ton cœur, ou tranquille en rentrant dans un bus de nuit après une longue soirée, ben ça va choquer légèrement tes esgourdes.

Et là, sans prévenir, le morceau chute, s’embrase de cyprine et d’âmes perdues. Après le bareback sauvage sous ecstasy vient la dépression, via une conclusion de 3 min ambiant, à la mélodie chialante, pure comme la mort. Si l’on ne comprendra jamais la grotesque présence d’un indien et sa flute pendant quelques secondes, le reste flingue ton cœur au fusil à pompe. Dernière minute magistrale, come down to us répète la voix en s’emmêlant dans les synthés. Avec plaisir, sautons dans le vide. Ensemble.

Et si tu pensais que la conclusion allait gentiment nous diriger vers du Burial lambda, continue d’être surpris. Hiders arpente lui aussi un chemin déjà entendu chez l’anglais, mais jamais, au grand jamais, de façon aussi frontale. L’intro peut faire illusion, avec ses orgues dépressifs et les voix pitchées larmoyantes pleines d’amour… mais le morceau prend vite un virage pop. Un vrai. Avec rythmique 80’s, refrain, phrases catchy et tout et tout. Etienne Daho aimerait chanter la bagatelle sur ce truc. En plus le morceau dure seulement 4 min, ce qui n’était pas arrivé depuis des années chez Burial. Un vrai morceau pop-brisée donc, malgré l’intro et l’outro trompeuse, qui ferra grincer des dents et sourire les émos. Un peu comme si Burial avait voulu télescoper M83 et Ariana Grande lors d’une réunion des dépressifs anonymes. Je ne sais pas si c’est un essai transformé, mais ça a le mérite de nous faire écarquiller les yeux pour la deuxième fois en deux morceaux, alors que l’on pensait que Burial ne nous étonnerait plus jamais, déclinant la même (et parfaite) recette depuis trop d’années déjà.



Et c’est pourtant sur le titre le plus “Burialisé” de l’EP, Come Down To Us, que mon cœur s’arrache. Tout seul. Sans l’aide de personne. Il sort de ma poitrine, des larmes ruisselant sur ses ventricules, à me dire que ce putain de morceau est trop émo pour être décemment supporté par le corps humain. Ce morceau est PARFAIT. Rythme lent, presque hiphop, mélodie sublime, narration dans la progression. Et quelle progression ! La voix de la première partie est affolante de justesse, ce sample est incroyable, m’a cassé les genoux directement. Le premier tiers, c’est un mariage, un enterrement, une partouze, un suicide, une nuit blanche et une ville écrasée par la pluie. Tout en même temps. Puis, après quelques grondements de rigueur, vient l’ouverture, le soleil matinal. L’orage passe, l’atmosphère se réchauffe, même si l’on est toujours sur de la musique couleur tungstène.

Mais le basculement vers la déraison, vers l’élégiaque, vers la putasserie, aussi s’opère pile au milieu du morceau. Tout se fait plus pop. Le chant, les synthés, le rythme. On bascule dans une Katy Perry sous Rivotril, un tube radio passé à la moulinette drogue inattendue. Au départ, tu te demandes si Burial n’a pas cramer un plomb. Puis tu arrives à 8min15, et tu comprends tout. Le sens de la vie, de l’amour, le big bang… tout. Parce que ce morceau qui pourrait être foireux prend tout son sens sur ce passage. Le sample grillé se retrouve sur un rythme techno qui s’emballe, et ça dure seulement 5 ou 6 secondes… Pas plus. Mais c’est la rampe de lancement nécessaire. A partir de là, tu t’envoles, tu ne cherches plus à comprendre, et tu te laisses convaincre que ton seul but dans la vie, c’est de te faire cajoler par des putains d’anges. Et alors, le reste te semble magistral. Ces 13 minutes cachent peut-être la plus belle mélodie jamais chiée par le musicien. Terminons ce paragraphe de façon plus claire : Come Down To Us est l’un des meilleurs morceaux de Burial, de toute sa carrière.





Le plus drôle dans cet Ep, en plus de la musique qui a du étonner bien des gens, c’est les tirades qui ont suivi, entre Fact Mag qui pense que Bubu fait son coming out avec cet Ep (via le long monologue de fin de Miss Wachowski en conclusion, plus les “motivations quotes” qui parcours le disque), les gens qui soutiennent que ce Rival Dealer est un détournement de musiques de Noel et Burial lui même qui envoie des textos à Mary Anne Hobbs pour expliciter son disque, en disant qu’il voulait donner de l’espoir à tous ceux qui se sentent maltraités dans leur vie.

Si si. Le mec le plus religieusement respecté / incognito du Uk électro d’aujourd’hui adopte une posture inédite, digne de la promotion du dernier Katy Perry. Il se fout de notre gueule ? Les samples ultra sucrés de l’Ep, tout cet enrobage épique, c’est du mensonge ? Non, pas du tout. Déjà en 2007, il parlait dans son interview pour The Wire vouloir faire des morceaux mouchoirs que ta nénette kifferait. Qu’il demandait l’avis de sa maman sur ses productions. Que son truc dans la vie, c’était de voir les oiseaux se débarbouiller sous la pluie. Que son plus beau morceau, Archangel, a été fait suite à la mort de son chien…  Alors tu croyais quoi ? Qu’il allait se diriger vers du post-hardcore, du dubstep de caves sales ? Que dalle. Burial assume enfin sa mutation en émo-man, celui qui sèche tes larmes, qui te caresse le cœur, qui répare tes blessures. Qui dit que tu es beau/belle, que tu dois aller de l’avant, que tu dois te battre, que tu es beautiful, que tu n’es pas seul, jamais. Même si tu es boulimique, transgenre ou constamment rabaissé. Un peu comme Christina Aguilera, à une époque. Et si Will Bevan est clairement moins bandant que cette dernière, j’espère bien entendre ses putains de morceaux chantés par la gamine au cœur cassé prostrée dans un coin de bus. Par le mec qui vient de perdre son chat, et qui se demande où balancer le corps d’un petit être qui l’a accompagné pendant 14 ans. Par la jeune maman qui vient de recevoir une lettre de rupture. Par le jeune con qui ne sait plus comment rentrer chez lui, le cerveau embué par une sirène cocaïnée croisée en boite de nuit.


Burial ne tire pas sur les cordes sensibles, il les dynamite. Et si sa musique semble être encore plus gluante de niaiserie que tout le reste du Uk Garage, il est aussi le seul à pouvoir faire ça aussi bien. Sans chanteur, sans mélodie vraiment évidente, sans fioritures, avec des morceaux d’un quart d’heure. Ca se lamente, ça se lamente… Mais il est parfois bon de se laisser aller et d’expier la crasse de son cœur. La nana dans Gravity, après avoir survécue à trente explosions ubuesques, tu crois qu’elle débouche le champagne en se frottant le clitoris ? Non, elle se fout en position fœtale, et elle pleure comme une connasse.

Alors toi, en écoutant ce Burial, fais pareil : fous toi sur ton canapé, pense à ta vie, et chiale en mode greluche. Puis serre les poings, regarde vers l’horizon, et crois en toi. C’est Christina Aguilera qui le dit. Et Burial aussi.






Burial – Come Down To Us






3 Titres – Hyperdub

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Issugi & Budamunk – II Barret / 5lack – 5 Sence

Posted in Chroniques on December 11th, 2013 by Dat'


World Domination



Ce n’est pas parce que j’ai sorti cette bien belle mixtape de Hiphop Japonais (pub déguisée) que je n’ai pas suivi ce qui s’est fait en cette belle année 2013. Entre un inespéré et concluant retour de l’énigme Hakuchumu, le rap glauque d’Ideal, la superbe divagation droguée de Nickelman ou les galettes d’Olive Oil, il y avait de quoi faire en ces temps merdiques. Mais l’on regarderait évidemment avec attention le moindre mouvement d’Issugi et SLACK, les trublions les plus dangereux du rap game nippon. Les mecs ont sorti une demi douzaine de plaques à eux deux, et si l’on intègre les performances de Budamunk, le beatmaker japonais préféré de mes oreilles, on a presque envie de lâcher l’affaire, les disques arrivant plus régulièrement dans les bacs que ma putain de paie sur mon compte en banque.

Vu que je suis un être flemmard, prêtre du toujours remettre au lendemain, il était inconcevable, et valablement con, d’espérer couvrir chaque sortie du trio. Mais les zozos me facilitent la tache, en sortant coup sur coup deux albums importants, de vrais LP qui tabassent, qui se rejoignent parfaitement sur une même philosophie, tout en arpentant des chemins assez différents.







Issugi déboule donc sans prévenir avec un LP entièrement produit par Budamunk, et dieu sait comme les deux s’entendent bien, avec en point d’orgue l’exceptionnel album de Sick Team d’il y a deux ans (une des meilleures plaques du hiphop japonais, il faut le dire). Et ce IIBarret est exactement le disque que j’attendais de la paire. Un flow lymphatique et branleur. Et des productions ultra ciselées, tellement précises qu’elles en seraient presque orgasmiques.

Budamunk est un fou, un magicien, un mec qui transporte le hiphop, street, dans des territoires secs, chauds, ahurissants de dextérités. Ici, pas de débauche de synthés, pas de beat pachydermique. Mais pas non plus de production old-school faisandée pour zulu nostalgique de la station nation. Budamunk a cette propension folle de sonner innovant, tout en se refusant tout gimmick actuel. Les samples sont omniprésents, les boucles sont répétitives, mais ne sonnent pourtant jamais comme un hommage, un regard vers l’arrière. C’est bien la force de Budamunk : être complètement intemporel.

Si le hiphop d’aujourd’hui a la vocation première de faire bouger les culs et provoquer les twerk en rafale, Budamunk vise la nuque. La bonne vieille nuque, celle qui balance d’avant en arrière, de façon inconsciente, sous l’effet de ces beats incisifs, très brefs, quasi atones face aux productions actuelles, et complètement déstructuré de la mouvance old-school. Difficile à décrire, mais tout de suite compréhensible à la première écoute.

Les sommets ? II Barret, résumé limpide de tout ce que je viens de dire au dessus, avec cette mélodie tire larme à peine bousculée par ces beats minimalistes. Ou Get Ready, jolie instrue qui semble perler des murs, te claquer la tronche, pour repartir s’enfouir sous le béton sans prévenir, supplantée par un Issugi en pilotage automatique, la clope au bec. Rize Again, qui nous confirme que Budamunk doit pas mal fumer de dope en matant des vieux films, ou We Know feat OYG, qui claque comme un marteau sur un bloc de glace. Bizarrement, le seul morceau qui ne convainc pas vraiment, c’est celui qui sort du moule pour flirter avec l’instrue saturée (月ノ眼), un peu gênante, alors que Slack et Issugi n’ont plus à prouver leur osmose sur du Budamunk.





Du coté de chez Slack justement, ou 5lack pour les intimes, on ouvre beaucoup plus la recette avec son dernier gros LP, 5-Sence. Ici, c’est une ribambelle de producteurs qui s’invitent, évidemment tous plus ou moins affiliés au bordel Down North Camp / Jazzy Sports / Dog Ear / Skate Board Bridge / 高田音楽制作事務所. Budamunk, 16flip, Watter ou Ces2 sont dans le coin donc.

Le hiphop de 5lack est désormais plus aéré donc, moins autiste qu’à ses débuts, où le Mc produisait une bonne partie de son bordel, avant de rapper dessus à moitié défoncé. Car ce qui permet à Slack de se démarquer de tous ces autres congénères, c’est ce coté, émo, un peu écorché vif, ces passages chantés tout fragile après un couplet de feu. Et le bonhomme semble cultiver ça de plus en plus.

Dès l’ouverture, au lieu du banger habituel, 5lack offre un chant déséquilibré, maladroit, et pourtant parfait avec 上を見る et son “im very stupiiiiid” assez désarmant. On ne sait pas trop si le mec est dans le rythme, parce que l’instrue est mutante, mais c’est exécuté avec une prestance rare. Pareil pour Life a, un des meilleurs morceaux du disque, ballade hiphop parfaite produite par Budamunk, où Slack passe plus de temps à chantonner qu’à poser. Sauf que quand il chante, ça tue. Et quand il pose, ça butte aussi. Genre vraiment, ce morceau, à priori anodin, est une tuerie absolue, l’exemple limpide de ce que peut faire de mieux ce crew quand ils décident de se balader en skate en se réchauffant les miches avec un soleil à peine levé, une bière à la main. Ce morceau, c’est les petits plaisirs simples de la vie mis en musique. Si si, vraiment. -緩- donnera le quota émo nécessaire avec sa mélodie tire larmes, ou Hard Work et sa facette plus sombre, imparable.

Mais 5 Sence contient son lot de tubes qui décroche les mâchoires. Quand je dis tube, je ne parle pas d’exercice putassier ou de débordement electro, mais bien de cet équilibre parfait que l’on connaît chez ces gars là. 乱れ撃ち est une vraie folie, avec son instrue japonisante géniale, symbolisant de façon implacable la domination de Watter sur le game des instrues au japon, ce mec m’impressionnant de plus en plus, à chaque apparition. Même chose pour ING, façonnée par IMG, très Jazzy Sports et tout le bordel, ou un G.A.L qui pourrait être crédité par Nosaj Thing. Le carton du LP reviendra à Bone is white, et ses featurings anglophones. Les Mc, inconnus au bataillon, brulent le track, 5lack y est déchainé, le tout est orgasmique. Et cette instrue de folie, faite par Slack lui même, mes aïeux, comme c’est bon.

Alors forcément, comme le disque est un peu plus ouvert, fait appel à plusieurs producteurs, on évite pas les deux ou trois fautes de gout, comme un Girl If You et son instrue flirtant avec le mauvais porno, ou un Stylz un peu redondant. Mais rien qui ne brise la cohérence et le plaisir pris en écoutant le disque.





Au final, on se retrouve avec deux objets très différents, avec pourtant les mêmes acteurs qui y participent. II barret est extrêmement homogène, court, replié sur une recette absolument parfaite, mais sans concession. Le plaisir de retrouver l’alchimie Issugi x Budamunk est réelle, évidente même. Mais les allergiques au son de ces japonais ne trouvera rien pour lui. Que dalle, t’es laissé sur le bas coté avec des bras d’honneur en guise d’encouragement. Reste que dans le genre, on ne trouvera pas mieux cette année.

Du coté de 5lack, on sent que le bonhomme, avec sa popularité grandissante, se laisse aller à des exercices moins neurasthéniques que ses premiers albums (MySpace notamment) et moins expérimentaux-drogués que son projet délirant PSG. Il ouvre sa recette, chante de plus en plus, à en être parfois touchant. Les ritournelles percent le cerveau, parasitent tes journées, te volent le cœur. Avec la brochette de talents à la production, 5lack balance clairement l’une des galettes de hiphop japonais les plus complètes de cette année 2013.






Issugi x Budamunk – Get Ready






5lack – Tamuro / Weekend






14 + 17 Titres

Dog Ear Records / 高田音楽制作事務所

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CUM ON MY SELECTOR 12 : Negash Ali, Krampf, Miko, Last Night In Paris, Seiho, Spark Master Tape, Kid Atlaas, River Bones

Posted in Chroniques on December 2nd, 2013 by Dat'


Bordel Intime



James Blake – Retrograde (Miko Remix)

J’ai déjà exprimé tout le semi-bien que je pensais du dernier LP de James Blake, entre envolées impressionnantes (Voyeur, Retrograde, Life Round Here…) et tirades plus stériles. On estimait certains titres pas assez longs, d’autres parfaits pour accueillir des Mc (Chance The Rapper, bien joué), et une floppé de remix allaient être les bienvenus. Sauf que remixer James Blake est une tache difficile, entre les covers faisandées à la gratte acoustique ou les refontes house sans âme.
Miko, russe inconnu au bataillon, prend le bordel à rebours. Retrograde, on ne le reconnaît quasiment pas. Il en extirpe la moelle, décortique les mots, n’en garde qu’une phrase, la fait tourner ad-nauseam, et déboule avec une track rappelant les premiers exercices de Blake ou Mount Kimbie : un Uk garage émotionnel et puissant, qui ferra pleurer ton petit cœur comme une midinette. Que l’on ne reconnaisse presque pas l’original ? Aucun problème. Miko ne s’attaque pas réellement à Retrograde, il a pour seul objectif d’en remixer la mélancolie.






Hybu – Cleopatra (Krampf Remix)

Précisions : je ne sais pas qui est Hybu. Je sais très bien qui est Krampf. Ca fait quelque temps que je balance à qui mieux mieux que Krampf est la future star de la musique française, c’est tellement évident (tu avais écouté son remix incroyable de Near You ?). Ce n’est pas simplement que j’aime ce qu’il fait, c’est juste que certains de ses morceaux me flinguent et me collent des papillons dans le ventre. Ce gars a tout compris à la musique en fait. Alors qu’il a à peine plus de la moitié de mon âge. Je suis un vieux con. Certes, on peut avoir tout compris à la musique, et faire des trucs chiants.
Mais merde, tu écoutes ce Cleopatra, ça te donne envie de chialer. C’est le Uk garage d’avant, le beau, le pute, celui de Craig David se faisant sucer dans les toilettes d’un club à Camden en faisant des trémolos avec sa voix. Mais c’est aussi le Uk d’aujourd’hui, le mélancolique, le émo, le drogué. Celui qui te parle de lettre de ruptures, de cœurs cassés, et de viriles peines de vits. Tu entends ce petit moment parfait à 1min34 ? C’est la brume et le dancefloor. L’amour et la déraison. Perfection. Le clip, starring Krampf himself, c’est un peu comme si les gars de Trainspotting laissaient tomber la drogue pour les vertiges de l’amour. Laissez moi tranquille, j’envoie un message à la femme de ma vie.






River Bones – Aura

Rivières d’ossements, mort, c’est charmant. Aura est pourtant lumineuse. Bassline monstrueuse, voix angéliques et malade, tunnel cristallin sans espoir de sortie à l’horizon. La rythmique est trap-juke mutante, les samples organiques proviennent de langages non identifiés, entre roulements slaves et pointes latines. Eglises d’après conflit, chapelles post-apocalyptiques, la Mort s’avance comme un album de witch house, avec quelques moments un peu cramés (Debaser ou 77), mais une grâce absolue dans la majorité des morceaux. Surtout, pas de posture débile, pas d’éjaculation cafardeuse précoce à la Salem, on déambule ici dans le christique, dans la lente et aimée agonie, qui se déplie et étouffe à n’en plus finir. En point d’orgue, ce somptueux Aura, chute sans fin en slow motion, passage à tabac plein de grâce, prière thug.






Last Night In Paris – Cocaine (KC & Collard) / Roses+

Je n’ai rien compris au groupuscule qu’est Last Night In Paris. Jeune label ou collectif uk obscure mais tissé, ils avaient sorti un gros EP en milieu d’année, “Roses”, que je n‘avais pas vu passer. Mais Mr Aurel’ de Goutes Mes Disques laisse ses oreilles trainer partout, et voit un Roses+ débouler, pour nous traumatiser les esgourdes. Difficile à décrire, mixture oscillant entre drug rap, uk garage et electronica fragile, tout se mélangeant au sein même d’un seul morceau, sans réelle ligne directrice si ce n’est celle de dériver via opiacés. Point d’orgue de cet Ep, Cocaine, divagation hiphop émo, Drake coulé dans le béton, synthés cosmiques, beaux comme la nuit. Comme écouter du rap la tête explosée au Rivotril, la tête collée contre le mur de béton, à subir les basses perlant de la salle d’à coté. D’autant plus que le morceau se coupe d’un coup, pour partir dans trip de sale camé, descente dure d’après club, le cerveau en décalé, les lumières de la ville t’aveuglant jusqu’à la nausée. Ces deux EP que sont Roses & Roses+ font clairement parti des meilleurs choses que j’ai écouté cette année, en téléchargement gratuit, chaudement recommandé.






Seiho – I Feel Rave

Le Japon est à fond sur le footwork et le uk garage, surement bien plus que la France actuellement. Comme d’habitude, les nippons aiment reprendre un mouvement pour le pimper au maximum, et accoucher un rejeton certes référencé mais brillant comme un néon. Seiho a du écouter énormément de Mount Kimbie ces dernières années, et sort un excellent LP, Abstraktsex, qui lorgne très fortement vers le Uk émo et racé. Le single I Feel Rave est trompeur, très pute, bien synthétique, seule escapade vraiment tubesque de l’album. Une escapade très plaisante au demeurant, parfaitement maitrisée, exercice que l’on entend peu chez les japonais, à balancer dans les bagnoles en début de soirée, pour faire virevolter les minijupes et entendre claquer les talons hauts. Nickel pour s’enivrer, avant d’écouter le reste du disque, beaucoup plus plus abstrait et émo, parfois superbe (One Dressed To Kill excellente déclinaison d’un Mount Kimbie des grands soirs, Hell’s Angels en mode footwork au paradis ou I Remember Rheims, très early James Blake). Du très beau boulot.






Kid Atlaas – Fragment

L’abstract hiphop est mort, vive le reste. Et l’abstract hiphop aussi. Effectivement, il se débat encore un peu dans des tapes senteur marijuana, mais le vrai, celui qui avait classe, groove et sensualité ne s’ébat que rarement dans nos oreilles, aveuglées par les néons capitalistes de la trap. Mais que voulez-vous, je suis le premier à aimer me rouler dans la cyprine. Kid Atlaas, il est français. Il est beau garçon aussi, paraît-il, une jolie blonde me l’a affirmé récemment. Groupie. Et puis le kid, il déroule grave. Un vrai fdp. Tu entends Winter Is Coming, avec ce rythme rond comme un ballon, chaud comme un félin lové dans le creux de ta hanche, et tu prends forcément ton pied. Ces violons qui virevoltent, cette mélodie cristalline qui embaume le cœur, et ces zigouigouis qui font légèrement patiner le cerveau. C’est parfait, c’est vraiment beau, et surtout, ça te fait claquer des doigts. Parce qu’est ce qu’il y a de mieux qu’une musique qui, en l’écoutant, te donne l’irrépressible envie de claquer des doigts et de bouger la nuque ? Rien mec. Rien.






Spark Master Tape – Pictures On My Coffin

On avait déjà parlé de Spark Master Tape il y a peu avec Tiago, dans notre Selector conjoint que je vous invite ardemment à relire en cliquant ici (nous acceptons aussi les chèques). Parce que son Half Of Nepal était un petit chef d’œuvre. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que le Mc allait sortir une vraie déflagration quelques semaines après. Que ce Picture On My Coffin est bon. Fort. Puissant. Comme d’habitude, c’est un sample de musique classique qui tue, une voix modifiée plus grave que Gerard Darmon, et un beat absolument fou. Ca castagne, ça roule dans tous les sens, mitraillette sur violons grandiloquents. La tape de cette année par SMT était une vraie bombe, mais au vu Pictures On My Coffin, la prochaine livraison s’annonce absolument traumatisante.






Negash Ali – What You Got

Il y a des morceaux, des tueries qui font le ménage instantanément. Des les 10 premières secondes, avec ce synthé de folie, j’ai compris que What You Got allait me violer le crane. Synthé rave crade, sirènes putassières, bassline d’impasses grises, avec une voix âpre qui n’est pas en reste. Je n’avais jamais entendu ce mec auparavant, et c’est surement une sacrée erreur. Même si le rap liasses de billets sur culs mouillés ne cesse de s’imprimer dans mes rétines, il est parfois bon d’encaisser une torgnole d’asphalte hurlante dans la gueule, sans pour autant retomber dans la rance ancienne école. Ce Negash Ali est un des tubes de l’année, une putain de déflagration, un truc qui fume et fulmine, brule les neurones, parasite les clubs. Et ceux qui trouvent les sirènes ringardes ne les ont décemment jamais réellement écouté chanter.






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Ital Tek – Control

Posted in Chroniques on November 18th, 2013 by Dat'


Honor Beats 



Ital Tek n’est pas un mec né de la dernière ondée. Fer de lance du label Planet-Mu lors de la première vague Dubstep du label en 2006/07, à coté de MRK1, Pinch, Distance ou Boxcutter, Ital Tek avait débarqué avec un Ep et un album (l’excellent Cyclical) rudes mais néanmoins mélodiques, symbolisant le dubstep d’il y a une demi-douzaine d’années : peu de wobble bass, mais aux forces telluriques sacrement instables, avec une belle part d’émotion dans le bordel.  La musique Ital Tek prenait tout son sens dans cette dualité, avec des tours de force comme le sublime White Mark, vraie caverne de glace à l’intro magique, qui se retrouvait défoncée par un rouleau compresseur.

Le label se cherchant un peu après le succès des années pré-2010, l’anglais sort un album le cul entre deux chaises, mais qui défonce, Midnight Color, avant se de s’engouffrer dans la vague Juke/footwork de Planet Mu, pour sortir le très bon Nebula Dance, un peu écrasé par les sorties de Machinedrum ou Kuedo, mais au moins aussi intéressant à écouter. Cavalcades de snares, synthés qui s’envolaient à n’en plus finir, cet album se démarquait de ceux de ses collègues par une propension plus importante à lorgner vers l’Idm.

Autant dire que l’on attendait durement la prochaine livraison du bonhomme, Control, surtout après avoir entendu les quelques extraits.







Premier étonnement, derrière son artwork superbe se cache une durée assez frustrante. Control est un mini-album, ou un faste EP, pointant légèrement en dessous des 30 minutes. Durée d’écoute de plus en plus fréquente, et pas foncièrement gênante si le disque est à 100% pertinent. Et de ce coté là, Ital Tek ne s’embarrasse pas de fioritures :

Fireflies démarre sur les chapeaux de roues, voix d’anges en boucle, rythme rafale proche de la drum’n’bass, ça part dans tous les sens, avant l’arrivée d’une mélodie limpide vers 1min20, un synthé que l’on va quasiment pas entendre mais qui porte complètement le morceau. Les changements violents de métronomes n’y feront rien, la charge semble sans pitié, elle est au final quasi sensuelle.

C’est ce coté “je passe à tabac ta colonne vertébrale de sale émo” qui prédomine tout le long de la galette, ce sentiment d’opposition en exergue sur des morceaux comme Control, qui sort les beats pachydermiques, bien ronds et chauds, pour un début de track assez lugubre. Sauf que le tout va vite partir soudainement dans une house dreamy assez ensoleillée, en mode lunette de soleil-décapotable à Miami, le tout filmé en VHS. Claviers uk, rythme qui s’emporte, ambiance posée, on apprécie le voyage.

Encore plus beau, et pourtant beatless, c’est Zero, petite fresque ambiant-mélancolique, à la mélodie parfaite, qui dressera bien des cheveux sur la caboche. Rien de spécial, interlude dans la durée mais pas dans l’impact émotionnel, cette vignette aurait du durer 4 minutes, afin de se voir parachuter directement à la tête des plus beaux morceaux du disque.

Mais justement, à la pointe, deux morceaux, ahurissants, écrasant toute concurrence sur la galette, voir même sur ce qui est sorti sur planet-mu en 2013. Violet de son petit nom, qui récupère les voix samplées du départ, mais transpose le tout dans un écrin élégiaque. Mélodie uniquement composées d’exaltations, quand le rythme fait son entrée, c’est déjà la chair de poule. Et tout ce putain de bordel ne va faire que progresser, pour toucher à la perfection. C’est comme si le Moments In Love d’Art Of Noise se faisait sodomiser par un Kuedo en goguette, la fragilité, la transpiration. Peaux qui se frôlent, ce morceau est vivant, il se déverse dans tes oreilles en rampant, jouissance lente suintant le cul, BO d’un porno plagiant Gravity, d’un coït en apesanteur de deux personnes qui s’aiment à en exploser la terre.

Et tu n’as même pas le temps de profiter de la descente d’endorphine, que Challenger Deep déboule et te file en 5 seconde la claque de l’année. Une poignée de seconde, car tu es convaincu dès les premiers notes de ce synthé complètement fou que le morceau va être gigantesque. Rouleau compresseur affectif, arpèges hystériques, beauté folle, pure et lumineuse, le morceau broie tes tympans, ras de marée. Tu penses que c’est parfait, et mais ça devient encore plus dingue à 1min27, avec ce synthé Blade Runner qui déboule de nul part et t’arrache le cœur. Putain ce clavier, merde. Et le tout qui continue de tout brutaliser, mélodie napalm, clavier de fin du monde. Et cette sortie en bruit blanc complètement dingue, ce machin que l’on entend que pour une demi douzaine de seconde à partir de 2min30, c’est pas un machin qui t’arrache la gueule ? La conclusion nickel entérinera notre avis : ce morceau est trop haut.

Dommage qu’Ultra, seule petite déception du disque, ne continue pas sur cette lancée héroïque, cassant un peu le trip avec ses rythmes hardcore et ses percussions cheloues. Heureusement, le tout se rattrape in-extremis avec break intervenant au milieu du morceau nous laissait planer sur de jolies choses, avec le pied bourrin du départ qui passe à la trappe. Jupiter Ascent partira dans un trip clairement Jungle, assez rétro au départ, mais qui va là aussi rapidement évoluer sur un apparat plus mystique, avec cette bonne idée de laisser la jolie ligne mélodique s’exprimer. Le disque se terminera sur le court et ambiant Doom/Dream, qui sans être révolutionnaire, rempli plutôt bien son office avec sa jolie litanie, que l’on aurait, comme pour Zero, entendre un peu plus longtemps…





Control est court, mais Control tabasse dur. Difficile de reprocher à Ital Tek cette durée frustrante si un vrai LP est en approche sur début 2014. Parce que si le bordel est aussi bon que ce que laisse entrevoir ce mini-album, on risque de se prendre une mandale du tonnerre. Car Control contient certains des morceaux les plus aboutis de l’anglais avec en point d’orgue le tryptique Zero / Violet / Challenger Deep, cœur de ce disque, incontournable, beauté folle.

Court album d’un grand bonhomme, cela augure de sacrées mandales pour la prochaine livraison.






Ital Tek – Violet






8 Titres – Planet Mu

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Ricardo Tobar – Treillis

Posted in Chroniques on November 13th, 2013 by Dat'


Petite brume au cœur cassé



Il y a des artistes qui vous écrasent le palpitant le temps d’un EP, vous défonce la tronche sur quelques morceaux, avant de disparaître dans les limbes de votre encéphale. Ricardo Tobar, chilien de son état, m’avait impressionné avec son EP sorti l’année dernière sur In Paradisium, le label de notre bien aimé Mondkopf. Joli petit diamant de techno ésotérique (ce n’est pas moi qui le dit, mais Tobar lui même), mélangeant quelques petits appels du pieds à l’Idm d’antan ou à des sonorités tribales, mais toujours après un long plongeon vers une piscine pleine de drogue. Et si l’Ep avait clairement marqué mon année musicale (Recuerdos sublime, Carnival complètement flippante), j’en suis venu à complètement oublier le mec, vraiment. Jusqu’à me balader dans les rayons de Shibuya et tomber nez à nez avec Treillis, nouvel album du chilien, que j’achète ni une ni deux, sans hésiter, malgré les lamentations de mon porte monnaie.

Et si j’espérais que la recette du dernier EP écouté allait être déroulée sur long format (ce qui est en partie vrai), je ne m’attendais pas à une telle démonstration, force tranquille techno versus mélodies tire larmes. Saveurs.







Si l’on pliait légèrement du dos sous les coups de butoirs de Tobar en 2012, avec des tracks hystériques, des rouleaux compresseurs qui ne faisaient clairement pas tache chez In Paradisium, passage à tabac sans pitié malgré la mélancolie ambiante du bordel, Ricardo Tobar semble avoir trouvé la paix sur cet album. Mais une paix branlante, nauséeuse, à l’image de l’introduction Sleepy, qui aurait pu se glisser sans peine dans un Duntisbourne Abbot, avec ses synthés cancéreux, sa mélodie de fin de vie, cette candeur désaccordée qui renvoi plus aux moignons qu’aux balançoires de squares.

C’est Organza qui nous permettra de cerner plus facilement Treillis : une techno-house-brumeuse-émo-mélodique du plus bel effet, pour danser le cœur à la main et la tête dans les comètes. Mais Tobar n’est pas un adepte des rails sans virevolte, et même sur une track aux apparats banals, le bonhomme va multiplier les sautes de rythmes déstabilisantes, les bugs sonores impromptus, les filtres progressifs, pour un millefeuille diamant.

Il faudra attendre la 4ème track, Hundreds, pour se prendre une vraie claque dans la tronche. La belle, la violente, celle qui te déplace la mâchoire sur le coté de quelques centimètres. Parce que si encore, ça commence de façon propre, avec respect et manières, en mode techno vaporeuse, ça va vite prendre son envol vers le soleil. Nappe cosmique qui te file le blues, rythme qui s’emballe légèrement, mélodie qui te donne l’envie de courir dans les champs de blés en écartant les bras. Et BOUM, un synthé de folie déroule ses arpèges et harponne le cœur, retourne le cerveau, détruit les hanches. C’est la danse, la peine, la déraison. C’est un truc que tu as envie d’écouter en club après trop de bières. C’est un truc que tu as envie d’avoir à pleine balle en rentrant chez toi dans une nuit zébrée de néons. C’est un truc que tu as envie d’entendre en faisant l’amour. En pleurant devant ton ordi après une rupture, à sauter dans toute ta chambre en tapant sur les murs. Tu as envie de faire du rap sur ce morceau. De danser. De courir. De planer toute une putain de nuit. Rien de spécial, ne te méprend pas. Mais putain, qu’est ce que c’est beau. Et ce n’est pas la conclusion non invitée en mode simili-braindance qui me fera dire le contraire.

Autre ravissement, Straight Line In The Water n’a pas à rougir de la comparaison, avec un rythme plus ralenti, un beat se rapprochant d’un battement de cœur un peu flingué, et surtout une mélodie candide et cristalline qui chiale sa mélancolie pendant plus de 6 minutes. C’est beau, céleste, tout ce que tu veux, mais c’est aussi défoncé par une bassline caverneuse échelle 5 sur Richter pour rehausser le tout. Toujours peu avare en surprises, détails et cassures en tout genre, le morceau semble traversé constamment par fantômes et conversations de l’au delà captées par hasard via une veille radio. Beau comme la mort.

Essen, un des plus beaux morceaux de Treillis, et pourtant presque vu comme un interlude du haut de ses 3 minutes (tous les morceaux font entre 5 et 7 min), fourmille de détails, de frottements, de bruits bizarres. Assistons à la naissance d’un monstre, jeune vélociraptor cassant doucement la coque de l’œuf. Et puis cette mélodie, lunaire, folle, absolue, qui agonise dans ce laboratoire funèbre. Petite brume au cœur cassé, angoissante et angélique dans le même mouvement.





Mais Tobar ne se limite à la techno claudiquante, et injecte parfois une vraie progression façon fusée Ariane dans ces morceaux. Otte’s Denial commence comme un morceau tranquille, renvoyant légèrement à l’Ep précédant avec ses nappes dissonantes et son rythme tribal. Mais l’on va vite sentir que le tout semble vouloir prendre le large, à coup de saturations étouffées, et de mur du son contenu ne demandant qu’à fulminer. Ce qui ne manquera pas d’arriver après quelques minutes, le chilien conviant les Ufo pour un dernier à broyer les colonnes, tous synthés dehors, avant un long déclin assez planches du Canada.

Et ce cérémonial doucement shoegaze se retrouvera sur quelques autres track de Treillis, comme sur le très beau final Le Quartier du Quatrième, à la rythmique chaotique, énervée, tabassant un nombre incalculables de synthés qui tourbillonnent dans tous les sens, entre les sourds qui servent de drone dans le fond, les mélancoliques qui remplissent le quota émo, les cristallins tout guillerets qui s’enivrent à n’en plus finir, et les quelques saturations extra-terrestres pour rajouter au vertige. Ca sent grave l’opium, ça n’en fini plus de se déplier, c’est Warp techno x Nuggets Original Artifacts x Boredoms, et ça fait du bien après 55 minutes de baston quasi intégral.

On a Back Home pour poser l’ambiance également, juste avant, fresque ambiant beatless préparant le décollage du couloir de la dope du dessus. Pas forcément le plus plaisant des morceaux quand on a des bijoux comme Essen un peu avant, mais ce n’est pas désagréable non plus. If I love you, pré-single, tape dans la techno angélique, en apesanteur, légèrement flippante aussi.

Reste que Tobar sait aussi appuyer assez fort pour nous faire sauter les tympans, noyant ces amours de douceurs dans un pilonnage agressif, ici présent via Garden, morceau à la rythmique quasi industrielle, qui n’en fini plus de vociférer, en sortant ses claviers les plus rugueux. La couleur sadboyz est toujours présente, tentant de se frayer un chemin sous les attentats, ici aidée par des voix bizarres, maltraitées, découpées, mais construisant néanmoins une vraie mélodie. L’usage de la voix que l’on retrouvera aussi dans l’excellent Mirror, exercice frôlant le techno-2step avec ses samples cutés, ses beats difficilement prévisibles même si une ossature binaire tente, difficilement, de se poser comme ossature d’un morceau qui n’arrête pas de se briser, de se cabrer, hypnotique.






Si Treillis me plait, c’est évidemment grâce à ses mélodies pleines de chagrins, avec cette facette « club trempé dans la tristesse » fortement présente, dancefloor des larmes, baise de rupture. Danser seul dans sa bulle, écrasé par le stupre du monstre foule. Sauf Ricardo Tobar se démarque du simple disque de Techno émo avec cette tendance à nous submerger de détails, de bugs, d’aggravations sonores impromptues, transformant de beaux squelettes linéaires en guerre des tranchées. C’est crade mais pur, cristallin mais traumatisé. On se retrouve avec un disque endommagé, carambolé à chaque seconde, mais qui n’oublie jamais cette forte propension à nous faire voir les étoiles. In Planetarium ? Peut-être.

Mais Ricardo Tobar, dans son club moite et mélancolique, c’est surtout l’irrépressible envie de nous mêler à la masse tourbillonnantes des corps.






Salut je suis la petite fée émo qui vient pour voler ton coeur. Clique sur le superbe Straight Line in the water ou Hundreds stp.






11 Titres – Desire / Modulor

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Tokyo Red Bull Music Academy Weekender – November 2013 / Diamond Version, U-ziq, World’s End Girlfriend & Aoki Takamasa

Posted in Chroniques on November 6th, 2013 by Dat'


“Les week-ends aussi chargés que le tour de France de Lance Armstrong”



En amont de la Red Bull Academy qui vient d’être annoncée sur Tokyo pour 2014, la boisson qui donne des ailes et qui me file pas mal de tachycardie (j’avais vite compris lors de l’écriture de ma thèse de fin d’étude que continuer à boire de ce truc allait clairement faire gicler mon coeur sur le bureau), organisait sur début novembre pas mal de concerts dans toute la ville, avec de sacrés artistes comme FaltyDL, Daedelus, Gilles Peterson, Sprinkles, Dj Krush ou Fennesz. Votre serviteur n’ayant plus le cerveau assez coriace pour s 5 jours de tabassage sonore, l’affiche du dimanche 4 Novembre avait fait frétiller mes Esgourdes : Alva Noto + Byetone et U-ziq se partageaient l’affiche, accompagnés de quelques légendes locales comme Aoki Takamasa, Fragment ou World’s End Girlfriend.

Beaucoup de monde pour un festival ayant eu énormément de pub dans la rue/médias, avec plusieurs salles débordant de rythmes concassés, avec une oasis de sofas moelleux pour se reposer, et quelques stands de bouffe degueu mais salvatrice. Comme toujours au Japon, on est surement dans le seul pays où l’on peut croiser une population aussi hétéroclite à un concert d’Alva Noto, des demoiselles en mini-jupes et casquettes YMCMB aux diggers autistes fous, en passant par les fous/folles furieux relookés comme des dingues sublimes. Stilettos et infrabasse, Autechre et lèvres glossées, mélange parfait.





Voir Aoki Takamasa faisait quelque chose à mon palpitant, car c’était la première fois (de mémoire) que j’avais l’occasion d’assister à un live de ce mec, malgré mes années passées au Japon. Grand fan de sa techno neurasthénique, rêche et répétitive, comme de ses exercices plus pop et funky de sn milieu de carrière ou sa collab avec T.Noriko, je me demandais ben ce que cela pouvait donner en live. Première bonne impression, le son est massif, écrasant, tout le live se fait peu de morceaux, tirés de RV8, étirés à n’en plus finir, à imprimer rythmes et variations jusqu’à nous perdre dans le bordel. Autre bon point, c’est du live pur, prouvé par les petits problèmes techniques sur certains lancements de nappes, nous prouvant que le mec est loin de seulement rester assis derrière son laptop à fumer des clopes. Un live qui serait parfait si il n’y avait pas le sempiternel problème des concerts au Japon : le son était bien trop fort. Ridiculement fort. Te mettant face à un dilemme cornélien… protéger ses oreilles mais écouter un live altéré, ou défoncer littéralement ses tympans pour aller à coup sur à l’hôpital demain. C’était pire que pour le live de Dalek, les connaisseurs comprendrons.
On touche d’ailleurs ici à un vrai problème de la nuit japonaise. Bien plus que ces fameux articles sur l’interdiction de danser au Japon dans certains clubs, ce qui est véridique, mais seulement presents dans les médias étrangers pour remplir le quota d’articles “uhuh ils sont vraiments bizarres ces japonais” (à l’instar des derniers laïus sur la disparition des parties de jambes en l’air dans le pays). Non, le vrai problème de la nuit Tokyoïte, c’est que les limitations sonores, tu peux te les foutre bien profondément dans le cul, et que si l’ingénieur du son n’est pas un putain de génie, et bien tu vas passer la soirée à entendre de grosses basslines qui grondent, et rien d’autre (imagine les résultats catastrophiques lors de concerts hiphop, avec Mc inaudible). C’est dommage, et c’est loin d’être la première fois que cette donnée flingue une de mes soirées dans la mégalopole.





World’s End Girlfriend nous a habituer à plusieurs formations en concert, pour autant de styles musicaux differents. Post-rock drill’n bass en solo sur scène, en formation quasi heavy-métal avec le Black Hole Carnival, ou accompagné d’un groupe de cordes, on ne sait jamais ce que nous reserve WEG. Ce soir, avec un seul acolyte, via un line-up inédit pour mes oreilles, je ne savais pas à quoi m’attendre. Premier soulagement, les niveaux sonores reviennent à quelque chose d’acceptable, et s’il n’y a que du vent (littéralement) pour les 5 premières minutes du concert, toute la richesse du son WEG apparait ensuite. le premier quart d’heure est quasi ambiant, avec voix de femmes triturées, field recording superbement réparti sur les enceintes de la salle et en 3D dans ta tête, accompagnés mélodies chialantes qui te flinguent le coeur.
Car WEG nous offre la primeur de 3 premiers morceaux inédits, 3 morceaux sublimes, à base de mélodies folles, de rythmes hiphop pachydermiques ou d’escapades jungle hystériques. Si ces tracks préfigurent ce que l’on pourrait trouver sur le prochain LP du Japonais, on risque de se prendre un petit chef d’oeuvre dans la gueule, retour à l’electronica escarpée après son dernier album très rock (qui fait néanmoins parti des chef d’oeurves de ces dix dernières années, ne l’oublions pas). Le concert continuera sur deux morceaux de Seven Idiots, dont un sublime Bohemian Purgatory épique qui va partir en tunnel techno hystérique pendant plus de 10 minutes. Pogos sur du WEG? c’est bien possible.





Le Japonais passe la main à l’homme que j’attendais le plus ce soir, Mr Mike U-ziq Paradinas, qui m’a complètement flingué avec son dernière album, et que je n’avais jamais eu le plaisir de voir en live non plus. Peu de surprise, le bonhomme va balancer un bon nombre de morceaux de son dernier album, plus quelques classiques et inédits (ou morceaux que je n’ai pas reconnu). Paradinas axe son set/live sur ses morceaux les plus dansants, n’hésitant pas à appuyer les rythmes et rallonger ses délires house/techno pour faire bouger le monstre foule. Les mélodies émo-idm ne sont pas en reste, et l’on se laisse clairement emporter par quelques escapades époque braindance. Mais là encore, le son est trop fort. TROP FORT. Si sur certains morceaux, le tout passe crème (Mountain Island Boner parfaite, Ticky Flanks aussi), d’autres sont littéralement noyés par les saturations causées par un ingé son qui doit être sourd comme un pot pour pousser autant les potards (Taikon inaudible, alors que c’est loin d’être un morceau hardcore). Un beau gâchis.





La formation massue de la soirée, c’était bien évidemment Diamond Version, aka Byetone et Alva Noto, pour leur projet ultra massif, techno et frontal. Et clairement, en live, ils n’ont aucune pitié, massacrant la salle à coup de basslines impressionnantes, franchissant allègrement le mur du son, tout en nous explosant les rétines avec des visuels hystériques. Si le volume est là encore complètement abusé, il est moins dommageable que pour Paradinas, Diamond Version jouant bien évidemment plus sur les textures, à en faire trembler les viscères, faite pour le live. Tympans déjà trop blessés (c’est vraiment le mot) par Takamasa, ça sert des dents sur certains passages, on abdiquera. Ne cherchez pas de photo de ma part, la soirée ayant été exclusivement, pour ces 4 concerts, dans le noir complet, avec des visuels discrets noir/blanc pour la plupart (un peu de couleurs chez Paradinas). Le photographe courant dans tous les coins à du pas mal galérer, solidarité mec. J’ai des Vine inaudibles et inintéressants si vous préférez.






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DJ Rashad – Double Cup

Posted in Chroniques on October 28th, 2013 by Dat'


Je ne sais faire que le bandit



C’est l’histoire d’un mec, assez jeune, qui traînait avec ses potes, allait en soirées, pour écouter de la house en dragouillant à droite à gauche, sans jamais réellement s’amuser. Il lui manquait un truc. Du piment. Il avait beau descendre des packs entiers de Koenigsbiers en jouant à Mario Kart avec son crew, avant de filer vers le plus gros club à minette de la ville, ça n’allait pas à 100%. Il lui fallait de l’action, de l’imprévu, de la violence. Coincé dans une vie riche mais dénuée de risque, le bonhomme se trimballait bonant malant, en courbant le dos, de soirées défonces en soirées en aprem déboitées, à boire des Double Cup d’alcool, à danser élégamment sur de la house, à flirter avec les peaux de soie du club.  
Un soir, il rentre chez lui, un casque enfoncé sur les oreilles, et voit dans une rue crade une machine à laver en marche. Il l’ouvre, y jette une brique et contemple le chaos en bougeant son cul : le footwork était né.







L’intérêt de cette sortie, c’est qu’elle s’écarte distinctement du footwork originel, celui fait avec un fruity loops buggé exclusivement afin de remuer son boule, pour arpenter des térrains plus propice à l’écoute sur canapé. Certes, on a déjà parlé des essais de Kuedo, Machinedrum ou U-ziq, mais ces derniers dépècent carrément le mouvement, pour recracher une nouvelle mixture. Chez Rashad, après avoir fracassé les cerveaux de l’humanité pendant des années, on bifurque simplement légèrement, tout en rajoutant quelques couches de richesse au bordel.


Signé chez Hyperdub après avoir trainé ses guêtres sur Planet Mu en Europe (même si le mec est l’un des papes du mouvement aux USA), Rashad semble avoir eu la prescription nécessaire de Rivotril pour enfin soigner ses crises d’épilepsie. Ou peut-être via l’influence du label de Kode9, lui demandant de calmer le jeu. Ou Rashad lui même, fatigué de se faire coffrer par les flics après chaque soirée vu que la moitié du public partait en convulsion. Et grace à ces envies d’accalmies que Double Cup frappe un grand coup. Réalisé en grande partie avec son pote Dj Spinn, Rashad balance une galette fortement teinté hiphop, avec des samples chauds et soul, qui pourrait traumatiser bien des Mc en manque d’instrue à dompter. En ce sens, Feelin ouvre superbement le disque, instrue hiphop faite pour être écouté au volant de sa bagnole, les fenêtres baissées, la clope au bec, en roulant au ralenti. Beat pachydermie, légers craquages donnant un caractère imprévisible au morceau, qui va d’ailleurs lentement évoluer de l’uppercut ghetto à la folie jungle. Tu n’as pas envie de danser comme un chaman voodoo sur ce truc, juste de bouger la nuque en te plongeant dans la drogue.

Et avec étonnement, on se rend compte qu’une bonne majorité de ce Double Cup LP se concentre sur un hiphop massif et ghetto plutôt que sur l’hystérie pure du Footwork. C’est l’une des rares fois que j’écoute un disque du mouvement en ayant plus envie de marcher dans la rue en levant mes mains en l’air plutôt qu’en me roulant par terre en bavant. Ce sont ces morceaux hiphop qui dynamitent l’album, et le porte haut dans le ciel, teinté de drogue et de voix screwées : Pass That Shit est une folie pimp, Double Cup ou Drank Kush Barz devraient arriver aux oreilles d’Asap Rocky ou Schoolboy Q sous peu, et le sublime She a Go, un des meilleurs morceaux du disque, quasiment rappé, représente parfaitement ce coté ghetto–soul-hiphop ultra massif, graduellement vicié par une boite à rythme effrénée.

Mais Hyperdub semble être passé par là, et Rashad s’essaie presque à un genre bien apprécié par le label : le Uk Garage. Là aussi, ce dernier est réduit en bouilli par le cerveau malade du dj de Chicago, mais des morceaux comme Only One, avec mélodie planantes et voix puputes, et surtout Let U Know, qui aurait pu se glisser dans le dernier mix de Dj EZ, avec son rythme claudiquant, ses voix émo et sa ligne acid sur la fin. Rashad lorgne sur un espèce de UK deep mutant façon Chicago (ça tombe bien, ils viennent du même patelin) avec l’excellent Leavin, qui fera pleurer plus d’un dancefloor, déjà rendu fou par la rythmique chaotique.

Il y aura même quelques extra-terrestres inclassables, façon Reggie qui désintégrera toute synapse passant sur son chemin, ou le violent Acid Bit, qui s’est littéralement échappé d’un album de Ceephax, et qui est demandé à l’accueil car papa s’inquiète.

Au final, les tentatives de Footwork originel, pur et dur, sont assez rares, et pas foncièrement les plus convaincantes, comme le fatiguant Everyday Of My Life,  mais assureront le boulot pour les fans, via le single I Don’t Give A Fuck, bombe vicieuse, folle et minimaliste, avec sa mélodie qui rend complètement fou. Je veux entendre ce machin en club, à 4h du mat’, après dix bières de trop.






Je n’attendais rien de ce disque, à part pour les jours où j’ai envie de tout casser en bavant, et je tombe sur un parfait album hiphop assez saccadé pour me donner envie de faire la bringue, et dans le même temps assez laidback pour me poser sur un canapé en dodelinant de la tête. Pas de mauvais gout, pas de track inécoutable, que des bombes, malgré quelques rares écarts de conduite dans la cohérence du LP (Acid Bit, que s’est-il passé?). On pourrait presque ériger Double Cup comme une référence, une géniale porte d’entrée tout du moins, une galette parfaite pour appréhender le mouvement sans avoir l’impression se faire tabasser par mutants forcenés. Rashad abandonne l’ecstasy habituelle pour des gros pilons, et ça lui va très bien.


Oh certes, on nous retorquera que le Juke/Footwork, c’est pour de la danse, pas du canapé. Mais voyez-vous, j’ai pas encore reussi à ma vie, j’ai un chat à nourrir, j’ai donc encore besoin de mes neurones. Libre à toi de te les griller sur du Dj Nate. Moi, c’est sur ce Rashad que je prends mon pied.






DJ Rashad – She A Go (feat Spinn and Taso)






DJ Rashad – I Don’t Give A Fuck






14 titres – Hyperdub

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ps : cette chronique fut effacée par Office, et donc réécrite à la va-vite une deuxième fois. Word sera donc jeté en pâture aux loups-garous.




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CUM ON MY SELECTOR SPECIAL : CTC Records X Chroniques Automatiques

Posted in Chroniques on October 14th, 2013 by Dat'


Sweet Serenade



Si Tiago a surement la plus belle chevelure du tout Paris, il est surtout connu comme le bonhomme derrière le label Cooler Than Cucumbers, dont on parle assez régulièrement dans ces pages (à chaque fois qu’il sort une tape gargantuesque en fait). Se baladant dans le hiphop indépendant, qu’il soit autiste et abscons, ou maculé de cyprine, le label reserve quelques sorties importantes sur cette fin d’année. On peut de plus croiser Tiago au détour des pages d’Union Street ou du Tag Parfait. Puisque ce saint homme a décidé de se délocaliser sur l’Italie pendant quelques temps, je me suis dit que le mettre à contribution pour un Cum On My Selector ne pouvait être qu’une bonne idée.

Au menu, rap drogué, productions vaporeuses et lyrics flingués. Tout ce que l’on aime pour nos nuits blanches ou pour accompagner nos retours de club, carbonisé.



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Spark Master Tape – Half Of Nepal

Tiago : Une institution de mon épiderme et canaux auditifs en 2013. Une esthétique incroyable, des jeux d’ombres à faire pâlir la Chine, un sens aiguisé du grandiose, de la montée en puissance. Un jeu de violon accordé au slow-motion, une montée d’armée, un soulèvement, un morceau aux allures d’invincibilité. “HALF OF NEPAL ON MY UNDERCOAT” à crier à tout moment de la journée.

Dat’ : J’avais vu sa première tape passer, sans m’y arrêter malgré la cover, quelle erreur. C’est un peu tout ce que j’aime ce morceau, avec une mélodie lacrymale, une structure explosée, des cordes épiques, une rythmique flinguée, et une voix caverneuse. J’ai l’impression d’avoir un géant camé derrière moi, qui rappe avec un couteau entre les dents, même si dans la vraie vie, Spark Master Tape doit être un sosie de Woodkid. Sauf que le rap, ce n’est pas la vraie vie, c’est des nanas en bikini et des pluies de billets. Boucherie de l’année.






Xavier Wulf – Dengen

Tiago : Triangle équilatéral à succès dans le rap pour garçons émotionnels, Eric Dingus à la prod, Xavier Wulf (Ethel Wulf, ex-Raider) et TeamSESH aux visuels. Des hi-hats parkinsoniens accompagnant chaque larmes lâchées, des envolées de traîtrises pour un final bouche ouverte.

Dat : Parce que l’on aime tous se poser au bord d’une piscine, complètement drogué, à faire du headbanging sur la pelouse, habillé en noir. Je trouve ça beau, parce que cela me rappelle mes retours avinés en sortie de club, à marcher en diagonale dans la rue, un casque vissé sur la tête, à m’extasier devant chaque réverbère surplombant mon itinéraire.






Chris Travis – Reflections (Intro)

Tiago : Un autre rescapé du Raider Klan, très proche dans le style visuel de son comparse Xavier Wulf (même réal, même lieu et probablement même jour de tournage). Un concentré de mysticisme émotionnel à rouler avec modération.

Dat’ : Tombé sur cette track complètement au hasard, car je suis loin de maitriser toutes les ramifications du Raider Klan, l’organisation du groupuscule ayant l’air encore plus bordélique qu’une thèse sur les reptiliens. Putain, cette instrue est absolument parfaite. Entre ambiant décharné, electronica tire-larmes et hiphop glauque, Eric Dingus (encore!) balance un vrai diamant. Chris Travis n’a plus qu’à cracher des rimes en pilotage automatique de sa voix rauque, c’est limite trop facile. Il te parlerait du cul de son chien que cela marcherait quand même. Bref, pour moi, c’est un des morceaux de l’année, sans hésitation, même si je dois être le seul à le penser.






Yung Dick – Drive Thru Love

Tiago : L’amour de consommation, celui de l’obsession, de la foudre. La définition du sentiment, dans un Drive-Thru, totalement envoûtant. Une emprise sur le corps, l’envie de croire à cet amour par speakers interposés. Des grillz et des potatoes. Cette voix si particulière alliée au beat et aux néons pour une atmosphère des plus éthérées. Pour ne rien cacher, j’ai écouté ce morceau par obsession, par besoin, une journée incomplète sans son écoute, un mal-être à dissiper dans les vapeurs d’amour que Yung Dick disperse. J’attends beaucoup de ce monde où la bouffe servira de préliminaires, où les frites pénètreront des wraps un peu trop ouverts.

Dat’ : Quand tu m’as filé le lien, à la première écoute, je me suis bien marré. Puis tu m’as dis que c’était la plus belle déclaration d’amour de 2013, alors j’ai écouté avec un peu plus d’attention, jusqu’au flashback : quand j’habitais en province durant mon adolescence, et que j’allais au macdo juste pour croiser les yeux vairons de cette caissière au physique de rêve et au sourire fascinant. Comme Yung Dick, je voulais arriver au Mc Drive avec mes lunettes de soleil, pour lui dire d’une voix de velours que le bigmac qu’elle me servait était le plus beau bigmac que j’avais vu de ma vie, et que les Nuggets subtilement huilés me faisaient penser à son vagin. Mais j’ai loupé le coche, car je ne connaissais pas Yung Dick. Quelques années plus tard, j’ai enfin eu ma voix gutturale de cancéreux et ma barbe naissante, j’aurai pu revenir pour la draguer, mais j’ai appris entre temps qu’elle était fan de Ska, donc j’ai laissé tombé.






Ideal – Babel feat OI

Tiago : Le rap se lève toujours au Japon, dans un délire 90′s froid et minimaliste, du rap de forêt aux sonorités lyriques toujours aussi alléchantes. Les mains dans les poches, au calme.

Dat’ : Petite friandise de Tokyo, correspondant bien au thème rap-drogué de ce Selector. J’avais déjà pas mal parlé de ERA, un des premiers japonais à s’approprier la vague purple rap de façon intelligente, et il revient ici accompagné de ses deux acolytes, Hi-Def et OI, pour un morceau bien sombre et atmosphérique. Mais ce qui fait le sel de cette track, ce n’est pas la mélodie cristalline, ni les rythmes caverneux, ou les flow rageurs des japonais, mais bien ce violon, qui intervient en fond sonore, très discrètement, plusieurs fois pendant le morceau. Et qui fait passer ce dernier d’une simple digression hiphop expérimentale à une grosse mandale qui fout la chair de poule.






Onoe Caponoe – Flower Power / House OF Funk

Tiago : Le rap UK a finalement reçu sa cargaison de LSD, émergent d’un foetus où seraient passés George Clinton et Sun-Ra, Onoe Caponoe caresse l’afro-futurisme avec sa plume intelligente et son étalonnage Desigual (mais on lui pardonne).

Dat’ : Alors là merci, c’est la découverte de l’été ce truc. Cet anglais semble avoir encore mieux pigé que les américains comment faire du rap drogué. Sous la posture psychédélique légèrement fallacieuse on se retrouve avec des bombes gluantes et camées, entre instrues screwed’n chopped et flow malaxé dans tous les sens par des filtres et effets. La tape (gratuite) regorge de tubes absolus, complètement intoxiqués par la drogue, c’est beau, imparable, propre, indispensable.






Blue Daisy – I Used To Give A Fuck

Tiago : Un concentré de haine signé Blue Daisy, lui déjà instigateur de “Fuck a Rap Song” il y a peu. Des visuels léchés comme des timbres, un beat rentre dedans et un couplet, même si non gorgé de finesse, très efficace néanmoins. A répéter plusieurs fois.

Dat : Si Blue Daisy pouvait éviter de se pointer chez moi en pleine nuit avec son masque, cela m’arrangerait, merci.






Black Dawg – Nico Javan

Tiago : Comme un jeune Sharkula sous acide qui serait tombé sur un dossier caché “INTERNET, NE PAS OUVRIR”. Un cousin éloigné des délires visuels de Metro Zu qui ne fera probablement pas la plus belle carrière rap de cette décennie mais qu’on a envie d’aimer fort.

Dat’ : Je ne l’ai jamais dit à grand monde, mais mon père était épileptique. A cause de cela, je me suis toujours demandé si les avertissements avant de commencer un jeu video ou un clip chelou étaient à prendre au sérieux. Peut-on vraiment avoir des convulsions et avaler sa langue devant Mario Kart ou Enter The Void ? Reponse affirmative avec ce clip de Black Dawg. Ce mec c’est un peu la Kyari Pamyu Pamyu du hiphop us, je ne pensais pas ces hallucinations possibles, même après avoir léché pendant 2 heures un poster de Selena Gomez maculé de Khat.






ɪɲ ʕʰɘɼrʏ ɟȺɱɨʟʮ – Люби меня, люби

Tiago : Comme une centaine de coeurs brisés en milles morceaux s’éclatant délicatement contre mes tympans. Un tire-larme à la beauté céleste, brumeuse et sombre. Après écoute, j’ai juré que ce piano serait mon époux et que cette voix nous unirait. Voilà de quoi transformer Bronson en garçon émotionnel.

Dat’ : Je ne sais pas comment tu es tombé sur ce truc sorti des tombes de Russie, mais c’est un joli petit traumatisme. Divagation oscillant entre un Mondkopf dépressif et un Salem cancéreux dénué de poses grossières, ce morceau de Witch House, “très 2008″ comme le dirait un certain Krampf, est assez sublime. Drone poisseux, bassline fulminante, ce morceau pourrait bien être la quintessence du mouvement émo. En écoutant ce morceau, tu as envie de chialer, de te couper les veines, de sauter par la fenêtre pour voir ta vie défiler au ralenti. Je ne suis jamais allé en Russie, mais si, comme dans ce morceau, il y a des anges sublimes qui te susurrent l’amour pendant que le monde s’écroule autour de toi, et bien je prends un vol direct.






Tiago & Dat’

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Machinedrum – Vapor City

Posted in Chroniques on October 7th, 2013 by Dat'


Peines de vit



Deux albums ont contribué à changer le game du Footwork et de l’Idm en Europe, via Planet-mu : Le Severant de Kuedo, et le Room(s) de Machinedrum. Si ma préférence va au premier, le dernier LP de Machinedrum avait remporté tous les suffrages, avec cette Juke-epileptique-émo-pute du plus bel effet, contenant quelques tours de force (l’ovni Come1, She Died Here, le sublime What Did We Go Wrong…). L’artiste s’était même payé le luxe de sortir une réédition avec quelques titres bonus, pratique souvent très proche de l’arnaque, il faut le dire.

Machinedrum semblait comme un poisson dans l’eau chez Planet-Mu, mais Ninja Tune, en pleine furie/cure de jouvence depuis 2 ans, signe l’anglais pour l’intégrer dans le roaster. Le mouvement est intéressant, car le label, qui semblait complètement sclérosé il y a encore peu de temps, commence à s’ouvrir à nouveau, et à regarder vers l’avant, même si les disques ne sont pas toujours exceptionnels (Falty DL a tout du transfert raté par exemple). Malgré tout, la stratégie de Ninja Tune semble moins foireuse que l’actuelle ligne directrice de Warp, comme si le destin de ces deux maisons hystoriques ne faisait que constamment se croiser.







Le concept de ce Vapor City est de nous faire visiter quelques quartiers d’une ville imaginaire. Ses rues coupe-gorge, son Red Light District, ses coins plus posés. Mais à l’écoute du LP, j’ai la forte impression que Vapor City nous raconte surtout l’histoire d’un type défoncé qui déambule dans le voisinage. Images de rues, certes, mais passés par le prisme de l’alcool et des nuits blanches. Autre précision, qui pourrait sembler cauchemardesque sur le papier, mais qui se révèle plutôt bien géré sur disque : Vapor City tient plus de la jungle-drum’n’bass que du Footwork, et je t’avouerai que si tu m’avais dis ça avant que je pose une esgourde sur ce LP, je serai parti en criant me crever les oreilles.

Car sur la (sublime) ouverture du disque, Gunshotta, c’est bien des rythmes puant les caves de province de 98 qui tonnent. Avec en plus un simili toaster qui ambiance le bordel, on y est. Sauf que le tout est sec que la mort, squelettique, ça t’assaille la tronche comme une volée de couteaux. Et que les synthés de folie, ainsi que le traitement des voix, rappelle très fortement Burial & co. On se trouve dans une drum-uk hystérique et hypnotique, filant le vertige, pleine de soubresaut et contre sens. Vous allez me dire “hey, footwork ou jungle c’est un peu la même chose, on bastonne des rythmes à 200bpm jusqu’à ce que tu craques”. Mais non, car sur ce disque Machinedrum perd quasi entièrement sa facette hiphop émo, pour partir sur une cavalcade bien plus sèche et électronique.

Infinite Us fait même franchement revival, avec cette drum classique et racée, mais clairement inoffensive, presque rétrograde. Mais là encore, le morceau est sauvé par cette lente décrépitude, ce coté rongé par l’acide, le coté angélique du morceau, en mode Roni Size bisounours, se laissant lentement pourrir par des sonorités plus agressives, dissonantes, et des voix beaucoup plus plaintives, perdues au milieu du maelstrom. Tout s’embrouille, se mélange, pour finir sur une lente agonie pleine d’échos et de réverbérations. Vraiment, comme si l’on avait en accéléré la balade d’un mec dans la ville, bourré de vodka jusqu’à l’os, dérivant lentement dans les rues, aveuglé par les néons, le cerveau embrouillé. Puis agressif car ayant l’alcool mauvais, avant de finir affalé sur un banc du vomit sur les fringues.

Ce coté “défoncé et perdu dans la ville” se retrouve dans pas mal de titres de ce Vapor City. Le planant Vizion malaxe field recording et ambiant christique, comme si l’on écoutait un concert du mec au milieu du Shibuya Crossing après avoir ingéré 20 gouttes de Rivotril. Rize N Fall sort elle aussi la belle drum’n’bass avec bassline et tout le toutim, pour une belle progression échouant dans un nuage de voix fantomatiques, supplanter dans son dernier tiers par une sacrée belle nappe. Epique et hypnotique, quand tu écoutes ça, tu fais la même tronche que Unicorn Kid dans son clip : les yeux écarquillés par la drogue, à encaisser les lumières fluos par centaines. Du plus bel effet. Vile église, rues embrumées, voilà sa ville.

On a même un extraterrestre dans le disque, plus proche de Boards Of Canada que de Dj Rashad, sur Center Your Love, avec cette drum chantante qui va lentement partir sur des terrains mélancoliques chers aux deux écossais. Même roulement dans les rythmes, même samples ensoleillés et mélancoliques, avec en bonus une gratte acoustique. On savait Machinedrum fan du duo warpien, il balaie les derniers doutes avec ce titre. Un peu mièvre, mais quand même très beau.





Mais Machinedrum n’a pas annihilé toutes ses velléités Juke et Hiphop, bien heureusement, et l’on entend très légèrement ces éléments dans pas mal de morceaux du disque, en nous offrant quelques perles bien vicieuses : Seesea renoue avec ses amours glitch-hop pré Planet-Mu, tout en le malaxant avec un art de la répétition qui ne décevra pas les nouveaux fans de l’anglais. Ca sent le nuage et le driveby, le soleil qui se lève sur les rues sales. C’est beau comme la mort, triste et tubesque.

On frôlera même le bad trip avec Eyes Don’t Lie, tourbillon épileptique qui n’a pas le coté cotonneux et rassurant des autres morceaux, et qui appuie encore plus le coté nauséeux du disque avec des samples de voix n’hésitant pas à glisser sur les mauvaises notes. On n’est plus vraiment en train de déambuler dans les boulevards, mais plutôt séquestré par un psychopathe qui nous susurre des conneries dans l’oreille en chantant comme un taré. Rassurant.

U Still Lie fait carrément dans le cloud-rap, affolant dans le mille feuilles de textures, drogues dures et lettres de rupture, slow-motion et sirop violet. Yung Lean aimerait poser sur ce truc. Toi, tu te laisses attirer par cette mélasse angélique, par ces échos qui n’en finissent plus de disjoncter les synapses. Et au moment où tu penses partir dans un sommeil sous opiacé, un synthé incroyable, sorti des plus beaux U-ziq, se fraie un chemin et t’envoie dans le ciel avec de jolis coups de pied au derche. En 4 minutes, tu passes de la mélasse puant le béton aux envolées lyriques d’un cumulonimbus, c’est beau comme un cul de reine. Un des meilleurs morceaux du disque.

Mais la vraie claque de ce Vapor City, c’est Dont 1 2 Lose U, ahurissante fresque vomissant sa diatance à tout ceux qui osent rentrer dans son périmètre. Sérieux, dès les premières secondes, j’étais éblouie par ce truc, qui te prend de haut en t’assenant un vindicatif “c’est moi le pimp, ferme ta gueule et écoute”. Hiphop flingué et défoncé, sublime dans ses claviers, dans ce rythme claudiquant, dans l’utilisation des voix ultra émo faisant passer Burial pour un PUA sans âme. Si j’étais un rappeur, je poserai sur cette instrue. Ca serait le but de ma vie. Et puis c’est quoi cette fin qui t’aspire pendant plus d’une minute dans son siphon, qui t’étouffe lentement jusqu’à ce que tu n’entendes plus rien ? C’est le sexe puis la mort, c’est le coït et la dépression. Peines de vit.






Si Vapor City n’est pas aussi marquant que son prédécesseur, qui avait une pertinence rare dans son propos comme dans le mouvement dans lequel il s’inscrivait, ce disque reste une jolie réussite. On aurait pu croire à la catastrophe avec son concept faisandé et son orientation bien plus jungle que juke, mais Machinedrum continue de nous sortir de petits diamants émo-mélodico-melancoliques puant le béton et les néons. Si il y a deux trois tracks frôlant le mauvais gout (Infinite Us frôlant le lounge, Baby Its U sans grand intérêt…), Vapor City balance aussi quelques ogives nucléaires qui violeront bien des âmes (le vertige U Still Lie, l’imparable Dont 1 2 Lose U, le furieux Gunshotta…).

Mais c’est surtout cette dualité entre le cul et le mélancolique, ce coté quartier rouge passé sous un filtre salement drogué, qui fascine. Cette balade dans la ville où bas résilles et talons hauts copulent avec amours perdus et remords rongeant le cerveau.


Ce disque, surtout sur certains morceaux, c’est la mise en musique parfaite de la vie d’un maquereau, de ses heures de gloires dans les clubs à cyprine de la ville, paradant devant le monde avec ses plus belles putes… avant de mourir seul dans une impasse, comme une veille merde, assassiné par un jeune concurrent. Cet enculé te regarde, le sourire aux lèvres, et toi tu te dis que putain, même si tu as bien baisé, tu aurais finalement préféré fonder une famille et vivre à la campagne.






Machinedrum – Gunshotta






Machinedrum – Don’t 1 2 Lose U






10 titres – Ninja Tune

Dat’

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CUM ON MY SELECTOR 11 : Clams Casino, Mujuice, Seekae, Raffertie, FKA Twigs, Felix K, Psykick Lyrikah, Nickelman, Audio Cream

Posted in Chroniques on September 30th, 2013 by Dat'


Trick Baby



Clams Casino – Crystals

Je ne vais pas vous le cacher, le manque de chronique depuis une dizaine de jours est principalement du à l’arrivée de GTA 5 dans mon foyer. Et si le jeu est riche à en foutre le vertige, c’est encore du coté de la bande son que l’on est bouche bée. Fort de morceaux (parfois inédits) de Future, Aphex Twin, Machinedrum, Gucci Mane, Cashmire Cat, Tyler The Creator, Mala, Gangrene, Black Strobe… ainsi qu’une tripoté de classiques (même le Pure Shores d’All Saints, putain !), tout nous pousse à l’envie de conduire à la poursuite de l’horizon, à traverser forets et déserts, délaissant une vie de crime pour une existence sponsorisée par le guide du routard. Et dans ces radios, un morceau éclate l’oreille : ce Crystals de Clams Casino, déflagration ultime, quasi orgasmique, presque trop imposante, comme si l’américain voulait gaver le spectre sonore pour en faire du foie gras. D’autant plus étonnant que Clamyclams n’était que l’ombre de lui même depuis 1 an, à filer des productions faisandées pour des Mc trop vite adoubés. Mais sans prévenir, le bonhomme débarque dans un jeu blockbuster, et nous file l’un des beats les plus traumatisants de l’année 2013. Ce n’est plus du hiphop, c’est le bal des fantômes de Shining en plein driveby.






Seekae – Another

L’album +Dome des australiens Seekae est pour moi l’un des meilleurs albums de ces 5 dernières années. Mélange de Uk Garage émo-mélodique à la Mount Kimbie et de post-rock chialant sa mélancolie, ce disque m’a marqué au fer rouge à jamais. Autant dire que j’attendais la nouvelle livraison avec une impatience non feinte. J’ai pourtant été circonspect à la première écoute de ce Another, premier single d’un album prévu pour début 2014. Etonné forcement, car moi, je voulais encore des rythmes uk garage et des voix putes pitchées, et que le groupe cède ici aux sirènes du morceau pop, un peu comme tout le monde (Moderat, Mount Kimbie, Phaeleh…). Sauf que, passé l’étonnement, on se rend compte de la réussite de ce morceau, loin des élucubrations fainéantes d’un Darkstar, pour nous filer un diamant en progression, avec voix cristalline, rythme pachydermique, et surtout trance pute étouffée qui n’en fini plus de monter. L’ouverture finale casse la colonne, et si l’on aurait aimé entendre le morceau repartir pour un dernier assaut, on ne peut que s’incliner devant la perfection de l’exercice. Et devant un clip superbe, puis terrible, mettant en image un mythe urbain bolivien, obligeant les promoteurs à enterrer vivant un mendiant avant de construire un immeuble, pour protéger ce dernier (il semble que les fœtus de lamas sont privilégiés, en vrai). L’album pour l’année prochaine ? Putain grouillez vous les mecs, je n’attends plus que ça.






Mujuice – Without You

Il a des artistes qui nous ont marqué il y a des années, puis qui disparaissent dans les limbes de notre inconscient, avant de surgir à nouveau, sans crier gare. Le russe Mujuice m’avait éclaté les synapses en 2008 avec son superbe Teal Day EP, qui bat des records dans mon itunes. Sorte de techno candide précédant la déflagration Rone, cette mini galette était une réussite absolue, avec le morceau Blink en tête de liste. Bref, j’oublie ce mec, jusqu’à ce qu’un rappeur barbu fou me balance ce morceau il y a peu. Etonnement, Mujuice fait désormais, 5 ans après, du Uk Garage burialisé. Mais un Uk racé, travaillé à l’extrême. Alors forcément, ceux qui lisent ces pages savent en écoutant ce Without You que j’ai été convaincu en moins de 5 secondes, tant ce morceau regroupe tout ce que j’aime dans le genre : voix putassières pitchées, rythme claudiquant, mélodie émo, facette tubesque imparable légèrement viciée. En bonus, ce coté légèrement techno-electronica-candide infiltré, réminiscence de ses travaux passés, évite à ce Without You d’être considéré comme un simple erzats de Uk chill comme l’on en entend par centaine. Du très beau boulot.






Raffertie – Build Me Up

Encore un revirement surprise (décidément) avec Raffertie. Ce dernier a fait les bonnes heures de Planet Mu, avec un dubstep déviant et agressif dans les années pré-2010, avec en point d’orgue son Ep Wobble Horror, et son Sugar très rave hystérique. Peut être que l’anglais a vu avec horreur le dubstep muter salement, et a préféré voguer sur des chemins plus calmes. Car c’est en crooner de l’extrême que Raffertie déboule chez Ninja Tune, avec un LP un peu convenu, loin d’être réussi de bout en bout, mais contenant quelques belles perles, qui conviendront à ceux qui ont retourné le dernier Moderat, et qui cherchent quelques morceaux supplémentaires pour finir leurs bières. Parmi eux, l’excellent Build Me Up, pop spectrale, où les voix se perdent sans que l’on puisse réellement en distinguer le sens, tabassés par un beat lourd et des synthés de folie. C’est beau, pop en slow motion, parfaite pour accompagner nos divagations nocturnes dans la mégalopole bardée de néons. Avec, là encore, un sacré clip, nous donnant la preuve qu’en plus de se sortir les doigts du cul, Ninja Tune ne blague pas sur le budget communication dernièrement.






FKA Twigs – Papi Pacify

Ce clip pue le sexe. La transpiration, la salive, le stupre. Doigts explorateurs, étranglements sensuels, peaux qui se frôlent. A la base, le morceau ne pourrait exister que par et pour ce clip affolant. Car si FKA Twigs marque les esprits en ce moment, c’est d’abord par ses clips, à l’univers visuel très marqués, (un code couleur pour chacun, une idée forte à chaque fois, un constant positionnement entre malaise et sexualité), même si sa musique est vénéneuse. Si les premiers morceaux de la dame ne m’avaient pas foncièrement convaincus, j’ai pris ce Papi Pacify en pleine tronche. Couplets gluants, coulants sur nos tympans comme du magma, et surtout refrain majestueux, épique, grandiloquent. Ce morceau, c’est un peu comme si Tricky revenait 15 après en nous disant “Hey salut les mecs, je sais encore faire de la bonne musique !”.






Felix K – Flowers Of Destruction 4

Encore plus sombre, encore plus magmatique, quasiment repoussant, Felix K a sorti un album suffocant sur Hidden Hawaii, oscillant entre IDM sombre ambiant post-conflit et abstract dangereux. Si les titres concept peut paraitre pompeux au premier abord (Flowers Of Desctruction / Flowers of Hope), certains morceaux laissent passer une faible lumière, comme ce tourbillon Flowers Of Destruction 4, justement clippé par le hasard du net. Pulsations sourdes, mélodie en sous-sol, rythme sursautant sans jamais s’emballer, on est fasse à un tunnel interminable, aveuglé par la saccade des lumières passant devant nos yeux. Trop sombre pour écouter cela en allant au boulot, mais parfait en retour de flamme d’après soirée, avachis dans un métro cradingue et bondé






Nickelman – 船の無い波止場

Cela faisait quelque temps que je n’avais pas parlé de rap japonais (pub détournée pour ma super mixtape), mais je ne pouvais pas passer sous silence un de mes coup de cœur, Nickelman, qui a sorti l’Ep Babaluma, entre rap poisseux, élucubrations jazz et electro. En extrait, ce 船の無い波止場 et son clip tout chétif. Ca ne paie pas de mine, sauf que le morceau est absolument sublime, tout en retenu, avec cette instrue incroyable, entre tintements mélancoliques et nappes noisy hypnotiques. Je ne sais pas pourquoi ce petit instant m’a complément retourné, mais je n’ai pas été dragué par une track j-hiphop à ce point depuis un bail. Symbolisant parfaitement les divagations nocturnes à travers ville, à traverser harajuku en skate, une bière à la main.






Psykick Lyrikah – Mon visage

J’ai un rapport assez ambivalent avec Psykick Lyrikah. Absolument fan de ses exercices avec TeddyBear, ou de certains morceaux qui tabassent (il y en avait plein dans le précédant LP Derrière Moi), je suis assez réfractaire à ses tirades plus abstraites avec Mellano. Les textes d’Arm étant de plus en plus cryptiques, il m’est difficile de prendre du plaisir sur les fresques les plus expérimentales, si la musique derrière est elle aussi trop rigoureuse. Bonheur intersidéral quand je vois que le Psykick débarque avec un nouveau morceau produit par dieu-en-personne TEPR, qui revient décidément aux affaires après de longues années à tourner à travers le monde. Pour faire simple, Mon Visage est un morceau fou, avec une instrue émo-mélodique-pachydermique-tubesque absolument incroyable, rouleau compresseur arrachant cœurs et colonnes. Et s’il est toujours difficile de percer à jour ce que Arm veut réellement dire sur ce texte, même si l’on y distingue les affres d’un MC (j’ai du trop écouter les lyrics débilitants du dernier Mike Will x Miley Cyrus, ça a saccagé mes neurones), on se retrouve à nouveau estomaqué par la force de ses lignes, brefs slogans d’une pertinence rare, fascinants musicalement ( “du poison dans les artères / j’ai repris mon visage, retrouvé ma voix, l’ordre et les affaires” ), ce qui était aussi la force de Derrière Moi ( “Je regarde le monde bruler / je regarde le monde disparaître” ). Si Norman aime dans ses vidéos montrer qu’il écrit des phrases poétiques sur les murs de sa chambre, j’ai moi aussi envie de peindre dans mon salon, mais avec du sang, un implacable “reprend ta place, garde la !”. Je pensais que le Confused de Future et Gucci Mane était le tube de l’automne, mais ce Mon Visage risque de lui voler la place dans mon palpitant. Car oui, on peut dire ce que l’on veut, ce Psykick Lyrikah vs Tepr, c’est un tube. Un putain de tube.






Audio Dope – Cream

Parce que je voulais finir ce Cum On My Selector par un petit morceau parfait, ce Cream d’Audio Dope, entre rythme jouissif et voix putes pitchées, le tout accompagné d’une jolie photo d’une fille en petite culotte. Claquer des doigts, mettre ses ray-ban, boire une bière au soleil. Les plaisirs simples de la vie.







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Clark – Feast / Beast

Posted in Chroniques on September 18th, 2013 by Dat'


Total Annihilation



Marrant. J’aurais mis mon bras à couper que la prochaine sortie de Clark serait une captation de ses lives inhumains. Car tous ceux qui ont vu l’anglais en live sont d’accord pour dire que l’expérience est légèrement traumatisante, l’écrasement sonore déjà ressenti sur CD étant décuplé en concert. L’annonce d’une compilation de remixes aurait pu provoquer l’ire populaire, d’autant plus que le dernier album de l’artiste, Iradelphic, fut une semi-déception, détonant dans une carrière musicale absolument sans faute.

Sauf que ceux qui ont laissés traînés leurs esgourdes sur les remixes de Clark au cours de ces dernières années savent que certaines de ses meilleurs morceaux en font parti. Que le bonhomme met sa science de la destruction pleine d’affection aux services des autres groupes, qu’ils soient issus de la plus obscure frange de l’Idm, ou bien en vue du rock indie. Bref, une introduction un peu chiante, que l’on va conclure de façon alléchante : tu étais tristoune de te retrouver avec un album planplan il y a 1 an, et les déflagrations émo-pop-electronicapocalyptiques de Clark te manquaient ? En ce moment, tu as envie de te jeter contre les murs de ton appartement à hurler car tu écoutes un truc trop beau ? Clark et Warp viennent de te rendre un sacré service avec Feast / Beast.







La pochette est chelou ? Certes. Le tracklisting est impressionnant ? Tout à fait. Oui, car toi aussi tu sais que les remixes de Clark sont incroyables, mais que d’arpenter youtube ou beatport pour en récupérer une bonne partie, c’est usant.

Feast / Beast se décompose de façon pertinente, deux parties distinctes, Feast regroupant les fresques les plus calmes de Clark, et Beast s’occupant de déchaîner les enfers. Alors forcément, comme toute bonne compilation qui se respecte, un joli pourcentage des morceaux ici présents sont dispensables. 30 morceaux, c’est beaucoup, vraiment, et une sélection s’impose si l’on ne veut pas mourir d’overdose. On peut se demander si Warp n’a pas voulu trop en faire, oubliant que l’exhaustivité peut tuer l’impact :

Le Kitchen Sink d’Amon Tobin sonne désormais bien daté, même si toujours agréable. Certains remixes n’offrent que peu d’intérêt, même si le travail sur les textures est souvent intéressant (Sea de Vampillia bien mieux retouché par U-ziqEvil Beast bien trop court, Siberian Hooty juste sauvé par son finish, Bender assez générique…). Certains choix sont étranges, mais pas désagréables, comme la présence des deux remixes de Clark par Bibio, qui transforme l’implacable Ted en jolie fresque fragile. On peut pinailler sur le Sun Of Tempers Bear Paw Kicks Version qui reprend la track originale, en rajoutant juste une intro plus funky. Son auto-remix d’ Absence, en mode trance mélancolique est par contre superbe. Et l’on n’évite pas non plus les quelques remixes ratés, vraiment ratés, ceux qui torpillent l’original, ou n’offrent aucune plus value (La relecture de Milanese est fatigante comme jamais, celle du Freestate de Depeche Mode est rébarbative et banale)



Mais mais mais. Il faut être positif dans la vie. Parce que ce Beast / Feast contient des putains de diamants, des morceaux invraisemblables, des ogives permettant de retourner n’importe quel cœur / dancefloor :

J’avais déjà parlé du Glow de Kuedo par Clark, je ne vais pas me répéter. Mais bordel, putain, cette conclusion de morceau, ce rythme pachydermique, cette mélodie incroyable, tu sens que c’est la fin du monde, le règne des morts, la marche funèbre des robots géants qui écrabouilles les immeubles et détruisent tout ce qui bouge. Barrissements d’éléphants androïdes, vaisseaux qui atterrissent en créant des cratères. On n’avait pas entendu une métaphore sonore d’une machine qui prend vie aussi réussie depuis le Stone Pills de Raoul Sinier. La longue fresque mélancolique Spur, de Barker and Baumecker, en fera chialer plus d’un.

On touche au sublime avec la relecture du Fentiger de Nathan Fake, qui invoque les forces de l’electronica cristalline, avec un début de morceau ressemblant étonnamment à certaines divagations de Plaid pour la BO d’Amer Béton. C’est beau à t’en faire dresser les cheveux, rêve cotonneux, beat claudiquant. Mais avec Clark, l’autodestruction n’est jamais loin, et le morceau se brise pile en son milieu, pour se faire violer l’âme par un terroriste déprimé, à coup d’explosions contenues et synthés tire-larmes. Complètement fou.

L’anglais semble sortir un inédit dont ne sait ou, Alice (je ne me souviens pas d’avoir entendu ce morceau auparavant), et nous sort du Chris Clark pur jus, avec des claviers beaux comme la nuit, qui s’enroulent à n’en plus finir en sanglotant la pureté même. Sincèrement, comment ne pas tomber amoureux du dernier tiers, longue montée vers le paradis, avec voix d’ange et mélodie tubesque qui se nécrose lentement. Peter de Nils Frahm nous relancera dans la période plus psychédélique de Clark, façon Empty The Bones Of You, pour un tunnel drogué complètement dingue, à flinguer les viscères et casser les colonnes. Je ne connaissais pas l’original, je vais aller écouter ça de ce pas.

Et si tu veux VRAIMENT pleurer comme une madeleine, tu as un remix du Let’s Go de Rone, lui aussi assez bien loti pour faire pleurer dans les chaumières. Clark transforme le tube hiphop synthétique du français en longue complainte élégiaque, avec les Antipop Consortium qui se débattent dans des nappes folles, belles à tomber, filant le vertige. La track n’en fini pas de monter, c’est très rapidement épique, affolant de richesse, puis tout s’éteint. Plus de rap, plus d’énergie, on se laisse attirer, étouffé par une mélodie qui n’en finit plus de se démultiplier, de partir dans les échos, de fracasser les planètes. En écoutant ce morceau, j’ai envie de dériver dans l’espace, de me laisser porter par les étoiles, au ralenti, en crevant à petit feu par manque d’oxygène, alors que des connards hurlent dans le micro qu’ils ne peuvent plus rien faire pour moi. Cela ferait un bon scénario de film.





Mais vu qu’à force de chialer en ce moment, avec tous ces disques émo, j’ai choppé une conjonctivite, il serait de bon ton, parfois, d’écouter de la musique qui balance la sauce violemment, histoire d’avoir envie de tabasser des gens au hasard dans la rue en convulsant comme un malade mental. C’est ce que nous propose Beast.

Le Red Light de Massive Attack, qui n’est jamais sorti officiellement, b-side d’Heligo Land, se transforme en tube techno autiste, façon rouleau compresseur écrasant tous les danseurs d’une soirée trance. Nathan Fake s’attaque au Growls Garden de Clark, et transforme l’hymne pop hystérique en techno de cathédrale détruite, laissant de coté tous les éléments catchy du titre de base pour partir dans un délire hypnotique drogué, décontenançant au premier abord, mais foutrement jouissif au final. Les soubresauts qui décalent le rythme sont surprenants, on est en constance insécurité pendant 7 minutes, comme si le dancefloor allait se dérober sous nos pieds à tout moment, et nous entraîner dans une chute sans fin, un vrai tour de force. Parfait pour danser nu dans une cave de Berlin avec plein de drogues dans les veines.

Le coté house sexy de Letherette est complètement disséqué par Clark, pour transformer D&T en parade cauchemardesque, façon Ça le clown qui déboule dans la nuit pour te bouffer le bide. Horrible, mais assez fascinant. Clark arrive même à rendre Aufgang intéressant via Dulceria, génial craquage techno débile qui va se nécroser sans prévenir en ambiant lunaire.

Mais les 3 remixes les plus dingues de Beast, ceux qui ravagent tous sur leurs passages, c’est les tracks les plus pop. Ces remixes, c’est la violence, la déraison. Battles et Gary Numan deviennent méconnaissables sur My Machines, abasourdis par la charge déchainée de Clark. Le chanteur mythique semble perdu, dépressif dans ce maelstrom indescriptible, à gueuler des My Machiiiiines entre deux immeubles qui lui tombent sur la gueule. La conclusion, avec ces cordes géniales, et cette explosion camée, est ébouriffante. Le morceau original ? Mec, après avoir écouté ça, il n’existe plus.

Alors, sinon, Clark remix le tube ultime de HealthDie Slow, groupe labellisé camisole de force. Dieu sait que j’aime la track originale, parfait tube pute-métal-noise. Mais Clark transforme le truc en délire techno-pop-pachydermique, bigger than life, avec mélodie imparable et rythme de folie. A 1min50, quand le morceau entame réellement son assaut, quand tout déboule et te roule dessus, c’est l’orgasme. Le chanteur d’Health est là aussi complément paumé dans ce bordel, avant de se laisser aller à quelques élucubrations sataniques, ouverture à un vrai attentat émotionnel. Ce morceau me fait dire que j’aimerai entendre Clark remixer Marylin Manson. Si si. Sinon c’est magnifique, c’est bourrin comme jamais, c’est la charge finale, héroïque, avec soldats tombants sous les balles en hurlant leurs mères. Si mon chat n’était pas aussi beau, je lui aurais ouvert le ventre pour dessiner un pentagramme dans mon salon, avant de me jeter par la fenêtre en étant convaincu que je peux voler.

Pour finir, surement le remix le plus épique de toute la carrière de Clark, c’est le Let’s Get Clinical de Maximo Park. Là non plus, plus grand chose à voir avec l’original, on écoute surtout un Chris Clark qui a envie d’invoquer le grand Chtulhu, de soulever la colère de dieu sur nos oreilles, de faire passer Pacific Rim pour un film d’auteur avec Jean-Pierre Bacri. Il faut que je le dise, ce morceau, j’ai du l’écouter 300 fois dans ma vie. Alors bon, je ne suis plus très objectif. Mais quand j’entends le début, avec ce synthé complètement psychotique, ces voix gutturales, ce rythme absolument ahurissant, et bien j’ai envie de hurler. De baver, de me prendre pour un chanteur de métal, d’égorger des agneaux, d’écouter les météorites détruire la mégalopole. Ce morceau, c’est télescoper Armin Van buuren faire une cover du Ordo Ad Chao de Mayhem. C’est le monstre foule, celui qui parasite ta vie, se nécroser, se retrouver en boule, et s’immiscer en toi par tous les pores de ta peau. Quand j’écoute ce morceau, j’ai envie de casser la ville. De devenir cannibale. De me transformer en monstre, d’arracher ma peau, d’enculer le monde. De sauter comme un damné, de hurler, de taper mes murs jusqu’à voir mes os repeindre mon champ de vision. Parce que c’est beau. Let’s Get Clinical est la plus implacable, la plus massive des créatures remixées par Clark.






Alors forcément, on peut se dire que 2h20 de musique, c’est beaucoup. 30 morceaux aussi. La sélection est parfois étrange, le premier disque ayant d’ailleurs du mal à démarrer, et certains tracks manquent (Où est le beau remix du Til The days Falls du groupe lyonnais Para-lel ?). On peut déceler quelques tics de productions de Clark, qui reviennent assez fréquemment dans les remixes, là où l’artiste les disséminaient plus discrètement dans un album (certaines cassures, les outro ambiant-émo, les effets nécroses…).

Mais écouter ce Feast / Beast, c’est aussi se rendre compte de la principale force de Clark : ce mec pond des compositions d’une force folle, d’un point de vu strictement technique, mais aussi d’une puissance émotionnelle dingue. Feast / Beast donne l’impression de se faire agresser au marteau en plein climax orgasmique.Tu peux tomber sur un morceau hystérique (Let’s Get Clinical par exemple), quasi-terroriste en terme de volume, mais qui t’arrache le cœur avec ses mélodies. Et c’est souvent ce qui fait la réussite d’un morceau de Clark, qu’il soit calme (The Autumn Crush, Night Knuckles, Talis…) ou ultra énervé (New Year Storm, Growls Garden, Rainbow Voodoo…) : ses tracks ont un relief absolument fou, à filer la frousse, le vertige. Clark est toujours aussi fort pour faire de la musique en 3D, et tient toujours fermement à son statut du James Cameron de l’electronica.

Clark n’a pas son pareil pour tabasser les sens, écraser les esgourdes et voler les âmes même si Feast / Beast est trop complet pour être une tuerie à 100%. Reste qu’en faisant sagement une sélection des 15 meilleurs morceaux de cette compilation, on peut se créer un album qui enterre dix fois Iradelphic.


Faire une sélection séparant la mélancolie (Feast) de la violence (Beast) est extrêmement pertinent au premier abord, afin de donner une ligne directrice au disque. Mais au final, tout est bien moins manichéen que cela, car en écoutant cette compilation, une évidence frappe : dans chaque morceau de Clark, ces deux données se mélangent, se télescopent, copulent à n’en plus finir. Quand Clark se surprend à avoir des accès de violence, c’est pour mieux nous faire chialer au final. Et quand il semble jouer de teintes et mélodies ouatées, c’est toujours dans une optique de destruction sourde, d’annihilation totale. Clark a toujours fait cohabité chaos et pureté, démence et caresses, filles nues et lettre de ruptures, stroboscopes et dépression.

Deux visions séparées sur le papier dans Feast / Beast mais constamment réunies à l’écoute du projet, dans chaque note, chaque synthé, chaque soubresaut. Jusqu’à étouffement. Indispensable.






Clark / Maximo Park – Let’s Get clinical






Clark / Nathan Fake – Fentiger






Clark / Health – Die Slow






Clark / Rone – Let’s Go






30 titres / Warp – Beat Records

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Earl Sweatshirt – Doris

Posted in Chroniques on September 12th, 2013 by Dat'


Conseil de discipline



A moins d’être un pro de l’underground ou d’avoir fait du skate dans les interminables artères de Los Angeles, la majorité des gens normaux sont rentrés en collision avec le crew Odd Future grâce à la première video de Earl Sweatshirt, mélange intriguant de Jackass, d’enquête exclusive sur les teens d’aujourd’hui et de rap gangsta trash. A l’époque, le clip fait son petit effet, choque, et ouvre une porte sur un crew encore bien jeune, mais à la discographie déjà bien fournie, avec comme pièce maîtresse l’incroyable premier Lp de Tyler The Creator, Bastard. La tornade est engagée, ravage tout sur son passage, porte le crew des plateaux de Jimmy Fallon aux studios photos de Terry Richardson, se fout à dos les associations féministes – LGBT, et fait des concerts massifs à Tokyo ou Paris.

Mais le mec le plus prometteur du crew, Earl, n’a pas vécu tout ce bordel, banni par sa mère aux iles Samoa dans une école de redressement pendant plus d’un an, sa disparition soudaine contribuant grandement à la légende d’Odd Future, peu avare en rebondissements.

Même si l’on brocarde souvent Tyler pour la violence de ses textes, c’est bien Earl Sweatshirt qui avait sorti le LP le plus hardcore du groupe… mais passer plus d’un an exilé à la plage pour faire des travaux d’intérêts généraux a du calmer le bonhomme, ce dernier annonçant que son deuxième album serait bien plus sage et ouvert aux collaborations extérieures. Bref, fini de parler d’éjaculation sur corps découpés à la machette placés dans des sacs plastiques ergonomiques pour faciliter le travail du personnel de la voirie. Dommage? Pas forcement.







La vraie surprise, à la première écoute de Doris, c’est que le disque est sombre. Très sombre. On pensait que le LP serait aéré par le nombre de feats et producteurs. Chez OF, on était convaincu que Tyler avait l’apanage de la noirceur crade, là ou Earl semblait se montrer plus mélancolique dernièrement. Mais Doris pue le souffre, les impasses glauques, les tapins égorgées. Le disque est tellement âpre et hermétique que l’on a même du mal, à la première écoute, à distinguer les morceaux marquants, un peu comme l’indigeste Goblin à l’époque. Sauf que si ce dernier frisait l’étouffe-chrétien, Doris nous étrangle avec bien plus d’intelligence.

Le disque semble d’ailleurs être une lente et logique progression vers la lumière, car les ogives les plus dures sont en première partie. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne se prend pas quelques grosses mandales : Burgundy cajolé par les Neptunes ouvre l’album de façon presque aussi épique qu’un “It was supposed to be easy” de la grande époque, grâce son orchestre hiphop complètement flingué (et aura fait une bien meilleure introduction que le plus anodin Pre). Earl ne parle plus de violer ta soeur après lui avoir chié dessus, et fait dans l’introspection, froide et clinique (“Grandma’s passing / But I’m too busy tryna get this fuckin’ album cracking to see her / So I apologize in advance if anything should happen / And my priorities fucked up, I know it, I’m afraid I’m going to blow it…” ça a le mérite d’être clair)

Samiyam, étonnamment recruté de chez Brainfeeder/hyperdub balance l’une des instrues tubesques du disque (20 Wave Caps, une tuerie déconcertante, avec un Domo Genesis impeccable, seul feat réellement indispensable de Doris, par deux fois) et Tyler The Creator intervient sur un plaisant Sasquatch se situant clairement dans la zone de confort d’Odd Future. Les vrais coups de poings de la première moitié de disque sont les deux singles. Chum est un superbe morceau claudiquant, hypnotique, juste parfait, dans son instrue comme son texte, avec une des plus belles vidéos de 2012 pour accompagner le morceau. Hive, au clip lui aussi incroyable, est le tube d’enculé du LP, l’instrue grondante (produite par Earl lui même) est imparable, collant parfaitement à la nonchalance de Earl et Staples. Cette track est rêche comme la mort, mais pourrait retourner n’importe quel dancefloor de sales camés en conclusion de trip dans un club de fin du monde. Le bonheur. Ce morceau, c’est se faire racler le visage contre le bitume, et aimer ça.

Au final, cette première partie de disque n’est entachée que part un Sunday chiant comme la pluie, avec un Frank Ocean qui rappe timidement au lieu de nous foutre la chair de poule avec ses cordes vocales. Le morceau n’a pas de vrai intérêt, mou et austère, et ce n’est pas la petite pique sur Chris Brown qui nous ferra crier au génie.





Puis le disque se brise, et prend une tournure plus lumineuse en son milieu, en nous frustrant méchamment au passage : deux vignettes se succèdent, d’une minute, et font parties des meilleures pistes du LP. 523, petit interlude tout mignon produit par Earl, distille une bien belle mélodie, que l’on aurait aimé voir exploité un peu plus longtemps. Pire, Uncle Al aurait pu être le meilleur morceau du disque s’il avait pointé à plus de 60 secondes. L’instrue est folle (Earl & The Alchemist), avec ces voix d’anges pilonnées par un beat pachydermique. Au moment où tu commences à trouver le tout génial, on te dit d’aller te faire foutre en écoutant un feat du faisandé Mac Miller. Ce dernier est méconnaissable sur Guild, autre bombe absolue de Doris, rap psychotropé screwed hypnotique, à l’instrue superbe, mélodie parfaite, même si je suis surement le seul à le penser. Quand Earl déboule avec sa voix ultra grave et modifiée, c’est les poils qui se hérissent, drogue chérie, dieu te bénisse.

Bref je parlais de lumière, et ne crois pas que je te baratine, car même les trucs chelous juste au dessus sont bien moins lugubres et désespérés que ceux de la première mi-temps de Doris. Et que le reste me donne raison : Whao feat Tyler est un morceau 100% wolf gang, hiphop impur et narquois, marque de fabrique du crew. Molasses feat RZA est peut être l’instrue la plus aérienne du disque, avec un sample chaud et optimiste, pour une jolie leçon tru3 hiphop à première vue un peu forcée (salut-on-fait-venir-le-Wu-et-on-fait-du-old-school) mais au final foutrement belle.

Avec Samiyam, l’autre surprise, c’est la présence de BadBadNotGood à la prod de Hoarse. Le groupe de jazz flingué amène Earl sur leurs terres, pour un morceau presque rock, étonnant dans un album aussi strict. Hoarse est au final indispensable à Doris, lui donnant une sacrée dose de mélodie, pour une conclusion de disque épique, prouvant que le Mc pourrait se balader sur des chemins où l’on ne l’attendait pas forcement. En bonus, si tu veux t’assurer que le duo Domo x Earl marche du feu de dieu, il suffit d’écouter Knight, autre diamant incontesté du LP, placé en queue de peloton.






Bon, grosse erreur pour article hiphop de la sorte, j’ai fais une chronique track by track, parce que j’ai l’habitude d’écrire d’une traite en écoutant le disque, et que si je faisais une chronique courte, on se demanderait si je suis payé à rien foutre (ce qui est une mise en abîme extrêmement intéressante d’ailleurs vu l’endroit où j’ai commencé à écrire ce texte). Alors divaguons quelque peu, histoire de raccrocher les wagons:

Important, les lyrics. Car là où Tyler et ses potes naviguent plus dans la prose agressive et les blagues potaches (bien qu’écrites avec une précision extrême), Earl déboule dans ce nouveau disque avec des textes ultra personnels, plutôt sérieux, foncièrement introspectifs. Grand bien lui fasse. Mais il faut savoir que les lyrics de ce Doris sont quasiment incompréhensibles pour les non anglophones. Oh certes, on pigera les lignes les plus frontales, les références salaces à One Direction ou Rihanna, et les deux trois comportements délictueux évoqués dans le disque. Mais les textes d’Earl regorgent de double sens, de métaphores évoquant des métaphores évoquant elles mêmes des métaphores, et de jeux de mots/sonorités improbables.

Si quelques rares morceaux sont (presques) limpides (Chum, Burgundy…), le disque est difficilement déchiffrable. Le meilleur exemple de ce bordel lyrical est surement Whoa, un des tubes incontesté du disque, avec des couplets ultra complexes, qui ferrait passer DoseOne pour Miley Cyrus : « Pissed as Rick Ross’s fifth sip off his sixth lager / Known to sit and wash the sins off at the pitch alter / Hat never backwards like the print off legit manga / Get it? Like a blue pill, make ya stick longer / Or a swift fist off your chin from his wrist launcher / Chick, chronic thrift shopper, thick like the Knicks roster / Stormed off and came straight back like pigs’ posture ».

De quoi assurer un gros trafic sur Rap Genius. Même mon pote Néo-zelandais m’a dit, en écoutant ça, qu’il devait sacrement se concentrer pour bien piger le bordel. Et mon pote est loin d’être con. Donc ne nous dit pas que tu as tout pigé du premier coup, personne ne te croira.


L’autre point important, c’est que ce Earl semble prendre le contre-pied de ce que sort Odd Future, même s’il en garde évidemment le pedigree. Là où Tyler est enfin sortie de sa cave poisseuse avec un nouvel album apaisé et mélodique (l’excellent Wolf), là où Domo fricote avec Bronson et Alchemist, Mike G avec Charly XCX, Frank Ocean avec la fame, The Internet avec le jazz soul… Earl se lance dans la galette la plus sombre estampillée par le crew depuis Goblin.

Mais plus que sombre, Doris lorgne souvent plus du coté du hiphop expérimental des années 2000 que des sonorités droguées actuelles. De part ses instrues anxiogènes, minimalistes, sales, et ses textes cryptiques, Earl semble s’attacher à nous servir un rap indé 2.0, mélange parfait entre l’héritage d’un MF Doom ou d’Anticon avec le nouveau son effronté et goguenard des jeunes cramés actuels. Se prendre la tête de façon intellectuelle tout en passant pour un gros branleur qui fait du skate la majeur partie de sa journée, c’est le grand écart que fait Earl sur Doris, avec un sacré talent.

Doris n’est pas foncièrement l’album que j’attendais de la part de Earl. Ici, point de Lp révolutionnant la face du rap, ni de galette radio-friendly permettant d’introniser Earl en douceur dans le rap game, avant la la pluie de billets promise dans les prochaines années. Le jeune Mc a au contraire décidé de ne faire aucune concession, de sortir un disque dur, nécrosé et difficilement assimilable à la première écoute. D’autant plus qu’Earl semble chapeauter le projet de bout en bout, sortant l’album de ses tripes, et non pas en attendant la bouche ouverte qu’on lui balance de belles productions, chose de plus en plus rare.


Futur classique ce Doris? Pas forcement. Mais que ce deuxième album soit le jalon pour qu’Earl Sweatshirt se pose comme l’une des jeunes têtes incontournables du rap actuel, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Doris est une putain de galette, cohérente et hypnotique, qui pourrait seulement pécher par un excès de noirceur et un manque de tubes. Mais s’ébrouer dans les ténèbres convient parfaitement à l’américain, traumatisant les esgourdes avec un quasi-sans faute. On devrait trouver le LP dans bien des tops 2013, sans forcer. Diplôme validé.






Earl Sweatshirt – Hive






Earl Sweatshirt – Chum






Earl Sweatshirt – Whoa






15 titres – Tan Cressida / Columbia

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µ-Ziq – Chewed Corners

Posted in Chroniques on August 28th, 2013 by Dat'


Never gonna lose your love



Sincèrement, j’ai attendu ce µ-Ziq avec la même, si ce n’est plus, impatience que le nouveau Boards Of Canada. Certes, la campagne marketing fut moins épique, certes le bonhomme n’a pas l’aura des écossais, et oui, Mike µ-Ziq Paradinas n’avait pas littéralement disparu de la surface de la planète. Mais au final, il n’y a pas eu de vrai album estampillé µ-Ziq depuis 2007, une plombe dans le monde de la musique électronique. Et dieu sait comme ce Duntisbourne Abbots Soulmate Devastation Technique était grand, un vrai disque malade, cancéreux, hanté, en rupture totale avec ce que faisait Paradinas jusqu’à lors (en décalage même avec son label, en pleine période Dubstep à l’époque).

Mais de l’eau à coulé sous les ponts, et Planet-Mu, bastion de l’Idm, puis du breakcore, puis du Dubstep, est devenue, en Europe et au Japon, la référence du footwork/juke depuis quelques années, en important avant tout le monde les grosses sorties officielles du mouvement (les Bangs & Works, les disques de Dj Diamond, Nate, Rashad, Traxman, Yung Smoke…). Les artistes maisons du label sont eux aussi tombés dans la marmite footwork, pour offrir une musique moins dure et épileptiques que les puristes, grâce à un acquis electronica non négligeable. De ce mélange batard est sorti de belles galettes, comme le LP de Machinedrum, celui d’Ital Tek et surtout le Severant de Kuedo, véritable déflagration dans mes oreilles, autant qu’un Untrue de Burial, ou un Bad Thriller d’Abstrackt Keal Agram.

En 2013, après tant d’années de silence, µ-Ziq nous a servi un excellent album de vieilles compositions inédites, et un sympa disque house-pop (Heterotic) en compagnie de sa femme et du chanteur de Gravenhurst. Mais c’est clairement son Chewed Corner que j’attendais la bave aux lèvres, annoncés à coup d’extraits ravageurs. Et, selon les dires de Paradinas lui même, le LP serait hautement influencé par Kuedo, le tout plongé dans une bassine d’electronica mélodique.






Et cette influence, on la sent, omniprésente. Que les allergiques aux rafales de snares et boites à rythmes survoltées passent leur chemin, car l’on trouve dans Chewed Corner de quoi bien se faire brutaliser la colonne vertébrale. Mais avec prestance, toujours. Car dans ce disque, point de footwork hystérique et débilitant. La démarche est similaire à celle de Kuedo. Garder une ossature flinguée, malaxant les Bpm comme les cons dans un porno slovaque, mais sous une belle couche de mélancolie.

Preuve en est avec l’ouverture Taikon, qui aurait clairement pu se glisser sur Severant sans aucun problème, tant l’ambiance “blade runner vs uzi rythmique” renvoie au diamant de Kuedo. Même chose pour Christ Dust, et son final traumatisant, façon vaisseau mère qui se pose directement sur tes esgourdes. Wipe sera le premier titre à se détacher un peu du modèle, en tentant de porter la bass music sur des terrains plus µ-Ziq : le tout va troquer ses apparats futuristes pour une direction plus putassière, synthés kitsch cosmiques qui vont s’échouer sur un final complètement nauséeux, comme si The Underdog Project tentait de faire un live après avoir avalé 3 packs de bières. En mode severant-juke, on a aussi les imparables Twangle Melkas ou Ticly Flanks, parfaits pour remuer ton body en contemplant les étoiles.

Mais Paradinas n’est pas l’un des dieux de l’électronica pour rien. Et il ne va pas, sur ce LP, s’escrimer à décliner la recette de Kuedo sur un long format, cela serait trop facile, en plus d’être stérile. Alors toi qui veux de la belle IDM, de la mélancolie en pagaille, des productions pleines de mélodies cristallines et de tirades émo, ouvre les bras, Paradinas t’emmène en voyage.

Déjà, tu as Mountain Island Boner, qui fait bien plus que de l’émo. Le mec le fait en sachant pertinemment que cela va marcher. Trop facile. Mais tellement bon. C’est un peu comme si U-ziq remixait le thème d’Urgence et d’Hartley Cœur à Vif (il paraît que c’est l’hymne des Chicago Bulls aussi), en mode Warp nineties, pour finir sur un footwork flingué. C’est beau, ça te fait rêver, c’est ultra régressif, dans le sens où tu penses à ton adolescence un peu inconsciente, à rigoler avec tes potes en buvant des bières, loin de tes problèmes d’adultes.





On le sait, Mike Paradinas, tout comme son pote Aphex Twin, n’a jamais pris le game de l’IDM au sérieux, distillant toujours un peu d’ironie ou d’humour dans ses disques. Il s’est de plus toujours posé assez loin des expérimentations fractales de ses collègues, privilégiant souvent les rythmes binaires et teintes parfois cheesy. Chewed Corner continue dans cette branche, et balance de sacrés putain de trésors. Des exemples ? Houzz 10 a pourri mon été, j’ai chanté ce morceau sous la douche, au bureau, dans le métro, partout, partout, partout. C’est une synthèse entre le vieux U-ziq avec des mélodies sublimes, le Paradinas cancéreux du dernier LP avec ces synthés déstabilisants, et le musicien adulte, qui n’a plus rien à prouver, tout de house candide et bondissante. Ce morceau est superbe, longue montée un peu cheap mais hypnotique, avec ses claviers imparables, tubesques, ce truc qui te donne envie de danser dans un club en te marrant comme un débile à tourner sur toi même en fixant les stroboscopes. Ouai c’est exactement ça. Ce morceau me donne envie d’entrer en rotation, les bras écartés, en gueulant comme un con. Le genre de tracks qui te fait sentir gamin, qui te lave le cerveau, qui te rempli les poumons de lumière. A courir dans les hautes herbes, le froc plein de terre, en tentant de rejoindre ta cabane alors que tes potes te canardent avec des bombes à eau. Normalement, je te parle de club dépressif, de dancefloor drogué, de camés et mini-jupes. Mais pas ici. Là c’est club amoureux, club lumineux. Le bonheur.

Tu as aussi Melting Bas, qui est aussi complètement ahurissante. Je vais vous faire une confession. Je n’ai jamais vu un seul épisode de Game Of Throne. Les trucs médiévaux/heroic fantasy, ça me fait chier. Mais vu que je n’ai jamais croisé quelqu’un m’ayant dit que Game Of Throne, c’est nul, je vais surement m’y mettre un jour. En plus, il paraît que Hannah Murray apparaît dedans. Reste que, on me soutient souvent que cette série est le symbole de l’épique-badass. Moi je réponds que non, parce qu’il y a The Shield. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que je n’ai pas beaucoup dormi donc je divague, et aussi car Melting Bas est un truc héroïque, une chute electro-techno-hypnotique folle, ce morceau, il ne te plante pas des ailes d’ange dans le dos. Non. Il te les brule avec un chalumeau, puis il te fout un coup de pied dans le bassin pour que tu chutes dans un ravin sans fond. Les ténèbres, ça fait peur, mais tu trouves ça beau.

Monyth fait son petit effet aussi, bien trop courte, mais tellement parfaite. Ces hululements, ces notes cryptiques, qui t’enveloppent, qui résonnent. Tu as l’impression de perdre son pucelage dans une caverne de glace, l’extase.

Et il y a, évidemment, pour conclure le disque, la fameuse Weakling Paradinas. La track que tout le monde attendait après avoir entendu les premiers jets du LP. Le morceau qui tournait sur les rips youtubes, celui que tout le monde avait sur le bout des lèvres. Pour faire simple, c’est le tube dance débile kitch old-school émo cristallin electronica de l’année. La mélodie toute simple, les claviers super candides, le beat binaire et lineaire. Mais bordel, quel ravissement. Quelle envolée. Vers les étoiles, vers le cosmos, vers le destin. Ce morceau, c’est des chats mignons qui volent au dessus de ta ville en chiant des arcs en ciel de cœurs. C’est danser avec l’amour de ta vie en bouffant de la barbapapa. Mais c’est aussi un peu triste. Pas dépressif, juste légèrement mélancolique, la larmichette qui te tord le bide, même si tu as le sourire aux lèvres. Putain, mais tu entends cette mélodie, ce truc fou, qui te donne envie de câliner le monde, même si ce dernier est en train de pourrir ? C’est une conclusion délirante, épique, un peu débile, pourquoi pas banale, carrément niaise, triplement émo. C’est forcément à la limite du bon gout. Mais moi, ça me fait rêver. Pendant plus de 7 minutes. Prendre son pied, bien accroché à son canapé.





C’est assez rare pour l’admettre, mais j’ai pour une fois cédé aux sirènes du dématérialisé, le LP Chewed Corner étant accompagné, sur le shop de Planet Mu, d’une mixtape comprenant plus d’une quinzaine de morceaux inédits de Paradinas (surement des reliquats de l’album), certains étant vraiment beaux. Un deuxième Lp en bonus, ça ne se refuse pas.

Chewed Corners est surement bien moins dérangeant et singulier que Duntisbourne Abbots. Il n’a pas non plus la rage sourde de Billious Path, et les rêveries IDM d’antan se trouvent lovées dans la compilation Somerset Avenue. La forte influence de Kuedo sur ce disque pourrait être critiquable, tant certains morceaux pourraient être labellisé Severant, mais quand la perfection copie la perfection, il n’y a pas de raison d’être chafouin. µ-Ziq semble ode toute façon offrir bien plus que ça avec son nouveau disque. Certes, on a une relecture du mouvement footwork/juke, dont il semble fondu depuis quelques années,  mais il y a surtout une envie de balancer des morceaux sans se prendre la tête, avec cette forte impression que le mec n’a plus rien à prouver. Il veut faire copuler morceaux vrillés et épileptiques avec des fresques dance-émo-puputes ? Pas de problème, tapis rouge. Il veut nous demander de l’aider à choisir les morceaux qui seront dans l’album, en teasant comme un enfoiré ? Avec plaisir, on en redemande.

Duntisbourne Abbots fut un vrai pavé dans la mare à sa sortie, me choquant pour bien des années. Ce nouveau disque semble assez loin de cela, ensemble disparate extrêmement plaisant  mais ne cherchant jamais à être révolutionnaire, ou à s’affranchir de quoi que ce soit. Juste à draguer les tympans et coller des papillons dans le ventre. Un beau projet.


Reste qu’en concentrant footwork atmosphérique, Idm mélodique, dance émo et techno hypnotique, Chewed Corners est un sans faute, une petite merveille de galette électronica qui tombe à pic pour les amateurs du genre. Une musique touchante et joyeuse, riche comme la mort, bourrée de détails et de surprises.

A l’instar du Boards Of Canada sorti plus tôt dans l’année, on a vraiment besoin de disques comme ce Chewed Corners en ces temps instables. Une des belles sorties de 2013.






µ-Ziq – Houzz 10






µ-Ziq – Taikon






14 titres – Planet Mu

Dat’

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Moderat – II

Posted in Chroniques on August 8th, 2013 by Dat'


Alcachofa



L’été, quand on se prélasse les doigts de pied en éventail à son boulot, un cocktail à la main, il faut écouter des disques cools. Qui ne prennent pas la tête, mais qui ont suffisamment de présence pour te filer la larmichette ou te coller des papillons dans le ventre.

En ce sens, quand on me demande “hey je n’aime pas trop la musique electronique, j’aimerai écouter un peu, tu as un disque à conseiller?”, je sors assez souvent le Happy Birthday de Modeselektor en exemple. Car ce disque, tout en restant assez exigeant, avait l’ouverture nécessaire et une certaine facilité dans les compos qui permettaient aux profanes d’apprécier un disque électro sans prendre peur. Tout en permettant de définir vers quelles directions ils souhaitaient ensuite aller, vu que le LP convolait sur une tonne de genres.

Le premier Moderat, même si plus linéaire, avait cette même force : servir un disque d’une excellente qualité, tout en restant accessible au plus grand nombre. Un disque à double lecture, pouvant autant plaire aux fans hardcores du genre qu’aux auditeurs du dimanche. C’était beau, mélancolique, dansant, pop et techno, parfois un peu facile mais jamais indigent, avec même quelques titres cultes.

L’annonce d’un deuxième opus ne pouvait être qu’une excellente nouvelle, même si les deux entités formant Moderat pédalent un peu dans la semoule depuis quelques années (les Modeselektor brillent bien plus via les sorties de leurs label que par leurs propres disques, et Apparat n’est plus que l’ombre de lui même depuis quelques temps). Pour Schématiser, j’ai été traumatisé par Rusty Nails, et je ne voulais qu’une chose dans ce Moderat II : qu’il y ait au moins un ou deux morceaux d’apparat chialant sa peine sur du 2step. Ce nouvel album contient bien plus de surprises encore…







Alors mettons les pieds dans le plat tout de suite : des morceaux pop ultra émo ayant pour literie du uk garage bien branlé, il y en a. Et c’est beau. Très beau. Si Apparat m’emmerde depuis quelques temps en solo, il devient un chanteur hors pair d’albums en albums. On peine à croire que l’allemand, il y a encore quelques années, avait honte de chanter, caché derrière ses machines, avant qu’Ellen Allien lui donne un coup de pied au cul et l’oblige à susurrer sur Orchestra Of Bubbles.

Bad Kingdom qui ouvre l’album, est absolument parfaite. La synthèse d’années de travail de la part des deux groupes, entre pop-electro avec featuring clinquants de Modeselektor (Thom Yorke, Maximo Park…) et complaintes ultra sensibles d’Apparat. Le mélange atteint ici une sorte de perfection, une pureté mélodique folle, un morceau universel, que pourrait chanter Robbie Williams comme Sebastien Schuller. La dureté (toute relative) de l’instrue contraste avec le refrain, lunaire, directement dans le cœur. Un truc sublime. Il n’y aurait que ce morceau de chanté, j’aurai déjà été aux anges.

Mais les allemands sont joueurs, et alignent un peu plus loin l’autre chef d’œuvre du disque, Gita, incroyable morceau de garage-pop tellement émo que les groupies de Good Charlotte s’ouvriraient instantanément les veines en l’écoutant. Tout est parfait, entre le rythme hésitant, les petits samples cuttés, les synthés incroyables, et surtout la voix d’Apparat, qui t’enfourne la colonne vertébrale dans le cul à chaque gémissement tellement qu’elle est belle. Gita est un morceau complètement dingue, neurasthénique, lumineux, mélancolique, avec cette infime once de putasserie qui rend le tout indispensable. Chiale sur ce morceau, larmes musique.

Plus en retrait, moins frappant à la première écoute, Damage Done distillera la même dose d’émotion que les précédents morceaux. Et si le coté chagrin/nostalgique sur-prononcé pourra faire grincer les dents des cœurs de pierre, les autres se laisseront complètement embarquer dans ce slow electro de folie. Si j’avais 13 ans, j’aurai voulu danser dans une boum avec la nana que je convoitais au collège, à valser sans être trop serré, de peur de lui effleurer les seins, avant, peut-être, d’obtenir un bisou sur la joue qui m’aurait empli de joie. Mais il paraît que maintenant, les boums sont composées de jeunes qui se droguent et qui baisent à 5 dans les chiottes, donc cela colle drôlement moins avec le morceau. Ok, on peut avoir l’honnêteté intellectuelle de dire que Damage Done tient parfois plus de Phil Collins que Popnoname, mais cela reste quand même foutrement beau.

Dernier représentant des morceaux chantés, Last Time impressionne autant que le reste du disque, avec un coté tubesque-pute légèrement plus prononcé, à base de synthés imparables et chant qui file la chocotte à chaque envolée. Et si ces 4 morceaux sont, pour moi, les piliers de l’album, Moderat me servant exactement ce que je voulais sur ce II, il ne faut pas oublier que les deux tiers du LP sont instrumentaux. Et vraiment, ces derniers sont magnifiques, eux aussi.





Oh certes, c’est très classique, sans surprise, à part celle d’être à fond dans une veine garage-burialesque, plutôt que sur la techno planante du premier opus. Car ici, c’est rythmes claudiquants, samples de voix pitchés et synthés de folie. On sent l’influence de Phon.O sur un Versions sublime, sorte de 2-step lunaire ébouriffant flirtant avec la trance, d’une richesse dingue, entre claviers 3D et litanie d’une tristesse à retourner les palpitants. Cuaron, ne cherche plus, tu l’a trouvé, ta BO pour Gravity. Pourtant le morceau est tellement classique que l’on parlerait presque de nécrose. Moderat n’invente rien. Nous sort une recette déjà entendue mille fois (le uk-garage-émo-planant-drogué). Mais putain de bordel de pute borgne, ce Versions, c’est le genre de track que je cherche quotidiennement sur le web depuis des années. Moderat est en retard, vraiment, et sort quelque chose de presque archaïque. Mais il te la bichonne, cette track. Tellement que l’on frôle la perfection, le fan-service ultime.

Et ce que je viens de dire, je peux le copier/coller pour Let In The Light, très bon tube garage dance, pont parfait entre The Artful Dodgers et Apparat période Walls. Le chant est ici dérouillé pour en extirper une voix robotique, presque gênante, avant qu’un refrain affolant de pureté, à te dresser tous les cheveux sur la caboche, déboule et tabasse tous les cœurs qui bougent. On se retrouve avec un anthem qui pourrait flinguer les charts à la manière d’un Get Lucky ou un I Follow Rivers, s’il n’y avait pas cette pincée de drogue par dessus. Il faut imaginer les Spice Girls en pleine dépression, avalant du rohypnol avant de se dandiner en club, le tout screwed’n chopped. Si si, vraiment.

Tu veux encore du bon uk garage bien dégoulinant d’émotion ? Therapy est là pour vous servir, et là encore, on sent qu’un Black Boulder est passé par là, entre tabassage via rythmes pachydermiques et claviers filant le vertige. Met moi ça dans un club, sur un bon soundsystem, et je risque de m’y perdre pour l’éternité. Ilona assurera lui aussi le taff, de façon légèrement moins flamboyante que les autres, mais avec prestance néanmoins. C’est plus direct, un peu plus dancefloor, un peu plus sombre, parfaitement écoutable lors de longues nuits blanches. Du tout bon.

La surprise, c’est de voir la portion techno-electronica très présente dans le premier disque à un seul et unique morceau dans II, Milk. On est forcément circonspect, tant les escapades cristallines de 2009 étaient belles. Milk n’attendra pas les sommets du premier album de Moderat. Cette longue fresque de 10 minutes, un peu frustre au démarrage, partira dans des circonvolutions assez réussies, et diablement hypnotiques. C’est au départ le morceau que j’ai le moins apprécié du disque, pour, au final, y revenir assez régulièrement, ce dernier coupant bien l’album, et lui offrant une respiration assez salvatrice. La conclusion, quasi hystérique, façon mur shoegaze techno, surprendra au premier abord. Mais l’envie de se faire molester les synapses pointera vite le bout de son nez, pour nous convaincre rapidement.





Moderat ne surprend pas. Déçoit même au premier abord, tant le classicisme du disque fait peur. La première écoute m’avait même complètement décontenancé, surpris par le coté très polissé du tout. Là où le groupe était en avance, ou tout du moins servait une musique ancrée dans l’actualité il y a 4 ans, sort aujourd’hui un disque qui déboule avec des années de retard. Le 2step/uk garage émo, en attendant le sauveur Burial, il y en a partout, de Phaeleh à Skrillex en passant par Mount Kimbie ou Seekae, et voir les allemands se concentrer là dessus, en délaissant complètement la techno (à part sur Milk), cela surprend franchement. Premier écoute, je n’ai pas aimé, presque dégouté. Après quelques écoutes, j’ai trouvé ça très bon. Après trente écoutes, le disque m’est indispensable.


Ce II est presque banal dans son parti pris, sans aucune (mais vraiment aucune) prise de risque. Pas d’aventure, pas d’innovation, on te sert un album electronica-garage-pop qui sent presque le grenier tellement il est référencé.

MAIS si le disque arrive avec 4 ans de retard, il n’en reste pas moins sublime, sur la majorité des morceaux. C’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes, évidemment. Si le disque était sorti en 2008, on tiendrait un manifeste presque révolutionnaire du new-uk-garage. En 2013, l’album ne surprendra personne, mais délectera les amateurs du genre.

Certes, ce disque est plus fait pour se noyer dans la mélancolie que dans des poitrines opulentes à Ibiza, mais lors de longues nuits d’été, cela nous suffira. Parce qu’un disque aussi solide, même avec un léger coup de mou sur le dernier tiers, on n’en a pas tant que ça.






Moderat – Bad Kingdom






12 Titres – Monkeytown

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